mercredi 5 janvier 2022

BATMAN #119, de Joshua Williamson, Jorge Molina et Mikel Janin

 

Pour cette deuxième partie (sur quatre) de l'arc Abyss, Joshua Williamson mais aussi Jorge Molina déçoivent sévèrement. C'est la douche froide après l'épisode de Batman du mois dernier qui partait bien et vite. Non seulement l'intrigue progresse très peu (pour ne pas dire pas du tout) mais graphiquement, ça ne vole pas haut, à part, ironiquement, les cinq planches assurées par Mikel Janin.



Batman découvre que Lex Luthor est devenu le nouveau mécène de Batman Inc. et qu'il est au courant des déconvenues financières de Bruce Wayne. Des hommes en armes surgissent et tentent d'arrêter Batman sur ordre de Lex. Peine perdue : le justicier les neutralise et disparaît.


Bruce Wayne retrouve Lex dans ses appartements en Badhnisia. Autour d'un vin hors de prix, Luthor explique que ses récentes expériences lui ont appris que le monde a besoin de héros, mais que ceux-ci ont besoin d'un vrai leader. Wayne préfère se retirer après avoir compris les ambitions de Lex.


Au commissariat, des agents déplacent le corps de Abyss pour le remettre aux experts de Luthor. Batman le leur soustrait pour examiner le cadavre et comprend que quelque chose cloche. Abyss n'est pas mort et l'attaque.


Gravement blessé, Batman est retrouvé dans la salle d'autopsie par la détective Cayha. Mais Batman ne peut se déplacer car non seulement il est mal en point mais aveugle...

Commençons par le gros point noir (si j'ose dire pour parler d'une histoire impliquant un méchant et un héros appréciant les ténèbres) : le dessin. J'étais heureux que Jorge Molina rejoigne DC et ait le privilège de dessiner Batman car c'est un artiste dont j'apprécie style et il me semblait qu'il manquait de reconnaissance. Mais que dire de sa prestation sur cet épisode ?

Tout d'abord, une nouvelle fois, il n'assure pas l'intégralité des pages. Mikel Janin joue encore les pompiers de service et cette fois il signe cinq pages (8 à 12), soit un quart de l'épisode. En soi, ça ne me chagrine pas car j'apprécie Janin, qui a accompli un boulot remarquable durant le run de Tom King et que depuis, il n'a pas retrouvé une série fixe (il n'a fait que passer sur Wonder Woman, et a connu des difficultés sur Superman & the Authority). N'empêche, est-ce bien normal (tolérable ?) à la fois que Janin soit cantonné à un rôle de doublure de luxe ? Et surtout que Jorge Molina ne puisse pas dessiner 20 pages tout seul ?

Circonstance aggravante en quelque sorte, Molina est assisté d'Adriano di Benedetto à l'encrage, pour le soulager. Le résultat n'est pas très heureux avec des expressions du visage souvent ratées, une absence récurrente de décors, des finitions douteuses.

Il n'y a pas besoin d'être professeur de dessin pour noter qu'un artiste de comics, qui a du mal à tenir ses délais, apprécie deux choses : les scènes de bataille générant beaucoup de fumée, qui lui permettent de négliger les arrière-plans, et les scènes nocturnes ou dans l'obscurité, pour les mêmes raisons. Avec Abyss, un méchant qui mise sur l'absence de lumière pour frapper ses adversaires, c'est une véritable aubaine et donc on a droit à plusieurs pages d'affilée où Molina n'a pas à se soucier du décor puisque Batman et son ennemi se meuvent dans le noir.

Reste que, quand on compare la quinzaine de pages de Molina avec les cinq de Janin, ce n'est pas en faveur du premier car Janin nous gratifie d'un intérieur luxueux pour le dialogue entre Wayne et Luthor quand Molina semble totalement à la rue pour le reste. Et il reste deux épisodes... 

Deux épisodes, c'est aussi ce qui reste à Joshua Williamson pour conclure cette histoire. Un arc court est toujours appréciable car s'il est dense et efficace, le lecteur ne se sent pas floué. Mais le souci ici, c'est que le scénariste n'avance guère.

Les rebondissements sont téléphonés : Luthor agit comme un filou ? Quelle surprise ! Wayne refuse de s'allier à lui ? Bigre ! Abyss n'est pas mort ? Sans blague ! A ce rythme-là, que Williamson n'espère pas nous étonner avec la victoire finale de Batman... Je suis sarcastique, mais je suis surtout mécontent. Sachant qu'une fois cet arc terminé on va avoir droit à un crossover avec les séries Robin et Deathstroke (la saga Shadow War), ce n'est pas très engageant. A tout prendre, j'aurai préféré que Williamson balance son crossover pour commencer et s'attache à Batman seul ensuite. Cela aurait donné du temps à Molina pour compléter ses épisodes et le lecteur qui aurait zappé Shadow War aurait profité d'une pause après le run de Tynion IV.

De quoi alimenter la rumeur selon laquelle Williamson n'écrirait Batman qu'un temps en attendant que DC n'installe un scénariste côté pour un plan à long terme ensuite. En tout cas, je suis refroidi (et finalement Batman se retrouve dans une position similaire à Justice League pour laquelle on ne sait toujours pas qui succédera à Bendis. A moins donc d'un jeun de chaises musicales : Bendis cède la JL à Williamson qui lui cèdera Batman ?).

Je m'arrête là avant de m'énerver et de me perdre en spéculations qui n'ont rien à voir avec ce Batman #119. Je n'ai pas aimé cet épisode, j'ai été très déçu. Je vais poursuivre et terminer cet arc. Et après, on verra (même si, c'est sûr, Shadow War, ce sera sans moi).

P.S. : ce numéro est agrémenté d'une back-up story à suivre qui prolonge la défunte série Gotham Academy. Karl Kerschl écrit, dessine et lettre... Et ça aussi, ça m'a bien énervé car Kerschl trouve le temps pour ça alors qu'il a planté les lecteurs de Isola (la série qu'il illustre et co-écrit avec Brendan Fletcher chez Image) depuis....Février 2020 ! Dans le genre foutage de gueule, ça se pose là !

mardi 4 janvier 2022

SPIDER-MAN : NO WAY HOME, de Jon Watts (Critique avec spoilers !)


A l'heure où j'écris ces lignes, Spider-Man : No Way Home bat record sur record au box-office et il faut passer entre les gouttes pour ne pas se faire spoiler des pans entiers de l'histoire. C'est pourquoi je vous préviens d'entrée que cette critique comportera des révélations importantes sur l'intrigue, et par conséquent si vous n'avez pas encore vu le film de Jon Watts, ne lisez pas ce qui suit avant. Concçu comme le dernier volet d'une trilogie, No Way Home a aussi la mission de réconcilier les fans du MCU échaudés (comme moi) par Black Widow et Les Eternels. Et de ce côté-là, c'est une réussite.



Son identité secrète révélé par Mysterio, Spider-Man alias Peter Parker est arrêté et interrogé avec sa tante May, sa fiancée M.J., son ami Ned par Damage Control. Ils sont défendus par Matt Murdock qui réussit à les faire relâcher. Mais la vie du groupe est bouleversé et Happy Hogan abrite Peter et May chez lui. Pour Ned et M.J., les conséquences sur la suite de leurs études sont dramatiques car aucune université ne les accepte. 



Peter, accablé, se rend alors chez Stephen Strange pour lui demander de l'aide et le sorcier suprême propose de lancer un sort qui effacera de la mémoire collective le fait que Peter est Spider-Man. Mais le jeune homme interfère à plusieurs reprises pour ne pas être oublé de sa tante, de M.J. et de Ned. Excédé, Strange le congédie après avoir contenu le sort dans un globe.


Même s'il s'est résigné à ne pas pouvoir entrer au MIT, Peter ne veut pas que ses amis souffrent à cause de lui et il interpèle une administratrice de l'université prise dans un embouteillage. C'est alors que le Dr. Octopus surgit et attaque Spider-Man. Mais en le démasquant, il ne le rconnaît pas et Peter en profite pour pirater ses tentacules et en prendre le contrôle. Un autre malfrat arrive, le Bouffon Vert et sème le chaos. Dr. Strange intervient et téléporte Octopus et le Bouffon dans la crypte de son sanctuaire sacré où se trouve déjà le Lézard. Le sorcier explique à Peter que le sort qu'il avait initié a ouvert des brêches dans le Multivers dans lesquelles se sont glissés ces criminels, ennemis de Spider-Men d'autres dimensions.



Occupé par ailleurs, Strange somme Peter de trouver d'autres malfrats dans la même situation et, avec l'aide de Ned et M.J., ils localisent Electro. Il l'affronte en recevant l'aide de l'Homme-Sable avant de les déplacer à leur tour dans la crypte. Strange s'apprête à les renvoyer chez eux mais en apprenant que le Bouffon et Octopus sont morts dans leur dimension, Peter interrompt le sorcier, convaincu qu'il peut soigner leurs tendances ciminelles. Il dérobe le globe à Strange et s'enfuit mais le sorcier le rattrape.


Déplaçant le combat dans la dimension miroir qu'il contrôle, Strange échoue malgré tout à récupérer le globe et à raisonner Spider-Man quii s'échappe pour rejoindre M.J, Ned et les prisonniers. Il entraîne ses derniers chez Happy Hogan où, avec du matériel Stark, il confectionne des appareils capables de juguler leurs pouvoirs et leurs penchants malfaisants. L'opération fonctionne avec Octopus mais Electro se rebelle et s'enfuit. L'Homme-Sable profite de la confusion pour l'imiter pendant que le Bouffon s'acharne sur Peter et tue May. Le Lézard disparaît à son tour.


Sans nouvelles de Peter, M.J. et Ned utilisent une clé du Dr. Strange pour ouvrir des portails et le localiser. Ils attirent à la place deux autres Peter Parker venus des mêmes dimensions que les criminels. Ensemble, ils retrouvent Peter et élaborent un plan pour capturer les fugitifs. Munis d'antidotes, les trois Spider-Men attirent les cinq vilains dans un piège où ils les neutralisent. Strange réussit à s'extraire de la dimension miroir juste à temps car de nouvelles failles dans le Multivers se manifestent. Peter accepte que tout le monde l'oublie pour empêcher une invasion des ennemis des Spider-Men et Strange libère le sort du globe, renvoyant chaque intrus chez lui.

Deux scènes post-génériques de fin complètent le film :

- Eddie Brock/Venom disparaît en même temps que les autres alors qu'il interrogeait un barman sur les héros et vilains de ce monde ;

- Peter se receuille sur la tombe de May, rejoint par Happy Hogan qui ne le reconnaît pas - tout come ensuite M.J. et Ned dans le café où il s'arrête. Strange rend visite à Wanda Maximoff pour qu'elle l'instruise sur le Multivers.

Même si toutes les séries du MCU sur Disney + ne m'ont pas convaincu, il faut cependant admettre qu'elles faisaient des propositions narratives excitantes et, lorsqu'elles étaient abouties, étaient très satisfaisantes. Par ailleurs, elles ont permis d'introduire des personnages et, surtout, des concepts qui allaient alimenter les futurs longs métrages. Parmi ceux-ci : la notion de Multivers, qui semble destinée à irriguer plusieurs projets futurs.

Bien qu'à l'origine, Spider-Man : No Way Home devait sortir après Doctor Strange in the Multiverse of Madness (qui finalement sera en salles en Mai prochain), c'est le premier film qui développe le motif du Multivers. C'est aussi la conclusion d'une trilogie qui aura marqué le retour de Spider-Man dans le MCU (même si Marvel partage l'exploitation du personnage, et surtout le bénéfices astronomiques des films, avec Sony). 

Avant de revenir au coeur du film (le Multivers donc), attardons-nous sur la trilogie en soi. Homecoming, Far From Home et No Way Home (qui, par leurs titres, montrent bien que les films ont intégré l'aspect "sériel" - d'ailleurs No Way Home démarre exactement là où s'achevait Far From Home) ont dépeint un Tisseur plus jeune que ceux qu'on avait précédemment connus (dans la trilogie de Sam Raimi et le diptyque de Marc Webb), et Kevin Feige et les scénaristes ont pris le parti de faire du héros une sorte d'apprenti avec à chaque fois une figure tutélaire pour le guider : Iron Man a joué ce rôle, puis Mysterio et cette fois le Dr. Strange.

A la fin de No Way Home, ce n'est plus le cas et les cartes sont vraiment rebattues pour le personnage qui perd à la fois sa tante, May, mais aussi est oublié de tous (y compris de Strange) à la faveur d'un terrible sort sacrificiel qui préserve son identité secrète. Quel que soit l'avenir de Spider-Man (et le triomphe de No Way Home ne laisse aucun doute sur un retour), Peter Parker ne sera plus l'élève de personne - ce qui se traduit aussi par la perte de son costume high-tech, offert par Tony Stark (et qui agaçait beaucoup de fans qui avaient rebaptisaient sarcastiquement Spider-Man en Iron Spider - ce qui n'est pas faux).

Mais pour en arriver là, outre trois films, il y a l'intrigue de No Way Home, qui ne manque pas d'ambition et de panache. Certains reprochent déjà un trop-plein de fan-service, avec trop de clins d'oeil adressés aux connaisseurs des films de Sam Raimi et Marc Webb. Je trouve cela un peu sévère et surtout capricieux car, si d'aventure, No Way Home avait leurré tout le monde en n'exploitant pas les longs métrages précédents dans une telle histoire, les mêmes, j'en suis sûr, auraient encore plus râlé, manifestant avec énergie leur mécontentement. Il faut quand même que ces ultras, qui désirent tout et le contraire, apprennent à se calmer et en reviennent à l'essentiel : la qualité du film.

Si j'ai zappé Shang-Chi, j'ai été très déçu par Black Widow (opus mineur dont le seul intérêt aura été d'introduire Yelena Belova) et affligé par les Eternels (déception cosmique). Le MCU avait-il perdu son mojo alors que des séries comme WandaVision, Loki et Hawkeye me comblaient ?

Avec ses 2h 40 au compteur, No Way Home a le temps de rectifier les défauts de ses prédécesseurs, mais surtout d'ouvrir de nouveaux horizons tout en manipulant une idée forte (le Multivers donc) à la fois risquée et payante (et pas seulement commercialement). Le risque, c'est qu'avec l'idée de dimensions parallèles (qui seraient celles de films produits avant ou en parallèle du MCU, ou peuplées de variants - cf. Loki), l'univers Marvel pouvait laisser croire que des personnages pouvaient être remplacés facilement et donc que les enjeux dramatiques seraient affaiblis. Mais il n'en est rien.

Et c'est pour cela que c'est payant car le Multivers n'est pas présenté comme une trousse de secours, un univers B, de rechange : c'est un territoire dangereux d'où peuvent surgir des héros mais aussi, surtout des criminels, et un déséquilibre énorme. Même le Dr. Strange échoue à contenir ce qui provient de ces failles dimensionnelles et, à cet égard, la deuxième scène post-générique (qui est la première bande-annonce de Doctor Strange in the Multiverse of Madness) montre que ce qui vient de se passer dans No Way Home a déclenché un chaos sur le long terme (et on sait que Ant-Man and the Wasp : Quantumania développera aussi cela). Moins qu'une opportunité narrative, le Multivers apparaît comme une menace d'ampleur, encore plus effrayante que Thanos (et donc Kang le conquérant censé remplacer le titan fou ne sera pas un simple nouvel ennemi, un banal nouveau méchant).

Il y a le plaisir, bien sûr, de revoir de grands comédiens comme Willem Dafoe, Alfred Molina, Thomas Haden Church, et, dans une moindre mesure, Jamie Foxx (quoique excellent) et Rhys Efans (le moins développé du lot). Tout comme le retour de Toby Maguire et Andrew Garfield. Les scénaristes, Chris McKenna et Erik Sommers, ont accompli un boulot remarquable pour rendre ces intégrations accessibles même pour ceux qui n'ont pas vu les films de Raimi et Webb (même si, bien sûr, en les ayant vus, c'est encore mieux - et c'est facile de se rattraper car désormais ces films sont disponibles en streaming).

Plus sombre, le film s'offre quelques moments plus légers quand Maguire et surtout Garfield sont (ré)introduits. Le charisme de Molina et Dafoe assurent aussi des scènes intenses. Le combat final sur la Statue de la Liberté est spectaculaire. Seul bémol : Strange reste trop longtemps dans la dimension miroir, et c'est d'autant plus regrettable que lorsqu'il y entraîne Spider-Man, il déclare en être le maître (donc il devrait être capable d'en revenir facilement et rapidement). Cet impair souligne la surpopulation du scénario avec cinq vilains et trop Spider-Men à gérer, sans oublier M.J. et Ned (Zendaya et Jacob Batalon sont un peu écrasés par les péripéties alors qu'ils occupent bien leur place dans le premier tiers de l'histoire).

Tom Holland est égal à lui-même : ceux qui ne le supportent pas ne l'apprécieront pas davantage. Pour ma part, j'apprécie son interpréation du personnage de Peter/Spidey, nerveuse, même si, dans l'absolu, Garfield me semble l'acteur parfait pour incarner le Tisseur (hélas ! pour lui, il a tourné dans les deux plus mauvais épisodes... Mais la rumeur court désormais que Sony pourrait employer l'acteur pour rejouer le héros dans un Amazing Spider-Man 3). Benedict Cumberbatch est, lui, absolument parfait en sorcier suprême et j'ai hâte de le retrouver en Mai prochain dans la suite de Doctor Strange (le trailer donne méchamment envie).

Jon Watts, lui, a gagné son ticket pour introduire dans le MCU les 4 Fantastiques (mais il faudra s'armer de patience) grâce à une réalisation tonique et à la mesure d'un script dense.

Spider-Man : No Way Home renoue avec le meilleur du MCU en salles, un divertissement efficace, grandiose, même s'il prouve aussi, incidemment, que cet univers partagé fonctionne vraiment à fond avec ses personnages les mieux établis et en avançant.

lundi 3 janvier 2022

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

 Bonjour à tous et une fois de plus : bonne année ! J'espère que tout le monde va bien et que les prochains mois seront meilleurs que les vingt-quatre derniers depuis que le monde est sans dessus-dessous. On va reprendre les bonnes habitudes en ce Lundi 3 Janvier 2022 avec un passage en revue des news comics qui ont retenu mon attention.

RYAN BODENHEIM (1977-2021) :


C'est par une triste nouvelle que j'ouvre cette entrée puisqu'on a appris peu après Noël, le 28 Décembre exactement, que le dessinateur Ryan Bodenheim était mort à seulement 44 ans, de causes inconnues. Je ne vais pas vous mentir : je connaissais très peu son travail et je l'ai découvert ces derniers jours en voulant trouver des images pour illustrer cet article. C'était un grand talent et il allait certainement faire parler de lui puisqu'il était annoncé pour dessiner un prochain one-shot des Eternals de Kieron Gillen.


Mais celui qui en a sîrement le mieux parlé est le scénariste Jonathan Hickman avec qui il a collaboré sur The Dying and the Dead, Secret et A Red Mass for Mars. Voici le texte qu'il a posté sur sa newsletter Substack :

"I found out Ryan Bodenheim died last Tuesday and spent most of that day, and the ones that followed, talking with my wife about what had happened. I was, to put it mildly, upset and quite angry about it.

"I care very much about the creators I work with. For me, the collaborative process is intense and demanding in a way that a lot of people don’t understand. It’s hard to explain, but the short version is: I expect a lot of my partners, and they expect a lot of me. I feel personally responsible for the success and failure of a book and, often as a result, their individual success and growth as an artist. The ability to make things -- to create -- changed my life for the better and so I understand how important it is for the people I work with to feel enabled, encouraged, and to have authorship on our projects.

"Ryan made the work better. It’s why I loved working with him. I think that’s the highest compliment you can pay a creative partner, and over the past decade it was such a joy to watch him also grow as an artist.

"He got so good. And now it’s just devastating that he’s gone.

"We fought a lot because we both had strong opinions about where a story should go. We laughed a lot because we had the same sense of humor. We were both perfectionist and we constantly screwed ourselves because of it. Honestly, we were too much alike for it to ever work perfectly, but too much alike not to want to work together. We even had the same birthday.

"I really loved watching him draw. I loved how much he loved making art, and I’m so sad that there won’t be any more.

"I’m going to miss him very much."

-JH



J'ai choisi deux commissions qu'il avait signées et qui m'ont tapé dans l'oeil : une pin-up de Mister Miracle et Darkseid et une autre de Hellboy. Maintenant, je vais tâcher de combler mes lacunes en lisant ce qu'il a produit, notamment pour Valiant (Bloodshot, X-O Manowar).

IMAGE COMICS :


Après avoir terminé East of West, la série écrite par Jonathan Hickman (dispo chez Urban Comics en vf, chez Image en vo), Nick Dragotta vient d'annoncer son nouveau projet : Ghost Cage. Et cette fois il l'écrira et la dessinera !



Il sera aidé au scénario par Caleb Goellner, qui a notamment oeuvré sur Teenage Mutants Ninjas Turtles, dans une histoire de science-fiction en trois numéros de 44 pages chacun, où il sera question d'un savant milliardaire qui a réussi à alimenter en énergie la Terre entière. Jusqu'à ce que des terroristes attaquent sa demeure, ne pillent ses ressources et ne révèlent ses sales secrets...


C'est un comic-book ambitieux et en noir et blanc dont quelques planches ont déjà été communiquées :



On n'arrête plus Jeff Lemire puisque, comme cela avait été sous-entendu il y a quelques semaines, le prolifique auteur canadien va publier son prochain creator-owned chez Image. On en connaît désormais le titre et le pitch.


Little Monsters s'intéressera à une bande de gamins vampires qui décident de faire le bien, malgré leur condition... Va-t-on assister à un regain de popularité pour les vampires, cette fois sympathiques ? En tout cas, ce projet rappelle celui de Night Club, de Mark Millar dont j'ai parlé dans cette rubrique il y a quelques temps. Mais Lemire va certainement traiter le sujet d'une toute autre manière.


Au dessin, Lemire fera à nouveau équipe après Descender, Ascender et récemment Robin & Batman avec Dustin NGuyen, ce qui promet d'être magnifique. Comme Ghost Cage de Nick Dragotta, Little Monsters débutera en Mars prochain.

MARVEL COMICS :
 

Timeless #1, le one-shot écrit par Jed MacKay et dessiné, entre autres, par Kev Walker vient de paraître et, suivant Kang le conquérant, tease quelques prochains événements qui se produiront dans l'univers des comics Marvel. On peut y apercevoir des images en relation avec des histoires déjà programmées (The Reckoning War), d'autres plus mystérieuses et choquantes (Captain America apparemment tué par le Soldat de l'Hiver). Mais c'est la dernière page qui fait beaucoup parler...


En effet, on y reconnaît le logo de Miracleman, le héros créé par Mick Anglo et dont Marvel a récupéré les droits depuis 2009 (l'autre pseudo du personnage étant Marvelman). Depuis, l'éditeur avait republié ses aventures, dont celles écrites par Alan Moore (même s'il a obtenu que son nom ne soit pas crédité) puis celles par Neil Gaiman (encore incomplètement). Mais beaucoup de fans se demandaient si Miracleman finirait par intégrer l'univers partagé de Marvel et à quand.
Cette fois, c'est un grand pas en avant (ou en arrière pour ceux que ce choix désole). La manoeuvre est risquée car Miracleman est un héros surpuissant, spécimen qui ne réussit guère à s'épanouir au sein de l'univers Marvel (souvenez-vous de Sentry), avec un passé déjà riche, et des auteurs prestigieux pour l'avoir animé. L'illustration ci-dessus est de Jim Cheung (et date de quelque temps, pour une réimpression).


Kieron Gillen se plaît décidément bien chez Marvel depuis qu'il y est revenu : sa série Eternals cartonne, il va intégrer la franchise X avec la série Immortal X-Men. Et bientôt, l'été prochain, il écrira son premier event !


Judgment Day s'affiche avec cette image très sobre où on reconnaît les logos des Avengers, des X-Men et des Eternals. On savait déjà que dans Eternals #10, les Eternels allaient se bastonner avec les Avengers (qui ont établi leur QG dans un Céleste mort, or les Célestes ont créé les Eternels). Et donc, cet été, les mutants vont aussi croiser la route des Eternels, dont on sait  qu'ils ne les tiennent pas non plus en haute estime...
 

Gillen ne sera pas seul pour écrire cet event puisque Gerry Duggan, le scénariste de X-Men, se joindra à lui - une association qui n'est pas évidente sur le papier... Pas d'artiste d'annoncé en revanche. Bon, vous savez si vous me lisez ce que je pense de ces events, donc je ne suis pas très motivé. Mais sait-on jamais, on n'est pas à l'abri d'une bonne surprise (comme si, par exemple, l'histoire dépasse la grosse baston entre les trois formations).
 

On finit ces news en parlant de Joe Quesada. Pas un des cadres créatifs de Marvel mais le dessinateur. Certes, ça fait un bail qu'il n'a plus rien produit en art séquentiel, trop occupé par son job éditorial, en dehors de quelques couvertures et de participations au Drink and Draw Social Club (à suivre sur YouTube, avec de joyeux drilles et excellents artistes comme Dan Panosian, Dave Johnson...).


Et puis, paf ! sans prévenir, Joe Q. a posté sur sa page Facebook ce strip. Pas plus de détails mais il semble tout de même qu'il annonce son retour à la table à dessin pour un projet encore secret et qui concerne les Avengers (comme on peut le remarquer ci-dessus, avec Captain America et Black Panther). Va-t-il aussi écrire cela ? Richard Isanove assurera-t-il les couleurs ? En tout cas, ça donne envie !

Et voilà ! N'hésitez pas à déposer un commentaire si une de ces infos vous inspire. En tout cas, merci pour votre attention et votre fidélité. Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez. A bientôt !

samedi 1 janvier 2022

BLACK HAMMER : REBORN #7, de Jeff Lemire, Malachi Ward et Matthew Sheean


Dernier comic-book lu en 2021 et premier critiqué en 2022, le septième épisode de Black Hammer : Reborn m'a enchanté. Je me répéte à chaque fois mais Jeff Lemire m'impressionne par son brio narratif, et quand on est fan de Black Hammer, son univers, le plaisir est total. Au dessin, le tandem Malachi Ward-Matthew Sheean est aussi bluffant. Bref, une réussite totale.
 

Le colonel Weird flotte en apesanteur dans son vaisseau. Il observe son reflet dans un hiblot et le voit s'éloigner et disparaître. Puis il gagne la salle de pilotage où le robot Talky-Walky cartographie la Para-Zone et signale une anomalie. Weird décide de faire une sortie extra-véhiculaire.


La Para-Zone dévoile à Weird le passé, le présent et le futur. Mais son attention esst attirée par une conversation. Il trouve le Dr. Andromeda et son double maléfique qui lui révèle que la Para-Zone n'est qu'une partie d'un ensemble plus vaste, le Para-Vers.


Andromeda est blessé par son double quand il refuse de réveiller l'Anti-Dieu, qui sommeille au coeur du Para-Vers. Weird aperçoit le géant endormi et comprend que s'il est réveillé, un nouveau cataclysme cosmique se produira.


Weird se téléporte dans le salon des Weber et pour forcer Lucy à l'aider, il n'hésite pas à tuer son mari et ses deux enfants. Le colonel se réveille en apesanteur dans son vaisseau. Il comprend confusément que lui aussi a un double maléfique, comme Andromeda, qui l'a poussé à tuer la famille de Lucy Weber...

Plus l'intrigue de Black Hammer : Reborn se déploie, plus elle devient vertigineuse. Jeff Lemire brasse des concepts déjà vus chez Marvel (les "incursions" préfigurant Secret Wars de Jonathan Hickman) et DC (les "crisis" qui réécrivent l'histoire avec leur lot de sacrifices de héros), mais il les synthétise si magistralement que cela aboutit à des épisodes denses et insensés.

Ce septième épisode dévoile ainsi ce qui a amené le colonel Weird à tuer le mari et les enfants de Lucy Weber/Black Hammer II. Et ce qu'on découvre est saisissant. On sait qu'actuellement deux Spiral City sont sur le point d'entrer en collision (écho aux "incursions" de Hickman). L'une d'elles est la Spiral City que l'on connaît depuis le début de l'univers Black Hammer (la ville des héros de la série Black Hammer et ses suites, des Unbelievable Unteens, de Skulldigger, du Dr. Andromeda), l'autre est son double maléfique (avec des doubles des héros qui oeuvrent pour que subsiste leur cité).

Lucy Weber a ainsi découvert que le Dr. Andromeda est prisonnier dans la sombre Spiral City et, capturée par Sherlock Frankenstein et sa Ligue du Mal, avec Skulldigger, elle doit le retouver car il semble le seul en mesure de corriger cette catastrophe. Parallèlement à cela, l'Anti-Dieu, ce géant destructeur qu'avaient affronté les héros de la série Black Hammer (et dont ils avaient appris que son existence étaient liés à la leur), est endormi au coeur du Para-Vers, un espace-temps au sein duquel cohaibitent des terres parallèles et d'où vient la sombre Spiral City. Le double maléfique d'Andromeda souhaite réveiller l'Anti-Dieu pour s'assurer de la destruction de la "bonne" Spiral City. Vous suivez ? Je vous avais prévenus : c'est dense.

Mais le talent - le génie - de Jeff Lemire, c'est de rendre tout ça intelligible, raconté de manière fluide. Il est en vérité plus difficile de résumer Black Hammer : Reborn que de le lire car la lecture coule de source, chaque partie du récit étant clairement exposé, chaque événement s'imbriquant naturellement.

Cet épisode est une sorte d'intermède dans la série, et ce n'est pas hasard s'il intervient à mi-parcours (Black Hammer : Reborn comptera 12 épisodes). C'est le bon moment pour à la fois expliquer un moment majeur, crucial, "pivotal", et en même temps en rajouter une couche pour que le lecteur comprenne que rien n'est gagné. Donc : le colonel Weird (ersatz d'Adam Strange, Captain Comet et des héros de la science et de l'espace) devine que quelque chose ne tourne pas rond. Il est lui-même depuis longtemps franchement largué, devenu fou à force de naviguer dans la Para-Zone, un endroit où passé, présent et futur sont visibles et où donc tous les repères sont brouillés.

Pourtant, cet explorateur reste un découvreur et ce qu'il va apprendre remet tout en question puisque, alors qu'avec son robot Talky-Walky, il cartographie la Para-Zone, il va se rendre compte qu'elle n'est qu'une partie d'un ensemble beaucoup, beaucoup plus vaste. Et cela a des conséquences concrètes, comme l'existence d'un double maléfique qui soit l'a poussé à commettre un meurtre atroce, soit a tué en usurpant son identité. Le choc est tel que Weird va peut-être recouvrer ses esprits à cause de ça et être une carte maîtresse pour la suite de l'histoire.

Pour mettre en images un épisode pareil, il faut disposer d'artistes exceptionnels, à même de traduire visuellement la folie et l'angoisse générées par le scénario. Malachi Ward et Matthew Sheean livrent leur meilleure prestation depuis qu'ils ont pris le relais de Caitlyn Yarsky en enchaînant des doubles pages exceptionnelles.

Ce qui sidère dans leur travail, c'est d'abord la finesse du trait et la maîtrise des compositions. C'est essentiel quand on travaille sur des images aussi grandes et des découpages aussi sophistiqués, non seulement pour restituer au mieux les détails de ce qu'on veut montrer mais aussi pour que cela reste constamment lisible.

Mais surtout Ward et Sheean sont bluffants par la manière dont ils comprennent et restituent le script. C'est un vrai prolongement des délires si ciselés de Lemire et la beauté de leurs plans le disputent à la justesse de leur interprétation du scénario. On a cette impression que les trois hommes parlent d'une même voix dans deux langues différentes (l'écrit, le dessin). La rareté de cette complicité fait tout le prix, toute la valeur du résultat, couplée aux nuances des couleurs, qui donnent une texture, une matière à cet effort graphique.

C'est grand, c'est fort ce que font Lemire et ses dessinateurs. Ils donnent une vraie leçon de narration en concentrant de façon si intense et vibrante ce que des éditeurs plus gros mettent parfois des années à mettre en place. 

BONNE ANNEE 2022 !


C'est avec cette illustration délicieusement sexy et amusante de Goran Parlov que je vous adresse mes meilleurs voeux pour la nouvelle année qui commence.

J'espère qu'elle vous apportera bien du bonheur, en souhaitant que la crise que nous traversons tous se termine enfin.

En attendant ces jours meilleurs, lisez des livres - et suivez mes critiques ! Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez.

RDB