jeudi 8 décembre 2022

FANTASTIC FOUR #2, de Ryan North et Iban Coello


Ce nouveau volume de Fantastic Four n'en est qu'à son deuxième numéro mais il me plait beaucoup ! J'aime la proposition que fait Ryan North au scénario, avec des épisodes auto-contenus (même s'il y a un fil rouge entre eux), et ce que réalise Iban Coello au dessin, d'un trait vif, expressif. 


Après avoir été reconduit hors d'une petite ville où ils s'étaient arrêtés pour se restaurer mais où ils avaient été attaqués par des Fatalibots, Reed et Sue Richards décident d'enquêter.


Invisibles grâce à Sue, ils remarquent que tous les habitants sont des Fatalibots sauf une vieille dame que Reed accoste en ayant changé de visage et en évoquant le nom de Victor Von Doom.


Mary, cette vieille dame a en effet hébergé Victor Von Doom dans sa jeunesse. Mais Sue découvre que Mary a elle-même été remplacée par un Fatalibot afin de le préserver pour la remercier.


Neutralisant la population grâce à une décharge électromagnétique, Reed et Sue reprogramme les Fatalibots pour les rendre inoffensifs et laisser de cla compagnie à l'esprit de Mary...

Comme le mois dernier avec l'aventure vécue par Ben et Alicia Grimm, il y a une référence évidente à La Quatrième Dimension dans ce deuxième épisode de Fantastic Four. On pourrait penser que Ryan North se répéte. Si ce n'était pas voulu et si, nénamoins, l'histoire n'était pas différente.

Mais surtout ce qu'il faut sans doute retenir, c'est qu'on suit les Fantastic Four séparément. On a découvert à la fin du premier épisode qu'un énorme cratère fumant subsistait là où se dressait le Baxter building. Sans plus d'explication, Ryan North nous suggérait que quelque chose de grave s'était passé, obligeant le quatuor à se séparer et New York à les rejeter. Que Ben et Alicia voyagent sans leurs enfants adoptifs (les petits Kree et Skrull qu'ils ont accueuillis durant l'event Empyre) indiquaient en outre qu'ils en avait vraisemblablement perdus la garde.

J'ai aussi lu un article sur Bleeding Cool très instructif et qui lierait la série Amazing Spider-Man à ces événements : dans un épisode récent de Zeb Wells et John Romita Jr., Peter Parker, dans un flash-back, se dispute avec Johnny Storm qui l'accuse d'avoir volé quelque chose au Baxter building, causant de graves ennuis au groupe. Et finalement aussi à Spider-Man, à qui tout le monde a également tourné le dos dans sa série actuelle.

Donc, logiquement, le mois prochain, nous aurons droit à un épisode dévoilant la situation de la Torche Humaine. Mais pour l'instant, où en sont Reed et Sue, Mr. Fantastic et le Femme Invisible ?

L'épisode s'ouvre avec eux dans un restaurant où une serveuse les reconnaît. Aussitôt les clients et la serveuse dévoilent leur véritable apparence : ce sont tous des Fatalibots (ou Doombots si vous préférez en vo). Une bagarre s'ensuit. Vite stoppée par l'apparition du shériff  qui rend à chacun son apprence humaine. Reed et Sue sont conduits hors de la ville avec interdiction d'y rentrer. Evidemment, ils ne vont pas en rester là et mener l'enquête.

C'est là qu'on entre dans La Quatrième Dimension en découvrant le secret de cette petite ville, lié comme le révèle la couverture à Victor Von Doom/Dr. Fatalis. Pourtant l'ennemi juré des Fantastic Four n'est pas présent dans cette histoire qui renvoie à son passé et à une promesse faîte à une des habitantes du coin.

Ryan North réussit, brillamment, à nous intriguer sans faire de moulinets. Comme pour le précédent numéro, c'est plutôt l'ambiance qui nous captive, un endroit tranquille, des choses curieuses qui s'y produisent, une énigme qui est résolue progressivement, une solution pacifique et bienveillante. Et dans le rôle des détectives, Reed et Sue Richards, à la façon de L'Introuvable de Dashiell Hammett, sur le ton de la comédie, du fantastique, du polar, tout ça mixé savamment.

La densité du scénario est accompagnée par un dessin vif, alerte, très expressif. Iban Coello était très convaincant le mois dernier, il est encore meilleur cette fois. Cela met en confiance pour la suite car on sent que l'artiste anime ces personnages de mieux en mieux, qu'il a de la ressource et surtout qu'il est sur la même longueur d'ondes que son scénariste.

North exploite à fond les pouvoirs des deux Fantastiques et Iban Coello illustre magistralement cela. Les couleurs de Jesus Arbutov vont merveille quand il s'agit de représenter l'invisibilité de Sue alors que le lecteur la voit. Mais Coello est aussi inspiré que son scénariste et son coloriste quand il s'agit d'exploiter l'élasticité de Reed avec des astuces vraiment étonnantes (comme quand il fait glisser ses yeux jusqu'au bout de ses doigts - ou qu'il déforme son visage (une idée trop rarement utilisée alors que John Byrne par exemple en avait fait un stratagème quand Sue et Reed quittèrent New York pour s'installer en banlieue incognito).

Les scènes d'action sont plutôt rares mais franchement dynamiques, comme celle à l'intérieur du resto au tout début où lorsque Sue grille tous les Fatalibots à la fin. Sue aussi est impeccablement caractérisée en femme amoureuse et héroïne très active. Coello la dessine avec beaucoup de tempérament et North l'écrit comme une épouse aimante mais indépendante et lucide. Il a pour cela recours à une voix off qui renvoie en fait à une lettre qu'écrit Sue à Jennifer Walters (She-Hulk) pour lui expliquer ce qu'ils traversent.

Honnêtement, ça faisait un moment que je n'avais pas autant aimé lire Fantastic Four (sachant que j'ai très vite décroché avec Slott, et que Hickman m'avait largué). En fait, on n'est pas si loin de la période bénie de Waid/Wieringo, sans toutefois que North/Coello les imite. Ces deux-là ont une voix bien à eux, un projet personnel, une proposition singulière et emballante. C'est un gros coup de coeur en cette fin d'année.

lundi 5 décembre 2022

L'AMANT DE LADY CHATTERLEY, de Laure de Clermont-Tonnerre (Netflix)


Bigre ! Un film Netflix interdit aux moins de 18 ans, rien que ça, ça attire la curiosité ! L'Amant de Lady Chatterley a donc toujours un goût de souffre, même en 2022, assez en tout cas pour que la plateforme de streaming lui colle un avertissement. En tout cas Laure de Clermont-Tonnerre adapte donc le roman de D.H. Lawrence et lui donne un sérieux coup de fouet, avec deux comédiens principaux en état de grâce.


Années 1920, Angleterre. Constance "Connie" Reid a épousé lord Clifford Chatterley avant la guerre et le voit rentrer du front paralysé dans un fauteuil roulant et impuissant. Ils quittent Londres pour s'installer dans le domaine familial à la campagne. Malgré tout, Connie reste auprès de son mari qu'elle soutient et aide au quotidien.


Ensemble, ils veulent redonner du lustre à leur demeure et engage du personnel. Mais Connie, comme elle l'écrit à sa soeur aînée Hilda, s'ennuie et s'épuise à jouer les infirmières. Elle souffre aussi à l'idée qu'elle n'aura jamais d'enfant étant donné la condition de Clifford. Jusqu'à ce que ce dernier ne suggère qu'elle conçoive avec un autre homme, pourvu qu'il soit de la bonne société et qu'il ignore son identité.
 

Hilda débarque au domaine Chatterley avec une infirmière professionnelle, Mrs. Bolton, afin de soulager Connie. Elle peut alors découvrir les environs et, en découvrant une cabane, s'y réfugie pour lire au calme. L'endroit est occupé par le garde-chasse, Oliver Mellors, qui accepte de le partager avec elle car lui aussi aime venir y lire. Elle commence à lui apporter des livres et à recueillir ses confidences, apprenant qu'il a été marié à une femme qui lui refuse le divorce et envoie son nouveau compagnon réclamer la moitié de sa pension militaire.


Alors que Clifford apprend que les mines du coin vont fermer, il entreprend de faire construire une usine pour employer les hommes au chômage tout en les payant chichement. Ces plans déplaisent à Connie qui n'apprécie pas l'exploitation de plus pauvres, dont certains ont aussi participé à la guerre, par les nantis, qui en ont été exemptés. Après une dispute avec son mari, elle retourne à la cabane où Oliver est troublé par sa détresse. Elle se donne à lui : c'est le début d'une relation passionnée et secrète entre eux.


Hilda revient auprès de Connie qui lui avoue sa liaison avec Oliver et songe à tout plaquer pour lui. Sa soeur la met en garde contre un coup de tête et lui explique que jamais Clifford ne lui accordera le divorce et qu'elle devra affronter l'opprobre de leur milieu. Mais Connie pense être enceinte du garde-chasse et prévoit de profiter du voyage à Venise prévu par Hilda et leur père pour s'enfuir. Ned, le compagnon de la femme de Oliver, découvre chez ce dernier une lingerie de Connie et répand la rumeur de leur liaison durant l'absence de la jeune femme.


Mis au courant, Clifford convoque Oliver et le licencie sur-le-champ tandis que Mrs. Bolton téléphone à Connie pour la tenir au courant. Elle rentre précipitamment et annonce à Clifford qu'elle le quitte et qu'elle est enceinte de son mant. Il la supplie de rester à ses côtés puis la menace. Mais rien n'y fait : Connie s'en va et demande à Mrs. Bolton de faire passer le mot si quelqu'un sait où est allé Oliver.


Seule à Venise, enceinte, Connie est sans nouvelles pendant de longs mois de son amant et l'objet de quolibets des bourgeois en villégiature. Elle rentre à Londres avec Hilda qui vient de recevoir une lettre de Oliver. Il s'est établi en Ecosse où il a trouvé une place dans une ferme et justifie son silence en expliquant qu'il voulait pouvoir les recevoir dignement, elle et leur enfant. Elle part le rejoindre.

Le roman de D.H. Lawrence a connu quantité d'adaptations, mais en 2006 la réalisatrice Pascale Ferran a certainement produit la plus belle. Il fallait donc du culot à Laure de Clermont-Tonnerre pour y revenir. Mais la cinéaste, auteur du très beau Nevada (2019, avec Matthias Schoenaerts), a parfaitement su se distinguer.

Netflix aussi a eu l'audace de financer ce projet, même si, donc, L'Amant de Lady Chatterley, mis en ligne le 2 Décembre, est accompagné d'une signalétique +18 ans pour "Sexe" (un avertissement bien hypocrite puisque la plateforme de streaming ne peut vérifier l'âge de ses abonnés).

Le script de cette version a été rédigé par David Magee, qui a été le scénariste de L'Odyssée de Pi (Ang Lee, 2012) entre autres. Il a pris quelques libertés avec le texte, supprimant quelques péripéties pour mieux se concentrer sur deux aspects : d'abord la personnalité de Clifford Chatterley, bourgeois estropié durant la Grand Guerre et convaincu qu'il a été élevé pour diriger les autres et que ces autres l'ont été pour servir ; et ensuite la romance torride et poignante entre Lady Chatterley et le garde-chasse. Plus donc de liaison entre Constance Reid et Michaelis comme dans le roman, et c'est tant mieux.

Avec Laure de Clermont-Tonnerre, Magee semble s'être accordé sur un point essentiel : combattre à tout prix la reconstitution, éviter absolument le piège du film d'époque en costumes. Il souffle dès lors une sorte d'insouciance, de légèreté et de passion dans cette histoire, loin des clichés poussiéreux de l'époque édouardienne. La caméra est très mobile, la lumière naturelle, les comédiens souvent sans maquillage.

La cinéaste s'est même permise d'improviser et il en ressort des scènes grisantes comme celle-ci où Connie chez Oliver entend la pluie tomber. Elle sort de son cottage et se déshabille. Il l'imite et les voilà à courir comme Adam et Eve dans un champ, tout à la joie de leur amour. La spontanéité qu'on ressent chez les deux acteurs devant l'objectif n'est pas feinte et apparaît comme la mesure du film tout entier où tout arrive sans préméditation et où chaque instant amoureux est croqué avec appétit.

On pouvait craindre qu'avec 127 minutes au compteur, il y ait des baisses de régime, une exposition un peu trop longue ou une fin qui s'étire. Mais rien de tout cela. Laure de Clermont-Tonnerre use d'ellipses, comme quand elle ne montre que la guerre dans le reflet de la diligence qui emmène Clifford sur le front. Le coeur battant du projet occupe les deux tiers de l'ensemble avec la chronique de l'amour fou entre Connie et Oliver. Le plus délicat étant bien sûr de montrer le début de cette romance et encore une fois, on a droit à une scène vibrante, allant crescendo, merveilleusement saisie.

Quand le ton s'assombrit, que la liaison de Lady Chatterley et du garde-chasse menace d'être révélée puis qu'elle l'est, la cinéaste ne perd jamais de vue aucun des protagonistes. Le spectateur peut apprécier la richesse et la finesse de leur caractérisation : Connie, qui a eu un amant allemand avant son mariage, est susceptible d'être trop impulsive comme le lui reproche sa soeur aînée quand elle veut la raisonner en lui détaillant ce qu'elle subira en mettant fin à son mariage. La condition modeste d'Oliver est crûment mise à jour quand Connie le présente à Hilda mais il fait face avec une dignité qui force le respect et un sens des responsabilités exemplaire. Quant au rôle ingrat du mari trompé, il n'est pas joué grossièrement et on peut, malgré le mépris que nous inspire par ailleurs Clifford sur d'autres points, éprouver de la compassion pour lui.

D'excellents acteurs ne sauvent jamais un mauvais film, mais ils contribuent à sa réussite quand il est déjà aussi abouti. Et sur ce point, le casting de L'Amant de Lady Chatterley en 2022 est parfait. On s'amusera de trouver dans la distribution Joely Richardson (Mrs. Bolton) qui incarna Constance Reid dans un téléfilm en 1993. Matthew Duckett incarne avec beaucoup de présence Lord Chatterley. Mais évidemment, le choix du couple d'amants devait être irréprochable.

Et quelle inspiration de la part de Laure de Clermont-Tonnerre d'avoir associé Emma Corrin et Jack O'Connell. Là encore, il est drôle de constater qu'ils ont déjà fait les belles heures de productions Netflix puisque Emma Corrin était Lady Di dans la saison 4 de The Crown et Jack O'Connell le cowboy recueilli par des femmes dans Godless. L'un comme l'autre sont formidables, imposant un jeu à la fois intense et subtil, expressif et sobre.

Netflix n'a pas de raison d'avoir peur : le film est magnifique, sans aucune vulgarité ni complaisance. Et surtout il est l'un de leurs plus beaux projets de cette année.

samedi 3 décembre 2022

RIFKIN'S FESTIVAL, de Woody Allen

 

Rifkin's Festival est le 49ème film de Woody Allen et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il aura eu du mal à être distribué. Pourtant, loin d'être une oeuvre testamentaire comme certains critiques l'ont écrit, ce long métrage témoigne de la vitalité du cinéaste américain, désormais persona non grata dans son propre pays. Toujours en verve, il fait feu de tout bois avec cette histoire douce-amère.



Morty Rifkin accompagne sa femme, Sue, plus jeune que lui, au festival du cinéma de San Sebastian en Espagne. Elle y est en qualité d'attachée de presse pour Philippe, un cinéaste français, dont Morty dénigre les films faussement engagés. Ne jurant que par le cinéma d'auteur européen, Morty est plutôt élitiste mais surtout très jaloux du succès des autres, lui qui n'a jamais réussi à achever le grand roman dont il a si souvent parlé.


Morty se méfie surtout de la grande proximité entre Sue et Philippe qui flirtent ouvertement devant lui. La situation lui inspire des rêves où sa vie conjugale imite de grands classiques du 7ème Art comme Citizen Kane, A Bout de souffle, Jules et Jim, Persona, Les Fraises sauvages, L'Ange exterminateur ou Huit et demi.


Ses journées deviennent aussi agitées que ses nuits et Morty doit consulter un médecin car il imagine être atteint de divers maux. C'est ainsi qu'il fait la connaissance de la séduisante Dr. Joanna Rojas, qui lui confie avoir fait ses études à New York à la même époque où Morty enseignait le cinéma à l'université. Elle est à présent en couple avec un peintre infidèle.


Morty est attiré par la jeune femme et se met en tête de la faire quitter ce compagnon volage. Il la revoit en prétextant souffrir de nouveaux troubles. Il lui demande de lui faire visiter la région et recueille ses confidences comme elle reçoit les siennes. Tous deux conviennent ne pas être heureux, tourmentés par leurs conjoints. Mais  si Joanna tient quand même à accorder une nouvelle chance à son couple, Morty tombe de haut quand Sue lui annonce qu'elle le quitte pour Philippe.
 

Après avoir une nouvelle fois appelé Joanna et avoir compris qu'elle ne repartirait pas à New York, Morty flâne sur la plage où il s'imagine jouer aux échecs avec la Mort comme dans Le Septième Sceau d'Ingmar Bergman. Cela le motive à changer de vie en reprenant l'enseignement, en étant moins snob dans ses goûts cinématographiques.

Woody Allen a 87 ans et à son âge, il pourrait se retirer et profiter des années qu'il lui reste, en exil en Europe. Mais malgré les épreuves qui l'accablent depuis un moment, le cinéaste new yorkais ne baisse pas les bras et fait preuve d'une résilience étonnante.

Condamné par le milieu du cinéma alors qu'il a toujours été blanchi par la justice d'accusations pédophiles par son ex-femme Mia Farrow, Woody Allen ne peut désormais plus tourner aux Etats-Unis où aucun producteur ne veut associer son nom au sien et où très peu d'acteurs ont le courage de le soutenir. Situation affligeante mais révélatrice à la fois des excès du mouvement #MeToo et de la justice médiatique, le cinéaste est désormais considéré comme un criminel au même titre que Harvey Weinstein.

Depuis 2019 et Un Jour de pluie à New York, Allen a donc considérablement ralenti sa production, autrefois métronomique d'un film par an. La difficulté à trouver des financements, une lassitude probable et légitime, l'ont forcé à l'exil. Ayant réalisé de grands films de ce côté-ci de l'Atlantique, Allen s'est acclimaté et a rebondi, tant bien que mal. Il aura quand même fallu deux ans pour que Rifkin's Festival sorte en France, d'abord retardé par la pandémie de Covid 19 puis repoussé (sauf en Belgique où il était dans les salles dès Août 2021).

Inutile de se voiler la face : Woody est désormais tricard partout. Rifin's Festival a fait un bide en France, où pourtant historiquement il a toujours été bien accueilli. La critique a été tiède et certains y ont même vu un opus testamentaire. Manque de bol : le mort bouge encore puisqu'il tourne actuellement son 50ème long métrage (en français avec des acteurs français).

Ce qui frappe dès lors, c'est l'épatante vitalité qu'on trouve dans ce film où, loin d'être aigri, amer, déprimé, Woody Allen fait feu de tout bois, comme s'il n'avait, littéralement, plus rien à perdre. Cette histoire d'un professeur de cinéma retiré marié à une femme plus jeune qui finit par le quitter pour un réalisateur encore plus jeune contient des dialogues merveilleux, avec ce sens de la formule inégalé, et une caractérisation irrésistible.

La partition n'est pas particulièrement originale, mais elle est maîtrisée, plus que la majorité des comédies qu'on peut voir. Allen a ce génie de nous faire suivre des personnages passant leur temps à refaire le monde en se regardant le nombril sans jamais être ennuyeux, mais en étant très spirituel. 

Formellement surtout, Rifkin's Festival est étincelant, divinement inventif : à plusieurs reprises, le héros cauchemarde sur les infidélités de son épouse et revisite les grands classiques, se mettant en scène dans des pastiches hilarants de Jules et Jim ou Persona, convoquant Godard ou Buñuel, rigolant de Bergman ou de Welles. Pour quelqu'un comme Allen qui porte aux nues tous ces noms illustres du 7ème Art, le geste ne manque pas de saveur, mais surtout il confère à son propre film une légèreté contredisant toutes les hypothèses sur son manque d'inspiration et ses projets de retraite. C'est surtout un effort de mise en scène qui vient souligner que Allen n'est pas qu'un bon narrateur et un dialoguiste virtuose mais aussi un vrai formaliste.

Le casting ne compte pas (plus) de vedettes, jeunes ou confirmées, comme à la grande époque, mais des comédiens aguerris et ravis d'être filmés par le cinéaste. Il peut se reposer sur Wallace Shawn qui réussit à composer ce fameux Morty, double évident, sans imiter Allen. Gina Gershon rappelle quelle actrice impeccable elle est. Louis Garrel est aussi tête à claques que son personnage de petit génie de festival. Et Elena Anaya est radieuse en doctoresse touchée par le vieux Rifkin mais incapable de s'émanciper d'un amant toxique. Et Christoph Waltz fait une apparition désopilante à la fin (j'ai presque envie de dire que, juste pour ça, ça vaut le détour).

Pas de gras, en 1h. 25, c'est bouclé. Maintenant, espérons qu'on aura pas à attendre aussi longtemps avant d'apprécier le 50ème film de Woody Allen, et qu'entre temps, critiques et public sauront revenir à la raison en admettant qu'il est innocent et toujours aussi en forme.

BLACK ADAM, de Jaume Collet-Serra


Dawyne "The Rock" Johnson avait averti : Black Adam allait changer la donne pour le DCEU (DC Extended Universe). Et le public a vu... Que rien n'a changé. Sans être un bide, le film de Jaume Collet-Serra n'a pas fait exploser le box-office et n'a rien révolutionné chez les super-héros de Warner Bros. Tout cela traduit l'égo boursouflé d'une star qui a certes porté ce projet mais sans se soucier de ce qu'il raconterait.



En 2 600 av. J.C., le tyrannique Ahk-Ton prend le pouvoir du Kahndaq et asservit son peuple qu'il envoie exploiter des carrières pour trouver de l'Eterniuim afin de former le couronne de Sabbac, qui lui conférera des pouvoirs divins. Mais un jeune esclave provoque une émeute. Il est sur le point d'être exécuté pour l'exemple lorsque le sorcier Shazam l'investit de pouvoirs lui permettant d'empêcher Ahk-Ton de concrétiser son plan.


De nos jours, l'archéologue Adrianna Tomaz retrouve la couronne de Sabbac mais, trahie par son acolyte Ishmaël, pour empêcher que la relique ne tombe dans les mains de l'Intergang qui règne sur le Kahndaq, elle invoque Shazam. Le champion du sorcier, Teth-Adam resurgit et massacre les pilleurs de tombes. Ces événements ne passent pas inaperçus et Amanda Waller contacte la Société de Justice d'Amérique pour intervenir. Hawkman rassemble une équipe en urgence.


La Société de Justice affronte Teth-Adam déchaîné, poussé par Adrianna Tomaz à purger le Kahndaq de la pègre qui le contrôle. Les méthodes expéditives du champion se heurtent aux ripostes musclés des héros qui tentent de faire comprendre aux autochtones qu'ils soignet le mal par le mal en le supportant. Ishmaël kidnappe le fils d'Adrianna qui lui avait confié la couronne de Sabbac.


Teth-Adam accepte alors de s'allier avec la Société de Justice pour sauver l'enfant et neutraliser Ishmaël. En capturant  des sbires de l'Intergang allié de IshMaël, ils localisent son repaire et s'y rendent. Ishmaël révèle alors être le dernier descendant de Ahk-Ton et que la couronne de Sabbac lui revient donc de droit. Mais Teth-Adam attaque sans avertir ses partenaires et provoque l'explosion du repaire du méchant.


Adrianna et les héros survivent tandis qu'Ishmaël périt. Teth-Adam a cependant compris qu'il n'avait plus sa place dans ce monde et accepte d'être remis à Amanda Waller qui l'enferme dans sa prison en Antarctique. Le Dr. Fate et Adrianna découvrent, eux, une inscription à l'intérieur de la couronne de Sabbac et comprennent que Ishmaël a calculé sa mort pour échouer aux enfers où il serait ressucité par Sabbac lui-même afin de préparer son retour dans notre dimension.


La Société de Justice retourne au Kahndaq où, en effet, Ishmaël/Sabbac reprend le contrôle du territoire avec sa légion de morts-vivants. Dr. Fate écarte ses partenaires pour affronter le démon seul, mais il ne peut le contenir seul et, avant de mourir, il jette un sort pour libérer Teth-Adam de sa prison afin qu'il vienne aider Hawkman, Cyclone et Atom Smasher.


Teth-Adam joint ses forces à ceux des héros et réussit à tuer Ishmaël. Acclamé comme leur libérateur, et ayant gagné l'estime de la Société de Justice, il obtient de rester au Kahndaq pour veiller sur la population qui le rebaptise Black Adam.

Une scène post-générique de fin montre Amanda Waller mettre en garde Black Adam en le menaçant de représailles s'il sort du Kahndaq, sans que cela l'impressionne. Superman arrive alors pour parlementer avec Adam.

"Un mauvais plan vaut mieux que pas de plan du tout" : cette phrase est prononcée à plusieurs reprises par Hawkman et Dr. Fate dans le film comme un aveu de faiblesse face aux difficultés qu'ils s'apprêtent à rencontrer pour maîtriser Black Adam puis Sabbac. Les scénaristes semblent l'avoir écrite comme un aveu de leur part pour dire au spectateur qu'eux aussi ont eu toutes les difficultés du monde à rendre un script convenable.

Black Adam est un projet qui attendait d'être réalisé depuis plusieurs années et Dwayne "the Rock" Johnson a tout fait pour porter à l'écran les exploits de ce personnage. A l'origine, il fut question de l'intégrer au premier film Shazam mais la star convainquit la Warner Bros. d'y renoncer. On pouvait déjà deviner dans cette intention un caprice de diva qui ne comptait pas partager l'affiche.

Et cela se confirme en voyant le résultat où Johnson se taille la part du lion. Mais sans avoir converti son ambition en une oeuvre à la mesure de son rêve de fan de comics. Black Adam n'est pas plus mauvais que d'autres films de Warner Bros. adaptés des comics DC. Mais il n'est franchement pas meilleur non plus.

Et cela renvoie aux déclarations fanfaronnes de Johnson qui, durant la promotion du film, jurait que Black Adam allait changer le rapport de force dans la catégorie des films de super-héros au sein du DCEU mais aussi face à l'ogre Marvel. Aujourd'hui que les chiffres ont parlé, plus implacable que tous les scénarios, Black Panther : Wakanda Forever a réaliser en une semaine l'équivalent du total des profits générés par Black Adam (finissant sa course aux alentours de 325 millions de dollars quand le film de Ryan Googler a dépassé le milliard).

"Un mauvais plan vaut mieux que pas de plan du tout". Mais encore faut-il avoir un plan, et on ne distingue jamais celui de Black Adam : ses trois scénaristes (Adam Sztykel, Rory Haines, Sohrab Noshirvani) et son réalisateur (Jaime Collet-Serra, ancien espoir du cinéma espagnol devenu un de ces innombrables "yes men" à qui les majors confient des gros budgets pour des produits sans âme) vont tout simplement trop vite. Le film se veut à la fois une origin story (inutilement tarabiscotée), un actioneer et le début d'une franchise. Il n'est rien de tout ça, faute de développement correct.

Certains éléments narratifs sont grotesques, comme le fait que Adrianna Tomaz retrouve une couronne perdue depuis 5 000 ans aussi facilement, le fait que cette couronne passe de main en main comme un vulgaire bibelot alors qu'elle est censée contenir un pouvoir surpuissant, que la Societé de Justice est introduite sans présentation et réduite à quatre membres (dont deux sont de parfaits rookies), que tout ce beau monde se met sur la tronche avant de faire cause commune, puis d'affronter le vrai grand méchant dans une bataille brouillonne et expédiée.

Le pire reste à venir quand Teth-Adam est acclamé par la foule qui veut en faire son nouveau chef. Peu de temps avant, les mêmes autochtones vouaient aux gémonies les héros américains dans ce qui se voulaient une critique pertinente de l'interventionnisme des Etats-Unis au Moyen-Orient. Mais finalement ces mêmes habitants du Kahndaq applaudissent et réclament un chef qui grille ses ennemis et coupe en deux son adversaire. Ils échangent donc la mafia de l'Intergang aujourd'hui comme hier ils se sont débarrassés de Ahk-Ton pour un pseudo champion à la moralité aussi douteuse et au comportement aussi brutal. On touche le fond.

Le caractère bâtard du film s'affirme encore plus quand il se veut déconnecté de ceux qui l'ont précédé (en faisant appel à la JSA plutôt qu'à la Justice League ou Shazam pour arrêter Teth-Adam) mais ne peut s'empêcher de convoquer Amanda Waller (Viola Davis, qui cachetonne), la patronne de la Task Force X/Suicide Squad, au moment d'appeler à la rescousse la Société de Justice justement. On mesure bien là tout le problème qui pollue le DCEU qui doit encore programmer des films comme Flash (sauf si le patron de Warner Bros. Discovery admet que ce serait vraiment une erreur) tout en préparant sa mue sous l'impulsion de James Gunn (et Peter Safran), désormais en charge de tout le DCU (cinéma, télé, jeux vidéos, films d'animation) sous le titre de DCU.

"Un mauvais plan..." : c'est qu'a l'air de penser durant la majorité du film Pierce Brosnan, le seul à ne pas sombrer avec ce paquebot pas beau. L'ex-interprète de James Bond incarne avec une élégance imparable le Dr. Fate et semble déjà voir, comme son personnage, le désastre à venir. Les scénaristes, qui ne sont plus à ça près, le sacrifient à la fin, mais lui rendent au bout du compte un fier service car le spectateur sait alors que c'était bien le meilleur de tous.

Aldis Hodge en Hawkman n'est pas mauvais mais son rôle est trop bâclé : manquant de charisme, l'acteur a du mal à convaincre en leader trop buté pour saisir les enjeux qui se présentent à lui. Noah Centino est pitoyable, et son Atom Smasher est réduit à un prétexte à gags pas drôles. Quintessa Swindel est jolie comme un coeur mais n'a rien à jouer, le film en fait une toupie multicolore pour justifier des effets spéciaux. Sarah Shahi est vraiment horripilante de bout en bout.

Reste donc Dwayne Johnson, qui cherche constamment à rendre Black Adam cool, mais qui s'embourbe tout seul dans un personnage qui n'a ni l'ambiguité ni la majesté de l'anti-héros des comics. Qu'il soit fan du personnage, c'est certainement sincère, mais cela ne suffit pas. Ni la Warner ni sa star ne veulent assumer le côté malaisant de Black Adam, une brute aux méthodes douteuses, un dieu hors du temps, un champion mais aussi un dictateur. Il suffit d'une courte scène post-générique (tourné d'ailleurs in extremis, après la fin du film) pour comprendre que Henry Cavill/Superman a infiniment plus d'autorité et de classe que "the Rock"/Black Adam... Et se ficher pas mal de savoir si, un jour, on assistera à une bagarre entre ces deux-là (pour ça il faudrait déjà que le studio refasse signer un contrat à Cavill, ce qui n'est toujours pas fait).

Conclusion : je souhaite bien du courage et du plaisir à James Gunn (et Peter Safran) pour leur DCU. Entre les dévots insupportables de Zack Snyder (toujours bruyants sur les réseaux sociaux), le foutoir sans nom des films et séries appartenant ou nom au même monde, et de futurs projets (gravés dans le marbre d'une "bible" qui serait révélée en 2023), il va falloir faire preuve de discernement et de patience pour transformer tout ça en quelque chose de cohérent, connecté et durable. Seule certitude : ça n'aura pas commencé par Black Adam.

jeudi 1 décembre 2022

X-TERMINATORS #3, de Leah Williams et Carlos Gomez


Ce troisième épisode de X-Terminators ne déroge pas à la règle de cette mini-série : c'est toujours complètement déjanté et délicieusement idiot. Leah Williams et Carlos Gomez s'en donnent à coeur joie et nous amusent avec cette aventure qui part dans tous les sens, se moquant des bonnes manières. C'est donc jouissif mais aussi instructif...


Après avoir affronté leurs sosies dans le labyrinthe de glace, Dazzler, Jubilé, Boom-Boom et Wolverine doivent maintenant éliminer des vampires chasseurs envoyés dans l'arène par Alex.


Les quatre mutantes s'en débarrassent sans faire de quartier. Mais Dazzler a alors l'idée d'utiliser le volume sonore des clameurs du public pour faire exploser le labyrinthe de glace avec Boom-Boom.


Dazzler remarque alors que Alex observe la scène depuis sa tribune et se jette sur lui. Il disparaît mais Dazzler trouve dans la logue une créature de l'Outremonde utilisé pour créer les épreuves.


Wolverine entraîne Boom-Boom et Jubilé dans le puits sous le labyrinthe où elle sent une odeur familière. Rejointes par Dazzler et la créature, les filles comprennent qu'il s'agit d'un nouveau piège...

Il ne faut pas chercher à analyser raisonnablement X-Terminators pour l'apprécier. Cette mini-série est un sommet de wtf et ce troisième épisode le confirme : ça part dans tous les sens, les héroïnes réagissent après avoir subi mais continuent de se battre n'importe comment, improvisant en massacrant leurs adversaires et en faisant tout péter au passage.

Le rebondissement final qui révèle qui est le véritable cerveau de l'affaire depuis le début, à qui Alex livre Wolverine, Dazzler, Jubilé et Boom-Boom est une preuve de plus que ce récit n'obéit à aucune règle et donne au lecteur une suite de péripéties absurdes et hilrantes autant que sanguinolentes. Mais, en même temps, comme on l'a découvert dans le numéro précédent, on sait que notre quatuor de mutantes s'en sont tirées puisqu'elles expliquent leurs actions au conseil de Krakoa. Cependant, on s'interrogera quand même sur la manière dont elles y sont parvenues puisqu'elles comparaissent les mains liées dans le dos par Krakoa, ce qui veut dire qu'elles ont dû commettre de sacrées boulettes...

Le résumé ci-dessus ne donne qu'une vague idée de ce que raconte l'épisode proprement dit cr c'est difficile à retranscrire (et que j'ai voulu ne pas tout dire). On se tape dessus, on fait exploser des tas de trucs (y compris des vampires), on coupe, on lacère, et le sang gicle en quantité déraisonnable à chaque page. Leah Williams n'y va pas avec le dos de la cuiller.

Carlos Gomez lâche aussi les chevaux dans des pages à la dynamite. Comme pourraient le faire Terry Dodson ou Frank Cho, Gomez adore mettre en valeur la plastique avantageuse de ses héroïnes et il ne s'en prive pas, mais sans sombrer dans la vulgarité. Il faut dire qu'avec toute l'hémoglobine qui tâche ce qui leur reste de vêtements, l'érotisme est bien altéré et ce sont autant des pin-ups que des furies dont on suit les exploits.

Ceci étant dir, vous vous demandez certainement pourquoi j'ai jugé que c'était aussi une histoire instructive. Et c'est sur ce plan-là que X-Terminators est sûrement le plus audacieux, le plus original.

Il est fréquent de lire que Marvel est devenu (trop) "woke" avec la création de personnages issues des "minorités ethniques", comme Miles Morales/Spider-Man ou Kamala Kahn/Ms Marvel. Dans le MCU, c'est peut-être encore plus flagrant puisque même Namor est devenu un prince des mers méso-américains, ou que Valkyrie est interprétée par une afro-américaine comme Heimdall avant elle, sans parler des Eternels qu'on a vu incarner par des comédiens venant de partout dans le monde.

L'idéologie "woke" a mauvaise presse, et pour de bonnes raisons me semble-t-il puisqu'on a érigé cette façon de penser en une sorte de dogme pseudo-progressiste. Je n'en suis pas à dire qu'il faut rester entre blancs caucasiens, occidentaux, et ne pas s'ouvrir à la diversité. Mais les partisans du wokisme, sous prétexte d'être "éveillés", voient quand même le mal partout, accusant ceux-ci d'être des colonialistes, ceux-là des racistes systémiques, er d'autres encore d'être sexistes dès qu'on ne pense pas comme eux. Or on peut être progressistes sans être aveuglèment "woke".

Injecter de la diversité et de la tolérance n'est ni une faiblesse ni une force, c'est une volonté. Quand cette démarche est forcée par des courants qui réclament cela comme un dû, alors ça ne peut pas fonctionner car cela revient à imposer une volonté contre une autre. Sans oublier que toute l'idéologie "woke" est tout de même très lestée par une culpabilité quasi-religieuse, où on doit se repentir de fautes (réelles ou supposées) commises par nos aïeux. On ne corrige pas le passé en déboulonnant des statues ou en vandalisant des oeuvres d'art, on ne réécrit pas l'Histoire parce que cela froisse certaines susceptibilités modernes. Il faut assumer ce qui a été fait et faire en sorte que le pire ne se reproduise pas, pas faire comme si tout le monde était responsable, pas croire qu'il y a des bons et des méchants de façon manichéenne.

Ce qui me ramène à X-Terminators et à ses vertus instructives. Car si on lit cette mini-série sans faire attention, alors attention les yeux ! Dans cet épisode en particulier, Jubilé donne un coup dans la poitrine de Boom-Boom et en ricane, soulignant qu'elle a des seins si gros qu'il est impossible de les manquer. Puis ensuite Jubilé et Boom-Boom se mettent à plaisanter sur le gros derrière de Dazzler. Des propos parfaitement machistes, déplacés, graveleux. Sauf que...

Sauf que X-Terminators est écrit par une femme et ça change tout. Rédigé par un scénariste, ces dialogues seraient d'une beaufitude digne d'être dénoncés par des chiennes de garde. Qu'une femme assume ce genre de propos et cherche à faire rire avec autorise le lecteur à s'en amuser sans gêne. Et surtout dynamite le reproche fait à Marvel d'être "woke".

Leah Williams se fiche ouvertement de la bienséance. Elle choisit de rigoler de bon coeur sur les gros nichons de Tabitha Smith ou le gros cul de Alison Blaire tout en charcutant des vampires. Et bon sang, que ça fait du bien de lire ça ! De lire un comic-book aussi inconvenant ! De lire un comic-book mutant aussi peu sérieux ! Tout à coup, c'est comme si Leah Williams ouvrait grand les fenêtres de la déconne tout en faisant semblant d'avertir le lecteur que ce n'était pas pour tout public.

Ce faisant, la scénariste dédouane son dessinateur qui peut dès lors dessiner ces quatre filles girondes en train d'échanger des propos salaces tout en éclatant des vampires et en faisant couler le sang sans retenue. Carlos Gomez n'est jamais vulgaire, mais il ose tout ce que le script de sa partenaire lui fournit comme cette image cartoonesque où Boom-Boom montre sa poitrine en provoquant une explosion (en fait on ne voit donc pas ses seins mais le résultat est encore plus bidonnant).

Malgré tout, il s'en trouvera certainement pour pointer qu'il n'y ait pas par exemple de noirs dans cette histoire ou d'homosexuels, ou que tout cela est simplement bête à manger du foin, que ça n'est pas digne des publications de la franchise X ou de Marvel en général. Il y aura toujours quelque chose qui ne va pas car sans ça, comment vivraient les "woke" pour qui le déclinisme est une profession de foi et l'humanité un échec.

Mais si vous voulez lire un comic-book complètement barré, volontairement wtf, écrit sans aucune bride et dessiné avec vigueur, alors vous vous régalerez en compagnie des X-Terminators ! (Et il est même très possible que vous regrettiez que ça finisse dans deux mois.)