vendredi 5 septembre 2014

Critique 504 : LES GARDIENS DE LA GALAXIE, de James Gunn

LES GARDIENS DE LA GALAXIE (Guardians of the Galaxy, en v.o.) est l'adaptation cinématographique du comic-book publié par Marvel Comics, réalisée par James Gunn.
Le scénario est écrit par James Gunn et Nicole Periman. Le film est produit par Kevin Feige pour Marvel Studios.
Dans les rôles principaux, on trouve : 

Chris Pratt (Peter Quill, alias Star-Lord)
Zoe Saldana (Gamora)
David Bautista (Drax)
Vin Diesel (la voix de Groot)
Bradley Cooper (la voix de Rocket)
*

En 1988, juste après avoir vu sa mère mourir sur son lit d'hôpital, le jeune Peter Quill s'enfuit en courant dans la nuit. Une fois dehors, un vaisseau spatial plane au-dessus de lui et il est aspiré à l'intérieur...
26 ans plus tard, Quill pille un sanctuaire dans l'espace, sur une planète apparemment abandonné. En s'introduisant dans une grotte, il y dérobe un mystérieux globe. C'est alors que des soldats, menés par Korath, surgissent et veulent l'arrêter. Mais celui qui se surnomme désormais Star-Lord réussit à s'échapper.
On le retrouve sur Xandar où il cherche à vendre le globe à un receleur. Mais celui-ci panique quand il apprend que la relique est également convoitée par Ronan l'accusateur, un Kree fanatique qui défie le Corps des Novas, dirigeant la planète.
Nova Prime, chef du Corps des Novas de la planète Xandar
(Glenn Close)

En sortant de chez le receleur sans avoir pu vendre le globe, Peter Quill est attaqué à la fois par Gamora, une des deux filles du titan Thanos, allié de Ronan, et le duo de mercenaires formé par Rocket, un raton-laveur génétiquement modifié, et Groot, un arbre humanoïde, qui veulent respectivement récupérer l'objet et livrer Star-Lord (en sa qualité de membres des Ravageurs, des pilleurs galactiques) aux autorités contre une prime. Mais le Corps des Novas arrêtent toute la bande et les envoient dans une colonie pénitentiaire.
Gamora, Peter Quill/Star-Lord, Rocket, Drax et Groot
(Zoe Saldana, Chris Pratt, Bradley Cooper, David Bautista et Vin Diesel)

Dans cette prison, ils rencontrent Drax, dont la femme et l'enfant ont été tués par Ronan, et qui veut les venger en se servant de Gamora pour retrouver l'accusateur. 
Drax (David Bautista)

Gamora convainc Quill, Rocket, Groot et Drax qu'elle ne souhaite pas aider Ronan ni Thanos, et qu'elle connaît un homme intéressé pour acquérir le globe. 
Les Gardiens de la Galaxie se font la belle...
Les cinq brigands conviennent d'une alliance pour s'évader.
Gamora conduit ses acolytes jusqu'au Collectionneur, un excentrique fétichiste qui leur montre et explique ce que contient l'orbe : il s'agit d'une des six gemmes d'infinité, dont le pouvoir peut détruire une planète.
Le Collectionneur (Benicio Del Toro)


Une des servantes du Collectionneur tente de voler la gemme d'infinité et provoque une spectaculaire explosion dans la station spatiale. 
Groot et Rocket (avec les voix de Vin Diesel - en vo et vf -
et Bradley Cooper)

Ce chaos empire encore avec l'arrivée de Ronan que Drax a attiré ici par un message radio pour le tuer.
Ronan l'accusateur (Lee Pace)

L'accusateur est accompagné par Nebula, la demi-soeur de Gamora, décidée à tuer cette traitresse.
Nebula (Karen Gillan)

Ronan récupère le globe avec sa gemme tandis que Quill est retrouvé par Yondu, son père adoptif qui, s'estimant doublé, veut se débarrasser de lui. 
Yondu (Michael Rooker)
 
Mais Star-Lord réussit successivement à convaincre son mentor de l'épargner en lui promettant de récupérer le globe (et donc d'en tirer une forte somme) puis Rocket, Groot, Gamora et Drax de le suivre pour contrecarrer les plans de Ronan (au péril de leur vie, mais ils n'ont plus rien à perdre, n'ayant plus de famille).
 Gamora et Peter Quill/Star-Lord (Zoe Saldana
et Chris Pratt)

Ronan trahit Thanos en absorbant le pouvoir de la gemme et, fort de cette puissance, part détruire Xandar.
Thanos (Josh Brolin)

L'équipe de Quill et ses compères, avec les Ravageurs en renfort, persuadent le Corps des Novas de leur prêter main forte pour stopper le Kree et ses troupes. Réussiront-ils cette mission dont dépend le sort d'une partie entière de l'univers ?  

C'est déjà le 10ème film produit par Marvel Studios depuis Iron Man 1 en 2008, et Les Gardiens de la Galaxie est sans doute la plus belle réussite de Kevin Feige. Car, oui, on sort de la salle avec le sentiment d'avoir vu le film le plus abouti de la collection alors qu'il s'agit de celui qui, le premier, ne met pas en scène des super-héros (a fortiori des super-héros connus) et qui est le plus déconnecté des précédents longs métrages (même si les fidèles y repéreront des références).

Adapter un comic-book relève d'une équation délicate à résoudre, même si, en vérité, elle est vieille comme Hollywood, à savoir qu'il s'agit de concilier les exigences d'un studio propriétaire de personnages et des aspirations de cinéastes désireux de ses les approprier.
De la (bonne) gestion de cette tension entre les contraintes d'une major et de la vision d'un réalisateur qui ne veut pas être qu'un simple faiseur nait soit, au mieux, un bon divertissement ; soit, au pire, une commande brouillonne. Parmi les meilleurs résultats artistiques de Marvel Studios, on peut ainsi compter le premier Iron Man, les deux Captain America et Avengers. Moins accomplis, voire parfois ratés, il y a les deux Thor, L'incroyable Hulk, Iron Man 2 et 3.

On peut même affirmer que chaque film Marvel est le fruit de la ligne imposée par le producteur Kevin Feige et des tentatives d'émancipation du réalisateur qui a accepté d'être sous sa tutelle. A ce petit jeu, on a pu voir qu'un bon cinéaste n'est pas toujours le meilleur choix pour piloter une telle entreprise (le "Shakespearien' Kenneth Branagh s'y est cassé les dents, et Alan Taylor, emprunté à la série Game of Thrones, a aussi souffert). En revanche, ce sont souvent des metteurs en scène inattendus, novices ou revenants, qui s'en sont mieux sortis (Joss Whedon, les frères Russo, Joe Johnston, Jon Favreau).

Dans ce cadre-là, le choix de James Gunn, plus connu (quoique sa notoriété ne dépassait guère le cercle de quelques initiés) pour ses films indépendants comme Super ou Horribilis, était celui du parfait outsider : un geek déclaré, désireux de pouvoir disposer d'un tel budget, mais dont on ignorait s'il aurait les reins assez solides et la bonne inspiration. Mais, en fait, avec le recul, avoir élu James Gunn n'était pas plus surprenant que de monter un blockbuster à partir des Guardians of the Galaxy, comic-book plus que méconnu (même s'il a des mordus, et que son récent relaunch enregistre de bien meilleures ventes, grâce à une équipe artistique plus en vue - Brian Bendis au scénario et une flopée de dessinateurs côtés).

Que vaut-il alors, ce film ?
Hé bien, d'abord, et même avant tout, sa première qualité est qu'il vit très bien indépendamment des précédentes adaptations Marvel. Les quelques références qui subsistent sont discrètes et ne gêneront pas ceux qui n'ont pas tout suivi (au contraire même, puisque, pour la première fois, véritablement, on a droit à des éclaircissements sur les gemmes d'infinités, l'évocation des puissances primordiales que sont les Célestes, et une présence un peu plus nette de Thanos, entrevue à la fin de Avengers).

Ensuite, donc, il ne s'agit pas d'un film de super-héros, ce qui permettra donc à ceux qui apprécient plus ou moins ce type de personnages d'apprécier l'histoire et les personnages. Nous sommes ici dans la configuration d'un "space opera" teintée de comédie. Les héros sont des anti-héros, une bande de "misfits" au départ guère recommandables et aux actions peu honnêtes : un pilleur de reliques (Peter Quill), une tueuse (Gamora), deux chasseurs de primes (Rocket et Groot) et un veuf désireux de venger les siens (Drax). L'intrigue a le mérite de les présenter clairement, rapidement, mais surtout d'expliquer comment les évènements qu'ils traversent les changent en héros, en personnages abandonnant leurs mauvaises manières pour accomplir un authentique acte héroïque.

La qualité des héros se mesure aussi à celle de leur adversaire et de ce point de vue, là aussi, le film offre un méchant d'envergure, réellement menaçant, au caractère inquiétant et original (c'est un fanatique religieux, que la puissance qu'il acquiert en récupérant la gemme d'infinité ne fait que souligner), avec sa complice Nebula (Karen Gillan, venue de Dr Who, parfaitement flippante). Le décalage entre la démesure du pouvoir obtenu par Ronan (joué par un Lee Pace imposant, bien loin de son personnage dans Pushing Daisies) et les ressources dérisoires en comparaison dont disposent les Gardiens permet d'apprécier pleinement l'incertitude de l'issue de leur affrontement : on tremble alors vraiment pour les héros, et ce frisson est jubilatoire, il offre un vrai suspense.

Les Gardiens sont une équipe qu'on voit naître, de manière plus dynamique encore que les Avengers, et leur étrangeté ajoute à l'exotisme du projet sans empêcher qu'on vibre pour eux. Surtout, James Gunn a su trouver la bonne distance pour les traiter, toujours avec humour mais sans se moquer d'eux, en évitant la parodie. Il fallait ça pour, sinon croire, en tout cas suivre les aventures d'un arbre sur pattes (auquel Vin Diesel prête sa voix gutturale aussi bien en version originale qu'en français, réussissant à donner une grande variété d'intonations dans l'unique phrase que prononce Groot : "Je s'appelle Groot"), un raton-laveur enragé et sur-armé (avec la voix de Bradley Cooper - assurément le personnage le plus mémorable de l'année), un tueuse en quête de repentance mais redoutablement efficace (parfaitement incarnée par Zoe Saldana, qui peut composer ce personnage sans jouer sur la séduction), un guerrier mélancolique mais incapable de saisir le moindre second degré (campé par le catcheur David Bautista, dont la présence massive va avec un regard presque enfantin).

Cette troupe improbable, qualifié de "bande de trous du cul" par les flics de l'espace, confère au film une énergie et une bonne humeur communicatives : ils passent leur temps à se disputer, à se réconcilier, ils apprennent à s'apprécier, s'estimer, et même à nous émouvoir, après nous avoir fait rigoler (la génération de lucioles par Groot distille un vrai moment de poésie). En action, ils sont très bien mis en valeur, et James Gunn réussit là aussi à faire preuve de très bonnes idées, avec des séquences très efficaces (l'évasion de la prison, l'infiltration et l'attaque du vaisseau de Ronan).

Visuellement, le film affiche une contribution extraordinaire des designers, la plus aboutie de tous les films de la gamme. Le Knowhere est particulièrement impressionnant (même si son usage a été détourné par rapport à la BD : ici, il s'agit d'une station où réside le Collectionneur alors qu'il s'agit à l'origine du QG des Gardiens), et de manière plus générale, la dimension spatiale, avec des coloris parfois psychédéliques, atteste de l'ambition du projet. C'est la visualisation d'un pan entier du Marvel univers, après les aventures terriennes (Iron Man, Captain America) ou extra-dimensionnelles (Thor) - lorsqu'on sait que se prépare un film Dr Strange, et donc l'exploration des domaines magiques, cela offre un panorama très varié.

Pourtant, si l'on ne devait retenir qu'un élément dans cette réussite, ce serait le personnage de Peter Quill aka Star-Lord : depuis le Tony Stark / Iron Man interprété par Robert Downey Jr, c'est la meilleure incarnation distribuée par les studios Marvel, et le meilleur résumé du projet même des Gardiens de la Galaxie comme film. Ce pirate de l'espace, insolent, charmeur, qui ne veut jamais se séparer de son antique walkman avec sa cassette audio de vieux tubes compilés par sa mère (proposant une b.o. dans la b.o., égalant les meilleures mix de Tarantino), c'est le successeur des grandes figures du cinéma de divertissement grand public à la Spielberg auquel James Gunn adresse plusieurs clins d'oeil imparables (avec un trauma d'enfance digne de E.T. jusqu'à la personnification adulte descendant directement d'Indiana Jones).
Quand on part dans l'espace se bagarrer avec des aliens durs au mal, on pense aussi immanquablement aux premiers épisodes de Star Wars de George Lucas, et Peter Quill renvoie aussi au anti-héros le plus cool de la fin des 70's, Han Solo (on aimerait alors que pour la suite, déjà annoncée, Marvel persuade Harrison Ford de jouer le père de Star-Lord, qui n'apparaît jamais ici mais dont il est dit qu'il appartient à une race très ancienne).
Le casting de Chris Pratt, qui n'avait rien d'une évidence puisqu'il vient de la comédie et qui a dû subir un régime physique intense pour convaincre la production, est une idée de génie, un de ces acteurs qui a compris qu'il tenait là le rôle et qui le joue avec un plaisir communicatif.

Ainsi donc, en se démarquant des précédents longs métrages Marvel mais en embrassant la mythologie d'un cinéma bien antérieur à la mode des super-héros sur grand écran, en empruntant aux genres du récit d'aventures, de la pulp fiction, du space opera, Guardians of the Galaxy parvient à cette synthèse jouissive qui comblera aussi bien les jeunes fans avides de sensations fortes et de cool attitude et les nostalgiques des films où les personnages n'étaient jamais éclipsés par les effets spéciaux.
Pour la première fois, peut-être, on sort d'un film des studios Marvel en ayant pris autant de plaisir qu'à une production ne se limitant pas aux références de son catalogue, surpassant même son comic-book d'origine, bref une histoire et des protagonistes aimables pour eux-mêmes et par tous (plus seulement des amateurs ou des initiés).

Si vous aviez des réserves : oubliez-les, ces Gardiens vont vous faire du bien.

jeudi 4 septembre 2014

Critique 503 : SPIROU N° 3986 (3 Septembre 2014)


La couverture met à l'honneur Spirou et Fantasio pour la prépublication de leur nouvelle aventure (leur 54ème), écrite par Fabien Vehlmann et dessinée par Yann, intitulée (finalement) Le Groom de Sniper Alley. Outre que le dessin choisi n'est pas des plus réussis, il tombe aussi assez mal car plaisanter sur les reporters de guerre après que l'Etat Islamique en Irak vient de tuer par décapitation deux envoyés spéciaux est particulièrement maladroit : peut-être que Vehlmann et Yoann ont eu l'idée de cette image avant ces atroces exécutions et que la rédaction de la revue l'a choisie sans penser à mal, mais c'est terriblement maladroit.
Peut-être qu'un petit mot à ce sujet dans le (ou des) prochain(s) numéro(s) serait bienvenu...

Je vais m'en tenir à ce que j'ai aimé, car en vérité je me suis rendu compte que pointer ce qui ne me convient pas chaque semaine aboutissait à des répétions qui sont aussi lassantes pour moi que, certainement, pour ceux qui me lisent. Et, ma foi, autant s'en tenir au positif, qui domine généralement dans la revue.

J'ai aimé :

- Spirou et Fantasio : Le Groom de Sniper Alley 1. Don Cortizone avait aidé Seccotine (dans le tome 53, Dans les griffes de la vipère) à secourir Spirou, et aujourd'hui celui-ci réclame au groom et à Fantasio de remplir une mission pour lui : il s'agit de ses rendre en Aswana, où la guerre vient de s'achever, pour y trouver le légendaire trésor d'Alexandrie, localisé par Don Contralto, l'oncle du mafieux.
Fabien Vehlmann promet dans l'interview précédant les premières pages une histoire qui mélangera les références à l'actualité (les conflits en Syrie, Lybie) et l'aventure pure (dans la veine des Indiana Jones) : programme ambitieux mais alléchant. Le début est en tout cas tonique. 
Aux dessins, Yoann semble avoir affiné son trait et profite des couleurs de Charlotte Croix, plus nuancées. Espérons que ce bon départ aboutisse à un album plus régulier que les précédents des mêmes auteurs.

- Ernest et Rebecca : La boîte à blagues 4/7. Rebecca collecte des blagues pour Pépé Bestiole en compagnie de la jolie postière Cassiopée lorsqu'une averse les oblige à se réfugier dans la cabane dans les arbres des "triopotes". Ceux-ci se rassemblent et vont les aider dans leur tâche...
Bianco et Dalena continuent d'enchanter avec leur histoire, magnifiquement illustrée et mise en couleurs, et qui s'augmente de plusieurs personnages. La chute de l'épisode annonce un rebondissement accrocheur.

- Mélusine. Bon, Clarke n'a pas forcé son talent cette semaine, d'où un gag moins drôle et imaginatif dans la représentation visuelle, mais ça reste amusant.

- Givrés ! Amalric et Madaule donnent aussi dans la facilité, la chute de leur gag étant prévisible, mais je suis faible et je continue de trouver ça sympa.

- Minions. Didier Ah-Koon et Renaud Collin ont imaginé une nouvelle perle absurde et cruelle pour leurs créatures. C'est efficace, rapide, en 5 cases tout est dit (sans autre chose que des images et des onomatopées) : ça n'a l'air de rien, mais c'est du tout bon.

- Rob. James et Boris Mirroir livrent deux nouvelles saynètes bien senties avec leur robot et son maître (à moins que ce ne soit l'inverse...). Quelques jours après que le ministre du travail ait annoncé vouloir renforcer le contrôle des chômeurs (ah, ces vilains chômeurs ! C'est plus facile évidemment de leur courir après que de traquer les exilés fiscaux...) par Pôle Emploi, ces quatre bandes lui répondent d'une manière troublante et jubilatoire.

- Imbattable : La disparition du Z. Enfin ! Le super-héros qui défie les lois de la BD de Pascal Jousselin revient dans les pages de la revue, et en prime on a droit à une mini-aventure en 3 pages. L'auteur y démontre encore une fois son prodigieux sens de la narration et sa capacité à s'amuser en virtuose du langage du média. Vraiment imbattable !

- Pinpin Reporter. Matthieu Sapin poursuit son délire autour de Charlotte Le Bon et du court métrage qu'il veut faire avec elle. La mise en place du casting donne lieu à un gag encore une fois savoureux. C'est juste dommage que l'auteur ne confie pas ça à un meilleur dessinateur (que lui-même).

- L'Atelier Mastodonte. Cette semaine, Alfred, poussé par sa fille, achète des fournitures pour la rentrée à tous ses collègues : c'est très drôle, certainement vécu. Puis Obion fait face aux affres de la création avant de s'extasier devant Facebook : encore une réussite. J'adore !

- Dad. Nob ne faiblit pas et nous offre encore une planche épatante. Il y est question d'affaires de coeur, d'adolescence ingrate (euphémisme !) et de cinéma en 3D (qui pique les yeux). Une vraie merveille (à voir ci-dessous).   

En Direct de la Rédak fournit un abondant lot de teasers : dans les prochaines semaines/prochains mois, Soda (de Tome et Dan) va faire son retour (chouette !), le n° 3997 aura un sommaire très spécial, en Décembre arrivera le n° 4000, et pour Noël on aura droit à un nouveau Spirou par... (Makyo et Tehem).
Les Aventures d'un Journal revient sur la rentrée 1987 à l'occasion de laquelle plusieurs auteurs s'étaient bien amusés avec l'école.

Pour les abonnés, on a droit en prime à la première partie d'un méga-poster de la série Zombillenium d'Arthur De Pins (qui en prépare l'adaptation au ciné, en dessin animé).

mardi 2 septembre 2014

LUMIERE SUR... BENOÎT FEROUMONT

 BENOÎT FEROUMONT
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Critique 502 : JOHAN ET PIRLOUIT, TOME 9 - LA FLÛTE A SIX SCHTROUMPFS, de Peyo


JOHAN ET PIRLOUIT : LA FLÛTE A SIX SCHTROUMPFS est le 9ème tome (et la 16ème histoire) de la série, écrit et dessiné par Peyo, publié en 1960 par Dupuis.
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Pirlouit met les nerfs de toute la cour à rude épreuve en jouant sans cesse de la musique et en chantant, mais le bon Roi et Johan restent cléments en le laissant faire, espérant sans doute qu'il finira par se rendre compte soit de son absence de talent, soit du calvaire qu'il fait subir à son auditoire.
La situation manque pourtant de peu d'empirer quand un marchand d'instruments de musique passe par là, averti que Pirlouit serait intéressé par ce qu'il vend. Le Roi et Johan réussissent in extremis à le faire partir avant que le lutin ne le rencontre. Mais dans la précipitation, le marchand oublie dans la cour du château une flûte, que récupère le Roi. Celui-ci décide de s'en débarrasser en la jetant dans le feu de sa cheminée.
Mais la flûte ne brûle pas et Pirlouit la trouve. Il ne tarde pas à découvrir que l'instrument est enchanté car dès qu'il souffle dedans, son auditeur ne peut s'empêcher de danser, jusqu'à l'épuisement ! 
La perte de la flûte magique par le marchand parvient jusqu'aux oreilles de Mathieu Torchesac, un malhonnête qui veut la voler pour escroquer les baillis, usuriers et orfèvres. Avec ce magot, il compte s'allier au seigneur de la Mortaille pour soulever une armée et s'emparer du trône.
Pour Johan et Pirlouit, retrouver ce fâcheux va s'avérer difficile et, une fois, fait périlleux car comment résister au pouvoir de la flûte à six trous ? Pour leur ami, l'enchanteur Homnibus, un seul recours possible : les Schtroumpfs, des créatures magiques, vivant cachés dans le Pays Maudit, qui confectionnent justement des instruments magiques et pistent aussi justement Torchesac...

C'est en 1957 que Peyo commence dans Le Journal de Spirou la parution de la nouvelle aventure de Johan et Pirlouit, initialement intitulée La Flûte à six trous. Personne, à commencer par l'auteur, ne sait encore que ce projet va changer le cours de la série, en en signant le début de la fin, et la carrière de son créateur, promise à une popularité hors normes.

Pour cette histoire, Peyo a obtenu de Dupuis de dépasser le format standard, de 44 à 60 planches. Mais le véritable évènement, c'est l'apparition à la planche 37 des petits Schtroumpfs (après leur entrée en scène 19 planches plus tôt). Pour expliquer comment la flûte à six trous possède la capacité magique de faire danser quiconque en écoute le son, l'auteur imagine, plutôt qu'un(e) sorcier(e) ces petits être à la peau bleu, qui fabriquent ce genre d'instruments, dans le Pays Maudit où ils habitent tout en se mêlant aux hommes sans que ceux-ci le sachent (seuls de rares initiés, comme l'enchanteur Homnibus, connaissent leur existence et le moyen de les rencontrer).

Pour peu qu'on soit informé sur l'oeuvre de Peyo ou celle de Franquin, l'explication de l'origine du drôle de nom de ces créatures est une anecdote bien connue : Peyo dinait avec le couple Franquin et en demandant la salière, l'appela la "schtroumpf". Franquin lui la tendit en répondant "tiens, voilà ton schtroumpf !". La soirée continua ainsi en langage schtroumpf.
Leur couleur fut trouvée par Nine, la femme et collaboratrice de Peyo, après plusieurs essais (le vert ayant été écarté car se fondant trop dans les décors forestiers souvent utilisés pour la série, le rouge fut jugé trop voyant, et le rose trop proche de la peau humaine).

Pourtant, les Schtroumpfs faillirent ne jamais exister, ou du moins par au-delà de cette histoire, car ils déplaisaient à Charles Dupuis, qui craignait en outre que la censure française n'approuve pas leur langage crypté. Pour le rassurer, il semble que Peyo lui ait promis qu'il ne s'agissait que d'une création fantaisiste éphémère, et d'ailleurs cet épisode ne les fait intervenir que de manière providentielle
Mais l'auteur les réutilisera pourtant dès le tome suivant (La Guerre des 7 fontaines), et le reste, comme on dit, appartient à l'Histoire... Peyo, du reste, qui se montrera ensuite très critique vis-à-vis de son run sur Johan et Pirlouit, ne restera satisfait que de ce récit.
Mais il est évident que le succès des Schtroumpfs auprès des lecteurs et le plaisir qu'avait Peyo à imaginer leurs aventures et à les dessiner ont en quelque sorte tué Johan et Pirlouit. Lorsqu'ils apparaissent, l'auteur anime en plus Poussy, au rythme d'un gag par semaine pour le journal Le Soir, et créera en 1960 Benoît Brisefer. Déjà connu pour ne pas toujours tenir ses délais, Peyo se retrouve avec quatre titres à animer et sacrifiera Johan et Pirlouit, déléguera une partie de la réalisation de Benoït Brisefer, abandonnera Poussy, et finira par ne plus se consacrer qu'aux Schtroumpfs (qui gagnent leur propre série à partir de 1959, et seront ensuite déclinés sur plusieurs supports, lui apportant la reconnaissance et la fortune).

En tant que telle, l'histoire de La Flûte à Six Schtroumpfs demeure cependant très efficace et l'augmentation de la pagination n'altère pas la qualité de l'intrigue que Peyo développe avec une impeccable maîtrise. Les petits bonhommes bleus sont certes utilisés selon le procédé du deus ex machina classique, une entité permettant de rétablir une situation compromise de manière providentielle, mais dans la mesure où ils sont en fait aussi à l'origine des problèmes rencontrés par les héros, l'équilibre est habile.
Le méchant Torchesac est un excellent adversaire dont les ruses pour posséder l'instrument magique puis l'employer de façon malhonnête jusqu'à proposer un plan d'envergure à son allié Mortaille (qui espère, comme lui, en être le seul bénéficiaire à la fin) donnent au récit un belle ampleur, qui va crescendo et rend les efforts de Johan et Pirlouit incertains.
La présence des Schtroumpfs reste modéré, tout en fournissant des dialogues à la fois surréalistes et amusants, ce n'est pas encore une facilité d'auteur comme ça le deviendra ensuite et c'est pour cela qu'ils étaient des personnages secondaires plaisants (alors que dans leur propre série, ils deviendront juste des créatures horripilantes dans des scénarios bêtifiants).

Le dessin de Peyo est un régal sans cesse renouvelé, que je redécouvre à présent. La densité de son découpage (avec des planches d'une douzaine de cases en moyenne) confère à son histoire une richesse supplémentaire, qui rassasie le lecteur mais sans jamais le noyer car à cela s'ajoute le génie de l'artiste pour la composition des plans.
Peyo est un dessinateur subtil qui sait doser ses effets, il faut savoir savourer ses images pour en apprécier la finesse : une scène comme celle où l'enchanteur Homnibus hypnotise Johan et Pirlouit est à cet égard exemplaire. En trois cases à la fin de la planche 35, on assiste en plan fixe à l'endormissement des deux héros, puis page suivante, à la première bande, les trois mêmes cases nous montrent leur réveil avant qu'un plan général occupant une grande vignette de la hauteur de deux bandes révèle le décor du Pays Maudit où ils ont été magiquement transportés. L'air de rien, nous avons été dépaysés rapidement et très efficacement au moyen de cadrages élémentaires mais qui nous cueille aussi sûrement que Johan et Pirlouit.

Un drôle d'album donc, qui a marqué les esprits, scellé le destin de la série, mais dispense toujours un divertissement haut de gamme. Dommage vraiment que Peyo ait préféré lâcher son écuyer et son lutin pour ne plus s'occuper que de ses miniatures bleues...   

lundi 1 septembre 2014

Critique 501 : JOHAN ET PIRLOUIT, TOME 8 - LE SIRE DE MONTRESOR, de Peyo


JOHAN ET PIRLOUIT : LE SIRE DE MONTRESOR est le 8ème tome (et la 14ème histoire) de la série, écrit et dessiné par Peyo, publié en 1960 par Dupuis.
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Pirlouit reçoit en cadeau du baron de Brusy un faucon mais le rapace a un caractère excentrique puisqu'il est végétarien ! Johan en rigole mais son ami est déterminé à dresser l'oiseau pour la chasse. C'est ainsi qu'ils vont près d'une forêt mais le faucon échappe à la vigilance de Pirlouit. Peu après, un homme apparaît, en haillons, et s'enfuit en voyant Johan qui, alors, entend les appels au secours de son ami.
L'écuyer pousse ses recherches et atteint une chaumière dévastée par une bagarre : l'aubergiste lui explique alors que des soldats et des manants se sont battus, et ces derniers sont repartis avec un un petit prisonnier que Johan identifie comme étant Pirlouit.
Apprenant que son compagnon a été emmené au château du seigneur de Courtecorne, Johan s'y rend mais il est jeté dans un cachot. Pourtant, surprise : le lendemain matin, il est libéré et conduit auprès de messire de Montrésor, véritable maître des lieux. 
En vérité, la population a pris Pirlouit pour le seigneur et celui-ci profite de la situation. Mais sa volonté d'arrêter d'assommer les manants à coups d'impôts dérange les notables qui décident de réinstaller Courtecorne sur le trône.
Mais qu'est-il arrivé au vrai sire de Montrésor ? Une triste affaire : devenu seigneur à l'âge de 4 ans, il a été placé sous la tutelle de Courtecorne qui le retint prisonnier quand on tenta de le déposséder. Jusqu'à ce que Montrésor s'évade il y a quelques jours... 

Fort de la réussite et du succès du tome précédent (La flèche noire, critique 490), Peyo n'a pas perdu de temps pour enchaîner. Il livre en 1957 au Journal de Spirou une courte histoire de deux planches, Les mille écus, paru dans le n° 1000 de l'hebdomadaire, puis à partir du n° 1004 commence un nouveau récit en plusieurs épisodes, Le Sire de Montrésor. L'histoire sera publiée en album en 1960.

Pierre Culliford veut prouver qu'il peut développer des intrigues plus complexes et il est conscient que le potentiel du personnage de Pirlouit est un des moyens pour y parvenir : ce mix entre sa confiance de narrateur et la fantaisie de son lutin vont lui permettre de concrétiser ses ambitions.

L'intrigue repose sur une imposture, un procédé efficace, pleinement exploité ici, et qui évoque de grands classiques des films de cape et d'épée (on pense au Prisonnier de Zenda, réalisé par Richard Thorpe en 1952). Et quel meilleur véhicule pour éprouver ce récit que Pirlouit qui est le vrai moteur du projet : dès le début, il entraîne le lecteur dans une course folle où son esprit rusé, sa vivacité, donnent du mouvement et de l'humour. Il faut le voir accéder à d'innombrables clés qu'il a lui-même enfermées dans de multiples coffres, comme des poupées russes, afin de piocher dans ses (maigres) économies. Il en profite alors pour arnaquer le bon Roi puis, enfin, nous découvrons la raison de son agitation depuis 3 pages : il a reçu en cadeau un faucon. Mais l'oiseau n'est bon qu'à chasser des légumes ! La séquence est menée tambour-battant, et s'achève à la planche 5 avec un gag très efficace.

La suite est du même calibre : Peyo a le génie pour mêler ses deux héros à des affaires avec lesquelles ils n'ont aucun lien, et le faucon va être l'instrument pour les entraîner dans une aventure pleine de manipulation, de malentendus, de péripéties, au suspense implacable.
Pour cela, il s'appuie aussi sur la personnalité de ses créatures dont il affine la caractérisation et aboutir à des scènes équivoques concernant leur relation, ce qui confère au récit plusieurs niveaux de lecture. 
Par exemple, hiérarchiquement, Pirlouit est au service de Johan (lui-même aux ordres du Roi), même si leur amitié assouplit ce rapport de domination et que le tempérament farceur et têtu du lutin ne laisse guère de répit à l'écuyer. Partant de ça, Peyo met en scène leurs retrouvailles, après que Pirlouit ait disparu, enlevé par des manants, de manière à ce que le lutin, assis dans le trône du sire de Montrésor et profitant de la méprise de ceux qui l'y ont installé, oblige Johan à s'agenouiller devant lui, à la fois pour montrer son autorité sur un écuyer devant un seigneur mais aussi pour ne pas risquer d'être démasqué. Si la plaisanterie de Pirlouit est aussitôt après, une fois qu'ils sont seuls, pardonné par Johan, elle révèle le peu de scrupules du lutin et comment en position de force il s'amuse de ce retournement de situation. C'est savoureux.

Toutefois, Peyo n'oublie pas la vocation de sa bande dessinée et si Pirlouit joue le seigneur sans se gêner, il est rapidement montré en train de reprocher à la garde rapproché du royaume son appât du gain aux dépens de la population, abusivement taxée (ce qui reste d'actualité...), et plus encore, il joue un rôle déterminant pour démasquer ceux qui ont incarcéré Enguerran de Montrésor. En fait, le pouvoir plait à Pirlouit mais seulement si son exercice le préserve des ennuis, quand il comprend que son imposture risque de lui coûter cher, il redevient un bon justicier, désireux de punir les vilains mais aussi de rétablir dans son bon droit le maître véritable et lésé de la région.
Tout cela est finement écrit, avec des rebondissements échevelés (la fuite de Johan et Pirlouit) ou comiques (Pirlouit découvre l'aspect peu séduisant de la promise de celui dont il a usurpé l'identité), aboutissant à un climax intense (avec le vrai Montrésor qui tombe à nouveau dans le griffes de Courtecorne, puis l'intervention du bon Roi). La dernière page assure encore un gag très drôle.

Les dessins de Peyo sont toujours un enchantement, et son art de la composition des plans est fabuleuse. 
En examinant son découpage, on remarquera qu'il répète plusieurs fois le même dispositif : sa page échelonne quatre bandes de trois cases chacune, mais pour aérer ce qui serait un classique "gaufrier", il remplace régulièrement (sur la première ou quatrième bande le plus souvent), deux cases par une seule, un plan donc plus large qui aère l'ensemble, permet de donner plus de place pour le décor (extérieur ou intérieur).
La cadrage est organique chez Peyo et ne doit jamais être prisonnier d'une formule mais au contraire optimiser la visualisation d'une scène : ainsi, il s'autorise des plans privilégiant le gag dans sa partie la plus spectaculaire et cela conduit à de vrais "morceaux de bravoure", comme aux pages 35 (deux bandes mais six cases verticales en plan fixe) puis 36 (une cascade de Pirlouit montée comme un plan-séquence, ce qui permet d'apprécier son caractère périlleux, dynamique et facétieux, s'achevant sur un contrechamp des méchants auxquels il vient ainsi d'échapper).
Le flux de lecture chez Peyo est d'une fluidité extraordinaire et associé à son écriture quasiment en continuité permanente, elle procure au lecteur la sensation de suivre l'aventure en direct, sans interruption. La qualité des décors, la variété des physionomies des personnages, complètent cette immersion.

Assurément, un des sommets du run de l'auteur sur sa série pour cet album inventif, maîtrisé et passionnant autant que malicieux.