mardi 5 avril 2022

BATMAN : KILLING TIME #2, de Tom King et David Marquez


Comme dirait Edward Nygma, Batman : Killing Time est un mystère dans une énigme. Tom King prend un malin plaisir à raconter son intrigue de façon décousue pour nous inviter à reconstituer un puzzle. Il faut (un peu) s'accrocher, mais c'est tout de même jubilatoiren surtout que c'est aussi très beau grâce au dessin de David Marquez.
 

D'abord, le Joker confia à Catwoman qu'après avoir réussi à pièger Batman et à lui injecter un sérum de vérité, il a appris un de ses secrets. Elle le partage avec le Sphinx.


Tous deux sont arrêtés peu après lors d'un braquage d'une bijouterie. Envoyés à l'asile d'Arkham, Edward Nygma élabore un plan en exploitant le secret de Batman et convainc Catwoman de l'aider.


Leur méfait accompli, le Sphinx, qui avait convenu de transiger avec le Pingouin, lui ôte sa confiance et le roue de coups. Batman, mis au courant de l'état d'Oswald Cobblepot, obtient son dossier médical.


Batman décrypte en lisant le compte rendu post-opératoire du Pingouin un message laissé intentionnellement par le Sphinx et qui le conduit à la planque qu'il partage avec Catwoman...

Le résumé ci-dessus remet dans l'ordre chronologique l'essentiel du contenu de cet épisode. Ne croyez pas cependant que je vous dis tout ni que sous cette forme l'intrigue mijotée par Tom King soit plus sibylline.

Selon l'humeur, on peut accepter, ou non, de se laisser rouler dans la farine. C'est un des plaisirs du récit policier quand l'auteur s'amuse à égarer le lecteur pour dissimuler ses intentions ou le véritable dessein de l'histoire. C'est le principe de Batman : Killing Time.

Si King ménage ses effets sur les références antiques, avec le meurtre sauvage du roi Penthée de Thèbes par les Ménades (des adoratrices de Dyonisos), car il sait que cela déroutera le lecteur, il narre le reste de son scénario en l'éclatant. En allant et venant dans le temps, de quelques jours à quelques semaines avant le casse commis par le Sphinx et Catwoman, exposé dans le précédent numéro, nous apprenons, dans le désordre, comment ce méfait s'est produit.

Bien entendu, et c'est la partie la plus convenue, le Joker ne pouvait pas être absent de cette affaire. Il est alors bon de rappeler que Batman : Killing Time se situe dans les premières années d'exercice de Batman. L'asile d'Arkham par exemple vient d'être ouvert, les relations entre le dark knight et le commissaire James Gordon sont encore balbutiantes, Catwoman est une voleuse et le Sphinx un criminel, le Pingouin déjà un caïd, Killer Croc un homme de main.

Une fois tous ces éléments en mémoire, on saisit et on savoure mieux ce qui suit. On n'a donc pas affaire à un über-Batman façon Grant Morrison qui anticipe tout tel un maître d'échecs, mais plutôt un détective masqué et capé qui tâtonne, et qui inspire des réflexions diverses chez ses alliés et ses ennemis. Ainsi Gordon n'en est encore qu'à envisager d'accorder l'accès aux détenus d'Arkham à ce justicier tandis que Catwoman vit dans l'appréhension constante d'être rattrapé par lui et que le Sphinx le voit comme une énigme sadique dont il n'a percé le sens.

Cela justifie aussi l'attitude de Vera Miles, la petite amie de Croc, qui dilapide sans prudence l'argent qu'il lui a confiée, peu intimidée par Batman qui l'attend chez elle mais qui s'y est introduit par effraction (et qui pourrait avoir à en répondre à la justice). Dans ces moments-là, il y a un plaisir exquis à lire la manière, inédite, dont King s'empare du personnage qu'il a, jusqu'alors, animé dans une version plus expérimentée.

De la même manière, on sent bien chez Catwoman et le Sphinx une sorte de fébrilité (inquiète chez elle, excitée chez lui) à avoir réussi un coup fumant tout en devant refourguer leur butin avant que Batman ne les retrouve. On peut cependant penser que Edward Nygma va trahir Selina Kyle puisqu'il a laissé des indices derrière eux - que Batman va savoir traduire (et qui sont particulièrement retors).

Cette mini-série est donc diablement séduisante, par sa capacité narrative à nous ferrer, mais aussi par sa qualité graphique. David Marquez est en grande forme et insuffle à ce projet un dynamisme remarquable. Il imprime au script un sens de l'espace complémentaire avec celui sur le temps exploité par King.

S'il a recours à l'occasion aux "gaufriers" chers au scénariste, Marquez se distingue en composant des images au format généreux, qui colle à l'ambiance cinématographique. Tout est fait, dans ce dessin, pour divertir, des angles de vue aux valeurs de plans. Parce qu'il dispose d'un casting de personnages quatre étoiles, Marquez s'amuse visiblement beaucoup à en donner des représentations charismatiques.

Batman apparaît comme un héros encore en progression, qui fait usage de la violence pour obtenir des renseignements rapidement. Catwoman, elle aussi, est mue par une impatience croissante, n'hésitant pas à rudoyer le Sphinx, trépignant en attendant le mystérieux acheteur que Nygma a trouvé, mais exposant aussi sa vulnérabilité quand elle est montrée, brisée, dans sa cellule capitonnée à Arkham. 

A contrario, le Sphinx brille par sa suffisance, et Marquez insiste pour le dessiner comme un voyou plein de charme mais aussi brutal et féroce. Enfin, Vera Miles emprunte à la figure plus classique de la femme fatale pour qui les hommes perdent la tête mais qui court aussi à sa propre perte.

Le tout baigne dans des couleurs chaudes, signées Alejandro Sanchez, imprimant à l'ensemble une sensualité vénéneuse. Tout ça est quand même assez imparable.

Fort de toutes ces qualités, Batman : Killing Time confirme la bonne impression de son premier numéro et affiche un gros potentiel. Tous ceux qui croyaient que Tom King ne savait écrire le dark knight que d'une seule manière en seront pour leur frais. Les autres peuvent investir en confiance dans cette mini-série.

lundi 4 avril 2022

IMMORTAL X-MEN #1, de Kieron Gillen et Lucas Werneck


Après quelques tergiversations, j'ai décidé de donner sa chance à cette nouvelle série écrite par Kieron Gillen et dessinée par Lucas Werneck parce que j'aime bien l'idée qu'un titre se  concentre sur le conseil de Krakoa. Ce premier numéro nous met dans l'ambiance tout en conservant une distance ironique avec l'action, narrée par Mr. Sinistre.


Krakoa. Magneto annonce aux membres du conseil qu'il quitte son siège pour s'établir sur Arakko (Mars). Sa décision oblige à chercher un remplaçant. Mr. Sinistre observe cela avec malice.


Après d'autres postulants, Séléné présente sa candidature en argumentant que Apocalypse n'a pas de successeur et qu'elle est immortelle et experte en magie comme lui. 


Mais Hope s'invite à la partie, poussée par Exodus qui la considère toujours comme le Messie mutant. Un vote s'ensuit et Hope l'emporte par six voix contre cinq.


Charles Xavier doit à présent annoncer sa défaite à Séléné. La situation dégénère aussitôt...

Vous remarquerez que ce résumé de l'épisode est un peu différent de que je propose d'habitude. C'est un changement que j'ai décidé afin de préserver davantage l'issue de chaque chapitre, et j'espère que cela vous conviendra.

Cette concision est aussi la traduction de la qualité que j'ai finalement trouvé à cet épisode car Kieron Gillen a beau avoir livré un numéro de 36 pages, son propos est direct et efficace. Je n'étais pourtant pas acquis à la série puisque du même scénariste, je suis assez déçu de l'évolution de Eternals (après un premier arc très réussi) et que le dessinateur, Lucas Werneck, me semble encore perfectible.

Immortal X-Men, toutefois, répond à une des mes attentes, à savoir une série sur le conseil de Krakoa. Ce gouvernement mutant imaginé par Jonathan Hickman est, à mes yeux, un élément de la franchise X que Marvel aurait eu tort de négliger, et j'estime que c'est, encore plus depuis Inferno, une source d'intrigues avec un grand potentiel.

Bien entendu, j'aurai préféré que Hickman reste et écrive lui-même Immortal X-Men, qui ressemble énormément à une idée qu'il a légué au staff éditorial. Aussi je compte fort sur Gillen pour ne pas la gâcher. Ce début est en tout cas encourageant.

Le scénariste débute par un flashback très curieux situé en 1919 à Paris, avec Nathaniel EssexMr. Sinstre et Irene Adler/Destinée. Cette dernière évoque une guerre à venir à laquelle son interlocuteur compte bien assister du côté des vainqueurs. Mais la médium mutante semble parler d'un conflit encore plus lointain et terrible, concernant leur race. Elle glisse alors quelques mots (imperceptibles) à l'oreille d'Essex qui succombe à une attaque.Raven Darkholme/Mystique arrive et Irene Adler et elle se retirent.

Le sens de ce flashback est nébuleux, mais c'est un hameçon malin pour éveiller la curiosité du lecteur qui sait qu'il devra suivre la série pour savoir ce que Destinée a pu dire à Sinistre. Par ailleurs, le fan des X-Men depuis sa refonte par Hickman aura reconnu avec cette scène une parodie habile de l'introduction de Powers of X #1, avec Charles Xavier abordé par Moira MacTaggert avant qu'elle ne lui ouvre son esprit et qu'il n'apprenne le secret de ses pouvoirs.

Le récit fait un bond conséquent jusqu'à nos jours, sur Krakoa. Magneto annonce à ses pairs du conseil qu'il quitte son siège pour s'installer sur Arakko (Mars colonisé par les mutants et refuge désormais des arakki). A partir de là, Gillen déroule sa pelote avec une fluidité remarquable : la situation déclenche moult réactions et oblige à trouver un remplaçant. On assiste donc à un défilé de postulants et surtout à la révélation, attendue, que chacun dans le conseil suit désormais son propre agenda.

Depuis Inferno, et même depuis X of Swords et le départ de Apocalypse, cette crise couvait et éclate au grand jour maintenant. Il est alors bon de rappeler que le conseil de Krakoa est divisé en quatre trios : l'Automne avec Xavier, Magneto et Destinée (qui a pris le siège laissé vacant pat Apocalypse) ; l'Hiver avec Diablo, Tornade et Colossus (dont tout le monde ignore qu'il est manipulé mentalement par son frère Mikhail) ; le Printemps avec Emma Frost, Sebastian Shaw et Kitty Pryde ; et l'Eté avec Sinistre, Exodus et Mystique. 

Le départ de Magneto fragilise encore un peu plus Xavier, tandis que Emma Frost, en colère après les deux fondateurs de Krakoa, entend bien en profiter. Diablo et Tornade ignorent donc que leur ami Colossus n'est pas lui-même. Et Sinistre joue la comédie à Exodus (qui le déteste) et Mystique (qui soutient Destinée). Cet écheveau est un fantastique réseau relationnel où plus que jamais chacun joue pour avoir un peu plus de pouvoir, d'influence. Exodus va, le premier, tenter d'en tirer parti en poussant Hope à postuler car il croit sincèrement en elle, la considérant toujours comme le Messie mutant. C'est sans compter sur Séléné, qui a des arguments très recevables pour se faire élire (elle est immortelle, adepte des arts occultes, estime que Apocalypse n'a pas été remplacé).

Le résultat du vote est serré et prouve bien que tous les coups sont permis. Gillen se permet de traiter cette scène avec rouerie et sur le ton de la comédie puisque c'est ainsi qu'est désormais caractérisé Mr. Sinistre. Toutefois, derrière le bouffon qui aime s'écouter penser et croit avoir plusieurs coups d'avance, se cache un vrai manipulateur dangereux, et la toute dernière page nous révèle ce qu'il cache et qui ne manquera pas de sidérer les lecteurs.

Ma seule réserve, pour ne pas dire mon appréhension, réside dans le fait que la narration via Sinstre ressemble beaucoup à celle de la Machine dans Eternals. Gillen répéte sans scrupules ce procédé, qui certes permet de donner une certaine distanciation à l'histoire (d'aucuns diraient une sorte de méta-textualité, mais ne poussons pas trop), mais qui peut aussi s'avérer un peu lourdingue sur la longueur. Je préférerai en tout cas que la série ait une vraie gravité et ne sombre pas dans la farce car, comme je l'écrivais plus haut, les enjeux, politiques, humains, requièrent une exigence dans le traitement.

Mon autre méfiance concerne Lucas Werneck. C'est un dessinateur clairement en devenir. C'est-à-dire qu'il dessine bien mais qu'il n'est pas franchement pas un narrateur accompli - c'est d'ailleurs le cas d'autres artistes sur la franchise (comme si Marvel, d'un côté, couvait les X-Men auxquels Hickman a redonné de la vigueur, mais de l'autre côté rechignait à placer des artistes solides sur les titres).

Un exemple frappant de la tendreté de Werneck, c'est son incapacité à composer correctement ses plans et à découper ses scènes de façon efficace. Plus habile à designer des looks (par ailleurs élégants) aux personnages qu'à les doter d'expressions nuancées et à les disposer harmonieusement dans l'espace de chaque plan et que chacun de ces plans forment un ensemble compact, Werneck donne cette impression laborieuse d'un artiste qui dessine au fur et à mesure, sans cencevoir ses planches dans leur totalité. Du coup, on a l'impression que, dès qu'il ne cadre pas rigoureusement (par exemple autrement qu'avec des gaufriers, une forme certes rigide mais qui évite de s'éparpiller), ses fins de page tombent systématiquement à plat, alors que n'importe qui sait que c'est précisèment là que l'artiste doit donner envie de tourner la page.

Il paraît aussi évident que Werneck n'est pas doué pour l'encrage. Aujourd'hui beaucoup de dessinateurs se passent d'encreurs, pensant sans doute que c'est un gain de temps et de contrôle sur leur art. Pourtant quand on a encore des progrès à faire, s'appuyer sur un bon encreur permet rendre la lecture plus agréable et le dessin plus solide. Ici, les jeux de textures et les différences de consitance entre premiers et arrière-plans ne sont pas suffisamment distincts et le dessin tout entier manque de saveur, de relief, ce que souligne une colorisation assez fade (étonnant de la part de David Curiel).

Mais Werneck, je le parie, ne fera pas long feu sur la série (il est déjà remplacé sur le #4, par Michele Bandini, ce qui n'est pas beaucoup mieux mais bon). C'est dommage encore une fois que Marvel ne donne pas à Immortal X-Men un dessinateur plus confirmé (pas forcément une vedette - pas plus dans les comics que dans le foot, les vedettes ne font obligatoirement la différence).

En tout cas, entre la réaction de Séléné et ce qu'on découvre du côté de Sinistre, plus les tensions entre Xavier et Frost, le cas Colossus, il y a de quoi faire de Immortal X-Men une série vraiment intéressante. Croisons les doigts pour que Gillen n'en fasse pas n'importe quoi. D'ici au #4 (qui correspondra au prologue de l'event Judgment Day), on devrait être fixé.

dimanche 3 avril 2022

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES (Rideau.)

Bonjour à tous ! Hé oui, d'habitude j'écris cette rubrique le Lundi et nous sommes Dimanche. Un Dimanche enneigé et froid qui voit la fin de cette rubrique justement. J'ai décidé d'arrêter pour de bon de poster ces news comics et j'explique pourquoi à la fin. Donc, en avant, pour cette dernière !

ABSTRACT STUDIOS :



Abstract Studios est la structure au sein de laquelle Terry Moore s'auto-édite. Il ne publie que ses oeuvres et s'occupe de tout, depuis la réalisation de ses comics jusqu'à leur impression et leur distribution. S'il existe vraiment un auteur indépendant dans le circuit US, c'est bien Terry Moore !


Et si je parle de lui cette fois, bien que je ne suis plus guère sa production (je le regrette mais je ne peux pas tout lire), c'est parce qu'il va donner une suite à son magnum opus : Strangers in Paradise. On sait peu de choses encore sur cette sequel, sauf qu'elle devrait se concentrer sur les Parker girls, une organsisation mafieuse dirigée par Darcy Parker, qui fut l'amante de Katchoo, et dont les agents sont toutes des filles usant de leurs charmes et de leur intelligence pour influencer des hommes de pouvoir. Rendez-vous en Juillet 2022 pour découvrir tout ça.

DC COMICS :


DC renouvelle son opération Round Robin qui avait débouché l'an dernier sur la publication de la mini-série Robins. Il s'agit d'un concours de synopsis pour des mini-séries et les fans sont invités à voter pour le pitch qui leur fait le plus envie. Cette année, pas de Batman en vue mais plus de variété dans les histoires proposées puisqu'on trouve notamment Hawkman & Hawkgirl (qui se découvrent un rejeton), Wildcat (où Ted Grant n'a plus qu'une vie à vivre - j'ai voté pour ce sujet car j'adore le perso et l'idée, mais je dois être le seul), The Question (version Renee Montoya), Constantine & The Demon (le premier devant servir d'hôte corporel à Etrigan), Suicide Squad Dark, Justice League : Green Arrow , Firestorm, Black Canary, Green Lantern, Madame Xanadu, Animal Man, Captain Carrot, Cyborg. J'aime bien le principe mais s'il y a des trucs nazes, certains mériteraient vraiment une publication dans le Black Label.


Ci-dessus, vous pouvez voir la couverture variante de White Knight presents : Red Hood #1 par Olivier Coipel. J'avais déjà évoqué ce projet de mini-série appartenant au "Murphy-verse", et on en a appris un peu plus à son sujet ces derniers jours.


Situé dans l'univers des comics Batman supervisés par Sean Gordon Murphy, Jason Todd y fera équipe avec une fille dans le rôle de Robin et alors que Bruce Wayne est en prison. Ce spin-off sera écrit par Murphy et dessiné par Simone de Meo, qui a fait pas mal de covers pour DC mais aussi les illustrations de la série We only found them when they're dead (écrite par Al Ewing, éditée par Boom ! Studios).

MARVEL COMICS :


Une semaine après avoir annoncé que Peach Momoko allait continuait à produire des histoires inspirées par le folklore japonais mais avec ses versions des héros Marvel, l'éditeur a levé le voile sur ce programme. Et ce projet s'intitulera Demon Wars : The Iron Samurai.


Il s'agira donc d'une adaptation de l'event Civil War, originellement écrit par Mark Millar et énorme succès en son temps. Un gros morceau donc que Peach Momoko va réinterpréter à sa manière, unique. Comme Sean Murphy chez DC, peut vraiment parler désormais de "Momoko-verse". Cette mini-série en quatre épisodes débutera en Juillet prochain.


La série Shang-Chi va s'arrêter ... Pour être relancée en Juillet sous le titre de Shang-Chi and the Ten Rings. La synergie cinéma-comics est totale chez Marvel (puisque c'était le titre du film de Destin Daniel Cretton).


On ne va pas se mentir : c'est de l'opportunisme. Mais l'éditeur semble croire que ça convaincra de nouveaux lecteurs d'acheter cette série. Ce changement dans la continuité restera réalisé par le dessinateur actuel de la série, Marcus To, et le scénariste aux manettes depuis le début, Gene Luen Yang.


Que serait une semaine de news sans Spider-Man ? Sans doute la même chose qu'une semaine sans news concernant Batman chez la Distinguée Concurrence. Commençons par le n°1 de la série The Amazing Spider-Man qui sortira le 27 Avril prochain : on sait que l'histoire se situera six mois après les événements du précédent volume - six mois au terme desquels Peter Parker a dû méchamment merder si on en juge par le teaser ci-dessus et les commentaires du scénariste Zeb Wells qui a prévenu que tout le monde a tourné le dos au héros (même tante May !).
Ensuite, Marvel, par la voix de son editor-in-chief, C.B. Cebulski, a expliqué qu'il avait sondé les fans du tisseur et que ceux-ci en réclamaient toujours plus (même avec un épisode quasiment chaque semaine ! Les fans de Spidey sont blindés, faut croire, parce qu'au final, ça finit par revenir cher, cette affaire). Donc, pour combler les fans, Marvel a décidé d'un Spider-Man's Month en Septembre ! Traduisez : Spider-Man apparaîtra dans (quasi) toutes les séries Marvel à la rentrée ! Paraît que les scénaristes sont tous ravis...

ZESTWORLD :


J'avais parlé de cette nouvelle plateforme (en Novembre dernier, si mes souvenirs sont bons) lors de l'annonce de son lancement. Chris Giliberti, fondateur de Spotify, affiche ses ambitions en espérant concurrencer Substack et ses vedettes en donnant carte blanche à des scénaristes et des artistes qui ne trouvent plus leur place chez les éditeurs traditionnels. 
 

Eric Canete se lance donc dans cette aventure avec Arc Athena, dont le pitch est très malin : une équipe de super-héros est composée via les réseaux sociaux et chaque membre est recruté en fonction de sa popularité. Problème : à force d'être plébiscités par le public, ces justiciers perdent toute retenue et font le show plus que leur job de redresseurs de torts. Canete écrit et dessine.


Blood Tree est un récit écrit par Peter J. Tomasi (ex-editor et auteur de DC). Le scénariste est associé à Maxim Simi au dessin pour ce thriller où deux agents du NYPD traquent un tueur en série dont les cibles sont des membres de familles influentes. Il entend ainsi purger la société.


C'est l'occasion de constater que Zestworld ne mise pas que sur du super-héros. Et comme Tomasi est un auteur très efficace et polyvalent, on peut parier que ce sera de qualité.


Boom Pow ! est un titre choisi par les fans de Jimmy Palmiotti sur Twitter qui les a sollicités pour déterminer l'ordre dans lequel serait placé ces deux onomatopées ! L'ancien encreur reconverti en scénariste et prosélyte des comics produits par le financement participatif entraîne dans cette aventure sa compagne, la dessinatrice Amanda Conner.
 

C'est un projet qui promet d'être le plus déjanté dans le lot des titres Zestworld puisqu'on suivra la fille d'un physicien nucléaire qui réveille accidentellement une divinité et l'entraînera dans de folles aventures pour faire le Bien sous les pseudonymes de Booty Pow Pow et Key Boom. Ah, et le dieu en question est... Une ogive nucléaire !


Jimmy Palmiotti, toujours, écrira aussi Found, que dessinera Juan Santacruz. L'action se situe sur une île déserte dont le volcan entre en éruption et éjecte un objet alien qui va changer la face du monde. Tout ça est couvert par une famille de scientifiques (et d'autres individus plus ou moins bien intentionnés).


Evidemment, cela ressemble à un pastiche de Lost. Espérons que ça finira mieux...


The Awakaned revient au super-héroïsme. Cette série écrite par Alex Segura sera dessinée par l'excellent Dean Kotz. Ce sera aussi un polar puisque le point de départ est le meurtre d'un justicier qui déclenchera une enquête par ses pairs, eux-mêmes tous suspects !


Alors, oui, par rapport à Substack, le casting d'auteurs est moins ronflant. Mais cette contre-programmation et ceux qui vont l'animer ne manquent pas d'allure. Surtout j'ai l'impression que les plateformes de comics n'en sont qu'à leurs débuts car la pandémie et les incertifudes des artistes vis-à-vis de l'édition traditionnelle ont rebattu les cartes et motivé certains à produire différemment. J'espère toutefois que, comme pour Substack, on aura droit à des versions physiques de ces BD au final avec des partenariats entre Zestworld et des éditeurs comme Image, Dark Horse ou autres.

GARRY LEACH (1954-2022) :


Le dessinateur Garry Leach est parti pour d'autres contrées cette semaine. Il avait 67 ans. Il avait débuté à 24 ans dans le magazine culte 2000AD, où, comme tant d'autres, il s'est fait la main sur des histoires courtes et du Judge Dredd. C'est en signant des planches pour le titre Future Shocks qu'il rencontre Alan Moore. Ensemble, les deux hommes relancent Marvelman/Miracleman de Mick Anglo et contribuent à moderniser ce personnage de manière révolutionnaire.
Leach est aussi encreur à l'occasion, pour Chris Weston ou Pat Mills. Il refera parler de lui comme artiste sur Global Frequency, mini-série géniale écrite par Warren Ellis. Il sera récompensé par un Eagle award. 
Sa mort a provoqué une grande émotion bien que le bonhomme était discret. Marvel, qui a récupéré les droits de Miracleman, s'est même fendu d'un communiqué. Et s'il faut citer un héritier à Leach, alors on pensera à Liam Sharp, qui assumait l'avoir pris pour modèle.
Pour ma part, en dehors de Miracleman, je connaissais peu, je l'avoue, son travail, mais les artistes nous laissent en cadeau leur oeuvre. Et c'est cela qui, en somme, les rend immortels.


Et voilà, c'est fini ! Je vous avais promis une explication pour justifier l'arrêt de cette rubrique, la voici : j'ai débuté la rédaction de ces news comics sans savoir où cela me conduirait. Je cherchais un truc nouveau à insérer entre mes critiques, à un rythme hebdomadaire. A ma grande surprise, j'ai vu que cela intéresssait pas mal de monde qui passait par là par hasard ou de façon plus régulière. Je me suis alors fixé un objectif : 52 semaines, un an de news comics, et après j'aviserai pour savoir si je continuerai ou pas. Finalement, j'en aurai rédigé 45, ce qui ne fait pas le compte mais presque.
J'ai faili renoncer déjà une première fois il y a quelque temps, avant de me raviser, grâce à l'aide d'un ami (notamment pour trouver les photos des auteurs et des images d'illustrations). Mais malgré ce coup de main, j'ai travaillé à cette rubrique en tirant sur la corde, en devant me motiver chaque semaine. Quand je n'avais pas trop de critiques à écrire, ça passait encore, mais quand je devais couvrir beaucoup de lectures, je tirai la langue. Pourtant le plus dur, c'était de remplir cette rubrique quand les éditeurs faisaient peu d'annonces. Ou quand ils en faisaient beaucoup. Trop.
Après réflexion, et non sans une pointe de regret, j'abdique. Il faut savoir s'arrêter, surtout quand le devoir l'emporte sur le plaisir. Ce blog va retrouver sa fonction principale, des critiques de comics et parfois de séries audiovisuelles. Les sources d'infos pour l'actu comics ne manquent pas, en anglais comme en français, et je sais que ceux qui me lisaient ne dépendaient pas de ma rubrique pour se tenir au courant.
En attendant, continuez à prendre soin de vous et de ceux que vous aimez. 

samedi 2 avril 2022

THE MAGIC ORDER 2 #6, de Mark Millar et Stuart Immonen


Avec ce sixième épisode s'achève le deuxième volume de The Magic Order. Mark Millar nous gratifie d'un épilogue spectaculaire et roublard comme il sait les écrire. On apprécie pourtant davantage ses efforts ici que pour d'autres titres car il est manifeste qu'il aime ses personnages et cet univers. Au dessin, Stuart Immonen boucle un sans-faute avec presque quarante pages de haut vol.


Contrairement à son ancêtre Soren Victor Korne a terrassé l'Ordre Magique en communiant avec l'Othoul'Endu, ce monstre puissant venu du fond des âges. Il ignore pourtant qu'en invoquant la créature il a causé la perte de Soren autrefois en le privant de cet atout.


Il va se rendre compte de son erreur lorsque Rosie Moonstone, la nièce de Cordelia, le défie. Elle tente de tuer Victor - en vain. Lorsqu'il veut éliminer la fillette, il est pourtant incapable de le faire, comme si sa magie ne lui répondait plus.


Francis King resurgit au même moment où, à Kensington la police découvre le cadavre pendue du démon qui le harcelait. L'ensorceleur anglais a coupé la connexion entre Korne et l'Othoul'Endu, réduisant à néant ses efforts et permettant la riposte de l'Ordre Magique.


L'Othoul'Endu revient à l'époque de Soren Korne et Cordelia comprend le danger qui pèse sur les premiers membres de l'Ordre. Grâce à la Pierre de Thoth, elle va tenter d'empêcher une catastrophe temporelle puis de revenir à notre époque pour son intronisation officielle devant ses pairs...

Le seul reproche qu'on fera, finalement, à cette conclusion du deuxième volume de The Magic Order est de correspondre à ce qu'on attendait d'elle : c'est un divertissement impeccable, très efficace, somptueusement dessiné. Mais peut-on raisonnablement se plaindre qu'une bande dessinée soit convenue si elle est réussie ?

Disons plutôt que The Magic Order 2 n'échappe pas à l'écueil de toutes les suites : sa fin manque de surprise. Il n'y a pas là un rebondissement ultime qui vous étreint par sa force émotionnelle, comme dans le premier volume de la série avec le sacrifice de Gabriel Moonstone pour ramener sa fille, Rosie, d'entre les morts.

Le premier volume de la série nous présentait autant l'Ordre Magique, cette élite des magiciens, que la famille Moonstone, brisée par la tragédie de Gabriel dont la fille était morte en manipulant imprudemment une baguette magique. Gabriel trahissait ensuite les siens en s'alliant à Mme Albany qui lui promettait de ressuciter sa fille en échange de la mort de Leonard Moonstone, son rival et ses deux autres enfants, Regan et Cordelia. Pour le coup, on mesurait vraiment le fameux prix à payer pour pratiquer la magie, lancer des sorts, altérer la réalité, quand dans les comics mainstream les super-héros exerçant les arts occultes s'en tirent à bien meilleur compte.

Dans ces six nouveaux épisodes, Mark Millar a changé de direction en mixant gangstérisme, guerre de clans et magie. Il a pour cela donné beaucoup de place aux méchants, le gang de Victor Korne, ce dernier étant animé par une vieille rancoeur contre l'Ordre Magique qu'il juge responsable de la relégation de sa famille après qu'un de ses ancêtres ait osé défier cette autorité.

Millar a du même coup un peu trop, à mon goût, négligé ses héros, qui ont subi les assauts répétés de Korne sans paraître en mesure de les anticiper ou de riposter efficacement. Il aurait été bienvenu par exemple de se servir de cette révolte pour interroger le leadership de Cordelia Moonstone, mais apparemment personne n'a trouvé à redire sur son absence de stratégie contre cet ennemi redoutable. Peut-être ces questions seront-elles abordées dans le prochain volume...

La lecture n'était cependant pas désagréable, en tout cas elle possédait une substance et un rythme qui faisaient singulièrement défaut aux dernières livraisons de Millar. Le scénariste est à l'aise dans ce milieu de magiciens et son mix avait un vrai flow. Victor Korne a fait un méchant particulièrement savoureux et jusqu'au bout on a pu douter de la capacité de l'Ordre Magique à renverser une situation bien compromise. 

Toutefois, on pourra s'étonner de l'absence totale de Leonard Moonstone alors qu'une telle crise a ébranlé l'organisation qu'il dirigeait auparavant, et le twist impliquant Rosie Moonstone a fait pschiitt. Dommage. En revanche, Millar s'est montré bien plus ujbilatoire dans son emploi de Francis King, même si les plus grincheux trouveront cela plus roublard que génial. Le personnage est certainement amené à revenir et ses liens avec Cordelia pourraient être exploités plus profondément.

Parlons aussi de Stuart Immonen. Dire qu'il a remplacé puissamment Olivier Coipel est encore en dessous de la vérité, tant le canadien prouve toujours qu'il écrase la concurrence. C'est la Rolls des artistes de comics. Dire qu'on croyait qu'il allait prendre sa retraite... En vérité, comme l'autre prodige actuel, Chris Samnee, il a juste tourné la page des super héros pour s'amuser dans d'autres genres.

La maîtrise de l'artiste est totale. Millar sait toujours bien s'entourer mais avec Immonen, il sait qu'il tient un partenaire sans équivalent. Toute sa faconde, toute son imagination, sont parfaitement illustrées. Immonen ne donne jamais l'impression de forcer, c'est presque écoeurant. Quand bien même jure-t-il être un besogneux, le résultat est là : des planches éblouissantes qui trascendent le script sans oublier de le respecter, car le talent premier d'Immonen, c'est de ne jamais chercher à tirer la couverture, à se faire mousser sur le dos de son scénariste. Il brille naturellement mais surtout il fait briller celui dont il dessine les textes.

J'espère maintenant que Millar et Immonen vont poursuivre leur collaboration et nous livrer la suite de Empress. Pour ce qui est de The Magic Order, le titre est entre de bonnes mains et l'attente sera vite récompensée puisqu'en Juillet débutera la parution du prochain volume, mis en images par Gigi Cavenaggo. Abracadabra !

vendredi 1 avril 2022

BLACK HAMMER : REBORN #10, de Jeff Lemire et Caitlin Yarsky


Ce dixième épisode est une nouvelle preuve que Jeff Lemire a créé avec Black Hammer, ses suites, ses spin-off, un univers tellement riche qu'il convient de lire Reborn en étant déjà initié. C'est la seule limite posée par la lecture de ce chapitre. Caitlin Yarsky l'a bien compris qui dessine avec une sobriété salutaire cette histoire où tout est littéralement sans dessus-dessous.
 

Ne supportant pas l'idée que Lucy Weber puisse suivre la version maléfique de son père, Skulldigger tente de tuer ce Black Hammer venu d'un monde parallèle. Il le paie de sa vie, sous les regards horrifiés de Sherlock Frankenstein et du Dr. Andromeda. Lucy s'en va avec ce Joseph Weber.


Tandis que Andromeda tente de secourir Skulldigger, ce dernier lui fait jurer de mettre fin à la folie déclenchée le colonel Weird. Sherlock Frankenstein choisit de détruire le portail interdimensionnel pour empêcher de nouvelles incursions.


Lucy et Joseph arrivent chez la mère de la jeune femme qui ne reconnaît pas son mari. Elle raisonne sa fille sur les plans de cet homme, prêt à tout pour recomposer sa famille et qui se détourne dès qu'un événement le contrarie. Lucy engage le combat avec son faux père.


Au même moment dans l'Observatoire du Dr. Andromeda, celui-ci constate les dégats provoqués par l'action de Sherlock Frankenstein qui a voulu détruire le portail interdimensionnel. Le Para-Vers s'effondre sur lui-même et les deux Spiral City vont entrer en collision l'une contre l'autre...

Avec Black Hammer : Reborn, Jeff Lemire a à l'évidence renoncé à s'adresser à de nouveaux lecteurs qui ne connaîtraient pas son univers. D'une certaine manière, après toutes ces années, toutes ces suites, ses spin-off, le Black Hammer-verse est devenu trop riche, trop dense pour être encore abordable aux néophytes. C'est à la fois l'apogée d'un système narratif que d'avoir engendré une mythologie, une continuité pareilles, et sans doute une sorte de début de la fin car, à partir de cette limite, le ticket n'est plus valable que pour les adeptes.

Mais contrairement à Marvel ou DC, où le lecteur peut s'engager pratiquement à n'imprte quel moment, selon le principe de Stan Lee qui voulait que chaque comic-book était toujours le premier de quelqu'un, où les éditeurs proposent même régulièrement des jumping points (des épisodes ou des arcs narratitfs accessibles à tous), l'univers de Black Hammer est à la fois plus ramassé sur lui-même et plus libre.

Ainsi, ce que montre Black Hammer : Reborn, c'est que, désormais, il existe dans l'oeuvre de Jeff Lemire deux entrées : celle de la série-mère et ses suites, où il faut être initié pour tout comprendre, et celle des spin-off, où tout reste encore abordable. On peut ne lire que Skulldigger + Skeleton Boy, The Unbelievable Unteeens, sans être égaré. En revanche, Black Hammer, Age of Doom, Reborn, exigent que vous soyez instruits sur ce qui s'est passé depuis le début.

Ce qui est intéressant, à ce titre, dans ce dixième épisode de Black Hammer : Reborn, c'est l'intention qu'on croit deviner chez Lemire, comme la volonté de provoquer l'effondrement de sa création pour, peut-être, demain, le relancer, le rendre à nouveau acessible à des lecteurs néophytes. Cela s'illustre par une scène, impressionnante, où on voit la version du Multivers de Lemire, le Para-Vers, littéralement collapser et annoncer la fin du monde, et même la fin des mondes.

Dans Reborn, Lemire a en effet exploré cette notion bien dans l'air du temps, tant chez Marvel que chez DC, du Multivers, des Terres parallèles. Mais le guide a emprunté, fidèle à sa nature, des chemins détournés pour nous instruire à ce sujet : comment aurait-il pu en être autrement avec le colonel Weird, cet Adam Strange complètement barré pour avoir trop longtemps séjourné dans la Para-Zone, cet ersatz de la Zone Négative (Marvel) ou de la Zone Fantôme (DC) ? C'est comme si le scénariste canadien se sentait à l'étroit et confrontait ses propres créations à des versions alternatives encore plus déjantées et inquiétantes - synthétisées par cet Evil Joseph Weber qui veut, à tout prix, recomposer sa famille disparue mais ne supporte pas qu'on lui tourne le dos.

On a ainsi vu une autre Spiral City apparaître pour mieux entrer en collision avec celle que les fans connaissaient, Et cette fois le méchant Sherlock Frankenstein provoquer concrétement l'effondrement du Multivers lemirien : un geste cathartique pour l'auteur qui, on le sait bien maintenant, n'aime rien tant que faire croire à la fin de tout pour relancer la machine, lui donner une nouvelle impulsion (n'est-ce pas ainsi que s'achevait Black Hammer : Age of Doom ?).

Dès lors, le refus, après quelque hésitation, de Lucy de suivre son père maléfique n'intervient-il pas trop tard ? La série semble être entrée dans un compte à rebours macabre, catastrophiste. On ne voit pas qui et comment cette "Renaissance" pourrait aboutir à autre chose qu'à une destruction massive, avec l'évasion in fine de Lucy et Andromeda vers une autre dimension (entrevue dans les ultimes pages de l'épisode). Le parallèle est sibyllin : en même temps que l'univers s'effondre, la fin de l'utopie d'une famille (les Weber) se dessine. On passe ainsi, avec brio, de l'intime à l'universel, d'un personnage à tout un (tas de) monde(s).

Caitlin Yarsky a le bon goût de dessiner ça avec sobriété, car sinon l'entreprise serait très confuse, même pour le lecteur fidèle. Sa narration est aussi épurée que le récit de Lemire est azimuté. Elle se concentre sur les personnages comme s'ils étaient une ancre pour le lecteur, ceux qu'il faut suivre, ne jamais perdre de vue, pour bien comprendre que leurs tourments préfigurent ceux de leur environnement.

La lisibilité de cette forme de dessin peut sembler presque terne tant elle refuse de céder au grand spectacle que l'histoire convoque. Mais c'est une ligne essentielle et salutaire, surtout humble et intelligente. Lemire travaille avec deux sortes d'artistes : ceux qui transcendent ses scripts par des audaces formelles (comme Andrea Sorrentino) et ceux qui se rangent du côté du "less is more" (comme Tonci Zonjic). Yarsky appartient à la deuxième catégorie et donne à lire une saga qui sous ses airs apocalyptiques est d'abord un recueil d'épisodes s'appuyant sur la caractérisation, sur l'émotion. De ce point de vue, c'est une sorte d'anti-event tel que les conçoivent les "Big Two", où des dizaines de héros se débattent comme des poulets sans têtes dans un flot d'actions absurdes. 

Black Hammer : Reborn n'est donc pas un comic-book facile, mais si vous embarquez avec l'envie de vous changer les idées, de découvrir vraiment quelque chose d'original, cette mini-série qui ressemble à un chant du cygne est paradoxalement une superbe invitation à lire (presque) tout ce qui a précédé.