jeudi 7 novembre 2019

NEW MUTANTS #1, de Jonathan Hickman, Ed Brisson et Rod Reis


Troisième titre de la relance Dawn of X, New Mutants est l'autre série chérie de Jonathan Hickman. Il fait équipe avec Ed Brisson, qui écrira un épisode sur deux, et Rod Reis, dont le style est influencé par Bill Sienkiewicz (qui marqua durablement de son empreinte le titre). Tout est réuni pour une réussite... Et pourtant, , malgré d'indéniables qualités, le résultat est étrangement décalé.


Krakoa. Rhane Sinclair alias Wolfsbane est ressuscitée et soutenue par son amie Karma. De leur côté, Mirage et Sunspot discutent des opportunités offertes par le nouveau statut des mutants. Cypher et Mondo explorent de nouveaux moyens de communiquer avec l'île. Chamber et Magik en exploitent des ressources insoupçonnées.


Un seul membre des Nouveaux Mutants manque à l'appel : Cannonball, parti dans l'espace avec ses parents. Sunspot négocie avec Corsaire et les Starjammers pour qu'ils emmènent son équipe au sein de l'Empire Shi'ar où se trouve leur ami.


Le voyage est long et tendu - Magik relève un défi de Raza, C'hod peste contre les effets secondaires de la graine de Krakoa sur ses cultures, et une fois à l'approche du poste avancé de Benevolence, Corsaire interdit aux mutants de quitter le vaisseau car il doit régler une affaire (entendez : commettre un vol).


Bien entendu, les mutants désobéissent et grâce à Magik investissent une salle de la station où ils trouvent un oeuf mystérieux. Les gardes sont alertés. Corsaire et les Starjammers prennent la poudre d'escampette, malgré les protestations de Sunspot.
  

Il est débarqué et se livre aux autorités Shi'ar avec ses amis, promettant à Mirage, inquiète de la tournure de la situation, qu'il connaît un bon avocat pour le sortir de ce mauvais pas...

On voit bien dans le nouveau statu quo mutant, "Dawn of X", la volonté de reformer la franchise autour de ses titres historiques : X-Men, Marauders, ExcaliburX-Force, et donc New Mutants (j'omets volontairement Fallen Angels que je ne lirais pas). Des noms familiers pour les fans, avec pour chacun des cadres précis en relation avec la mission des personnages à leur tête. 

Ce souci de clarifier les choses est très louable, après des années de tâtonnements où le staff éditorial de la franchise lançait des séries au petit bonheur la chance, mais sans vraie ligne directrice (c'était plutôt une logique empirique qui présidait).

Mais un problème est apparu avec Excalibur où en dehors de la référence rien ne correspondait à la série initiale. New Mutants souffre un peu du même mal, mais placé différemment, comme si les auteurs avaient décidé, contre toute logique justement, de faire comme si de rien n'était. En bref, comme si les Nouveaux Mutants n'avaient pas grandi depuis les années 80 et que leur réunion était racontée d'une manière tellement décalée qu'elle devenait déplacée.

C'est d'autant plus curieux que Jonathan Hickman a auparavant employé deux des Nouveaux Mutants dans ses Avengers (Cannonball et Sunspot). Il a ainsi, indirectement, contribué à les émanciper de leur formation d'origine (même si ce n'était pas le premier à le faire) et Al Ewing, en particulier, les a ensuite animés dans ses U.S.Avengers, loin des affaires mutantes. Quant à Magik, Bendis en fit une des révolutionnaires mutantes dans les Uncanny X-Men de Cyclope post-Avengers vs. X-Men (après que Charles Xavier ait été assassiné par son fils spirituel) - mais cela appartient à une des vies antérieures de Moira McTaggert comme on l'a vu dans House of X #2.

Aussi, voir ces personnages se conduire comme des ados, comme à leurs débuts, a de quoi surprendre, d'autant que Magik a conservé sa tenue des Uncanny X-Men de Bendis (tout de noir et de cuir vêtue), que Wolfsbane a été ressuscitée, et que Sunspot a visiblement conservé des traces de ses expériences de leader en dehors de mutants. Leurs chamailleries pour boire du café produit par Chamber ou pour désobéir à Corsaire et Sunspot sont aussi puériles qu'incongrues. 

Hickman et Brisson (même si on ne sait pas qui a fait quoi exactement dans cet épisode) ont par ailleurs des idées étonnantes (la graine de Krakoa plantée sur le vaisseau des Starjammers tue les cultures entretenues par C'hod, Corsaire abandonne sans scrupules des gamins en territoire hostile). Mais on demeure gêné par la caractérisation des héros dont l'aspect ou quelques répliques contredisent tout le reste. Tout ça a un peu, si vous me permettez l'expression, le cul entre deux chaises.

Avoir confié à Rod Reis le dessin est une idée séduisante. Influencé par Sienkiewicz, qui jadis a révolutionné la série (alors illustré par le bien sage Bob McLeod), son style est certes plus sage (et abuse parfois des effets copiés-collés), mais néanmoins original. Il sait en tout représenter de jeunes héros, le voyage spatial est dépaysant, et le statisme des scènes d'action est compensé par un travail sur les couleurs atypique (Reis assume aussi ce poste), avec des effets numériques qui conservent une spontanéité proche de l'esquisse du trait.

Mais, Reis (pourtant régulier d'habitude) va, comme l'annoncent les solicitations des prochains épisodes, être supplée par Marco Failla (Age of X-Man : Marvelous X-Men), ce qui va casser l'esthétique de la série. Il faudra aussi voir comment les épisodes de Brisson et ceux de Hickman se compléteront, car les deux scénaristes sont très différents.

Tout ça, bien sûr, étant conditionné au fait que je poursuive l'aventure, ce qui n'est pas sûr. J'ai tout de même envie de donner sa chance à ces New Mutants, mais je suis bien dérouté par leur relance.  

BATMAN UNIVERSE #5, de Brian Michael Bendis et Nick Derington


Bon sang que cette mini-série est jubilatoire ! C'est sans aucun doute ce que Brian Michael Bendis a écrit de mieux depuis son arrivée chez DC (même s'il ne démérite pas sur Superman), comme si le format l'inspirait. Ce pénultième épisode est de plus formidablement dessiné par Nick Derington dont la complicité avec le scénariste saute aux yeux. Epatant !

Laissé pour mort dans Crime Alley par Vandal Savage, Bruce Wayne est retrouvé par Alfred Pennyworth qui le conduit à la Batcave pour l'examiner. Sans séquelle apparente de son voyage au temps du far west, le dark knight se remet aussitôt sur la piste de l'Oeuf volé.


Préalablement appelé à la rescousse par Alfre, Nightwing débarque et offre son aide à son mentor qui vient de localiser la signature de l'Oeuf au large des côtes de Gotham. Le "dynamic duo" se reforme pour aller le récupérer.


Abordant le navire de Savage, Batman et Nightwing affrontent les ninjas qui lui servent de sbires et atteignent la salle des commandes où l'immortel brandit l'oeuf fièrement sans mesurer le danger. Il propose même à Batman de choisir où il veut mourir.


Mais Batman a compris que l'Oeuf n'était qu'un récipient et qu'il renfermait une source d'énergie puissante et instable : en l'occurrence un anneau de Green Lantern blanc qu'il libère en prononçant le serment du Green Lantern Corps. Savage voit l'objet lui échapper, impuissant.


Mais ce rebondissement provoque l'arrivée sur place du GLC qui vient arrêter Batman pour détention illégale d'un anneau. Néanmoins il est incapable de le leur remettre car l'anneau protège son hôte. Et pour ce faire, le téléporte à l'intérieur de l'anneau !

Batman Universe offre le meilleur de ce que Brian Michael Bendis peut imaginer et rédiger, comme s'il était émulé par le format limité du projet (six épisodes de trente pages chacun, sans la contrainte de la continuité, même si l'histoire peut parfaitement y trouver sa place). C'est drôle, mouvementé, merveilleusement caractérisé et rythmé, avec un regard frais sur un personnage octogénaire.

Si l'inspiration de Bendis connaît un certain émoussement depuis quelques mois sur ses séries liées à Superman, sans doute parce qu'il écrit trop de titres parallèlement (Young Justice m'a déçu et j'attends de voir ce que va donner la relance de Legion of Super Heroes, en attendant le dénouement d'Event Leviathan), en revanche Batman Universe est le projet sur lequel il s'amuse le plus et, même s'il a juré qu'il n'écrirait jamais un mensuel consacré à chauve-souris, force est d'avouer que le personnage lui convient mieux que tous les autres.

Batman résume le mieux, en effet, ce que Bendis sait développer : le street-level hero qui peut être confronté à des menaces bigger than life, un supporting cast solide, des intrigues tortueuses mais centrées sur le personnage principal et son environnement. Tous ces aspects-là paraissent, ramenés à Superman, plus forcés, comme si Bendis cherchait à faire rentrer un cube dans un trou rond ou à normaliser le kryptonien - ses récits en témoignent car la série Superman est devenue finalement plus cohérente que Action Comics (parasitée il est vrai par Year onf the Villain).

La logique de Batman Universe est ludique, c'est un peu celle du "marabout-bout de ficelle", un événement conduit au suivant, avec une sorte de McGuffin (l'Oeuf de Fabergé et ce qu'il contient). Les seconds rôles qui agrémentent l'histoire permettent à Bendis d'explorer le DC Univers et aussi d'entraîner Batman dans des zones improbables (mais évoquant ses aventures délirantes du "Silver Age"). C'est encore le cas ici, avec Nightwing en guest-star et des péripéties qui s'enchaînent sans faiblir.

Bendis est aussi de cette génération de scénaristes dont les réussites dépendent de l'artiste qui le soutient. Ainsi, après Alex Maleev, Stuart Immonen, ou Ivan Reis, c'est avec Nick Derington qu'il a trouvé le compagnon idéal pour ce projet.

Pour résumer leur complicité, il suffit de s'en remettre à une double-page étincelante dans ce numéro (voir la troisième image ci-dessus). Pour la composer, le scénariste a suggéré au dessinateur un croisement entre Wes Anderson et le film Batman de 1966 (où il y avait aussi une bagarre dans un sous-marin), en conseillant à Derington d'y aller franchement. Et l'artiste produit deux pages parfaites, qui pourraient synthétiser tout l'esprit de la mini-série, quelque chose d'esthétiquement très élaboré et fun à la fois.

Derington a mis longtemps à percer (après avoir joué les artistes fantômes sur Catwoman période Ed Brubaker, dans l'ombre de Cameron Stewart et Rich Burchett), se distinguant en cover-artist (Mister Miracle de King et Gerads), mais c'est désormais quelqu'un arrivé à maturité, avec une vision acéré, un style unique, capable d'enchaîner les épisodes exigeants, avec un degré de finitions impressionnant. Si après ça DC ne lui confie pas un boulot régulier, c'est à désespérer.

Le cliffhanger de cet épisode promet un dénouement, le mois prochain, à la hauteur de tout ce qui a précédé. On quittera cette mini-série en regrettant qu'elle n'ait pas duré plus longtemps : c'est le signe de son succès.  

dimanche 3 novembre 2019

LUMIERE SUR... CHRIS SAMNEE #INKTOBER 2019 #BATOBER 2019



Comme chaque mois d'Octobre depuis trois ans maintenant, Chris Samnee a participé au Inktober, où les artistes, professionnels et amateurs, sont invités à produire un dessin original par jour, à partir d'un mot-clé.

Le dessinateur, qui a annoncé dans sa dernière newsletter, que ses futurs projets comics verraient le jour en 2020, donne donc de ses nouvelles à ses fans en manque via ce jeu qu'il pratique avec sa maestria habituelle.

Depuis 2017, Samnee dessine ce qu'il appelle le "Batober" puisque tous ses dessins tournent autour de l'univers de Batman (y compris ses itérations parallèles, comme Batman Beyond ou The Dark Knight). C'est un véritable festival et une lettre d'amour à la chauve-souris (dont il rêve visiblement d'illustrer les aventures).

Enjoy !
































BATMAN ANNUAL #4, de Tom King, Jorge Fornes et Mike Norton


Alors que, dans quelques semaines, il achèvera son run sur Batman, Tom King n'allait sûrement pas laisser sa place, comme l'an dernier, pour écrire le quatrième Annual de la série (de l'ère "Rebirth"). A chaque fois, il a signé des récits forts et originaux et, une fois encore, il nous régale, avec le détail de faits tirés du journal d'Alfred Pennyworth. Le résultat est magistral, servi par les dessins magnifiques de Jorge Fornes et Mike Norton.
  

Les faits se déroulent du 7 Mars au 24 Avril, reportés par le majordome de Bruce Wayne, Alfred Pennyworth. Il raconte comment Batman a résolu plusieurs événements à Gotham et ailleurs, comme lorsqu'il arrêté le gang de la Charge de Cavalerie, terrassé un dragon ou battu un boxeur violent avec sa femme.


Bruce Wayne est aussi mis à contribution parfois, comme lorsqu'il vient en aide à une jeune femme qu'il aima au lycée et impliquée dans une sale affaire. Batman résout le crime du colonel Yellin, un ami philanthrope.


Le dark knight déjoue ensuite un attentat fomenté depuis Metropolis. Puis il est téléporté aux confins de l'univers (ou de l'esprit, mais c'est la même chose) et prévient une entité qu'elle le trouvera sur son chemin s'il s'en prend à la Terre.


Un thé servi par Alfred et Batman repart au front. Le rythme de ses missions et de ses exploits s'intensifient, devenant de plus en plus délirant et dangereux. le héros est entraîné aux quatre coins du monde tout en veillant à l'ordre de sa ville, sans faillir.


Qu'on s'en prenne à lui, à ses proches, ou aux civils en général, il est toujours là. Ce qui ne signifie pas qu'il n'a pas peur du danger. Mais Batman le surmonte en se préparant au mieux, dépassant ses craintes et ses limites. Tous les jours.

Les Annuals de Batman sont toujours un régal pour les yeux : après Lee Weeks (qui signe cette fois la couverture, superbe) et Michael Lark, il y a deux ans, puis Otto Schmidt l'an dernier, c'est au tour de Jorge Fornes et Mike Norton de s'y coller. Certes, ce ne sont pas des stars, plutôt de solides artisans, mais qui servent le récit et collent aux découpages de leur scénariste, et pour cela, on les saluera les premiers car durant quarante pages, il fallait cette rigueur et cette humilité pour réussir cet ouvrage.

Fornes est un émule de David Mazzucchelli, même s'il tend à s'affranchir stylistiquement du Maître. Son trait est économe et peut aussi évoquer, pour son goût du clair-obscur, Francesco Francavilla, tout en étant plus soigné (et en laissant la colorisation à un autre (l'incontournable Dave Stewart).

Norton lui succède à la 30 planche, sans détoner. Comme Fornes, il est adepte d'un dessin sobre et clair, au trait plus rond, mais avec des finitions aussi soignées. Comme Fornes, il s'encre lui-même, contrôlant donc totalement le rendu de ses images.

Le point commun de ces deux artistes, bien que Norton soit plus aguerri grâce à une production plus dense et des années d'expérience dans le milieu, c'est que ce sont des dessinateurs fiables, réguliers, et modestes. Ils ne tirent pas la couverture à eux, sachant que la vedette ici, c'est le scénariste - un auteur précis dans les indications de ses scripts (tout du moins dans le découpage, car sinon il laisse ses collaborateurs libres).

On a donc droit à des pages efficaces, sans ostentation, mais quand même parfois impressionnantes. A ce jeu, parce qu'il dispose de plus de planches (une trentaine donc contre sept pour Norton), Fornes marque des points et devrait inciter un éditeur à lui faire signer un contrat d'exclusivité (alors qu'actuellement il va et vient entre DC et Marvel, avec du creator-owned entre les deux). Il ouvre chaque scène par une splash-page qui tape bien (on retiendra celle avec le dragon - voir plus haut - ou celle où Batman est couché sur les rails du train). Cette entrée en matière apparaît comme un cadeau de la part du scénariste à son dessinateur, pour qu'il gomme la méfiance du lecteur (qui attendait peut-être quelqu'un de plus fameux pour cet Annual).

Ensuite Fornes est tout aussi à l'aise pour produire des séquences fluides et subtiles, où il se montre très à l'aise aussi bien pour traduire une action mouvementée qu'un moment intimiste et poignant (les retrouvailles de Bruce et son amour de jeunesse). Les couleurs de Stewart accompagnent à la perfection ces ambiances.

Lorsque Norton entre en jeu, on croit d'abord qu'il va poursuivre ce qu'a accompli son confrère puisqu'il démarre aussi avec une pleine page spectaculaire. Mais, insensiblement, le lecteur va s'apercevoir que le découpage devient plus structuré à mesure que les événements représentés deviennent, eux, de plus en plus insensés, jusqu'à l'absurde et la comédie pure.

C'est une suite de pages avec deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit cases qui défilent, et l'épisode se clôt sur un "gaufrier" de neuf cases, la figure favorite, fétiche même, de King, incorporant les crédits et le titre. Norton s'acquitte de ce crescendo avec une maestria d'autant plus remarquable qu'on ne se rend donc pas compte immédiatement - on note juste que les vignettes augmentent en nombre, puis on les compte et on comprend le mécanisme en marche.

Cet aspect finalement ludique mais discret, minutieux sans être évident, correspond au propos de cet Annual. Le titre, Everyday ("Tous les jours"), est un programme en soit. Batman est montré pendant un mois et demi constamment sur la brèche, défiant mille périls, bravant cent dangers, relevant moult défis, veillant au respect de l'ordre, assurant la justice.

Tom King pousse le principe jusqu'au bout de sa logique puisque, pendant quarante-huit journées recensées par Alfred Pennyworth, jamais Batman ne se repose. Gotham ne le laisse pas souffler, mais le reste du monde (et de l'univers) non plus. Il doit répondre à des situations de crises permanentes et de toutes envergures, du simple braqueur à la créature la plus improbable, dans des conditions acrobatiques (une cavale à cheval sur les toits de Gotham, un tête-à-tête avec une entité cosmique).

Mais Batman surmonte sa peur, car il a peur, insiste le scénariste par la voix d'Alfred. Ce n'est pas un inconscient ou un fou, qui ignore la peur. Il a peur constamment. Alors il pallie cela par la préparation, l'anticipation, même quand cela est impossible. C'est à la fois un policier, un détective, un explorateur, un aventurier, un chevalier, ou une épaule amicale, un père de substitution, un compagnon de mémoire, ou un espion, un super-héros, un astronaute, un mécanicien, un free fighter (dans la cage).

King examine son héros avec un regard à la fois respectueux et distancié puisqu'en le poussant dans ses retranchements les plus grotesques, ceux-là même que permettent et parfois appellent les comics, le dark knight dépasse les bornes de la normalité. Pas seulement parce qu'il s'agit d'un homme déguisé en chauve-souris mais parce qu'il n'arrête jamais. Dans cet Annual, Bruce Wayne parait dépourvu de vie sociale (à l'exception de la scène où, au civil, il vient à l'aide de son amour de jeunesse), il est exclusivement un type en costume confronté à des menaces anormales par leur intensité, leur fréquence.

Même entraîné, même préparé, un homme ne peut accomplir ce que Batman fait durant ces quarante-huit jours. C'est un deus ex machina, infaillible, inlassable. Passées les trente premières pages déjà soutenues, les péripéties qu'imagine King deviennent de plus en plus salées, jusqu'à la caricature. Des zombies, des extraterrestres, des monstres préhistoriques, des dérèglements climatiques... Mais aussi des matchs sportifs, des trouvailles scientifiques, des travaux dans l'espace, et j'en passe... Batman est partout, il a réponse à tout. C'est du grand n'importe quoi, mais très drôle, ce qui contredit la réputation de King d'être un auteur dépressif et déprimant. Mais confirmant un certain sadisme dans la manière qu'il a d'éprouver son héros (la comédie elle-même est souvent sadique puisqu'elle inflige à ses personnages coups et blessures qui provoque notre rire).

Au fond, ce quatrième Annual n'est pas si différent du deuxième, déjà écrit par King, dans lequel on assistait à une folle cavalcade entre Batman et Catwoman puis à leurs derniers jours. Ici aussi on va des rires aux larmes, on passe de l'action à l'émotion, de spectaculaire à l'intime. Et cela dit bien à quel point Tom King restera, une fois son run terminé, comme celui qui a profondément creusé la psyché et sculpté le corps de Batman. Comme celui qui a fait de Batman le sujet et l'objet de sa propre série.