vendredi 19 juillet 2019

AGE OF X-MAN : OMEGA #1, de Lonnie Nadler, Zac Thompson et Simone Buonfantino


Comment conclure une histoire déjà nulle et dont rien ne subsistera ? En continuant à faire n'importe quoi : au moins, voilà quelque chose qu'on ne retirera pas à Age of X-Man : Omega puisque c'est aussi consternant que prévu. Après ça, on ne peut pas faire pire.


Nate Grey/X-Man est donc démasqué et tous les mutants qu'il a transporté dans un nouveau plan d'existence ont graves les boules. Son utopie s'est lamentablement cassé la gueule.


Le bougre qui s'est pris pour Dieu tente bien d'expliquer à ses semblables qu'il a voulu bien faire et il s'en trouve un ou deux pour presque l'excuser, même s'il a été maladroit. Mais bon, la majorité veut lui flanquer une rouste.


Il est quand même fumasse, X-Man, avec ces ingrats de mutants. Puisque c'est comme ça et qu'ils préfèrent rentrer dans leur monde qui les hait, soit. Mais alors qu'ils partent tous !


Magneto ferme le ban pendant que Nate Grey mesure son échec. Le maître du magnétisme reste encore un peu parce qu'il a une idée derrière la tête - que X-Man, en bon télépathe, a déjà devinée.


Le double de Magneto dans cette dimension veut concrétiser l'utopie que Nate Grey a foiré. Mais évidemment, il lui faudra sacrifier quelque chose pour ce projet... Quoi ? Ben, on s'en fiche car c'est la fin.

Même si Age of X-Man : Omega ne le mérite pas, la morale de cette conclusion foireuse m'a fait penser à cette superbe phrase d'Albert Cohen dans Le Livre de ma Mère : "Dieu m'aime si peu que j'en ai honte pour lui."

Et les editors de la franchise "X" aiment si peu leurs lecteurs qu'ils leur ont infligé un dernier navet avant de passer à autre chose. Entre la miriade de mini-séries estampillée Age of X-Man et le run  abominable de Matthew Rosenberg sur Uncanny X-Men paru en parallèle, on peut dire que ces derniers mois ont sûrement ce qu'on a pu lire de pire sur les mutants depuis une paie.

Faut-il alors consacrer une critique en bonne et due forme à cet épilogue ? Ou déjà espérer pour le futur ? Je choisis la seconde option.

En effet dès la semaine prochaine sera publié :


House of X par Jonathan Hickman et Pepe Larraz (avant, la semaine suivante, Powers of X, toujours par Hickman mais cette fois avec RB Silva) : c'est un petit miracle avant même de l'avoir lu car Marvel a réussi l'impensable, garder secrète l'histoire de ces deux mini-séries hebdomadaires en six parties chacune.

Du coup, la hype est à son maximum, et pour le prouver, il suffit de se balader sur les réseaux sociaux et sites spécialisés pour lire toutes les théories échafaudées par les fans et les journalistes qui tentent de savoir de quoi ça va parler exactement.

Hickman, qui avait quitté Marvel après la saga Secret Wars (pour se consacrer à des séries en creator-owned) et qu'on annonçait chez DC (pour reprendre Legion of Super-Heroes - finalement relancée par Bendis), a déclaré avoir élaboré son projet depuis l'enfance.

Il a en tout cas obtenu les pleins pouvoirs en convaincant Marvel de stopper toutes les séries "X" en cours le temps de la parution de HOX (et POX) ! Il ne s'est pas non plus privé, récemment, de tailler un beau costard à Rosenberg, sans le citer, mais en ciblant explicitement le fait qu'un auteur devait laisser les lieux dans l'état où il les avait trouvés pour son successeur (autrement dit sans avoir commis des histoires dont le rétablissement seraient top acrobatiques).

En vérité, Hickman opère comme un editor dans une franchise où les editors sont, depuis bientôt trente ans, très interventionnistes et avancent sans direction cohérente. Il y a eu de bons scénaristes pour les mutants, des artistes excellents, mais plus de vraie ligne éditoriale d'ensemble depuis les années Claremont et Simonson. Hickman prétend corriger cela, de manière radicale.

Je n'ai pas toujours été client de Hickman (ses Fantastic Four m'ont souverainement déplu et j'ai apprécié ses Avengers une fois qu'il ne les écrivait plus). Son style est plus story-driven que character-driven, d'ailleurs on lui reproche volontiers son manque d'empathie pour les héros et des intrigues touffues et trop calculées. 

Pourtant, il me semble que c'est ce qu'il faut aux mutants aujourd'hui, une vraie remise à jour, un vrai plan, un retour aux fondamentaux et aussi de la nouveauté - pour sortir des éternelles histoires de persécution, de métaphores des droits civiques. Je pense que Hickman peut être l'homme de la situation, il s'engage pour longtemps, a une vision cohérente et personnelle à la fois, et s'appuie sur deux très bons dessinateurs en devenir (Larraz et Silva, tous deux mis en couleurs par Marte Gracia). Il semble aussi que Marvel laisse à Hickman le champ libre pour un bon moment (même si une fois HOX - et POX - terminée, il n'écrira plus que le titre de tête des X-Men - sans doute un relaunch de Uncanny ou New X-Men), donc sans crossover ni event perturbateurs.

Ce sera un quitte ou double. Pour moi qui a grandi avec les X-Men, les voir vraiment repartir du bon pied, durablement, serait un vrai rêve. Je croise donc les doigts.

jeudi 18 juillet 2019

BLACK HAMMER / JUSTICE LEAGUE : HAMMER OF JUSTICE ! #1, de Jeff Lemire et Michael Walsh


Le succès de Black Hammer a permis à son créateur Jeff Lemire de développer son univers en de multiples spin-off. Ce n'était qu'un question de temps (et d'opportunité) pour qu'on ait droit à un crossover et comme le scénariste a souvent travaillé avec DC, c'est donc la Justice League qui croise la route des héros de Dark Horse Comics. Un switch aussi simple qu'ingénieux pour ce projet immédiatement accrocheur fournit l'hameçon parfait.


Dans leur ferme de Rockwood, Abe, Barbalien, Gail, et Mme Dragonfly sont visités par un agent immobilier qui convoite la propriété bien que ses habitants ne soient pas disposer à vendre.


A Metropolis, la Justice League affronte une énième tentative de conquête de Starro lorsque Wonder Woman pressent que la vraie menace est ailleurs. Un agent de voyage s'approche de l'équipe.


L'agent immobilier à Rockwood et l'agent de voyage à Metropolis savent tous deux les secrets de leurs interlocuteurs. Ils leur offrent donc un congé pour les récompenser des services rendus à la communauté ou pour leur permettre de quitter leur prison.


Aucun des deux groupes n'a le temps de réagir qu'ils sont téléportés ailleurs. La Justice League - Superman, Batman, Wonder Woman, Cyborg, Flash - atterrit à Rockwood. Abe, Barbalien, Gail et Dragonfly surgissent à Metropolis.


Tandis que les membres de la Ligue se sont presque résignés à leur sort à la ferme, Abe et ses partenaires doivent affronter Starro. Pendant ce temps, le colonel Weird flotte dans l'espace à proximité d'une brigade du Green Lantern Corps...

Il flotte dans cet épisode un doux parfum de crossover à l'ancienne, comme lorsque, par exemple, la Justice League partageait le temps d'un Annual une aventure avec la Justice Society. Pourtant, cette fois, les personnages ne sont pas édités par la même maison.

L'initiative de Hammer of Justice ! revient à Jeff Lemire qui n'a jamais coupé les ponts avec DC Comics malgré son succès chez Dark Horse avec Black Hammer (et tous ses dérivés). Son pitch est si simple et efficace qu'il profite à tout le monde sans embarrasser ceux qui ne lisent que l'une ou l'autre des séries. Les fans de Black Hammer seront juste plus informés car le récit se situe lorsque les héros sont encore prisonniers dans la ferme de Rockwood.

Plutôt cependant que d'organiser une rencontre entre ses personnages et ceux de la Ligue de Justice pour affronter un ennemi commun, Lemire a une l'idée lumineuse de switcher leurs situations. Ainsi Superman et compagnie sont coincés à la ferme depuis aussi longtemps que Abe et ses acolytes qui, eux, sont téléportés à Metropolis envahie par Starro le conquérant.

Le scénario s'amuse de ce gag sur des légendes ayant échangé leur malédiction (sauver le monde, être coincé au milieu de nulle part) et respecte ce que Leire raconte dans Black Hammer : Age of Doom, avec ces deux agents (de voyage et immobilier) qui écrivent l'histoire de manière méta-textuelle.

Il y a donc quelque chose de ludique et d'épique à la fois, mais qui respecte les codes inhérents à chaque titre. La monotonie de la vie à la ferme contre les batailles à grand spectacle à Metropolis, la résignation contre la détermination à s'en sortir... Surtout on mesure ce que Lemire a réinventé de son côté, même s'il n'a pas joué à fond le jeu des ressemblances (par exemple en mettant en scène et Barbalien et le Martian Manhunter, son modèle évident).

Pour illustrer cela, Michael Walsh est impeccable : ce dessinateur qui a roulé sa bosse un peu partout (Marvel, IDW...), sur des franchises (X-Files), a un style suffisamment proche de Dean Ormston pour ne pas déroûter les fans de Black Hammer et assez solide pour supporter le défi de représenter la Justice League.

Walsh est une sorte de couteau suisse : souvent remplaçant chez les "Big Two" (comme par exemple sur le Hawkeye de Kelly Thompson), il est cependant assez souple pour servir au mieux des personnages très connus comme d'autres qui le sont moins (ou du moins pour un lectorat moins important). Il est familier des deux mondes et d'une certaine manière, l'histoire de Hammer of Justice !, c'est aussi la sienne puisqu'il a goûté aux comics indés et mainstream.

C'est la magie Lemire à l'oeuvre : ce premier numéro vous embarque tout de suite, on est déjà impatient de connaître la suite, et ce diable de scénariste arrive toujours à surprendre même avec une entreprise aussi formaté qu'un crossover. Jubilatoire.  

CAPTAIN MARVEL #8, de Kelly Thompson et Carmen Carnero


Après deux mois où la série a dû coller aux événements de la saga War of the Realms, Captain Marvel reprend le cours de ses propres aventures. Kelly Thompson est en forme, exploitant habilement des éléments de la mini The Life of Captain Marvel. Carmen Carnero n'est pas en reste, malgré quelques faiblesses récurrentes.


Carol Danvers s'est réfugiée dans la maison de sa famille à Harpswell, Maine. Elle se remémore les six derniers jours où sa vie a été mise sans dessus-dessous. Tout à commencer par une attaque de vaisseaux spatiaux à New York...


Avec le renfort de Spider-Woman et Hazmat, Captain Marvel parvient à faire face mais l'intervention d'une nouvelle héroïne, Star, est décisive. La bataille finie, Carol découvre aux commandes d'un vaisseau un soldat Kree.


Les jours suivants, tout s'enchaîne : les médias, mis au courant des origines Kree de Captain Marvel, s'interroge à son sujet. L'opinion publique se retourne contre elle alors que, dans le même temps, Star a les faveurs de la foule.
  

Renvoyée de l'USAF, Carol se retire donc à Harpswell. Elle y reçoit la visite de ses meilleures amies - Jessica Jones, Jessica Drew, Jennifer Takeda, Monica Rambeau, Maya Lopez, Jennifer Walters - qui tentent de la réconforter.
  

Bien qu'elle devien qu'on l'a piégée, Captain Marvel ne sait plus quoi faire. Elle songe à tout plaquer - la Terre, les Avengers... Lorsqu'elle reçoit une offre séduisante de la part d'une vieille connaissance.

Le premier arc de la série était pas mal mais un peu frustrant, comme si Kelly Thompson se perdait en route avec un supporting cast encombrant et un méchant peu charismatique. La scénariste a donc visiblement décidé de corriger un peu le tir.

Si elle ne renonce pas à doter Captain Marvel d'une nouvelle version (qui ne dit pas son nom) d'A-Force (une équipe d'Avengers exclusivement féminine), l'intrigue se concentre davantage sur Carol Danvers et ses origines. Kelly Thompson pioche dans la calamiteuse mini-série The Life of Captain Marvel, qui a modifié le passé de l'héroïne pour en faire une métisse mi-humaine mi-Kree, pour lui tendre un piège.

L'épisode est assez dense pour qu'on savoure ce traquenard express raconté sous la forme d'un grand flash-back : en une semaine, Carol perd tout - sa santé (elle se met à saigner du nez en plein combat sans savoir pourquoi), sa notoriété (une nouvelle justicière lui vole la vedette), la confiance de l'opinion publique, sa place dans l'armée de l'air.

Bien entendu, comme elle et Spider-Woman, on devine que quelqu'un l'a piégée - et d'ailleurs ne le pressentait-on pas à la fin du #5 avec ce mystérieux personnage qui, dans l'ombre, avait assisté à son périple dans la dimension de Nuclear Man. Thompson, qui comme d'habitude connaît bien la biographie de son personnage, montre Captain Marvel sur le point de sombrer à nouveau dans l'alcoolisme et même céder (apparemment) une offre provenant pourtant d'une vieille connaissance de peu de confiance. La scénariste insiste aussi sur le lien indéfectible entre Spider-Woman et Captain Marvel (sans aller aussi loin que Bendis à l'époque de New Avengers, où il suggérait une attirance amoureuse entre elle - mais c'était avant que Kelly Sue DeConnick n'établisse la liaison entre Carol et Rhodey).

On ne s'ennuie pas et de nombreuses pistes promettent une histoire fournie. Il y a même un peu de la malice que j'apprécie chez Thompson dans quelques scènes (comme l'apparition de She-Hulk dans le rôle de défouloir ou les répliques sarcastiques de Hazmat).

Carmen Carnero, qui a profité des deux derniers mois pour faire un break, revient elle aussi bien. Si on peut regretter qu'elle ne fasse pas plus confiance à ses idées de mise en scène (pourquoi avoir découpé la page où Spider-Woman va sauver Captain Marvel alors que la composition est tellement fluide ?) et qu'elle rate quelques angles de vue (la découverte du soldat Kree dans l'habitacle du vaisseau, avec une contre-plongée foirée), l'ensemble est très efficace.

Pour ma part, je pense que Carnero gagnerait à avoir un encreur, ce qui la soulagerait et lui permettrait de rectifier ces petites boulettes, mais aussi parce que son dessin gagnerait en élégance. Sinon, c'est solide : elle est à l'aise avec les personnages, soigne ses décors, et bénéficie d'une excellente colorisation de Tamra Bonvillain. Le design de Star n'est pas renversant mais j'ai l'impression que ce personnage est un prétexte dans la machination qui s'abat sur Captain Marvel (même s'il me semble trop simple de croire qu'il s'agit de Minn-Erva).

Enfin, lisez bien le numéro jusqu'à la fin : vous aurez des nouvelles de Goose, le chat de Carol, avec une page muette signée Clay McLeoad Chapman et James Stokoe (qui tease aussi l'event Absolute Carnage de la rentrée - un beau nanar en perspective...). 

lundi 15 juillet 2019

TOO OLD TO DIE YOUNG (Amazon Prime)


Comme le définit lui-même son co-créateur et réalisateur, Nicolas Winding Refn, Too Old to Die Young n'est pas une série mais "un film de treize heures en dix épisodes". Toute la démesure du projet tient dans ce programme produit et diffusé par Amazon Prime. C'est surtout une expérience rare, extrême, sensorielle, qui repousse les limites du média et s'impose comme une oeuvre à part. Un chef d'oeuvre.

Martin Jones (Miles Teller)

(Le Diable) - Jeune agent du LAPD, Martin Jones fait équipe en patrouille de nuit avec Larry, un collègue ripou comme lui. Tandis qu'il répond à un appel de sa maîtresse, Amanda, il est abattu par un jeune mexicain, Jesus Rojas, qui s'enfuit avant que Martin ne puisse l'arrêter. Après avoir fait sa déposition, il rencontre Damian, un malfrat à qui Larry servait d'homme de main et dont il va devoir prendre la place pour éponger ses dettes. En échange, Martin obtient l'identité du tueur. Enfin, il est présenté à Theo, la père de sa copine, Janey, une adolescente de dix-sept ans prise en charge sur une scène de crime. Amanda balance Martin aux mexicains car il refuse de lui verser l'argent de Larry mais la jeune femme est exécutée par Damian ensuite.

Jesus Rojas (Augusto Aguilera)

(Les Amants) - Jesus Rojas a trouvé refuge au Mexique aux côtés de son oncle, chef d'un cartel, Don Ricardo. Son fils, Miguel, convoite son trône mais doit composer avec sa soeur adoptive, Yaritza. Le caïd a conclu une trève avec le capitaine Cortez de la police locale en échange d'une part des bénéfices sur la vente de drogue et de prostituées. Yaritza poursuit son propre agenda en libérant secrètement des filles sous la coupe de Miguel et en exécutant ses hommes ou ses clients. Don Ricardo décède et Miguel déterre la hache de guerre en capturant toute la brigade de Cortez et le capitaine. Jesus, pour prouver sa loyauté, les abat tous.

Viggo Larsen (John Hawkes)

(L'Ermite) - Diana DeYoung exerce, en dehors de son travail d'assistante du procureur, des activités de guérisseuse. Elle a aainsi rencontré Viggo Larsen, ex-agent du FBI, dont elle a fait son tueur contre des violeurs et des pédophiles que son bureau poursuit. Martin, muté à la brigade criminelle, enquête sur un de ces meurtres et découvre que la victime a été auditionnée par Diana. Il la suit jusqu'à ce qu'elle retrouve Viggo puis il prend ce dernier en filature et l'aborde. Mais au lieu de l'arrêter, il lui propose de devenir partenaire.

Janey (Nell Tiger Free)

(La Tour) - Janey est acceptée dans les plus prestigieuses universités mais son père lui offre de travailler à ses côtés sur le marché de l'art. Martin, pendant ce temps, se partage entre ses enquêtes pour la criminelle et ses contrats pour Damian. L'un d'eux porte sur un homme qui doit huit milles dollars. Martin l'épargne à condition qu'il rembourse cette somme à Damian. L'affaire arrangée, Martin obtient de Damian qu'il lui donne à tuer de vraies raclures et il est envoyé en mission à Albuquerque.

Martin

(Le Fou) - Au Nouveau-Mexique, Martin suit deux frères pornographes spécialisés dans les films de viol. Il aborde Steve et Rob Crockett dans un bar en compagnie d'actrices. Steve lui propose de tourner dans une scène et l'emmène dans ses studios. Martin l'abat puis cherche Rob - en vain. Mais au moment de repartir, Rob et son homme de main, Little Billy, le prennent en chasse. Une longue course-poursuite les conduit jusqu'au désert où Martin tue Little Billy et blesse Rob qui avoue avoir enterré une fille vivante. Ils vont la libérer. Martin abat Rob mais la fille le poignarde au flanc en s'échappant.

Yaritza (Cristina Rodlo)

(La Grande Prêtresse de la Mort) - Après un an passé au Mexique, Jesus est renvoyé en Amérique par Miguel qui l'a marié à Yaritza afin de développer le cartel. Ils s'installent dans la maison luxueuse de Magdalena, la défunte mère de Jesus, et y reçoivent Alfonso, qui gère les affaires courantes de ce côté de la frontière. Il est chargé de tuer Damian, leur concurrent sur le marché des prostituées et de la drogue. Mais, en passant par plusieurs intermédiaires incompétents, la mission dérape et Alfonso doit rendre des comptes. Damian demande à Martin de se renseigner sur qui veut le voir mort. Yaritza rencontre Janey à une fête donnée par un ami de Jesus et entend parler de Martin, en congé depuis sa blessure au Nouveau-Mexique.

Damian (Babs Olusanmokun)

(Le Magicien) - Janey fête ses dix-huit ans. Le lendemain matin, Martin est menacé par Theo qui a enquêté sur son passé de flic ripou. Martin tue Theo et appelle Viggo pour l'aider à se débarrasser du corps, avant de lui avouer de qui il s'agissait. Puis ils se rendent chez Damian : le repaire a été le théâtre d'un vrai massacre. Damian est prisonnier de Jesus à qui il révèle que Martin a tué sa mère (et non Larry) en échange d'une mort rapide.

 Martin

(Le Pendu) - Janey signale la disparition de son père à la police au même moment où Martin donne sa démission à la brigade criminelle pour se consacrer exclusivement à ses missions pour Diana avec Viggo. Celui-ci est mourant et a dû le laisser abattre seul leur dernière cible avant d'être ramené chez lui. Martin retrouve Janey et la réconforte en se promenant sur la plage. Alfonso et un de ses sbires tuent la jeune femme et enlève Martin qui est livré à Jesus. Celui-ci le torture durant trois jours avant de l'achever.

 Diana DeYoung (Jena Malone)

(L'Impératrice) - Diane, sujette à des visions violentes, devine la mort de Martin. La mère de Viggo, atteinte d'Alzheimer, meurt et il veut tuer pour conjurer la douleur. Diana l'envoie dans un campement de mobil'homes où résident plusieurs violeurs et pédophiles avec son accord pour les effacer de la surface de la Terre. Yaritza et Jesus entretiennent une vie sexuelle hantée par le souvenir de la liaison incestueuse de Jesus et sa mère. Puis Jesus arbitre les affaires du cartel en autorisant plus de meurtres contre leurs concurrents. Il confie aussi à Alfonso la mission de trouver la Grande Prêtresse de la Mort, qui continue à s'en prendre aux clients de leurs prostituées et à leurs souteneurs, et de l'exécuter. Viggo extermine tous les habitants des mobil'homes et retrouve Diana qui lui annonce l'arrivée prochaine d'une nouvelle partenaire, encore inconnue.

La Grande Prêtresse de la Mort

(Le Monde) - Diana est seule chez elle : elle se fait porter pâle pour le boulot. Après s'être masturbée à l'aide d'un programme de réalité virtuelle, elle danse dans sa luxueuse villa puis monologue sur le déclin de l'Amérique et sa renaissance future. Yaritza entre dans l'hôtel de passe de Jaime avec qui elle boit de la téquila. A sa demande, une prostituée lui interprète la chanson créée pour la Grande Prêtresse de la Mort. Le titre fini, Yaritza tue les sbires de Jaime et ce dernier à qui il explique être la graine de destruction qui purgera ce monde du mal dont il faisait partie.

Too Old to Die Young est un objet fascinant et monstrueux : treize heures de programme en dix épisodes, chaque épisode durant une heure (mais le plus souvent une heure et demie. Seul le dernier se distingue avec trente-cinq petites minutes), une intrigue s'étalant sur un an, six personnages principaux, un entrelac dhistoires qui finit par former une fresque baroque rouge sang et bleue nuit. Il n'est pas exagéré de penser à un opéra pour désigner cette oeuvre.

Nul autre que Nicolas Winding Refn, le cinéaste déjà fou de Drive, Only God Forgives et The Neon Demon (pour ne citer que ses films américains), ne pouvait accoucher d'un tel matériau. NWR (comme il signe lui-même ses oeuvres) est un type arrogant, égocentrique, qui l'assume, ses ambitions sont énormes, sa seule limite est le ciel. Il se moque de la critique, s'amusant même des attaques dont il fait l'objet (au sujet de la violence de ses histoires, du manièrisme de son style, de ses plans interminables, du mutisme poseur de ses héros). C'est le type qu'on adore détester.

Mais il n'empêche, quel talent ! Quel culot ! Refn nous fait renouer avec la démesure des Coppola, Scorses, De Palma dans les années 70, tout en se réclamant des giallo italiens et autres séries B ou Z, de tout de cinéma-bis - qu'il ne cite pas comme Tarantino en lui faisant la révérence mais en le remodelant comme un vidéo clip tapageur, une pub racoleuse. NWF, c'est ça d'abord : un fabuleux garnement qui vous a à l'usure ou vous laisse sur le bas-côté, mais qui ne laisse jamais indifférent, dont, dès la première image de la première scène, on sait que c'est lui et qu'il va pousser le bouchon trop loin.

Tout cela nécessite de ses collaborateurs comme de ses (télé)spectateurs un investissement total. Le co-créateur et co-scénariste de la série l'a appris à ses dépens, même si Ed Brubaker se dit très fier du résultat - et d'avoir survécu à un tournage marathon de dix mois (!), entre Novembre 2017 et Août 2018 (même s'il a jeté l'éponge finalement au milieu du neuvième épisode, remplacé par Halley Wegryn Gross). Idem pour le chef opérateur Darius Khondji, essoré, et suppléé par Diego Garcia. Refn est un auteur total qui réclame une disponibilité de chaque instant, réécrivant le script sans fin, multipliant les prises, composant les plans comme des tableaux.

Le jeu en vaut la chandelle - pour qui s'y abandonne. On peut être exaspéré par les tics de RWF : ses travellings latéraux, ses longs silences, ses éclairages au néon, ses flous artistiques, l'interprétation marmoréenne de ses acteurs, son récit tortueux où les pires déviances caractérisent les personnages (incestes, détournement de mineurs, hyper-violence, maladie, shamanisme, vaudou, etc). On est parfois à la limite mais ce n'est pas forcément gratuit : par exemple, le père de Janey, cocaïnomane, explique à Martin que si ce n'était pas sa fille, il la baiserait volontiers. Des paroles prononcées par Donald Trump à propos d'Ivanka !

Refn montre une Amérique déglinguée, au bord du gouffre, peut-être déjà dans les abîmes. On y croise des noirs, des latinos, des néo-nazis, des flics pourris, des fils qui désirent leurs mères, des pères qui veulent posséder leurs filles, des procureurs qui donnent à d'anciens agents du FBI des cibles à abattre. C'est d'une noirceur terrifiante, mais surtout parce qu'au fond, ça n'a rien de si fantaisiste. Diana, dans le dernier épisode, se fend d'un long monologue (sans interlocuteur) où elle évoque la suite : des camps de concentrations, un peuple dégénéré, un déclin irréversible, un monde à sa perte. Des cendres de l'apocalypse seulement pourra renaître la civilisation - si ses survivants ont compris leurs erreurs.

TOTDY est une réflexion puissante sur l'image aussi : toute la série est garnie de miroirs, de rétroviseurs, de regards échangés en silence, de hors champs cauchemardesques (comme les jours de torture subie par Martin), d'arrières-plans flous, de mises au point étranges, de plans-séquences balayant l'espace dans toute sa largeur. Il fait souvent sombre, nuit, dans ce récit dédalesque, mais la lumière du jour est aveuglante, cruelle, ou froide, terminale. Pratiquement tous les protagonistes ont leur double : Martin et Jesus, Yaritza et Janey, Diana et Viggo - autant de frères ennemis, de femmes sacrifiées, de redresseurs de torts inassouvis. Quand ils se rencontrent, la mort rôde, elle est partout : Refn ne fait pas de cadeau - comme le chauffeur anonyme de Drive ou la mannequin de The Neon Demon, Martin ne survivra pas. Et malgré ses affreux défauts, on trouve sa mort injuste car il n'a eu aucune chance contre son bourreau - tout comme ses cibles n'avaient aucune chance face à lui.

L'écriture envoûtante, la réalisation incroyablement intense, devaient être supportées par un casting très solide et NWF a choisi de mélanger les sensibilités. Il a confié le rôle principal à Miles Teller, la révélation de Whiplash et The Spectacular Now, dont le charisme et la gueule (un mix étonnant entre Elvis, Mitchum et Dean Martin) en font le digne successeur de Ryan Gosling dans le cinéma du danois. Face à lui, il filme Augusto Aguilera comme un pur fantasme homo, avec sa moue boudeuse, son corps imberbe et une froideur implacable. Nelle Tiger Free, découverte dans Game of Thrones, joue l'innocence contre l'usure mortifère de John Hawkes, impressionnant en tueur agonisant. Quant à Jena Malone, vue dans The Neon Demon, elle est épatante dans un rôle improbable auquel elle donne tout.

Mention spéciale aussi à William Baldwin, revenant tout à fait abominable en père dégoûtant. Et surtout il y a la révélation Cristina Rodlo, la justicière la plus sexy et glaciale que vous verrez de toute votre vie.

En étant mis en ligne d'un bloc au mois de Juin, Too Old to Die Young semble marquer naturellement l'année par son milieu : il y aura un avant et un après. Et sûrement au-delà de 2019.


dimanche 14 juillet 2019

NAOMI #6, de Brian Michael Bendis, David F. Walker et Jamal Campbell


Avec ce sixième épisode s'achève la première "saison" de Naomi. Si on ignore quand la série reviendra, elle demeure une déception au regard des ambitions affichées par Brian Michael Bendis. En revanche le projet aura révélé Jamal Campbell.


Les parents adoptifs de Naomi et Dee le garagiste rejoignent Annabelle là où Naomi vient de disparaître. Elle a en effet suivi sans résistance Zumbado via un portail dimensionnel sur leur monde d'origine.


Cette terre parallèle est aujourd'hui dévastée par la guerre que se sont livrés les élus dotés de pouvoirs divins. Les rares survivants vivent cachés. Zumbado avoue àNaomi que ses parents biologiques sont morts depuis longtemps.


Parce qu'elle connaît le rôle qu'a joué Zumbado dans le sort de la planète, Naomi l'accuse d'être l'assassin de ses parents et engage le combat. Mais son adversaire est trop puissant pour elle.


La jeune fille ne doit son salut qu'à l'intervention providentielle de sa tante, Akira, qui, en ouvrant un nouveau portail dimensionnel, la renvoie sur Terre. Zumbado la suit mais Naomi l'atomise en déchaînant ses pouvoirs.


Bouleversée, Naomi mesure sa chance de revoir sa famille adoptive tout en comprenant que sa vie a irrémédiablement changé. Elle est soutenue par Annabelle et s'envole vers son nouveau destin.

On peut quand même se demander quelle mouche a piqué DC de sortir tous ces épisodes écrits par Brian Michael Bendis la même semaine (et encore j'ai zappé Young Justice #7). On frise l'indigestion et comme, hormis Event Leviathan #2, le scénariste n'a guère été inspiré, forcément Naomi avait peu de chance de surnager après ses précédents épisodes décevants.

Bendis a aussi sa part de responsabilité car il a visiblement péché par excès de confiance en déclarant dès le lancement de ce titre qu'il allait enrichir le DCU de manière aussi significative que Le Quatrième Monde de Jack Kirby. Plutôt audacieux comme affirmation.

Le compte n'y est évidemment pas. Ce n'est pas la découverte de ses origines extra-terrestres et de ses pouvoirs qui fait de Naomi l'égal d'Orion, de Mister Miracle ou Darkseid. Tout cela évoque davantage Superman (une orpheline recueillie au monde dévasté) et renvoie à d'autres créatures "Bendisiennes" comme Miles Moralés et Riri Williams.

Sauf que Miles et Riri avaient un statut d'héritier de super-héros emblématiques comme l'Ultimate Spider-Man ou Iron Man là où Naomi n'est que le rejeton d'une obscure lignée d'élus dont, il faut bien l'avouer, on se fiche un peu. Est-ce pour cela, comme ne le cache pas la couverture de ce numéro, que l'héroïne va grossir les rangs (pourtant déjà bien fournis) de Young Justice, en attendant la suite de ses aventures en solo (pas avant plusieurs mois car le dessinateur de la série va enchaîner avec un nouveau projet) ?

Quel est aussi la part de David F. Walker dans la série ? Bendis joue-t-il le rôle d'une sorte de concepteur et Walker de scribe ? Ou les deux partenaires se partagent-ils plus équitablement les responsabilités ? Il apparaît tout de même que la série tient davantage de Bendis (pour ses dialogues, ses thèmes).

Le vrai mérite de Naomi sera surtout d'avoir révélé au grand public (car le titre a été bien reçu) son dessinateur, Jamal Campbell. En assumant dessin, encrage et colorisation, il montre un potentiel prometteur. Il lui faut encore travailler la lisibilité de certains plans et freiner l'usage de doubles pages, mais c'est épatant.

Car Campbell assure sur beaucoup d'autres points : ses personnages sont expressifs, ses découpages dynamiques. C'est une vraie star en devenir. Qui va donc devoir confirmer sur Far Sector, un titre inédit de la gamme "Young Animals" de Gerard Way, avec pour héros un nouveau (un énième plutôt) Green Lantern.

Pour ma part, je ne ferai pas la "saison 2" de Naomi (et je ne serais d'ailleurs pas fâché que Bendis lâche ses "Wonder Comics" maintenant qu'il va relancer, à l'Automne prochain, La Légion des Super Héros : le scénariste est une force de travail mais je préférerai qu'il s'éparpille moins).