mardi 26 mars 2019

INTERSTELLAR, de Christopher Nolan


Interstellar est une drôle d'expérience : je l'ai vu il y a plusieurs mois, sans conviction, et plutôt déçu au final. Pourtant, c'est un film qui n'a cessé de se rappeler à moi depuis, comme si, malgré tout, il cherchait sa place. Peut-être avez-vous déjà éprouvé ce genre de sentiment... En tout cas, si c'était l'objectif de Christopher Nolan, il est réussi.

Murph (enfant) et son père Joseph Cooper (Mackenzie Foy 
et Matthew McConaughey)

Milieu du XXIème siècle. L'appauvrissement des cultures et une séchresse tenace menacent la survie de l'humanité. Joseph Cooper, ancien pilote et ingénieur de la NASA, élève seul depuis la mort de sa femme leurs deux enfants, Murph et Tom, avec l'aide de son beau-père Donald. Tandis qu'on conteste de plus en plus la véracité de la conquête spatiale, Cooper convainc sa fille de croire en la science. Le don d'observation de cette dernière lui fait remarquer des traces dans la poussière qu'elle interprète comme des coordonnées. Et qui les mène, elle et son père, jusqu'à une base secrète de l'aérospatiale, dirigée par le professeur John Brand.

 Le trou noir Gargantua

Brand explique à Cooper qu'il y a quarante-huit ans un trou noir géant, le "Gargantua", est apparu près de Saturne, ouvrant la voie à une galaxie lointaine avec douze planètes potentiellement habitables. Douze volontaires sont partis en expédition pour les évaluer et, parmi eux, les astronautes Miller, Edmunds et Mann ont communiqué des résultats encourageants. Brand a élaboré un plan qui nécessite l'envoi d'une station spatiale, "l'Endurance", à bord duquel sont stockés cinq milles embryons humains congelés pour coloniser un de ces mondes. Cooper accepte de piloter cette mission et promet à Murph de revenir vite.

 Le vaisseau "Endurance"

L'équipe de "l'Endurance" comprend Cooper donc, Amelia Brand (la fille de John Brand), Romily et Doyle, plus deux robots, TARS et CASE. Après avoir traversé le "Gargantua", ils préparent une visite de la planète Miller, entièrement océanique. Mais une fois à destination, une vague gigantesque emporte Doyle et retarde le retour de Cooper et Brand. A cause de la proximité avec le trou noir, le temps est très dilaté et vingt-trois ans se sont écoulés sur Terre pendant ce temps. Abasourdis par la nouvelle, Cooper dirige "l'Endurance" en direction de la planète Edmunds.

Joseph Cooper et Amelia Brand (Matthew McConaughey et Anne Hathaway)

En route, Cooper reçoit un message vidéo de sa fille qui est désormais une adulte et membre de la NASA en qualité d'assistante du Pr. Brand. Celui-ci est mourant, ce qui bouleverse Amelia. En rééxaminant les rapports d'Edmunds et Mann, Romily convainc Cooper et Brand de changer de planète pour aller sur celle de Mann, plus hospitalière bien que complètement glacée. Une fois sur place, Mann entraîne Cooper en repérages pendant que Brand etRomily effectuent des analyses dans le laboratoire installé par le résident.

 Mann et Cooper (Matt Damon et Matthew McConaughey)

Mann tente de tuer Cooper qui comprend grâce à une communication radio de Brand qu'il a falsifié ses rapports sur l'habitabilité de la planète. Mann décolle dans le module de Romily après l'avoir éliminé et rejoint "l'Endurance". Sauvé par Brand, Cooper se lance à la poursuite de Mann dans l'autre module et réussit à s'arrimer à "l'Endurance". Les deux hommes s'affrontent pour le contrôle de la station et Mann est tué. Mais cette manoeuvre a épuisé le carburant du module de Cooper : il ne peut plus aller rechercher Brand, qui accepte son sort. 

 Murph (adulte) et son frère Tom (Jessica Chastain et Casey Affleck)

Cooper dirige alors la station vers "Gargantua" dont il compte utiliser la force d'attraction pour rentrer dans notre galaxie. Un calcul lui indique que la manoeuvre lui coûtera cinquante et un an. Il s'éjecte alors et traverse le trou noir. Sonné, il reprend connaissance dans le Tesseract, une construction immense bâtie par des voyageurs spatiaux du futur. A travers les fenêtres de cet édifice dimensionnel, il peut revoir le passé et sa fille encore enfant. Pour s'extraire de là, il utilise le robot TARS qui le propulse dans l'orbite de Saturne. Localisé par la NASA, il est rapatrié sur Terre et retrouve Murph, bien plus âgée que lui, à l'article de la mort. Elle a consacré sa vie à préparer l'exode de l'humanité que son père va guider jusqu'à la planète où est restée Amelia Brand.

Tout d'abord, je dois dire que si aujourd'hui je ne suis pas client du cinéma de Christopher Nolan, ça n'a pas toujours été le cas. A ses débuts, quand il signa The Following (Le Suiveur), Memento ou Insomnia, j'appréciai beaucoup de qu'il faisait dans le cadre du cinéma de genre, tirant profit de budgets modestes. Ses intrigues tarabiscotées avaient un charme fascinant et son oeuvre s'inscrivait dans la série B inventive.

Puis la carrière de Nolan a été bouleversé par sa trilogie consacrée à Batman (Batman begins, Batman, The Dark Knight Rises, Batman, The Dark Knight Returns). Ces énormes succès commerciaux n'ont pas seulement fait du cinéaste un hit-maker chez qui même les critiques les plus exigeants ont trouvé un adaptateur de comics exceptionnel, ils en ont fait une sorte de dieu hollywoodien à qui plus rien n'était interdit, ni les stars, ni les budgets colossaux, ni les projets les plus fous.

Comme Spielberg ou James Cameron, Nolan est désormais un réalisateur en mesure de concrétiser tous ses rêves. Le souci, c'est que ses Batman m'ont copieusement ennuyé (sans compter qu'ils ont conduit la Warner dans une impasse artistiques puisque Nolan a imposé Zach Snyder comme l'architecte des adaptations DC jusqu'au naufrage Justice League). Avec leur esthétique grandiloquente et leur tonalité sérieuse, malgré quelques idées géniales (notamment au casting, avec en particulier le Joker composé par Heath Ledger), la trilogie était une sorte d'anti-MCU.

Inception souffrait aussi de défauts complexes : le film est divertissant mais aussi inutilement capillotracté, comme un concentré du cinéma de Nolan qui veut tellement imposer sa vision d'un grand spectacle cérébral se prend les pieds dans le tapis. Comme d'autres avant (et après) lui, il est victime du "syndrome Kubrick", sans avoir le génie visionnaire du maître.

Interstellar est un pari fou puisqu'il s'agit de se mesurer justement au totem que représente 2001 : L'Odyssée de l'espace. Le film est très long (deux heures cinquante !) et on regarde souvent sa montre. Le cinéaste se passe d'effets spéciaux pour des scènes décisives, non sans imagination (mais surtout parce que la production lui permet de construire des décors démesurés), son intrigue est lestée d'explications scientifiques (appuyées par des experts) rallongeant la sauce à l'envi, certains moments sont étonnament ratés ou court après une émotion qui ne transpire jamais (le vrai problème de Nolan, incapable de rendre ses personnages attachants malgré leur sort souvent déchirant).

Ainsi, quand il filme le voyage de "l'Endurance" dans le vide spatial ou sa traversée du "Gargantua", il est surprenant de constater à quel point le vrai souffle provient davantage de la musique de Hans Zimmer (avec des orgues époustouflantes) que de la beauté des images (rien d'impressionnant car souvent cadré de trop loin). L'intérieur de la station a trop l'apparence d'un décor de studio et ne fait jamais illusion. L'équipage évolue là-dedans comme des pantins dans une salle de jeux. C'est tout de même embarrassant quand il s'agit de faire croire à une expédition galactique.

Mais, en revanche, quand il pose ses astronautes aventuriers sur une planète océan ou glacée, Nolan parvient enfin à nous captiver, à suggérer une menace. Les calculs sur la dilatation du temps et leurs conséquences sur la vie de l'équipage (en particulier Cooper, qui quitte sa fille et son fils encore enfants et les revoit en vidéo adultes puis, en chair et en os, vieillards mourants) produisent des scènes troublantes, même si on ne pige pas un mot des théories relatives au trou noir, à l'espace-temps et autres subtilités de ce genre.

Sans cesse, le film navigue entre propositions foireuses (la base secrète de la NASA que Murph et son père trouvent bien facilement, les deux plans du Pr. Brand - exode massif ou mission de reconnaissance avec un paquet d'embryons) et fulgurances bienvenues (en fait quand l'histoire se concentre sur les répercussions humaines du voyage - le temps qui passe plus vite, le deuil, la solitude, l'expérience de mort imminente). Nolan est plus inspiré quand il suggère une fabuleuse construction dimensionnelle et futuriste qui permet à son héros de comprendre de mystérieuses manifestations passées que quand il invoque Newton et Einstein pour résoudre l'énigme des trous noirs et les distortions temporells à la manière d'un cours magistral d'astrophysique (dont on n'a pas grand-chose à faire et qui aurait gagné à rester plus suggestives). En fait, le cinéaste échoue lourdement quand  il tente de mélanger la réflexion dans le grandiose : il est définitivement plus doué pour l'intime que pour le grand spectacle (qu'il veut mettre en scène de manière curieusement artisanale).

Son casting reflète ces inégalités : choisir un comédien aussi tête-à-claques que Matthew McConaughey qui, comme Christian Bale (qui joua son Batman), confond composition avec performance (avec des poses de circonstances) est une fausse bonne idée car jamais on ne compatit pour lui. De façon générale, les hommes chez Nolan ne sont guère intéressants (Thimothée Chalamet puis Casey Affleck, qui jouent le fils de McConaughey, pourraient très bien avoir été coupés au montage sans que le résultat n'en souffre), alors que les personnages féminins sont en réalité ceux par qui l'histoire avance le plus et dont le sort réserve le plus d'émotion.

Murph, incarnée successivement, à travers les époques, par Mackenzie Foy et Ellen Burstyn mais surtout par la formidable Jessica Chastain, s'impose facilement comme le coeur du film. Anne Hathaway est également excellente en fille qui prolonge le projet de son père avec un sens du sacrifice admirable. 

La participation, tardive mais jubilatoire, de Matt Damon, en méchant aux motivations compréhensibles, ajoute un piment bienvenu à ce trop long métrage.

Interstellar, avec sa timeline décousue mais vertigineuse (voir les deux représentations ci-dessous), finit en vérité au moment où le récit devient le plus captivant, alors que son démarrage est laborieux, et son déroulement inégal. Je lui reproche beaucoup ces derniers points tout à l'appréciant pour là où il nous emmène. Pour un peu, une suite aurait été souhaitable, sans doute plus classique mais aussi plus vibrante.      



lundi 25 mars 2019

WEST COAST AVENGERS #9, de Kelly Thompson et Gang Hyuk Lim


Pour ce pénultième épisode de West Coast Avengers, Kelly Thompson fait un peu n'importe quoi mais surtout se fait plaisir. Et, ma foi, c'est communicatif : cette série me manquera pour sa bonne humeur, qui lui a sans doute valu son échec commercial (car l'humour ne paie guère ces temps-ci dans les comics). La scénariste est bien aidée par Gang Hyuk Lim, dont on déplorera qu'il n'ait pas eu le poste plus tôt.


Piégés par des vampires alors qu'ils pensaient tomber sur des skrulls, Fuse et Noh-Varr sont jetés dans un puits tandis que Clint et Kate sont pendus par les pieds en attendant leur sacrifice. Personne ne peut plus compter sur America Chavez, mordue et groggy.


Sans nouvelles de leurs amis, Gwenpool et Quentin Quire vont les rejoindre. Ramona, la soeur de Fuse, veut les accompagner et pour convaincre Gwen, lui révèle son secret : elle est la fille d'une dora milaje, la garde royale du Wakanda, et a des pouvoirs liés au vibranium. 


La mère de Kate guide Quentin, Gwen et Ramona dans un souterrain qui mène au temple des vampires. Lorsqu'ils apprennent la vérité sur leurs adversaires, un frisson parcourt les jeunes héros.


Fuse et Noh-Varr s'échappent de leur puits et croisent Gwen, Ramona et Quention avec la mère de Kate. Ils rejoignent le temple à l'intérieur duquel Kate et Clint ont réussi à se délivrer.


La bataille tourne à l'avantage de l'équipe. La mère de Kate détache America de ses liens et profite qu'elle soit encore sonnée pour la mordre à son tour afin de siphonner sa puissance !

Il y a dans l'écriture de Kelly Thompson une folie douce, une fantaisie qui dénotent avec le sérieux habituel des productions super-héroïques. Cela ne signifie pas que la scénariste ne prend pas ce folklore au sérieux, mais bien qu'elle s'en amuse et inscrit ses intrigues dans un cadre plus léger.

Malheureusement, ce parti-pris n'a pas séduit le public, quand bien même West Coast Avengers a conquis ses quelques fans (je le constate moi-même en voyant chaque mois le nombre de vues sur les critiques de ce titre). Trop iconoclaste sans doute, trop liée aussi à la série Hawkeye (dont elle prolongeait certains aspects), le titre n'aura pas tenu un an et s'achèvera donc le mois prochain, sans que Marvel ait tenté quoi que ce soit pour le sauver (pas de relaunch en vue, et le projet de retitrer cela en "Avengers West Coast" pour plus de lisibilité dans les stands a été abandonné).

Condamnée, la série doit être bouclée et il est intéressant de voir comment chaque auteur s'y prend. Pour Thompson, dont c'est le deuxième échec consécutif (son Hawkeye avait été abrégé dans des circonstances similaires), on imagine la tâche ingrate (même s'il lui reste Mr &Mrs X et Captain Marvel, plus la relance de Sabrina the teenage witch chez Archie Comics la semaine prochaine).

Mais la scénariste fait preuve d'une fraîcheur revigorante. Certes, attribuer des pouvoirs à Ramona relève un peu du grand n'importe quoi (d'autant que comme son frère, on ignore quelle en est la nature exacte - sans doute mutante), et il est très peu probable que les Watts frère et soeur réapparaissent dans une autre série.

D'un autre côté, Thompson livre une sorte de mini best-of avec, à nouveau, des personnages pendus par les pieds (motif récurrent chez elle, toujours pour rigoler), la mère de Kate toujours aussi imprévisible (la voilà vampire !), et les couples dysfonctionnels (ici Quentin et Gwen et leur bébé requin de cette dernière, du pur délire). Tout ça part dans tous les sens, impossible de deviner comment ça va finir, mais justement cette loufoquerie singularisait le projet.

La série a souffert indéniablement de ne pas avoir un artiste attitré et constant. Je ne reviendrai pas sur le départ de Caselli et la prestation assez plate de Di Nicuole, mais quel dommage finalement que Gang Hyuk Lim n'ait pas obtenu le poste plus tôt.

Ce dessinateur, en très peu de temps, aura su s'imposer, en correspondant parfaitement au ton des scripts. Son trait expressif, simple et dynamique, convient à merveille, et nul doute que sur la durée, il aurait mûri encore davantage. 

On ne peut as gagner à tous les coups, mais le bilan de Kelly Thompson est tout de même sévère :  alors que l'éditeur s'est pressé de la signer en exclusivité, elle n'a pas toujours été vraiment soutenue et les fans n'adhèrent qu'à ses comics les plus classiques. 

De manière plus générale, il n'y a pas chez Marvel (mais pas davantage en vérité chez DC) de femmes scénaristes mises en avant, bénéficiant de la même confiance que les auteurs masculins (par exemple, vous ne trouverez aucune femme aux comandes d'un event). C'est déplorable, sans faire de politique, parce que, dans le cas de Thompson, son talent est indéniable. 

dimanche 24 mars 2019

GUARDIANS OF THE GALAXY #3, de Donny Cates et Geoff Shaw


Dans le paysage désolé des team-books, Guardians of the Galaxy de Donny Cates et Geoff Shaw domine facilement de la tête et des épaules la concurrence (seul l'imprévisible Black Hammer demeure intouchable). Il faut dire que les deux auteurs dosent leurs effets, imposant même un classicisme certain, mais avec une efficacité redoutable.


Dans la zone négative, Héla et l'Ordre Noir rendent visite au maître de lieux, Annihilus. Ils viennent lui réclamer la tête de Thanos, détaché de son cadavre, et leur hôte finit par la leur remettre après avoir été mutilé par la déesse de la mort d'Asgard.


Cependant, alors que Eros/Starfox rumine contre le dernier tour de son frère Thanos, Gladiator le prévient que Nova a été localisé. Ordre est donné de l'arrêter vivant pour lui arracher la position de Gamora.


Nova refuse pourtant de parler. Wraith, un Kree, lui réclame un autre renseignement avant que le Cosmic Ghost Rider ne modère tout le monde. Il tente de convaincre Nova en douceur mais celui-ci en profite pour fuir.


A bord du Ryder, le vaisseau des nouveaux Gardiens de la galaxie, Groot relève Petr Quill/Star-Lord de sa fonction de commandant. Avec Beta Ray Bill, Phyla-Vell et Moondragon, il a décidé de retrouver Gamora pour l'aider.
  

Impuissant face à cette mutinerie, et bien qu'il conserve de la rancune contre son ancienne partenaire, Quill se résigne à livrer la position de Gamora. Elle est sur le Halfworld, à la recherche de Rocket Raccoon...

La lecture de ce troisième épisode de Guardians of the Galaxy est quasiment un petit cours magistral de narration tant l'écriture de Donny Cates est bien structurée. On y distingue parfaitement les parties successives de son scénario et ainsi peut-on apprécier avec quelle rigueur il le conduit - et nous mène par le bout du nez.

Sur la vingtaine de pages qui lui est allouée, quatre segments s'enchaînent clairement, un pour chaque groupe de personnages. Aussi, avec un casting tout de même fourni, tout passe aisèment, jamais le lecteur n'a l'impression d'être dépassé par le nombre de personnages et de péripéties.

Eros/Starfox grommelle contre la dernière fourberie de Thanos tout en recevant le rapport de Gladiator et son régiment. Ceux-ci coincent Nova et le questionnent sans ménagement, car ils ont la certitude (fondée sur les dires de Nebula) que Richard Ryder sait où se cache Gamora (susceptible d'avoir accueilli l'esprit de Thanos).

Héla et l'Ordre Noir (les ex-sbires de Thanos), eux, veuillent reconstituer son cadavre pour le ressusciter. Leur visite chez Annihilus est tout aussi brutal. Ainsi, on voit que les "méchants" de l'intrigue sont bien identifiés, bien qu'ayant des objectifs divergents : Starfox et Gladiator veulent éviter un retour de Thanos dans un autre corps, Héla et l'Ordre Noir espèrent rendre la vie au titan fou dans son enveloppe originelle.

Et puis il y a la nouvelle formation des Gardiens de la galaxie. Elle est dysfonctionnelle au possible et Cates insiste sur la démission de Quill mais aussi sur la rebellion de Groot. Avoir donné la parole à ce dernier perturbe - mais c'est la responsabilité de Gerry Duggan. Cates en profite pour rendre ce curieux héros plus indépendant (alors qu'auparavant, son "traducteur" était Rocket Raccoon - dont le retour est imminent dans la partie, mais pas forcément comme nouveau membre de l'équipe).

Les autres gardiens ont un peu de mal à être consistants pour l'instant, c'est la limite de Cates. On a entrevu le couple homosexuel composé par Moondragon et Phyla-Vell, mais c'est tout. Beta Ray Bill fait de la figuration. C'est de ce côté-là que la série est perfectible.

Eros-Gladiator-Héla-les Gardiens : ces quatre entités sont comme des balises très marquées dans le récit. Si Héla et l'Ordre Noir poursuivent une mission détachée et qui pourrait aboutir rapidement maintenant qu'ils disposent de la tête de Thanos, Eros, Gladiator et les Gardiens sont sur des lignes convergents puisque leur cible est commune (Gamora). Nous sommes au milieu de l'arc narratif et donc dès le mois prochain les choses vont certainement bouger.

Visuellement, la série est aussi très aboutie. Alors que d'autres titres d'équipe peinent à convaincre graphiquement, Geoff Shaw assure sa partie avec maîtrise. Son style évoque parfois celui de Jerome Opena, en moins affecté, moins obsessionnellement travaillé. Le résultat est plus brute, direct.

Moins beau aussi : Shaw a privé Peter Quill de tout son charme physique, sans qu'on saisisse bien pourquoi. Il y a manifestement chez l'artiste plus de plaisir à travailler des physionomies singulières (comme Gladiator, Héla, le Cosmic Ghost Rider, Groot, Beta Ray Bill). Mais rendre Star-Lord moins beau semble plus de la facilité qu'autre chose, comme s'il fallait achever la descente du personnage.

Ce sont des bémols (faiblesse de la caractérisation chez certains, représentation chez d'autres) améliorables. La série est solidement charpentée et donc se garde certainement des réserves pour la suite. Sa lecture est en tout cas épatante, et même rassurante à l'heure où beaucoup de team-books (Avengers, Justice League, Justice League Dark) sont bigrement mal foutues.   

HIGH LEVEL #2, de Rob Sheridan et Barnaby Bagenda


Le premier épisode de High Level, le mois dernier, m'avait un peu laissé sur ma faim par son côté convenu, balisé. Ce deuxième numéro ne corrige pas le tir mais marque tout de même un vrai démarrage, après une exposition lente de Rob Sheridan. La série profite aussi du graphisme de Barnaby Bagenda. Bref, ça reste sage mais plaisant.


Akan convainc, difficilement, Thirteen de convoyer Minnow jusqu'à High Level en échange d'une grosse récompense. Elle en reçoit d'ailleurs la moitié à l'avance sans cacher toutefois qu'elle ne croit pas à l'existence de cette mythique et de ses légendes.


Thirteen emmène Minnow chez elle et décide de modifier son aspect car le Black Helix cherche une fillette. Elle lui coupe donc les cheveux comme pour un garçon. Mais la nuit est agitée car Minnow ne cesse d'interroger Thirteen sur tout.


Le lendemain matin, elles se rendent au marché pour acheter des vêtements à Minnow. Puis elles se joignent à la tablée d'Ema et Jasper à qui elle présente Minn comme son jeune cousin. 

En aparté, Thirteen négocie avec Jasper pour qu'il conduise Minn à High Level où il se rend, contre la moitié de la récompense. La fillette surprend la conversation et fond en larmes. Mais de détonations retentissent.


Le Black Helix fait irruption dans la zone, à la recherche de Minnow. Jasper s'interpose et est exécuté. Thirteen prend la fuite avec la fillette, semant les policiers. L'opération lui coûte son véhicule et l'oblige à continuer à pied...

Peu de choses en vérité distinguent High Level d'une production Image Comics - ce qui souligne à quel point le label Vertigo de DC Comics, autrefois en pointe, peine à être original. Le contexte, l'intrigue, les personnages, tout fait penser à un de ces creator owned de le concurrence.

En effet, avec cette histoire située dans un futur post-apocalyptique, où sont évoqués une cité mythique, des élus dotés de pouvoirs, avec un récit en forme de road-comic, son héroïne au caractère bien trempée, et son graphisme remarquable, la confusion est quasiment entretenue.

La seule différence réside surtout dans le traitement de la violence, comme on peut le voir, à la fin de l'épisode, avec l'intervention du Black Helix dans la zone. Une série Image Comics aurait sans doute insisté sur la violence répressive de ce corps de police et l'assassinat de Jasper quand, ici, tout reste soft (la mort de Jasper est dessinée en silhouette, et les membres du Black Helix se "contentent" de cela plus de l'incendie d'une baraque).

Rob Sheridan n'est pas pressé et c'est un peu le souci : deux épisodes pour une exposition du sujet, c'est tout de même laborieux, et pas sûr que d'avoir traîné pour montrer la zone où vit et travaille Thirteen ait été nécessaire puisque, désormais, le récit va se déplacer et (espérons-le) offrir quelques péripéties plus mouvementées.

Car, c'est la bonne nouvelle, le voyage de l'héroïne et sa protégée commence vraiment. On va savoir si Sheridan a un monde cohérent et inventif à représenter, ou s'il n'aligne que des clichés à la Mad Max. Son écriture manque cruellement de relief, s'appuyant sur une esthétique très référencée, et seul le rythme et des surprises pourront sauver High Level. J'irai jusqu'à la fin de ce premier arc et plus si affinités - comprenez, si je suis positivement étonné.

En l'état, inutile de se voiler la face, ce qui rend cette série vraiment attractive, c'est son graphisme. Sans Barnaby Bagenda et l'exceptionnelle complicité qui l'unit à son coloriste Romulo Fajardo Jr., rien de tout ça ne vaudrait qu'on s'y attarde davantage.

Bagenda a des idées pour deux et la force de son dessin confère à cette histoire une vraie plus-value. Il réussit à rendre crédible ce futur décadent, la zone est superbement figurée, tous les détails sont d'un réalisme épatant, depuis les automates de Thirteen jusqu'aux véhicules en passant par les looks ayant visiblement fait l'objet de recherches approfondies.

Attention, on n'est pas dans un réalisme photographique pour autant. Les formes sont subtilement affranchies de tout vérisme, mais la colorisation directe produit un effet troublant, qui, sur une périodicité mensuelle, apporte à la série une exigence plastique rare (à se demander d'ailleurs si Bagenda et Fajardo Jr. tiendront longtemps ce rythme ou si le titre connaîtra des pauses).

Il en faudrait peu pour que High Level décolle. Il y a du potentiel, disons, mais le script doit se déchaîner franchement. 

vendredi 22 mars 2019

NAOMI #3, de Brian Michael Bendis, David F. Walker et Jamal Campbell


Maintenant que l'on sait que Naomi paraîtra en "saisons" de six épisodes avec un break pour permettre à son dessinateur, Jamal Campbell, de souffler, la construction même du récit s'éclaircit. Ainsi, ce mois-ci, la couverture du numér promet la révélation de secrets et effectivement Brian Michael Bendis et David F. Walker lève une partie du voile. Qui lie la série à d'autres titres "Wonder Comics"...


Naomi confronte Dee à la photo qu'elle a trouvée où il figure avec une femme noire. Sont-ils ses parents biologiques ? Non, mais le garagiste consent à faire quelques confidences.


A commencer par le fait qu'il était membre d'un commando de l'armée de Thanagar (un des mondes de Hawkman) avec sa partenaire Qyeala. Las de la guerre, ils voulurent profiter d'un portail dimensionnel sur Gemworld pour déserter.


Mais Qyeala fut tuée avant de le franchir et Dee échoua, seul, sur Terre. La confession est brusquement interrompue par la mère adoptive de Naomi qui lui ordonne de sortir tandis qu'elle dispute Dee.


Au lieu de rentrer chez eux, les parents adoptifs de Naomi s'arrêtent en route. Son père l'entraîne sur la plage puis l'invite à le suivre dans une grotte. Elle hésite, craignant qu'il ne veuille se débarrasser d'elle.
  

Mais lorsqu'elle découvre un vaisseau extraterrestre, elle est sidérée. Et ce n'est pas fini puisque son père lui apparaît ensuite, vêtu d'une combinaison rappelant celle des soldats de Rann (la planète d'Adam Strange)...

Dans un arc narratif annoncé en six parties, le troisième chapitre est déterminant car il se situe évidemment à la moitié et donc doit marquer un vrai tournant, une vraie progression dramatique. C'est de plus la promesse indiquée sur la couverture de ce numéro.

Les deux scénariste ne peuvent donc pas se cacher ni reporter davantage les révélations et ni Brian Michael Bendis ni David F. Walker ne font faux bond. L'épisode regorge de rebondissements, qui s'expriment par le dialogue mais aussi par l'image.

Naomi n'existe que par défaut depuis le début puisqu'elle est préoccupée par sa véritable identité, ses origines. De manière suggestive, le scénario jouait sur le fait qu'elle était peut-être une extra-terrestre, ce qui expliquait sa fascination pour Superman. Et l'attitude intrigante de ses parents adoptifs.

La vérité semble plus complexe, même si elle reste encore à formuler - on a beau être au troisième épisode, il en reste encore autant à présenter, donc, non, tout n'est pas dit. Entre le passé thanagarien du colossal garagiste Dee, les allusions au Gemworld et ce qui semble être un vaisseau de Rann, la série brasse large et assume vraiment son ambition initiale (qui est de produire l'équivalent du Qautrième Monde de Kirby).

Mais, et c'est peut-être le plus important, cela cartographie davantage que le monde de Naomi : en effet, le Gemworld est aussi le cadre de l'arc en cours de Young Justice et DC a officialisé qu'un spin-off avec Amethyst est prévu. On peut même pousser plus loin en évoquant la série Hawkman de Vendetti, qui a montré que Thanagar n'était qu'un élément de la mythologie du héros ailé, ou se rappeler que Adam Strange, le terrien protecteur de Rann, est apparu plusieurs fois dans le Superman de Bendis. Naomi serait-elle le trait d'union entre plusieurs productions du scénariste, voire avec celles de ses collègues chez DC (comme le futur event Leviathan impliquera plusieurs héros importants) ?

Sur cette trame excitante, Jamal Campbell a l'intelligence de rester mesuré. Son dessin reste concentré sur les personnages et il ne s'autorise que peu de fantaisie (une double page pour montrer le commando thanagarien de Dee en action, une autre pour représenter le vaisseau du père adoptif de Naomi).

Cette approche peut sembler trop minimaliste à l'heure où le récit s'emballe et ouvre la porte sur un aspect plus cosmique. Mais en fait, c'est une méthode juste car le spectacle important, c'est celui des émotions de l'héroïne. Comme elle, le lecteur doit être ébahi par ces découvertes, leurs ramifications. En restant à la hauteur de cette ado médusée, on partage son émoi.

Il est très satisfaisant de constater la maîtrise tranquille avec laquelle l'affaire est conduite. Cette petite série contient une grande richesse et en fonctionnant à rebours, elle accroche vraiment. On entre par le petit bout de la lorgnette dans un monde insoupçonné et c'est drôlement plus efficace que d'autres histoires emberlificotées au point qu'on doute du plan de ses auteurs (voir Justice League Dark, Justice League, Avengers). Plus "character's driven" que "story's driven" donc, mais surtout simplement plus accessible.