lundi 6 décembre 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

Hello ! Après deux semaines de break, les news comics qui ont retenu mon attention pendant ce temps reviennent. Restez bien jusqu'à la fin si vous voulez savoir pourquoi je n'ai rien communiqué il y a 7 jours. Sinon, tout le monde va bien ? Allez, c'est parti !

ZESTWORLD :


Non, il ne s'agit pas du titre de la quatrième saison de Westworld avec Zemmour dans le rôle du méchant, mais d'un nouvel éditeur qui vient d'annoncer son arrivée sur le marché. Késako Zetsworld ? Prenez Chris Giliberti (en haut à gauche), le patron de Spotify, et Alex Ohanian (en haut à droite), le patron de Reddit (et M. Serena Williams pour la partie people) et vous avez les créateurs de Zestworld. Deux gus qui ont de la maille à plus savoir qu'en faire donc et qui investissent dans les comics numériques via une subscription.


Le modèle de Zestworld fait beaucoup penser à Image Comics  - carte blanche aux auteurs, volonté de faire une offre diversifiée (même si la première série annoncée, Awakened, sera un titre avec des super-héros) - et Substack - tout ça en format numérique. La crise sanitaire a rebattu les cartes et on voit bien désormais que les gros et les petits éditeurs cherchent de nouveaux moyens de séduire le lectorat. Mais la différence risque de se jouer surtout avec les auteurs. Et Zestworld a convaincu le couple Amanda Conner-Jimmy Palmiotti (ci-dessus) d'embarquer dans cette aventure : pas vraiment surprenant vu que Palmiotti finançait ses projets via la plateforme de financement participatif Kickstarter et que Conner le suit dans ce challenge.


Zestworld a aussi séduit Alex Segura (ci-dessus à gauche), qui a écrit du Star Wars tout comme Michael Moreci (en bas), mais aussi Peter J. Tomasi (en noir et blanc). Ce dernier est une belle prise car il a une sacrée expérience d'editor puis scénariste chez DC (Superman, Batman & Robin, Super-Sons).


Côté artistes, il y a aussu beau monde, à commencer par Phil Jimenez (ci-dessus à gauche), une vraie star qui a bossé aussi bien chez Marvel que chez DC (actuellement  on peut lire son premier épisode de Wonder Woman : Historia, écrit par Kelly Sue DeConnick). Eric Canete (en haut à droite) et Dean Kotz (en bas à droite) ont aussi pris un ticket. 
Reste quand même à savoir si les séries que réaliseront tous ces gens finiront pas avoir des copies physiques, car les fans de comics apprécient d'avoir des livres, ou si on se dirige vers du 100% dématérialisé.

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DARK HORSE COMICS :


La maison d'édition Dark Horse Comics, d'habitude discrète, fait beaucoup parler d'elle ces derniers mois. Elle a signé un deal avec Scott Snyder pour publier ses nouvelles séries d'abord disponibles sur la plateforme Comixology, puis Brian Michael Bendis a négocié avec elle les rééditions de son Jinxworld et de nouvelles séries (dont la première, Joy Operations, vient de paraître). En outre, c'est l'éditeur de Mike Mignola (Hellboy, B.P.R.D., etc) et Jeff Lemire (Black Hammer et ses spin-off).
Pourtant Dark Horse chercherait à se faire racheter. Il s'agirait d'un partenariat ressemblant à celui qui existe entre le Millarworld et Netflix, donc la cession de tout un catalogue de comics pour de futures adaptations en films, séries ou dessins animés, tout en conservant un département de parutions de mensuels et de recueils.
Et justement la rumeur court que Netflix serait intéressé par ce rachat. Ce serait une sacrée prise de guerre pour la boîte de Ted Sarandos. Mais rien d'officiel pour l'instant. Quoi qu'il en soit, cela prouve là encore que les éditeurs cherchent à se renforcer en intégrant de grandes majors, comme Marvel avec Disney, DC avec Warner.

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MARVEL COMICS :


Comme tout le monde semble dormir paisiblement chez DC, Marvel anime majoritairement les news. Quitte à le faire de manière déplaisante pour commencer. Vous vous souvenez de la mini-série Luke Cage : City of Fire ? Prévue initialement comme une histoire déconnectée, elle avait ensuite programmée comme un tie-in à l'event Devil's Reign.


Fnalement, il n'en serait rien car... Elle est purement et simplement annulée ! C'est son scénariste Ho Che Anderson (ci-dessus) qui l'a lui-même déclaré sur Twitter, sans donner plus d'explication, sinon que le premier épisode était entièrement complété, et que les suivants étaient en cours d'achèvement. Selon le scénariste Mark Russel, deux options pour justifier cette annulation : soit il n'y avait pas assez de pré-commandes pour le #1 et Marvel a préféré tout arrêter ; soit (et c'est l'hypothèse la plus probable) quelque chose dans l'histoire écrite par Anderson a déplu à quelqu'un en haut lieu chez Marvel/Disney.
Lorsqu'on sait que le scénariste, par ailleurs auteur de King (une biographie dessinée sur Martin Luther King), avait raconté que l'argument de Luke Cage : City of Fire prenait pour point de départ la mort d'un afro-américain à la suite de quoi Cage enquêtait, le sujet d'annonçait sensible dans une Amérique traversée par des tensions communautaires contre les violences subies par les noirs. Pourtant, Luke Cage a toujours été un héros politique (tous les comics sont plus ou moins politiques d'ailleurs), donc Ho Che Anderson, avec son c.v., ne prenait personne par surprise, surtout pas Marvel qui s'est enorgueilli de confier Black Panther à Ta-Nahesi Coates par exemple.
 

L'autre nouvelle émanant de Marvel est plus sympa mais surtout elle va permettre aux geeks de phosphorer jusqu'au Printemps 2022. Tout a débuté par ce teaser laconique, ciitant Irene Adler alias Destinée : "Il n'y a pas LE Future. Il n'y a pas de destinée." et cette mention : Destiny of X. S'agirait-il d'un prochain event mutant ? Ou d'une nouvelle ère, après Dawn of X et Reign of X ?


Marvel n'a pas tardé à diffuser des images tout aussi énigmatiques, comme celle-ci avec trois versions de Wolverine, dessinées par Carlos Gomez. Et chaque fois le même leitmotiv : Choose your Destiny.


Taurin Clarke illustrait trois Tornade différentes et iconiques.


David Baldeon montrait Hope Summers. On notera la première case où la fille adoptive de Nathan Summers/Cable porte le casque Cerebro, comme dans Inferno #2 lorsque Mystique l'a trompée pour qu'elle rende son esprit à Destinée tout juste ressucitée par les Cinq...


Dustin Weaver découpe en trois Mr. Sinistre, que Jonathan Hickman a replacé sur le devant de la scène depuis Powers of X (on sait que dans une des vies de Moira MacTaggert, il a créé les Chimères, à partir des ADN combinés de plusieurs mutants, avant d'être exécuté par Nimrod pour avoir ainsi permis à la race honnie du robot de survivre et de résister à son régime).


Si Charles Xavier n'apparaît sur aucun de ces teasers, Magneto y figure, lui, dessiné par Stephen Segovia, dans son habit blanc (qu'il porte dès House of X #1) puis rouge (sa tenue originelle) et noire (comme dans les Uncanny X-Men de Bendis).


Enfin, bien sûr, Destinée est présente, sous le crayon de Mike McKone. Là, ce qui trouble, c'est qu'elle a la même pose sur les trois vignettes, mais le décor derrière elle change (on voit même Nimrod dans la troisième image).
Pour ma part, je pense que tout ça annonce une nouvelle nouvelle période, après Dawn of X et Reign of X. Le rôle de Destinée me paraît évidemment central, depuis son retour à la fin de Inferno #1, ce qui interroge sur la situation de Moira MacTaggert, mais aussi celles de Charles Xavier, de Mystique, du Conseil de Krakoa.
Comme certaines séries me paraissent susceptibles d'être annulées ou relancées (Excalibur, SWORD, Marauders, X-Corp, voire X-Force) et peut-être de nouvelles, initiées, Destiny of X, qui pourrait débuter dès Mars 2022, va probablement redessiner la franchise X. Est-ce que tout ça sera le fruit d'un effort collectif des scénaristes ? Ou d'un seul (qui deviendrait alors la nouvelle "Head of X" après Hickman) ? L'avenir seul nous le dira (et ce n'est pas Irene Adler qui me contredira).

Voilà, c'est tout. Et c'est certainement tout pour cette rubrique. Car, et ça, c'est mon annonce perso, je ne suis pas certain de continuer à fournir cette entrée. C'est une charge de travail conséquente, qui s'ajoute à la rédaction des critiques, elles-mêmes parfois nombreuses (la semaine écoulée m'a mis à l'épreuve de ce point de vue, avec beaucoup de sorties). Je l'avoue, je suis parfois un peu fatigué (même si c'est relatif, car écrire des critiques de comics, c'est pas la mine non plus) et je ressens le besoin de me préserver un peu plus.
A plus long terme, c'est-à-dire pour 2022, il est ainsi probable que je réduise la voilure. Il y a des séries que je prévois d'arrêter de suivre, d'autres qui sont dans la balance (et, à cet égard, le futur de la franchise X, qui m'inspire beaucoup de prudence, risque de me perdre, surtout sans Hickman aux commandes désormais). J'ai d'autres projets, sans relation avec la tenue d'un blog, aussi.
Bref, je tenais à être transparent. Et à vous remercier pour avoir lu ces Nouvelles Nouvelles Toutes Fraîches hebdomadaires. C'était très gratifiant de voir que tant de monde les consultait. Merci, donc, et à bientôt !

samedi 4 décembre 2021

KING OF SPIES #1, de Mark Millar et Matteo Scalera


Une dernière friandise pour terminer cette semaine de sortie ? Alors King of Spies sera parfait. Il s'agit d'une nouvelle mini-série signée Mark Millar qui retrouve Matteo Scalera avec qui il avait produit Space Bandits. Cette fois, c'est beucoup mieux grâce à un pitch simple et accrocheur, qui renvoie d'ailleurs à de précédents comics du scénariste, et des dessins survitaminés. 



1990. Panama. Roland King, le meilleur espion de la couronne britannique, accomplit une mission avec son zèle coutumier. Sa cible : un narco-trafiquant sur le point de se réfugier à Cuba et qui a employé deux mercenaires très dangereux pour s'assurer que l'agent secret ne l'attrapera pas. Peine perdue.


De nos jours. A 65 ans, Roland King est décoré par la Reine pour ses états de service. Elle lui signifie que les récompenses honorent les sacrifices plus que la bravoure. Mais King a la tête ailleurs : il est malade et envisage la retraite avec difficulté.


Il se confie à son meilleur ami, tout en reconnaissant que son métier l'a conduit à des actes peu glorieux. Il a négligé sa famille au point que son fils, Atticus, ne veut plus le voir. Pris d'un malaise, il est hospitalisé et apprend qu'il a une tumeur au cerveau. Le pronostic : six mois à vivre.


Rongé par les regrets et désabusé, après avoir tué un oligarque russe qui malmenait une serveuse, King décide de partir en beauté. Comprenez en débarrassant l'humanité de tous les puissants qui ont la corompent, l'asservissent et la détruisent.

Mark Millar est un scénariste qui ne prend pas de pincettes mais sait faire parler de son travail. Ce côté bateleur agace ou réjouit, d'autant qu'il est désormais considéré par les puristes comme une sorte de traître à la cause depuis qu'il a vendu son label Millarworld à Netflix. Déjà qu'avant cela on lui reprochait en permanence de ne développer que des comics pour en tirer des films ou des séries télé, alors maintenant...

Pourtant Millar reste viscéralement un amoureux des comics. La preuve : lorsqu'il a justement vendu son Millarworld à Netflix, les dirigeants de la plateforme se sont étonnées qu'il veuille continuer à écrire de la BD. Par ailleurs, c'est un des derniers ténors du milieu à ne pas avoir cédé aux sirènes des comics numériques. Il aime les floppies, les trade paperpacks, et ses références sont internationales (il cite aussi bien Iznogoud que Superman).

Enfin, bien qu'i soit aujourd'hui plus riche que tous ses collègues et pourrait donc se tourner les pouces, Millar n'a pas oublié ses origines modestes et promeut le Neuvième Art avec plus de fougue et de passion que la plupart des gens qui bossent dans le milieu. Alors oui, il parle beaucoup, parfois à tort et à travers, c'est un camelot, roublard, un businessman, avec une oeuvre où le pire côtoie le meilleur. Mais il aime son job et ne l'échangerait pour rien au monde.

Parmi ses sujets favoris, on remarquera que Millar a un goût affiché pour les vieux. D'ailleurs un de ses plus fameux hits, chez Marvel, fut Old Man Logan, une dystopie avec le mutant griffu. Dans ses creator-owned, une de ses mini-séries les plus abouties est Starlight, sur un simili Flash Gordon en bout de course. Et aujourd'hui, le turbulent écossais revient à cette figure fétiche avec King of Spies, une sorte de mix improbable entre James Bond et Impitoyable. Old Man Bond en somme.

Quentin Tarantino avait, il y a quelques années, exprimé son souhait de se frotter au mythe bondien en imaginant un long métrage sur l'espion préféré de sa majesté dans ses vieux jours, qu'il aurait donné à jouer à Pierce Brosnan. Mais comme souvent avec Tarantino, ça restera un rêve de film. Alors, comme les bonnes idées ne meurent jamais, Mark Millar a dû se dire, avec à-propos, qu'il en ferait une BD.

King of Spies, c'est donc la dernière aventure de Roland King, condamné par une tumeur au cerveau et qui décide de partir en beauté en éliminant tous ceux qu'il juge responsable du déclin du monde qu'il a pensé sauver dans sa carrière. Personne n'est à l'abri car il n'a donc plus rien à perdre et qu'il a encore de beaux restes. Un russe grossier en fait les frais dès la fin de ce premier épisode...

La simplicité de l'argument fait tout son sel. Mais ça va sûrement défriser certains qui crieront au sacrilège bondien, ou qui déploreront la minceur du propos, ou sa violence, ou... Mais vous savez quoi ? Tous ceux qui râleront seront des gens dont c'est la manie et qui sont surtout trop sérieux. Pour les autres, ceux qui veulent se payer un trip brutal et marrant, car énorme, alors pour ceux-là, dont je fais partie, King of Spies sera un chouette divertissement popcorn, pendant quatre mois et autant d'épisodes.

Ce sera un plaisir d'autant plus grand qu'il est dessiné par l'excellent Matteo Scalera. Le dessinateur renoue avec Millar après Space Bandits, qui ressemblait à une occasion manquée. Ses planches débordent de vitalité, tout va à 100 à l'heure, et le résultat ne s'embarrasse pas de chichis.

Scalera s'amuse visiblement, ce qui ne signifie pas qu'il bâcle son affaire. Comme Rafael Albuquerque ou Sean Murphy (deux autres partenaires de Millar), ce qui le caractérise, c'est la santé de son graphisme, cette énergie débridée, ce plaisir contagieux à raconter une histoire, à en assumer toute la fantaisie, sans complexes, sans se sentir obligé de s'excuser. Surtout pas celui de faire ressembler Roland King à Pierce Brosnan actuellement (tapez dans Google Images : Pierce Brosnan beard et vous verrez).

Dès la scène d'ouverture (une mission explosive au Panama où ca défouraille à tout-va en prenant quand même le temps de souffler l'idée à une femme qui vient d'accoucher un prénom pour son bébé), on embarque dans une essoreuse avec des angles de vue invraisemblables, des valeurs de plans défiant tous les usages, des compositions survoltées. Puis ça se calme pour poser le bilan d'un vieil homme rongé par les regrets et l'amertume, à qui on apprend qu'il n'a plus que quelques mois à vivre, et qui décide, comme la série elle-même, de lâcher les chevaux, de se moquer des convenances, de fracasser des crânes et de buter des enflures.

King of Spies est à la fois crépusculaire et extraordinairement vivant. En ces temps troublés, où comme le relève Millar, des pays se laissent tenter par les extrêmes, où une pandémie rend l'avenir incertain, on a au fond envie de suivre Roland King pour profiter à fond. Comme c'est une BD, c'est un excellent exutoire : on peut suivre ce vieil homme et la mort comme un puissant elixir contre tout ce qui nous oppresse et nous inquiéte.

THE HUMAN TARGET #2, de Tom King et Greg Smallwood


Wow ! Quel épisode ! Tom King et Greg Smallwood font très fort avec le deuxième numéro de The Human Target. Certes le précédent chapitre m'a déjà conquis, mais là, on atteint les cîmes. L'enquête de Christopher Chance pour identifier celui ou celle qui l'a empoisonné en pensant atteindre Lex Luthor prend un tour romantique absolument enchanteur. C'est beau, c'est superbement écrit : c'est jouissif.
 

Christopher Chance reçoit la visite à son bureau de Tora Olafsdotter alias Ice, membre de la Justice League International. Ils sortent discuter et se rendent sur une plage pour boire un verre. Désireuse d'aider, Ice est pourtant vite percée à jour par Chance.


Elle a en effet reçu un appel du Dr. Midnight qui l'a mise au courant de l'affaire sur laquelle enquête Chance et sur l'état de santé de ce dernier. Mais en vérité elle a voulu savoir où en sont ses investigations et innocenter sa meilleure amie, Beatriz da Costa alias Fire.


Chance suit Tora sur la plage car elle a envie de se baigner. Il dissimule mal son émoi en compagnie de cette belle femme, aimable et affable. Il saute à l'eau avec elle et l'écoute évoquer une ancienne bataille contre Overmaster, qui s'était allié à Lex Luthor et l'avait manipulée, elle, pour tuer ses partenaires.


Le drame avait pu être évité mais Guy Gardner, son fiancé et collègue au sein de la Ligue, voulut savoir ce qui s'était passé.  Fire, elle, promit de faire payer Luthor. Pourtant Ice répète que son amie n'aurait rien fait et offre à Chance de l'aider à rencontrer les membres de la JLI.

Juste après avoir lu cet épisode, Mardi dernier, alors j'étais sur Twitter, je tombe sur un message posté par un fan de The Human Target qui dit, en substance, que c'est sa lecture favorite actuellement et surtout qu'il ne voit aucun comic book capable de rivaliser avec la production de Tom King et Greg Smallwood.

Sur le coup, ce jugement me fait un peu sourire car je trouve qu'il y a beaucoup de choses très intéressantes, de grande qualité, à lire et à recommander en ce moment. Rien que cette semaine, il y a de quoi combler le geek avec du Kirkman/Samnee, Millar/Immonen, Ayala/Reis, pour citer trois équipes artistiques de haut vol. Si on remonte plus loin, on dispose en ce moment de comics par Gillen/Ribic, Lemire, Taylor/Redondo et j'en oublie sûrement. De quoi corriger ceux qui pensent que "c'était mieux avant" (sans jamais qu'ils précisent à quand se situait cet avant idéal).

Et puis j'ai passé ces derniers jours à rédiger les critiques de ce que j'avais lu avec parfois enthousiasme, parfois déception, la routine presque. Je gardais The Human Target #2 sous le coude, pour finir la semaine en beauté. J'aime bien faire ça, réserver un bel épisode pour conclure mes critiques hebdomadaires, histoire de laisser à ceux qui me suivent l'envie de se procurer telle ou telle série plutôt que de terminer sur une note plus maussade.

Mais ça permet surtout de jauger la série qu'on garde pour la fin. De voir ce qu'on en retient, de penser à la manière dont je vais en parler. Et dans ce processus de décantation s'opère (ou non) une confirmation, une révélation. Généralement, si c'est vraiment aussi bon que prévu, la critique s'écrit toute seule parce que ce n'est jamais difficile de communiquer son enthousiasme.

J'en reviens à ce twitto qui affirmait qu'il ne lisait rien de meilleur en ce moment. Et je le rejoins. The Human Target est une BD parfaite, de comic book idéal. C'est merveilleusement écrit par Tom King, peut-être ce qu'il a écrit de plus fin, de plus délicat, de plus sensible. Et c'est divinement dessiné par Greg Smallwood, dont j'ai l'impression que tout le monde découvre enfin le génie (et ça, ça me fait kiffer).

Le programme de la série est limpide, il a été présenté dans le premier épisode : Christopher Chance a été empoisonné à la place de Lex Luthor en jouant son rôle. Le poison employé provient d'une dimension visitée par la Justice League International, comme l'a découvert le Dr. Midnight. Chance a donc douze suspects : Ice, Fire, G'nort, Guy Gardner, Mister Miracle, Red Rocket, Captain Atom, Batman, Blue Beeetle, Booster Gold, Martian Manhunter, Black Canary. Et il lui reste douze jours à vivre et donc douze jours pour trouver son assassin.

Selon le principe un épisode = un jour, Chance va donc rencontrer à chaque épisode un suspect. Première de la liste : Tora Olafsdotter alias Ice. Elle vient directement à lui, même si on découvrira à la fin que Chance l'a habilement piégée pour cela. Ensuite ce sera le tour de Booster Gold, Blue Beetle, Martian Manhunter...

King adapte sa narration à la situation de Chance : pas de temps à perdre. Il montre donc au lecteurle trouble qui saisit d'emblée le héros en présence de Ice, un trouble qui ira croissant et mixe au néo-noir de la série un côté plus romantique (une constante dans les séries du scénariste qui adore ausculter les couples, de longue date ou en formation - Mr. Miracle et Big Barda, Batman et Catwoman, Adam et Alanna Strange, Wil Myerson et "la Gamine"...). On comprend parfaitement l'émoi de Chance car Greg Smallwood représente Tora comme une femme d'une grande beauté, aimable, sexy mais pas racoleuse.

L'osmose est telle entre le texte et les images que la lecture est exceptionnellement fluide. On tourne les pages avec un bonheur rare et en même temps on savoure chaque scène. Un ange passe. C'est le genre de BD qu'on lit avec des étoiles dans les yeux, des papillons dans le ventre et un sourire ravi aux lèvres. C'est extatique.

Le travail de Smallwood est presque humiliant pour tous les artistes actuelles tant il est accompli, abouti, techniquement bluffant et narrativement exemplaire. Tout est sublime, on a envie de vivre dans cette BD aux couleurs douces, on est amoureux de Tora, on envie Chance (ce qui est un exploit pour un type qui est condamné), on vibre aux révélations, on est captivé. A peine a-t-on terminé sa lecture qu'on n'a qu'une envie : relire ces trente pages.

C'est donc vrai que c'est ce qu'il y a de mieux actuellement dans les bacs. Je ne trouve pas de comics qui procurent un tel sentiment de plénitude. Tom King ne peut pas décevoir, agacer ici : il est dans son élément, c'est une sorte d'épiphanie : aucune autre de ses productions n'a atteint cet équilibre miraculeux, opéré cette synthèse des thèmes qui parcourent son oeuvre. C'est lumineux. Il y a une justesse dans les situations, les dialogues, la caractérisation qui donnent cette impression d'un auteur au sommet de son art, qui dose parfaitement ses effets, qui adore ce qu'il écrit, qui mène le lecteur par le bout du nez.

Vous me voyez comblé, mais c'est vrai que c'est exquis quand une série qu'on attendait est aussi bien que ce dont on rêvait. Je suis fan de King, même si j'admets qu'il s'écoute parfois un peu parler et sort peu de sa zone de comfort. J'adore Smallwood en ayant souvent enragé de son manque de reconnaissance alors que c'est un artiste complet, une sorte d'"artists' artist" à la Toth (ce dessinateur pour inités, révéré par ses pairs mais terriblement méconnu du public). J'adore le roman noir. J'aime la romance. Que tous ces ingrédients soient réunis et si bien mélangés, mitonnés, c'est un kif total.

Alors, oui, s'il n'y avait qu'une série à suivre en ce moment, malgré une offre à la fois pléthorique et quelques pépites indéniables, je choisirai et conseillerai The Human Target

vendredi 3 décembre 2021

NEW MUTANTS #23, de Vita Ayala et Rod Reis


Un an pile depuis que Vita Ayala a repris en main la série, New Mutants achève son arc narratif avec ce vingt-troisième épisode. Il flotte donc une ambiance de fin dans ce numéro, ce moment particulier où une période s'achève avant le début d'une autre (puisque la série va continuer). Rod Reis est présent pour boucler cette boucle, aussi survolté que sa scénariste.



Le Lost Club - Anole, Rain Boy, No-Girl, Cosmar et Scout - entrent dans la résidence d'Amahl Farouk et le découvrent gisant parterre tout comm les Nouveaux Mutants - Mirage, Karma, Warpath, Magik, Felina. Unissant leurs pouvoirs, les membres du Lost Club se déplacent dans le plan astral.


C'est effectivement là que se trouvent leurs professeurs, prisonniers du Roi d'Ombre et de ses illusions oppressantes. Mais alors qu'ils affrontent leurs démons, le déplacement de leurs élèves altertent Mirage et Karma qui convainquent leurs amis de changer de voie pour les rejoindre.


En route l'un vers l'autre dans le dédale des cauchemars mentaux du Roi d'Ombre, les deux groupes se retrouvent. Mais Felina, encore fragile psychologiquement, tombe sous l'emprise de leur ennemi et fausse compagnie à ses amis. Magik prend la direction des manoeuvres pour pister Felina.


En la rejoignant, le Lost Club et les Nouveaux Mutants trouvent aussi Amahl Farouk sous sa forme enfantine quand il a cédé au Roi d'Ombre. Raisonnant Felina et encourageant Farouk à se détacher de son double maléfique, les héros vont-ils vaincre leur adversaire commun ?

Quand Vita Ayala est devenue la scénariste de New Mutants en Décembre 2020, le crossover mutant X of Swords venait de s'achever. La série était mal en point, même si elle retrouvait son dessinateur des débuts de l'ère Dawn of X, parce que Ed Brisson semblait incapable d'écrire ses héros de manière convaincante (et convaincue).

Je ne misais pas gros sur le succès de Vita Ayala qui me semblait condamner à jouer les pompiers de service. X of Swords venait de retirer au groupe des Nouveaux Mutants Cypher, tout juste marié à l'arakki Bei la Lune Sanglante. Et la couverture du numéro 14, le premier de Ayala, montrait une équipe mal en point, aux mines renfrognées, avec Warpath pour remplacer Doug Ramsey et Warlock désormais séparé de son ami.

Et puis progressivement, la scénariste a mis en place une intrigue alléchante, qui se déployait sur le long terme et que même l'event Hellfire Gala n'a pas détourné de son but. Par ailleurs, si Warlock a vite été oublié dans l'affaire (le seul vrai bémol de ce run), Ayala affichait de vraies ambitions en utilisant d'autres jeunes mutants qu'on pensait réduits à faire de la figuration et ramenait sur le devant de la scène le Roi d'Ombre.

En vérité, maintenant, on le voit, Vita Ayala a raconté une intrigue en dix épisodes sur une période de publication d'un an, avec une régularité et une qualité sidérantes. New Mutants n'a jamais été aussi intéressant depuis... Claremont et Sienkiewicz ? En tout cas, la série a dépassé ses soeurs plus aguicheuses (Marauders, X-Force, Excalibur), et rivalisé avec X-Men (période Hickman).

La scénariste a tout entier placé son scénario sous un motif unique : celui de la transmission. En faisant des Nouveaux Mutants originaux (Mirage, Karma, Magik, Felina... + Warpath donc) des professeurs en lieu et place des X-Men qui n'assument plus cette charge depuis l'avènement de Krakoa, elle a redéfini l'identité d'une série qui en manquait (voire qui n'en avait pas du tout). Et ce faisant, elle a créé une dynamique forte en évoquant la toxicité des relations entre adultes et jeunes, enseignants et élèves, puissants et faibles.

Il était donc logique que le climax de cet arc conséquent aboutisse avec la réunion des "anciens" et des "nouveaux", des maîtres et des disciples, contre leur ennemi commun. Mais Vita Ayala ne s'en contente pas : elle insiste (parfois lourdement) sur le fait que la première leçon qu'on leur a apprise était que rien n'est tout noir ou tout blanc - une leçon que semble ne pas avoir retenu leurs propres profs. Et qui s'illustre à travers méchant de l'histoire, le Roi d'Ombre et son double Amahl Farouk. In extremis, mais de manière fort habile, Ayala offre une rédemption aussi improbable qu'émouvante et crédible à ce personnage lui aussi tiraillé entre ce qu'il est et ce que son pouvoir a fait de lui.

Rod Reis, qui avait initié graphiquement le retour de New Mutants avec Jonathan Hickman puis avait soutenu Ed Brisson à la fin de son run, a été un partenaire précieux pour Ayala. Son graphisme si particulier, avec ses couleurs franches et ses effets radicaux, a permis au récit de s'envoler pour devenir plus expérimental et illustrer les motifs narratifs.

Seulement suppléé le temps de Hellfire Gala, Reis a été l'artiste de cette renaissance autant que Ayala en a été l'auteur. Fidèle au poste, il est donc là pour conclure cette histoire échevelée, avec une fois encore de nombreux morceaux de bravoure. 

Il exploite à fond l'environnement délirant et inquiétant de l'épisode qui se déroule intégralement dans la dimension du Roi d'Ombre. Chaque page apporte son lot de sensations fortes, avec encore une fois un soin pour les couleurs exceptionnel. Le découpage s'autorise toutes les folies sans jamais sacrifier la lisibilité. L'ombre de Sienkiewincz plane, inspirante et réinterprétée avec inventivité. Il faut du talent pour se frotter à un maître, surtout quand il a autant marqué une série.

On voit ce chapitre se refermer avec nostalgie déjà. Mais si vous aimez New Mutants, alors ce run est pour vous. Et je pense que même les plus critiques envers ce qu'il est désormais convenu d'appeler l'ère de Krakoa sauront reconnaître qu'il s'agit là du titre le plus recommandable, parce qu'il vit sans être écrasé par le franchise et a revigoré ses héros. 

THE MAGIC ORDER 2 #2, de Mark Millar et Stuart Immonen


La suite de The Magic Order se développe de manière très efficace dans ce nouvel épisode. Mark Millar agence une guerre des gangs dans le monde des sorciers et agrémente son récit d'une critique sociale bien sentie. L'écossais est en forme. Et il n'est pas le seul car, fidèle à sa réputation, Stuart Immonen impressionne toujours autant, animant cette histoire avec des dessins de grande classe, exécutés avec une insolente facilité.


Après avoir alerté Cordelia et Regan Moonstone sur une menace d'ampleur, Kevin Mitchell les emmène à chez lui. La ville a été le théâtre d'exactions magiques commises par des sorciers en quête des quatre fragments de la Pierre de Thoth, capable de produire des sorts par-delà l'espace-temps.


Frank King, un ensorceleur tout juste sorti d'une cure de désintoxication et ancien amant de Cordelia, est là. L'Ordre Magique se met en quête des trois fragments restants de la Pierre, sachant que Kevin en a un et connaît l'emplacement des autres.


Cependant, en Roumanie, Viktor Korne noue une alliance avec Henrik Raag avec lequel il compte mettre la main sur les fragments de la Pierre de Thoth avant l'Ordre Magique. Il en possède un, ce qui convainc Raag de le suivre dans ce projet.


Alors que Regan Moonstone se rend dans le Pays de Galles, il est attaqué avec ses amis par Korne, Raag et son gang qui dérobent un deuxième fragment de la Pierre en commettant un vrai carnage. La guerre est déclarée.

Ne rien avoir sorti durant l'année dernière permet d'apprécier à nouveau la production de Mark Millar, lui qui a fait feu de tout bois depuis plusieurs années, jusqu'à sombrer dans la facilité et la médiocrité. Je ne vais pas revenir sur ces dernières piètres performances avant son congé sabbattique, mais il a su tirer profit du congé que lui a forcé à prendre la pandémie.

Bien que j'ai choisi de faire l'impasse sur le dernier acte de Jupiter's Legacy (Requiem), déçu que Frank Quitely ait renoncé à le dessiner (et estimant surtout que tout était dit), lire la suite de The Magic Order, un des meilleurs efforts de Millar, était immanquable pour moi. Et je ne suis pas déçu.

Comme l'a annoncé Millar, le sort utilisé par Cordelia Moonstone à la fin du premier volume de la série (exploitant l'Horologium et faisant revenir à la vie son père, son frère Regan et leurs amis)  va avoir des conséquences. Cordelia a maudit l'Ordre Magique en agissant de la sorte et dans ce deuxième volume, la malédiction prend la forme d'une guerre des gangs entre magiciens.

Pour quel butin ? La direction de l'Ordre Magique bien sûr. Mais comment s'emparer du trône ? En comptant sur le peu de fiabilité de la nouvelle reine, Cordelia, et en mettant la main sur un artefact très puissant, la Pierre de Thoth. Ce caillou a été divisé en quatre parties dont le magicien Kevin Mitchell connaît les cachettes (il en possède une lui-même). Un deuxième fragment est entre les mains de Viktor Korne dont on a fait la connaissance le mois dernier, un sorcier roumain, qui en veut à L'Ordre Magique d'avoir rétrogadé les siens.

Et c'est sur ce point, peut-être plus que sur la chasse aux fragments de la Pierre de Thoth, que The Magic Order devient passionnant. Car Millar enrichit son intrigue d'un commentaire social sur l'élite et les classes populaires. Dans le premier volume de la série, l'Ordre Magique nous était présenté comme une institution sympathique, bienveillante, puisqu'elle veillait sur notre monde en la protégeant de monstres et autres sorciers belliqueux. Mais à bien y regarder, cela ressemblait aussi à une sorte de club privé, d'aristocratie de la magie, avec peu de membres et des entrées bien gardées.

Ce sentiment se confirme de manière plus prononcée et acide dans ce nouveau volume où Viktor Korne, qui n'a, lui, rien, d'aimable revendique sa place à la table de l'Ordre qui en a écarté les siens. Résidant en Roumanie, dans une banlieue minable, travaillant dans une usine, c'est un prolétaire frustré, en colère, qui se sent, à juste raison, oublié par ses pairs. La Pierre de Thoth devient non seulement un instrument de vengeance mais aussi le symbole du pouvoir privatisé par l'élite que représente l'Ordre.

Mené sur un rythme soutenu, le scénario ménage des temps calmes mais trompeurs en introduisant un autre nouveau personnage, Frank King. Ensorceleur, il sort au début de l'épisode de cure de désintox. On apprend ensuite qu'il a une liaison avec Cordelia et qu'ils ont même failli se marier. Millar le présente comme un joker, qui peut faire pencher la balance en faveur des héros. Avant de révéler que King est toujours un drogué, nargué par un démon qui lui rappelle tous ses échecs - dont celui de sa relation avec Cordelia. Et on se dit alors que ce joker pourrait aussi précipiter l'Ordre dans le chaos.

Visuellement, il devient compliqué de ne pas comparer ce qu'accomplit Stuart Immonen avec ce que fit Olivier Coipel dans le volume 1. L'artiste canadien éblouit par la facilité insolente qui se dégage de ses planches. Non seulement il s'est totalement approprié des personnages et leur univers mais surtout il les anime avec une maîtrise bluffante.

Chez Immonen, c'est la marque des très grands, tout est plus beau, plus consistant, plus puissant, plus intense. Le soin apporté aux décors, talon d'Achille chez Coipel (qui se donne tout au début puis expédie de plus en plus), est saisissant. Q'il s'agisse de représenter uen vue de Londres depuis le sommet d'une tour ou une ville entière mais aussi de dépeindre les bas-quartiers d'une cité roumaine, avec ses immeubles décrépits, on est vraiment en immersion.

Que deux coloristes (Sunny Gho est soutenu par David Curiel) se relaient pour mettre cela en valeur prouve aussi à quel point le dessin d'Immonen est exigeant dans le détail et a besoin d'être accompagné par des partenaires pointus. C'est d'autant plus remarquable que, désormais, Immonen s'encre lui-même et ce supplément de travail n'a aucunement entamé sa légendaire productivité et son goût pour la belle ouvrage.

Bien qu'il ait, par le passé, souvent juré ne pas aimer perdre son temps avec des clins d'oeil, aujourd'hui Immonen se lâche et, ainsi, il donne à Frank King une allure et un visage qui ne peuvent qu'évoquer ceux de Dylan Dog, le célèbre héros de fumetti dont les aventures se déroulent également souvent dans le monde de l'occulte (et dont les couvertures ont souvent été signées par Gigi Cavenaggo, qui illustrera le volume 3 de The Magic Order).

Quand on sait que Immonen a pris le train de l'Ordre Magique en amrche, suite aux tergiversations de Coipel, on peut dire qu'il ne ménage pas sa peine, qu'il ne travaille pas à moitié. Il s'est investi dans ce projet comme si c'était le sien depuis le début. C'est vraiment le boss.

Ah, ça fait plaisir ! Du Millar inspiré, du Immonen en grande forme ! Vivement la suite !