lundi 4 février 2013

Critique 373 : A + X # 002, de Chris Bachalo, Peter David et Mike Del Mundo


A + X est une nouvelle série déclinée après la fin de la saga Avengers vs X-Men, publiée en 2012 par Marvel Comics. Chaque numéro contient deux récits complets de 10 pages chacun, réalisés par une équipe artistique différentes, et chaque histoire réunit un Vengeur et un X-Man (A pour Avengers, X pour X-Men).
Ce 2ème numéro, paru en Novembre 2012, propose donc un épisode avec la Veuve Noire et Malicia, écrit et dessiné par Chris Bachalo, et un autre avec Iron Man et Kitty Pryde, écrit par Peter David et dessiné par Mike Del Mundo.  
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La meilleure (et la plus belle) espionne...
Une mutante pouvant absorber n'importe quel pouvoir...

Deux jolies filles, un robot-tueur géant : Natasha Romanoff aka la Veuve Noire croyait pouvoir profiter d'un jour de repos quand elle est attaquée par une sentinelle, un de ces colosses mécaniques programmés pour traquer les mutants. Elle va recevoir l'aide de Malicia, membre des X-Men de l'école Jean Grey où a été détecté l'activité du robot, volé par l'organisation terroriste A.I.M. à deux élèves d'université qui en étudiaient les mécanismes.

Chris Bachalo écrit et dessine cet épisode qui se distingue par son action spectaculaire non-stop et son humour pince-sans-rire. L'artiste s'est visiblement amusé à animer le tandem formé par la Veuve Noire, dépeinte comme une héroïne dont le jour de repos est gâché mais aussi parce que sa voiture est détruite dans l'affaire, et Malicia, dont le pouvoir est la source de bons mots et de situations savoureuses - voir ci-dessous :
"Good kisser." : la scène la plus émoustillante de l'année !
L'association de ces deux personnages peut surprendre mais Bachalo la justifie de manière très habile (Black Widow, avant d'être agressée, reçoit une alerte mais n'y répond pas, comptant sur Ms Marvel pour s'en occuper, alors que Malicia, elle, a un vieux contentieux avec la même Carol Danvers - elle lui avait volé ses pouvoirs dans le passé).

Les dessins sont explosifs : on en prend plein la vue ! Et Bachalo a le chic pour camper des héroïnes sexys sans les représenter de manière vulgaire. Son style qui flirte avec le cartoon donne un rythme échevelé au récit avec une alternance très maîtrisée de petites cases et de plans larges.

C'est absolument exquis, drôle et pêchu.
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Une allergie carabinée...

Deux génies, des extraterrestres : Kitty Pryde répond à l'invitation de Tony Stark aka Iron Man qui veut l'embaucher. Mais affectée par un rhume, la jeune mutante provoque une invasion de Broods dans les laboratoires de l'entreprise...

Peter David (le scénariste d'X-Factor - auquel tous les fans de comics pensent amicalement en ce moment, alors qu'il se remet d'une attaque cérébrale) a concocté une friandise à l'humour finalement très british en organisant la rencontre entre Iron Man (Tony Stark plus dragueur et suffisant que jamais) et Kitty Pryde (grippée mais toujours aussi piquante). L'action met un peu de temps à démarrer et le combat contre les Broods (référence explicite à la récente "grossesse" de Kitty dans la série Wolverine et les X-Men, de Jason Aaron) est aussi vite expédié. Mais les dialogues entre ces deux grosses têtes sont irrésistibles, avec une chute hilarante (voir ci-dessous).
Mike Del Mundo (cover-artist de grand talent, comme en témoigne la variant cover de la revue ici) signe les planches en couleurs directes. Son style n'a rien à voir avec ce qu'on a l'habitude de voir dans les comics traditionnels, mais ses personnages sveltes, très expressifs, sa palette vive, son découpage alerte, servent à merveille le script spirituel de David.

Une pure friandise.
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Deux épisodes jubilatoires (avec mention spéciale pour Chris Bachalo quand même). Espérons que Paninicomics ait la bonne idée de réserver une place à cette anthologie (qui rappelle les Marvel Team-Up d'antan) dans ses revues, avec le relaunch annoncé post-Avengers vs X-Men.

samedi 26 janvier 2013

Critique 372 : SAGA - VOLUME ONE, de Brian K. Vaughan et Fiona Staples


Saga, volume 1 contient les 6 premiers épisodes de la série créée par Brian K. Vaughan, auteur du scénario, et Fiona Staples, illustratrice, publiée en 2012 par Image Comics.
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Un couple de fugitifs et leur bébé...

Dans un local loué sur la planète Cleave, Alana accouche de sa fille Hazel avec l'aide de son compagnon Marko. A peine l'opération achevée, ils doivent fuir car le Baron Robot XXIII et ses hommes surgissent pour les arrêter tandis qu'une brigade armée de Wreath s'en mêle à son tour.



 ... Et la traque commence.

Alana et Marko ont tous les deux déserté les armées de la planète Landfall (des humanoïdes à la tête en forme d'écran télé, disposant d'une haute technologie) et celle de Wreath (la lune de Landfall, où règne la magie). Ils récupèrent, en fuyant, une carte de Cleave qui leur indique une forêt où se trouveraient des vaisseaux spatiaux.
Pour les tuer, mais récupérer leur enfant, Vez (une femme avec une corne de licorne sur le front) engage le mercenaire The Will et son partenaire Lying Cat, pendant que, sur Landfall, un officier, le Prince Robot IV, entame aussi la traque avec la complicité d'agents de la même race qu'Alana.
Pour le couple et leur nouveau-né, commence alors un périple mouvementé au cours duquel ils vont faire bien d'étranges rencontres...
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Saga marque d'abord le grand retour d'un des scénaristes les plus brillants de ces dernières années, Brian K. Vaughan, qui s'était retiré du monde des comics pour tenter l'aventure hollywoodienne. Il annonce début 2012 qu'il signe chez Image Comics pour un projet en creator-owned, une série illimitée et régulière, qui va faire sensation (en la pitchant comme un mélange entre Roméo et Juliette, Star Wars et Game of thrones... Mais aussi parce qu'elle va précipiter l'arrivée de plusieurs autres auteurs/artistes vedettes chez l'éditeur pour des projets aussi ambitieux - America's got powers de Jonathan Ross et Bryan Hitch, Fatale d'Ed Brubaker et Sean Phillips...). Les dessins seront signés par Fiona Staples, auréolée du sucès de The Mystery Society, et créditée comme co-créatrice.
Dès l'apparition de son teaser et des premières pages, la bande dessinée ne ressemble déjà à rien de connu. La première scène (un accouchement clandestin), le contexte (un guerre intergalactique sur fond de magie et de technologie), le thème (la fuite de deux parents), les personnages (des humanoïdes parfois monstrueux), la narration (les faits sont relatés par l'enfant des fugitifs) : tout émoustille le lecteur de comics en quête d'inattendu. 
Il est évident que Vaughan, lui-même devenu récemment père, a mis à profit sa brève retraite pour imaginer une histoire où il se lâche comme jamais, tout en revenant à des figures qu'il affectionne (comme dans Y the last man ou Runaways, les héros sont en cavale à la suite de circonstances exceptionnelles).


Vaughan ne s'est pas caché dès l'annonce de son projet pour revendiquer ses influences et plutôt que de feinter, il les assume complètement : la lutte basique entre science et occultisme, le soap opera, le conflit entre une planète et son satellite, les jeux d'alliance et de trahisons, tout cela évoque bien des romans et des films, pioche à la source du western, de l'heroic-fantasy, du fantastique, de la romance. Mais par la grâce d'une écriture très rythmée et subtile, où alternent l'émotion et l'humour, jamais cela n'est gênant car le scénariste ne quitte jamais des yeux le sujet principal de son odyssée : ses deux amants, Alana et Marko, finement caractérisés, attachants, et entourés par une galerie de seconds rôles haut en couleur (les chasseurs de primes the Will et the Stalk, le prince Robot IV, la spectrale Izabel...).


Le mercenaire the Will et son partenaire, Lying Cat,
recrutés pour tuer les fuyards mais épargner leur enfant.

Vaughan échappe lui aussi aux soupçons de plagiat ou au risque du pastiche car il a soigné ses versions des archétypes avec lesquelles il joue. Grâce à Fiona Staples, à laquelle il a reconnu devoir l'originalité de leurs représentations, il invente des créatures insensées, des vaisseaux extraordinaires, et des décors mémorables (y compris quand il s'agit d'endroits alternatifs comme Sextillion, le lupanar spatial, lieu de toutes les déviances sexuelles, où il ose aborder des thèmes plus sensibles comme la prostitution infantile).
Pour faire exister de manière directe ces êtres et ces cadres, le scénariste et la dessinatrice optent pour une représentation très triviale des actes des protagonistes, comme l'ouverture du premier épisode avec l'accouchement d'Alana, puis le prince Robot IV copulant avec sa princesse ou se soulageant aux toilettes. La fantaisie étrange est ainsi contrebalancée par des situations ordinaires.

De la tendresse dans un monde de brutes...

Le traitement des décors pourra d'ailleurs prêter le flanc à la polémique car Fiona Staples, qui dessine digitalement ses planches, a pris le parti de n'encrer que les personnages, laissant les arrière-plans en couleurs directes. Même si j'apprécie modérément l'illustration uniquement générée par ordinateur, ce choix est ici pertinent puisqu'il s'agit de représenter des endroits qui n'existent pas, de focaliser sur les personnages. En outre, cela confère à l'ensemble une ambiance étonnante, comme si tous ces mondes n'étaient que des songes, un peu flous, vaporeux, contrastant avec la violence des rebondissements qui s'y produisent.
Cependant, l'artiste nous gratifie parfois de traitements somptueux, comme ci-dessous, pour l'arbre-vaisseau spatial qui va permettre à Alana et Marko de quitter Cleave :
L'étonnant vaisseau de la forêt de Cleave.

Sur ce point, Saga est sans doute la série la plus graphique, la plus visuelle qu'ait conçue Vaughan (depuis le graphic novel Pride of Baghdad), et on comprend parfaitement pourquoi il a tenu à collaborer, quitte à la laisser libre sur certains points, Staples.


 Le Prince Robot IV, également aux trousses
d'Alana et Marko, alors qu'il apprend qu'il va 
devenir, comme ce dernier, père de famille...

Saga est peuplé d'une galerie de monstres assez fabuleuse, qui participe aussi curieusement à son charme. Par exemple, the Will a pour maîtresse et concurrente l'affreuse the Stalk, dont l'aspect physique (une tête humaine avec six yeux et un corps d'araignée) est repoussant, mais qu'y a-t-il de plus dérangeant chez elle, son apparence ou le fait qu'un homme soit attiré physiquement par elle ?
Idem pour Izabel, une jeune femme qui s'avère être un spectre, mutilée après avoir été tué par l'explosion d'une mine, mais dont le visage dégage une troublante douceur, et qui va devenir la baby-sitter d'Hazel.
Vaughan et Staples ont recours à ces éléments horrifiques pour le corps moins pour dégoûter le lecteur que pour souligner la véritable abjection psychologique qu'inspirent d'autres personnages, comme cette maquerelle qui exploite sexuellement une petite fille. Et si la violence, parfois sanglante, de certaines pages est somme toute fréquente dans les comics, traiter de thèmes plus sensibles comme le commerce des enfants est nettement plus inhabituel et interroge le lecteur au-delà de la fiction référencée.

Izabel, le fantôme qui est à la fois l'ange gardien
d'Alana et Marko, la babysitter d'Hazel et le symbole
de l'enfance maltraitée...


L'affreuse the Stalk,
une abomination sur pattes pourtant
désirée par un homme comme the Will :
un exemple parmi d'autres du bestiaire de Saga.

Si Saga est remarquable par la fluidité et le tempo soutenu du déroulement de son intrigue (les 160 pages de ce Volume 1 se lisent toutes seules), il le doit à une cascade de péripéties mais surtout, donc, aux relations entre ses personnages, à la qualité de leurs caractérisations et la franchise du ton avec lequel ils sont écrits.
Alana accouche avec peine mais en craignant surtout que Marko ne la voit déféquer et n'ait plus de désir ensuite pour elle, elle balance au Baron Robot XXIII venu les arrêter, elle et Marko, de sucer ses hémorroïdes, le Prince Robot IV prend sa Princesse par derrière ou redoute lors d'une conversation d'attraper une infection au staphylocoque lors de sa mission, the Will traverse les quartiers de Sextillion où on assiste à un ahurissant défilé de rapports sexuels... Il est certain que Saga s'adresse à un public adulte et  que sa crudité surprendra plus d'un lecteur.
Le caractère plus doux, voire effacé, de Marko est du coup reposant et on s'attache à lui comme à un personnage avec lequel on peut s'identifier.

Visite à Sextillion pour the Will
et son irrésistible "sidekick", le Lying Cat...

Depuis The Mystery Society, le style de Fiona Staples s'est encore affirmé comme un des plus originaux de la bande dessinée américaine moderne : ses personnages ont tous une allure à la fois racé et baroque, avec un trait souvent anguleux, des attitudes sobres mais naturelles, à l'opposé des canons super-héroïques. Chaque protagoniste est immédiatement mémorable.
Elle s'occupe elle-même de la colorisation, avec une préférence pour les teintes brunes, vertes, rouges et bleues, parfois disposées de manière franche pour souligner des moments-clés, parfois avec une palette plus abstraite. Mais on sait toujours où on est, et les ambiances sont très évocatrices, souvent poétiques, quelquefois plus oppressantes.
Enfin, il faut noter la qualité du lettrage effectué par les studios Fonographiks, qui donne la sensation de donner une vraie voix à chaque personnage.
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Oeuvre puissante, atypique, ambitieuse, Saga réussit à accrocher d'emblée le lecteur avec son cocktail d'épouvante, de science-fiction, de romance et d'aventures. Retour gagnant pour BKV et confirmation pour Fiona Staples.
Ne passez pas à côté (surtout que le tpb en vo est vendu à un prix dérisoire - moins de 10 Euros - et que la vf sera disponible dès Février, chez Urban Comics).

mardi 22 janvier 2013

Critique 371 : THOR - ROI DES ORAGES, de Kurt Busiek et Steve Rude


Thor : Roi des Orages (Godstorm, en version originale) est une mini-série en trois épisodes, écrite par Kurt Busiek et dessinée par Steve Rude, publiée en 2001-2002 par Marvel Comics (traduite en 2002 par Paninicomics, l'album comporte aussi un bref épisode issu de "Marvel Holiday Special", écrit par Tom De Falco et dessiné par Sal Buscema).
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En 912, sur les rives de la Mer du Nord, deux gamins, Wilf et Ullar, sont invités par un énigmatique vieux conteur à écouter ses histoires concernant l'aventure du chef de leur village, qui porte en pendentif un fragment du marteau Mjolnir de Thor. C'est en prêtant assistance à ces vikings contre les Berzerkirs que le dieu du tonnerre, toujours jalousé par son demi-frère Loki, affronta pour la première fois de Roi des Orages, une créature mythique et puissante.
Plus tard, membre des Vengeurs, Thor combat le Faiseur de Pluie, alias Jared Carstairs, éconduit par Maureen Scanlan, la fille du directeur de la chaîne télé où il travaillait comme présentateur du bulletin météo. Il allait devenir à son tour l'instrument de la vengeance de Loki qui l'investit des pouvoirs du Roi des Orages...
Mais pour aider les terriers de Midgard et le royaume d'Asgard contre un assaut des Trolls (complices de Loki pour s'emparer du trône d'Odin), Thor allait redoubler d'efforts et de vaillance contre cet adversaire peut-être plus fort que lui...
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Kurt Busiek fait partie de ces auteurs dont la connaissance des comics est encyclopédique en même temps que ses récits s'articulent souvent et d'abord à partir du point de vue de "l'homme de la rue", ou du moins des "simples mortels" spectateurs des actions des super-héros, ressemblant alors à des dieux. Il était le scénariste tout désigné pour raconter une histoire ayant pour protagoniste Thor, personnage divin que son père, pour lui apprendre l'humilité, envoya sur Terre en le transformant en un docteur infirme (Don Blake).
Dans cette mini-série prestigieuse, aux épisodes plus longs qu'à l'accoutumée (une trentaine de pages), on retrouve donc les signes distinctifs de Busiek : l'histoire a les allures d'un conte en plusieurs parties, ses auditeurs sont des adolescents, les humains sont à la fois les jouets et les victimes des dieux nordiques, les différents alias de Thor sont évoqués (Blake mais aussi Jake Olson, apparu durant le run de Dan Jurgens), et les thèmes de la transmission (orale par le récit, matériel avec le fragment de Mjolnir du pendentif, fantastique avec le pouvoir du Roi des Orages légué à Jared Carstairs) et du rapport entre fiction et vérité (l'identité véritable du conteur n'est révélée qu'à la toute dernière page du troisième acte et réserve une surprise qui donne une perspective malicieuse à ce qui a précédé) sont bien présents.
L'avantage indéniable de cette saga réside aussi dans sa forme réduite où excelle Busiek, auteur brillant, qui a a un sens de l'épique indéniable, mais qui peut aussi aboutir à des récits plus ou moins digestes quand ils sont très longs. Pour ma part, je préfère Busiek quand il s'astreint aux "short-stories", comme dans certains des volumes d'Astro City, ou comme ici, quand s'amuse avec les codes du genre avec un casting réduit sans sacrifier son goût pour les péripéties.
Par ailleurs, Thor : Roi des Orages ne manque pas d'un certain humour. La chute du dernier épisode, comme je l'ai mentionnée plus haut, indique que ces aventures sont elles-même narrées par un fin manipulateur, ce qui confère une ambiguïté savoureuse à l'ensemble. Mais surtout Busiek, en fin connaisseur des comics, a rendu un hommage teinté d'ironie aux bandes dessinées des années 60 avec un style volontiers naïf et ampoulée à la fois, comme les rédigeaient Stan Lee et Jack Kirby. On mesure à quel point la manière de raconter les histoires a évolué, le langage a mûri, mais aussi quel charme il s'en dégageait.

L'édition française comporte une brève histoire de 1991, écrite par Tom De Falco et dessinée par Sal Buscema, très dispensable. Dommage que Panini n'ait pas plutôt proposé les deux épisodes de l'album américain, dessinés par Mike Mignola, demeurés inédits chez nous...
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Et puis il y a Steve Rude. Admirez la longue séquence-clé ci-dessous, issue du premier épisode (Thor, et les premiers Vengeurs, affrontent le Faiseur de Pluie ; Odin rappelle son fils à l'ordre, Loki ourdit son plan diabolique, et le Roi des Orages resurgit...) :














Quelle classe, n'est-ce pas ? Si Busiek est un très bon scénariste, Steve Rude est lui un authentique génie, dont chaque page procure toujours la même forte impression. Dessiner Thor a dû être pour lui un rêve puisqu'il a souvent exprimé (en mots comme en images) son admiration pour le "King" Kirby, dont ce fut un des personnages fétiches.
Et pour honorer le maître, son meilleur disciple a finement adapté son style au sien, en adoptant un découpage similaire (gaufrier de six cases, splash-pages percutantes et bien dosées, effets explosifs superbement reconstitués), mais sans le singer. Car Rude, ce n'est pas faire injure à Kirby, a un coup de crayon bien plus fin et élégant (influencé par John Romita Sr et Russ Manning), qui lui permet de peaufiner des cases d'une richesse exceptionnelle (justifiant son rythme de production plus inégal) : la méticulosité de ses arrière-plans est époustouflante, la beauté de ses personnages, la justesse de leur expressivité (faciale et corporelle) bluffantes. On peut passer des heures à contempler ses images qui ne sont pas que jolies mais qui défilent avec une fluidité incroyable, comme les comics traditionnels en proposent peu.
Il est en plus cette fois encré par Mike Royer, qui fut un des collaborateurs fidèles de Kirby, et dont les tracés et à-plats noirs, la justesse de ses finitions, est également un enchantement (même si mal encrer Rude équivaudrait à du sabotage).
Ce graphisme extraordinaire fait de Thor : Godstorm une mini-série à part.
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Voilà un album à posséder absolument si vous aimez les bonnes bédés, les belles bédés, Thor, Busiek et surtout le trop rare Steve Rude.

lundi 21 janvier 2013

LA COUVERTURE DU MOIS "FORUMCOMICS" : JANVIER 2013

Sur www.forumcomics.com, où je suis membre, j'ai proposé aux contributeurs d'élire chaque mois "la couverture du mois". Cette sélection doit s'ajouter à la liste des récompenses honorifiques des "Ditko d'Or" que le forum remet chaque année aux meilleurs scénariste, dessinateur, série régulière, mini-série, event, revue, album de librairie, réédition... Pour distinguer une couverture cette année, le choix fut compliqué pour les votants car aucune pré-liste n'avait été préparée. Ainsi, en en élisant une chaque mois, 12 seront en compétition fin 2013, ce qui devrait faciliter l'opération.

"La couverture du mois", comment ça marche ? Les 4 étapes de la procédure :

- 1/ je choisis, en consultant les "sollicitations" des éditeurs américains, les couvertures,
- 2/ il faut veiller à ne pas montrer des images qui "spoilent" trop le contenu d'épisodes qui ne seront pas traduits avant plusieurs mois chez nous pour des lecteurs consommant majoritairement de la version française,
- 3/ il faut également essayer de dénicher des visuels accrocheurs, intrigants, qui donneraient envie d'acheter l'épisode, même si la série n'est pas connue ou disponible de ce côté-ci de l'Atlantique,
- 4/ enfin, j'ai tenu dès le départ à ce que la sélection soit ouverte - entendez pas là qu'elle ne se soit pas cantonnée aux "big two" (Marvel et DC) et à des cover-artist qui soient forcément des vedettes de l'exercice.

Pour ce premier essai, j'ai proposé une sélection volontairement réduite, afin de tester l'intérêt des forumeurs - 15 membres ont voté. L'expérience a suscité suffisamment d'adhésion pour qu'en Février il y ait plus de choix. L'autre règle que je me suis fixé, c'est qu'ayant choisi seul les couvertures je ne vote pas et que j'essaie de ne pas (pas trop) imposer mes cover-artists favoris.

Voici donc le résultat de l'élection pour "la couverture du mois de Janvier 2013", avec les six candidates, en commençant pas celle qui a recueilli le moins de voix jusqu'à la gagnante :
 COMEBACK 3, par Michael Walsh (Image Comics),
1 voix.
 CREATOR-OWNED HEROES 8, par Amanda Conner (Image Comics),
2 voix.
 BATMAN 16, par Greg Capullo (DC Comics),
2 voix.
 CAPTAIN AMERICA 3 (Variant), par Alex Maleev (Marvel),
3 voix.
 BATWOMAN 16, par J.H. Williams III (DC Comics),
3 voix.
 La couverture de Janvier 2013 :
NEW AVENGERS 2, par Jock (Marvel),
4 voix.
   
Rendez-vous le mois prochain !