dimanche 10 mars 2024

NOUVEAU BLOG !


J'y pensais depuis le début de cette année et finalement j'ai sauté le pas : j'ouvre un nouveau blog qui sera d'abord alimenté en parallèle à celui-ci et certainement voué ensuite à le remplacer. Mais d'abord voici le lien de ce nouveau blog :

FOR COOL CATS AND HIP CHICKS

Comme je le reconnaissais récemment dans une critique, initialement Mystery Comics était pensé comme un espace pour la critique de comics et de bandes dessinées, et aussi de romans. Puis j'ai fini par y intégrer des articles sur des séries télé et des films. Il y a même eu des périodes, un peu comme celle que je traverse actuellement, où il y eût plus de critiques de films que de comics et de BD.

Mais cela ne m'a jamais pleinement satisfait. Ce que je veux dire, c'est que j'aimais écrire tous ces articles, quelque soit le type d'oeuvres concernées, mais je craignais en permanence que ce mélange des genres ne déconcerte et même fasse fuir des lecteurs (même si je n'écris pas pour flatter un quelconque lectorat). De 2013 à 2017, j'avais même cumulé les emplois en alimentant à la fois Mystery Comics et un autre blog exclusivement consacré au cinéma (Cinemagic) avant d'abandonner ce dernier, épuisé.

Fin 2023, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, j'ai pris conscience d'une lassitude certaine quant à la manière dont je tenais Mystery Comics et je voulus prendre de bonnes résolutions pour tenter de ranimer la flamme. Mais force est de reconnaître aujourd'hui que ce fut un échec : je ne suis pas content de moi et j'ai donc entrepris d'aller vers des mesures plus drastiques.

Pour être clair, je vais dorénavant poster mes critiques de films et de séries sur For Cool Cats and Hip Chicks afin qu'elles ne perturbent plus ceux qui viennent ici pour lire des critiques sur les comics et la bande dessinée. Mais surtout, Mystery Comics fermera à terme ses portes - je n'ose dire définitivement tant je sais qu'il ne faut jamais dire jamais. Mon objectif est de faire de mon nouveau blog quelque chose qui ne sera pas limité à son titre : Mystery Comics comporte le mot comics et aurait dû s'y tenir. Avec un blog sans titre qui le définit aussi strictement, je peux parler de tout ce dont j'aurai envie et ceux qui y passeront une tête ne seront donc pas choqués par l'offre à leur disposition.

Idéalement, ainsi, je critiquerai majoritairement les comics par arc et non plus par épisode mensuel, je passerai d'un comic-book à un film à une série sans me soucier de l'ordre. Il n'y a que deux domaines que je m'interdis de traiter : la musique, que je respecte mais pour laquelle je n'ai aucun talent de critique, et la politique, car je préfère garder mes opinions pour moi en la matière. En revanche, peut-être reparlerai-je de roman car j'essaie à nouveau de me libérer du temps pour en lire.

Reste à savoir quand je vais arrêter Mystery Comics. Je me suis fixé le mois de Mai qui coïncidera avec la fin de G.O.D.S. de Jonathan Hickman et Valerio Schiti, mon titre préféré du moment. C'est aussi ce mois-là, si j'ai bien compté que se termineront les X-Men de l'âge de Krakoa ou le binôme récent The One Hand / The Six Fingers. D'autres titres que je suis seront également bouclés à cette date. Pour ceux qui ne le seront pas, je les reprendrai sur For Cool Cats and Hip Chicks mais pas avant qu'un nouvel arc complet soit publié (par exemple pour The Immortal Thor). Mais sinon, ça me (nous) donne quelque temps pour se retourner et conclure ce chapitre sans précipitation.

Pour l'instant, sur For Cool Cats and Hip Chicks, ce sera surtout un mélange de rééditions (avec le transfert de critiques de films et de séries récentes) et d'articles inédits sur des longs métrages et des séries en streaming. Pas de comics ni de BD ni de roman (a priori en tout cas) avant Mai prochain. Je n'ignore pas que je vais sans doute perdre des plumes dans cette aventure, des fidèles de Mystery Comics ne me suivront pas et je ne vous en veux pas. Il y a beaucoup de blogs consacrés aux comics, à la BD, beaucoup de Youtubeurs signent aussi des vidéos sur ces sujets (et moi-même j'en suis certains comme Max Faraday, Comics Code, Le Commis des Comics), sans parler des forums (même si pour ma part je ne les fréquente plus), et je n'ai pas la prétention de croire que ce que j'écris soit au-dessus de la mêlée. Bref, ce que j'offrais n'a rien d'unique.

Cependant, je mentirai si je n'espérai pas que vous ayez la curiosité de voir à quoi va ressembler For Cool Cats and Hip Chicks - une expression que j'ai trouvée dans le livret d'un album de Salamon Burke et que, depuis, je rêvais de caser quelque part.

RDB  

jeudi 7 mars 2024

X-MEN #22 (Gerry Duggan / Phil Noto)

 

Où l'on assiste au grand retour de Ilyana Rasputin /Magik, infectée par des nanites et mourante mais désireuse de liquider quelques sbires d'Orchis tout en libérant des mutants détenus dans un goulag de l'organisation anti-mutante...



Je ne vais pas vous mentir : je n'ai pas aimé cet épisode, et pourtant j'adore Ilyana Rasputin / Magik, et pourtant il y a quelques très bonnes scènes. Mais ça n'a pas pris comme j'aurai aimé. En vérité, je trouve que Fall of X n'en finit pas de finir et que Gerry Duggan fait n'importe quoi - sans doute parce qu'il lui faut bien écrire d'ultimes épisodes avant que ne soit bouclé l'ère de Krakoa.


En fait, on pourrait dire que Marvel, une fois de plus, s'est tiré une balle dans le pied. En annonçant des mois à l'avance la fin de l'âge de Krakoa, l'éditeur a rendu des fans inconsolables et ceux qui n'ont pas aimé cette période à la fois excités et dubitatifs pour la suite. Et ce n'est pas la gestion de Fall of the House of X et Rise of the Powers of X (les deux mini qui n'en font - soi-disant - qu'une mais qui sont surtout également médiocres) qui a arrangé les choses.


La fin de l'âge de Krakoa précédera, on le sait, une sorte de reboot qui ne dit pas son nom et sans doute un changement de cap. Tom Brevoort, un vétéran de Marvel avec plus de trente ans de service, va s'asseoir dans le fauteuil de Jordan White, qui n'a pourtant pas démérité mais qui s'en va parce que Brevoort est plus haut placé dans l'organigramme. Et Brevvort a déjà laissé entendre qu'il n'entendait pas réduire la voilure en éditant au moins autant de titres X, même s'il y aurai certainement pas mal de nouveaux auteurs et artistes sous ses ordres (Gail Simone, malgré ses dénégations, va certainement écrire une grosse série mutante).
 

Fall of the House of X raconte en parallèle de la série X-Men l'échec des mutants contre Orchis et notamment le règne des machines (Moira X, Nimrod et la sentinelle oméga en tête), tandis que Rise of the Powers of X suggère, sans nuances, via un voyage temporel, comment la franchise mutante va être rebootée. Et c'est bien là le problème comme l'illustre ce X-Men 22.

En effet que ce soit dans Fall of the House of X ou dans X-Men, on suit désormais des X-Men qui sont déterminés à rendre coup pour coup contre Orchis. L'objectif central qui est de libérer Cyclope dont la mascarade de procès se tient actuellement est complètement noyé par ces assauts dont j'ai toute la peine du monde à comprendre la logique. Mais ce n'est pas grave puisque on sait déjà comment tout sera pardonné (en tout cas pour le monde de la Terre 616) et oublié (grâce au fameux voyage temporel destiné à effacer toute la dixième vie de Moira et donc l'existence même de Krakoa comme nation).

Du coup, on assiste à un spectacle étrange et perturbant où tout ce qui se passe compte en fait pour du beurre mais qui écorne quand même considérablement l'image des X-Men. Car il y a ce qu'oubliera le monde dans les comics et il y a ce dont se souviendront les lecteurs, et ça, voyez-vous, ce n'est pas pareil. 

A quoi assiste-t-on et qui entache nos héros ? On voit des X-Men procéder à une vendetta sanglante contre Orchis. D'un côté, le fan de base se dit : "Hé, ce sont les méchants, s'ils meurent, ce n'est pas grave, et puis même, ils l'ont mérité". De l'autre, on se dit, et chez moi, c'est ce qui l'emporte : "Hé, les X-Men sont en train d'assassiner des hommes et des femmes qui certes ont conspiré pour les éliminer, mais quand même les X-Men TUENT !".

Et ça, hé bien, pour moi, c'est n'importe quoi, c'est vraiment tout ce que ne sont pas les X-Men, ces héros persécutés, mais qui ne répondent jamais en suivant la loi du talion. Wolverine tue, mais c'est presque à part, et d'ailleurs les meilleurs scénaristes savent souligner qu'il paie le prix fort pour ça. Mais voir, comme ici, Magik et Shadowkat et Emma Frost et Polaris zigouiller des membres d'Orchis, même pas les pontes de l'organisation, non de simples trouffions dans cette armée, franchement, ça ne me plait pas.

Et, attention, quand je dis qu'ils tuent, c'est pas comme ça en passant, mis en scène de manière suggestive, subtile. Non, c'est un putain de bain de sang, ça gicle de partout, c'est limite écoeurant. On peut avoir des héros qui pètent les plombs, et ça peut aboutir ensuite à d'autres histoires où ils sont confrontés à ces exactions commises en état de crise. Mais là, on sait que tout ça va être effacé des tablettes, que personne dans le monde des comics ne s'en souviendra (à part peut-être les X-men eux-mêmes, mais j'en doute - je crois que le reboot va les rendre tous amnésiques par un tour de passe-passe, un bon lavage de cerveau, peut-être par Xavier lui-même, ce ne serait pas la première fois).. Bref, tout ça restera impuni. Et c'est peut-être bien ça, le pire.

Parce que quand les séries relancées par Brevoort et compagnie débuteront, comme je le disais plus haut, le fan lui se souviendra ce qu'on fait les X-Men, il se rappellera du sang versé par eux, de leur acharnement, de leur absence totale de retenue et de scrupules, de leur absence totale d'héroïsme en fait. Et alors comment, à ce moment-là, pourrons-nous les considérer comme de sympathiques héros mutants ? J'ignore si les auteurs exploiteront ça et si oui, comment, mais là encore, j'en doute.

Je ne pense vraiment pas que Jonathan Hickman aurait fait les choses comme ça. Il voulait montrer l'avènement et la chute de l'empire mutant, c'est certain. Mais je ne crois absolument pas qu'il aurait bouclé ça dans un bain de sang, avec tellement de haine, de violence, et en ayant recours à un coup de tablette magique pour laisser la place à de nouveaux créateurs. C'est là qu'on mesure la perte qu'a représenté le départ de Hickman, qui n'a jamais été remplacé par un auteur supervisant les grandes lignes de Destiny of X et Fall of X. Peut-être que si Al Ewing avait pris sa relève, ça aurait pu marcher, mais vraisemblablement Jordan White et Marvel n'ont pas souhaité remplacer Hickman comme "head of X", et du coup chacun a fait son truc de son côté, Duggan, Gillen Percy, Ewing. Et aujourd'hui, il faut finir le boulot, mais c'est mal fait.

Phil Noto dessine encore cet épisode, qui aurait pourtant parfaitement convenu à Joshua Cassara (qui se contente de signer la couverture - je pense que Cassara se prépare pour quelque chose, qui sera annoncé prochainement parce que c'est trop bizarre qu'un artiste mis en avant comme ça auparavant se limite en ce moment à faire des couvertures). Et bon, j'aime bien Noto, mais franchement, il n'est pas en forme actuellement. On sent qu'il travaille à l'arrache, et que ce qu'il a à dessiner ne l'inspire pas. Il ne se foule pas et en plus, comme dans cet épisode précis, l'action domine, il n'est pas dans son élément. Il y a des angles de prise de vue maladroits, des compositions foirées, des moments qui tombent à plat.

Gerry Duggan ramène Lockheed et on a droit à une scène embarrassante de nullité quand le dragon est ramené à Kitty et Ilyana : on vient d'assister à un véritable massacre commis par les deux filles et tout d'un coup, le scénariste nous sort une scène tchoupi avec le dragon. "On vient d'éviscérer tout un bataillon d'Orchis mais on est trop contentes en plus de retrouver Lockheed". Non, c'est pas possible de tomber autant à côté de la plaque.

Je sens que la fin de Krakoa va être péééééééééniiiiiiiiiiible.

BIRDS OF PREY #7 (Kelly Thompson / Javier Pina)


Meridian ayant révélé l'existence d'un voyageur temporel menaçant la vie de Barbara Gordon, celle-ci découvre que l'agresseur emprunte le Rouge, l'entité qui relie tous les méta-humains ayant des pouvoirs en rapport avec le monde animal. Il est donc décidé de demander conseil à Mari McCabe/Vixen, qui est pourtant tracassé par une étrange affaire...
 

Ce deuxième arc narratif de la série sera bref : deux épisodes. Mais il est évident désormais que Kelly Thompson a mis en marche une intrigue au long cours qui dépassera ce cadre restreint. La scénariste en profite pour ajuster son équipe d'héroïnes à la tournure que prend l'histoire.


Exit donc Harley Quinn (qui est réquisitionnée pour une énième mini-série Suicide Squad) et Zealot (dommage...). La fin du premier arc a révélé qu'un voyageur temporel menaçait la vie de Barbara Gordon, pilier historique des Birds of Prey, il faut donc le débusquer. Et on apprend ici qu'il se téléporte dans le temps et l'espace grâce au Rouge, c'est-à-dire toute ce qui relie les méta-humains au monde animal (alors que le Vert relie tous ceux qui ont des pouvoirs végétaux).


Kelly Thompson a un mérite indéniable : elle ne perd pas de temps pour exposer son propos. Si bien qu'elle peut se permettre de consacrer quelques pages à l'entraînement de Sin par Batgirl (Cassandra Cain) et Big Barda dans un escape game. Une manière aussi de remplir le quota d'action d'un comic-book super héroïque sans aller trop loin.


Le fait même d'écrire une série exclusivement féminine oblige son auteur à faire preuve d'ingéniosité pour que les personnages n'aient pas l'air d'être artificiellement ensemble. Si pour le premier arc, la présence de Harley Quinn avait pu déplaire à certains à cause de sa présence envahissante au sein des comics DC (et ce, même si Thompson réussissait selon moi à bien l'exploiter), on sent bien que la scénariste a désormais le choix de son casting et qu'elle entend piocher sans réserve dans le passé du titre.

En effet, il apparaît nettement que les Birds of Prey font face à un ennemi qui semble viser toutes celles qui ont fait partie, à un moment ou un autre, de l'équipe. On peut légitimement s'attendre dans un futur plus ou moins proche à revoir Manhunter, Lady Blackhawk, Katana, Huntress, Dove et bien d'autres. Ici, c'est avec plaisir qu'on retrouve Vixen, qui est un peu l'équivalent féminin d'Animal Man et qui était un peu sur la touche depuis un moment (alors qu'elle a fait partie de la Justice League).

La manière dont Thompson l'intègre est habile et suggère que les ennuis qui accablent actuellement Mari McCabe pourraient être liés à ceux des BoP. Par ailleurs, la scénariste n'a pas à se forcer pour (re)créer une familiarité entre Vixen, Black Canary et Babs Gordon notamment : leurs retrouvailles sont certes rapides mais spontanées. Et la dernière page tease malicieusement ce qui va suivre (on voit les BoP en lingerie qui défilent sur un podium et le texte indique que le lecteur est déjà gâté par ce spectacle).

Leonardo Romero ne signe que la couverture et laisse sa place à un fill-in de grande classe puisqu'il s'agit de Javier Pina. Déjà quand il a officié sur les X-Men de Gerry Duggan (pour laisser souffler Pepe Larraz), j'ai loué le talent de cet artiste et regretté qu'ensuite il ne devienne pas le dessinateur régulier du titre (à la place de Joshua Cassara). Donc, je me réjouis de le voir là en souhaitant qu'il alterne désormais avec Romero.

Pina ne cherche pas à copier Romero, son encrage est plus gras, son trait plus délié, et son expérience lui permet de tout bien dessiner. Il s'approprie les personnages sans aucune difficulté et nous régale avec de belles planches aux cases généreusement dimensionnées et un découpage au cordeau. Les couleurs de Jordie Bellaire assurent la cohérence esthétique de la série (et on peut deviner à quel point Bellaire prolonge ce qu'elle a fait sur The Nice House on the Lake, quoique de manière plus subtile).

Bref, un sans-faute, une lecture très agréable, et la confirmation que Birds of Prey a vraiment réussi son come-back.

mardi 5 mars 2024

LA BALLADE BUSTER SCRUGGS : les frères Coen découpés en tranches


- La Ballade de Buster Scruugs - Toujours vêtu de blanc, aimant pousser la chansonnette sur son cheval, Buster Scruggs cache bien son redoutable talent de pistolero. A Frenchman's Gulch, il participe à une partie de poker mais un joueur le somme de jouer avec la main laissée par son prédécesseur. Buster refuse et élimine son vis-à-vis. Le frère de ce dernier le défie et rencontre son créateur. C'est alors que surgit un inconnu entièrement vêtu de noir...


- Prés d'Algonodes - Un cowboy braque une banque à l'écart de tout mais le guichetier le force à battre en retraite avant de l'assommer. Quand il revient à lui, le voleur a une noeud coulant autour du cou et le shérif lui annonce qu'il a été condamné à mort. C'est alors que des comanches apparaissent pour commettre une massacre mais l'épargnent. Un autre cowboy lui vient en aide mais un autre shérif arrête les deux hommes pour vol de bétail...
 

- Ticket repas - Un impresario conduit un spectacle ambulant de village en village. La représentation consiste en un monologue déclamé par un jeune homme sans bras ni jambes. Mais le public se fait de plus en plus rare et les recettes de plus en plus maigres. Lorsque l'impresario découvre une nouvelle attraction, il va devoir faire un choix...


- Gorge dorée - Un vieil orpailleur découvre une vallée paradisiaque où il espère trouver un filon. Après plusieurs jours de fouilles infructueuses, il creuse et tombe sur une énorme pépite. Mais un voleur lui tire dans le dos  pour s'approprier son magot...


- La Fille qui fut sonnée - Alice Longabauch suit son frère Gilbert dans une caravane qui rejoint l'Oregon où elle doit rencontrer l'homme qu'elle doit épouser - et qui est le futur associé de son frère. Mais en route, Gilbert meurt du choléra et le commis qui surveille son chariot tente d'extorquer de l'argent à Alice. Billy Knapp, un des convoyeurs, la tire de mauvais pas en lui demandant sa main...


- Les Restes mortels - Une diligence transporte cinq passagers : deux chasseurs de primes, un trappeur, une femme et un français. Chacun à tour de rôle prend la parole sur des sujets divers, suscitant diverses réactions de la part des autres, notamment en ce qui concerne le destin qui les attend tous puisque les chasseurs de primes emmènent avec eux le corps d'un bandit...


Ce film à sketches est le dernier long métrage réalisé par les frères Coen, Joel et Ethan, il y a six ans. Depuis chacun a développé des projets en solo (Joel a signé notamment une adaptation de Macbeth pour le grand écran, qui comme toutes autres a fait un bide, confirmant la malédiction de cette pièce de Shakespeare) tandis que Ethan sort actuellement Drive-Away Dolls (un thriller lesbien qui doit débuter une trilogie). Mais, récemment, on a appris que les frangins seraient prêts à retravailler ensemble, donc croisons les doigts.

Pour en revenir à La Ballade de Buster Scruggs, on ne s'étonnera ni de l'inégalité du résultat ni du fait que ce soit produit par Netflix, la plateforme de streaming étant devenu le refuge de cinéastes ayant du mal à trouver à la fois des financements auprès des grands studios traditionnels et la liberté artistique qu'ils souhaitent (avec notamment le final cut) - pour s'en convaincre, il suffit de citer les exemples de David Fincher (Mindhunter, Mank, The Killer), Jane Campion (The Power of the Dog) ou de Tim Burton (qui a initié la série à succès Mercredi).

Les frères Coen ont décidé d'investir à nouveau le genre du western dans lequel ils comptent de belles réussites comme True Grit, O'Brother et aussi No Country for old man (même s'il s'agit là d'une sorte de post-western). Comme un recueil de nouvelles, ils imaginent six histoires courtes qui ont toutes en commun le thème du destin.

Le premier chapitre qui donne son nom au film dresse le portrait d'un pistolero qui aime chanter mais pas être contrarié. Qui peut arrêter cette fine gâchette de Buster Scruggs ? C'est en tout cas très drôle et les Coen multiplient les inventions en virtuoses de la narration : apartés, morceaux musicaux, duels, tout est bon pour désarçonner le spectateur et les adversaires du héros. Le dénouement est à la hauteur de la fantaisie déployée, complètement foutraque et facétieux. Tim Blake Nelson (que les Coen avaient dirigé dans le génial O'Brother) est absolument irrésistible dans la peau du "rossignol de San Saba".

Le deuxième chapitre est tout aussi réussi. On y suit un voleur particulièrement malchanceux mais dont la déveine le pousse à un fatalisme hilarant. James Franco est éblouissant dans la peau de ce cowboy jamais au bon endroit au bon moment et son jeu, ironique, détaché, donne le la à cet épisode. La réalisation est rythmé, sans temps mort, le récit file vers son terme à une vitesse folle, sans surprise certes mais magistral.

Ticket repas est un peu moins bon. Les Coen délaisse le ton comique qui prévalait jusque-là pour signer un conte cruel dans un cadre hivernal et hostile, sur les traces d'un théâtre ambulant. Il y a une étrangeté inattendue dans cette histoire, quelque chose qu'on voit souvent chez les cinéastes qui aiment s'aventurer dans le domaine de l'absurde. Liam Neeson abandonne ses revenge movies de série Z dans lesquels il cachetonne depuis trop longtemps pour rappeler quel grand acteur il peut être. 

Gorge dorée est une vraie pépite. Déjà parce qu'il y a Tom Waits, sensationnel en orpailleur têtu et increvable : autant je ne l'ai jamais aimé en chanteur, autant c'est un acteur qui a une présence folle à l'image. Ensuite, le décor de cette vallée est tout simplement splendide. Enfin, les Coen nous raconte une histoire qui semble toute tracée et qui connaît un fabuleux twist. Ils sont quand même forts, les frangins, dans ce format court !

Le cinquième chapitre doit être le plus long du lot (même si je n'ai pas relevé les durées de chaque segment). Zoe Kazan est merveilleuse en jeune femme qui subit les pires avanies dans une caravane traversant l'Ouest américain : son jeu, nuancée, nous la fait aimer dès le début et à mesure que les pires ennuis lui tombent dessus, on ne cesse d'espérer qu'elle va s'en sortir. Les Coen, c'est évident, ont trouvé avec cette actrice une muse et d'ailleurs c'est le seul premier rôle féminin de l'ensemble. Surtout les deux réalisateurs exploitent magnifiquement le cadre grandiose qui s'offre à eux et qui montre les étendues sauvages de l'Amérique profonde. Ils savent suggérer la dimension à la fois fascinante et angoissante de ces grands espaces mais sans perdre de vue l'aspect le plus intimiste de cette histoire pleine de contrariétés. La fin est poignante et vous serrera le coeur.

Enfin, dans Les Restes mortels, on a droit à la partie sans doute la moins convaincante. Il arrive souvent que des cinéastes, si doués soient-ils, veuillent rendre hommage à un de leurs contemporains, estimant qu'il marque davantage qu'eux l'époque. Dans le cas présent, il est évident que les Coen ont voulu saluer Quentin Tarantino dans ce périple nocturne en diligence autour de cinq passagers qui devisent. Le souci, c'est que, ce faisant, les Coen se perdent dans un exercice de style laborieux et bavard, et surtout que Tarantino n'a jamais (à mon avis) produit de bons westerns (contrairement aux Coen). Dommage.

Malgré des baisses de régime, rares mais notables, les frères Coen comblent leurs fans. Ce binôme n'est pas en panne d'inspiration et La Ballade de Buster Scruggs mérite mieux que les critiques tièdes qui l'ont accompagné lors de sa mise en ligne. 

dimanche 3 mars 2024

BLUE EYE SAMURAI est un chef d'oeuvre


Au XVIIème siècle, le Japon ferme complètement ses frontières après l'Edit de Sakoku de 1635. La mère de Mizu est violée par trois européens et donne naissance à une fille métisse aux yeux bleus, qui fait d'elle une paria dans la société. Harcelée par d'autres enfants, elle rentre chez elle pour s'y cacher jusqu'au jour où elle trouve la maison de sa mère en flammes. Elle est alors recueillie par mâitre Eji, un forgeron aveugle, qui en fait son apprenti et la laisse s'entraîner au maniement su sabre la nuit. Mizu jure alors de se venger des violeurs de sa mère.
 

Les années passent. Mizu, s'estimant prête pour sa mission et grimée en samouraï, quitte maître Eji. Dans une auberge, elle aborde un proxénète armé d'un pistolet et lui demande qui le lui a fourni en le mutilant. Elle part ainsi à la recherche de Heigi Shindo en compagnie de Ringo, le cuisinier sans mains de l'auberge qui veut devenir un épéiste. Cependant, Akemi, fille unique du seigneur Daïchi Tokunobu, convainc ce dernier de la laisser épouser Taigen, la plus fine lame du shogunat.
 

L'entretien de Mizu avec le frère de Shindo se passe mal : plusieurs gardes sont tués en voulant l'éconduire et Taigen, appelé en renfort est humilié. Cet exploit parvient jusqu'à Heiji Shindo et Abijah Fowler, un irlandais, resté clandestinement au Japon pour s'emparer du shogunat en important secrètement des armes à feu d'Angleterre, qui envoient les Quatre Crocs, des tueurs aux trousses de Mizu.
 

Taigen, lui aussi, se lance à la poursuite de Mizu pour prendre sa revanche mais les circonstances vont le pousser à devenir son allié tandis qu'Akemi, abandonnée, est présentée au second fils du shogun pour l'épouser, Elle fugue en compagnie de son précepteur, Seki, pour trouver Taigen. Les trajectoires de Mizu, Ringo, Taigen, Akemi, et Fowler vont converger lorsque la vie du shogun sera en danger et qu'une opportunité de vengeance se présentera lors du grand incendie de Tokyo en 1657...


Comme j'ai pu avoir l'occasion de le dire en rédigeant des critiques de comics ou de bandes dessinées, je ne lis pas de manga. Il m'est arrivé cependant d'essayer et un auteur comme Naoki Urasawa aurait pu me faire franchir le pas avec Billy Bat ou Monster, mais je n'ai pas persévéré. Idem pour les films d'animation : je n'ai jamais tenté les productions Ghibli, alors qu'enfant j'étais un téléspectateur assidu des aventures de Goldorak, Albator ou Cobra.


Je n'ai jamais vraiment cherché à m'expliquer cette aversion pour le manga. Mais en même temps la lecture des comics et des BD m'a toujours accaparé et je n'ai donc pas pris le temps de creuser la question. Pourtant, la culture japonaise m'intéresse, et plus particulièrement tout ce qui a trait aux samouraï (cela doit dater de la première fois où, il y a longtemps, j'ai vu Soleil Rouge, de Terence Young, avec Charles Bronson, Alain Delon et Toshiro Mifune). Donc, logiquement, j'avais prévu de visionner cette première saison (une deuxième est d'ores et déjà commandée) de Blue Eye Samurai.


J'ai appris que la co-créatrice de cette série, Amber Noizumi, était la mère d'une fillette aux yeux bleus, comme Mizu, l'héroïne du show, et c'est ce qui l'a inspirée, avec Michael Green l'autre showrunner, à développer cette revenge story historique. Cela lui donne une puissance dramatique indéniable, une sorte de chair supplémentaire, qui circule dans les veines de cette histoire intense et puissante.
 

L'Edit de Sakoku est un fait réel : le Japon a bien fermé toutes ses frontières durant le XVIIème siècle, chassant tous les étrangers et empêchant quiconque de pénétrer sur l'île. Les enfants métisses étaient réellement considérés comme des monstres , des sangs mêlés, des impurs, condamnés à se cacher. En ajoutant à la naissance de Mizu le viol qu'a subi sa mère, on a là le terreau fertile d'une vengeance mais aussi celui de la détermination sans faille, quasi-surhumaine, de l'héroïne, qui part à la recherche des fripouilles qui on souillé sa génitrice et ont fait d'elle une paria.


Tout au long des huit épisodes, contrairement au résumé que j'en fais, le passé, ou plutôt les étapes les plus saillantes des origines de Mizu, sont montrées quand elle n'est pas en état de se battre. A la fois songes et souvenirs, on découvre son enfance misérable, son apprentissage de forgeron et d'épéiste, son premier départ de chez maître Eji, son premier combat perdu et la blessure grave qui a failli avoir raison d'elle, ses retrouvailles avec sa mère (qui n'avait pas péri comme elle le pensait dans l'incendie de leur cabane), son couple éphémère avec un ronin qui la trahira, puis le début de sa quête féroce et sanglante.

Les auteurs avaient visiblement l'intention de développer leur saga sur plusieurs saisons puisqu'ils se concentrent sur les efforts de Mizu tout au long des huit épisodes pour mettre la main sur Abijah Fowler, l'un des agresseurs de sa mère et donc, par conséquent, peut-être son père. Pour l'atteindre, elle va devoir affronter bien des adversaires, à commencer par elle-même, déjouer bien des pièges. Et la route sera semée d'embûches. Amber Noizimu et Michael Green n'épargne pas le samouraï aux yeux bleus qui, malgré ses talents extraordinaires d'épéiste et d'acrobate, sa volonté de fer, ne sort pas indemne de tous ses combats. Elle manque d'y laisser sa peau à plusieurs reprises, ce qui l'humanise, même si, évidemment, elle nous impressionne aussi dans des moments hors du commun, se relevant de coups qui en auraient achevés d'autres, de situations périlleuses, etc.

Mais Blue Eye Samurai se distingue aussi par la densité de ses intrigues secondaires car la vengeance de Mizu n'est pas le seul argument du récit. Les auteurs situent l'histoire à une époque précise, entre l'Edit de Sakoku (1635) et le grand incendie de Tokyo (1657), et la peuplent d'une foule de personnages qui croisent tous à un moment, et parfois pour longtemps, la route de Mizu. Ainsi, il y a le cuisinier sans mains, Ringo, sorte de sidekick à la Sancho Panza, admiratif du courage de cet épéiste ; Taigen, samouraï humilié qui prend le parti d'aider son ennemi juré pour avoir le privilège d'une revanche sur lui ; la princesse Akemi, fille unique et gâtée mais prête à des sacrifices insensés pour ne pas être dépossédée d'elle-même par un père ambitieux ; et enfin Fowler, cette crapule épaisse, violente, brutale et sournoise - un méchant qu'on adore détester.

Narrativement donc, c'est déjà une exceptionnelle réussite, on ne s'ennuie pas, on est étonné, choqué - les affrontements sont très sanglants et intenses, le sexe y est montré crument, la question de la différence traitée sans détour, l'isolationnisme politique du Japon interrogé avec beaucoup de documentation.

Mais là où Blue Eye Samurai s'élève au-dessus du lot, c'est par la qualité magistrale de son animation. La production est rien moins que somptueuse : la fluidité des mouvements, l'expressivité des personnages, la magnificence des décors, le mélange harmonieux entre 2D et 3D, tout est porté au plus haut niveau de perfection possible. On est littéralement ébloui par la beauté de certains plans et de manière générale par la splendeur absolu de chaque épisode, leur rythme, leur inventivité visuelle, l'élégance graphique.

L'équipe technique et artistique a accompli une oeuvre qui laisse pantois. Les standards de ce show sont si élevés qu'on a à vrai dire non seulement du mal à lui trouver des équivalents mais aussi à s'en remettre une fois le dernier épisode terminé. Le temps sera long, forcément, ne serait-ce que pour conserver cette exigence, mais surtout pour voir de nouveaux épisodes. En même temps, c'est le prix à payer pour ne pas être déçu et finalement c'est une métaphore du destin de Mizu qui a su s'armer de patience pour atteindre ses objectifs.

Enfin, pour ne rien gâcher, le casting vocal est royal : Kenneth Branagh en tête, qui s'est amusé comme un fou à camper l'horrible Fowler. Brenda Strong incarne la princesse Akemi. Ming-Na Wen donne à la maquerelle Madame Kaji une suavité formidable. Darren Barnet prête de la hargne et du trouble à Taigen. Masi Oka rend Ringo très attachant et drôle sans jamais être lourd. Et après sa prestation formidable dans Mr. & Mrs. Smith, quel plaisir d'entendre à nouveau la voix de Maya Erskine dans le rôle de Mizu.

Je ne le dis pas souvent, mais regardez Blue Eye Samurai. C'est un chef d'oeuvre, et cette fois, le terme n'est pas exagéré.