vendredi 13 février 2015

LUMIERE SUR... GREG SMALLWOOD

 GREG SMALLWOOD
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Le dessinateur de Dream Thief et Moon Knight
est un fan de films noirs :
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

mercredi 11 février 2015

Critique 571 : BAUDELAIRE, de Noël Tuot et Daniel Casanave


BAUDELAIRE est un récit complet écrit par Noël Tuot et dessiné par Daniel Casanave, publié en 2008 par les Editions Les Rêveurs.

Le poète Charles Baudelaire apprend la mort de Victor Hugo pour qui il avait une sincère admiration. Malgré cela, il refuse d'emblée de se rendre à son enterrement, sans vouloir se justifier. Dans la nuit, il erre, et rencontre Attila, le terrible chef des Huns, qui menace de le décapiter s'il ne va pas aux funérailles du grand homme. Mais rien n'y fait.
Voilà Baudelaire au Paradis où il rencontre Saint-Pierre qui le sermonne également pour qu'il assiste aux obsèques de l'écrivain. Le poète n'en démord pas et préfère aller en enfer si telle est sa punition - d'ailleurs il n'apprécie guère le cadre qu'offre l'eden.
Baudelaire atterrit donc en enfer où il ne tarde pas à faire la connaissance du suppléant du diable, dans un décor qui n'a encore rien à voir avec l'idée qu'il se faisait de l'endroit. Jean-Paul Sartre passe par là et disserte sur le péché avec le poète, que ça ne fait pas autant rigoler qu'il l'espérait.
Finalement, Baudelaire accepte d'aller à l'enterrement d'Hugo, mais celui-ci sort de son cercueil pour s'entretenir une dernière fois avec son ami à propos de la quête du poème parfait. Il lui faudrait se rendre sur l'île du Zèbre pour le trouver. Mais ce ne sera pas une partie de plaisir...

Comme disait Louis Jouvet : "ma vie n'est pas une existence", ce qu'on peut interpréter de bien des façons, y compris en inversant les termes de l'aphorisme - "mon existence n'est pas une vie", soit un équivalent de "vivre n'est pas simple". Et, après avoir lu Baudelaire de Tuot et Casanave, mourir non plus.

Cette curieuse bande dessinée, qui se distingue déjà par son format à l'italienne, est une fantaisie burlesque, qui s'amuse avec l'histoire de ses héros : en effet, Charles Baudelaire trépassa bien avant (en 1867, à 46 ans) Victor Hugo (mort à 83 ans en 1885) et donc n'eût pas à se préoccuper d'aller ou non à ses funérailles.

Mais la vraisemblance est le cadet des soucis de l'auteur, qui adapte là un texte écrit pour le théâtre, et se livre d'abord à une réflexion sur son propre travail d'écrivain. C'est par ce biais qu'il questionne le rapport qu'a un littérateur avec ses homologues, en particulier ceux qu'il admirent, et pourquoi il les admirent. Le Baudelaire de Tuot est obsédé par le poème parfait qu'il n'a pas encore rédigé mais aussi dans l'ombre du géant des lettres et de la poésie qu'incarne Hugo à ses yeux, ce confrère qui finira pas lui expliquer que, lui non plus, n'a pas su écrire le poème parfait. Néanmoins, ce n'est pas une raison pour renoncer car on ne cherche pas les rimes parfaites d'un tel texte, on doit les trouver.

Avant cette leçon, Baudelaire passe par plusieurs étapes figurant un parcours initiatique, qui doivent le révéler à lui-même : il se dispute avec sa compagne, Jeanne, première à insister pour qu'il aille aux obsèques d'Hugo ; puis croise Attila, qui menace de le tuer s'il n'y va pas et avec lequel il engage un duel aussi bien physique qu'oratoire ; et le voilà tour à tour au Paradis - où il fait face à Saint-Pierre- et en Enfer - où Jean-Paul Sartre qui lui fait une démonstration de ce que serait le péché - ; avant de revenir sur terre. Son voyage n'est pas terminé et le mènera jusqu'à une île fictive et encore plus surréaliste : il en tire une morale absurde mais inspirée - "les poètes n'ont pas de corps... Seulement des migraines".  Quand il revient à son point de départ, auprès de Jeanne, il découvre de manière aussi imprévisible ce qu'est le poème parfait, à la fois heureux, soulagé et paniqué.

Tuot procéde davantage par séquences que par scènes, son récit comporte des épisodes qui correspondent à des endroits et des personnages qui incarnent plus des symboles que des lieux définis et des individus crédibles. Le message qui en découle est à l'appréciation du lecteur qui peut voir, selon son humeur, dans cette collection de trips du grand n'importe quoi, avec ce mérite de ne pas être trop révérencieux avec des icônes de la culture française comme Baudelaire, Hugo, Sartre ou de la religion comme Saint-Pierre, Sainte Félicité ou le suppléant du Diable, ou une balade loufoque, fonctionnant sur le principe du "marabout-bout de ficelle". Il est en tout cas impossible de lire cet album et de le refermer sans avoir eu le sentiment d'assister à une expérience narrative étonnante.

Visuellement, Daniel Casanave, qui avait déjà illustré deux autres "biographies" déjantées sur Flaubert et Verlaine, s'inscrit dans l'école stylistique de Manu Larcenet (dont le frère Patrice a réalisé les couleurs de ce Baudelaire).

Les personnages y sont représentés avec des traits nerveux, aux expressions prononcées et figurées simplement (gros nez, yeux exorbités - parfois jusqu'à devenir de grosses billes blanches - allures filiformes ou grossièrement massives) dans des décors évocateurs, abondamment hachurés, et des ambiances intenses.
Ainsi, le Paradis ressemble-t-il à une campagne au ciel gris et pluvieux tandis que l'Enfer est un paysage montagneux et enneigé. L'île du Zèbre est au contraire une contrée d'abord exotique à la végétation fournie puis une lande désertique, hostile. Et Paris est plongée dans une nuit constante, avec des immeubles aux perspectives improbables.

Le découpage, avec ce format à l'italienne, se réduit à des strips sommaires (de deux à trois cases), des pleines pages, et même une double-page à la fin, qui assurent une lecture très rythmée, soulignant les situations étranges et les atmosphères décalées.

L'album se conclut avec un cahier de croquis, présentant des études pour les personnages (y compris certains n'apparaissant pas dans l'histoire, comme George Sand) et des décors ou des costumes, le tout agrémenté de notations qui se veulent poético-comiques mais qui sont surtout superflues.

C'est une bd bien bizarre, qui laisse songeur, à la fois un peu frustré, décontenancé et distrait - ce qui convient finalement bien à un livre sur l'insaisissable vérité de la poésie .  

mardi 10 février 2015

Critique 570 : HAWKEYE #21, de Matt Fraction et David Aja (avec Raul Allen)


HAWKEYE : RIO BRAVO est le 21ème (et avant-dernier) épisode de la série, écrit par Matt Fraction et dessiné par David Aja (avec Raul Allen), publié par Marvel Comics en Février 2015.
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Après avoir sévèrement blessé par le tueur à gages surnommé le Clown, recruté par les mafieux russes qui veulent s'approprier l'immeuble dans lequel ils vivent (avec tous leurs voisins), Clint (qui est devenu sourd) et Barney Barton (privé de l'usage de ses jambes) ont, après avoir encaissé le choc, décidé de contre-attaquer en s'en prenant à une planque de leurs adversaires. La guerre est dorénavant déclarée entre les deux parties.
En attendant l'inévitable riposte des mafieux, les frères Barton organisent la défense de l'immeuble et de ses occupants, qui participent activement aux préparatifs. Tous ignorent pourtant qu'une des locataires est complice avec l'ennemi.
Lorsque les méchants débarquent, le plan des Barton semble fonctionner mais les assaillants sont nombreux, lourdement armés, déterminés, et comptent le Clown dans leurs rangs. La bataille va être terrible.

Il aura donc fallu attendre 6 mois, depuis Août dernier, pour enfin lire le pénultième épisode du run de Matt Fraction (déjà parti vers d'autres projets pour l'éditeur Image Comics) et David Aja (fidèle à son rythme de livraison à la mesure de son perfectionnisme). Mais cette fois, ça y est, la fin approche (le 22ème épisode est annoncé pour le 11 Mars prochain) et les sentiments des fans de cette série si spéciale sont partagés.

En effet, quand on connaît l'imminence du dénouement, deux impressions s'entremêlent, encore plus fortement dans le cas de Hawkeye où chaque nouvel épisode du tandem Fraction-Aja s'est fait attendre (tout en assurant à chaque fois une expérience de lecture mémorable).
D'un côté, il y a un soulagement certain lié justement au délai observé entre chaque nouveau chapitre. Passé le #22, ce sera bel et bien terminé, nous n'aurons plus à patienter des semaines, des mois entiers, tiraillé entre le respect pour le efforts de ces deux auteurs soucieux de produire des épisodes vraiment uniques (tout en les intégrant à une trame finement tressée depuis deux ans) et une relative usure nerveuse causée par l'angoisse que peut-être le prochain "single" serait moins bon, moins intense, moins inventif, moins émouvant.
Mais d'un autre côté, ce soulagement est dépassé par de la tristesse : tristesse de voir partir cette fabuleuse équipe créative, qui ne présidera plus aux aventures de son héros, qu'elle aura réussi à rendre si attachant, avec lequel nous aurons ressenti tant d'émotions fortes, des plus légères aux plus dramatiques.
Le juste milieu réside sans doute dans le fait que l'éditeur aura fichu la paix à Fraction et Aja, composant avec leurs retards, l'aspect si atypique de leur entreprise. Marvel Comics a bien des défauts (comme toutes les majors de l'édition) mais, sur ce titre-là (comme d'autres par le passé - je pense par exemple à Astonishing X-Men par Joss Whedon et John Cassaday ou Ultimates par Mark Millar et Bryan Hitch), rien à leur reprocher dans leur gestion. Bien entendu, si Hawkeye n'avait pas connu le succès public (qui sans être spectaculaire a permis la viabilité de la série), critique (qui a contribué à sa côte de popularité) et n'avait pas remporté de nombreuses et prestigieuses récompenses, la situation n'aurait certainement pas été la même et le projet aurait été considérablement abâtardi par (notamment) des dessinateurs intérimaires ayant immanquablement fait régresser sa qualité.
Dès le mois prochain, à peine le run de Fraction et Aja conclu, Hawkeye connaîtra un relaunch, dirigé par le scénariste Jeff Lemire (transfuge de DC Comics - chez qui il écrivait, ça ne s'invente pas, Green Arrow - et produisant également pour Image Comics) et le dessinateur Ramon K. Perez (entre autres distingué par son adaptation de Tale of Sand d'après Jim Henson). C'est une autre belle équipe créative, avec assurément un gros potentiel et une toute autre sensibilité. Mais pour tous les fans de l'ère Fraction-Aja comme moi, ce sera une page qui se tournera.

Bon, trêve de sensiblerie. Passons à l'examen du contenu de ce #21.

Le précédent numéro ne laissait aucun doute sur ce qui se développe dans celui-ci, Matt Fraction ayant lancé les frères Barton sur le sentier de la guerre contre les "tracksuit Draculas", ces mafieux russes qui tracassent Hawkeye et son entourage (famille, voisins, amis, partenaires) depuis le début de la série. Cela intervenait après l'agression terrible dont furent victimes Clint et Barney dans le #15, lorsque le tueur à gages le Clown avait mutilé Clint (en le rendant sourd d'une manière particulièrement brutale) et Barney (devenu paraplégique).

En intitulant cet épisode Rio Bravo, Fraction fait référence à un grand classique cinématographique du western, le chef d'oeuvre d'Howard Hawks sorti en 1959. Déjà, même si vous pouvez lire cette histoire sans connaître le film, voyez-le quand même à l'occasion car c'est une oeuvre extraordinaire, un sommet du genre.

Pour rappel (ou information), un shérif y arrêtait le frère de l'homme le plus puissant de la région. En attendant de le faire juger, il le retient en détention dans son office, avec pour seuls alliés un adjoint joueur et ivrogne, un vieillard boiteux et râleur, un jeune pistolero ambitieux, une joueuse de poker (amoureuse de l'homme de loi) et un hôtelier mexicain. En face d'eux, leur adversaire a mobilisé une petite armée de mercenaires.

A l'époque, Rio Bravo fut considéré comme la réponse de Hawks à un autre grand western, Le Train sifflera trois fois de Fred Zinneman où un shérif essayait en vain de mobiliser la population contre un gang : il fera face seul jusqu'à la fin mais jettera son étoile ensuite, dégoûté par la lâcheté de ses concitoyens. Immortalisé par Gary Cooper, ce personnage fut jugé durement par John Wayne, héros de Rio Bravo, qui trouvait sa réaction contraire aux valeurs américaines.
Dans le film de Hawks, au contraire, John T. Chance ne renonce pas, ni devant l'adversité ni à la fin de sa lutte, et plutôt que de mettre en danger des civils, engage à ses côtés des déclassés qui n'ont plus rien à perdre (l'adjoint ivrogne, le vieillard éclopé) ou des étrangers désireux de prouver leur courage (le jeune as de la gâchette, la séduisante joueuse). Ainsi, compte-t-il leur permettre de s'améliorer, de se repentir ou de gagner en respectabilité.

Ce schéma est reproduit dans cet épisode de Hawkeye avec un héros diminué (Clint, sourd et toujours couvert d'égratignures comme en témoignent ses bandages et pansements), son frère handicapé (en chaise roulante) mais le premier à vouloir en découdre une fois pour toutes, et les occupants de l'immeuble qui choisissent d'y rester pour résister contre les mafieux russes alors qu'ils n'ont aucune expérience du combat, disposent de moyens limités, dérisoires pour les affronter ; tous ignorant qu'un complice de leurs adversaires est parmi eux. 

Il ne fait en vérité peu, et même pas de doute que l'issue de cet avant-dernier round ne pourra que déboucher sur un drame, après un déferlement de violence, une lutte inégale et sans quartier, tant les forces en présence sont déséquilibrés. Qui pourrait miser sur une bande de simples gens démunis mené par un archer physiquement lésé et son frère paralytique contre cette horde de gangsters surarmés, excédés par cette résistance, avec un tueur aussi efficace qu'imprévisible parmi eux ?

Toute la difficulté pour Matt Fraction consiste alors à écrire un conflit aussi mal engagé pour ses héros en lui donnant malgré tout une grande tension, en suscitant même un certain suspense, en ne sombrant pas dans les effets faciles et complaisants (comme éviter un bain de sang, la mise en scène d'une défaite non seulement humiliante mais illustrée de façon racoleuse, esquiver l'émotion dégoulinante).

Le scénariste se tire de tous ces pièges avec beaucoup d'adresse : dans un premier temps, on assiste aux préparatifs de la bataille, dans une succession de scènes rapides et sobres, sans effusion. Les frères Barton ont un ultime échange dans la buanderie de l'immeuble : il est question de fidélité, de solidarité et de loyauté. Puisque Barney l'a poussé à défier l'ennemi, Clint lui réclame en retour son soutien inconditionnel, au point de jurer de le tuer s'il lui fait défaut au moment crucial.
Puis, en une page (superbe, tout en silhouettes), on peut voir les habitants de l'immeuble s'affairer en attendant l'orage : certains plient leurs bagages et quittent les lieux, un autre répare la roue de son vélo, d'autres encore déménagent des meubles, plantent des clous, bricolent un plafond.
Ensuite, Clint retrouve Jessica Drew (alias Spider-Woman), son ex, à qui il avait téléphoné pour du renfort : l'occasion de s'excuser pour l'avoir trompée mais aussi lui expliquer son intention ferme de changer, d'assumer d'autres responsabilités (en premier, celle de protéger ses voisins). C'est une belle réconciliation, traitée avec délicatesse, qui donne à voir une nouvelle fois l'art de Fraction pour humaniser des personnages qu'on voit habituellement en costumes moulants et bariolés, en train de se bagarrer contre d'improbables vilains, et dont les relations relèvent de clichés sans relief.

A ce moment-là, une vignette nous montre subrepticement le retour, à la descente d'un avion, de Cherry/Penny, cette rousse incendiaire à l'origine de l'infidélité de Clint et d'ennuis supplémentaires dans son contentieux avec les russes. Si le scénariste choisit de re-convoquer, même aussi fugacement, ce personnage, c'est un signal évident pour nous indiquer qu'elle va certainement encore jouer un rôle important dans l'épilogue de son run.

Deux pages complètent les préparatifs du siège : Barney et Simone se disent "au revoir", mais le lecteur sent immédiatement que cela ne sera pas le cas (comprendre : s'attend à quelque chose de pire). Puis Clint monte son frère sur le toit de l'immeuble, où, espère-t-il, il sera plus en sécurité, en compagnie du père de Gil, veillant sur deux cuves enflammées (des armes).

Ensuite... Ah, ensuite, c'est la poudre, c'est le feu, c'est le sang, et comme je ne veux pas vous faire le "coup de l'ouvreuse" en vous en racontant trop, je m'en tiendrai à la critique et moins à la description de l'action. Mais ce que je peux vous dire, c'est que l'assaut contre l'immeuble, après l'arrivée en vans, des "tracksuit Draculas" et du Clown, est un long et ahurissant morceau de bravoure, qui dure 10 pages, soit la moitié de l'épisode.
10 pages exceptionnelles, d'une intensité incroyable, comparables à un morceau de jazz hard-bop tant le tempo de cette séquence a quelque chose de musical, avec des enchaînements de plans aux dimensions alternatives qui leur donnent l'air d'un crescendo.

La bande dessinée d'action, et plus spécialement celle avec des super-héros (dotés ou non de pouvoirs), repose majoritairement sur la représentation du combat, et il existe bien des manières de figurer la violence d'un affrontement, en recourant aux effets les plus spectaculaires, avec des images surdimensionnées, des personnages exhalant une puissance irréelle, des pages qui sont des vignettes à part entière.
Mais quoi de plus difficile et en même temps de plus éprouvant, de plus efficace que d'arriver à traiter le combat en parvenant à faire ressentir au lecteur toute l'âpreté de la lutte, toute l'incertitude du duel, faire en sorte qu'il souffre émotionnellement en ayant peur pour le héros, qu'il ait mal pour lui, qu'il sente la dureté des coups, les impacts sur le décor ?

Tout cela, Fraction le réussit. Et dans les dernières pages de l'épisode, on assiste à un ultime sursaut, désespéré, qui rend encore plus cruel le dénouement. Pourtant, l'image la plus brutale de ce passage est elle aussi (comme pour la page 2, quand l'immeuble se prépare à la guerre) traité en contre-jour. Il n'y a pas besoin de l'éclairer, le lecteur la comprend tout de suite, il en saisit toute le côté impitoyable, terrible. Et c'est à peine si le tout dernier plan de l'épisode, avec le retour de Pizza Dog (et celui qu'il suggère, celui de Kate Bishop) atténue le choc.

David Aja traduit en images ce récit avec la virtuosité dont il a fait preuve depuis le début. Si cet épisode ne s'articule pas autour d'un gimmick précis, comme l'emploi complet du gaufrier (dans le #13), il offre au regard une nouvelle leçon de découpage. Il a reçu l'aide de son compatriote Raul Allen (qui a, apparemment, participé aux dessins des vignettes comportant une figuration importante des "tracksuit Draculas").

Je me suis amusé, après avoir fini de le lire, à compter le nombre de cases de ce chapitre, parce que, même si je l'avais lu rapidement (avant de le relire pour mieux le décortiquer), j'avais la sensation d'une grande densité. C'est effectivement le cas : pour 20 pages, on dénombre pas moins de 204 plans, ce qui fait une moyenne de 10,2 plans par page ! Un rapport étonnamment élevé pour les standards des comics super-héroïques traditionnels abondant en "splash" et doubles pages.

Je parlais plus haut de la musicalité de l'écriture de Fraction, qui s'exprime plus ici dans le rythme des scènes, leur enchaînement, leur progression en intensité dramatique, que par les dialogues. Cette musicalité, toute "jazzystique", se retrouve dans les dessins et le découpage de Aja.

Si je devais choisir un instrument pour matérialiser la musicalité graphique de cette épisode, ce serait la batterie. Aja dessine comme un batteur, un percussionniste dans ce #21 : les premières pages sont comme interprétées au pinceau, sur un tempo calme, mais un calme inquiétant, un climat lourd, une sorte de caresse tout proche de la griffure, de la fissure, de l'explosion.

Il dispose ses premières planches comme des grilles, des diagrammes, où l'on retrouve l'influence (revendiquée) de Chris Ware : pas de fantaisie dans les compositions de plans, cadrés "à plat", à hauteur de personnages, sans plongée/contre-plongée. Des plans souvent rapprochés, des gros plans, avec des champs-contre-champs (pour le dialogue entre Clint et Jessica). Puis des plans généraux, mais sans excentricités, pour figurer un groupe de personnages (l'au revoir entre Barney et Simone, l'arrivée sur le toit de Barney avec Clint et le père de Gil) : ces plans-là occupent toute la largeur de la page, au milieu de celle-ci, découpée en trois strips dont le premier et le troisième sont formés par trois vignettes. On peut alors presque entendre les baguettes du batteur accélérer puis faire un break avant d'accélérer à nouveau.

La longue séquence de l'assaut est un festival : Aja ne "breake" plus, il va de plus en plus vite, en martelant ponctuellement pour souligner tel ou tel temps particulièrement fort de l'action qui se déploie alors en une quasi-continuité séquentielle.
Là, il glisse un travelling avant (sur le visage effrayé de Deke, sur le Clown armant un fusil de chasse). Là, il flirte avec l'abstraction (les phares des vans des "tracksuit Draculas" qui approchent devant la façade de l'immeuble). Puis c'est une cascade de frappes sèches quand tout explose (les cuves enflammées se déversant sur les mafieux en même temps que les flèches tirées par Clint, dans deux cases verticales bordant une succession de quatre bandes de une, deux fois deux, et une cases).
Dans ces pages-là, je trouve l'influence pop de Jim Steranko.

Telle une ponctuation par une frappe de cymbale, Aja rompt le tempo avec des enchaînements plans horizontaux/plans verticaux : 

- les premiers pour montrer la progression dans les escaliers de l'immeuble des mafieux ou pour montrer Aimee fonçant en voiture sur les russes avant de piler contre la façade, ou quand Clint se jette, blessé à une cuisse, dans un appartement sous le feu nourri de l'ennemi depuis un couloir, ou pour représenter le Clown, immobile, impassible, une flèche fichée dans l'épaule. 

- Les seconds pour détailler des images choisies pour ce qu'elles suggèrent ou soulignent du déferlement de violence dans les murs de l'immeuble : les russes coincés dans la cage d'escalier, Clint bandant son arc puis touché par un coup de feu tiré par le Clown, qui recharge tranquillement son fusil, puis l'échange entre les deux hommes, flèche contre cartouches.

Les 6 dernières pages (et plus spécialement encore les pages 15-16-17-18) sont syncopées. C'est comme si, alors, le rythme se  résumait à celui d'un battement de coeur, qui serait transcrit par des frappes sur la grosse caisse d'une batterie. Aja alterne des cases noires (où Clint perd connaissance) à intervalles réguliers et des plans dont les seuls textes sont ceux de la voix-off de Clint (qui ne peut pas entendre ce que se disent les autres personnages mais tente de le deviner, essaie de réagir, de réfléchir).
Ces cases noires, toujours disposées sur des planches en trois strips, sont de largeurs variables, pour traduire la durée de la perte de connaissance du héros. Ce n'est donc pas un artifice graphique gratuit mais bien une manière de représenter visuellement un état. L'effet produit ressemble encore à un alignement de notes musicales, noires et blanches, donnant la mesure du temps au lecteur.
Les plans figurés offrent des angles de vue déroutants, en caméra subjective, en contre-plongée, légèrement décadrés, épousant la vision éreintée et morcelée de Clint. L'effet immersif est garanti, on a l'impression d'être aussi sonné que lui, confus, luttant pour se reprendre mais accablé par les coups reçus, désorienté.

David Aja est le Art Blakey des dessinateurs de comics. La variété de son jeu dans le rythme des pages est tout bonnement confondante.

A ce niveau-là du récit, la colorisation de Matt Hollingsworth se réduit à une palette très réduite, avec une dominante d'orange et de marron, le jaune n'étant employé que pour la chevelure de Clint et les rayures sur les survêtements des "tracksuit Draculas". Le contraste est saisissant avec les pages précédentes où le gris, le bleu, mais aussi le beige et le rouge (rouge des cheveux de Barney, du tee-shirt de Jessica, du ciel au-dessus de l'immeuble, de la carrosserie de la voiture conduite par Aimee, de la crinière et de la robe de Cherry/Penny). Mais cet aspect primaire, sommaire, renforce le climax de l'épisode, comme si chaque plan était soumis à une surchauffe, une poussée de fièvre, comme si le sang versé délavait toute l'image. Impressionnant.

La qualité de ce nouvel épisode confirme toute celle des précédents. Hawkeye transcende par le style d'une écriture très élaborée et d'un graphisme très sophistiqué le classicisme référencé de son récit, un western-opéra où le lecteur est secoué comme le héros.
Sur de telles bases, on peut s'attendre à un final grandiose (et qui devrait, en prime, compter une dizaine de pages en plus), à la mesure d'un run d'anthologie.

lundi 9 février 2015

Critique 569 : VACANCES SANS HISTOIRES, de Franquin, commenté par José-Louis Bocquet et Serge Honorez


VACANCES SANS HISTOIRES est un récit complet écrit et dessiné par André Franquin, publié en 1957 par Dupuis. Cette histoire courte (22 pages) est parue initialement dans le Journal de Spirou durant onze semaines, à partir du n° 1023, après Le Voyageur du Mésozoïque.
Cet album propose dans sa première partie la version restaurée de ce récit, dont les couleurs ont été refaites par Frédéric Jannin, d'après les indications laissées par Franquin, avec des planches reformatées conformément à la parution dans le Journal de Spirou. Dans sa seconde partie, l'ouvrage propose une introduction sur la genèse de l'histoire, puis en vis-à-vis les planches originales en noir et blanc et un commentaire sur leur réalisation et le contenu de l'histoire, plus, en fin de volume, des illustrations rares ou inédites.
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Après avoir menacé de ne plus écrire pour le Journal de Spirou parce qu'il était mécontent de son traitement de personnage par Franquin, Fantasio part en vacances avec son ami Spirou, l'écureuil Spip et le Marsupilami, dans le Sud de la France, au volant de leur Turbotraction.
Malheureusement pour eux, un roi du pétrole, le cheikh Ibn-Mah-Zoud, est déjà sur place : ce fou du volant confond sa propre Turbotraction avec celle des héros et va semer la panique sur la côte, au péril de sa vie et de tous ceux qui croisent sa route...

Vacances sans histoires est à l'origine une des histoires de complément de la série Spirou et Fantasio, écrite et dessinée par Franquin. C'est surtout la dernière qu'il réalisera entièrement seul. Il enchaînera avec un autre récit bref, La Foire aux Gangsters, où il sera pour la première fois assisté par Jidéhem aux décors. Puis, il se lancera dans Le Prisonnier du Bouddha, co-écrit avec Greg, nouvelle histoire longue depuis Le Voyageur du Mésozoïque.
 La première page de Vacances sans histoires,
recolorisée par Frédéric Jannin, d'après les indications de Franquin,
et remontée telle qu'à sa publication originelle dans le Journal de Spirou.
La même première page, en noir et blanc, 
reproduite d'après l'originale de Franquin.

Voilà un ouvrage dont le prix découragera nombre d'admirateurs de Franquin en particulier et de fans de Spirou et Fantasio en général - 24 Euros quand même. Mais c'est aussi un document qui s'adresse spécialement à des collectionneurs aisés - comme ce n'est pas mon cas, je remercie la bibliothèque municipale de se l'être procuré.

Depuis quelque temps, les éditions Dupuis ont lancé cette collection dîte "Version Originale", qui permet donc aux chanceux et curieux de relire des histoires de l'âge d'or de l'école de Marcinelle dans des albums restaurés et augmentés de commentaires  rédigés par des experts.

Dans le cas présent, il s'agit de se replonger dans un récit qui, sans être un grand classique, marqua les esprits des "Spiroutistes", et ce, pour de multiples raisons. 

D'abord, il s'agit de la dernière histoire que Franquin écrivit et dessina entièrement seul, sans l'aide d'un co-scénariste ou d'un ou plusieurs assistants pour la partie graphique. Il est bon de noter que Vacances sans histoires a été attaché, en album, au tome 11 de la série, Le Gorille a bonne mine, alors qu'elle a été produite à la suite du tome 13, Le Voyageur du Mésozoïque : une curieuse chronologie.

En 1957, Franquin est un auteur "surbooké" puisqu'en plus d'animer Spirou et Fantasio, il livre pour le Journal de Spirou des couvertures hebdomadaires, où il doit trouver un gag mettant en valeur un des titres publiés à l'intérieur (pour le n° 1023, dans lequel démarre Vacances sans histoires, il représente ainsi Fantasio en troubadour annonçant le dénouement du Sire de Montrésor, une aventure de Johan et Pirlouit). Il s'occupe aussi de la rubrique sur l'automobile, Starter ; on commence à croiser de plus en plus souvent Gaston dans les pages de la revue ; sans compter d'autres illustrations occasionnelles.
Franquin ne savait pas dire "non" à Charles Dupuis qui exploitait son artiste vedette sans le ménager. A cette même époque d'ailleurs, une brouille concernant les émoluments de l'auteur entraînera ce dernier à claquer la porte et proposer ses services chez le concurrent, le Journal de Tintin, publié par les éditions Le Lombard : cela aboutira à la création de Modeste et Pompon en une page hebdomadaire (pour laquelle Greg et Goscinny, mais aussi Peyo et Tibet, lui fourniront des gags). Le froid entre Dupuis et Franquin sera de courte durée mais le dessinateur respectera son double engagement jusqu'en 1959, accumulant ainsi une charge de travail déjà considérable.

Dans ce contexte, lire un récit intitulé Vacances sans histoires de la part d'un Franquin aussi débordé ne manque pas d'ironie.

Ensuite, l'intérêt d'un tel ouvrage, c'est donc de découvrir les coulisses de la réalisation dudit récit. Dupuis, avec la collaboration active et attentive d'Isabelle Franquin, la fille du génie, n'a pas fait les choses à moitié. 

Les couleurs ont été reprises par Frédéric Jannin, l'auteur de la série Germain et nous, qui fut un des disciples de Franquin et réalisa, d'après ses scénarios, Arnest Ringard et Augraphie. L'exécution est splendide, on redécouvre réellement chaque page, telle que les avait voulues Franquin puisque Jannin s'est basé sur les indications laissées par son maître. Les teintes sont éclatantes et bénéficient des techniques de reproduction dernier cri, qui assurent un rendu évidemment bien supérieur à l'impression de l'époque et les "fantaisies" (comme les appelait Franquin) des coloristes d'alors.

L'intrigue de Vacances sans histoires en elle-même n'a rien de renversant, mais elle fut l'opportunité pour Franquin de démontrer son génie pour représenter le mouvement (un exercice dans lequel il est resté sans doute le maître absolu), et en particulier via les voitures dont il était un passionné (au moins à cette époque, puisque ensuite, à la fin des années 70-début des années 80, il jugeait l'industrie automobile avec plus de sévérité, à la lumière de ses convictions écologistes).

Le prétexte de ce récit était de procurer à Spirou et Fantasio un nouveau véhicule, Franquin estimant que la première Turbotraction (la Turbo-Rhino, apparue à la fin du tome 6, La Corne du Rhinocéros) s'était démodée. En collaboration avec le journal Risque-Tout, édité par Georges Troisfontaines, dont le siège était situé dans le même immeuble que celui des éditions Dupuis dans le centre de Bruxelles, l'artiste sollicita ses lecteurs à lui envoyer les plans pour une nouvelle voiture inspirée par les "dream cars" à l'américaine.
Un nombre phénoménal de réponses parvint au magazine et Franquin dut, avec l'aide de Géo Salmon, opérer une synthèse de tous les modèles proposés pour designer la Turbotraction II.  

Ce que ne mentionne jamais les commentaires de ce livre, c'est qu'en définitive, Franquin n'aima jamais le résultat, le jugeant trop prétentieux, et d'ailleurs Spirou et Fantasio ne roulèrent pratiquement jamais avec leur nouvel engin !

Cette omission, dans un ouvrage qui a pour ambition de détailler toute la conception, de compiler toutes les anecdotes, de Vacances sans histoires montre les limites d'un tel projet.

Il n'est pas question de discuter l'admiration (sincère) et l'érudition (authentique) de José-Louis Bocquet et Serge Honorez. Mais ne vous attendez pas non plus à des révélations spectaculaires si vous êtes déjà un tant soit peu documenté sur Franquin et son run sur Spirou et Fantasio - par exemple, si vous avez lu Et Franquin créa Lagaffe, entretiens avec Numa Sadoul, votre éducation est déjà suffisante.

Ce qui est vain, c'est l'exercice en soi de vouloir commenter chacune des 22 pages de cette histoire. On a souvent le sentiment de lire des propos convenus, rédigés pour meubler, avec l'objectif de tout contextualiser, sans que cela aboutisse à un enseignement bien captivant.

En lieu et place de ce cours autour de cette BD, n'aurait-il pas été plus intéressant de consacrer davantage de place à l'écriture même de Franquin, qui improvisait énormément tout en accomplissant le miracle de produire des aventures très solides ? 

Et quid du dessin, de la technique, des outils employés ? 
On a bien droit à quelques photos issues de la documentation personnelle de Franquin et des précisions sur l'influence tirée de ses séjours dans le Sud de la France, où vivait son mentor Jijé, en relation avec le cadre du récit. Mais rien sur la composition des plans, quasiment pas plus sur l'art du montage des vignettes - tout juste nous indique-t-on (et encore avant les commentaires page par page) que le découpage imposé par le Journal de Spirou réclamait de Franquin des pages alternativement de trois et quatre bandes (ces dernières étant en fait deux demi-planches). 
Rien non plus sur les crayons, les plumes, les pinceaux, l'encre utilisés par Franquin : c'est très frustrant quand on a sous les yeux les reproductions des planches originales en noir et blanc, où on peut examiner avec fascination l'élégance du trait, l'intelligence des enchaînements, le placement des personnages/véhicules, le soin apporté aux décors. Combien de temps cela demandait à Franquin pour produire de telles images ? Quelles étaient ses manoeuvres pour obtenir tel effet ? Tout cet aspect est absent de l'analyse, ou à peine effleuré ! 

On peut se consoler, un peu, avec les croquis à la fin de l'album qui montrent les étapes du design de la nouvelle Turbotraction, mais ces documents sont réduits au strict minimum. 

Il faut aussi souligner de nombreuses erreurs de typographie qui font tâche dans un ouvrage prétendant à l'exigence d'une étude définitive.

Si pouvoir lire les planches originales en fac-similés et disposer d'une restauration chromatique présentent des atouts indéniables et jubilatoires, cet album laisse quand même sur sa faim le lecteur auquel on a promis un livre exhaustif pour un prix aussi élevé. Tout fan ne peut que tendre les bras devant un ouvrage aussi attrayant, mais on en sort frustré par l'exercice un peu artificiel et une analyse loin d'être aussi définitive qu'attendu.

dimanche 8 février 2015

Critique 568 : SPIROU N° 4008 (4 Février 2015)


Deux bonnes nouvelles à la "une" : le retour de Maggy Garrisson, qui a droit à une superbe couverture, et celui d'Imbattable, qui figure sur le bandeau.

J'ai aimé :

- Maggy Garrisson : L'homme qui est entré dans mon lit (1/6). Maggy est une détective privée mais qui ne s'occupe que d'affaires dérisoires. Malgré ça, sa précédente mission lui a permis de mettre la main sur un joli pactole de 15 000 £, dérobé à une flic ripou, et à trouver l'amour avec Alex. Aujourd'hui, elle doit continuer à dissimuler son magot à Sheena, la flic, et elle accepte de mener des recherches sur la soeur d'un client, suspectée d'avoir volé des bijoux appartenant à leur mère...
Inspiré par le cinéma de Mike Leigh et l'époque où il a lui-même résidé en Angleterre, à Londres dans le quartier irlandais de Kilburn, Stéphane Oiry, le dessinateur, a bénéficié des services de Lewis Trondheim pour animer son héroïne.
Le résultat est un régal : une ambiance bien campée, des personnages nuancés, une intrigue qui se met subtilement en place. L'écriture de Trondheim dans ce cadre est très maîtrisée, les dessins de Oiry (avec un découpage s'appuyant sur un usage récurrent du "gaufrier") épatants. 
Tout ça s'annonce très bien.

- Dad. Nob explore le "côté obscur de la force" en pointant une peur enfantine de son héros. Comme toujours, c'est une merveille d'humour, délicatement dosé, et superbement dessinée. Aux dernières nouvelles, un premier album serait prévu pour ce printemps.

- Benoît Brisefer : Le gorille blanc (7/9). Benoît et Biloulou attaquent le camp des braconniers et y retrouvent tonton Placide. 
Enfin, les chemins de Benoît et de son oncle se relient dans cet anté-pénultième épisode, toujours aussi plaisant à lire. Le jeune héros est aussi victime de son incontournable rhume (inévitable après avoir traîné dehors sous la pluie précédemment), ce qui introduit un petit suspense - même si le cliffhanger de la semaine est très convenu.
Le dessin de Garray sert toujours aussi efficacement le récit de Culliford et Parthoens.

- Mélusine. Mélisande est obligée de fuir l'école et Mélusine lui prête main forte : Clarke en profite pour en tirer un gag sympathique, même si depuis quelque temps ce tome peine un peu à rester divertissant.

- Katz. Del et Ian Dairin reviennent en forme, après quelques semaines moins inspirées, pour deux fois deux strips de leur sympathique minou.

- Minions. Alors que la sortie de leur film approche, les créatures de Renaud Collin sont au centre d'un gag savoureux sur les spectateurs bruyants dans les salles de cinéma, bien imaginé par Didier Ah-Koon.

- Capitaine Anchois. Le second du capitaine a une idée astucieuse pour que les pirates ne jurent plus à bord. Trop astucieuse en fait... Floris livre une nouvelle fois un gag réjouissant avec ces flibustiers à la bêtise abyssale.

- Imbattable : Voyage hors saison. Pascal Jousselin est comme son héros : impossible de le battre sur son terrain, avec un récit en trois pages qui joue une fois encore à merveille des ressorts du découpage de la bd. 

- Rob. James et Boris Mirroir continuent à railler les réunions de cosplay, en adressant un clin d'oeil aux fans de DC Comics puis de Star Wars. Bien vu.

- Zizi chauve-souris. L'héroïne de Trondheim et Bianco cherche toujours un moyen de faire déguerpir le nouveau copain de sa mère. Trois strips qui jouent avec brio sur la relation de Suzie et sa mentor (dont les conseils sont peu avisés).

- Le Club des Huns. Attila cherche à recruter de nouveaux guerriers : l'occasion d'apprendre à son scribe comment rédiger une petite annonce des plus sobres et de se remémorer d'anciens compagnons d'armes particulièrement corsés. Dab's confirme tout le bien qu'il faut penser de sa comédie parodique.

- L'Atelier Mastodonte. Lewis Trondheim et Tebo se la jouent roman-photo pour évoquer leur festival d'Angoulême : visuellement, c'est déroutant (même si ce n'est qu'occasionnel), mais les deux gags font mouche, comme d'hab'.

- Tash et Trash. / Khal et Pörth. Deux strips encore une fois d'une parfaite concision.    

En direct de la rédak donne la parole à Alex Lopez, qui revient sur la genèse d'Adeline. La semaine prochaine, le Petit Spirou revient (donc certainement pas de Dad, hélas !).
Les aventures d'un journal revient sur les débuts de Roba, qui se fit remarquer en imitant le style réaliste de Eddy Paape, en le remplaçant sur un épisode des Belles Histoires de l'Oncle Paul en 1951 !

Les abonnés ont droit à un consistant bonus avec un récit extrait d'un album à paraître, 16 pages du Manuel de la jungle, par Nicoby, Joub et Copin : l'histoire est vraiment bien.