samedi 5 mars 2011

Critique 212 : STRANGERS IN PARADISE 1-3, de Terry Moore

Strangers in Paradise "Art Nouveau" commission,
par Terry Moore.

Terry Moore est un auteur indépendant et Strangers in Paradise est sa première (et plus importante) oeuvre. L'aventure démarre en 1992 : l'auteur entreprend de réaliser un comic-strip pour un journal et tâtonne avant de trouver son idée. Mais Moore comprend qu'il n'est pas fait pour le gag et préfère imaginer une histoire au long cours. Ce sont les personnages qui servent de base à son projet, deux filles et un garçon qui apprend à les connaître. Très vite, cependant, ses protagonistes évoluent pour s'écarter de la veine purement humoristique que Moore n'apprécie donc pas : par exemple, Katchoo est au départ une nymphe dans une forêt enchantée (les premières bandes de l'auteur seront d'ailleurs publiées plus tard dans un album) !
Strangers in Paradise, dans la forme qu'on connaît désormais, commence vraiment comme une mini-série en trois parties, éditée par Antartic Press, en 1993 : y sont établies les relations entre les trois héros et le fiancé de Francine.
Puis Moore se lance dans une deuxième série de 13 épisodes qu'il édite lui-même sous le label Abstract Studio : l'histoire est enrichie d'une trame policière en rapport avec le passé de Katchoo.
Le troisième volume de la série est ensuite initialement publié par Image Comics, mais après 8 numéros Moore reprend son indépendance et poursuit son affaire au sein d'Abstract Studio. La série s'achève au #90 en Juin 2007.
David Qin, Francine Peters et Katina "Katchoo" Choovanski

Présentons maintenant les héros de Strangers in Paradise :

- Katina "Katchoo" Choovanski - décrite par Moore comme "The Original Angry Blonde" (la blonde en colère), Katchoo est effectivement une fille de tempérament, au caractère bien trempé, au passé violent, et peintre de talent. C'est une ancienne prostituée de luxe au service de Darcy Parker, dont elle fut également l'amante. Elle semble amoureuse de sa meilleure amie, Francine, mais ses sentiments sont tortueux car c'est d'abord une méfiance envers les hommes qui les motivent. A cet égard, l'affection que lui témoigne David la trouble.

- Francine Peters - C'est à la fois la meilleure amie de Katchoo et son fantasme. Mais cette grande fille potelée est d'abord une grande sentimentale, un coeur d'artichaut, en lutte permanente avec sa propre image : c'est pour cela que l'attirance qu'elle suscite chez Katchoo la déstabilise car elle souhaiterait d'abord faire sa vie avec un homme sans blesser son amie. Elle rêve d'être une épouse et une femme, en conformité avec son éducation méthodiste.

- David Qin - Cet aimable et sensible étudiant en arts est amoureux de Katchoo dont il admire le talent. Mais il est également le frère cadet de Darcy Parker. Cependant, il n'accepte pas cet héritage criminel comme en témoigne son changement d'identité.

- Freddie Femur - Il s'agit de l'ex-amant de Francine. Cet avocat l'a trahie en la trompant durant leur relation (ce qui a provoqué la dépression de la jeune femme), mais il reste obsédé par elle.

- Darcy Parker - La "méchante" de la série est une caïd du crime organisé, à la tête de ses "Parker Girls", des filles impliquées dans un réseau de prostitution à des fins d'espionnage. Elle clâme sa haine des hommes tout en éprouvant une atttirance incestueuse pour son frère David. Elle a été la maîtresse et la patronne de Katchoo jusqu'à ce que celle-ci la fuit avec son amie Emma (qui décédera du Sida). Le départ de sa favorite associé au vol d'une grosse somme d'argent motivera son désir de vengeance. Si l'on veut résumer l'intrigue de Strangers in Paradise, alors on écrira qu'il s'agit de la relation compliquée entre deux femmes : d'un côté, il y a Helen Francine Peters ; de l'autre, Katina "Katchoo" Choovansky. Au milieu, on trouve David Qin, qui aime Katchoo alors qu'elle ne le considère que comme un ami. Katchoo paraît préférer Francine à qui elle avoue son attirance, au risque de la gêner.
Mais, au second plan, la série est aussi un thriller qui trouve ses origines dans le passé trouble de Katchoo : abusée sexuellement par son père, ex-toxicomane et alcoolique, elle fut une call-girl au service de Darcy Parker. Avec une amie, Emma, elle prend la fuite mais Darcy la croit coupable d'avoir volé à un riche et influent client, le sénateur Chalmers, une énorme somme d'argent : pendant des années, Katchoo pensera avoir semé sa redoutable maîtresse et échappé à sa vengeance, jusqu'à ce qu'un ex-flic reconverti détective privé la retrouve.
1 : MON AMOUR, MA DESTINEE.
(1ère série : #1-3, 1993 + 2ème série : #1-2, 1994)

Dans ce premier tome, on fait connaissance avec le trio Francine-Katchoo-David : Katchoo aime Francine qui sort avec Freddie Femur, un mufle qui la trompe avec sa secrétaire. Katchoo humilie l'infidèle (ce qui lui vaudra d'être arrêtée par la police et d'attirer l'attention de l'inspecteur Walsh) et avoue ses sentiments à sa meilleure amie, qui sombre dans la dépression.
David entre en scène : il étudie l'art et est amoureux de Katchoo, elle-même artiste. Il devient son confident et soutient Francine. Puis Katchoo s'absente subitement. Elle rentre bouleversée et avoue , après avoir expliqué avoir été une prostituée au service de la terrible Darcy Parker, s'être rendue au chevet de son amie Emma, qui se meurt du Sida...
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Ce premier album est d'une étonnante densité et d'une remarquable fluidité narrative : rapidement, Terry Moore pose les bases de son oeuvre, avec des personnages forts, aux rapports complexes, ne cédant jamais au manichéisme.
La narration est riche et inventive : la structure des épisodes varie et mêle différentes formes, de saynètes comiques en séquences dramatiques et poignantes, avec des extraits de poèmes et de chansons, des dialogues très vivants, un rythme soutenu. La transition entre les trois épisodes inauguraux et le début de la 2ème série est si fluide qu'on voit bien que Moore avait en lui un projet vaste qui ne demandait qu'à être développé. La caractérisation est admirable : on s'attache immédiatement à ce trio, dont les tempéraments respirent l'authenticité. Le traitement du lesbianisme de Katchoo est exemplaire car dénué de tout racolage, de toute facilité, et lorsqu'elle avoue ses sentiments à Francine tout en expliquant à David pourquoi il ne doit rien attendre de plus d'elle que de l'amitié (même si on la devine flatté par son amour et un peu attirée malgré tout), cela n'apparaît pas comme une astuce scénaristique pour pimenter l'histoire.

Graphiquement, c'est tout aussi épatant : pour une première bande dessinée, le style est déjà très affirmé, empruntant à Will Eisner sans le singer. Le noir et blanc est de toute beauté et souligne la sensibilité de l'auteur, qui sait aussi bien croquer des expressions outrées qu'illustrer des moments délicats.
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Un début impressionnant, qui met à la fois la barre très haut pour la suite et donne une irrésistible envie de poursuivre la découverte d'un comic-book résolument atypique.
2 : UN MURMURE DANS LE VENT.(2ème série : #3-8, 1995)
Dans ce deuxième tome, le passé de Katchoo lui revient en pleine figure : traquée par son ex-maîtresse et proxénète, la redoutable Darcy Parker, elle repère le détective qui la surveille et se cache en espérant les décourager. Mais en agissant ainsi, elle met en danger Francine qui est prise en otage. David est démasqué : il est le frère cadet de Darcy - mais est-il son complice pour autant ? Les retrouvailles entre Katchoo et Darcy aboutissent à des conséquences dramatiques : d'une part, on apprend qui a volé les 850 000 dollars du sénateur Chalmers, un des clients de Katchoo, et Katchoo elle-même le paie (peut-être) de sa vie...
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L'intrigue de cet album emprunte à la série noire en se concentrant sur le passé de Katchoo qui est la véritable vedette de ces 5 épisodes. Terry Moore donne un ton plus sombre, dramatique et angoissant à son récit, prenant littéralement le lecteur à la gorge (ou plutôt l'agrippant brutalement par le bout du nez - lisez et vous comprendrez...).
Strangers in Paradise est effectivement un soap opera dans la mesure où la série s'inspire de la mécanique des feuilletons avec ce mélange de romance et de polar, avec des sentiments extrèmes, un jeu avec les émotions incessant, des personnages pris dans un tourbillon de situations périlleuses. Le cliffhanger final est digne d'un coup de théâtre comme on en voyait dans Dallas et Moore semble s'amuser avec ces clichés. Mais avec quel brio !
Le rythme est toujours aussi haletant, tout en ménagant quelques plages poignantes (comme l'agonie d'Emma) ou comiques (les atermoiements de Francine). La duplicité de David est un vrai coup de poing dans l'estomac du lecteur qui n'a rien venir et s'interroge sur les conséquences de cette découverte.
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Visuellement, c'est encore une fois éblouissant de maîtrise : Moore est un orfèvre. Il appuie son graphisme d'abord sur la blancheur originelle de la page pour livrer des images contrastées, lumineuses (le plus souvent) ou ténébreuses.
Sa maestria est aussi épatante dans sa manière de dessiner les personnages eux-mêmes, d'un trait souple et épuré mais avec une fabuleuse expressivité, une souplesse dans la gestuelle, toutes choses qui concourent à donner de la vie aux protagonistes, un vrai naturel.
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Conclusion du deuxième volume dans l'album suivant : ça promet encore de grands moments !

3 : LA REINE DES COEURS.(2ème série : #9-13, 1996)

Katchoo a survécu à la fusillade entre la garde rapprochée de Darcy Parker et la police, et révèle à Francine qu'elle a grugé son ex-maîtresse puisqu'elle a placé les 850 000 dollars à l'abri. Ce magot caché est le bienvenu car les deux amies apprennent que leur propriétaire les chasse.
David resurgit et déclare sa flamme à Katchoo, si bien qu'elle accepte de lui pardonner - et comprend subséquemment qu'elle est bisexuelle (même si elle n'a pas encore couché avec lui).
Cependant, Freddie Femur est obsédé par Francine, au point de récupérer des effets personnels de la jeune femme chez un de ses ex, Chuck, et d'oser l'aborder à nouveau. Il lui révèle être sur le point d'épouser Casey à Hawaï alors qu'il ne l'aime pas. Francine part sur le lieu de la noce, mais retombera-t-elle dans les bras de ce goujat de Freddie ? Katchoo veille...
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Après s'être plus particulièrement intéressé à Katchoo dans l'album précédent, Terry Moore donne cette fois la vedette à Francine en ramenant dans le champ de son histoire le répugnant Freddie Femur. L'auteur se montre très féroce avec ce personnage de macho obsédé et crétin autant qu'il est tendre avec Francine dont l'irrésolution est justifiée par l'évolution de sa relation avec Katchoo et ses retrouvailles avec David.
Les deux amies sont sur le point de coucher ensemble après avoir bu et maudit les hommes qui les ont trahies, et cela va troubler encore plus l'amitié amoureuse des deux héroïnes. Katchoo se rend compte qu'elle est moins homosexuelle que bisexuelle après que David lui ait fait une déclaration d'amour à laquelle même elle, si farouche, ne peut complètement résister. Mais Katchoo agit autant en amante qu'en protectrice vis-à-vis de Francine quand celle-ci est sur le point de succomber à nouveau à Freddie Femur.
La déclaration de David fournit également à Moore l'occasion de nous éclairer davantage sur un moment décisif du passé du jeune homme et de Katchoo, quand tous deux étaient aux côtés de Darcy. David a eu un coup de foudre pour Katchoo alors qu'avec Emma (son amie morte du Sida) elle s'apprêtait à s'enfuir avec le butin dérobé au sénateur Chalmers. C'est l'autre révèlation majeure de ces épisodes : Katchoo est riche et a menti à Darcy en faisant accuser Gwen du vol de cet argent. Mais Tabby, la chienne de garde de Darcy, est toujours sur ses talons, décidée à se venger...
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Après le climax du tome précédent, Moore sait, avec intelligence, faire souffler la série et les lecteurs avec ces épisodes plus légers mais néanmoins mélancoliques où son dessin restitue à merveille le trouble, le doute, l'onirisme ou l'humour sarcastique qui traversent ses héros.
Comme des ponctuations, il continue de mêler à la narration des extraits de chansons dont le choix est toujours remarquablement juste : ce n'est pas un gadget ou le prétexte à des splash-pages magnifiques mais une addition au propos. Cela fait de SiP une bande dessinée qui touche au coeur, sans facilité, avec pudeur et goût.
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La fin de ce premier acte est à la hauteur et finalement, on se dit qu'on aime cette bande dessinée non pas comme on apprécie un bon livre, mais comme on aime des amis : c'est une série généreuse, touchante, qui crée une vraie intimité avec ses lecteurs. Une oeuvre rare.

mardi 1 mars 2011

Critiques 211 : REVUES VF MARS 2011

MARVEL UNIVERSE HORS-SERIE 9 :
- Marvel Universe vs The Punisher 1-4/4 : Le dernier flingue sur Terre - Guerriers célestes - Partenaires dans le crime - Des dieux et des monstres.
Dans une dimension parallèle, la Terre a vu ses super héros et vilains contaminés par un virus les transformant en cannnibales. Les humains ordinaires ont été atteints à leur tour. Tous ? Non car Frank Castle, le Punisher, est l'un des rares survivants et il a décidé d'exterminer ces monstres engagés dans une guerre tribale à New York, opposant la bande de Spider-Man et celle du Caïd.
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Cette saga en quatre parties fonctionne sur un principe similaire des "What if...?" et le scénariste Jonathan Maberry (dont on a lu le mois dernier la mini-série La guerre de Fatalis dans "Marvel Saga" 9) a annoncé qu'il déclinerait cette idée (un héros emblématique contre le Marvelverse) dans une trilogie (la deuxième série aura pour vedette Wolverine et sera dessinée par Lawrence Campbell).
Après avoir lu cette histoire avec le Punisher, la question qui se pose est : est-ce bien nécessaire ? Car le résultat est loin de susciter l'enthousiasme.
Autant DoomWar souffrait d'un trop-plein (de personnages, de péripéties) pour se conclure mollement, autant Marvel U vs The Punisher est d'un simplisme assez affligeant : l'histoire n'ajoute rien à la mythologie de l'anti-héros et l'intrigue se résume à une succession de scènes complaisantes dans la violence ou le mélodrame. En comparaison avec Franken-Castle de Rick Remender et Tony Moore, réjouissant délire qui avec une trame guère plus sophistiquée était plus rigoureux, c'est très décevant.
Marvel ne fait qu'exploiter des filons : vampires, zombies, cannibales... Bientôt les fantômes ? Puis les dinosaures ?
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Le fait que Goran Parlov illustre cette saga était ma principale motivation pour acquérir cette revue : le trait épuré, souple, et le découpage nerveux de l'artiste évoque un mix intéressant entre les fumetti et Sal Buscema. Mais parfois il bâcle ses images et surtout on aimerait le voir sur des projets plus excitants que du Punisher : alors que les dessinateurs rapides et efficaces ne courent pas les rues, son talent gagnerait à être mieux employé...
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Bilan : très dispensable - je vais revendre ça fissa.

MARVEL STARS 2 :

- Les Vengeurs Secrets 2 : Histoires secrètes (2).
L'équipe de Steve Rogers est sur Mars où Nova s'est rendu puis n'a plus donné signe de vie. Sur place, les héros inspectent une exploitation minière de la Roxxon et font plusieurs découvertes successives : des forages énormes, un temple gardé par un colosse, des agents de la secte du Serpent, et Nova sous l'emprise d'une force mystérieuse...
Pendant ce temps, Sharon Carter remonte la piste de Nick Fury qui l'a agressée et s'est emparé de la couronne du Serpent...

Ed Brubaker semble bien s'amuser avec ces aventures qui ne manquent pas d'exotisme et qui détonent chez un auteur plus habitué aux décors urbains et aux héros moins spectaculaires. Pourtant il est tout à fait à l'aise dans ce registre et mène son récit sur un rythme à la fois soutenu et tranquille, l'intrigue évoluant lentement mais ménageant des rebondissements réguliers. La dynamique de son équipe est excellente, chaque personnage a son moment, et il les sépare en petits groupes de deux ou trois pour explorer Mars et ce affronter ceux qui y sont déjà.
Mike Deodato illustre majoritairement cet épisode, épaulé par Will Conrad (à première vue pour les scènes avec Sharon Carter et Nick Fury, et quelques décors) : leurs styles se marient très bien, l'illusion est parfaite et le résultat ne manque jamais d'énergie. Deodato est à son avantage dans les séquences où les héros crapahutent dans des galeries et autres intérieurs sombres de la base de Roxxon, mais également dans les scènes d'action où son découpage éclaté fait mouche.

Un sans-faute.
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- Thunderbolts 2 : Test grandeur nature.
Comme on pouvait s'y attendre, l'apparition du Baron Zemo à la fin de l'épisode précédent n'était qu'un prétexte pour tester la loyauté des lascars sous le commandement de Luke Cage. Très vite après, l'équipe est envoyé en mission dans les alentours de Broxton, Oklahoma, où des trolls asgardiens rôdent et trucident tout ce qu'ils croisent. Mais les T-Bolts vont avoir fort à faire pour les maîtriser...

Jeff Parker orchestre ce joyeux n'importe quoi avec un plaisir communicatif : cette équipe invraisemblable, dans sa composition comme dans sa raison d'être, est logiquement envoyée neutraliser des adversaires grotesques et ne fait pas dans la dentelle.
C'est très inférieur aux Agents of Atlas mais on ne s'ennuie pas, même s'il faut souhaiter que le titre puisse dépasser le stade de la farce car si c'est distrayant, ce n'est pas non plus indispensable.

Kev Walker dessine avec talent des trognes, mais oublie totalement les décors et son découpage est très sommaire : ça commence à être agaçant, et ça pourrait devenir handicapant pour la série qui mérite mieux.

Peut mieux faire, même si c'est assez savoureux et foutraque.

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- Hulk 607-608 : Le Plan - Mission accomplie.
La revue n'est qu'à son 2ème numéro que déjà le sommaire change, avec une double ration du Hulk de Greg Pak et Paul Pelletier.

J'en dirai peu de choses car cela ne m'inspire guère : c'est confus, aussi bien narrativement (avec une pléthore de personnages) que graphiquement (avec des cases surchargées). Pak met le paquet, mais c'est indigeste. Pelletier se montre cohérent avec le script : il illustre ça assez mochement avec des personnages grimaçants, surmusclés, un découpage étouffant, des vignettes encombrées - c'est fatigant à lire.

Panini va sacrifier ce titre : ce ne sera pas une grande perte.

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Bilan : mitigé - Les Vengeurs Secrets dominent la mêlée, les T-Bolts peuvent s'améliorer, Hulk me pompe l'air.
MARVEL HEROES 2 :

- Les Vengeurs 2 : Les prochains Vengeurs (2).
Afin de mieux savoir où Kang veut les entraîner, les Vengeurs s'adressent au Protecteur, alias Noh-Varr, l'ex-Marvel Boy, dont la technologie Kree leur permet de découvrir les différentes réalités futures - dont l'une où les enfants de certains héros tuent Immortus.
Sur ces entrefaîtes surgit tour à tour Wonder Man, très en colère après Steve Rogers et sa décision de reformer les Vengeurs, mais qui disparaît en promettant cependant de ne pas en rester là, puis, par une brêche dans le continuum espace-temps, Apocalypse et ses quatre cavaliers. Bref, les ennuis s'accumulent pour les héros...

Brian Bendis poursuit sur la lancée du précédent épisode en jouant sur deux tableaux, avec l'intrigue principale concernant une menace dans le futur et un "subplot" avec le courroux de Simon Williams. Le scénariste reste toutefois énigmatique sur l'issue de ces histoires et clôt ce nouveau chapitre sur un cliffhanger spectaculaire.
L'action est encore en bonne place avec une bagarre rapide mais décapante contre Wonder Man, et la suite promet de rester dans ce ton : il est évident qu'avec une telle équipe de "big guns", Bendis s'est en quelque sorte imposé un défi en trouvant des adversaires à sa (dé)mesure.
Souhaitons toutefois que la série ne se contente pas de surenchérir et offre un dénouement à la hauteur.

John Romita Jr livre une copie encore inégale : royal dans l'action, il est moins inspiré dans les scènes intermédiaires, peu aidé par un encrage bâclé de Klaus Janson et surtout des couleurs à la truelles de Dean White (les rouges virent au rose, les bleus au violet, et l'encrage est régulièrement gommé).
C'est terriblement frustrant de voir un artiste comme JR Jr, qui était né pour dessiner ces héros, aussi mal épaulé...

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- Thor 611 : Le contrat (1).
Tandis que les Asgardiens saluent la mémoire de leurs morts (après Siege, donc), en Enfer les Dises (des valkyries mortes au combat) négocient avec Méphisto l'agrandissement de leur territoires. Mais Héla ne l'entend pas de cette oreille : il lui reste à convaincre ses frères Asgardiens de l'aider...

Kieron Gillen dirige la série dans une veine franchement fantastique en convoquant Méphisto et des revenantes mal embouchées et redoutables. L'argument n'est pas mauvais, mais pas vraiment passionnant : on sent le remplissage en attendant une reprise en mains du titre par une nouvelle équipe créative, et je doute que zapper cet épisode (et les suivants) de Gillen soit bien embêtant. On va voir comment tout ça est développé...

Richard Elson remplace Doug Braitwaite sans convaincre davantage. Mais on ne peut pas vraiment accabler un dessinateur moyen de produire des planches quelconques (et même médiocres) quand ce qu'il illustre n'est pas inspiré.

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- Hulk 20-21 : Ni homme ni bête - Les plans les mieux conçus.
Comme "Marvel Stars", le sommaire est déjà chamboulé au profit de Hulk, avec ces deux épisodes impliqués dans le crossover Fall of the Hulks.

Le mérite de la version de Jeph Loeb par rapport à celle de Greg Pak, c'est qu'elle est plus simple à suivre car la narration s'appuie sur un personnage (le Hulk rouge, Rulk), et les autres protagonistes sont vraiment relégués au second plan. Le plan de l'Intelligentsia - capturer les plus grands super-savants tout en manoeuvrant Rulk - devient plus limpide et son dénouement est donc plus percutant.
Mais ça ne signifie pas que c'est plus intelligent ni plus palpitant pour autant ! Cette saga est colossalement stupide (un comble pour une histoire sur des génies !), et je n'ai qu'une hâte : voir arriver Jeff Parker et Gabriel Hardman au #25, ce qui devrait relever le niveau (pas très difficile...).

Les dessins de Ed McGuiness sont au diapason : sans finesse. Mais c'est bien fait dans le genre...

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Bilan : maigre ! Cette revue ne propose rien de fôlichon : c'est à peine si Les Vengeurs maintiennent le tout à flot...

MARVEL ICONS 2 :

- Les Nouveaux Vengeurs (vol. 2) 1 : Possession (1).

Que faire quand on est une équipe de super-héros ayant majoritairement oeuvré dans la clandestinité quand la situation s'est rétablie ? C'est la question qui se pose aux New Avengers dont le leader, Luke Cage, refuse d'être un bon petit soldat aux ordres du nouveau super-flic du monde libre, Steve Rogers. L'ex-Captain America lui laisse alors la liberté d'agir en toute liberté, et même, implicitement, de diriger un groupe qui sera garant de la bonne marche des choses, la caution morale de l' "Heroic Age" en quelque sorte. Mais à peine la bande réunie, voilà que le Dr Strange et Daimon Hellstorm sont possédés par un démon et réclame l'Oeil d'Agamotto au Dr Vaudou...

Même si on peut discuter de la nécessité de renuméroter la série et d'ouvrir un deuxième volume, la relance des New Avengers par Brian Bendis est un régal : le scénariste a su, avec habileté, redonner une fonction et un statut à son équipe en en faisant des gardiens du nouvel ordre dont Steve Rogers a désormais la charge. Les Vengeurs Secrets opèrent dans l'ombre, les Vengeurs "classiques" s'occupent des menaces contre la Terre et l'espace-temps, et les Nouveaux Vengeurs vont devoir faire face à un ennemi encore non identifié mais qui s'est attaqué aux sorciers.

Ceux qui reprochent à Bendis de ne pas développer des "subplots" ou de laisser des intrigues en suspens devraient réviser la série puisque Possession semble parti pour explorer les éléments passés de l'Annual #2 (où Strange quitta le groupe après avoir usé de la magie noire) et de l'arc Search for the sorcerer supreme, #51-54 (où Brother Voodoo devenait le nouveau sorcier suprême de Marvel).

Cet épisode confirme en tout cas qu'il s'agit de la relance la plus réussie (avec Secret Avengers) de la gamme "Avengers", alternant avec rythme des scènes de dialogue animées et d'action prometteuses. Surtout, on y sent Bendis vraiment chez lui, prenant le temps d'exposer la vie de son groupe, avec l'apparition de Victoria Hand ou l'invitation à laquelle répond la Chose alors que les membres de l'équipe se restaurent - une certaine intimité zappée dans les Vengeurs "classiques" de Bendis. Le scénariste ironise sur l'omniprésence de Wolverine, mais sait aussi rendre incertain le sort du Dr Vaudou (supposé mort).

Stuart Immonen livre des planches jouissives : il "tient" ces personnages comme nul autre, son découpage est d'une lisibilité et d'une souplesse exemplaires, et admirez comment il soigne les expressions et la gestuelle des personnages. Toujours encré par Wade Von Grawbadger, il bénéficie en plus désormais des services de la meilleure coloriste actuelle, Laura Martin, qui bonifie ses dessins en leur donnant des nuances, de la luminosité, dont n'était pas capable Dave McCaig. Je ne vois pas comment on peut résister.

Ah, oui, vraiment, quel régal !

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- Iron Man 26 : Stark Résistance (2).

Bon, là, j'ai pas lu. Il faut savoir arrêter de perdre son temps... Et arrêter de se gâcher la vue.

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- Les Quatre Fantastiques 575-576 : Eléments premiers (1 & 2).

Sollicités par l'Homme-Taupe, les FF partent à la découverte de la cité souterraine bâtie puis abandonnée par le Maître de l'Evolution, où les moloïdes émigrent. Par la suite, une expédition en Antarctique financée par la fondation des FF repère la présence dans les environs de l'A.I.M., ce qui ne présage rien de bon : l'équipe se rend sur place et, à nouveau, dans les profondeurs (marines cette fois), découvre un antique royaume atlante qui choisit Jane Richards comme son ambassadrice. Tout cela aurait-il un lien avec la guerre des 4 cités que la version futuriste de Franklin Richards a racontée à sa soeur Valeria ?

Jonathan Hickman réussit avec ces deux épisodes un spectaculaire redressement après un début de run bien ennuyeux : tout d'abord, comme John Byrne ou Mark Waid, il renoue avec la vocation d'explorateurs des 4F en les entraînant dans deux voyages au centre de la terre, et ensuite, ce qu'ils y découvrent pique notre intérêt. Le scénariste, qui s'est engagé sur la série avec un plan à long terme, commence à vraiment exploiter de manière intéressante le mystère jusqu'alors pompeusement nébuleux dont il faisait preuve. En outre, il anime le groupe entier et non plus un seul d'entre eux, en donnant même à Jane un rôle inattendu et actif. Enfin, il fait preuve d'un peu d'humour (voir la dégaine de Johnny Storm quand il arrive à la base polaire).

Dale Eaglesham revient aussi et sa présence relève considèrablement le niveau après les épisodes de Neil Edwards : l'ex-artiste de la JSA produit des planches sublimes, avec une somme de détails somptueux, sur lesquelles on s'attarde avec plaisir. Les pages sur la cité du Maître de l'Evolution ou sur la bataille sous-marine contre l'A.I.M. sont de grands moments. Et la mise en couleurs de Paul Mounts est à la hauteur.

Une double ration prometteuse.

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Bilan : excellent - le retour des NA et la double dose des FF éclipsent sans problème Iron Man. Ne reste plus qu'à retrouver Captain America (le mois prochain). ULTIMATE AVENGERS 6 :

- Ultimate Avengers (vol. 2) 5 & 6 : Crime et châtiment (5 & 6/6).

Le Ghost Rider n'a plus qu'une cible à éliminer pour venger sa petite amie, Roxanne Simpson, mais il s'agit du vice-président des Etats-Unis, protégé par les Ultimate Avengers et à qui le Diable permet d'affronter Johnny Blaze. Que le meilleur l'emporte...

Malheureusement, ce 2ème volume des Ultimate Avengers a surtout montré le pire visage de son scénariste, Mark Millar, qui n'est visiblement plus intéressé par les personnages qu'il a pourtant animés, dans cette collection. Commercialement, c'est compréhensible car ses creator-owned (Wanted, Kick-Ass, Nemesis, Superior) lui rapporte désormais bien plus d'argent et dee gloire que ses oeuvres de commande pour Marvel. Mais tout de même, quelle dégringolade, quelle déception...

Entre les héros qu'il délaisse (à quoi servent la nouvelle Veuve Noire ou Oeil de Faucon dans cette histoire), l'intrigue absurde (qui voit Mephisto créer Ghost Rider et offrir en même temps une dernière chance à Blackthorne de l'affronter) et la bataille finale elle-même (pathétique pastiche des bastons homériques des titres Ultimate de Millar), il n'y a rien à sauver dans cette affaire. J'ai beau être plutôt client de Millar, cette fois il s'est vraiment moqué du monde.

Leinil Yu n'est pas plus inspiré côté dessins, il livre même une prestation indigne et bâclée, où ses trois encreurs (Gerry Alanguilan, Ed Tadeo, Jeff Huet) et ses deux coloristes (Dave McCaig et Frank Martin) n'arrangent rien. C'est parfois à la limite du lisible.

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Bilan : sans appel - j'arrête les frais. La gamme "Ultimate" a décidemment sombré avec Ultimatum.

lundi 28 février 2011

Critique 210 : THOR THE MIGHTY AVENGER - VOL. 1, de Roger Langridge et Chris Samnee

Thor The Mighty Avenger volume 1 rassemble les 4 premiers épisodes (sur huit) de la série écrite par Roger Langridge et dessinée par Chris Samnee, publiée en 2010 par Marvel Comics. Les épisodes 83-84 de Journey Into Mystery, de 1963, écrits par Stan Lee et dessinés par Jack Kirby, où apparut pour la première fois le personnage de Thor, complètent le programme.
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Dans la perspective de son adaptation au cinéma, le personnage de Thor a été décliné en plusieurs séries l'an dernier, en parallèle au titre principal qui avait été relancé par J. Michael Straczynski et Olivier Coipel en 2008. Thor The Mighty Avenger s'est distingué à la fois par son ton et (hélas !) par son insuccès commercial (malgré d'excellentes critiques), alors qu'il s'agissait d'une version très accessible. Prévue pour (au moins) 12 épisodes par son scénariste, elle a été annulée au bout de 8 numéros et ce recueil présente donc la première moitié de cette production.
JMS a ressucité Thor en en faisant une bande dessinée volontiers décalée, souvent contemplative et mélancolique, traversée par des séquences d'action spectaculaires. L'auteur qui a claqué la porte de Marvel après des désaccords artistiques (il jugeait prématuré que Thor soit au centre d'une saga comme Siege et il était brouillé avec l'éditeur-artiste Joe Quesada depuis la fin de son run sur Amazing Spider-Man, avec l'arc One More Day) a été remplacé par Kieron Gillen qui lui-même vient de céder sa place à Matt Fraction, sans que la magie n'opère à nouveau.
Roger Langridge, qui a, entre autres, collaboré au Muppet Show, a choisi d'aborder le personnage en revenant à la fois à la source, celle de Stan Lee et Kirby, dont on peut redécouvrir le travail dans cet album, tout en réécrivant certains éléments.
La première de ces "révisions" concerne la localisation de l'histoire, qui ne se déroule pas à New York ou Los Angeles, mais Bergen, Oklahoma, au coeur de l'Amérique. Dans ce décor inédit, on peut lire comme un résumé du projet qui consiste à aborder le sujet tout en se décalant de la norme.
Ensuite, Langridge fait du dieu du tonnerre un étranger perdu au milieu de nulle part.

Chassé d'Asgard pour une faute dont on ne saura rien (du moins au terme de ces 4 épisodes) mais suffisamment importante pour provoquer le courroux de son père, Odin, Thor est non seulement un vagabond, mais il a perdu ses pouvoirs et la mémoire.

On constate donc que le récit ne se déroule pas dans la continuité classique (Odin est toujours vivant) tout en reprenant des idées de Lee (Thor banni par son père et amnésique).

Thor récupère ses pouvoirs et une partie de sa mémoire (il continue d'ignorer la raison de son bannissement) avec l'aide de Jane Foster, conservatrice au musée de Bergen, qui lui permet d'accéder à une urne où il retrouve son marteau Mjolnir. Là encore, on remarque que si Jane Foster est bien là, elle a changé de métier (dans la version classique, c'est une infirmière) mais surtout de statut (elle participe activement à la "restauration" de Thor, quitte son fiancé pour l'aider, en tombe progressivement amoureuse).
Enfin, le récit s'articule autour de rencontres-confrontations : d'abord, celle de Thor avec Jane Foster ; puis celle de Thor avec Mr Hyde qui convoîte également une relique du musée ; puis celle de Thor avec Giant-Man et la Guêpe ; et enfin celle de Thor avec les 3 guerriers (Fandral, Hogun et Volstagg) et Captain Britain. A chaque fois, le scénario est fondé sur un malentendu, débouche sur une bagarre, et aboutit à une réconciliation (sauf avec Mr Hyde).
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S'il y a une qualité indéniable à Thor The Mighty Avenger, c'est son humour irrévérencieux : Langridge s'amuse avec son héros en en faisant un idiot, impulsif, maladroit, qui ignore même pourquoi il a été puni mais agit sans réfléchir (il s'en prend à Giant-Man en le prenant pour un géant des glaces, ennemi des Asgardiens, ou à Captain Britain parce qu'il lui a demandé de se calmer). C'est vraiment jubilatoire de voir ce héros, d'habitude majestueux, emphatique, dépeint comme un benêt, mais sans doute est-ce cela qui a déplu au lecteur lambda, réticent à voir ses icones maltraités, même si c'est fait avec davantage de malice que de méchanceté.
Car Langridge ne se moque pas de son héros : s'il l'écrit comme un idiot, c'est un idiot sympathique, attachant, séduisant, un grand gamin qui assomme le méchant et reconnaît ses torts (même avec du retard). Et c'est aussi parce qu'il nous le montre à travers les yeux de Jane Foster.
Ce personnage féminin, tel qu'interprété par Langridge, n'est pas une potiche ou un faire-valoir, mais une jeune femme qui, comme Thor, se cherche et qui, en l'aidant à se (re)trouver, se trouve aussi. Cet aspect sentimental a dû également dérouter le lectorat traditionnel, qui n'est plus habitué à cela dans le Marvelverse actuel où les héros sont d'abord en couple avec des héroïnes ou des filles auxquelles ils cachent leur double vie. Thor The Mighty Avenger, c'est d'abord la romance d'un dieu et d'une mortelle qui savent chacun qui est l'autre, mais pas forcèment qui ils sont eux-mêmes.
Langridge fait preuve d'un humour subtil et léger pour décrire de décalage et Jane Foster joue le rôle d'une éducatrice pour Thor en lui apprenant des choses ordinaires qui définissent l'humanité, qu'il s'agisse d'utiliser un téléphone, de s'habiller de manière discrète, ou de sortir se détendre avec des amis. Elle est le guide du héros et du lecteur. Chez Stan Lee, Jane Foster était la demoiselle en détresse sauvée par le valeureux et puissant Thor. Chez Langridge, c'est une jeune femme moderne, dépassée par les évènements certes, manquant de confiance en elle, mais déterminée : elle héberge Thor mais sans lui ouvrir son lit (il couche sur le divan du salon), et à titre provisoire (le temps qu'il retrouve la mémoire).
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La finesse et le charme de la série doivent aussi beaucoup au dessin de Chris Samnee, dont le style tranche également avec les standards (un trait épuré mais expressif, un découpage très simple et classique).
L'apparence de Thor a été retouchée : moins massif, le costume designé par Coipel légèrement modifié (les aîles du casque réduites, moins de côtes de maille), il gagne en jeunesse et en élégance. L'influence d'artistes comme Ditko, Toth ou de l'école de la "ligne claire" est manifeste, mais très bien digéré par ce dessinateur qui préfère un graphisme dépouillé et juste aux grands effets. Il y a une modestie esthétique en même temps qu'une vraie beauté dans cet ouvrage.
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Thor The Mighty Avenger accomplit un exploit notable : il réussit à donner une véritable nouvelle jeunesse à un personnage qui a près de 50 ans en respectant à la fois les clés du héros et en les renouvelant. C'est un comic-book qui possède ce qui fait défaut à nombre de productions super-héroïques : du coeur. Et c'est pour cela que ce livre est irrésisitible - et que l'échec commercial de ce projet est terriblement rageant. Alors, lisez cette pépite et appréciez sa rareté.

mardi 22 février 2011

LUMIERE SUR... STUART IMMONEN

Stuart Immonen.

Stuart Immonen acte I :
un style réaliste classique et élégant
(ci-dessus : couverture de The Official Marvel Index To The Avengers
et une planche de Superman Secret Identity 4).

 couverture d'Essential Avengers vol. 2.


Stuart Immonen Acte II :
un trait "cartoony", anguleux, des compositions déjantées
(ci-dessus : Nextwave 11).




... New Avengers #56.

New Avengers, volume 2, #7 (ci-dessus et ci-dessous) :


Fear Itself #1.
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Génial "transformiste", il adapte son style à chaque projet, et
peut même pasticher avec brio ses aînés, comme ici Winsor McCay
pour raconter les origines des ennemis de Superman.










Scénariste, dessinateur, encreur, peintre, designer, cover-artist.
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vendredi 18 février 2011

Critique 209 : RICHARD STARK 'S PARKER - BOOK 1 & 2 : THE HUNTER + BOOK 2 : THE OUTFIT, de Darwyn Cooke



Critiques groupées pour les deux premiers volumes de Parker, adaptés des romans noirs de Richard Stark (alias Donald Westlake) par Darwyn Cooke : The Hunter (Le Chasseur, en vf, chez Delcourt) et The Outfit (L'Organisation, en vf, chez le même éditeur).
Parlons peu, parlons bien : deux claques !
Maintenant, développons un peu.

Parker : The Hunter est le premier roman de la série des Parker, créée par Donald Westlake sous le pseudonyme de Richard Stark, adapté et illustré par Darwyn Cooke, publié par IDW Publishing en 2009.
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1962, New York. Un homme robuste et inquiétant erre sur le pont George Washington. Ce quasi-vagabond se fait rapidement de l'argent grâce à une arnaque et retrouve une allure distinguée. Mais ce gentleman va se révèler un redoutable tueur.
Cet homme, c'est Parker, un voleur de génie, mais aussi un criminel implacable, en quête de vengeance : la première étape de sa traque est son ex-femme qu'il interroge sans ménagement pour savoir qui lui paie son loyer chaque mois. Puis il rencontre d'autres informateurs qui lui permettent de localiser celui qu'il cherche. On a compris que Parker a été trahi par un complice après un casse et il s'agit moins de récupérer un butin que de châtier celui qui l'a laissé pour mort après l'avoir doublé.
Cependant, sa cible bénéficie de la protection de la puissante Organisation, qui dirige le grand banditisme, et si Parker en a fait partie, il est désormais l'homme à abattre. Mais la détermination de Parker est telle que rien ne l'arrêtera...
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Dans l'oeuvre abondante de Donald Westlake (1933-2008), un des auteurs américains de romans policiers les plus épatants et les plus jubilatoires de la seconde moitié du XXème siècle, deux personnages se distinguent, tels les deux facettes d'une même médaille : d'un côté, il y a Dortmunder, un braqueur malchanceux, impliqué dans des hold-ups tordus et tordants, et de l'autre, il y a Parker, un autre maître-és braquage, mais froid et brutal, le jumeau sombre de Dortmunder.
C'est sur Parker, dont Westlake a signé les aventures sous le pseudonyme de Richard Stark, que Darwyn Cooke, l'auteur de la géniale mini-série La Nouvelle Frontière (qui revisitait le Silver Age des super-héros de DC Comics), a jeté son dévolu. Un choix qui a la force de l'évidence pour Cooke après des comics comme Catwoman - Le Gros Coup de Selina Kyle ou ses épisodes du Spirit de Will Eisner.
The Hunter a auparavant connu les honneurs d'adaptations cinématographiques, avec Point Blank (1969) de John Boorman, avec Lee Marvin et Angie Dickinson, un chef-d'oeuvre, et Payback (1998), de Brian Helgeland, avec Mel Gibson, nettement plus inégal. Cette série noire à l'argument brut - un voleur trahi se venge - est un bloc fascinant dont un auteur inspiré comme Cooke pouvait tirer une bande dessinée où se déploierait son inventivité visuelle.
Et effectivement, ce qui est frappant, c'est de constater que, dès les premières planches - une bonne quinzaine, majoritairement muette, en caméra subjective - , Cooke capture l'essence du livre et de son héros avec une puissance remarquable.
Ce morceau de bravoure n'est pas gratuit : il présente le personnage avec le laconisme qui le symbolise, à travers ses yeux, dans une série d'actions simples, narrée séchement - il s'approprie un compte en banque sans user de violence, avec une économie de geste, qui signale son professionnalisme, son sang-froid, sa volonté. Cette longue séquence est comme un manifeste pour Cooke car elle identifie son entreprise : un récit épuré, efficace, qui va droit au but, à l'atmosphère tendue.
Lorsqu'enfin on découvre le visage de Parker, c'est comme le déclic annonciateur de la vendetta à venir, un réglement de comptes crépusculaire et glaçant, à l'image de son protagoniste. Cooke respecte l'esprit de Westlake : jamais il ne cherche à rendre Parker sympathique, mais il restitue avec simplicité sa grande intelligence tactique, sa rigidité effrayante. Abusé, le gangster prend sa revanche sans scrupules : de ce champ de bataille, toute idée d'honneur n'est pas absente, Parker se bat pour le principe. Dans son univers, son milieu, sans foi ni loi, dès lors qu'on a été trompé, on a droit à une réparation brutale à la mesure de ce dont on a été victime. Peu lui importe alors que pour atteindre un homme, il lui faille affronter toute une organisation (dont on devine davantage l'importance qu'on ne la voit, seuls les cadres apparaissent) : son objectif est clair et soit il l'atteindra, soit il mourra.
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Comme dans les romans de Westlake/Stark, Cooke traduit avec brio le génie de Parker qui, tel un champion d'échecs, a toujours un coup d'avance sur ses adversaires - et sur le lecteur. Sa cruauté est terrifiante et jouissive à la fois car on prend le parti de ce monstre en souhaitant le voir réussir dans son projet.
Si écrire, c'est savoir faire des choix, adapter la matière romanesque, c'est-à-dire du texte évoquant des images et des "états" (comme les nommait Nathalie Sarraute), des émotions, alors Cooke s'en acquitte avec une totale perfection car il n'inflige pas au lecteur des pavés narratifs en voix off. Il s'appuie d'abord sur le déroulement de l'action et des dialogues économes, dans la plus pure tradition du "hard boiled", sans sombrer dans les clichés d'un Frank Miller avec Sin City (visuellement ébouriffant, mais scénaristiquement grossier). Ce livre de plus de 150 pages se dévore plus qu'il ne se lit, on en tourne les pages avec rapidité et avidité - au point qu'on peut revenir, une fois l'histoire terminée, admirer les compositions du dessinateur, où l'on reconnaît son passé de cartoonist virtuose (Cooke a collaboré avec le maestro Bruce Timm).
Le style graphique évoque en effet les dessins animés de la Warner, avec un formalisme dépouillé, des figures carrées, une géométrie et un sens de l'espace incomparables. En peu de traits, Cooke saisit les expressions, les décors, place ses personnages dans un environnement immédiatement identifiable.
Il a réduit la colorisation à trois catégories : le blanc originel de la page pour la luminosité, le noir des contours et des à-plats, et le bleu qui apparaît comme une variation chromatique du gris des films policiers de l'époque, évoquant la nuit (le crépuscule ou l'aube), le rêve, la froideur, suggère un climat quasi-onirique, très élégant.
Comme il a commencé, le livre se termine sur une autre séquence quasi-muette d'anthologie où Parker accède à une stature presque légendaire, dont la silhouette semble dépasser celle de l'organisation qu'il a défié, et résume son destin.
Transformer cet anti-héros en démon presque surnaturel mais vraiment unique : voilà qui synthétise cette adaptation et lui permet de ne pas tomber dans la parodie ou une énième version des vigilants genre Punisher.
Un grand livre dont la simplicité en même temps que l'esthétisme en fait une oeuvre à part, inscrite dans un genre précis dont elle transcende les codes. Et dire que le volume suivant surpasse celui-ci...


Parker : The Outfit est la deuxième adaptation de la série de livres écrite par Donald Westlake, illustrée par Darwyn Cooke, publiée par IDW Publishing en 2010.
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1963, Miami. Parker passe du bon temps avec une poule de luxe dans un palace lorsqu'il est agressé par un tueur à gâges. Mais le voleur domine son assassin et lui fait avouer le nom de celui qui l'envoie. Après que le flingueur ait assuré à son commanditaire qu'il avait rempli sa mission, Parker le congédie.
Exaspéré, d'autant plus qu'il a pris soin de changer de visage grâce une opération chirurgicale, il choisit non pas de fuir mais d'affronter le caïd de la pègre, bien qu'il en ait déjà défiée les pontes auparavant. Mais en même temps, il sait pertinemment : 1/ que c'est sa précédente vengeance qui lui vaut des représailles, et 2/ que cette affaire ne peut que se régler par les armes.
Parker frappe donc où ça fait mal en commettant avec des complices loyaux une série de braquages audacieux qui atteignent la fortune de son ennemi tout en pointant la faiblesse de son empire (et de ses systèmes de sécurité). L'efficacité de Parker lui vaut simultanèment le respect des autres barons de l'Organisation, en particulier de Karns, qui accepte de le laisser s'expliquer avec Bronson contre sa promesse de cesser d'attaquer les intérêts de la pègre.

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Pour sa deuxième incursion dans la production "parkerienne" de Westlake/Stark, Cooke fait feu de tout bois en adaptant non plus un seul mais deux textes (The Man with the getaway face et The outfit), aux intrigues plus sophistiquées que The Hunter. Et à nouveau, le résultat est éblouissant, dépassant encore en qualité et en invention le premier tome.
Comme précédemment, Cooke a su conserver l'insensibilité de son héros embarqué dans une nouvelle mission dont il est à la fois la victime et le responsable (son passé le rattrape), mais il a ajouté une dose d'humour (noir, ça va de soi) à l'entreprise, tout à fait dans le ton de Westlake.
Pour cela, il a introduit des seconds rôles, qui deviendront des figures familières de la série de romans (comme le comédien Grofield, le gigolo Salsa, le flingueur Handy McCay), qui donnent un relief nouveau à Parker : ce n'est plus un loup solitaire, mais un gangster dôté d'un réseau d'amis fidèles et aussi aguerris que lui, chacun dôté de talents particuliers employés dans un but et des circonstances précis. Je rêve de voir ce que Cooke ferait avec un titre comme The Handle (Parker rafle la mise) où Parker opére avec un véritable gang, dans un casse spectaculaire...

Graphiquement, ce nouveau volume est dans la lignée du premier : le trait rappelle le cartoon et évoque avec une désarmante facilité le design des 60's, avec le mobilier "atomique", les voitures aux carosseries rétro, les vêtements aux coupes géométriques.
L'aisance de Cooke pour restituer ces éléments dans un dessin à la fois très simple, parfois sommaire, aux limites de l'abstraction, et très élaboré, où rien n'est laissé au hasard, où tout participe au rappel de ce look vintage si familier, est fascinant.
Le découpage est encore une fois un modèle du genre : sous un apparent classicisme, on voit avec quel souci l'artiste choisit ses angles, joue avec le rythme en alternant petites vignettes et doubles pages panoramiques (parfois des splash-pages), décadre les scènes, insiste sur les gros plans. C'est vraiment magistral.
Pourtant, malgré son savoir-faire, Cooke ne se contente pas des mêmes recettes et ose des ruptures narratives et visuelles qui, après avoir dérouté brièvement le lecteur, ajoute à la jubliation de l'adaptation. Ainsi il pastiche les articles de journaux en illustrant plusieurs pages majoritairement constituées d'un texte relatant un braquage, puis il enchaîne avec des planches dans le style du "Reader Digest" avec un dessin rappelant les génériques de Saül Bass ou de la série animée La Panthère Rose par Friz Freleng, avec ou sans bulles. L'exercice permet de narrer plusieurs casses sans se répéter et avec une audace graphique qui répond à l'audace stratégique de Parker.
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The Outfit, avec tous ces trésors d'imagination, échappe donc au piège de la redîte, même virtuose, pour accéder à un palier supérieur. La suite annoncée pour 2012 est déjà attendue avec impatience, même si Cooke va devoir se surpasser pour nous éblouir autant. Mais quelque chose me dit qu'on ne sera pas déçu - on parie ?