dimanche 15 septembre 2019

SABRINA THE TEENAGE WITCH #5, de Kelly Thompson et Veronica Fish


Ici s'achève l'aventure de Sabrina the teenage witch et c'est une réussite qui se confirme. Maladroite chez Marvel, Kelly Thompson donne le meilleur d'elle-même dans cette production délicieuse à laquelle les dessins de Veronica Fish ajoutent un charme irrésistible. Mais est-ce vraiment la fin ?


Sabrina a transformé son chat Salem en une panthère ailée et, sur son dos, elle s'envole en direction de la forêt voisine de Greendale où l'attire un sort destiné à retrouver ses tantes Hilda et Elda. Celles-ci sont ligotées, avec quatre autres sorcières, à un bûcher.


Alors que Sabrina va les délivrer, une bande de créatures mythologiques surgit et attaque. Utilisant les artefacts qu'elle a empruntés dans la cave de ses tantes et avec l'aide de Salem, la jeune sorcière riposte énergiquement.


Les créatures, désenchantées, s'avèrent être des lycéens sous la coupe d'un minotaure. Sabrina concentre ses ultimes efforts pour vaincre ce dernier et découvre qu'il s'agit du professeur Sampson. Celui-ci a voulu se venger car les sorcières lui ont toujours refusé l'accès à leur cercle intérieur.


Sabrina le prive de ses pouvoirs, issus d'un mélange prohibé de magie et de science, et il s'enfuit dans les bois. Les sorcières effacent les souvenirs de lycées qui reviennent à eux tandis que les Spellman rentrent chez elles avec Salem, redevenu un chat.


Le lendemain, Harvey vient chercher Sabrina chez elle, au grand dam de Ren Ransom. Jessa Chiang, la meilleure amie de Sabrina, refuse de lui dire de qui elle est tombée amoureuse. Puis Radka interpelle Sabrina en affirmant connaître son secret et menace de le révéler si elle ne l'aide pas...

Sur la conclusion de l'intrigue, Kelly Thompson ne surprend guère mais c'est le lot du genre : on attend (on espère) la victoire de l'héroïne et son acquisition procure un mélange de déception (due à l'absence de surprise - tandis que la série Netflix achevait sa première saison sur une évolution notable de Sabrina) et de soulagement.

Ce qui compte plutôt, c'est donc la manière de gagner et sur ce point, la fin de cet arc de Sabrina the teenage witch est réussi. L'identité du méchant de l'histoire est moins importante que son mobile (classique mais efficace) et la bataille qui occupe la majeure partie de l'épisode entre la jeune sorcière et Salem à des chimères est pleine de tonus. La façon dont l'héroïne détruit les artefacts pour venir à bout de ses adversaires, commentée par le chat (devenu une panthère ailée), est drôle tout en montrant bien que l'issue du combat n'a rien d'évident.

Ce qui séduit chez Sabrina, c'est moins son héroïsme que son inconscience : elle fonce bille en tête, mal préparée mais courageuse, pugnace, résolue. C'est rafraîchissant d'observer cette jeune sorcière qui ne sait pas vraiment ce qu'elle fait mais qui y va franchement, la fleur au fusil. 

L'écriture de Thompson est bien plus fluide et entraînante ici que sur Captain Marvel. Est-ce que parce que le staff éditorial est moins dirigiste que celui de Marvel ? Ou simplement parce que la scénariste est plus à l'aise avec le ton plus léger et juvénile de Sabrina... qu'avec les codes super-héroïques classiques de l'Avenger kree ? En tout cas, il y a à la fois plus de rigueur dans la conduite du récit et plus d'entrain et de fluidité dans la lecture. 

Cette réussite doit aussi beaucoup à Veronica Fish dont le style visuel convient merveilleusement à ce comic book. Son trait semi-réaliste est ce qu'il faut pour une aventure qui mixe romance, comédie et fantastique. Les personnages sont expressifs, le découpage tonique, et la colorisation de Andy Fish est superbe, parfaitement dosé avec l'encrage.

Le public auquel s'adresse cette production est large : sont ciblés évidemment les plus jeunes mais on peut prendre du plaisir au-delà de ce cadre car c'est tout simplement bien fait, divertissant sans être futile, léger sans être superficiel. L'intelligence du projet tient à ce qu'il a été bien défini.

Mais est-ce vraiment fini ? Hé bien non. La fin ouverte appelle une suite et elle aura bien lieu car Kelly Thompson l'a confirmé en même temps que son éditeur : Sabrina the teenage witch reviendra en 2020 et ça, c'est le meilleur tout qu'elle pouvait nous jouer.

samedi 14 septembre 2019

ISOLA #9, de Brenden Fletcher, Karl Kerschl et Msassyk


Il faut décidément être très patient pour lire Isola puisque le précédent épisode était sorti le 26 Juin dernier ! Ce qui sauve cette série, c'est la qualité de chaque nouveau numéro, mais bon sang, que c'est long... Et pour moins de trente pages. Ce neuvième chapitre, le pénultième de ce deuxième arc, marque toutefois un vrai tournant, dans la narration et le cliffhanger. (Presque) de quoi tout pardonner à Brenden Fletcher, Karl Kerschl et Msassyk...


Rook est toujours sous la coupe de Miluse. Cette dernière a réussi à écarter Olwyn en l'obligeant à coucher dehors. Elle a littéralement envoûté la capitaine au point de lui faire croire que les légumes de son jardin ne sont pas pourris.


Impuissante mais pas résignée, Olwyn entreprend de découvrir le secret de la cabane de Miluse, alors qu'elle dort avec Rook. La tigresse voit, grâce à son regard altéré par la magie de son frère, que les animaux que retient prisonnier Miluse sont en fait des enfants dans des cages.


Mais en voulant les libérer, elle alerte la jeune sorcière qui tente de la tuer. Olwyn ne doit la vie sauve qu'à l'intervention de la mère de Miluse. Tandis que la tigresse emmène les otages au loin, Miluse tue sa mère. Le bruit engendré par cette pagaille réveille Rook, qui recouvre ses esprits.


Une fois suffisamment éloignés de la cabane de Miluse, les enfants transformés reprennent forme humaine et invitent la tigresse à les suivre jusqu'au village de la tribu de Kaji pour que les sorciers la libèrent du sortilège de Asher.


Rook a également fui Miluse et recherche sa reine, en vain. Découragée, elle se reproche d'avoir cédé aux charmes de la sorcière. Mais elle se reprend quand une voix familière la réconforte. Olwyn sous sa forme humaine se présente devant sa capitaine.

Revenons brièvement sur la parution de Isola. Les comics, par leur périodicité traditionnelle (c'est-à-dire mensuelle), ont formé les lecteurs à une habitude proche de l'addiction. Il nous faut notre dose, quasiment comme un drogué. Mais pas seulement...

En effet, bien qu'on les nomme séries, les comics sont en fait plus proches du feuilleton : les épisodes se suivent, ils forment des histoires au long cours le plus souvent. Le rythme de parution mensuel est donc idéale pour ce type de narration qui nécessite de ne pas laisser filer trop de temps entre chaque numéro.

En devenant bimestriel, Isola, qui est un comic-book où il ne se passe déjà pas grand-chose, où l'action au sens le plus spectaculaire est rare, impose au lecteur d'avoir une bonne mémoire pour se souvenir de ce qui s'est passé précédemment, parce qu'on ne lit pas que ce titre. Si encore chaque épisode était devenu plus garni en changeant de parution, on aurait eu la satisfaction d'en avoir plus même si on en avait moins souvent. Mais ce n'est pas le cas.

On pourra alors imaginer ce qui nécessite autant de temps à Brenden Fletcher, Karl Kerschl et Msassyk pour ne produire qu'un épisode en deux mois. Comme le résultat reste superbe et envoûtant, on n'ose pas trop râler. Mais il est certain qu'on pardonnera moins facilement aux auteurs le jour où ils livreront un numéro inférieur en qualité.

Ce n'est pas le cas cette fois-ci car ce neuvième chapitre est un des meilleurs depuis le début. L'écriture et le dessin sont virtuoses : tout ou presque est raconté du point de vue d'Olwyn, donc d'une tigresse muette et placée en situation délicate. Pourtant Fletcher et Kerschl parviennent à rendre admirablement les sentiments de frustration et de détermination de l'animal, à faire progresser le récit par petites touches et péripéties tendues.

Le découpage de Kerschl est extraordinaire par sa variété dans la valeur des plans, leurs compositions, l'expressivité des personnages. Vous doutez qu'on puisse vibrer à l'enquête d'une tigresse, lisez donc cet épisode et vous verrez ce qu'un artiste de génie peut tirer de cette contrainte. C'est bluffant.

Le lettrage et la colorisation ajoutent à la magie, suggérant à chaque plan une ambiance captivante, stressante ou ensorcelante. Fletcher et compagnie auraient pu tirer sur la ficelle et développer quelques épisodes durant ce séjour empoisonné chez Miluse, mais en deux chapitres, ils produisent une histoire dense, électrisante, troublante, pleine d'images mémorables et originales.

Jusqu'à la toute dernière, une pleine page superbe encore, qui renverse complètement la situation et pourrait donner une impulsion radicalement nouvelle à la série entière.

Dommage hélas ! qu'il faille attendre deux mois et quelques pour savoir à quoi elle va aboutir. Mais Isola nous a habitués aux miracles autant qu'elle nous enseigne la patience.

BATMAN UNIVERSE #3, de Brian Michael Bendis et Nick Derington


A mi-parcours, Batman Universe ne montre aucun signe d'essoufflement : au contraire, l'histoire écrite par Brian Michael Bendis demeure captivante et jubilatoire comme au premier jour. On pourra s'étonner de la différence avec la production du scénariste sur Superman ou Event Leviathan, mais surtout positiver en savourant. D'autant que Nick Derington nous régale avec ses dessins où l'influence de Darwyn Cooke est manifeste.


Au contact de l'oeuf de Fabergé dérobé par le Sphinx, Batman se retrouve téléporté sur Thanagar. Soumis à un interrogatoire sur sa présence, il mentionne ses amitiés avec Hawkman, Hawkgirl et Hal Jordan et recouvre la liberté.


Mais alors que la police de Thanagar le conduit au centre scientifique pour le renvoyer sur Terre, il y est à nouveau subitement projeté. Revenu à Gorilla City, il découvre que les singes ont été massacrés et l'oeuf encore volé. Le roi Nammdi désigne le coupable : Vandal Savage.


Batman perd connaissance et se réveille au Hall de Justice, veillé par Cyborg et Hal Jordan. Après leur avoir résumé son aventure, il apprend par Vic Stone que la signature énergétique de l'oeuf de Fabergé indique sa position sur Dinosaur Island.


Green Lantern y accompagne Batman et, après avoir échappé à des monstres préhistoriques, ils localisent Vandal Savage, toujours grâce aux radiations émises par l'oeuf, dans une grotte. Mais alors qu'ils discutent de la manière de l'appréhender, il disparaît.


Batman et Green Lantern avancent, méfiants, vers l'oeuf. Celui-ci vrombit et les deux héros sont téléportés. Mais cette fois, ils sont déplacés à la fois dans l'espace et le temps puisqu'ils atterrissent dans l'Ouest sauvage où ils sont surpris par Jonah Hex !

Si je devais faire un voeu, alors que le run de Tom King sur Batman s'achève prochainement et que celui de Brian Michael Bendis sur Superman arrive au terme de sa première longue saga, j'aimerai vraiment que le scénariste du kryptonien remplace celui de Mister Miracle sur le titre du dark knight. Car Batman Universe apporte la preuve indéniable que Bendis est fait pour le job.

Ce troisième épisode est une nouvelle fois un régal, au point même que les procédés un peu répétitifs de la narration deviennent un plaisir. Il règne dans ce récit une fraîcheur revigorante qui change très agréablement de tout ce qui a été produit ces dernières années avec Batman mais aussi marque un retour aux sources du personnage (puisqu'il s'agit d'une vraie detective story).

Le signe le plus évident de tout cela, c'est l'exotisme du récit : on y voyage beaucoup, ce qui tranche avec les arcs narratifs entre les murs de Gotham. Et quand je dis qu'on voyage, ce n'est rien de le dire : ce mois-ci, on passe de Thanagar au Hall de Justice à Dinosaur Island au Far West ! Qui dit mieux ?

Alors, certes, Bendis use et abuse un peu des téléportations inopinées, mais qu'importe ! On s'en amuse parce que la réussite du projet tient aussi à cette légèreté assumée, atypique, qui renvoie en vérité aux histoires de Batman durant le silver age. Balader ainsi Batman, c'est rappeler qu'il n'est pas que le dark knight, le protecteur d'une ville, mais un authentique aventurier, qui s'est formé à l'étranger, et qui a vu du pays avec la Justice League - et d'ailleurs, celle-ci est citée avec le "caméo" de Cyborg au Hall de Justice et la team-up avec Green Lantern à Dinosaur Island (l'occasion pour Bendis de rappeler qu'il y a un énorme monstre préhistorique dans la Batcave).

Impossible de savoir où tout ça va nous mener, mais c'est exquis, plein de mouvement, de péripéties. On pense à DC : The New Frontier de Darwyn Cooke, d'autant plus qu'il s'agit de la référence de Nick Derington. Ses dessins ne ressemblent pas à celui du génie trop tôt disparu, mais évoquent son style rétro avec subtilité.

Derington s'amuse visiblement autant que nous à illustrer cette saga. Il ne ménage pas ses efforts pour servir le script débridé de Bendis, qu'il s'agisse de l'apparition fugace mais spectaculaire d'Onimar Synn à Thanagar ou des plans d'ensemble sur Dinosaur Island et sa faune extravagante. Ce mélange de naïveté et d'engagement est très séduisant parce qu'il donne le sentiment d'un dessin fouillé tout en étant très efficace. Et les couleurs de Dave Stewart ajoutent au festin, avec une palette sobre mais lumineuse.

Il me semble difficile de ne pas adhérer à cette proposition décalée pour Batman tant le plaisir des auteurs est communicatif. 

vendredi 13 septembre 2019

CAPTAIN MARVEL #10, de Kelly Thompson et Carmen Carnero


Le mois dernier, la lecture de Captain Marvel m'avait notablement irrité, au point de me demander si j'allais poursuivre la série. J'ai décidé de terminer cet arc malgré tout, mais sans grand espoir. Le résultat reste très décevant, même si l'action est au rendez-vous. Kelly Thompson a raté son coup, ça arrive. Carmen Carnero est plus inspirée. Avant des jours meilleurs ?


Après l'avoir trouvée battue à mort, Captain Marvel a transporté Minerva chez Tony Stark pour qu'il la soigne. A peine rétablie, la scientifique kree passe aux aveux : elle reconnaît avoir provoqué la disgrâce récente de Carol Danvers pour la forcer à l'aider à relancer leur peuple.


Avant cela, Minerva avait mené des expériences sur des humains volontaires pour créer des super-soldats. Un seul de ces cobayes a produit un résultat satisfaisant : la super-héroïne Star. Dont la source des pouvoirs provient du fait qu'elle siphonne l'énergie de Captain Marvel.


Carol n'a pas le choix : elle part défier Star en la provoquant publiquement au centre de New York. Les deux femmes s'affrontent et Captain Marvel tente de compenser son manque de puissance par son expérience du combat.


Pour éviter de mettre les civils en danger, Carol entraîne Star dans l'espace mais elle comprend que cela ne suffit pas. Elle extrait alors de sa poitrine l'implant qui permet à Star de siphonner son énergie. Mais ce faisant, elle provoque leur chute.


Malgré tout, elles survivent, Star davantage que Captain Marvel à qui elle révèle alors la raison pour laquelle elle la déteste tant : sous son masque, elle est la journaliste Ripley Ryan, qui avait kidnappée par la faute de l'héroïne par Nuclear Man. Et, pour ne rien arranger, elle peut désormais aspirer l'énergie vitale des êtres humains...

L'erreur qu'a commise Kelly Thompson pour cette histoire est évidente : lorsqu'on choisit de fournir au lecteur plus d'information que n'en dispose le héros de la série, ce dernier passe pour un imbécile qui met trop de temps à deviner ce qui nous est évident. Or, dans le genre super-héroïque, on attend toujours du héros qu'il soit à égalité avec nous concernant le mystère qu'il doit résoudre afin que nous soyons aussi surpris que lui par la vérité.

Il ne fallait pas être bien futé pour imaginer que Star, cette super-justicière sortie de nulle part, très providentiellement, était liée à la méforme de Captain Marvel. Et il fallait encore être moins naïf pour penser que Minerva, elle aussi surgie d'on ne sait où à un moment critique, avançait innocemment vers Carol Danvers en lui offrant une porte de sortie.

En jouant trop sur ces coïncidences énormes, Kelly Thompson a trop mésestimé l'intelligence et la sagacité de ses lecteurs. Bien entendu, l'explication à laquelle on a droit sur les dessous de l'affaire dans cet épisode présente l'avantage de dévoiler en détail ce qui lie Minerva et Star, l'origine des pouvoirs de cette dernière, l'état dans lequel Captain Marvel a trouvé Minerva à la fin de l'épisode précédent. Et c'est assez habile. Mais le mal est fait. L'intrigue est trop plombée pour mériter l'indulgence.

Le point le plus malin là-dedans, c'est de relier la motivation de Star au sort subi par la journaliste Ripley Ryan apparue dans le premier arc : Kelly Thompson a de la suite dans les idées. Dommage qu'elle manque parfois de rigueur pour les développer (c'est récurrent chez elle, au point parfois de sombrer dans le wtf - comme lorsqu'elle fit de la mère de Kate Bishop une vampire).

On s'achemine donc vers un final spectaculaire avec une bagarre épique entre Captain Marvel et Star, du très convenu en vérité, qui passe par une scène passablement idiote (lorsque Carol s'arrache l'implant dans la poitrine : on se croirait dans ce que Geoff Johns fait de pire). Carmen Carnero fait tout son possible pour ne pas illustrer ça de manière trop grossière et nous épargne des flots d'hémoglobine.

L'artiste réussit peut-être d'ailleurs son meilleur numéro, ce qui est assez ironique vu la médiocrité du script dont elle a hérité. L'épisode est coupé en deux, avec d'abord toute une partie explicative que Carnero met en scène de façon efficace, variant les angles de vue, les valeurs de plan, sans sacrifier les décors et en soignant les expressions. Puis ensuite le duel Captain Marvel-Star est dynamique, avec une belle diversité dans les cadres (tangents, verticaux, horizontaux). Les couleurs de Tamra Bonvillain font le reste.

Après le onzième épisode, qui conclura cet arc calamiteux, la série va s'aventurer dans une direction audacieuse (Captain Marvel passe du côté obscur), avec au dessin Lee Garbett. L'occasion pour Kelly Thompson de regagner mes faveurs sur ce titre pour l'instant peu satisfaisant ? 

EVENT LEVIATHAN #4, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev


Nous voici au deux tiers d'Event Leviathan et on peut dire qu'on est dans le "ventre mou" de l'histoire, comme si Brian Michael Bendis ralentissait nettement, quitte à faire du surplace. Pourtant la lecture demeure agréable, mais elle manque un peu de piment et il faut attendre le cliffhanger pour que l'intérêt revienne. En revanche, Alex Maleev est lui en pleine bourre, compensant le coup de mou de son scénariste.


Contre toute attente, Superman a été incapable d'empêcher que Leviathan enlève Amanda Waller. Il s'était pourtant préparé, en élaborant une parade contre les téléportations de l'ennemi, mais ça n'a pas suffi. A la Batcave, où le kryptonien se trouve avec les détectives, l'accablement guette.


Batman envoie ses troupes dans une pièce voisine le temps qu'il ait un entretien avec Superman et Lois. Il s'agit surtout de permettre à Superman d'entendre les conversations des détectives à leur insu. Et Manhunter est au centre des échanges.


Kate Spencer est en effet la seule de la bande à n'avoir pas été éliminée ni recrutée par Leviathan - au contraire, elle est accusée de ses méfaits par les autorités. Batman, Superman et Lois se mêlent à la discussion et en déduisent que Manhunter a servi à les distraire.


Lois fausse compagnie à la bande au volant d'une voiture de Bruce Wayne. Au même moment, Batgirl entre en contact avec Batman mais la communication est mauvaise et elle doit être brève pour ne pas être remarquée par Leviathan.


Superman localise la source et s'envole en direction de Seattle mais arrive trop tard. Cependant, Lois gagne une ruelle sombre où elle est attendue par une autre équipe de détectives. Celle-ci a mené ses propres investigations et obtenu des résultats qui ne vont pas plaire à la reporter...

C'est un peu un problème récurrent à tous ces events, quels que soient leur nombre d'épisodes, leur genre d'histoire, leur progression dramatique : à la moitié ou au deux tiers de leur déroulement, ils accusent un coup de moins bien, et le lecteur aborde une sorte de "ventre mou" du récit. Il ne se passe plus grand-chose, et on peut redouter que la dernière ligne droite n'ait pas l'énergie nécessaire pour faire rebondir l'intrigue.

Event Leviathan n'échappe pas à la règle, et c'est un défaut présent dans pratiquement toutes les sagas qu'a pu écrire Brian Michael Bendis. Les personnages sont dans une impasse, à se demander quoi faire maintenant, tandis que leur ennemi a acquis un avantage certain. Auront-ils les ressources pour, malgré tout, surmonter cela ? 

Le scénariste y répond d'une manière surprenante avec une révélation finale qui modifie totalement la perspective de l'histoire et surtout le profil d'un des protagonistes - tout en confirmant l'ambition avec laquelle l'auteur souhaitait la traiter désormais. Mais reprenons du début pour bien mesurer l'ensemble.

Un bref flash-back nous informe que Superman a une nouvelle fois échoué à déjouer les manoeuvres de Leviathan lorsque celui-ci a voulu enlever Amanda Waller. Ce point est significatif car, une fois de plus, il souligne la science tactique de l'ennemi, capable de défier Superman et de gagner la manche qui l'oppose à lui. Ce n'est pas rien et ceux qui restaient dubitatifs quant à l'efficacité de Leviathan en seront pour leurs frais.

Reste qu'ensuite l'épisode échoue, lui, à entretenir cette tension mêlée de découragement. C'est ce côté "et maintenant, que fait-on ?" de la part des héros. Or on a du mal à croire qu'un tel accablement, une telle impuissance se manifestent chez des limiers aussi aguerris que Batman, la Question ou Lois Lane (Batman, en particulier, n'est vraiment pas du genre à en rester là). La conversation concernant le statut de Manhunter est intéressante, mais ne fait pas avancer le schmilblick - même si Bendis confirme que, victime de Manhunter, elle a distrait les détectives.

Non, le vrai clou de l'épisode se trouve dans les deux dernières pages. On passe vite sur le "caméo" de Silencer (recrue de Talia Al Ghul pour surveiller Batman, et dont la présence tombe complètement à plat - trop tardive de toute façon pour suggérer une nouvelle piste au lecteur). Qui va Lois va-t-elle retrouver après avoir planté dans la Batcave toute l'équipe de détectives ? Une autre équipe de détectives, qui a mené, avec sa complicité, des recherches en parallèle !

C'est inattendu, tout comme la composition de ce groupe où l'on trouve Zatanna, John Constantine, Ralph Dibny, Harvey Bullock, Renee Montoya et... Deathstroke ! Qu'ont-ils trouvé qu'ils jugent déplaisant ? Mystère, mais le double jeu de Lois, l'enquête de ces personnages-là, la présence de Deathstroke parmi eux, le duo Zatanna-Constantine, tout cela ouvre plein de portes (sur le surnaturel, les super-vilains du DCU...), inexplorés jusque-là (beaucoup de lecteurs étaient persuadés que Leviathan était peut-être un héros dévoyé, et l'épisode laisse même penser que Batgirl est Leviathan). On verra ce que Bendis va faire de ça, mais notre curiosité est piquée.

Inégal, l'épisode se savoure en revanche par ses dessins car Alex Maleev ne flanche pas. Dès la première page (où Superman passe l'équipe de détectives aux rayons x, puisque Leviathan et ses sbires portent des armures qui résistent à cet examen) jusqu'au découpage du dialogue entre Manhunter et les autres membres de l'équipe et la pleine page finale, c'est un sans faute.

On apprécie d'autant plus la complicité entre Bendis et Maleev qu'on sent bien qu'au moment où le scénariste peine un peu, son artiste continue à assurer et maintient notre intérêt par une mise en scène très subtile. 

Comme depuis le début, les couleurs baignent dans une ambiance bleutée, quasi onirique. C'est une longue nuit qui correspond bien à l'état d'âme des héros mais aussi au genre "série noire" du récit. Dans tout cela, seule le rouge de la cape de Superman tranche, mais l'homme d'acier est atteint par la morosité générale.

On est donc dans un numéro de transition, qui assume cette position. Ce n'est pas forcément le moment le plus captivant, mais la surprise finale fournit une relance spectaculaire. Suffisante pour redresser la barre du récit ? Quelque chose me dit qu'en tout cas, Event Leviathan ne va pas se résoudre de manière classique.