mardi 2 juillet 2019

LUMIERE SUR... SEBASTIAN PIRIZ

 Sebastian Piriz
*
Voilà une paie que je n'avais pas posté une galerie de dessins. Je corrige cela aujourd'hui avec deux entrées bien fournies, à commencer par celle honorant un jeune artiste argentin : Sebastian Piriz.
Je sais peu de choses à son sujet, sinon qu'il signe des couvertures (pour Boom ! Studios entre autres). Mais sur son Tumblr, il réalise des pin-ups de toute beauté avec des personnages plus célèbres, issus des "Big Two" (Marvel et DC), avec une technique simple (une-deux couleurs pour résumer le héros). 
Je vous laisse apprécier le résultat.

Domino 
 Cyclops
 Agent Abigail Brand du S.W.O.R.D.
 Old Man Logan
 Rogue
 Wolverine
 Namor
 Scarlet Witch
 Spider-Man
 Songbird
 Thor
 The Thing
*
 Flash
 Shazam
 Batman
 Batgirl
 Supergirl
 Superman
 Nightwing
 Batwoman
Black Canary

lundi 1 juillet 2019

MEN IN BLACK : INTERNATIONAL, de F. Gary Gray


Sept ans après le dernier volet de la trilogie réalisée par Barry Sonnenfeld avec Will Smith et Tommy Lee Jones, la franchise Men in Black devient International pour un spin-off, qui marche mieux en Europe qu'aux Etats-Unis. F. Gary Gray ne démérite pas mais le résultat souffre de la comparaison avec les premiers films et surtout des manipulations de son producteur - ce qui colle étonnamment avec l'intrigue !

L'agent O (Emma Thompson)

Ayant assisté, enfant, à une intervention des Men in Black sans être remarquée, Molly Wright n'a eu de cesse pendant vingt ans de découvrir leur Q.G. et d'y trouver des extra-terrestres. Elle y parvient enfin en entrant dans un bâtiment de Brooklyn où elle est vite appréhendée et présentée à l'agent O. Celle-ci se laisse convaincre de recruter Molly comme stagiaire.

L'agent M et le Grand T (Tessa Thompson et Liam Neeson)

Envoyée au bureau de Londres, elle y est accueillie par le Grand T, chef de la section, qui en fait l'adjointe du meilleur agent de l'agence locale, l'agent H. Casse-cou arrogant depuis une opération réussie à Paris, ce dernier se moque du règlement et néglige le danger, comme celui qui pèse sur Vungus, un noble en vacances menacé de mort.

Les Twins (Laurent et Larry Bourgeois)

Deux jumeaux aliens agressent Vungus et provoquent un affrontement avec les deux Men in Black. Pendant que H tente de les contenir, M recueille les dernières paroles de Vungus, mortellement blessé, qui pense que quelque chose cloche au sein de l'agence puis qui remet à la jeune femme un étrange rubis.

Les agents M et H (Tessa Thompson et Chris Hemsworth)

Les jeumeaux se retirent quand des renforts des MiB arrivent. H et M rentrent au Q.G. faire leur rapport mais l'agent C, jaloux de H, réclame sa révocation et le renvoi à New York de M. T met H au repos pour mieux lui permettre de poursuivre l'enquête sur les jumeaux avec M, mais sans être couverts par l'agence. M évoque alors le rubis que lui a remis Vungus.

M et H à Marrakech

Direction : Marrakech, où H connaît quelqu'un susceptible de les renseigner sur les ennemis de Vungus et le rubis qu'ils convoitaient. Mais, sur place, les informateurs sont tous morts, assassinés. Pendant ce temps, C visionne les images du combat de H et M contre les jumeaux et découvre ce que Vungus a donné à M. Il convainc T de les faire arrêter.

Pawney, M et H

A Marrakech, H et M découvrent "Pawny", seul survivant de la tuerie de leurs indics, mais bien incapable de les affranchir sur le rubis ou sur les ennemis de Vungus. Les MiB débarquent pour arrêter les deux agents qui réussissent à fuir sur une moto alien. Leur cavale s'achève dans le désert marocain. M manipule le rubis qui se déploie en une arme surpuissante. Mais elle est dérobée par un extra-terrestre qui les a suivis.

Riza (Rebecca Ferguson)

Après une nuit à réparer la moto, H pense que l'arme a été livrée à Riza, une trafiquante et son ancienne maîtresse. Nouvelle étape : Naples. Pendant que H occupe Riza, M s'infiltre dans sa forteresse où elle récupère le rubis. Ils parviennent difficilement à se débarrasser de Riza et son garde du corps mais leurs ennuis ne sont pas terminés car les Jumeaux resurgissent dehors pour leur réclamer l'arme. T débarquent avec une brigade de MiB et les abat.

H et M à Paris

Ce dénouement frustre H et M qui se demandent si les Jumeaux ne voulaient pas en fait l'arme pour combattre leurs ennemis plutôt que pour attaquer la Terre. Lorsque T disparaît avec le rubis pour Paris, où lui et H avaient repoussé une invasion trois ans plus tôt, les deux agents le rattrapent et l'affrontent au sommet de la Tour Effeil. Cette fois, leur mission est terminée et leur duo dissous car H hérite de la direction du bureau de Londres et M est définitivement affectéeà New York.

L'intrigue de Men in Black : International ne brille pas vraiment pas son originalité : une histoire de taupe dans l'agence, une arme terrible convoitée par des méchants, un dénouement express... Finalement, c'est de constater que les deux agents en première ligne ne restent pas ensemble à la fin qui surprend le plus.

Pourtant, cela reste un agréable divertissement qui fait le job et ne trahit pas l'esprit de la franchise tout en en changeant la dynamique. Le duo d'agents est désormais mixte et de la même génération. En lieu et place d'un vétéran grincheux, on a un beau gosse insouciant et le rookie héberlué d'autrefois a fait place à une recrue téméraire mais déterminée à appartenir à l'agence.

La production a eu une riche idée de confier les rôles principaux à Chris Hemsworth et Tessa Thompson dont la complicité était remarquable dans Thor : Ragnarok. Les deux acteurs, auréolés du triomphe de Avengers : Endgame et amis dans la vie, dynamisent le film sans effort en se moquant volontiers de leur image : lui n'a pas à se forcer pour camper ce beau gosse cool et elle cette jeune femme au caractère bien trempée qui n'a pas besoin de séduire pour exister. Le script multiplie les clins d'oeil à Thor (notamment dans une scène de bagarre où Hemsworth se défend avec un marteau... Mais sans aucun succès, à sa grande surprise).

En tout cas, cela prouve que l'un comme l'autre ont du talent pour autre chose que des aventures super-héroïques (même si leur filmographie le révélait déjà). Quant à F. Gary Gray, s'il n'a peut-être pas autant de style que Sonnenfeld, il emballe son affaire avec beaucoup de punch, visiblement ravi de l'alchimie de ses deux vedettes et du concours de seconds rôles aguerris comme Liam Neeson (dont le personnage est pourtant décevant) ou Emma Thompson (hélas ! sous-exploitée).

Mais alors qu'est-ce qui cloche ? De façon assez troublante, l'histoire du tournage a copié celle du film puisque Vungus, ce noble extra-terrestre fêtard menacé de mort parce qu'il possède une arme secrète, confie à l'agent M que quelque chose ne tourne plus rond chez les MiB, insinuant la présence d'une taupe en cheville avec des ennemis de la Terre.

C'est aussi ce qu'ont révélé des témoins aux médias en racontant la lutte de pouvoir qui s'est établie entre le cinéaste, ses acteurs et le producteur, Walter Parkes. Ce dernier et Gray ne partageaient pas la même vision du film : le réalisateur, soutenu par Hemsworth et (Tessa) Thompson, voulaient conserver l'aspect comique mais en y ajoutant un commentaire politique sur le sort des réfugiés, dont il reste des bribes dans quelques dialogues et situations. Le producteur n'en voulait pas.

Parkes a alors fait procéder à des réécritures durant le tournage, ce qui a conduit les acteurs à engager des dialoguistes pour minimiser les corrections de leur texte. Gray, qui n'avait pas le final cut, n'a, semble-t-il, pas pu livrer un montge conforme à ses souhaits, Parkes ayant même fait réétalonner le film pour le rendre plus lumineux.

Parkes s'est conduit comme le Grand T envers ses MiB dans le film, dégoûtant son co-producteur, se mettat à dos toute l'équipe, et abatardissant le résultat, qui n'est ni assez drôle pour être une pure comédie, ni assez profond pour traiter de la crise des réfugiés. C'est "juste" un honnête spectacle, transparent, ce qui explique sans doute pourquoi le public américain est resté sur sa faim.

Dans ces conditions, on ne peut que s'incliner : d'abord devant le produit fini, qui a échappé aux vrais auteurs, puis devant le professionnalisme de ses acteurs, qui en font la promo comme si de rien n'était mais dont le score au box-office du long métrage les (et nous) privera d'une suite.       

samedi 29 juin 2019

DIAL H FOR HERO #4, de Sam Humphries et Joe Quinones


Avec sa couverture parodiant Superman, ce quatrième numéro de Dial H for Hero promet beaucoup. Et Sam Humphries avec Joe Quinones ne déçoivent pas : cet épisode est une pépite, irrésistiblement drôle et toujours aussi mouvementé. Pas de doute, c'est bien le titre indispensable du label "Wonder Comics".


Miguel et Summer sont à Detroit avec l'espoir d'y trouver Superman afin de lui remettre le téléphone magique. Mais ils sont accueillis par Snapper Carr, la mascotte de la défunte Justice League Detroit, gardien du QG avec des automates.


Dans le Heroverse, l'Opérateur/Robby Reed s'inquiète du désordre provoqué par le téléphone, bien qu'il ait enfermé Mr. Thunderbolt dans un caisson. Mais l'esprit de celui-ci s'en est échappé et prépare sa revanche.


En s'infiltrant dans le QG de laJLD, il corrompt les automates afin qu'ils attaquent Miguel, Summer et Snapper. Livrés à eux-mêmes, ils veulent utiliser le téléphone en même temps...


... Et Summer se transforme en Chimp Change, Snapper en Alien Ice Cream et Miguel en Lil'Miguelito. Vexé, le garçon recompose un numéro sur le cadran du téléphone mais Mr. Thunderbolt en se faisant passer pour l'Opérateur le pousse à la faute.


Thunderbolt se réincarne et saisit l'appareil avec lequel il ouvre un portail dimensionnel. Summer et Snapper perdent leurs pouvoirs comme Miguel. N'écoutant que son courage, celui-ci part à la poursuite de Thunderbolt dans sa dimension parallèle.

Depuis la parution du précédent numéro, le statut de la série a changé puisque, visiblement satisfaite des chiffres de vente, DC a décidé qu'elle se poursuivrait au-delà des six épisodes prévus pour six supplémentaires. Une belle récompense.

Comment cela va-t-il affecter Dial H for Hero ? Est-ce que Sam Humphries va développer son intrigue sur un an ou édifiera-t-il deux arcs successifs ? On verra. En tout cas, ça bouge déjà pas mal ce mois-ci.

En effet, pour la première fois, le scénariste nous éclaire sur le statut de Mr. Thunderbolt, le méchant de l'histoire. On découvre qu'il est détenu par l'Opérateur mais que sa conscience se déplace sur un plan astral, lui permettant d'influencer les humains et les machines.

C'est ainsi qu'il provoque l'attaque à laquelle font face Miguel et Summer. Mais aussi Snapper Carr, devenu le vigile du QG de la défunte Justice League Detroit. Cette équipe était née dans le sillage de la Justice League International de Giffen, De Matteis et Maguire dans les années 80, et se composait de héros de seconde zone, indignes en quelque sorte de la Justice League of America et de la JLI (c'est dire le niveau). Quant à Snapper Carr, il s'agit d'un personnage encore plus ancien (des années 50), sorte de mascotte ridicule de la JLA dont la particularité horripilante est de claquer des doigts pour manifester son enthousiasme.

Humphries se moque de façon hilarante de la JLD et plus encore de Snapper Carr, dont il fait un post-ado vaniteux et pathétique, pour qui le téléphone rouge représente une opportunité miraculeuse (il en a d'ailleurs profité une fois dans le passé).

Au moment où l'appareil est sollicité, Miguel, Summer et Snapper ont droit à trois métamorphoses gratinées pour lesquelles Joe Quinones, avec l'aide de Tom Fowler à l'encrage, s'est à la fois lâché et fait preuve d'un talent protéiforme saisissant. Il n'est en effet pas donné à tout le monde de pouvoir singer avec autant de génie les styles de Frank Miller (pour Chimp Change, tout droit sortie des pages de Sin City), de Moebius (pour l'Alien Ice Crime) et à la fois de Charles Schulz et Dik Browne (pour Lil'Miguelito, hommage désopilant à Peanuts et Hagar the Horrible).

Et c'est tout cela combiné qui distingue Dial H for Hero des autres titres du label "Wonder Comics" : cette liberté de ton et cette assurance artistique. Ecrite solidement et avec panache et illustrée avec brio, la série supplante le retour de Young Justice (au scénario lâche et aux dessins inégaux), Naomi (un pétard mouillé mais joliment graphique) ou Wonder Twins (potache mais sans grand relief).

Savoir que l'aventure va durer plus longtemps est donc une excellente nouvelle. Souhaitons juste que Humphries ne se calme pas et que Quinones tienne la cadence.    

BAD LUCK CHUCK #4, de Lela Gwenn et Matthew Dow Smith


Bien partie, la mini-série de Lela Gwenn et Matthew Dow Smith s'est vite enlisée. Pourtant, alors qu'il n'y avait rien à attendre de sa conclusion, Bad Luck Chuck s'offre un final assez marrant, avec des nonnes bouddhistes qui font le coup de poing, des flics qui en prennent plein la tronche, et une chute malicieuse.


Enlevée par les sbires de sa mère, Fayola est remise à Sterling pendant que Papa Freedom fait sortir Mme Afolayan de prison. Rendez-vous est donné au monastère où Chuck a trouvé refuge pour le règlement de compte final.
  

Accompagné des flics qu'il a corrompus, Papa Freedom sonne la charge. Mais les nonnes les attendent de pied ferme et engagent le combat. Sterling, qui a senti le vent tourner et sa conscience le tarauder, se range du côté de Chuck.


Lorsqu'une balle perdue touche une nonne, Chuck passe à l'action et affronte Papa Freedom, avec la complicité de Fayola et Sterling. Mme Afolayan décide de battre en retraite et ses sbires mettent le feu au monastère.


Ani contemple le bâtiment en flammes et se tourne vers Sterling dont la compagnie d'assurances dont il fut l'agent prendra en charge les frais du sinistre. De nouveaux policiers arrivent, sans rapport avec Papa Freedom.


Ani, Fayola, Sterling et Chuck sont jugés. La nonne et l'agent d'assurances échappent à la prison et attendent Chuck et Fayola quand elle s'évadent peu après. Ensemble, ils fuient, et subsistent grâce à des chantages montés par Chuck.

Il y a quelque chose de frustrant dans cette mini-série, non à cause de sa briéveté, mais parce que son concept avait un potentiel que Lola Gwenn n'a pas su exploiter pleinement.

L'idée d'une détective qui porte la poisse parce qu'elle est maudite laissait penser à un thriller fantastique avec une dose de comédie, mais le récit s'est avéré très terre-à-terre, préférant développer une intrigue autour d'un héritage avec beaucoup de prétendants.

Entre la mère de Fayola, le gourou Papa Freedom, l'agent Sterling, l'histoire a multiplié les seconds rôles sans jamais vraiment leur donner chair. Et la fameuse malédiction de Chuck est restée une allusion jamais explicitée (était-elle vraiment maudite ? Ou accablée par une malchance terrible qu'elle avait appris à retourner contre ses ennemis ?). Dommage.

Le résultat, c'est que tout ce que Lela Gwenn a mis en place pour souligner les différents aspects attenants à Chuck semble n'avoir servi à rien et les effets comiques qui pouvaient en découler ont fait "pschitt". Pourtant la scénariste avait disposé beaucoup d'éléments (la maniaquerie de Chuck, ses superstitions, un adversaire gourou, une tante bouddhiste).

Néanmoins, à l'heure de conclure, on a droit à un final marrant, un peu WTF, avec des nonnes karatékas contre des flics ripoux, Papa Freedom et ses fers à cheval brandis contre Chuck, l'incendie du monastère couvert par l'assurance de la compagnie de Sterling. Autant de points qui font mouche, trop tard mais bon.

L'autre souci de la série, c'est que Matthew Dow Smith n'était pas le dessinateur qu'il lui fallait. Avec son style au carrefour de plusieurs influences écrasantes (Gaydos, Azaceta...), il lui manque un dynamisme indispensable pour rythmer une histoire déjà bien mal ficelée.

Ses personnages souffrent aussi d'un manque d'expressivité et les couleurs de Kelly Fitzpatrick de vivacité. Tout ça est visuellement un peu trop terne, plat, pour soulever l'enthousiasme ou susciter l'indulgence.

Quatre épisodes, c'est peu pour faire ses preuves, mais bien assez pour ce qui demeure un échec. Décidément, Chuck n'a pas de chance.

vendredi 28 juin 2019

JUSTICE LEAGUE DARK #12, de James Tynion IV et Alvaro Martinez


Ce douzième numéro (en moins d'un an) de Justice League Dark confirme une nouvelle fois le redressement net de la série depuis quelques mois. James Tynion IV aura pris des chemins bien détournés pour raconter son histoire, dont un acte important connaît ici son issue, mais le résultat est impeccable. Et comme Alvaro Martinez produit toujours des planches de folie, le plaisir est total.


Il y a quelques mois. Wonder Woman entraîne la Justice League dans la salle des archives du Hall de Justice. Elle veut qu'une équipe soit dédiée à la lutte contre les forces occultes et elle la dirigera.


Aujourd'hui. Wonder Woman et Zatanna, investies par la magie du Chaos de Mordru, interrompt Nabu et une des seigneurs de l'Ordre alors qu'ils ôtent leurs pouvoirs aux réfugiés de l'empire de Korr.


Transformés, Swamp Thing, Man-Bat et Bobo affrontent les Seigneurs de l'Ordre. Nabu est défié à la fois par son élève Khalid Nassour et par Kent Nelson. Dépassé, le Dr. Fate voit alors ses pairs battre en retraite.


En unissant leurs forces, Nelson, Nassour, Jason Blood, le Phantom Stranger et Zatanna exflitrent Nabu du haume de Fate. La dernière alliée de Nabu reprend forme humaine et Bobo découvre qu'il s'agit de Mme Xanadu, qui était sous emprise.


Quelques mois plus tôt. Batman, seul avec Wonder Woman, la met en garde contre le combat qu'elle veut mener avec son groupe. Elle est pourtant résolue à semer la peur chez les sorciers. Aujourd'hui, elle brise le rubis de Sargon et promet de protéger la communauté magique avec sa Ligue de Justice.

Il y a, comme ce résumé en témoigne, comme un parfum de fin dans cet épisode. Pas la fin de la série, mais celle d'un premier acte, d'un premier Livre, d'un premier cycle.

Je regretterai toujours que James Tynion IV se soit tellement compliqué la tâche en rédigeant une si longue exposition. Certes, il a mis en place un vaste chantier, avec une distribution pléthorique, des enjeux spectaculaires, mais sur douze épisodes, il aurait pu s'épargner (et à nous épargner du même coup) bien des détours (le crossover The Witching Hour avec Hécate, qui a surtout servi à introduire Circé).

Mais les cinq derniers mois ont vu un redressement épatant du projet : avec l'arc Lords of Order, le récit a gagné en densité, en nerf, en tension. Tout n'a pas été parfait et il demeure des scories (Man-Bat reste le maillon faible), mais l'ensemble est bien plus satisfaisant.

Or, donc, grâce à l'apport assez indirect finalement de Mordru, la JLD est en mesure de défier Nabu et sa clique. Tynion IV convoque aussi Kent Nelson (un des hôtes les plus connus du Dr. Fate) dans ce moment critique et le combat est vraiment épique, plein de rage, de démesure. Pour le lecteur, c'est un plaisir particulier, comme une récompense, d'assister à la revanche des héros.

Tynion IV encadre l'action avec des flash-backs sur la réunion de Wonder Woman avec ses partenaires de la Justice League (Superman, Batman, Flash, Martian Manhunter, Aquaman, Cyborg) à qui elle soumet son projet d'une équipe dédiée aux menaces magiques. Cela produit un dialogue particulièrement bien inspiré entre l'amazone et le dark knight, qui se souvient avoir été en partie formé par Giovanni Zatara (comme on pouvait le voir dans les épisodes de Detective Comics du même scénariste), et qui se méfie de l'ivresse de la magie. En retour, on découvre Diana dans une logique très "Batmanienne" puisqu'elle veut insuffler la peur dans le camp des sorciers à la manière de son collègue avec ses adversaires : bien vu.

Pour représenter pareil morceau (l'épisode est plus long, presque trente pages, comme un Annual), il faut un dessinateur qui pète le feu et Alvaro Martinez nous en donne pour notre argent.

L'espagnol a pris le parti depuis un moment de visualiser les manifestations magiques de façon littérale, c'est-à-dire en montrant que les cases d'une page sont altérées par le déferlement de puissance convoquée. Ce parti-pris est casse-gueule car il faut un découpage à la fois inventif et très maîtrisé - dans ce domaine, peu rivalisent avec un J.H. Williams III (le dessinateur de Promethea et de Batwoman, période Rucka).

Mais Martinez tourne à plein régime et ose tout. Mieux : il réussit ce qu'il entreprend. Progressivement, plus on tourne les pages, plus son dessin s'enhardit jusqu'à des scènes incroyables, dont on se demande comment il a fait pour les réaliser sans dépasser les délais.

La taille et la forme des cases sont délirantes à souhait mais les informations visuelles restent étonnamment lisibles malgré tout, grâce à un encrage et une colorisation magistraux (merci Raul Fernandez et Brad Anderson). Il y a des effets de fondus enchaînés superbes, des explosions flamboyantes, un vrai feu d'artifices, à la (dé)mesure du programme.

In fine, on comprend que l'Acte II va revenir aux personnages de Circé et de l'Homme Inversé (sans doute distinctement, pour ne pas risquer d'embouteillage). Si cette suite est à la hauteur de ce qu'on a lu récemment dans la série, alors Justice League Dark a de beaux jours devant elle.