dimanche 11 février 2018

AMAZING SPIDER-MAN #28, de Dan Slott et Stuart Immonen


Dan Slott et Stuart Immonen mettent en scène le dernier acte de The Osborn identity dans ce 28ème épisode d'Amazing Spider-Man. Comment va s'achever cette courte (4 chapitres) et invraisemblable histoire ?


Osborn a lancé un missile au-dessus de la Symkarie qui va gazer la population pour la transformer en une armée de bouffons. Mockingbird s'envole pour la désamorcer et deux membres du Wild Pack de Silver Sable l'accompagnent pour la défendre contre les planeurs ennemis tandis que le reste de l'équipe se charge d'évacuer les civils.


Silver Sable et Spider-Man se dirigent, eux, vers le château de la comtesse Karkov. Mockingbird contacte le SHIELD pour prévenir Nick Fury de l'attaque lancée contre la population. Silver Sable défie à l'épée la comtesse.


Spider-Man traque Norman Osborn dans le sous-sol du château. Ce dernier, grâce à quelques gaz, le prive (temporairement) de ses pouvoirs et grille son équipement électronique grâce une décharge électro-magnétique. Ainsi il peut l'affronter sur un pied d'égalité.


Osborn, déchaîné, malmène sérieusement Spider-Man mais celui-ci peut compter sur ses amis. Le missile, désamorcé, ne s'écrase pas et est réceptionné dans une toile d'araignée géante tirée par les spider-planes. Silver Sable a pris le dessus sur la comtesse Karkov.


Galvanisé, Spider-Man corrige Osborn jusqu'à ce que des avions de chasse du SHIELD survolent la Symkarie. Mais épuisé et blessé, le tisseur laisse filer Osborn. La Fondation Oncle Ben dépêche des camions pour délivrer des produits de première nécessité à la population opprimée mais Nick Fury confirme que son organisation cesse toute collaboration avec Parker Industries. Osborn est déjà loin, sur un bateau, ruminant sa revanche en convoquant le Bouffon Vert...

Le script de cet épisode n'a pas dû nécessiter un labeur épuisant à Dan Slott qui conclut son arc narratif avec une suite de bastons homériques, aussi expéditives que grossières. On n'est pas là pour faire dans la subtilité et si on appliquait cette rédaction dans un dessin animé ou un long métrage, beaucoup pointerait que le niveau ne dépasse pas celui d'une bande dessinée (puisque pour beaucoup de critiques, le média ne vaut pas grand-chose...).

Ainsi donc se trouve-t-on en présence d'une histoire, d'un dénouement, dont l'auteur parvient par sa paresse, qu'il veut faire passer par de la malice, à rabaisser le support qu'il sert au niveau que lui donnent ses détracteurs quand il s'agit de parler de qualité d'écriture. Ce n'est pas un mince exploit, mais c'est pourtant un exploit dont on se passerait facilement.

Est-ce étonnant ? Non, car Slott fait le malin : tout son talent se résume ici à cela. Plus c'est gros, plus ça passe ? Si on n'est pas trop difficile, oui. Après tout, certains lecteurs adorent ce genre de comics où l'essentiel tient à regarder des héros et des vilains s'échanger des bourre-pifs pour résoudre des situations qui soulèvent pourtant des problèmes complexes. Et Slott contente ce public peu exigeant en lui donnant ce qu'il veut : du spectacle, creux, primaire.

La Symkarie est libérée par une bande de mercenaires dont la chef est une tueuse qui prend le pouvoir par la force comme la comtesse qu'elle détrône, avec la complicité d'un super-héros qui ne s'embarrasse pas de questions éthiques sur le droit d'ingérence. Tout va bien, comme le rappe avec plus d'ironie Orelsan... En passant, Mockingbird a visiblement de gros soucis de cohérence intellectuelle puisque dans le numéro précédent elle démissionnait du SHIELD, déçue que l'organisation ne soutienne pas l'opération menée par le Wild Pack et Spider-Man... Mais elle rappelle Nick Fury à la rescousse parce que, quand même, un missile va s'écraser sur une population innocente... Et le même Fury, si intransigeant sur les prérogatives de son commandement, accepte de voler au secours de son agent (ou ex-agent, on ne sait plus trop du coup) ! Formidable de bêtise ! (Mais, attention, dans un énième retournement de veste, Fury rappelle à Spider-Man qu'il n'approuve pas son action et que le SHIELD n'achètera plus de matériel à Parker Industries.)

Stuart Immonen se commet dans ce sommet de stupidité avec la générosité qu'on lui connaît : il ne fait pas les choses à moitié et donne à cette conclusion une envergure et une énergie qu'elle ne mérite vraiment pas. On ne peut que s'incliner devant le talent et le professionnalisme de l'artiste, mais aussi que déplorer qu'il déploie son art au service d'un récit si mauvais. Avoir et saisir l'opportunité de dessiner Spider-Man, profiter de l'exposition et de la popularité d'une série pareille ne sont évidemment pas des occasions qu'on décline, mais enfin, Immonen devrait faire plus attention avec qui il s'allie car tout son brio ne sortira pas indemne après avoir avoir été mêlé à un scénariste aussi navrant.

Slott tirera sa révérence avec le 800ème épisode, dans un ultime arc, toujours avec Immonen au dessin. Jusque-là, il faudra soit faire contre mauvaise fortune bon coeur, soit cesser de suivre la série en attendant que le dessinateur rebondisse avec un projet plus digne de lui (comme se consacrer à la suite de Empress ?). Les deux prochains numéros sont liés à la saga globale Secret Empire, je ne sais pas si je vais m'infliger ça (et la suite)...   

samedi 10 février 2018

MANHUNT - UNABOMBER (Discovery Channel, Netflix)


Produite et d'abord diffusée d'abord sur Discovery Channel, la série en huit épisodes Manhunt - Unabomber, malgré d'excellentes critiques (et une publicité alimentée par une polémique avec d'anciens membres du F.B.I.), a pâti de la comparaison quelques mois plus tard avec le chef d'oeuvre produit par David Fincher, Mindhunter, parce que les deux shows exploraient des territoires similaires. Pourtant, la création d'Andrew Sodroski ne manque pas d'atouts, misant sur un classicisme proche du docu-fiction et réussissant à captiver avec une histoire vraie dont on connait l'issue .

 James "Fitz" Fitzgerald (Sam Worthington)

1993 : James "Fitz" Fitzgerald est diplômé comme profileur et recruté par le FBI pour intégrer l'unité "Unabomb", organisée pour arrêter un terroriste en activité depuis une quinzaine d'années, qui envoie des colis piégés à des universités et des aéroports (Unabomb = UNiversity + A=Airport). Pour le directeur Don Ackerman et son adjoint Stan Cole, le suspect est sûrement un mécanicien frustré sexuellement si on se base une analyse psychologique et des preuves matérielles. 1997 : retiré dans une maison en forêt, "Fitz" est de nouveau sollicité par le FBI pour convaincre Ted Kaczynski alias "Unabomber" de plaider coupable à son procès.

"Fitz" et Tabby (Sam Worthington et Keisha Castle-Hughes)

"Unabomber" menace de faire exploser un avion de ligne et "Fitz doit déterminer si la menace est sérieuse. Mais ses méthodes déplaisent à sa hiérarchie : elles s'appuient sur l'étude linguistique des messages adressées par le terroriste et contredisent le profil déjà établi. Pour le jeune agent, "Unabomber" est au contraire un individu très cultivé, plus âgé, et isolé socialement, nullement en proie à des pulsions sexuelles. 1997 : pour la première fois depuis qu'il a permis son arrestation deux ans auparavant, "Fitz" est confronté à Ted Kaczynski en prison et qui a expressément exigé de ne parler qu'à lui avant son procès. L'agent comprend que le terroriste veut démonter la façon dont il a été confondu.

Natalie Rogers et "Fitz" (Lynn Collins et Sam Worthington)

1995 : Pour étayer ses recherches, "Fitz" requiert l'aide d'une enseignante indépendante en linguistique, Natalie Rogers. Ensemble, ils progressent rapidement pour définir la personnalité de "Unabomber" à partir d'un manifeste qu'il a fait parvenir au FBI pour qu'il soit publié dans un grand quotidien de la Côte Ouest. Ce texte intitulé "La société industrielle et son avenir" dénonce les dérives technologiques qui ont fait de l'individu une créature dépendante des outils modernes, sans lesquels elle connaîtrait la paix et serait structurellement plus solide. 1997 : Ted clame qu'il peut faire invalider toutes les preuves qui l'accablent à partir de la méthodologie employée par "Fitz" et compte se servir de son procès pour humilier l'agent et en faire une tribune publique pour développer ses idées.

Don Ackerman (Chris Noth)

les investigations étant infructueuses avec les procédés classiques de l'institution (notamment l'établissement d'un profil par regroupement de données informatiques), "Fitz" pousse Ackerman à convaincre l'Attorney General (la Ministre de la Justice) Janet Reno de faire publier le manifeste d'"Unabomber" qui a promis, en échange, de cesser ses attentats. Le FBI tend un piège d'envergure en se concentrant sur l'unique kiosque à San Francisco à vendre le "Post" dans lequel le texte sera  imprimé, persuadé que le terroriste viendra y acheter un exemplaire. Mais l'opération se solde par un échec : "Fitz" est remercié et renvoyé à l'ATF, son ancien service.

Davic et Ted Kaczynski (Mark Duplass et Paul Bettany)

Les recherches linguistiques menées par "Fitz" et Natalie Rogers à partir du manifeste continuent malgré tout et permettent au profileur de dresser un portrait imparable du terroriste. En disposant grâce à Tabby, sa partenaire au FBI, de copies de la liste des suspects, "Fitz" désigne Ted Kaczynski comme étant "Unabomber". Sa théorie se vérifie quand la belle-soeur de ce dernier reconnaît le style de Ted dans le manifeste publié par le "Post" et convainc David Kaczynski de dénoncer son frère après que l'agent lui en ait dressé un portrait psychologique saisissant.  

Ted Kaczynski (Paul Bettany)

Depuis la cabane dans les bois qu'il construisit avec son frère et où il vit en ermite, Ted écrit à David pour lui détailler comment, depuis son adolescence, une succession d'expériences traumatisantes l'ont détruit moralement et motivé à commettre des attentats : élève surdoué, il a sauté plusieurs classes, est entré à l'université précocement et y a été remarqué par Henry Murray, psychologue établissant avec les services secrets une technique de lavage de cerveau sur des étudiants ciblés pour leurs capacités intellectuelles mais aussi sur leurs failles émotionnelles. Devenu un de ses cobayes pour démontrer sa supériorité face à ces procédés, Ted a quand même été brisé et est devenu animé par un puissant désir de revanche sur le système. Désormais, pourtant, il a le sentiment d'être arrivé, avec la publication de son manifeste, à la fin d'un cycle, convaincu que son texte et ses idées vont profondément altérer la société.

Ted Kaczynski et Stan Cole (à sa gauche) (Paul Bettany et Jeremy Bobb)

"Fitz" revient à FBI et expose rapidement mais de façon imparable le profil qu'il a dressé et qui désigne Ted comme étant "Unabomber", s'appuyant non seulement sur une analyse poussée du manifeste, de la liste des suspects mais aussi sur la correspondance des frères Kaczynski sur plus de trente ans. Le terroriste est localisé et le FBI prépare son arrestation. Mais "Fitz" doit encore convaincre un juge de signer un mandat de perquisition en le convainquant de la culpabilité de Ted. Ackerman et Cole doivent, eux, empêcher les médias, intrigués par les mouvements d'agents dans la région, de faire capoter l'opération.   

"Fitz" et Kaczynski 

1997 : au début de son procès, Ted découvre que ses avocats, contre son avis, vont plaider la folie pour réduire sa peine, lui éviter la peine de mort. "Fitz", dont le couple n'a pas résisté à son implication totale dans l'enquête deux ans auparavant et qui a également dû sacrifier sa partenaire Tabby (en la devant la dénoncer pour lui avoir réclamé la liste des suspects alors qu'il avait été renvoyé du FBI) et Natalie (dont il avait repoussé les avances), est seul pour persuader une dernière fois Ted de plaider coupable : il le convainc de la duplicité de ses défenseurs et de sa réelle admiration pour son intransigeance intellectuelle. Kaczynski change de tactique et est logiquement condamné à perpétuité. "Fitz" retrouve Natalie qui est venue partager sa victoire.

Comme je prévenais en ouverture, comparer frontalement Mindhunter et Manhunt - Unabomber dessert stylistiquement le second tout en soulignant la vanité de ce duel. La production de David Fincher était une exploration de la psyché des tueurs en série quand le FBI en était encore à se demander si le profilage était un moyen efficace de les définir ainsi et de les arrêter. Toute la première saison s'appuyait sur des échanges en deux agents qui mettaient au point une technique et découvraient qu'il n'existait pas qu'un genre de criminel.

Le show créé par Andrew Sodroski pour Discovery Channel (qui a fini par être rediffusé sur Netflix au moment où était proposé Mindhunter) joue davantage la carte du thriller, mais sans sacrifier totalement à ses codes. En vérité, il peut se considérer comme le complément de Mindhunter puisque les faits relatés ici sont tous vrais (ou en tous cas à 90%, puisque des événements et des personnages ont été condensés) et que le terme de l'aventure est connu ("Unabomber" a été arrêté et condamné). Le vrai lien entre les deux programmes est leurs héros : James Fitzgerald est, comme Holden Ford et Bill Tench, un précurseur. Ce statut lui vaut la méfiance, la défiance même, de ses collègues et sa hiérarchie pour qui ses méthodes sont au mieux farfelues, au pire une perte de temps et d'argent.

Mais, plus fortement encore que dans Mindhunter, ce que Manhunt - Unabomber souligne, c'est la notion de sacrifice et le motif du transfert. Quand Fitzgerald est recruté par le FBI pour intégrer l'unité "Unabomb", il a déjà la trentaine et végète dans une brigade appréhendant des grafffeurs, parce qu'il a eu le malheur de refuser de faire sauter des contraventions à un ami de son supérieur. Ce qui lui a permis d'être remarqué, ce sont ses excellentes notes au concours. Mais on lui fait ensuite vite comprendre que, si doué soit-il, il n'est qu'un rouage dans une machine complexe où seuls valent les preuves matérielles et où l'analyse par des moyens informatiques est devenue la nouvelle tendance.

"Fitz", lui, invente, sans même s'en rendre compte, une nouvelle méthode de profilage en ne se basant pas sur les clichés psychanalytiques appliqués à la criminologie (la frustration sexuelle, le manque d'éducation, la soif de revanche sociale motivant les terroristes) : il s'appuie sur le langage, la façon d'articuler la pensée, de formuler les idées, il cherche littéralement le diable dans les détails. Une investigation laborieuse, exaspérante, qui repose sur des suppositions, des recoupements, des accumulations, des indices ténus. Tout ce qui horripile une administration pressée par le temps, exigeant des résultats, soumise à la pression politique et médiatique.

Le récit s'étale sur la la période 1993-1997, du recrutement de "Fitz" au procès de Ted Kaczynski, avec entre les deux l'année 1995, déterminante à tous points de vue, puisque c'est alors qu'est publié le manifeste d'"Unabomber", le document essentiel pour le comprendre, l'identifier, le localiser, et le confondre. De 93 à 95, Fitzgerald perd et gagne tout : son implication totale dans l'enquête, son isolement au sein du service, les humiliations subies par son supérieur Cole (Jeremy Bobb absolument infect), le manque de considération de son chef Ackerman (Chris Noth aussi fébrile que dédaigneux), ont raison de sa famille (sa femme finit par le quitter, il ne voit plus ses enfants), de ses partenaires (Tabby sera virée pour l'avoir aidé quand il aura été un temps écarté de l'affaire et il la dénoncera pour pouvoir être réintégré, Natalie Rogers qui croira à une attirance mutuelle découvrira qu'il s'est d'abord servi d'elle comme d'une ouvrière). Mais sa pugnacité surhumaine (et contestée aujourd'hui par ses collègues de l'époque) lui permettent de percer à jour "Unabomber", d'en dresser le portrait parfait, puis de corroborer sa thèse grâce à la correspondance transmise par David Kaczynski : autant d'éléments qui auront raison des doutes de sa hiérarchie et permettront l'arrestation de Ted Kaczynski.

Il y a donc une part de chance malgré tout dans le travail de fourmi de "Fitz" (sans la dénonciation de David Kaczynski, tout se serait effondré). Mais aussi une aliénation, presque une contamination du détective par le criminel : Ted Kaczynski était effectivement un esprit supérieur à celui de Fitzgerald - plus âgé, plus diplômé, plus extrême. Dans sa radicalité, "Unabomber" n'a commis qu'une erreur : en voulant être reconnu pour ses idées, dont il était convaincu qu'elles changeraient positivement la société, mais en recourant à la violence pour d'abord se venger d'institutions et d'instruments qui l'avaient martyrisé et qui résumaient son aversion pour la modernité corruptrice, il a voulu comme il l'écrivait "avoir l'argent du beurre et le beurre" (la série explique d'ailleurs qu'il s'agit là de l'expression exacte, contrairement à ce que tout le monde croit), être en dehors du monde pour ne pas être infecté par lui tout en aspirant à être célébré par cette société qu'il abhorrait. 

La série montre, de façon vertigineuse, comment le Mal incarné en croisant celui qui le terrassera l'influence étonnamment : "Fitz", littéralement vidé par ces années dévouées à capturer Kaczynski, qui a vu ses collègues être félicités à sa place (s'appropriant même le mérite d'avoir créé la linguistique judiciaire qu'il avait mis en forme), part vivre dans les bois, comme "Unabomber", jusqu'à ce que le FBI lui demande de revenir pour persuader Ted de plaider coupable. C'est un subtil mélange d'orgueil (parvenir à convaincre le terroriste) et de peur (la probabilité réelle qu'il s'en sorte si ses avocats plaident la folie) qui motive l'agent spécial à accepter cette mission, dont le processus ne diffère guère de sa précédente tâche : encore un fois, il faut éplucher des dossiers, des notes de bas de pages, trouver la faille, disputer une partie d'échecs, avoir un coup d'avance. S'il ne s'agit plus d'anticiper un attentat, il faut empêcher un criminel d'éviter la prison.

Dans ce jeu où vérité, conviction et justice s'entremêlent, le duo-duel, souvent à distance (car, contrairement à Mindhunter, les face-à-face entre Fitzgerald et Kaczynski sont rares - d'ailleurs, en réalité, l'agent n'a jamais rencontré le terroriste), entre Sam Worthington (d'une sobriété formidable, quasi-autiste, fuyant la performance - ce qui explique sans doute pourquoi, malgré un premier rôle dans le triomphal Avatar de James Cameron, l'acteur australien ne réussit pas à devenir une vedette hollywoodienne) et Paul Bettany (confondant, même s'il faut vraiment attendre les trois derniers épisodes pour que le comédien dispose d'assez de scènes pour démontrer la qualité impressionnante de son interprétation) atteint des sommets d'intensité. Serrer un coupable aussi retors fournit une matière fabuleuse et excitante au possible.

Sans diminuer Mindhunter, plongez dans ce Manhunt - Unabomber (en prévision de futures saisons relatant d'autres "chasses à l'homme" célèbres ?) : passionnant, vibrant, c'est une vraie réussite.         

vendredi 9 février 2018

ROGUE & GAMBIT #2, de Kelly Thompson et Pere Perez


Après un premier épisode prometteur, Ring of Fire, la suite de l'aventure de Rogue & Gambit se poursuit ce mois-ci. Sorti, par un heureux hasard du calendrier le même jour que Hawkeye #15, cette série permet surtout une nouvelle fois de constater le brio de la scénariste Kelly Thompson dont le style est vivifiant.


Paraison Island. Le Dr. Grand reçoit pour leur première séance de thérapie conjugale Rogue et Gambit qu'elle invite à exprimer leurs frustrations dans leur couple. Aussitôt ils se bombardent de reproches - dont un en particulier fait débat : les circonstances exacts de leur première rencontre.


Pour Rogue, cela s'est déroulé après une bataille contre le Roi d'Ombre au cours de laquelle ils furent manipulés mentalement. Gambit aurait alors cherché à profiter du trouble de sa partenaire pour la séduire avant que celle-ci, vexée, le repousse.


Après cette séance, les deux X-Men reprennent leurs investigations pour localiser l'endroit où seraient retenus les jeunes mutants repérés par Cerebra. En se glissant dans un conduit d'aération, ils parviennent juste au-dessus d'un curieux laboratoire. Rogue en profite pour s'excuser d'avoir rudoyé Gambit qui présente sa version des faits au sujet de leur première rencontre.


Cela se passait également sur Muir Island après l'attaque contre le Roi d'Ombre mais, selon lui, l'attirance était réciproque et ne devait rien à la manipulation psychique qu'ils avaient subie de la part de leur ennemi. Gambit ajoute être d'ailleurs tombé amoureux de sa partenaire au premier regard.


Alors qu'ils inspectent le labo, ils sont surpris par les jeunes mutants mais ceux-ci sont comme possédés et les malmènent. Projetés contre un mur qu'ils défoncent, Rogue et Gambit découvrent alors une pièce remplie de patients inconscients et perfusés - mais ils ignorent qu'ils sont surveillés par des caméras et que leurs faits et gestes sont observés par le Dr. Grand et le chasseur de mutants, Lavish...

L'art du pas de côté, savoir se démarquer pour briller et faire vivre une histoire : c'est ainsi qu'on pourrait présenter la manière Kelly Thompson. C'est d'autant plus remarquable ici que, contrairement à son run sur Hawkeye, elle ne peut s'appuyer sur un dessinateur aussi talentueux que Leonardo Romero : Pere Perez n'est pas le plus mauvais des artistes mais le manque criant de personnalité de son style empêche Rogue & Gambit de s'élever au-dessus d'une simple production courante.

Visuellement, en effet, on devine facilement que les meilleures idées sont directement issues du script et non du graphiste qui doit les traduire. L'ensemble est désespérément moyen, rien ne vient faire pétiller le regard du lecteur dans ces pages au découpage bien trop standardisé et aux personnages représentés sans une once de singularité. A l'heure où on voit des robots diriger des orchestres, ce que fait Pere Perez pourrait tout aussi bien avoir été programmé pour une machine.

Pour trouver de quoi se réjouir dans cet épisode, c'est donc bien dans la façon dont elle est écrite qu'il faut se tourner. Et Kelly Thompson excelle à transformer ce qui serait du plomb en or : la scénariste garde au chaud le coeur de son intrigue, on n'est guère plus avancé sur le mystère de l'île Paraiso dans ce chapitre - et à vrai dire on se fiche un peu de ce que cache tout ça. La mission des deux X-Men apparaît clairement comme un prétexte pour autre chose. Mais quoi ?

En étant forcé de collaborer Rogue et Gambit doivent jouer cartes sur table : parfois ils y sont poussés, comme lorsque le Dr. Grand leur demande de dialoguer et que l'idée dégénère en une pluie de récriminations. Au lieu de passer par un échange verbal, Thompson remplace le contenu des phylactères par des images issues des précédentes aventures communes du couple, mélange de bonheurs et de drames, qui font office de résumé de la vie de ce couple malgré lui. Parfois aussi ils se livrent l'un à l'autre dans l'exiguïté d'un conduit d'aération où l'intimité devient un jeu mais aussi un lieu de confession plus apaisée.

Quand on examine comment Thompson dispose ses scènes et construit son épisode, où les flash-backs prennent plus de place que la progression de l'enquête (c'est là qu'on voit que cette dernière est un prétexte : la véritable mission pour Rogue et Gambit est de savoir pourquoi ça ne fonctionne plus entre eux, et même si ça a jamais marché), on assiste à une suite de prises de bec, d'excuses, de différences de points de vue, de manoeuvres de séduction, d'esquives : on est dans une pure screwball comedy, ces comédies de l'âge d'or du cinéma américain où un homme et une femme se chamaillaient pour éviter de s'avouer leur amour.

Ainsi redistribué en romance comique, le récit mutant gagne en fraîcheur : pas de discours redondant sur la persécution d'une communauté, pas de métaphore lourdingue sur la différence, mais l'examen de deux individus dont leur spécificité épice la liaison et souligne, chez Rogue, le fatalisme et la méfiance, et chez Gambit, la malice et l'envie d'y goûter encore.

Soudain, la série retrouve ses couleurs : celle d'un bon vieux soap avec des amants dotés de super-pouvoirs. Morale : pour bien parler des super-héros, il faut d'abord bien parler des hommes et des femmes qui se cachent derrière leurs costumes et se distinguent par leurs pouvoirs.   

jeudi 8 février 2018

HAWKEYE #15, de Kelly Thompson et Leonardo Romero


Comme pour les Defenders de Bendis et Marquez, la sortie de ce pénultième épisode de Hawkeye par Kelly Thompson et Leonardo Romero rappelle à ses fans combien cette série manquera quand, dans un mois, elle ne paraîtra plus. Mais voyons ce que cela raconte plutôt que de sombrer dans la mélancolie précocement.


Coincés dans l'entrepôt, Clint Barton et Kate Bishop se demandent quoi faire maintenant que Eden Vale et Mme Masque ont scellé une alliance. La situation se complique encore plus lorsque, grâce aux échantillons sanguins que lui fournit Masque, Eden peut téléporter dans le hangar les pires ennemis des deux archers : Lady Bullseye, Swordsman, Boomerang et Crossfire (quoi que ce dernier soit vite renvoyé pour avoir râlé contre son recrutement sans en avoir été averti).


Pour filer, Kate ne voit qu'une solution, risquée, mais cela n'est pas pour déplaire à Clint : les voilà qui ruent dans les brancards, se frayant un chemin à travers les sbires de Masque. Mais, une fois l'entrepôt traversé, il faut encore en sortir ! 


Pour ce faire, les deux archers tirent chacun des flèches aveuglantes et à fumigènes, afin de couvrir leur échappée... Mais aussi pour leur permettre d'enfiler les vêtements de deux agents de masque (qu'ils vêtissent en retour de leurs propres costumes).


La ruse fait long feu mais elle a permis à Kate et Clint d'être dehors et d'embarquer dans un taxi. Direction : le quartier général de Mme Masque. Ils y entrent en force et, au sous-sol, libèrent et embarquent Derek Bishop, toujours enfermé dans sa cellule. Ils ressortent sans se douter qu'une mystérieuse femme, à l'étage, les laisse filer.


De retour à l'agence de Kate, ils sont attendus par les amis de celle-ci mais les retrouvailles sont écourtées car elle et Clint doivent soumettre Derek à un interrogatoire. Avant cela, ils se rhabillent avec leurs uniformes normaux puis se préparent à conduire leur prisonnier dans un endroit sûr. Mais dehors les attendent Mme Masque, ses gardes, Eden Vale, Boomerang, Lady Bullseye et Swordsman !

Que cette série ne soit pas parvenue à séduire assez de lecteurs américains pour continuer restera un mystère irrésolu pour moi : voyez comme ça swingue encore une fois dans cet épisode, avec quel esprit le scénario est rédigé, avec quelle élégance c'est dessiné... Et moins de quinze mille acheteurs par mois ! C'est à n'y rien comprendre, vraiment...

Kelly Thompson a, le mois dernier, signé un contrat d'exclusivité avec Marvel : cela signifie que l'éditeur compte sur elle, mise sur son talent dans l'avenir, croit en son potentiel, et la rumeur veut que ce soit elle que Brian Michael Bendis ait désigné pour reprendre l'écriture de sa création, Jessica Jones. Tout cela est mérité car cet auteur a une vraie plume : elle mène son récit avec tonus mais aussi une dose salvatrice d'espièglerie, comme en témoigne son don pour "aérer" une scène d'action avec un bon mot (Mme Masque qui soupire : "What a joy ! The deficient duo !" en voyant les deux archers perturber sa réunion avec Eden Vale). C'est ce genre de trait d'esprit qui distingue une scénariste du lot, cette capacité à respecter les codes du genre (de l'action) mais en conservant une distance, une légère irrévérence (ne pas prendre tout cela trop au sérieux). C'est ce qui aboutit à une lecture jubilatoire, un comic-book qu'on lit le sourire ravi aux lèvres.

L'intrigue s'achemine sûrement vers un dénouement qui se devra d'être spectaculaire (la dernière page promet un "final showdown"), tout en tournant en dérision cette attente : ici, tout est fait pour solliciter l'attention du lecteur malgré l'apparente légèreté du style. Kate et Clint sont coincés, ils doivent fuir, et pour semer la confusion chez leurs ennemies, ils volent les vêtements de deux sbires. La manoeuvre ne trompe ni les méchantes ni le lecteur bien longtemps, et Thompson ironise d'ailleurs sur ce point en faisant dire à Mme Masque que les archers ont au moins le mérite de changer d'habit très vite... 

Mais la mise en scène est magistrale grâce au découpage parfait de lisibilité et de dynamisme de Leonardo Romero, dont le dessin clair, élégant, permet de suivre le mouvement sans jamais être égaré. L'artiste en profite pour signer deux magnifiques doubles pages qu'il faudrait, comme à chaque fois chez lui, citer en exemple car il n'use pas de ce procédé pour produire deux simples images tape-à-l'oeil mais bien fournir deux planches foisonnantes (la première compte huit cases, dont six en rang, la seconde encore davantage), avec des décors fouillés, un flux de lecture détaillé.

L'épisode se poursuit sur un rythme alerte qui emprunte presque au vaudeville : Clint et Kate forçant le repaire de Masque, dérouillant quelques-uns de ses hommes de main (au point que l'un, qui a déjà eu à subir un de leurs raids, implore pour ne pas être de nouveau tabassé - irrésistible), embarquent le père félon de Kate et filent comme ils sont venus.

Au coeur de ce tourbillon, toujours superbement illustré et chorégraphié par Romero, Thompson glisse même une page où le lecteur devine qui tire vraiment les ficelles de cette affaire - et si mon intuition se confirme, ce serait un fameux twist...

Mais la scénariste ne veut pas laisser souffler le lecteur et les dernières pages renouent avec la cavalcade via un arrêt à l'agence de Kate et un cliffhanger très accrocheur. Effectivement, le dernier épisode sera épique !

Pourtant, malgré sa précision horlogère, la série n'a pas réussi à convaincre un public suffisant ni à convaincre Marvel de lui accorder du rab (avec, par exemple, un relaunch, une fois cet arc narratif terminé, ou un peu plus de pub - car le titre n'a pas été follement soutenu). Le run de Thompson et Romero n'aura vraiment pas démérité avec ceux de Fraction-Aja et Lemire-Perez, et va tirer sa révérence après 16 mois, alors que ses meilleurs épisodes s'enchaînaient. C'est un vrai gâchis... Mais quand les prochains TPB sortiront, ne passez pas à côté : vous découvrirez (trop tard, certes) une version divine de Hawkeye.         

mercredi 7 février 2018

BATGIRL, VOLUME 2 : SON OF PENGUIN, de Hope Larson, Chris Wildgoose et Inaki Miranda


On poursuit sur notre lancée avec ce deuxième tome des aventures de Batgirl période "Rebirth", écrit par Hope Larson, cette fois soutenue par les dessinateurs Chris Wildgoose (pour les épisodes 7 à 11) et Inaki Miranda (pour l'Annual #1). Malgré quelques mentions au précédent volume, on peut attaquer par ce recueil qui comporte une nouvelle histoire (mais comportant des éléments voués à être développés).


- Son of Penguin (#7-11. Dessins de Chris Wildgoose). De retour à Gotham, Barbara Gordon a bien du mal à reconnaître son quartier résidentiel de Burnside qui s'est terriblement embourgeoisé pendant son voyage au Japon : le prix des loyers a beaucoup augmenté (ce qui tombe d'autant plus mal que son amie Frankie lui annonce qu'elle emménage avec quelqu'un d'autre dans un appartement moins honéreux), et les habitants sont devenus intolérants, se plaignant particulièrement de la présence de sans-abri qu'ils font chasser. Malgré tout, "Babs" accepte l'invitation à une soirée où elle fait la connaissance d'Ethan Cobblepot, le fils du Pingouin, à la tête d'une société d'informatique qui développe des applications pour téléphones mobiles, VicForm.
  

Cette rencontre trouble Barbara qui se demande si le fils du Pingouin a hérité de la malhonnêteté criminelle de son père. Elle doit enquêter tout en reprenant ses études car elle espère décrocher un diplôme pour devenir libraire, et dans ce cadre, elle suit un stage auprès de jeunes écoliers plus attachés aux outils numériques qu'aux bons vieux livres. Par ailleurs, deux amies de "Babs", Alysia et Jo, traversent une passe difficile car elles aimeraient avoir un enfant mais devront certainement se résigner à adopter.


Tout en revoyant Ethan, Barbara découvre sur le Net une campagne de dénigrement contre Batgirl et lorsqu'elle se confie sur sa situation à Dick Grayson/Nightwing, celui-ci la met en garde - peut-être par jalousie - contre le fils du Pingouin. Ce dernier se montre pourtant charmant et admiratif de l'intelligence de la jeune femme en qui il voit son égal. Ils finissent même par échanger un baiser. Mais le soupirant n'est-il pas trop parfait pour être honnête ?
   

Une nuit, Batgirl s'introduit dans les locaux de VicForm et tombe sur le Pingouin qui, au lieu de l'agresser, lui explique les origines de son fils : né à la suite d'une liaison éphémère avec une serveuse de son club, il ne l'a pas élevé et sait qu'Ethan lui en veut toujours à cause de cela. Il est clair qu'il mijote quelque chose pour se venger et prouver sa supériorité sur tous ceux qui se dressent sur sa route, Batgirl comprise.


Les affirmations du Pingouin se vérifient rapidement quand une vidéo de leur conversation circule afin de discréditer Batgirl. Comme ils ont été filmés à leur insu chez VicForm, nul doute qu'Ethan est derrière cela. Ce dernier rompt d'ailleurs avec Barbara peu après car un passant l'a photographié en compagnie de Dick Grayson et posté le cliché sur les réseaux sociaux. Lorsqu'Ethan se présente chez son père déguisé en Black Sun, Batgirl intervient promptement pour le neutraliser. Au terme d'une course-poursuite, elle l'affronte et endommage son armure, le blessant gravement. Débarrassé des applications de VicForm, le quartier de Burnside se civilise à nouveau. Mais le Pingouin fait enlever son fils de l'hôpital où il a été admis car il a de grands projets pour eux deux...
  

- Annual #1 : World's Finest (Dessins de Inaki Miranda). De passage à National City pour y appréhender le hacker Red Spur, Batgirl est surprise par Supergirl, ce qui permet au malfrat de s'échapper. Mais la Kryptonienne sollicite l'aide de la Gothamite pour sauver une jeune fille, Gayle, sujette à des expériences dans les laboratoires de CADMUS. Pour Batgirl, facile de s'y introduire puisqu'elle a conçu le système de sécurité du site avec Bruce Wayne - pourtant une alarme se déclenche ! Un autre cobaye, Caleb, en profite pour s'évader et, après avoir cru que les deux héroïnes voulaient l'en empêcher, il accepte de les guider jusqu'à la cellule de Gayle. Une fois libre, celle-ci sape l'énergie de Supergirl pour accéder à la zone fantôme où, dit-elle, on pourra la soigner. Batgirl et Caleb évacuent Supergirl et les deux amies, une fois dehors, savent que désormais elles pourront compter l'une sur l'autre.

On retrouve, peu ou prou, les mêmes qualités dans ce tome 2 que dans le premier, même si on achève sa lecture avec le sentiment d'un net progrès, la sensation d'avoir eu droit à un récit plus consistant, et au graphisme plus affirmé. Le parallèle avec la série Hawkeye menée par Kelly Thompson chez Marvel reste évident : après un démarrage hésitant, la production gagne indéniablement en relief.

En inventant un fils au Pingouin, Hope Larson prenait le risque de créer un ennemi un peu artificiel et opportuniste, une sorte d'ersatz taillé pour Batgirl, moins charismatique et dangereux. Mais, contre toute attente, elle réussit à introduire ce personnage de manière habile et à instiller le doute assez longtemps sur sa véritable nature chez le lecteur.

L'histoire souffle le chaud et le froid en donnant la priorité à Barbara Gordon plutôt qu'à son alter ego costumé. Il faut dire que la scénariste met à profit le voyage de son héroïne au Japon pour la ramener dans le quartier de Burnside radicalement transformé : la critique contre la "gentrification" d'une banlieue de Gotham est bien sentie, ni trop lourde ni superficielle, réaliste. Les habitants y sont devenus des bobos rivés aux écrans de leurs smartphones et utilisant des applications futiles ou hostiles, en particulier contre la présence de SDF. On sait que ce genre de choses se produit réellement (les grandes municipalités, pas seulement aux Etats-Unis, veulent éloigner les sans-abris pour charmer les touristes comme on balaie la poussière sous un tapis, parfois au moyen d'astuces dégradantes pour les plus défavorisés) donc le propos est pertinent.

Hope Larson n'aime visiblement ni cela ni la dépendance aux écrans comme en témoignent les scènes qui voient "Babs" expliquer à des enfants les abus des GAFA (Google-Apple-Facebook-Amazon) qui veulent régenter notre mode de vie plus sûrement encore que les gouvernements démocratiquement élus. Cette dimension citoyenne, donc politique, étonne dans un comic-book chez qui on n'attendait pas ce genre de charge, mais fait aussi du bien car cela n'est pas asséné mais exposé de façon subtile, sans entraver l'action.

L'affrontement entre Batgirl et le fils du Pingouin prend dès lors une tournure moins physique (même s'il se réglera sous la forme d'une bagarre classique) que psychologique, à coups de vidéos virales et de photos compromettantes. Quant au mobile du vilain, s'il est plus convenu (un bon vieux complexe oedipien), il respecte le caractère trouble d'Oswald Cobblepot, devenu méchant après avoir été rejeté et ayant fait de son fils un méchant en le rejetant aussi.

Visuellement, passer après Rafael Albuquerque (même en mode minimum syndical) était une gageure pour Chris Wildgoose mais l'artiste s'en sort mieux que bien et rend même une copie plus soignée que son prédécesseur. Son style n'a rien à voir, il évoque un peu Wieringo avec des physionomies réalistes mais des visages légèrement cartoony, et son encrage propre, lisse, renforce la ressemblance avec celui de son illustre devancier.

Wildgoose n'est pas non plus du genre excentrique dans son découpage : il vise la clarté et la fluidité, et préfère soigner ses décors et le flux de lecture. Le soin avec lequel il s'y emploie est épatant, sachant qu'il s'encre lui-même. La colorisation, plus sage aussi, contribue à cette impression de lire une bande dessinée qui ne cherche pas à craner mais servir l'intrigue et ses personnages.

L'album se referme avec le premier Annual de la série, dessiné par Inaki Miranda (qui s'est illustré notamment dans quelques épisodes de la série Fables). Le résultat est très élégant, le trait fin, expressif, compense les lignes un peu trop nettes et droites des décors traités par infographie. Quant à l'histoire, elle associe Supergirl à Batgirl en référence, comme le titre l'indique, au tandem Superman-Batman. On reste néanmoins un peu notre faim car pour savoir ce qu'il advient de Gayle, il faut lire la série consacrée à la Kryptonienne...

Cette réserve mise à part (et elle est mineure), ce nouveau recueil de Batgirl est un vrai plaisir : l'héroïne a regagné un titre digne d'elle, avec une équipe artistique de talent. Il va falloir garder un oeil sur cette série.