mardi 4 février 2014

Critique 404 : FLASH, VOLUME 3 - GORILLA WARFARE, de Francis Manapulet Brian Buccellato

THE FLASH: GORILLA WARFARE rassemble les épisodes 13 à 19 de la série co-écrite par Brian Buccellato (seul pour les #18-19) et Francis Manapul et dessinée par Francis Manapul (#13-17), Marcus To (10 pages du #15) et Marcio Takara (#18-19), publiée en 2013 par DC Comics.
Deux histoires au programme :
- Gorilla Warfare (#13-17). Après avoir affronté les Lascars, un groupe de malfrats, Flash est à bout de force. C'est alors que pleut sur Central City des dizaines de capsules d'où sortent des gorilles menés par le Roi Grodd. Ce dernier, dont la force et la rapidité ont été dopées par la Force Véloce, cette dimension parallèle d'où Flash tire ses pouvoirs, entend bien non seulement envahir la ville mais aussi voler au bolide rouge son énergie et l'accès à celle-ci. Contre toute attente, les Lascars décident de se combattre au côté de Flash. Mais cela suffira-t-il ? 
J'avais laissé tomber la lecture de la série Flash en arrêtant d'acheter rapidement la revue "DC Saga", avant la fin de son premier arc (des épisodes qui ne m'ont pas fait forte impression, au moins au niveau du scénario). En me replongeant dans le mensuel et le titre qui lui a succédé, "Justice League Saga", j'ai pu commencer avec la troisième histoire.

Il m'a fallu un petit temps pour m'adapter car le tandem Brian Buccellato-Francis Manapul fait référence à des éléments d'épisodes antérieurs, mais l'un dans l'autre, rien d'insurmontable.
L'intrigue, si j'ose dire, court beaucoup de lièvres à la fois et jongle avec une multitude de personnages qui ne rendent pas vraiment service au déroulement de l'action. Entre Flash, les Lascars, le roi Grodd, son armée de gorilles, et le supporting cast de Barry Allen (sa fiancée Patty Spivot, son ami Darryl, Iris West et les autres prisonniers de la dimension de la Force Véloce), ça fait beaucoup (trop) de monde pour une histoire en cinq parties. Ecrire, c'est choisir, et visiblement Manapul et Buccellato n'ont pas su le faire.

Au coeur de tout cela, il y a la lutte entre Grodd et Flash, le premier disputant au deuxième la propriété exclusive de la Force Véloce. Leur combat réserve des séquences spectaculaires mais curieusement le scénario manque de souffle pour traduire l'ampleur que prend la situation à plusieurs moments (comme lorsque les gorilles capturent les citoyens de Central City pour les parquer dans le stade municipal où ils servent à alimenter mentalement le bras droit de Grodd, qui projette ainsi une illusion faisant croire à l'armée que la ville subit une attaque nucléaire... Résumer cela montre bien à quel point le récit est inutilement tarabiscoté).
Le rôle des Lascars eux-mêmes fait tiquer le lecteur : voilà une bande de fripouilles qui avait réussi à épuiser Flash mais qui sont ensuite prés à l'aider contre Grodd au prétexte que le gorille s'attaque à leur ville, comme s'ils avaient l'exclusivité pour en agresser les habitants et leur protecteur ! Dans les épisodes présents, ils servent donc ni plus ni moins qu'à suppléer Flash quand celui-ci est k.o. ou qu'il ne peut pas affronter toute l'armée de singes à lui seul. On peut raisonnablement douter que des vilains comme eux ne choisiraient pas plutôt de fuir ce genre d'ennuis plutôt que de se transformer subitement en sauveurs de la cité.

Si, malgré tout, on parvient à se faire une raison de tout cela, ce n'est pourtant pas désagréable à lire, surtout à partir du moment où Flash trouve le moyen de vaincre Grodd. La façon dont il a l'idée pour gagner et comment il l'applique est vraiment surprenante et donne à voir des applications des pouvoirs du bolide écarlate très originales : c'est d'ailleurs le point fort de Manapul et Buccellato depuis le début de leur run, avoir su imaginer que Flash n'était pas qu'un super-héros qui courait vite mais que sa vitesse affectait aussi sa capacité de raisonnement, que la dimension parallèle de la Force Véloce qui lui donne ses pouvoirs est un endroit qui altère la réalité toute entière à la fois dans l'espace et le temps et que, donc, elle pouvait toucher et métamorphoser l'entourage direct du héros.

Cela permet à Francis Manapul de laisser libre cours à sa verve graphique déchaînée. L'artiste s'inspire avec ses découpages, et jusque dans le titrage de la série, de dessinateurs comme Will Eisner et J.H. Williams III, avec des cadres en forme d'éclairs, des pages aux vignettes éclatées, des bordures en déséquilibre constant. Cela pourrait ressembler à un exercice de style un peu gratuit, mais en vérité c'est une traduction visuelle très intelligente et parfois virtuose des effets des pouvoirs propres à Flash, capable d'anticiper l'avenir, de disloquer le tissu du réel.
L'impact est d'autant plus saisissant que Manapul représente les personnages avec un style qui n'emprunte pas la voie classique du réalisme : son trait est simple, vif, mais par un jeu de contraste très fort, ce dessin énergique est prolongé par une mise en scène très sophistiquée. Le dispositif est exigeant aussi bien pour le lecteur qui doit parfois s'arrêter sur des doubles pages complexes dans leur construction que pour l'artiste, obligé sur l'épisode 15 d'être secondé par Marcus To.

La colorisation de Brian Buccellato est appliquée directement sur un dessin encré certes mais qu'elle atténue parfois avec des effets aquarellés de toute beauté, pour indiquer que certaines scènes se déroulent dans le passé ou dans la dimension de la Force Véloce. On ne peut qu'être épaté qu'avec une telle technique la série soit prête chaque mois sans retard, d'autant que donc Buccellato et Manapulo cumulent les postes de scénaristes et de graphistes.

Dommage cependant qu'un tel feu d'artifices ne serve pas à enjoliver une meilleure histoire.

- The Hero's Journey / The Stuff of Heroes (#18-19). Un cambriolage a lieu dans une bijouterie dont le gardien est tué. Barry Allen, en attendant d'être réintégré au sein de la brigade scientifique de la police de Central City, gagne sa vie en travaillant dans un bar louche la nuit, et y croise le Charlatan, un ancien membre des Lascars. La police interpelle le malfrat en l'accusant du vol et du meurtre. Barry Allen est convaincu de l'innocence du Charlatan mais bientôt la prison d'Iron Heights où il est incarcéré est prise d'assaut par le gang des Etrangers qui veulent l'en faire sortir...

Pour ce deuxième récit, Brian Buccellato est seul aux commandes du scénario et Francis Manapul cède sa place à Marcio Takara au dessin.
Le récit a pour lui sa concision et cette brièveté lui donne une densité qui faisait défaut à Gorilla Warfare. Là, en deux épisodes, on a un maximum de rebondissements au sein d'une intrigue certes classique, avec le thème rebattu du faux coupable, mais c'est bien ficelé, assez en tout cas pour qu'on ne devine pas avant la fin qui est le véritable meurtrier.
A la fin de l'épisode 18, Flash perd brusquement ses pouvoirs : c'est une conséquence provenant d'une autre série, inédite en vf (Dial H for HERO), mais parfaitement intégré et assimilable pour le lecteur qui ne lit que Flash. En prime, cela conduit à l'épisode 19 où c'est donc Barry Allen, devant faire preuve d'ingéniosité dans une situation critique (il est à l'intérieur de la prison où les amis du Charlatan sont venus le libérer), qui est mis en avant : cela évoque de façon savoureuse le film Die Hard 1 (Piège de Cristal en vf).

Marcio Takara remplace plutôt bien Manapul aux dessins. S'il n'a pas son inventivité pour le découpage et que son trait est parfois un peu sommaire, c'est un fill-in honorable, rien de déplorable et même, parfois, sur quelques cases/pages, une belle efficacité.

Un recueil d'épisodes inégal pour ce qui concerne l'écriture mais d'un niveau graphique souvent bluffant.

Critique 403 : JUSTICE LEAGUE DARK, VOLUME 2 - THE BOOKS OF MAGIC, de Jeff Lemire et Mikel Janin

JUSTICE LEAGUE DARK, VOLUME 2 : BOOKS OF MAGIC rassemble les épisodes 0, 7 à 13 et l'Annual #1de la série écrite par Peter Milligan (#7-8) et Jeff Lemire (#0, 9-13) et dessinée par Admira Wijaya (#7), Daniel Sampere (#7-8), Mikel Janin (#9-13) et Lee Garbett (#0), publiée en 2012-2013 par DC Comics.
- Rise of the Vampires (#7-8). Ecrit par Peter Milligan, dessiné par Admira Wijaya et Daniel Sampere. Ces deux épisodes concluent le run du scénariste Peter Milligan sur la série et forment un crossover avec le titre (depuis terminé) I, Vampire.
L'équipe encore dirigée par Madame Xanadu affronte le tout premier des vampires, Cain.

Avoir attaché ces deux épisodes à ce recueil plutôt qu'au volume 1 de la série est une bizarrerie éditoriale. Le résultat ne vaut pas tripette, avec une intrigue peu palpitante (encore moins quand on n'a pas suivi, comme moi, l'autre série impliquée, I, Vampire), et souffre d'une partie graphique très inégale (Wijaya et Sampere se partage les dessins du 7ème épisode puis Sampere s'occupe seul du suivant).
Du groupe de personnages assemblés par Milligan et du ton de ses histoires, il ne restera pas grand-chose : l'anglais rédige ça dans un registre sombre en se concentrant plus sur les acteurs et les ambiances, alors que la série va évoluer vers le récit d'aventure plus épique sous l'impulsion de Jeff Lemire, qui va également bouleverser le casting et la direction de l'équipe.
Rien d'indispensable donc pour la suite.
- The Black Room (#9-11) + War for the Books of Magic (#12, #0, #13 + Annual #1 - à lire dans cet ordre). Ecrit par Jeff Lemire, dessiné par Mikel Janin et Lee Garbett (pour le #0). L'A.R.G.U.S. est une organisation gouvernementale à la tête de laquelle on trouve l'agent Steve Trevor. Il approche John Constantine pour le convaincre de rassembler une équipe qui traquera le sorcier Felix Faust. Celui-ci a en effet capturé un espion à la solde de l'A.R.G.U.S, le Dr Mist, pour s'emparer d'un puissant artefact magique.
Pour que Constantine accepte, Trevor lui promet l'accès à la Chambre Noire, une pièce où l'A.R.G.U.S. garde plusieurs reliques magiques. Constantine recrute donc son ex-petite amie Zatanna, Deadman et la mystérieuse Black Orchid (qui est le contact de Trevor). Frankenstein, agent du S.H.A.D.E., le vampire Andrew Bennett et la princesse Amaya, du royaume d'Améthyste, les rejoindront plus tard. Madame Xanadu reste en retrait car elle a eu la vision que Tim Hunter, un adolescent, est mêlé indirectement à l'intrigue, en relation avec un futur apocalyptique où il est devenu le plus grand magicien du monde.
Ce que Constantine ignore, c'est qu'un traître s'est glissé dans la partie pour obtenir de Faust un service et que la véritable menace est un de ses anciens amis, assoiffé de vengeance parce que l'anglais et Zatanna l'ont autrefois trahi. Qui, dans ces conditions, mettra le premier la main sur les grimoires de la magie, qui sont à la fois l'index et la source de tous les pouvoirs occultes ?

Jeff Lemire se distingue immédiatement de Peter Milligan en modifiant l'orientation de la série. Le symbole de ce changement pourrait se résumer dans le choix du nouveau leader de la JLD, John Constantine, désormais intégré à l'univers classique de DC (après avoir été un des piliers du label adulte Vertigo).

L'autre élément clé que Lemire met en avant, c'est l'ARGUS, l'équivalent du SHIELD pour DC, avec à sa tête l'agent Steve Trevor (un des personnages qui a vraiment gagné en importance avec le reboot, n'étant plus cantonné au rôle d'amant de Wonder Woman). Cette organisation gouvernementale veut disposer d'une unité spécialisée dans les affaires occultes et se tourne du côté du magicien anglais pour sa nouvelle affaire, mêlant forces mystiques et espionnage.

L'intrigue voit donc John Constantine, à la demande de Steve Trevor, rassembler une nouvelle Ligue des Ténèbres pour appréhender le sorcier Felix Faust, localisé en Afrique du Sud. La JLD doit récupérer avant lui les Grimoires de la Magie, quatre ouvrages qui seraient à l'origine de la magie elle-même et qui, donc, donneraient à son possesseur des pouvoirs considérables. Le problème, c'est que Constantine ignore qu'un personnage censé être de son côté s'est allié à Faust et surtout que le véritable danger vient d'une ancienne connaissance qu'il a trahie ? Constantine lui-même est-il digne de confiance ? Et enfin les grimoires existent-ils vraiment ?

En comparaison avec Milligan, qui avait livré des épisodes sombres, sérieux, Lemire préfère nettement insuffler à la série plus d'action, de suspense, de rebondissements. On est dans un registre finalement semblable à celui à l'oeuvre dans Justice League mais avec la magie en arrière plan. Cette rupture permet au lecteur qui n'a pas suivi le run de Milligan d'embarquer dans celui de Lemire sans difficulté.

Les seuls personnages qu'a conservé Lemire sont Constantine, qui devient le leader de l'équipe ; Zatanna, dont le passé commun avec Constantine va être précisé ; Deadman ; et Madame Xanadu, même si elle passe une bonne partie de l'arc en retrait. De nouveaux membres apparaissent comme Black Orchid ; le démon serviteur Black Ivy ; Andrew Bennett, redevable à la JLD après son combat contre Cain ; la princesse Amaya du royaume d'Améthyste, et le monstre Frankenstein, agent du SHADE (ces trois derniers n'intervenant que dans la conclusion, lors de l'Annual #1).
C'est un groupe dysfonctionnel avec de fortes personnalités, et cela produit des échanges vifs, des relations savoureuses : chacun ici a la langue bien pendue et Lemire soigne ses dialogues pour souligner les tensions mais aussi l'aspect comique. Il ne lésine pas non plus sur les coups de théâtre, les révélations spectaculaires, les motivations cachées - à tel point qu'on peut parfois se sentir submergé par le flot d'informations délivrées par le scénariste. C'est à la fois très tonique et très dense, il faut lire ça avec attention mais une fois immergé, on y prend beaucoup de plaisir.

La partie visuelle est assurée par Mikel Janin, qui est en place depuis le début de la série. Je ne connaissais pas du tout cet artiste et c'est donc une grande révélation. Il se distingue par un trait précis, notamment pour les décors représentés avec un luxe de détails souvent bluffant, surtout qu'il s'encre lui-même. Ses personnages ont tous beaucoup d'allure et de charme, ses femmes sont en particulier très belles sans être des bimbos.
Il est également très fort quand il s'agit de montrer de manière originale les manifestations magiques sans recourir à des figures déjà vues. Pour cela, il s'appuie sur de très bons coloristes, visiblement vite épuisés par l'exercice (Ulises Arreola, Kyle Ritter, Rob Leigh) mais qui se passent le relais sans qu'on voit de différences notables dans la palette utilisée.

Le seul bémol concerne l'épisode 0 dessiné par Lee Garbett, dont le style tranche singulièrement avec celui de Janin, et pour un résultat très en deçà : dommage car le chapitre méritait mieux (il s'agit en effet d'un flashback sur les origines de la rencontre entre Constantine et Zatanna mais aussi sur le personnage à l'oeuvre derrière toute l'histoire des grimoires.

Si l'ensemble est donc très satisfaisant, on peut tout de même déplorer quelques points (qui seront certainement corrigés dans le prochain arc et au-delà). D'abord, si Constantine est un personnage formidable, véritable anti-héros à la fois charmeur et insupportable (et avec toujours une clope au bec, ce qui ne manque pas d'étonner dans le monde aseptisé des comics où même Wolverine a abandonné ses cigarillos), il prend beaucoup de place et vole la vedette au reste du groupe, au point qu'on a parfois l'impression de lire davantage une série "John Constantine and the Justice League Dark". Et ensuite, comme je l'ai déjà souligné, Lemire a parfois tendance à surcharger son récit en twists et personnages secondaires appelés pour gonfler les rangs des gentils au détriment d'une caractérisation digne de ce nom : que le scénariste se fasse plaisir en invoquant l'héroïne d'Amethyst, Frankenstein ou en rappelant Andrew Bennett (tous trois récupérés de titres arrêtés), pourquoi pas, mais à condition quand même d'en faire plus que des figurants.

JLD permet cependant de réaliser à quel point DC regorge de personnages issus du répertoire magique et Lemire semble très au fait de ce côté là, maîtrisant parfaitement son affaire, et s'amusant avec un plaisir souvent communicatif. Par exemple, il s'approprie Black Orchid en lui conservant sa part de mystère intacte, telle que l'écrivait Neil Gaimain dans sa mini-série mythique illustrée par Dave McKean. De même, il anime Deadman avec beaucoup d'énergie, s'en servant comme d'un contrepoint à Constantine et lui donnant des scènes d'action jubilatoires. Enfin, c'est un régal (déjà pour les yeux car Janin la dessine magnifiquement) de retrouver Zatanna (malgré un nouveau look discutable, mais heureusement en passe d'être modifié), doté d'un background passionnant avec Constantine et le bad guy de l'histoire, et pensé comme une magicienne puissante mais apprenant encore, ce qui laisse une belle marge de manoeuvre à l'auteur pour le futur.

Le dénouement de ce recueil, un peu abrupt, donne en tout cas l'envie de lire vite la suite, et fait de Justice League Dark une des séries les plus stimulantes du "New 52", à l'écriture riche et au graphisme impressionnant.

Critique 402 : AQUAMAN, VOLUME 2 - THE OTHERS, de Geoff Johns et Ivan Reis

AQUAMAN, VOLUME 2 : THE OTHERS receuille les épisodes 7 à 13 de la série écrite par Geoff Johns et dessinée par Ivan Reis, dans le cadre du "New 52", publiée par DC Comics en 2013.
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Arthur Curry alias Aquaman est traqué par son pire ennemi, Black Manta. Ce dernier s'en prend aux membres de son ancienne équipe, avant que le héros ne rejoigne les rangs de la Justice League, the Others (les Autres), dont chacun possède une relique du royaume déchu d'Atlantis (une orbe permettant de se téléporter détenue par Ya'Wara, une clé ouvrant tout en possession de l'Operative, des chaînes permettant de générer un champ de force aux poignets de Prisoner of War, un casque donnant à Vostok X la capacité de respirer sous l'eau comme dans l'espace, et un artefact conférant la capacité de voir l'avenir immédiat et de localiser les autres reliques pour Kahina). 
Mais qu'est-ce qui motive la vengeance de Black Manta ? Un sombre secret qu'Aquaman a même caché à sa compagne, Mera...
Après un premier volume, disons moyen (The Trench), la série connaît un spectaculaire redressement dans son développement avec ce deuxième tome, riche de 7 épisodes formant une seule histoire. Il est toutefois recommandé d'avoir lu les épisodes précédents pour en apprécier pleinement le contenu, notamment l'évolution du personnage principal et les révélations sur son passé.
Geoff Johns donne ici sa pleine mesure en introduisant une menace bien plus palpitante, des rebondissements haletants, une galerie de seconds rôles charismatiques et un méchant qui éprouve vraiment le héros. En prime, on a droit à des révélations sur le passé d'Aquaman, le royaume d'Atlantis et le dénouement est une passerelle pour le crossover entre la série et celle consacrée à la Justice League, Throne of Atlantis (qui est écrit par Johns et dessiné par Reis).

Dans le premier volume, suite à l'attaque des monstres de la fosse, Aquaman entrait en possesion d'une mystérieuse relique atlante. D'autres artefacts de cette civilisation sont au coeur de l'intrigue, convoitées par Black Manta (même si on finit par découvrir qu'il ne les récupère pas pour son compte...). Johns applique un traitement vigoureux à ce vilain qui devient terriblement menaçant, agressif, avec un sérieux contentieux vis-à-vis d'Aquaman : muni d'une nouvelle origine et d'un mobile à la fois simple mais qui se révèle plus complexe en fin de parcours, il est le grand gagnant de cet arc narratif.

The Others est l'autre invention inspirée du scénariste : il a créé de toutes pièces cette équipe de personnages immédiatement mémorables (une fille de la jungle, un ex-aspirant cosmonaute russe, un ancien marine noir hanté par la mort de ses amis soldats, un agent secret, et une musulmane). Leurs motivations pour protéger les reliques atlantes sont également très bien vues et donnent encore du relief à la confrontation avec Black Manta, mais aussi aux raisons pour lesquelles Aquaman et eux se sont séparés. 
De fait, on apprend donc que le héros a fait partie d'un groupe avant de rejoindre la Justice League, ce qui nourrit sa mythologie puisque le reboot du "New 52" a établi que les justiciers ne sont en activité que depuis cinq ans (avec l'apparition de Superman). Johns suggère donc que d'autres équipes ont existé avant la Justice League, de manière clandestine, et continuent d'être actives toujours en secret.
Bien entendu, l'écueil avec cette injection subite et massive de nouveaux personnages (qui n'existaient pas avant le reboot de DC), c'est qu'il est délicat de les présenter de manière complète et équitable dans une seule histoire de 7 épisodes. De fait, le passé d'un des Autres comme Vostok X est à peine et rapidement abordé, et même si Ya'Wara a droit à beaucoup plus d'espace on n'en sait guère plus à son sujet. En revanche, tout en étant aussi concis, voire évasif, Johns réussit à donner beaucoup plus de relief à the Operative (dont le masque cache une surprise totalement imprévisible) et Prisoner of War.

En ce qui concerne directement le personnage d'Aquaman, Johns souligne ce qui était déjà avancé dans le tome précédent, à savoir qu'il ne s'agit pas d'un héros forcément très sympathique : son tempérament demeure ombrageux, et il n'hésite pas à dissimuler à Mera des pans entiers de son passé. On le découvre plus jeune à l'occasion de flash-backs avec les Autres et plus enclin à assouvir sa soif de vengeance qu'à sauver des innocents. A présent, il préfère encore faire cavalier seul, assurant qu'il veut d'abord protéger ses anciens co-équipiers et sa compagne. C'est un profil intéressant que le scénariste ne cherche pas à adoucir et qui permet par conséquent au lecteur d'apprécier avec ses nuances, souhaitant sa victoire comme on l'espère pour tout héros tout en portant un regard lucide sur ses méthodes ambiguës.
Quant à Mera, elle apparait évidemment moins que dans les premiers épisodes mais Johns lui réserve quelques belles scènes - mieux : des scènes importantes. Surtout, il s'amuse avec le fort caractère de cette femme de tête, volontiers jalouse (un moment amusant lors de sa rencontre avec Ya'Wara, ce qui est notable pour un auteur comme Johns, maniant peu, et quand il le fait, maladroitement, l'humour).  

La conclusion de cet arc est épique, et promet des développements à court et long termes très accrocheurs (en plus du crossover Aquaman/Justice League qui se déroule immédiatement après, DC annonce un spin-off, Aquaman & the Others pour Avril). Par ailleurs, même si on en sait un peu plus sur la déchéance d'Atlantis, il reste encore de quoi alimenter la mythologie de la série avec cela, ce qui donne envie de poursuivre l'aventure.

Je ne peux pas parler de cette histoire sans, bien sûr, mentionner, l'extraordinaire contribution d'Ivan Reis, qui signe l'intégralité des dessins de cet arc. Le brésilien abat un boulot incroyable, très impressionnant. Non seulement, il a réussi à designer une galerie de personnages de façon attractive, mais surtout son storytelling est redoutablement efficace, quand bien même sur la fin il a recours un peu facilement à des pleines et doubles pages. Mais ses décors sont très détaillés (plus que la moyenne de beaucoup de comics), ses personnages possèdent toujours une allure folle, il se dégage de ses pages une énergie qui rend la lecture euphorisante.
On ne peut que regretter que DC n'ait pas offert aux lecteurs quelques bonus comme dans le précédent volume (comme, justement, les characters designs).
De bien petites réserves cependant en comparaison avec le plaisir qu'on prend à lire ces épisodes, brillamment écrits, puissamment illustrés, et qui confirment la renaissance d'Aquaman. Si tout cela aurait sans doute pu être accompli sans le procédé d'un reboot, c'est  assurément une des réussites majeures de l'opération "New 52" que d'avoir su redonner un tel lustre à ce personnage.

Critique 401 : AQUAMAN, VOLUME 1 - THE TRENCH, de Geoff Johns, Ivan Reis et Joe Prado


AQUAMAN, volume 1 : The Trench rassemble les épisodes 1 à 6 de la série écrite par Geoff Johns et dessinée par Ivan Reis (#1-5) et Joe Prado (#6), publiés par DC Comics en 2012.
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Trois histoires au programme :
- The Trench (#1-4). Au fond des mers, d'affreuses créatures affamées s'en prennent à des pêcheurs puis attaquent la côte de Beachrock, tout prés de là où vivent Aquaman et sa compagne Mera, dans les environs de Boston. Bien que le super-héros soit raillé par la population locale, considéré comme un mythomane (à cause des origines atlantes) et parce qu'il a des pouvoirs sujets à la moquerie (mais surtout méconnus), il n'hésite pas à venir en aide aux autorités car il est aussi à moitié terrien (par son père). Après avoir repoussé les assauts des monstres, il décide d'aller les débusquer dans leur antre sous-marine et va y faire une terrible découverte avec Mera...
- Lost (#5). La capture d'un des monstres marins a permis à la Navy de mettre la main sur un étrange artefact mais qui s'est mis à émettre un son puissant et désagréable. Aquaman se rend au labo de l'armée lorsque des hommes armés attaquent l'endroit pour s'emparer de la relique. Le héros les poursuit et en provoquant le crash de leur hélicoptère, échoue dans le désert. Privé d'eau, Aquaman est sujet à des hallucinations puis remet la main sur l'artefact qui le prévient d'un grand danger contre Atlantis - un message périmé puisque la cité a été détruite dans des circonstances non élucidées...
- Deserted (#6). En l'absence d'Aquaman, Mera se rend à Amnesty Bay, le village voisin du phare où elle vit avec son compagnon, pour y acheter de quoi nourrir le chien qu'ils ont recueilli après l'attaque des monstres. Elle doit faire face à un commerçant goujat puis intervient contre un forcené. Mais c'est surtout l'occasion d'apprendre que la jeune femme a d'abord rencontré Aquaman, 5 ans avant, avec pour mission de le tuer et, en refusant de le faire, elle a été bannie de son peuple...

Fin 2011, après la saga Flashpoint, DC Comics choisit de "rebooter" toutes ses séries (même si, dans les faits, les titres le plus populaires, comme Batman ou Green Lantern sont plus légèrement remaniés). L'opération "New 52" aboutit au lancement de 52 titres, relookés et repensés. Geoff Johns, promu directeur artistique de cette refonte (même s'il était déjà l'auteur vedette de la firme depuis longtemps) entreprend d'écrire de nouvelles aventures consacrées à Aquaman, ressuscité au terme de la saga Blackest Night puis sur le devant de la scène dans la maxi-série qui a suivi, Brightest Day. Il retrouve le dessinateur brésilien Ivan Reis (qui a participé à Green Lantern, Blackest Night et Brightest Day) pour l'occasion. Résultat : le personnage obtient un succès comme il n'en a jamais connu, talonnant Justice League et Batman (et dépassant les scores de plusieurs séries Avengers ou Spider-Man chez Marvel) !
Le scénariste, qui adore revamper des personnages, en réinventant au besoin leurs origines, et fort de son succès sur Green Lantern (devenu une des locomotives de DC, devant Superman ou Wonder Woman), a les coudées franches. Il écrit donc ces premiers épisodes comme si le lecteur ne savait rien d'Aquaman et séme quelques éléments mixant la continuité historique du personnage avec une approche plus dynamique.

Johns est un conteur habile et efficace mais pas très subtil, et ces défauts et qualités sont particulièrement remarquables dans ces épisodes. Le point positif réside dans le fait qu'il écrit finalement moins une série sur Aquaman seul que sur le héros métisse (mi-humain, mi-atlante, élevé seul par son père et ayant choisi de vivre à la surface pour en protéger les habitants plutôt que d'être le dirigeant d'un royaume en ruines) et sa compagne Mera. Cela permet à Arthur Curry de se/nous confier ses états d'âme, ses choix, et au scénariste de disposer d'un contrepoint féminin fort, dont le caractère est aussi bien, si j'ose dire, trempé (sinon plus) que son protagoniste masculin. D'elle, on ne sait rien, ou pas grand-chose mais elle marque les esprits en étant traité comme l'égale du héros.
Et puis, à côté de cela, Johns multiplie les astuces artificielles, parfois risibles (l'adoption d'un chien, ou le rôle du professeur Shin, qui fut l'ami du père d'Aquaman et qui est obsédé par Atlantis).  Les méchantes créatures aux dents acérées sont également plus moches qu'effrayantes, et leur secret est vite résolu (et leur sort vite expédié). Johns laisse planer un doute sur le fait qu'elles sont peut-être liés au passé d'Aquaman, d'Atlantis, tout comme il fait allusion brièvement à la véritable origine de Mera, mais on doit se contenter de ces suggestions.
Enfin, le scénariste use d'une autre béquille narrative un peu grotesque avec des apparitions fantomatique du père d'Arthur Curry ou d'un messager atlante, qui lui prodiguent tour à tour des conseils pleins de bon sens sur la vie ou des alertes périmées sur le sort d'Atlantis. Pas très fin là encore, encore moins original. 

Mais bon, comme je l'ai dit, Johns est habile : il sait indéniablement écrire une histoire et la dérouler sans ennuyer le lecteur (un premier arc rapide de 4 épisodes plus deux stand-alone), avec un bon équilibre entre intimisme et grand spectacle, dialogues et baston. C'est efficace à défaut d'être novateur. 
Il est évident que la première mission de Johns est de poser son personnage et de redorer son blason, de lui donner une certaine majesté à la fois pour le lecteur mais aussi par rapport aux figurants de ses histoires pour qui il n'est qu'un sujet de blagues. De ce côté-là, c'est réussi : Aquaman apparaît comme un héros misant moins sur des stratégies affutées que sur sa force - quand il s'enfonce dans les bas-fonds pour débusquer des monstres, il ne réfléchit pas à un plan avant, ne pense pas à l'échec, et n'hésite pas à se débarrasser de l'adversaire (Mera est à peine plus modérée, elle est juste plus prudente, soucieuse de son compagnon plus que des hommes).
C'est là toute la contradiction entre ce héros capable d'encaisser en les quolibets des terriens mais qui fonce tête baissée dans le repaire d'une bande de monstres qui ont réussi à le malmener sérieusement, entre un bon samaritain envers des gens qui le méprisent volontiers et un justicier qui va tuer des dizaines de créatures sans chercher d'alternative alors qu'il se proclame souverain des océans

Le cinquième épisode n'a pas grand intérêt : on croit que Johns va exploiter les faiblesses physiologiques de Aquaman mais non - il s'agit plutôt de préparer le terrain pour de futurs épisodes dans lesquels des artefacts atlantes et la vérité sur la déchéance du royaume sous-marin seront au centre du récit.

Le dernier épisode se concentre sur Mera mais ne vaut que pour ses deux premières pages, elles aussi préparant une intrigue postérieure. En revanche, la ballade en ville de la belle rousse, ses actions et les prises de conscience auxquelles elles aboutissent sont risibles de naïveté. 

Les réserves, nombreuses et diverses, que soulèvent le scénario plombent donc cette relance, mais par bonheur, la série bénéficie des dessins d'un exceptionnel artiste, le brésilien Ivan Reis (encré par Joe Prado, qui est aussi son agent, et qui le suppléé même sur le dernier chapitre). 
Tout ce que rate Johns, Reis le rattrape en quelque sorte ou en tout cas, l'améliore. Il sait donner une allure folle à Aquaman comme en témoigne sa première apparition, de plein pied, en contre plongée, sur une page entière, armée de son trident (au design impressionnant). Contrairement à beaucoup de héros DC, il n'a pas subi un redesign poussé, et les éléments qui ont été modifiés l'ont été avec succès.
L'attitude et la gestuelle du personnage, son expressivité, toutes en retenue, traduisent sa volonté et son assurance. Lorsqu'il passe à l'action, c'est un héros sûr de sa force, économe dans ses mouvements, qui dégage de la puissance et de la fluidité. Les dessins préparatoires visibles à la fin de l'album témoignent du souci des détails de Reis en ce sens (avec des indications sur la chevelure ondoyante comme une vague, le col Mao qui souligne le port du cou, les gants évoquant des ailerons, la côte de maille scintillante, etc) : des bonus instructifs.
Ivan Reis signe des planches sur lesquelles ont peut s'attarder, avec un vrai luxe de détails visant à un réalisme poussé, dans la ligne des héritiers de Neal Adams (d'Alan Davis à Bryan Hitch). Les décors extérieurs sont identifiables immédiatement, les intérieurs fournis, et du coup les séquences sous-marines, où il y a moins d'informations visuelles, passent sans problème.
Le seul bémol concerne ses monstres qui ne sont pas bien terrifiants (comme ses zombies dans Blackest Night), mais Reis compense cette faiblesse par l'intensité de ses scènes de combat, toujours très bien mises en scène, l'intelligence avec laquelle il parvient à traduire des ambiances (comme lorsque Aquaman est perdu dans le désert et s'affaiblit), ou encore (surtout !) la beauté renversante et altière de Mera, qu'il arrive à rendre à al fois sexy, redoutable, hautaine et compatissante (quel dommage alors qu'il n'ait réalisé que les layouts de l'épisode 6, finalisé par Joe Prado, dont la gaucherie pour les proportions et les expressions ne rendent pas justice à la flamboyante héroïne).

Pour résumer, on peut dire que ce premier tome tient principalement grâce à son dessinateur. Le scénariste, lui, a démarré bien trop sagement pour impressionner. C'est moyen. Mais le recueil suivant promet davantage, avec un casting plus fourni, une intrigue plus dense. Il faut donc accepter cette déception avant un deuxième acte plus accrocheur et accompli...

mercredi 20 novembre 2013

LA COUVERTURE DU MOIS "FORUM COMICS" : DECEMBRE 2013

Voici donc les résultats de l'élection de la COUVERTURE DU MOIS DE DECEMBRE 2013 DE FORUM COMICS.
12 couvertures étaient proposées par mes soins aux membres du forum.
22 votants (un record !) se sont exprimés.
8 couvertures (autre record !) ont été distinguées. 

C'était ma dernière sélection. Toutes les couvertures qui ont gagné cette année vont maintenant permettre aux votants d'attribuer le Ditko d'Or de la Meilleure Couverture en 2013 (la date de la remise des prix n'est pas encore déterminée à cette heure).

Découvrons donc qui a raflé la mise !

 1/ FAIREST #22 (Adam Hughes / DC) : 5 voix.
 2/ SANDMAN : OVERTURE #2 (J.H. Williams III / DC) : 4 voix.
 3/ ABE SAPIEN #8 (Scott Allie / Dark Horse) : 3 voix.
 4/ THUNDERBOLTS #19 (Julian Totino Tedesco / Marvel) : 3 voix.
 5/ PRETTY DEADLY #3 (Emma Rios / Image) : 3 voix.
 6/ GREEN HORNET #9 (Paolo Rivera / Dynamite) : 2 voix.
 7/ ROCKETEER-THE SPIRIT #4 (Chris Samnee / IDW) : 1 voix.
 8/ FATALE #20 (Sean Phillips / Image) : 1 voix.
*
Les couvertures suivantes n'ont obtenu aucune voix.
 HAWKEYE #16 (David Aja / Marvel)
 ASTRO CITY #7 (Alex Ross / DC)
 A + X #15 (Greg Smallwood / Marvel)
ELEPHANTMEN #54 (Tulla Lotay / Image)