RG : RIYAD-SUR-SEINE est le premier tome de la série, co-écrit par Pierre Dragon et Frederik Peeters et dessiné par Frederik Peeters, publié en 2007 par Gallimard.
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Pierre Dragon, membre des Renseignements Généraux, est chargé d'une mission a priori anodine mais qui peut, comme le suggère son supérieur hiérarchique, aboutir sur une affaire d'envergure. Il s'agit de surveiller un magasin de vêtements qui sert de couverture pour un obscur trafic dirigé par un certain Walid Abdo entre les Etats-Unis et la France à destination du Proche-Orient.
Assisté par Cyril et Bernard, il met sur écoute Sinbad, le patron de la boutique, dont il finira par découvrir la liaison avec une flic des stupéfiants. L'endroit est bientôt contrôlée par la répression des fraudes car Pierre soupçonne des activités de contrefaçons vestimentaires.
Mais la piste d'Abdo l'entraîne plus loin et il avertit le FBI via l'ambassade des Etats-Unis pour confronter leurs enquêtes à son sujet. L'emploi de limousines conduites par des libanais, possédant des titres de séjour provisoire en France, au service de riches saoudiens indique un dossier terroriste...
Edité dans la collection "Bayou" chez Gallimard, dirigée par Joann Sfar (qui signe une préface superflue, mais où il ne manque évidemment pas de préciser qu'il est à l'origine de ce projet... Le jour où Sfar arrêtera de la ramener, il fera encore plus chaud que l'été 2003 de cette histoire !), ce récit complet est le fruit de la rencontre entre un authentique agent des RG, Pierre Dragon, et le scénariste-dessinateur suisse Frederik Peeters. Un deuxième tome suivra (puis une Intégrale de cette mini-série).
Pierre Dragon est un sacré personnage comme l'indique sa biographie à la fin de l'album : né en 1965, il sert dans les commandos français au Tchad, puis entre dans la Police où il officie en uniforme à Paris. Puis il intègre successivement une brigade de jour et de nuit avant de rejoindre les Renseignements Généraux.
Cette bande dessinée nous fait donc partager son expérience professionnelle et le héros porte son nom et a son visage : cet aspect du projet rend l'objet troublant, avec une dimension documentaire qui déjoue d'emblée tous les clichés. Dans un flash-back, on découvre qu'il a eu la vocation grâce à un ami de son père qui lui avait expliqué, alors qu'il était encore gamin, qu'être flic "ce n'est pas juste jouer avec un gros pistolet" et à qui il avait répondu qu'il voulait "arrêter les méchants".
Le procédé narratif offre donc une immersion totale au lecteur qui a l'impression d'être constamment à côté de Pierre Dragon et d'assister à l'exercice de sa fonction d'agent du renseignement : un métier aux horaires impossibles (qui ont fait voler en éclats son couple, sa vie de famille, puisqu'il est divorcé), et très loin effectivement du côté spectaculaire qu'on pourrait imaginer (avec de longues heures en planque, de la paperasserie, des décisions politiques influant sur l'action du service). Ce qui peut risquer d'être rapidement ennuyeux est en fait passionnant, parfois drôle, souvent tendu, avec le croisement entre des manoeuvres très ordinaires sur le terrain et des recoupements aux conséquences d'envergure.
En même temps, la captation de ce quotidien est justement ce qui intéressa Frederik Peeters. Né en 1974 en Suisse, il a été révélé en 2001 avec le récit complet Pilules bleues, sacré meilleur album au festival d'Angoulême, puis a confirmé avec, notamment, la série Lupus (primée en 2007). Il dessine aussi pour la presse écrite en France et en Suisse (et prépare actuellement un western, L'Odeur des garçons affamés, écrit par Loo Hui Phang).
Peeters a, à l'évidence, été impressionné par Dragon qu'il représente comme un agent efficace, pugnace, au bagout incroyable : on pourra estimer que ce portrait est trop flatteur, les épisodes concernant son côté obscur (comme son passé de commando au Tchad - où il tue pour la première et unique fois un homme, à mains nues - , sa relation houleuse avec son ex-femme, le nouveau compagnon de celle-ci, sa paternité, ou sa liaison avec la laborantine allemande dans l'immeuble de laquelle il est en planque) sont peu fouillés. Mais le charisme du bonhomme est indéniable et le dossier dont il a la charge instruit le lecteur sur la complexité du financement des cellules terroristes au Proche-Orient.
Visuellement, le style de Peeters est réaliste et documenté : les personnages sont dotés de physionomies crédibles, inspirés de leurs modèles, et les déplacements des agents dans Paris témoignent de recherches poussées sur les lieux.
Le découpage est très classique, sans fantaisie, ce qui correspond à la volonté de cette BD-reportage. Mais parfois Peeters s'autorise quelques jolies trouvailles comme lorsque Dragon est montré enfant, intimidé (malgré son tempérament affirmé) devant les agents du FBI.
La colorisation souligne de manière sobre les ambiances très diverses qui parcourent l'intrigue, avec une prime aux tonalités chaudes et des séquences nocturnes soignées. On s'y croirait là aussi, grâce à cela : la chaleur étouffante de l'été souligne le labeur ingrat de ces héros discrets.
Bien entendu, la bibliothèque municipale à laquelle j'ai emprunté ce livre n'a jamais jugé bon de se procurer le second tome de cette série. Il faut donc se contenter de cette aventure qui raconte heureusement une histoire complète.
HAPPINESS THERAPY est le sixième film réalisé par David O. Russell.
Le scénario est écrit par David O. Russell, adapté du roman Silver Linings Playbook de Matthew Quick.
La photographie est signée par Masanobu Takayanagi. Les musiques du film ont été réunies par Susan Jacobs. Le film est produit par Bruce Cohen, Donna Gigliotti et Jonathan Gordon, pour la Weinstein Company.
Dans les rôles principaux, on trouve : Bradley Cooper (Pat Solatano, Jr), Jennifer Lawrence (Tiffany Maxwell), Robert De Niro (Pat Solatano, Sr), Jacki Weaver (Dolores Solatano), et Chris Tucker (Danny).
Le film est sorti en France en 2012.
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Diagnostiqué tardivement comme bipolaire, Pat Solatano a été interné huit mois dans une clinique psychiatrique après avoir agressé l'amant de sa femme, Nikki, qu'il a surpris ensemble chez lui. Sans emploi, il est obligé de retourner s'installer chez ses parents et de suivre un traitement ainsi qu'une psychothérapie.
Son père, Pat Sr, est devenu bookmaker et espère gagner assez d'argent avec ses paris pour ouvrir un restaurant. Sa mère veille sur sa convalescence en essayant de le raisonner quand il parle de se réconcilier avec Nikki, qui a obtenu une ordonnance restrictive contre lui.
Pat accepte l'invitation à dîner de son ami Ronnie dont la femme, Veronica, est une amie de Nikki. Lors du repas, il fait la connaissance de Tiffany Maxwell, la soeur de Veronica, dont le mari, policier, est mort récemment, et qui tente elle aussi de se remettre de cette épreuve. La jeune et jolie veuve a été renvoyée de son travail après avoir couché, désespérée, avec tous ses collègues. Excédée par la prévenance de leurs hôtes, Tiffany quitte la table avant la fin et demande à Pat de la raccompagner chez elle.
Pat (Jr.) Solatano et Tiffany Maxwell
(Bradley Cooper et Jennifer Lawrence)
Amie de Nikki, Tiffany propose son aide à Pat pour lui remettre une lettre si, en échange, il participe avec elle à un concours de danse. Après y avoir réfléchi, il accepte, à contrecoeur, et se soumet en compagnie de la jeune femme à un entraînement rigoureux. Contre toute attente, Pat prend goût à ces rendez-vous, même si son père se méfie de Tiffany et de l'euphorie de son fils.
Dolores et Pat (Sr.) Solatano
(Jacki Weaver et Robert De Niro)
Il aimerait en vérité que ce dernier se calme et passe plus de temps avec lui, convaincu qu'il lui porte bonheur lors des matchs sur lequel il parie. Cette superstition culmine jusqu'à une confrontation des Eagles de Philadelphie sur laquelle Pat Sr mise tout ses économies et à laquelle doit assister, au stade, Pat Jr. Mais celui-ci a promis de voir Tiffany le même jour.
Pris à parti par des supporters du camp adverse, Pat Jr est finalement arrêté par la police et les Eagles perdent leur match. Tiffany surgit, furieuse, chez les Solatano et explique à Pat Sr que, contrairement à ce qu'il croit, c'est quand son fils est avec elle que ses joueurs gagnent. Le père fait alors un pari insensé avec son meilleur ami : il prédit que les Eagles gagneront largement leur prochaine rencontre mais également que Tiffany et Pat Jr auront une moyenne de cinq points sur dix à leur concours de danse.
Tiffany et Pat (Jr.)
Pat Jr refuse d'abord de suivre son père dans cette affaire avant de comprendre, en relisant la lettre que Nikki a remise à Tiffany, que c'est cette dernière qui l'a écrite pour qu'il ne la lâche pas. Il décide alors de la pièger à son tour en acceptant le pari lancé par son père. Le jour venu, Les Eagles gagnent contre les Cowboys. Pat Jr et Tiffany doivent alors obtenir la moyenne au concours de danse dans le public duquel il aperçoit Nikki...
Cette année, j'ai décidé de varier les plaisirs pour alimenter mon blog et donc, outre des critiques de bandes dessinées, je proposerai parfois des articles sur des films. J'ai déjà consacré des entrées aux adaptations cinématographiques de comics Marvel et à des longs métrages qui m'ont particulièrement marqué ou plu, mais je souhaite désormais écrire sans attendre forcément des occasions exceptionnelles ni suivre l'actualité de sorties en salles (je vais au demeurant peu au cinéma et me rattrape volontiers avec des dvd).
Donc, après vous avoir parlé récemment de Beginners, aujourd'hui c'est au tour d'un autre film que j'ai vu et revu : Happiness Therapy. J'aime bien, je l'avoue, les comédies sentimentales mais à certaines conditions : les sucreries formatées produites par les grands studios sont divertissantes mais souvent peu mémorables, par contre quand un cinéaste avec un tant soit peu de personnalité et une histoire atypique s'inscrit dans ce genre, le résultat peut être jubilatoire, comme c'est le cas avec le film de Mike Mills et, ici, celui de David O. Russell.
Je suis toujours friand des petites histoires sur la genèse des films et les bonus des dvd permettent de les découvrir parfois. Ainsi ai-je appris que c'était le regretté Sydney Pollack qui avait en quelque sorte initié ce long métrage en en acquérant les droits (avant même sa publication) pour que Russell l'adapte et le réalise. Toutefois le metteur en scène de Out of Africa prévint son collègue que la tâche serait délicate car l'histoire mêlait humour et romance avec des personnages décalés. Mais David O. Russell ne fut pas apeuré car il trouva dans ce livre un écho à sa propre expérience : en effet, son fils était lui-même bipolaire.
Prévu au départ, par le cinéaste, pour les acteurs Vince Vaughn (puis Mark Wahlberg) et Zooey Deschanel (on notera que Wahlberg et Deschanel formèrent déjà un couple dans Phénomènes de M. Night Shyamalan), O. Russell corrigea sa copie pour convaincre Bradley Cooper dont la "bonne énergie de mauvais garçon" l'inspirait. Pour incarner Tiffany Maxwell, ce fut beaucoup plus laborieux : Anne Hathaway, Elizabeth Banks, Kirsten Dunst, Angelina Jolie, Blake Lively, Rooney Mara, Rachel McAdams, Andrea Riseborough et Olivia Wilde furent pressenties, avant que Jennifer Lawrence fut engagée. Considérée comme trop jeune au début (elle a dix ans de moins que Cooper), elle passa des essais qui impressionnèrent le cinéaste.
Que nous enseignent ces anecdotes ? Peut-être que la qualité essentielle de Happiness Therapy est, comme son réalisateur et ses interprètes, de gagner le coeur du spectateur grâce à leur énergie et leur conviction.
Sur le papier, il faut le reconnaître, elle est plutôt improbable, cette histoire d'amour entre deux névrosés avec un concours de danse comme ressort. David O. Russell la filme avec une caméra qui ne lésine pas sur les effets avec des mouvements d'appareil ostentatoires : il la joue un peu comme Scorsese, ce qui aboutit à un résultat étonnant, déconcertant, un peu maladroit même. L'hystérie n'est jamais loin, les personnages sont souvent à cran, à vif, avec des maux prononcés (les toc du père, les accès de colère du fils, la nymphomanie occasionnelle de Tiffany, les visites du copain d'asile, la fébrilité de la mère)...
Mais, comme l'a expliqué le réalisateur dans une "leçon de cinéma" au magazine "Studio Ciné Live", Happiness Therapy exprime surtout l'enthousiasme qu'il visait en l'écrivant et en le filmant. Russell n'a pourtant pas toujours été considéré comme un "nice guy" par ses acteurs - George Clooney, qu'il avait dirigé dans l'excellent Les Rois du désert, lui reconnaissait un vrai talent mais un comportement tyrannique - et il a connu un gros creux dans sa carrière après l'échec de I Love Huckabees (que je n'ai pas vu) avant de revenir en grâce avec Fighter (un film sur le milieu de la boxe, pas mal mais alourdi par le cabotinage de l'horripilant Christian Bale). Là, les planètes étaient en quelque sorte alignées : le cinéaste est en possession d'un sujet qui lui tient à coeur, qu'il met en scène avec une sorte d'insouciance revigorante, avec des acteurs acquis à sa cause (parce qu'ils jouaient aussi leur réputation : Cooper peinait à trouver le rôle qui ne se limiterait pas à sa belle gueule et Lawrence voulait convaincre le monde qu'elle n'était pas que la vedette de la franchise Hunger Games).
Cette union sacrée entre l'auteur et ses interprètes donne tout son charme au film et compense ses excès. L'enjeu d'une bonne comédie romantique n'est pas de savoir si les deux protagonistes finiront ensemble (c'est une convention) mais plutôt comment ils y arriveront. Le scénario offre une progression dynamique à cette romance en évitant beaucoup de clichés (par exemple, Pat Jr. et Tiffany ne s'embrassent vraiment qu'à la toute fin, et avant cela, on devine à peine le trouble qui peut signifier leur attirance - Pat Jr. apercevant Tiffany nue de dos dans le reflet d'un miroir chez elle). Les seconds rôles sont étoffés et font contrepoids avec des moments forts (Pat Jr. frappant accidentellement sa mère, Pat Sr. pleurant devant son fils). Et le morceau de bravoure final - le concours de danse - communique une folie contagieuse, avec une chorégraphie loufoque et sensuelle à la fois.
Bradley Cooper est effectivement formidable dans ce rôle grâce auquel, depuis, sa carrière a pris une autre dimension (persuadant Clint Eastwood de le recruter dans American Sniper, énorme carton critique et public pour un résultat choc) : il est parfait dans la peau de cet homme trompé qui finit par se calmer et pardonner - et aimer à nouveau. Sa présence physique l'emporte sur sa séduction naturelle sans qu'il ait eu besoin de se transformer exagérément (les cheveux courts et une barbe seulement). Jennifer Lawrence est phénoménale aussi et elle n'a pas volé son Oscar de la meilleure actrice (ravi à la favorite Emmanuelle Riva à l'époque) : sa sensualité et ce mix épatant de fragilité et de détermination sont irrésistibles. Elle aussi a une densité à l'écran qui marque le spectateur, et pas seulement parce qu'elle y apparaît brune et avec quelques kilos supplémentaires (on notera d'ailleurs que cette comédienne, aussi jeune que douée, a un sacré tempérament, pleine d'autodérision et d'autorité quand elle ose publiquement se moquer d'elle-même et râler contre la discrimination salariale et physique des actrices à Hollywood).
Dans des rôles secondaires, Jacki Weaver et surtout Chris Tucker sont aussi remarquables (le second est très bien dirigé, O. Russell l'empêchant de cabotiner comme il s'y complaît souvent). Mais c'est Robert De Niro qui surprend le plus positivement : quoique grimaçant encore comme la caricature de personnages qu'il a souvent joués dans sa longue carrière, il est impeccable en père paniqué, et même terriblement émouvant lors de la fameuse scène citée plus haut où il confie tout l'amour qu'il porte à son fils.
Pas étonnant qu'avec les critiques favorables, le joli succès commercial et la pluie de récompenses, David O. Russell ait fait de Cooper, Lawrence et De Niro sa troupe fétiche depuis (on les retrouve tous trois à l'affiche de son dernier film, Joy, sorti le 30 Décembre dernier). Happiness Therapy est aussi ce film précieux qui aura scellé la réunion de ce cinéaste et de ces interprètes : Le Bon Côté des Choses, son titre québécois résume bien la réussite de ce projet.
POURQUOI J'AI TUE PIERRE est un récit complet écrit par Oliver Ka et dessiné par Alfred, publié en 2006 par Delcourt.
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Onze chapitres de la vie d'Olivier, de sept à dix ans, puis à douze, quinze, seize, dix-neuf, vingt-neuf, trente-quatre et trente-cinq ans.
Enfant, il était partagé entre des grands-parents, catholiques rigoristes et pratiquants (sa grand-mère lui affirmait qu'on allait en enfer si on se touchait le zizi), et ses parents, aux moeurs très libres.
Ses parents font la connaissance de Pierre, un curé "de Gauche", qui leur demande d'héberger pendant quelque temps un réfugié politique brésilien, Ottavio.
A dix ans, Olivier part pour la première fois en colonie de vacances sous la responsabilité de Pierre qui a gagné sa sympathie.
Deux ans plus tard, toujours dans le camp de la "Joyeuse Bergerie", Pierre prétexte ses insomnies pour convaincre Olivier de coucher avec lui en se prodiguant des attouchements...
Ce qui passe cette nuit hantera l'enfant, l'adolescent et l'adulte qui finira, pour le surmonter, par en tirer le scénario de cette bande dessinée dont il confie les dessins à son ami Alfred.
Je ne vais pas tourner autour du pot pour vous parler de cet album mais vous avouer que cela a été un véritable coup de poing dans l'estomac : une oeuvre poignante, d'une force terrible, traitée avec une maîtrise extraordinaire. Un chef d'oeuvre.
Lorsqu'on aborde le quatrième chapitre, on devine déjà le drame qui va se nouer et on tourne alors les pages suivantes avec appréhension car on se demande bien comment les auteurs vont s'en sortir. Et quand on les a lues, ces pages terribles, on sait alors qu'on a entre les mains un bouquin hors du commun, qui va durablement vous bouleverser.
Olivier, c'est Olivier Ka, le scénariste, et cette histoire est la sienne. Il la raconte d'abord avec un mélange de cruauté (toute la partie concernant les grands-parents, la foi religieuse) et de légèreté (la description de l'amour libre vécu par ses parents). Finalement, l'auteur procède à la manière de ce fameux Pierre cité dans le titre en inspirant confiance au lecteur qui pourtant pressent l'horreur à venir.
Puis, donc, après quelques épisodes brefs et rythmés, le récit acquiert une densité suffocante, déployée dans une longue séquence qui réussit le tour de force de tout faire comprendre sans sombrer dans le voyeurisme. Toute la béatitude qui a précédé est alors engloutie dans d'épaisses ténèbres, l'insouciance est balayée par la trahison, et l'acte ignoble vous explose en plein visage.
Olivier Ka n'est pas là pour philosopher sur la pédophilie ou le viol (d'ailleurs, "techniquement", il n'y a pas viol), mais pour libérer sa propre parole, exprimer de façon à la fois rageuse et expiatoire, comment un adulte, en usant de ruse, abuse un enfant et le persuade de cacher son méfait en le transformant en un secret comme en partagent les "vrais" amis. C'est très intense, très puissant, ça remue - et on peut très bien être trop mal pour poursuivre la lecture de ce récit.
Ce serai pourtant une erreur car la suite et fin donne lieu à un témoignage, volontiers elliptique mais toujours aussi éloquent. Que Olivier Ka ait su rédiger cela avec un tel sang-froid, un tel recul, est à la fois admirable et époustouflant. Mais c'est qu'il a pu également s'appuyer sur un graphiste à la mesure de cette tâche.
Je connais peu Alfred, sinon dans le cadre de ses participations (trop rares) à L'Atelier Mastodonte. Rien donc qui pouvait me préparer au choc esthétique de Pourquoi j'ai tué Pierre et à l'intelligence avec laquelle il a su servir cette histoire.
Le trait n'est pas réaliste, mais il est mieux que ça en vérité : il est vrai et il est juste. C'est une notion que je place au-dessus de tout en dessin, l'image juste, celle qui accompagne l'histoire en en augmentant l'impact, en en clarifiant le propos, en en transcendant le coeur.
Accompagnée par la colorisation superbe et sauvage de Henri Meunier, la mise en images traduit vertigineusement les changements d'époque, les différents âges du héros, ses tourments, les conséquences de ce qu'il a subi. Ce dessin, magnifique, brut, épouse tous les heurts de cette vie, le découpage exprime les ravages qui dévastent, mais aussi les brèves accalmies, et mélange avec une rare adresse les techniques - notamment dans l'ahurissant dernier chapitre où dessin classique, photos, clichés peints se succèdent sans déranger mais pour atteindre là encore le coeur des choses.
Véritable roman graphique où la pudeur, la candeur, le respect, mais aussi la violence, la noirceur, forment un tourbillon dénoué le premier jour de l'été, Pourquoi j'ai tué Pierre est de ces livres dont on ne sort pas indemne. Mais c'est aussi à ce prix qu'on sait avoir lu une des oeuvres les plus marquantes de la bande dessinée franco-belge. Saisissant, inoubliable, et exemplaire - jusqu'à accéder à une miraculeuse lumière apaisée après avoir exploré des abysses terrifiantes.
La pré-publication du tome 2 de Choc par Stéphane Colman et Eric Maltaite débute dans ce numéro et pour 12 semaines (l'histoire comptera 80 pages) - et il faut vraiment que je me procure le premier tome car c'est excellent !
J'ai aimé :
- Choc : Les fantômes de Knightgrave II (1/12).Martin Cooper débarque à Rio début Février 1955 et tue Oscar, le patron du "Psiu". Quelques jours plus tard, le gangster Raimundo annonce à ses amis qu'il est sur le point de faire éliminer le maître du crime, Choc...
Colman et Maltaite (le propre fils de Will, qui dessina longtemps Tif et Tondu dont Choc était l'ennemi le plus fameux) se lancent dans le deuxième volet de leur triptyque sur le maître du crime après l'accueil (critique et public) triomphal réservé à leur premier opus.
Ce premier épisode confirme en effet la qualité, aussi bien narrative (une succession de scènes au rythme vif et à l'ambiance prenante) que graphique (un dessin réaliste très soigné, expressif, aux décors somptueux), de cette oeuvre dont la lecture s'annonce jubilatoire.
Il faut absolument que je me procure le premier tome !
- Spirou et Fantasio : La colère du Marsupilami (4/6).Les deux acolytes survivent miraculeusement à la vague géante du Pororoca et aux indiens Awaks, effrayés par le cri du Marsupilami. Zantafio, de son côté, réfléchit à un moyen de rebondir...
Alors qu'on arrive presque à la moitié de cette aventure, l'intérêt ne faiblit pas : Vehlmann se fait plaisir et nous régale, même s'il tarde un peu à réunir le Marsupilami et Spirou et Fantasio. Yoann est lui aussi très à son aise dans la jungle palombienne - et les fans de Franquin auront même droit à l'évocation d'un nom célèbre à la fin de cet épisode...
- Apiménagères. Isa signe deux pages savoureuses avec son gang de ménagères qui, cette fois, partent en guerre contre un fabricant de pesticides qui devient indirectement responsable de la raréfaction de leur cire nettoyante favorite.
- Capitaine Anchois : Le trésor du hamster. Floris a droit à deux pages pour une énième chasse au trésor qui tourne mal mais qui est joyeusement délirante : je ne m'en lasse pas.
- Rob. James et Boris Mirroir ont vraiment su bien faire évoluer leur petite série en y incluant la fiancée de Clutch : il en résulte ici deux doubles strips satiriques sur la parentalité.
- Happy Birds. Trondheim et Piette livrent trois nouveaux strips réjouissants où on devine que le sort de leur malheureux héros Pekko va sans doute évoluer, avec cet humour pince-sans-rire irrésistible et ce dessin élégant et simple.
- L'Atelier Mastodonte. Mathilde Domecq et Jérôme Jouvray poursuivent le feuilleton epic fantasy en liant cela à leurs collègues : Tebo et la gomme offerte par Trondheim fournissent des gags très drôles.
- Tash & Trash. Dino est comme toujours impecc' avec un strip cynique et absurde. La cerise sur la gâteau de l'hebdo.
En direct de la rédak reprend sa série d'entretiens avec Arthur De Pins en pleine production de son film adapté de Zombillénium. La semaine prochaine, Tamara aura droit à la couverture et un récit complet (mais il y a de bien meilleures nouvelles en vue...).
Les aventures d'un journal revient sur la collection "Caroussel" lancée par Dupuis en 1965 à l'intention des enfants : une initiative éphémère mais qui donna lieu à de pures merveilles, dirigées par Will.
Le supplément pour les abonnés est un strip-book génialement amusant écrit par Davy Mourier et dessiné Julie Gore intitulé Renard, Poule et T-Rex.
STRAPONTIN, CHAUFFEUR DE TAXI rassemble en un seul volume, publié dans la collection Les Classiques du Rire par les Editions du Lombard en 1998, cinq épisodes de la série, écrits par René Goscinny et dessinés par Berck.
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STRAPONTIN : CHAUFFEUR DE MAÎTRE est le premier tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Berck, publié en 1959-1960 par les Editions du Lombard.
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Strapontin est un chauffeur de taxi qui s'ennuie à Paris et répond à l'annonce du professeur Petipois qui cherche un conducteur privé. Ce savant met au point un carburant en poudre révolutionnaire qui est convoité par le gangster Big Boss qui, avec la complicité du majordome Oscar, décide d'enlever Wimpy, le fils de Petipois. Strapontin avec le chien du garçonnet, Gérard, décide d'intervenir...
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STRAPONTIN ET LE TIGRE VERT est le deuxième tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Berck, publié en 1960 par les Editions du Lombard.
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Strapontin conduit Miss Lou Thompson, une excentrique anglaise, jusqu'au royaume de Patatah où le Maharadjah Georges l'a invitée pour chasser le tigre. Mais sur place, la situation politique est compromise par la Secte du Tigre Vert, qui veut prendre le pouvoir. Avec l'aide du jeune Rami et de son cobra Binocles, Strapontin va démasquer le chef de cette organisation...
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STRAPONTIN ET LE MONSTRE DU LOCH NESS est le troisième tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Berck, publié en 1961 par les Editions du Lombard.
Le professeur Petipois confie à nouveau son fils Wimpy et son chien Gérard à Strapontin pour qu'il les accompagne en Ecosse chez son cousin Mac Lloyd. Là-bas, ils font la connaissance de Mac Namara, venu d'Amérique pour photographier le légendaire monstre du Loch Ness. Mais sa curiosité va contrarier des trafiquants d'alcool frelaté...
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STRAPONTIN : LA RUEE VERS L'IVOIRE est le quatrième tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Berck, publié en 1961 par les Editions du Lombard.
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Strapontin retrouve Miss Lou Thompson qui lui demande de la conduire jusqu'au Texas après avoir traversé l'Atlantique en paquebot. Le Maharadjah Georges s'est installé dans un ranch avec ses éléphants, ce qui déplaît à son voisin, l'éleveur Schmidt, prêt pour le chasser à s'allier avec l'infâme Amédée Lapègre. Strapontin devra encore compter sur Rami et son cobra Binocles pour apaiser la situation...
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STRAPONTIN ET LE GORILLE est le cinquième tome de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Berck, publié en 1962 par les Editions du Lombard.
Strapontin est encore une fois engagé par le professeur Petipois qui a mis au point une potion, l'IS 40, développant l'intelligence chez les animaux et qu'il veut expérimenter sur un gorille. En route pour la région africaine du Grododo tenue par les redoutables Molomolo, mais ils sont suivis par le capitaine Flop et son bras-droit Narcisse, qui veulent s'emparer de l'invention pour leur numéro de cirque...
Comme on l'apprend dans la préface de cet album, Strapontin est la création d'André Berckmans alias Berck qui, en 1958, travaillait chez Publiart, la filiale publicitaire des Editions du Lombard. le directeur, Raymond Leblanc, lui présenta René Goscinny, alors tout jeune scénariste, qui accepta d'écrire les histoires de ce héros inspiré des chauffeurs de taxi venus de Russie après-guerre.
Après une dizaine de récits complets de deux à trois pages parus dans le journal de "Tintin", les deux collaborateurs développèrent des aventures plus longues, d'une trentaine de pages. Ce volume permet d'en lire les cinq premières (sur les neuf signées par le duo Goscinny-Berck, et les cinq suivantes écrites par Acar jusqu'à l'arrêt de la série en 1968).
Berck reconnaît qu'il avait abandonné Strapontin parce que, même si Acar n'était pas dénué de talent, il ne rivalisait pas avec Goscinny. Par la suite, le dessinateur trouvera avec Raoul Cauvin un nouveau partenaire durable pour le titre Sammy.
Strapontin n'est pas un grande bande dessinée mais elle reste bien sympathique à lire. Je l'ai découverte avec ce livre et le charme a agi rapidement : son premier atout réside dans la concision de ses histoires où Goscinny démontre son savoir-faire pour bâtir des intrigues solides, efficaces et dynamiques avec un humour pétillant. Très vite, le scénariste se servira des déplacements du héros pour s'adonner à un comique qu'il popularisera, jusqu'à un mécanisme certain, en se moquant gentiment des us et coutumes étrangers (procédé repris ensuite dans Astérix).
Ce n'est pas le seul motif que Goscinny expérimente ici : ainsi avec les personnages de Wimpy et Rami et leurs animaux de compagnie respectifs, le chien Gérard et le cobra Binocles, on a les prototypes du Petit Nicolas et d'Idéfix. Le professeur Petipois préfigure Panoramix et sa potion magique, savant aux trouvailles convoitées par des brigands mais qui donnent opportunément l'avantage, au moment décisif, aux gentils (ici avec le carburant en poudre ou l'IS 40).
Le talent de Goscinny pour les seconds rôles se manifeste aussi avec l'excentrique Miss Lou Thompson et le Maharadjah Georges et leurs ennemis Amédée Lapègre et Sigmund Schmidt, le capitaine Flop et son adjoint Narcisse. Cette galerie de personnages fournit aux histoires leur lot de rebondissements quand ils ne sont pas directement à l'origine des intrigues.
Bien entendu, tout cela reste très bon enfant et a quand même vieilli, mais le charme rétro participe au plaisir même de ce type de lecture où la découverte d'une bande dessinée méconnue, parfois oubliée, prime sur ses qualités réelles.
Il n'empêche, en bon disciple de Raymond Macherot, Berck était un artiste loin d'être maladroit : bien qu'il ait été formé par Jean Graton (le papa de Michel Vaillant, à qui il doit sans doute son goût pour le voitures et son talent pour les dessiner), son trait est simple, expressif, épuré. Rien n'est en trop et le classicisme du découpage en quatre bandes, avec une moyenne de dix cases par page, assure une densité certaine à cette production.
Comme le rythme est soutenu, on ne s'ennuie jamais. On peut juste regretter que Berck ne suive pas Goscinny dans ses clins d'oeil quand il évoque Chick Bill (de Tibet, dans La ruée vers l'ivoire) ou Dan Cooper (de Weinberg, dans Strapontin et le gorille) sans les représenter. Mais il compense cela par des décors qui, bien que naïfs, sont agréablement exotiques (le royaume de Patatah, les plaines du Texas, la jungle africaine). Berck semble effectivement s'amuser à camper un troupeau d'éléphants dans un paysage de western et on rigole volontiers de ces incongruités.
Pépite vintage, les aventures de Strapontin méritent qu'on les redécouvre à la manière des "plaisirs démodées" comme les chante Aznavour.