dimanche 12 mars 2023
BARBARELLA/DEJAH THORIS, de Leah Williams et German Garcia
samedi 11 mars 2023
SCARLET WITCH #3, de Steve Orlando et Sara Pichelli
vendredi 10 mars 2023
FANTASTIC FOUR #5, de Ryan North et Ivan Fiorelli
Elle est vraiment bonne, cette relance de Fantastic Four ! Et elle est encore meilleure maintenant que nos quatre héros sont réunis, comme si elle avait vraiment décollé. Ryan North a écrit un nouvel épisode auto-contenu (même si la fin est plus ouverte...), et Ivan Fiorelli remplace Iban Coello très efficacement. Que demander de plus ?
North commence par sortir du placard un vilain oublié (Nicholas Scratch, le fils de Agatha Harkness, et les Sept de Salem, ses rejetons, apparus dans Fantastic Four #187 de Août 1977). Il mène un assaut éclair contre nos héros et file sans tarder.
Le lecteur croit qu'il a raté son coup et ressent même un peu de frustration après ce trop bref combat. Mais la méthode de North repose sur ce faux-semblant : tout ça n'est que le début des ennuis pour les FF.
Vient alors le temps de la réflexion : North aime visiblement bien montrer Reed Richards cogiter à voix haute et expliquer avec des mots plus simples à ses camarades ce qui s'est produit et comment y remédier. C'est aussi une façon d'impliquer le lecteur et de faire comme s'il était assis à côté de Mr. Fantastic, écoutant attentivement de quoi il ressort. Malin.
Enfin arrive la séquence spectaculaire où les héros vérifient si l'hypothèse de Reed est exacte et s'ils vont s'en tirer tout en devant affronter un cadre hostile et étrange. La dimension noire permet au dessinateur Ivan Fiorelli de briller.
Mais ne croyez pas que le remplaçant de Iban Coello s'est tourné les pouces avant. Son style est moins énergique, son trait moins dynamique, mais le résultat est aussi soigné et convaincant. Bonne pioche.
Fiorelli s'approprie facilement des personnages et compose des plans très maîtrisés, avec des lignes fermées, un encrage fin. La lecture est fluide, claire, agréable.
Et quand vient le moment de mettre en scène l'incursion des FF dans la dimension noire, Fiorelli rend justice au morceau de bravoure préparé par North, qui, une fois de plus, excelle à valoriser les pouvoirs de ses héros, en particulier ceux de Mr. Fantastic, poussé dans ses retranchements. Mais pas gratuitement.
Je le répète : c'est épatant. La construction des épisodes, leur rythme, sont jubilatoires. Je n'avais pas pris autant de plaisir à lire ce titre depuis longtemps et pour un fan des FF période Byrne ou Waid/Wieringo, cette reprise est un vrai cadeau. Ne vous en privée pas !
jeudi 9 mars 2023
X-MEN #20, de Gerry Duggan et Stefano Caselli
suite directe de l'intrigue initiée le mois dernier, ce 20eme épisode de X-Men donne au départ l'impression de s'éparpiller, mais s'avère captivant car les lignes se rejoignent. Gerry Duggan trouve en Stefano Caselli un artiste plus subtil et fin, à même de traduire visuellement le meilleur de son script.

lundi 6 mars 2023
THE PRO, de Garth Ennis et Amanda Conner
Aujourd'hui, on va parler d'un comic-book à ne pas mettre entre toutes les mains, comme on dit : The Pro. Il s'agit d'une one-shot de soixante-douze pages, écrit par Garth Ennis et dessiné par Amanda Conner (encrée par son mari Jimmy Palmiotti), publié en 2002 par Image Comics. Parodie décapante des super-héros, il reste aujourd'hui un livre-cul(te) assez ahurissant.
Mais c'est en somme parce qu'ils n'avaient rien à perdre que Ennis, Conner et Palmiotti ont été assez fous pour commettre The Pro. Dans la bibliographie fournie du scénariste, on distingue deux faces : l'une sérieuse, avec une multitude de récits de guerre, et l'autre, beaucoup plus déconnante, dans laquelle il adore s'en prendre aux clichés des majors.
J'avoue ne pas être un fan de Ennis qui me fatigue souvent avec ses outrances, mais quand il écrit quelque chose qui me plait, c'est vraiment très bon. Et The Pro est une indéniable réussite, séduisant apr son audace, son côté mal élevé, qui rappelle en fait beaucoup l'esprit Hara-Kiri/Charlie Hebdo chez nous.
Le pitch est redoutablement simple et efficace : une prostituée reçoit des pouvoirs d'un alien qui pense que même elle peut s'en servir pour la bonne cause. Ennis, à partir de ça, épingle l'hypocrisie des super-héros attachés à des codes moraux stricts mais incapables de tolérer une recrue comme la Pro. Ennis, comme il le confirmera ensuite dans The Boys, ne porte pas les super-héros dans son coeur, il ricane de leurs costumes, des clichés manichéens qu'ils véhiculent, des vlaeurs qu'ils incarnent. Pour lui, tout ça n'est qu'une vaste farce camouflant du vigilantisme ou une croyance idiote dans un sauveur providentielle à l'inconographie religieuse.
Bien entendu, ce n'est pas aussi élémentaire que ça, mais Ennis a un avis tranché sur la question et il n'en démordra jamais. La Pro n'est pas fréquentable, et il est vrai qu'elle choque gratuitement en pissant sur une de ses adversaires ou en utilisant ses pouvoirs pour se faire de l'argent facile. Mais c'est aussi une mère célibataire contrainte de se prostituer pour subsister, qui doit supporter des clients abusifs, une logeuse acariâtre, et des co-équipiers sans indulgence.
Ennis avec la Ligue d'Honneur égratigne de manière irrésistible des personnages facilement reconnaissables comme Superman, Wonder Woman, Batman et Robin, Flash, Green Lantern, tous dépeints comme des abrutis finis. Mes favoris sont The Knight et The Squire (donc Batman et Robin) représentés de façon hilarante, tels que certains fanfictions les ont imaginés.
C'est que The Pro bénéficie du talent de celle qui n'était encore qu'une débutante à l'époque. Amanda Conner a relevé le défi de ce récit en s'investissant à fond dedans. Là encore, si un homme avait illustré cette histoire, sa réception aurait été sans doute très différente et sûrement aurait-on entendu des cris d'orfaie dénonçant le machisme de Ennis, la vulgarité de son intrigue.
Mais Conner n'a, comme le prouve le reste de sa carrière, jamais fait grand cas du qu'en-dira-t-on. Elle aime même beaucoup flirter avec la mauvais goût et se servir du rire comme d'une arme. On ne peut que regretter qu'elle dessine si peu désormais (en dehors de couvertures), comme si la motivation lui manquait pour s'atteler à une série régulière (un peu le même syndrome qui frappe Becky Cloonan).
Mais il y a une vingtaine d'années, Conner n'était personne ou presque et elle n'avait rien à perdre. Son énergie est dévastatrice et ses designs ravageurs. L'expressivité cartoonesque de ses personnages compensent la faiblesse de ses décors, et soutenue à l'encrage par son mari Jimmy Palmiotti, son trait est d'une tonicité imparable. La Pro est inoubliable grâce à elle, au moins autant que grâce à Ennis.
In fine, pourtant, Ennis embrasse les clichés qu'il a mis en pièces en donnant à son héroïne une sortie pleine de panache. Comme quoi, même les justiciers les plus ébouriffés ne sont pas si différents des icones du genre. (A l'occasion d'une réédition, The Pro a vu sa pagination augmentée par le récit de sa rencontre avec the Ho, une autre prostituée surhumaine et rivale, et à qui elle va trouver un nouveau job. Un bonus anecdotique sur le fond mais toujours aussi barré graphiquement.) Longtemps épuisé en vf, l'album a été réédité par Akileos l'an dernier.
























