jeudi 2 décembre 2010

Critiques 187 : REVUES VF DECEMBRE 2010

MARVEL SAGA 8 :

Il y a un début à tout (ce qui ne signife pas qu'il y aura une suite...) puisque c'est le premier numéro de cette revue trimestrielle que j'achète. C'est l'occasion de se pencher sur le sort du Punisher (un héros que je n'ai jamais apprécié particulièrement) après son trucidage en règle dans Dark Reign Saga : La Liste où Daken lui règlait son compte...
- Frankencastle 1-6 : Résurrection - Un vent de révolte - L'union fait la force - Itinèraire d'un tueur - A l'assaut ! - La rage de vaincre.
Cette histoire complète d'un volume égal à un tpb (6 épisodes) mais pour le prix d'un hs diisponible en kiosque fait suite au segment paru dans la collection Dark Reign : The List - The Punisher, déjà écrit par Rick Remender et dessiné par John Romita Jr.
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Ce qu'il faut savoir pour comprendre le début de cette histoire : le Punisher a été un des opposants les plus virulents au régime ultra-sécuritaire mis en place par Norman Osborn après Secret Invasion. Il a dû affronter Sentry, le plus puissant et dangereux des Vengeurs Noirs, puis The Hood - ce dernier a d'abord réanimé magiquement 17 des adversaires (tués par Scourge) du vigilant puis a fait croire à la résurrection de la femme et les enfants de Frank Castle. Bouleversé, il a alors dû faire face à Daken qui l'a littéralement découpé en morceaux au terme d'un combat d'une rare sauvagerie.
Après un tel dépeçage, on pouvait se demander comment Remender allait ramener le Punisher et la façon dont il s'y est pris a, comme nous l'apprend la postface de la revue, suscité des réactions très partagées chez les fans américains (et d'ailleurs, n'en doutons pas).
Rassemblé (c'est le cas de le dire) par la légion des monstres habitant dans les sous-sols de New-York, Castle devient une version du monstre de Frankenstein, recousu, riveté, remonté de manière iconoclaste. Pourquoi a-t-il été sauvé ? Parce que ses hôtes sont pourchassés par Hellsgaard, un chasseur de monstres dont la famille a été massacrée en 1898 par des loups-garous en Allemagne et qui dirige maintenant une armée de samouraïs japonais.
Refusant d'abord de les aider, déboussolé par son nouvel état, le Punisher change d'avis quand il venge une des créatures avec laquelle il s'est lié d'amitié. L'affrontement entre Hellsgaard et Frankenscastle s'annonce dantesque...
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Ce résumé donne un aperçu du délire dans lequel nous entraîne Remender, qui justifie sa direction en expliquant que le Punisher peut bien renaître sous cette forme baroque puisqu'après tout il vit dans un monde déjà peuplé d'aberrations (les super-héros aux pouvoirs les plus extravagants).
Ce choix en vaut bien un autre et a le mérite de proposer un récit très amusant, totalement déjanté et d'une brutalité jouissive car complètement décalée. La galerie de monstres (Morbius, l'Homme-Chose, le Loup-Garou, Manphibian...) présentée ici embarque l'aventure dans le surréalisme le plus drôle, compensant la violence des combats (car, comme pour son Dark Reign : La liste, Remender ne lésine pas sur l'hémoglobine).
Néanmoins le scénario n'est pas si régressif que ça et son auteur établit des parallèles habiles entre les protagonistes : ainsi Hellsgaard et Castle sont tous deux devenus des tueurs pour la même raison (l'assassinat de leurs familles) et le Punisher reprend les armes quand un enfant meurt dans ses bras, inscrivant sa réaction dans un cycle.
Mais c'est surtout pour son humour que ces six épisodes sont appréciables : Remender trousse des dialogues enlevés et anime des personnages aux caractères bien trempés, comme le Loup-Garou qui ne cesse de râler, la Momie fataliste, Morbius en proie au doute face à la pierre de sang qu'il détient et qui étanche sa soif de sang (pratique pour un vampire), ou Hellsgaard qui, bien qu'il chasse les monstres, en est devenu un moralement et physiquement.
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Graphiquement, c'est également un festival et Tony Moore, qui dessine les 2 tiers de la saga, se taille la part du lion. Ce n'est pas toujours joli, mais c'est très dynamique, expressif, inventif.
Il est suppléé le temps d'un chapitre par Roland Boschi, également très en forme (même s'il n'est pas au sommet de son art, ce qui laisse deviner une belle marge), et Dan Brereton qui peint les flashbacks du #14 dans un style très bariolé mais approprié (plus que dans un exercice identique de l'annual d'Immortal Iron Fist).
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Bilan : un ovni, mais conçu avec une liberté de ton rafraîchissante et aux images explosives. Une expérience.
X-MEN 167 :
- X-Men 522 : Intangible.
Parlons peu, parlons bien - ce sera l'accroche de la critique des 3/4 de cette revue, autant vous prévenir ! - : c'est une grosse merde, et je suis grossier parce que ce qu'on nous fait lire l'est également.
J'ai déjà eu l'occasion d'écrire tout le mal que je pense de Matt Fraction, un des pires scénaristes actuels (même s'il est, paraît-il, bien meilleur sur sa série Casanova avec Gabriel Bã, mais je ne la lis pas), et il saccage les X-Men avec la même application qu'Iron Man.
Tout ses défauts sont encore plus visibles dans l'exercice délicat du "team-book" : les personnages sont à peine caractérisés (quand ils le sont, ils le sont à la truelle, avec des dialogues affligeants et des comportements ineptes), le rythme est totalement absent (à un point que c'en est ahurissant de s'ennuyer autant durant 22 pages), et quand il doit faire surgir une émotion, c'est pathétique de voir à quel point il en est incapable.
Ce mois-ci, nous assistons au retour d'un personnage emblématique, dont la disparition survenue dans les Astonishing X-Men de Whedon et Cassaday reste un grand moment de la décennie mutante. Hé bien, Fraction est absolument incapable de rendre ce retour palpitant et poignant : ses scènes sont vides, mal exposées, mal dialoguées... Hallucinant que l'éditeur publie ça !
Après les prestations déjà peu enthousiasmantes de Terry Dodson et de Greg Land (sauf si vous adorez les excès de photoshop), voilà que l'épisode est "illustré" par Whilce Portacio, un de ces fameux zigotos des années 90, dans la veine des McFarlane et Leifeld, pour qui les mots "cours de dessin" doivent appartenir à une langue morte.
Tout y est : erreurs anatomiques, compositions nullissimes, découpage navrant, expressivité accablante... Un vrai concentré ! Ce serait presque drôle s'il n'y avait pas encore des fans de ce genre d'énergumènes !
Quel désastre !
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- X-Men Legacy 232 : Sur deux fronts (2).
Dans l'océan de médiocrité qu'est ce numéro, la qualité de cet épisode, qui fait partie de la trilogie connectée au mini-crossover Necrosha, est à la fois surprenante (oui, il y a une chose de bien dans le sommaire) et inquiètante (oui, il n'y a que ça à sauver).
L'équipe de mutants envoyée par Cyclope sur l'île de Muir pour enquêter sur les résurrections commandées par Séléné doit faire face à Proteus, ce spécimen surpuissant capable de modeler la réalité (au coeur d'un des arcs les plus haletants de la période Claremont-Byrne). Il peut même désormais posséder plusieurs hôtes et l'issue du combat mené par Malicia et Magneto s'annonce incertaine...
Mike Carey poursuit sur la lancée du précéden chapitre en réussissant à nous captiver avec une atmosphère tendue et un affrontement à l'issue vraiment improbable tant l'adversaire est puissant et ses opposants désarmés.
C'est redoutablement efficace, le tempo est soutenu, les personnages bien campés : un régal !
Et c'est superbement dessiné par Clay Mann dont l'élégance du trait, l'inventivité des cadrages, la fluidité du découpage, sont un enchantement. La séduction sans vulgarité de ses femmes mais également la manière dont il sait restituer la puissance malmenée de Magneto sont impeccables.
Que ça fait du bien (... Mais ça ne va pas durer...)
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Les Nouveaux Mutants 8 : Necrosha - Langage universel.
Hé non, ça ne va pas durer puisqu'avec cette épisode, on retombe quasiment au niveau des X-Men de Fraction et Portacio.
Ce que ça raconte ? C'est très confus et on ne s'en soucie plus très vite : des méchants mutants courent après des gentils mutants, à la fin les méchants meurent (ou meurent à nouveau vu qu'ils étaient ressucités)... Enfin, bref, c'est d'un inintérêt total.
Zeb Wells est aux abonnés absents. Et Diogenes Neves + Kevin Sharpe ? Aussi mauvais l'un que l'autre : la liste des défauts graphiques de ces planches est au moins aussi fournie que celles de Portacio. C'est tout bonnement horrible.
Pitié !
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- X-Men Noirs 5 : Voyage au centre du Bouffon (5).
Voyage au centre de l'épouvante plutôt tant c'est mal fait, scénario comme dessins : le lecteur bouge encore, voici le coup de grâce !
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Bilan : ah, on n'est pas gâté ! Le mois prochain, fin du passage de Mann sur Legacy et fin de l'achat pour moi jusqu'à nouvel ordre : 4 E, ce n'est pas trop cher, mais ça fait quand même trop pour si peu.

SIEGE 3 :

- Siege (3).

Pénultième épisode de l'event Marvel... Et on s'aperçoit de la brièveté de cette histoire, qui tranche donc avec les précédents crossovers en 7 ou 8 volets ! Au moins, malgré les critiques, il est un reproche qu'on ne pourra adresser à Siege, c'est d'avoir trop duré.

Les Vengeurs (rassemblant Nouveaux Vengeurs, Secret Warriors, Jeunes Vengeurs) sous le commandement de Steve Rogers débarquent à Asgard, résolus à neutraliser Osborn, ses Vengeurs Noirs et le Hammer. Le conflit atteint son point culminant, mais la menace la plus dangereuse demeure Sentry, qui, après sauvagement tué Arès, est désormais totalement submergé par sa moitié noire, Void. Thor défie la créature qui a le pouvoir de détruire le royaume des dieux nordiques et que seul, peut-être, Osborn pouvait encore maîtriser...

Brian Michael Bendis livre un chapitre qui laisse un sentiment étrange : d'une part, on assiste à un tournant du conflit avec l'arrivée sur le champ de bataille des Vengeurs, mais d'autre part, il est vite évident que cela prépare surtout au grand final avec le duel attendu entre Thor et Sentry.

Plus que jamais donc, l'action prime et c'est avant tout la confusion du combat, mettant en scène quantité d'adversaires (quand bien même, et on peut s'interroger à ce sujet, des héros notables sont absents comme les FF, voire les X-Men), qui est restituée durant des pages épiques. Le spectacle est total, sans doute aussi un peu creux, mais c'est le lot des sagas de ce genre : il y a une part d'absurdité dans ces réglements de compte à grande échelle, et Bendis s'amuse à nous balader en sachant que l'essentiel est à côté, avec le rétablissement attendu de Tony Stark mais aussi le face-à-face de Thor et Sentry.

L'épisode a donc un aspect "passage obligé" avec sa mêlée d'assaillants, sa série de catastrophes, et son cliffhanger apocalyptique. Mais le rythme est enlevé et on ne s'ennuie pas. Le dénouement, même prévisible, est prometteur.

Les dessins d'Olivier Coipel sont à l'avenant. J'avais lu que leur niveau baissait au fur et à mesure, mais je ne suis pas d'accord avec ça : certes, il sacrifie un peu les décors, mais rien ne peut être pire que de surcharger des illustrations où l'action est aussi dominante avec des arrière-plans trop fouillés (c'est ce que nous enseigne Franquin). Son découpage rend bien compte de l'ampleur du siège d'Asgard, de la foule des belligérants, de la fureur de leur opposition. Quand il dessine la chute du royaume des dieux, c'est vraiment impressionnant et la double-page qu'il y consacre est saisissante. Et la métamorphose de Sentry est vraiment glaçante, tout comme le démasquage d'Osborn est l'occasion d'une image étonnante (depuis Deodato dans les Thunderbolts d'Ellis, jamais la folie du personnage n'avait été si bien rendue).

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- Siege : Journal de guerre (3).

Brian Reed et Chris Samnee continuent le récit parallèle du siège d'Asgard du point de vue de Ben Urich. Le reporter du "Frontline" échappe provisoirement aux forces du HAMMER... En embarquant à bord d'un de leurs héliporteurs. La situation dégénère rapidement quand Venom emboutit le vaisseau et se met à bouffer les occupants, puis que l'engin s'écrase. Le propagandiste Ted Keller prend alors les commandes et, refusant toute remise en question, continue à travestir les faits à l'avantage d'Osborn. Mais survient la chute d'Asgard...

L'histoire baisse en qualité dans ce troisième volet où Reed balade son héros dans des situations assez grotesques comme s'il devait remplir son scénario jusqu'au final. L'utilisation de Venom (personnage par ailleurs déjà caricatural et peu intéressant) est une grosse ficelle scénaristique, dont le cannibalisme vient surcharger un tableau déjà bien touffu dramatiquement. Dommage, mais espérons que le dernier volet sera de meilleure facture.

Samnee livre de belles planches, efficacement découpées, mais dont la colorisation de Matthew Wilson n'est pas très heureuse. C'est un peu du gâchis.

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Bilan : la fin s'annonce dantesque - Bendis et compagnie vont-ils assurer ? Réponse dans un mois, avec le dénouement à la fois de la saga et du "Dark Reign".


MARVEL ICONS 68 :

- Les Nouveaux Vengeurs 63 : Un Mauvais Rêve.

Annexée à Siege, la série a, depuis le début de l'event, su malicieusement tourner autour, au lieu de se contenter de raconter la même histoire sous un angle différent. Cette fois, Brian Bendis est obligé d'entremêler la relation de la guerre à Asgard et le sort de ses Nouveaux Vengeurs qu'on a vu rejoindre le champ de bataille.

Néanmoins, le scénariste s'y prend avec habileté en découpant son épisode sur deux temps, d'une manière musicale. Le premier temps fait office de refrain en détaillant les faits d'armes de quelques Nouveaux Vengeurs, comme Luke Cage, Ronin et Oiseau-Moqueur. Le deuxième temps montre ces mêmes personnages la veille du combat, en plein questionnement : Cage discute avec Jessica Jones de l'avenir de leur couple et de leur fille (il est convaincu à la fois qu'il faut en finir avec Osborn et croire en la victoire, elle doute de cette issue et se demande si elle doit redevenir une super-héroïne costumée) ; Barton tente de percer à jour Bobbi Morse visiblement nerveuse et perplexe au sujet de leur duo.

Bendis jongle avec ces narrations parallèles avec une belle adresse : comme dans les deux précédents épisodes qui se penchaient également sur deux binômes (Steve Rogers et Bucky, Spider-Man et Spider-Woman), il en profite pour sonder les caractères de chacun (et sans doute semer des indices sur ce qu'il va faire avec eux, dans les prochaines séries Avengers et New Avengers). Il fait très bien ressentir le trouble qui s'empare de ses personnages et les liaisons entre ces scènes de dialogues et sur le champ de bataille sont d'une élégante fluidité.

Stuart Immonen a laissé la place (pourquoi ? Mystère, à moins que Marvel ait voulu ménager l'artiste pour le volume 2 de la série) à Mike McKone. Dessinateur nomade (il a fait de fréquents allers et retours entre DC et la Maison des Idées, et dans les deux cas a oeuvré sur les titres les plus divers, comme récemment sur Spider-Man) mais raffiné, il ne déçoit pas. Ses planches sont superbes, même si je le trouve supérieur dans les séquences calmes. On peut toutefois déplorer que la colorisation de Dave McCaig soit faiblarde et affadisse l'ensemble.

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- Les Quatre Fantastiques 573 : Incursion dans le Nu-Monde.

Depuis son arrivée sur le titre, le travail de Jonathan Hickman me laisse dubitatif : je devine chez lui une vraie imagination et une volonté d'inscrire son run dans un plan ambitieux, en redonnant du corps à une série qui a vécu au gré des inspirations inégales de ses auteurs récents (JMS, McDuffie, Millar : des montagnes russes en termes de style !). Mais je suis aussi irrité par son dédain manifeste pour ce qui l'a récemment précédé et la manière dont il traite (ou pas) ses personnages (le premier arc, tout entier voué à Mr Fantastic, négligeait le reste de l'équipe et s'achevait de façon expéditive et convenue).

Ce n'est pas avec cette épisode que je vais changer d'avis, et même que je vais être séduit puisqu'Hickman saccage sans gêne une des idées du run de Millar (la terre parallèle du Nu-Monde où la Chose, la Torche, Valeria et Franklin Richards atterrissent au milieu d'une lutte politique entre les Nouveaux Défenseurs Lightwave et Ultron) avec un semblant d'histoire très mal narré, dont une fois de plus la chute est épouvantablement gnan-gnan.

Après avoir à peine traité Jane Richards pour en refaire une épouse soumise, Hickman ne fait pas davantage d'efforts pour écrire Ben Grimm, réduit au castagneur de service, et Johnny Storm, cantonné à jouer les figurants. Quant aux deux gamins, d'ordinaire déjà agaçants, ils sont à peine développés. Quand je lis que ce scénariste marche dans les pas de Byrne, je me pose des questions sur la lucidité de ceux qui osent la comparaison...

L'autre mauvaise nouvelle est que Dale Eaglesham a laissé la place au médiocre Neil Edwards au dessin. Cette espèce de clone misérable de Bryan Hitch fait à peu près illusion dans les plans d'ensemble, mais dès qu'il doit découper et illustrer des scènes dialogués avec des plans serrés, le résultat est vraiment cruel.

Tout ça commence à devenir inquiètant...

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- Iron Man 22 : Dislocation (3).

Pas besoin de s'esquinter les yeux avec ça, ni même à perdre son temps avec ce que ça raconte : il suffit de feuilleter les planches pour 1/constater que c'est toujours aussi laid, et 2/qu'il ne se passe toujours rien (pas la moindre scène d'action : le néant total ! Fraction sait-il même qu'un comic super-héroïque est sensé divertir ? J'en doute !).

Zappons. Ce n'est plus inquiètant, c'est désespérant (et ça fait 22 mois que ça dure)!

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- Captain America 604 : Deux Amériques (3).

Cet arc de Captain America, dont l'histoire se déroule chronologiquement avant Siege (bien qu'ayant été publiée en vo pendant et après...), s'avère décevant, comme si la série se cherchait un second souffle.

Bucky est prisonnier du Captain fou des 50's, mais le récit suit surtout le Faucon qui, après d'être débarrassé de ses geôliers, découvre une partie des plans de l'ennemi (un train piègé servant à faire diversion pour un autre attentat plus important).

Ce n'est pas déplaisant de voir ce bon vieux Sam Wilson en vedette : sa bagarre est bien mise en scène et permet au duo Luke Ross-Butch Guice de livrer des planches bien troussées. Mais bon, ce n'est pas palpitant non plus et Ed Brubaker a été plus inspiré dans le passé. En vérité, on lit ça sans se sentir très concerné, de façon détaché, un peu négligé, en attendant de passer à quelque chose de plus musclé et original.

Je ne veux pas être trop sévère, mais il est clair que ces Deux Amériques ne resteront pas dans les mémoires.

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Bilan : un petit numéro, où seuls les NA surnagent vraiment. Les FF déçoivent durement, Captain America ne passionne guère et Iron Man reste illisible. C'est maigre...


DARK REIGN SAGA 5 :

- X-Men/Agents d'Atlas : Vol autorisé ? (1 & 2/2)

Dans ce premier récit en deux parties, les Agents d'Atlas, pour localiser leur acolyte Vénus, enlevée par les gardiens du temple d'Aphrodite qui lui reproche d'être une ursupatrice de la déesse dont elle a le nom romain, entreprennent d' "emprunter" Cérébra, l'ordinateur détecteur de mutants des X-Men. Ces derniers, qui sont en train de s'installer sur l'île Utopia, transfèrent leurs équipements depuis Graymalkin Industries, leur ancien QG, dans la région de San Francisco - la ville où se trouve également, dans les catacombes, le repaire des Agents d'Atlas - , et surprennent vite les intrus.

Agents of Atlas, l'excellente série de Jeff Parker, toujours aux commandes de ce mini-crossover, n'a jamais rencontré le succès : comme les Runaways de Brian K. Vaughan, c'était un titre parmi les plus rafraichissants et les plus toniques de ces dernières années, mais dans l'univers Marvel dominé par Spider-Man, les Vengeurs et les X-Men, les nouveautés n'ont apparemment pas de chance de s'imposer. La dernière tentative de relancer le titre, sous le nom d'Atlas, n'aura tenu que cinq numéros et qui sait où et quand (et surtout si) on reverra la bande de Jimmy Woo...

Cette rencontre avec les X-Men bâtie sur un argument très léger a fait partie des tentatives de l'éditeur pour favoriser l'exposition des personnages fêtiches de Parker. Hélas ! cela n'a pas été suivi d'effet, et par ailleurs le scénariste ne s'est pas montré très inspiré par l'exercice.

On s'amusera cependant de voir Parker pasticher les tics d'écriture de Matt Fraction (avec les cartons de présentation débiles des X-Men, la pléthore de personnages présents nuisant à l'efficacité de toute histoire, la platitude des dialogues et l'absence de dynamique de groupe des mutants est criante par rapport à la verve et à l'énergie des Agents d'Atlas). La démonstration de Parker est presqu'humiliante pour Fraction : avec ces six Agents et un pitch qui tient sur un post-it, il réussit à être plus divertissant que n'importe quel épisode récent des X-Men.

La partie graphique est satisfaisante : ça fait plaisir de revoir le trop rare Carlo Pagulayan, qui mériterait d'être plus souvent employé. Le second volet accueille Chris Samnee, le temps de quelques pages décalées savoureuses, dans lequel son style épuré fait merveille. En revanche, c'est assez curieux que l'épilogue soit illustré par Carlos Rodriguez : certes, ce ne sont que trois planches, mais pourquoi diable Pagulayan n'a-t-il pas terminé ce qu'il avait commencé ?

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- Vengeurs/Agents d'Atlas : Les plus grands héros de la Terre (1-4/4).

Le vrai plat de résistance de la revue est ce récit en quatre parties où New puis "Classic" Avengers (l'équipe originelle des 60's, de Lee et Kirby !) rencontrent les Agents d'Atlas.

L'histoire s'articule de manière alambiquée mais plaisante autour d'une entité créant des distorsions temporelles. C'est ainsi que le gang de Jimmy Woo en intervenant dans un combat des Nouveaux Vengeurs (Spider-Man, Luke Cage, Cap/Bucky, Wolverine, Ms Marvel) est confronté à leurs prédécesseurs (Cap/Rogers, Thor, Iron Man, la Guêpe, Giant-Man puis Hulk).

Le récit est très référentielle puisqu'il convoque des épisodes des années 60, avec l'apparition de Kang le conquérant, tout en faisant allusion à des évènements récents, comme la mort de la Guêpe dans Secret Invasion ou la disparition d'autres héros dans Avengers Disassembled. Le lecteur néophyte appréciera-t-il sans avoir connaissance de tout ça ? Je n'en jurerai pas, mais Parker ne fait pas appel sans raison à cette continuité puisque dans la première série des AoA (dessiné par Leonard Lirk), il rappelait que son équipe était en fait la première formation des Vengeurs, les Secret Avengers (avant qu'Ed Brubaker ne s'empare du nom pour sa nouvelle parution), dans les années 50, quand Marvel s'appelait... Atlas Comics !

Ces quatre épisodes sont en tout cas menés tambour-battant, les bagarres succèdant aux bastons, toutes plus homériques les unes que les autres (après les crystaloïdes, les hommes de lave, Super-Body, Hulk est de la fête, plus déchaîné que jamais). En même temps, le véritable adversaire donne vraiment du fil à retordre aux deux équipes (et la résolution de l'énigme est un joyeux n'importe quoi pseudo-scientifique, comme en pondait Stan Lee dans les 60's).

Parker se fait plaisir en mettant en scène ses personnages avec les Vengeurs classiques et prouve son savoir-faire pour les faire interagir, parsemant les pages de réparties drôlatiques (impayable Gorilla-Man).

Gabriel Hardman illustre ça avec talent : ses combats sont toujours lisibles et explosifs, son trait est à la fois élégant et nerveux (dans la lignée d'un Michael Lark), excellant à animer des personnages vintage. Cela donne un aperçu prometteur de ce qu'il va produire sur Hulk, toujours avec Parker. Et les couleurs d'Elizabeth Breitweiser sont de toute beauté.

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Bilan : très satisfaisant rapport qualité/prix (le volume d'un tpb pour le prix d'un hs kiosque), et l'occasion pour les fans de suivre pour deux de leurs dernières aventures des héros atypiques et injustement condamnés.

dimanche 28 novembre 2010

Critique 186 : LE PROJET MARVELS, d'Ed Brubaker et Steve Epting

Le Projet Marvels : La Naissance des Super-Héros (The Marvels Project, en vo) est une mini-série en 8 épisodes, écrite par Ed Brubaker et dessinée par Steve Epting, publiée par Marvel Comics (d'Octobre 2009 à Juillet 2010).
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Sorte de version développée et alternative du Marvels de Kurt Busiek et Alex Ross et cousine de The Twelve de J. Michael Straczynski et Chris Weston (encore inachevée), cette série réalisée par le tandem à l'origine du relaunch de Captain America promettait beaucoup en proposant de revisiter la genèse de Marvel (à l'époque où la Maison des Idées s'appelait encore Timely Comics) pour unifier le récit des premières aventures de ses héros et les relier à celles d'aujourd'hui, en s'appuyant sur la "trinité" historique (La Torche-Namor-Captain America).
Ce genre de projet dissimule parfois une réécriture de la continuité en empruntant des raccourcis, dont seuls les spécialistes s'offusquent. Mais pour peu que l'affaire soit confiée à un auteur qui connaisse bien le passé de son éditeur et de ses personnages et qui soit soucieux de respecter lecteurs aguerris comme néophytes (c'était le cas de Busiek et Ross avec Marvels), c'est alors l'occasion de lire une histoire à la fois efficace et instructive.
Le fait qu'Ed Brubaker soit aux commandes de ce projet est un gâge de qualité : le scénariste est un vrai fan et un excellent narrateur (même s'il a un peu déçu récemment avec Captain America : Reborn). Ici, il a donc repris en main de vieux personnages de Timely Comics pour nous raconter les origines de Marvel.
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Notre guide dans cette fresque, à la fois spectaculaire et intimiste, est l'Ange, un justicier ordinaire, sans pouvoir, comme les affectionne Brubaker : c'est un médecin, un homme bon, qui, au début de l'histoire, a pour patient un vieillard, Matt Hawkins. Ce dernier n'est autre que le fameux Two-Gun Kid, ramené en 1938 à la suite de voyages temporels et qui raconte à son docteur que bientôt le monde va découvrir les super-héros.

Ce démarrage, qui voit le vieil homme mourir et léguer son masque et ses deux revolvers à Thomas Halloway, rappelle également le prologue de Kingdom Come (de Mark Waid et Alex Ross, édité chez DC).

Un an plus tard, en 1939, sur un yacht, Roosevelt tient réunion au sujet de la guerre déclarée en Europe par les Allemands et de moyens spéciaux d'y faire face le cas échéant : il y est question d'un androïde qui peut s'enflammer, une arme dissuasive mais encore perfectible - la Torche sera d'ailleurs rapidement enterrée, au propre comme au figuré à cause de sa dangerosité. Les nazis, eux aussi, réfléchissent à la création de super-soldats, avec comme chef du projet le savant Erskine et "prototype" John Steele, un soldat américain invulnérable capturé lors de la guerre de 14-18. L'autre champ de recherches des allemands se situe en mer, au large des Bermudes, où ils tuent et ramènent des Atlantes, ce qui va provoquer l'ire de Namor contre tous les humains de la surface.
La réapparition de la Torche, se libérant du caisson dans lequel on l'avait placé sous terre, va provoquer une réaction en chaîne et la véritable naissance des super-héros annoncée par le Two-Gun Kid. New York paniquée est la proie des pilleurs et Tom Halloway va réagir en décidant de devenir un justicier masqué : ainsi il devient à la fois acteur et témoin.
En Angleterre, Red Hargrove et Nick Fury, deux casse-cou de l'armée américaine, sont chargés d'exflitrer Erskine, qui désire quitter l'Allemagne.
Les évènements se précipitent alors : L'Ange traque les assassins de la Balle Fantôme (un autre vigilant masqué) et découvre que des nazis préparent des attentats sur le sol américain ; Namor entreprend de venger les siens en attaquant des civils mais affronte la Torche dont l'image passe de la menace à celle du protecteur ; Erskine passe à l'Ouest et finalise le programme "renaissance" qui engendrera Captain America, le premier super-soldat.
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L'histoire fonctionne à merveille car, ses narrations parallèles et ses abondantes voix-off (qui permettent à la fois de personnaliser le récit et d'en diversifier les points de vue), on profite à à la fois d'intrigues policière (l'enquête de l'Ange), d'espionnage (la mission de Fury, les actions de John Steele) et d'action (l'émergence des surhumains avec la Torche, Namor, Captain America - mais aussi Crâne Rouge, le Destructeur...).
Cette diversité permet également à Brubaker d'expliquer pourquoi ces héros se costument, sans reproduire les raisons avancées par Alan Moore dans Watchmen (et les Minutemen, leurs inspirateurs) - une représentation démythifiée et proche du fétichisme. Bien qu'exposée très différemment, la justification de ce travestissement se rapproche d'une réplique écrite par Warren Ellis dans ses Thunderbolts, où il fait dire à Leonard Samson que le super-héros est l'équivalent moderne du chevalier de la Table Ronde : s'il s'habille ainsi pour jouer les redresseurs de torts, c'est pour être identifié clairement comme un "good guy" et non comme un fou furieux. Une version de "l'habit fait le moine" en quelque sorte...
Au-delà du patriotisme (dont seul Captain America est le symbole), c'est en réaction à des situations précises que sont définis les acteurs principaux du Projet Marvels. Tous ces hommes veulent améliorer le monde ou rétablir la justice et c'est pour cela qu'ils agissent, en see masquant au besoin pour protéger leur vie privée ou leur origine ou en comptant sur le déguisement pour impressionner l'adversaire.
- L'Ange représente l'homme qui voit ce monde changer autour de lui et désire l'améliorer. Il sait qu'il n'a qu'une influence limitée mais s'en contente en pensant que s'il peut peser sur le destin d'un seul homme, sur le sort d'une situation, il peut inspirer positivement la communauté. C'est un fataliste, un lucide qui a conscience que la police n'apprécie pas les vigilants masqués, dont elle n'hésite pas à se moquer (comme lorsque le cadavre de la Balle Fantôme est découvert), mais qui croit en une espèce de confrérie entre héros.

- La Torche Humaine représente la créature détachée de l'humanité, que la découverte du monde va rendre de plus en plus désenchanté (jusqu'à l'accablement lors de l'attaque sur Pearl Harbor). Il veut désespérement être humain mais il est aussi de plus en plus désespéré par la nature humaine, ce qui en fait une figure attachante et complexe. Il trouve finalement une sorte d'issue en devenant le mentor de Toro dont il se sent responsable car il a provoqué l'apparition de ses pouvoirs (les mêmes que les siens). Ainsi il accomplit une trajectoire de "fils" (du savant Phinéas Horton) à "père" (de Toro).

- Nick Fury représente l'homme d'action prêt à tout, par goût du danger. Il est décrit non pas encore comme le maître-espion qui dirigera plus tard le SHIELD, mais comme un soldat à la fois impulsif et endurci, pour lequel rien n'est insurmontable. C'est un personnage exubérant et au caractère bien trempé, intrépide. Comme Brubaker a décidé d'exploiter des éléments du Marvels Project dans ses séries (Captain America et surtout Secret Avengers), il restera à expliquer comment cet homme d'une bonne trentaine d'années dans les 40's en paraît environ seulement 50 de nos jours.

- Namor représente la colère, voire la haine. Ce personnage emblématique de Marvel (hélas ! bien mal traité depuis longtemps) retrouve toute sa superbe sous la plume de Brubaker qui a choisi d'éclaircir les raisons de son ressentiment pour les humains, de développer son affrontement avec la Torche (abordé dans Marvels de Busiek et Ross), puis son ralliement aux Invaders, la première équipe de super-héros américains, quand il découvre la trahison de Merrano/U-Man. Son évolution au long du récit lui laisse son aspect ombrageux, hautain, tout en le présentant autrement que comme un fou furieux - dommage que l'éditeur ait choisi récemment de l'intégrer aux mutants en le cantonnant à un second rôle car Namor reste un personnage fascinant quand il est bien écrit, ambivalent à souhait.

- Enfin, il y a Captain America, celui qui incarne l'idéal mais aussi la responsabilité. Originellement prévu pour être le premier de son genre, il devient le seul super-soldat (même si la création du Destructeur nuance un peu cet état de fait) et il endosse ce rôle avec gravité et panache. Brubaker n'ajoute rien à la légende qu'on ne sache déjà mais souligne bien la dimension symbolique du héros, celui qui va définitivement bouleverser la donne en alliant le côté surhumain (comme la Torche, Namor) et le côté plus ordinaire, accessible (comme l'Ange). Steve Rogers incarne en fait un trait d'union entre le justiciers masqués sans pouvoirs extraordinaires du "golden age" et les super-héros fantastiques du "silver age".
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Durant ces 8 épisodes, Brubaker permet à son complice Steve Epting de dessiner une vaste épopée riche en décors variés et en personnages mémorables. L'artiste a su représenter cette époque avec une maestria fabuleuse, où il rend à la fois hommage au travail d'Alex Ross sur Marvels et au film noir adapté aux codes graphiques de la bande dessinée, avec un soin particulier apporté aux ambiances, donc aux lumières (et là, il faut saluer la remarquable contribution du coloriste Dave Stewart).
Bien que cette histoire reprenne des séquences "cultes" - la naissance de Captain America, la formation des Invaders, l'attaque de Pearl Harbor - , le talent d'Epting est aussi de nous les remontrer à la fois sans les travestir et en leur restituant leur puissance. Ce récit n'est de toute façon pas destiné à nous faire des révèlations sur le futur (tout juste la scène avec le fils de Thomas Halloway peut laisser supposer qu'il y aura un nouvel Ange), il s'agit de revenir sur ce qui a fondé le Marvelverse. Epting illustre ça avec beaucoup d'élégance, peut-être n'a-t-il jamais mieux dessiné - et on a hâte de voir ses épisodes des Fantastic Four (écrits par Jonathan Hickman).
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Il est évident que cette série est un "must-have" pour qui veut (re)découvrir les origines du Marvel Universe : c'est une saga solide, synthétique, dense, palpitante, qui ne prend pas le lecteur pour un imbécile et lui offre quantité d'images superbes - en somme ce que devrait donner n'importe quelle bonne bande dessinée.
En attendant de lire (restons optimistes) The Twelve de JMS et Weston, Le Projet Marvels est un résumé parfait et roboratif, à la fois haletant, spectaculaire mais jamais passéiste : une introduction de choix pour (ré)apprendre son Marvel illustré, à la manière dont Darwyn Cooke avait réalisé La Nouvelle Frontière.
Et maintenant, pourquoi pas une suite ?

Critiques 185 : LUCKY LUKE, TOMES 33 & 44 - LE PIED-TENDRE & LA GUERISON DES DALTON, de René Goscinny et Morris

La sortie récente du dernier tome de Lucky Luke (Contre Pinkerton) par Pennac, Benacquista et Achdé a été l'occasion d'une couverture promotionnelle d'envergure à la télé, à la radio et dans la presse, grâce au renom littéraire de ses scénaristes. C'est ainsi qu'en lisant une interview dans "Paris Match", j'ai appris quels étaient les albums préférés (et donc les références) de Pennac - La guérison des Dalton - et Benacquista - Le Pied-Tendre. Bien que les ayant souvent lus, je m'y suis replongé avec plaisir et j'en profite pour les critiquer.
Analysons d'abord le favori de Tonino Benacquista :

Le Pied-Tendre est le 33e album (le n°2 édité chez Dargaud) de la série, dessiné par Morris et écrit par Goscinny, sorti en 1968.
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Comme dans d'autres albums, Lucky Luke n'est pas ici l'adversaire mais l'acolyte de ce nouveau personnage qu'il va aider à lutter contre les brimades de cow-boys hostiles : en effet, ledît "pied-tendre" est l'héritier d'un fermier en provenance d'Angleterre.
C'est le prétexte tout trouvé pour traiter de l'ostracisme dont étaient victimes les immigrés dans un pays où il fallait prouver sa valeur pour être accepté par la communauté - communauté pourtant elle-même formée d'immigrés de la génération précédente.
Le contraste entre les manières rudes des cowboys et celles plus raffinées, voire précieuses, de Waldo Badmington (et de son fidèle valet Jasper - figure récurrente du tandem maître-serviteur chez Goscinny) fournit quantité de scènes savoureuses pour illustrer l'initiation du nouveau venu mais aussi la bravoure avec laquelle il fait face à ce bizutage en règle.
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Goscinny est particulièrement en verve dans cet opus où son talent de dialoguiste est étincelant, mais aussi où son sens du rythme est infaillible : le livre se dévore avec un plaisir inoxydable, à chaque fois on rit et on vibre pour Waldo dont le flegme est irrésistible.
Comme dans Le Grand Duc, le scénario fonctionne sur le principe du mélange des contraires : comment un étranger s'acclimate à un pays qui ne veut pas de lui, comment deux langages, deux attitudes s'affrontent. Il y a du Molière chez Goscinny qui, sous le couvert de la comédie, épingle les travers de chacun tout en faisant preuve d'un grand humanisme.
C'est d'ailleurs l'empreinte la plus notable de Goscinny sur la série : avoir su rester lucide sur la cruauté, la sauvagerie même du far-west, tout en nous faisant rire avec les éléments de son folklore et des personnages fortement caractérisés. Il a donné ce supplément d'âme à ce qui avant lui n'était qu'une aimable bande dessinée d'aventures et après lui une comédie westernienne inégale.
La fin de l'album est assez troublante : Badmington est devenu un vrai cowboy mais a renoncé à ses racines britanniques et surtout perd son valet. Il ne s'est pas seulement intégré, il s'est assimilé, mais en perdant toute sa singularité culturelle européenne. Lucky Luke est-il si heureux de ce dénouement et de cette conversion ? En tout cas, rarement le "poor lonesome cowboy" se sera-t-il éclipsé en laissant au lecteur un tel sentiment de mélancolie...
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Morris est également au sommet de son art : comme Benacquista, j'ai longtemps voué un vrai culte à cet album que je considérai avec Chasseur de Primes et La Diligence comme le plus réussi graphiquement.
Pour moi, lorsqu'un artiste parvient à vous faire tourner les pages avec l'envie de savoir ce qui va se passer dans les suivantes, sans qu'on regarde le numéro de ladîte page ou combien il en reste d'ici à la fin de l'album, alors il atteint son but en imprimant un tempo, une fluidité, une efficacité consommés.
Morris est maître dans l'art de la gestuelle et de l'expressivité : l'attitude qu'il donne à ses personnages en dit parfois plus long que la situation décrite et résume ses émotions au plus près. Malgré son impassibilité, Badmington est un des personnages les plus "parlants" de sa galerie, une figure vraiment inoubliable.
Relisez, étudiez Morris : il y a toujours quelque chose à apprendre ce maître !
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Benacquista a bon goût : Le Pied-Tendre a une "sacrée allure", comme il l'a dit. C'est un classique incontournable de la série, un des titres inépuisables de l'époque Dargaud.


Lucky Luke : La Guérison des Dalton est le 44ème album (le 13ème édité chez Dargaud) de la série, écrit par Goscinny et dessiné par Morris, sorti en 1975.
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Le professeur autrichien Otto Von Himbeergeist est convaincu que la psychanalyse peut guérir les criminels et obtient l'accès à un pénitencier où sont les Dalton, les specimens parfaits pour son expérience. Mais peut-on vraiment purger le mal de tels bandits sans risquer d'être contaminé ? Lucky Luke en doute et va devoir faire face à deux adversaires : la fratrie Dalton qui feint d'être guérie et le thérapeute viennois qui en profite pour déstabiliser le cowboy en le perçant à jour...
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Bien avant ce tome, dans Les Dalton se rachètent (dont le titre est suffisamment éloquent) et dans Les collines noires, couvaient les thèmes explorés dans cet opus : est-il possible de faire de criminels des gens honnêtes (autrement dit, les méchants ne sont-ils pas que des gentils dévoyés) ? Et la théorie résiste-t-elle à la dure réalité ?
La psychanalyse a aujourd'hui pénétré la bande dessinée en commentant ses textes et dessins, parfois de manière troublante, parfois plus abusive, et certains professionnels ont même signé des comics (comme Serge Tisseron avec ses Bulles de divan). Mais à l'époque où Goscinny s'empare du sujet pour l'appliquer à Lucky Luke, ce n'était pas si fréquent, et comme un fait exprès, c'est dans un hebdomadaire considéré comme le favori des intellectuels de gauche, Le Nouvel Observateur, que sera d'ailleurs pré-publié cette histoire, ajoutant à sa singularité - et lui donnant sans doute à tort un aspect atypique supplémentaire.
Néanmoins, c'est un épisode particulier, à l'humour moins franc, moins farcesque, que beaucoup d'autres : parodie de western, tantôt subtile, tantôt burlesque, mélange de comédie de situations et de portraits revisités de la légende du western, Lucky Luke ne s'est jamais caché derrière des sous-textes. Jusqu'à cette Guérison... qui est un volet plus désenchanté, amer et trouble/troublé/troublant du genre : en effet, il est évident que Goscinny aborde la psychanalyse avec circonspection, voire sarcasme, mais que cette cheville scénaristique lui permet de souligner, sans ambages, que l'Ouest des cowboys et des outlaws était un pays de sauvages, faussement civilisé. Pire que c'était un espace et un temps où la violence était en soi un moyen de survivre, qu'on l'emploie pour faire régner l'ordre ou semer le chaos.
A travers Himbeergeist, ce que Goscinny dit, c'est que tous les américains de ce far-west folklorique ne vivait que par les armes et ce qu'elles défaisaient de la civilisation : les Dalton confient que leur père leur a appris à être des bandits, qu'un de leur oncle a fini lynché (une sorte d'accomplissement puisque toute la famille a assisté à l'exécution comme à une remise de prix), et que leurs méfaits est le véritable ciment de leur fratrie puisqu'ils les commettent ensemble.
De même Lucky Luke est déstabilisé par le thérapeute viennois qui l'interroge de manière dérangeante sur son goût de la solitude (le cowboy ne serait-il pas au fond seul parce qu'incapable de vivre en société ?) et des armes à feu (le fameux substitut phallique, mais aussi le moyen primaire de règler les problèmes, qui le différencie peu des malfrats qu'il arrête). Rantanplan lui-même s'épanche sur sa filiation et Jolly Jumper observe tout ça avec un air dubitatif, plus inquiet qu'ironique...
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Réalisé deux ans avant la mort de Goscinny (et un épisode relationnel complexe avec lui, au sujet d'un contrat d'édition sur lequel ils ne s'étaient pas concertés), Morris ignorait qu'il illustrait le dernier scénario de son partenaire mettant en scène les Dalton. On peut cependant imaginer sa surprise devant ce récit atypique où l'action et l'humour étaient traîtés de manière plus allusive qu'à l'accoutumée.
Sans la mécanique des gags et de l'aventure classique, l'artiste n'est pourtant pas dépourvu et La Guérison... lui permet de déployer son génie en matière d'expressivité et de gestuelle. Il donne à Himbeergeist les traits du comédien allemand Emil Jaennings, ajoutant une gueule mémorable à une galerie déjà bien fournie. Mais surtout il souligne l'évolution des sentiments agitant les héros de l'histoire en montrant comment, par exemple, l'hystérie de Joe s'efface pour mieux abuser Lucky Luke, comment le même Lucky Luke est pris à son tour de colère parce qu'il ne comprend pas qu'on relâche (même pour les besoins d'une expérience médicale) les Dalton ou qu'il est ébranlé par les interprétations du psy sur sa sociabilité et sa violence... Bref, Morris sert à merveille le propos du script sans jamais chercher à en rajouter ou à le détourner vers l'action, l spectacle : il tire au contraire parti de l'aspect assez statique du récit, où le dialogue domine.
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Il n'est pas étonnant que cet épisode plaise tant à Daniel Pennac, créateur de personnages loufoques pris dans des situations décalées (lire la saga des Malaussène) : c'est sans doute le Lucky Luke le plus étrange et déroutant du prolifique run de Goscinny.

mercredi 24 novembre 2010

Critique 184 : LUCKY LUKE, TOME 40 - LE GRAND DUC, de René Goscinny et Morris

Lucky Luke : Le Grand Duc est le 40e album (le 9ème édité par Dargaud), écrit par René Goscinny et dessiné par Morris, publié en 1968.
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Lucky Luke est appelé à Washington pour une mission importante : escorter un dignitaire russe, le Grand Duc Leonide, qui veut de découvrir le Far West dont il a entendu parler dans les romans de Fenimore Cooper. En échange, un traité commercial sera signé entre les Etats-Unis et l'empire Russe.
Le voyage ne va pas être de tout repos car le Grand Duc et son aide de camp, Fedor, veulent connaître l'Ouest, le vrai, avec ses bandits, ses indiens, bref partir à l'aventure, insouciants du danger - en premier lieu celui incarné par un saboteur qui veut à tout prix les éliminer, sans se faire remarquer.
Lucky Luke déploie des trésors de ruse pour éviter que rien de fâcheux n'arrive à l'invité et s'ingénie à lui présenter un western de carte postale où tout est mis en scène (les bagarres de saloon, la rencontre avec un bandit... Qui s'avère être russe exilé, et enfin une attaque d'indiens... Joués par un régiment de cavalerie !).
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Goscinny a trouvé l'inspiration avec Potemkine, le ministre de la tsarine Catherine, capable de faire bâtir de faux villages pour sécuriser ses déplacements, et transpose cela dans le far west avec une drôlerie irrésistible. En 1871, le Grand Duc Alexis, fils du Tsar Alexandre II, accomplit un périple similaire, à bord d'un train de l' Union Pacific, réservé pour lui. Le scénariste en profite pour écrire un personnage énorme, dans tous les sens du terme, décalé et truculent, mais de plus en plus déçu par son voyage, jusqu'à l'étape finale où il peut enfin se défouler en croyant tuer des indiens.
Mais en vérité c'est un grand gosse, capricieux mais aimable, se préoccupant moins d'apprendre à connaître le pays qu'à en retrouver les aspects les plus folkloriques. Goscinny nous amuse avec le fait qu'il ne s'exprime qu'en russe (les bulles sont écrites en cyrillique) et les traductions improbables de Fedor, dont le physique minuscule offre un contraste comique très efficace inspiré par Laurel et Hardy, le gros et le petit. L'éxubérance du Duc et l'impassibilité de son aide de camp fournit un ressort éprouvé mais imparable.
Il faut auss mentionner le rôle secondaire tenu par Laura Leggs, objet de l'attention du Duc, très galant avec cette chanteuse de saloon qui, en retour, aidera Lucky Luke à sauver la vie du russe. Cette jolie fille honnête est traîtée avec les mêmes égards par les auteurs, qui n'ont pourtant pas toujours été tendres avec les femmes.
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Graphiquement, c'est aussi un album avec un Morris en très grande forme. A titre personnel, j'ai une préférence pour les aventures "mobiles" de Lucky Luke, ceux où il se déplace à la fois dans des pueblos aux noms et aux pancartes choisis ("Abilene. Pour le bétail : une étape. Pour les coyotes : un abattoir"), de grandes villes, et la nature sauvage. Dans ces tomes, Morris peut exprimer tout son génie du décor, parfois à peine représentés mais avec une justesse et une efficacité formidables. Le Grand Duc propose une belle variété d'environnements, mais aussi d'ambiance, croquées avec une élégance évocatrice admirable (la scène nocturne avec Texas Ripper en contre-jour).
Morris a également souvent montré un don fabuleux pour la caricature, donnant à des premiers et seconds rôles mémorables les traits de ses amis ou de personnalités qui ont ajouté au plaisir de la lecture de la série. Pour Léonide, il s'est inspiré de l'acteur Sydney Greenstreet (Le Faucon Maltais de John Huston) : une idée de casting brillante.
Et pour l'anecdote, on retiendra que Le Grand Duc était l'album préféré du dessinateur : c'est effectivement une des ses plus belles pièces (même si son chef-d'oeuvre est sans doute La Diligence).
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Quel plaisir, quel régal : 44 pages jouissives !

Critique 183 : LUCKY LUKE, TOME 45 - L'EMPEREUR SMITH, de René Goscinny et Morris

Lucky Luke : L’Empereur Smith est le 45e album (mais le 13ème édité par Dargaud)de la série, écrit par René Goscinny et dessiné par Morris, publié en 1976.
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A Grass Town, Lucky Luke rencontre Dean Smith, le plus riche éleveur de la région, devenu gentiment fou depuis qu'il a fait fortune : il s’imagine être l’empereur des Etats-Unis ! Grâce à son argent, il a engagé une petite armée et voue un culte à Napoléon 1er. Amusés par sa loufoquerie, les habitants de Grass Town jouent la comédie, mais la situation va se gâter quand le bandit Buck Ritchie réussit à approcher Smith et à le convaincre de lever ses troupes pour s'emparer de la ville (pour s'emparer de l'argent de la banque)...
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Selon la méthode qu'il a développée en devenant le scénariste de la série, Goscinny s'est inspiré d'un personnage authentique pour créer son empereur Smith : il s'agit, comme c'est expliqué à la fin de l'album, de l'excentrique Joshua Norton, qui perdit la tête mais après avoir fait faillite. Néanmoins, il s'autoproclama Empereur des Etats-Unis et Protecteur du Mexique, et les habitants de San Francisco ne le contrariaient pas, les journaux publiant même ses décrets.
Sur cette base, Goscinny, avec sa meilleure verve, brode une fable sarcastique sur le pouvoir, les courtisans, et la folie qui peut gagner ceux qui exercent le premier et ceux qui les entourent. Le scénariste mène son affaire sur un rythme soutenu, démontrant son aisance dans le gag et le comique de situation. Cette dernière est grotesque mais jamais Goscinny ne sombre dans la facilité et avec une lucidité mordante épingle cette société où tous (sauf Lucky Luke et le juge Barney) retournent leurs vestes par intérêt ou grisés par l'ascendant qu'ils acquièrent (ainsi le colonel Gates, qui, comme Iznogoud, une autre création de Goscinny, aimerait bien être empereur à la place de l'empereur).
L'auteur excelle aussi dans la caractérisation : Lucky Luke, en tant que tel, n'est pas un héros passionnant. C'est certes un cowboy indépendant, altruiste, courageux, conscient des absurdités du monde, fabuleux pistolero, justicier pugnace, mais il est surtout un témoin détaché, de passage, et bonhomme. Ce qui rend ses aventures drôles et palpitantes, c'est le contraste produit par ce héros impassible, les personnages délirants qu'il croise et la manière dont il rétablit l'ordre, ou plutôt la raison dans la folie ambiante.
Avec cet empereur, Goscinny tient un protagoniste de taille, capable d'éprouver le flegme du cowboy : à cet égard, la couverture où, interloqué, il est épinglé par Smith, tandis que Jolly Jumper s'esclaffe, résume parfaitement le contenu.
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Morris illustre cette histoire avec un savoir-faire redoutable : tout paraît tellement facile sous le crayon de ce maître de la bd franco-belge qu'on peut avoir la fausse impression qu'il dessine sans se forcer, en pilotage automatique.
Mais rien n'est plus erroné : d'abord Morris a l'intelligence de ne jamais en rajouter, confiant dans l'écriture ciselée de Goscinny, et ensuite un examen attentif de ses cases, de ses planches, de ses codes couleurs prouvent avec quel souci du détail, quelle science de l'effet, il est toujours juste dans l'action et l'émotion.
Lucky Luke est une bd mise en scène comme une chorégraphie, avec une rigueur implacable, mais qui ne se fait jamais sentir.
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Un véritable sommet de la série où la complémentarité entre Morris et Goscinny est d'une virtuosité épatante : immanquable !