MAX FRIDMAN : LA PORTE D'ORIENT est le deuxième tome de la série, écrit et dessiné par Vittorio Giardino, publié en 1986 par les Editions Glénat.
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C'est la fin de l'été 1938 à Istanbul. L'ingénieur russe David Stern fuit la répression stalinienne menée par les espiosn du N.K.V.D., et cherche à se mettre en sécurité auprès d'un certain Besucov.
C'est dans ce contexte que débarque en Turquie Max Fridman dans le cadre de son activité de négociant en tabac, mais sa réputation le précède et les russes le croient ici en mission pour les services du contre-espionnage français pour récupérer Stern. Sur le bateau qui l'a mené ici, il a rencontré la belle Martha Witnitz, qui, comme il l'apprendra plus tard, est l'épouse de l'ingénieur en cavale, et qui devient à son tour une cible.
Max reçoit l'aide de son ami Guy Varand tout en recevant les conseils du mystérieux Slatek, qui l'incitent à s'en méfier. Stern attend chez Besucov de retrouver sa femme pour partir d'Istanbul. Fridman, excédé d'être dans la ligne de feu des espions, et craignant pour Martha dont il est devenu l'amant, s'emploie à retrouver lui aussi Stern et donc Besucov - qui n'est autre que Zadig, déjà rencontré en Hongrie quelques mois auparavant (voir tome 1, Rhapsodie hongroise).
Varand offre, au nom de la France, la possibilité de quitter Istanbul avec Martha, qui promet à Max de le revoir plus tard après qu'elle ait quitté son mari. Mais les retrouvailles des deux amants seront contrariées par la trahison des français alors que Hitler a envahi entretemps la Tchécoslovaquie...
Quatre ans après un premier tome de haute volée, Vittorio Giardino livre donc une nouvelle aventure de Max Fridman, à la pagination moindre (60 pages tout de même) mais toujours aussi passionnante et encore plus aboutie graphiquement.
Cette fois, le héros de l'auteur italien est mêlé à un sombre affaire sans être en service commandé, ce qui distingue ce récit du précédent. On peut lire cette histoire sans connaître l'épisode précédent, même si, dans la dernière partie, l'identité de Besucov est une référence à un des seconds rôles de Rhapsodie hongroise.
Giardino tire à merveille parti du cadre exotique qu'offre Istanbul tout en en faisant comme Budapest auparavant un nid d'espions que Max Fridman passe en fin de compte plus de temps à subir les attaques et à les fuir qu'à les affronter directement. Pourtant, la narration est si efficace que l'action ne manque pas et que le rythme est effréné. Jamais on n'est perdu dans les ruelles de la cité stambouliote ni dans les faits et gestes de ces barbouzes dont les hiérarques et leurs ordres varient comme les tactiques de joueurs d'échecs. Il y est constamment question d'alliances en vue de préparer la guerre qui s'annonce contre Hitler.
La figure de Stern suggère la tragédie, que modère à peine la romance qui se noue entre Max Fridman et Martha Witnitz : en vérité, Giardino insiste bien sur le fait que les protagonistes sont tous des pions dans une partie qui les dépasse (Fridman pris dans une affaire alors qu'il n'est pas en mission, Stern évitant les nazis, Martha s'abandonnant dans les bras de Max car elle sait ne plus aimer son mari - même si elle veut le sauver avant de le quitter - , Guy protégeant Max tout en appliquant les consignes des services français). Dans cette distribution, seul Zadig/Besucov semble encore maître de son destin, silhouette trouble aux identités floues comme ses convictions.
Graphiquement, l'album a mieux vieilli que son prédécesseur, avec une colorisation plus soignée qui met en valeur le mélange des ambiances somptueusement traduites par l'artiste. La fuite éperdue de Stern donne lieu à des scènes intenses, exprimant la détresse et la résignation. En parallèle, les séquences avec Max et Martha dégagent un érotisme à la fois élégant et prégnant.
Giardino conserve son style raffiné, avec des décors détaillés et des personnages à l'allure distinguée et aux physionomies variées, avec ce trait épuré et net. Martha Witnitz est une de ces créatures ensorcelantes comme sait si bien les dessiner l'italien, dont la beauté pleine de classe et de sensualité irradie une intrigue palpitante dont la conclusion est amère.
Le découpage témoigne de la densité narrative de cet album, avec une moyenne de huit-neuf plans par page, dont la qualité de finition et la fluidité des enchaînements "nourrit" la lecture.
Digne d'un suspense "hitchcockien", La Porte d'Orient traversée par Max Fridman est un superbe opus d'une série où l'Histoire est contée comme une aventure haletante.
MAX FRIDMAN : RHAPSODIE HONGROISE est le premier tome de la série, écrit et dessiné par Vittorio Giardino, publié en 1982 par les Editions Glénat.
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Max Fridman, quadragénaire juif, est un ancien agent du contre-espionnage français qui s'est installé en Suisse avec sa femme, Ada, et leur fille, Esther.
Ledoux, un de ses supérieurs, prend contact avec lui pour une mission périlleuse en Hongrie que Fridman accepte à contrecoeur mais forcé car il est soumis à la menace d'un extradition et d'un procès par la France qui couvre ses activités officielles de marchand de tabac.
Il arrive donc à Budapest en Février 1938 avec pour objectif d'apprendre qui abat les membres du réseau Rhapsodie et pour quelles raisons. Ethel Möget, une jeune femme, amante de Bonnefoi, agent français sur place, est la seule survivante de ces tueries.
Fridman la protège et devient ainsi à son tour la cible des nazis qui veulent remonter jusqu'à un certain Zadig au courant des plans du réseau : il est question d'une importante livraison d'armes à l'armée de Franco...
Après avoir été révélé par Les Enquêtes de Sam Pezzo (dont la série s'achèvera l'année suivant celle du lancement des Aventures de Max Fridman, en 1983), Vittorio Giardino débutait donc un projet très ambitieux en suivant les missions d'un élégant ancien agent des services de renseignements français juste avant (puis durant) la seconde guerre mondiale. L'auteur italien lui consacrera cinq albums, le dernier publié en 1999, tout en menant d'autres projets entretemps, mais ses efforts le consacreront comme un des maîtres du 9ème Art européen et même mondial en lui valant la plus haute des distinctions, le Yellow Kid award (l'équivalent d'un Prix Nobel de la bande dessinée).
Le volume de ce tome 1 impressionne d'emblée avec ses 90 pages ! Et pourtant, la première des qualités de cet ouvrage est qu'on le lit avec la même fluidité qu'un opus classique de 48 pages : ce tour de force passe par une narration extrêmement maîtrisée pour développer une intrigue pourtant tortueuse aux protagonistes ambigus.
Max Fridman est un héros atypique : son allure élégante, ses manières prévenantes, dissimulent à peine un homme meurtri par l'absence de son épouse et sa situation de père célibataire, mais aussi ses origines juives qui l'ont motivé à s'installer dans la quiétude de la campagne genevoise avec sa fille. Les références à son passé d'espion sont discrètes, tout juste devine-t-on en le découvrant qu'il s'est retiré du service dont la hiérarchie le rappelle pour une mission risquée qu'il est obligé d'accepter sous peine d'être extradé.
Requis parce qu'il n'est pas "grillé" mais aussi parce qu'il n'a pas le choix, c'est un personnage pour lequel on éprouve une sympathie immédiate et dont on va pouvoir admirer l'efficacité. Ce n'est pas un agent spectaculaire, il se balade sans armes, les détonations le font trembler, mais son intelligence tactique ne fait aucun doute et lorsqu'il comprend qu'il ne peut plus se fier à personne, sa détermination à terminer sa mission force le respect.
Giardino prend un évident plaisir à faire évoluer son héros dans une Budapest infesté d'espions, d'agents doubles, de magouilleurs : le trouble de l'immédiat avant-guerre est admirablement suggéré, jusqu'à la toute dernière image de la dernière page montrant l'entrée des troupes allemandes en Autriche. Cette aventure décrit parfaitement la poudrière qui menaçait l'Europe où il est moins question d'éviter la guerre que de s'y préparer en testant adversaires et alliés potentiels.
Le scénario, riche mais mené sur un rythme soutenu, se permet même quelques notes d'érotisme et une partie romantique, moins d'ailleurs pour émoustiller le lecteur que pour montrer les ultimes plaisirs permis aux héros avant le chaos.
Visuellement, Giardino produit de magnifiques planches d'un trait qui s'inscrit dans la "ligne claire" mais avec un style réaliste. Les décors sont très évocateurs, avec une abondance de détails et un soin apporté au jeux d'ombres et de lumières bluffants.
De même chaque personnage, dans une distribution foisonnante, bénéficie d'une expressivité et d'une physionomie très élaborées : Max Fridman est une figure instantanément mémorable avec son imperméable beige, son borsalino marron, sa pipe, sa barbe bien taillée, tandis que Ethel Möget est représentée de manière crédible en jeune femme aux abois dont le charme se révèle lors d'une sortie pour une soirée costumée. Les seconds rôles, de la séduisante Cléa au fêtard Von Kluberg en passant par le caméléon Zadig, bénéficient des mêmes attentions.
On ne peut déplorer que deux choses : d'abord, le fait que la colorisation ait très mal vieillie, et surtout que le lettrage de la traduction soit d'une telle médiocrité, indigne pour une BD d'une telle tenue et de la part d'un éditeur comme Glénat (même si la série elle-même a connu plusieurs rééditions).
Chaque aventure de Max Fridman étant lisible comme un récit auto-contenu, c'est une oeuvre facilement accessible mais qui s'adresse à un lectorat exigeant. Néanmoins, l'effort en vaut la peine car le résultat est et reste impressionnant.
L'HOMME IRRATIONNEL (Irrational Man) est le 46ème film réalisé de Woody Allen.
Le scénario est écrit par Woody Allen. Le film est produit par Jack Rollins. La photographie est signée par Darius Khondji.
Dans les rôles principaux, on trouve : Joaquin Phoenix (Abe Lucas), Emma Stone (Jill Pollard), Parker Posey (Rita Richards), Jamie Blackley (Roy).
Le film est sorti en France le 14 octobre 2015.
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Abe Lucas
(Joaquin Phoenix)
Abe Lucas est un professeur de philosophie d'une quarantaine d'années. En pleine crise existentielle, il se complaît dans une déprime alcoolisée mais accepte l'invitation du campus de Braylin de donner des cours durant la session estivale.
Jill Pollard
(Emma Stone)
La réputation de Lucas, dont la rumeur lui prête des liaisons avec des étudiantes et des méthodes d'enseignement aussi originales que discutées, le précède. Mais deux femmes en particulier ne s'en effraient pas : l'une d'elles est Jill Pollard, brillante élève de son cours.
Abe Lucas et Rita Richards
(Joaquin Phoenix et Parker Posey)
L'autre est Rita Richards, professeur de biologie, dont le couple bat de l'aile, et dont les infidélités sont notoirement connues.
Toutes deux ne tardent pas se rapprocher de Abe, qui finit par céder aux avances de sa collègue. Mais il se révèle impuissant, incapable de satisfaire une femme depuis un an parce qu'il est traumatisé par la mort d'un de ses amis en Irak et qu'il n'arrive plus à écrire son nouveau livre (sur Heiddeger et le fascisme).
Abe Lucas et Jill Pollard
(Joaquin Phoenix et Emma Stone)
Le hasard va pourtant bouleverser l'existence de Abe qui, alors qu'il déjeune avec Jill, surprend avec elle une discussion à la table voisine de la leur. Une mère de famille y confie à ses amis qu'elle est sur le point de perdre la garde de ses enfants au profit de son mari, dont l'avocat est visiblement de mèche avec le juge chargé de prononcer leur divorce.
Cette histoire poignante et injuste va inspirer à Abe un plan délirant bâti sur l'idée d'un "meurtre altruiste".
Jill Pollard et Roy
(Emma Stone et Jamie Blackley)
Les jours suivants, Abe revit littéralement, arrêtant de boire et de déprimer. Il recouche avec Rita et s'abandonne dans les bras de Jill. Le fiancé de cette dernière, Roy, devine vite la situation et finit par rompre.
Rita Richards et Jill Pollard
(Parker Posey et Emma Stone)
Mais quand le juge Spangler, celui-là même qu'incriminait la mère de famille dont Abe et Jill avaient entendu les confessions au restaurant, est retrouvé mort, l'affaire agite les médias et la communauté de Braylin. Rita puis Jill se mettent à suspecter Abe de ce meurtre et leurs relations avec leur amant va en être progressivement et profondément affectées, surtout quand l'étudiante décide de connaître la vérité...
Pour son 46ème film, Woody Allen revient en très grande forme, un an après le déjà excellent Magic in the Moonlight. La régularité avec laquelle le cinéaste new yorkais enchaîne les productions alors qu'il s'apprête à fêter son 80ème anniversaire (le 1er Décembre prochain) ne cesse d'impressionner.
Si on devait rapprocher L'Homme irrationnel de ses précédents et récents opus, il faudrait citer Le Rêve de Cassandre (2007) et Match Point (2005). En remontant plus loin en arrière, la référence la plus évidente serait Crimes et délits (1989). Ce qui relie tous ces titres concerne une réflexion acide sur la moralité et l'impunité du crime.
Il n'y a pas de hasard à voir Woody Allen citer abondamment des philosophes (en particulier les existentialistes, comme Jean-Paul Sartre, avec sa célèbre sentence : "L'enfer, c'est les autres") mais aussi Friedrich Nietzsche (et son ouvrage, Vérité et mensonge au sens extramoral) dans un opus dont le héros est justement professeur de philosophie. Mais la littérature est également convoquée via Crime et châtiment de Fiodor Dostoïevski. Toutefois, ces grands textes sont avant tout un moyen de contextualiser l'histoire et identifier les personnages, et non des instruments visant à transformer le film en un véhicule trop sérieusement référencé.
Le cinéaste interroge le thème du surhomme qui, en projetant de commettre un acte ignoble (en l'occurrence un meurtre), prétend faire le bien : c'est le point de bascule du scénario de Allen où Abe Lucas, décrit jusque là comme un individu pathétique, bedonnant, alcoolisé et désabusé, trouve une nouvelle raison de vivre en s'imaginant rétablir la justice dans un geste qu'il estime altruiste. Le propos est ambitieux mais le film l'exploite avec une épatante fluidité et un humour noir jubilatoire.
Le plaisir qu'on prend à suivre ce récit provient en grande partie au fait que Woody Allen en traite tous les aspects avec un dosage parfait entre une grande densité (tous les aspects du problème sont développés dans un film par ailleurs concis - il dure 95') et une malice jouissive (le rôle d'une a priori inoffensive lampe de poche gagnée lors d'une fête foraine décidera du sort du héros). Cette balance entre la comédie de moeurs et le questionnement plus grave produit des étincelles dans une oeuvre équilibrée et pleine.
La réalisation, chez Allen, ne passe pas par des effets voyants : peu ou pas de mouvements de caméra, mais plutôt une recherche du cadre juste, de la distance idéale avec les personnages, la composition des images (où les gros plans sont rares). Dans plusieurs de ses oeuvres récentes, on retrouve, comme ici, néanmoins un rapport aux corps plus palpable, avec le recours à des interprètes choisis pour leur capacité à composer non plus des doubles du cinéaste ou de ses muses emblématiques que des individus tourmentés entre leurs désirs sensuels et leurs interactions intellectuelles. Cette évolution est devenue sensible depuis que Allen a réalisé trois films avec Scarlett Johansson, qui a érotisé/sexualisé notablement son cinéma.
Si l'on pousse l'analyse plus loin, en évoquant la propre vie privée du réalisateur, il devient aussi troublant que ses films en sont devenus une sorte de reflet : encore une fois, il met en scène un homme face à une femme moins âgée que lui (ici Abe et Jill), auquel s'ajoute des seconds rôles intermédiaires (Rita et Roy). Cet homme mûr est déstabilisé par la jeunesse de celle qu'il finit par aimer, et qui causera, d'une manière plus ou moins radicale, sa chute (parfois au sens littéral, parfois plus symboliquement). Si cela confirme le féminisme du cinéaste, qui a toujours soigné ses héroïnes, on peut se demander dans quelle mesure cela parle de son propre couple actuel (avec une compagne beaucoup plus jeune) et de sa conception de la vie conjugale.
Comme dans son précédent film, la photographie est somptueuse et Darius Khondji fait une fois de plus des merveilles, donnant à l'image une lumière solaire qui apparaît comme un contrepoint élégant au cynisme du propos. Situé en plein coeur de l'été dans le cadre d'un campus chic, le récit possède ainsi une séduction que rend d'autant plus trouble une intrigue empoisonnée.
Quant à l'interprétation, elle est à nouveau de premier ordre, portée par des acteurs au sommet de leur art. Joaquin Phoenix joue pour la première fois dans un film du réalisateur new yorkais et s'y coule comme un familier de son oeuvre : lesté de quelques bons kilos, il impose une présence impressionnante, cabotinant d'abord en professeur aussi pédant que pesant avant de nuancer sa composition de telle manière que le spectateur le trouve successivement irritant, affligeant, sympathique et ignoble. Avec sa gueule cassée et mélancolique, il est inoubliable. Emma Stone retrouve pour la deuxième fois d'affilée Allen dans un emploi différent de celui qu'elle tenait dans Magic in the moonlight (une manipulatrice irrésistible) mais pour une figure radieuse. La séduction de la comédienne sublime tout le récit qu'elle traverse avec une grâce incomparable : conquis, le cinéaste a prédit qu'elle deviendra la plus grande vedette du cinéma américain dans le futur, et la finesse de son jeu ajoutée à son charme naturel semble effectivement lui ouvrir une voie royale.
Leur ronde amoureuse est un spectacle surprenant et nul autre que Woody Allen ne peut filmer la cristallisation des sentiments avec autant de drôlerie avant de précipiter les amants dans un engrenage aussi dramatique.
Parker Posey, qui fut dans les années 90 l'égérie du cinéma indépendant Outre-Atlantique, effectue un come-back inattendu dans un rôle qui paraît avoir été écrit sur mesure pour elle, dans sa nouvelle maturité d'actrice et de femme. Elle est extraordinaire en enseignante dont les désirs, à l'instar de tous les personnages de l'histoire, dominent la raison.
Enfin, Jamie Blackley incarne avec sobriété le rôle ingrat de Roy, le petit ami délaissé et jaloux, se plaignant de voir sa fiancée obnubilé par son rival alors même qu'il est le premier à lui en parler (un paradoxe typiquement "Allenien" et toujours aussi marrant).
Accompagné par une bande-son où Jean-Sébastien Bach côtoie l'entêtant The in-crowd du Ramsey Lewis trio (un morceau de jazz plus moderne que d'habitude chez le cinéaste), Irrational Man est une nouvelle pépite dans la collection de gemmes de la filmographie de Woody Allen - c'est même assurément un de ses chefs d'oeuvre, égalant en maîtrise et en perversité humoristique et morale ses meilleurs opus.
CHINAMAN : AFFRONTEMENTS A BLUE HILL est le septième tome de la série, écrit par Serge Le Tendre (avec la collaboration de Chantal) et dessiné par Olivier TaDuc, publié en 2004 par Dupuis.
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Pour conserver le soutien du seigneur Zi Ding, un chef des Triades de San Francisco, le Maître d'arts martiaux Yuen accepte de conduire ses meilleurs disciples jusqu'à Blue Hill où réside John Chinaman. En battant cette légende vivante, il retrouverait tout son prestige.
A Blue Hill, justement, la situation est déjà tendue : des ouvriers, appuyés par le notable Dood, aimeraient que les chinois soient plus rapidement expulsés, après le vote d'une loi en ce sens au Sénat, car ils les accusent de voler leurs emplois des américains.
Rapidement, Chinaman est confronté, successivement, aux élèves de Maître Yuen, qu'il vainc sans difficultés. Mais ces combats n'échappent pas à Shorty, un supporteur de Dood, qui compte en profiter pour que les habitants de Blue Hill chassent ces menaçants chinois.
Chinaman jure à sa compagne, l'institutrice Ada, qu'il n'a pas le choix et part affronter Maître Yuen. Dood lance alors son attaque, dont l'issue, dramatique, fera des morts de chaque côté...
Il y a quatre ans de ça, j'avais découvert et beaucoup aimé lire les six premiers tomes de la série écrite par Le Tendre et dessinée par TaDuc, mais en oubliant d'emprunter ce septième épisode - le dernier acheté par la bibliothèque municipale de ma ville (le titre en comptait encore deux autres, mais je n'attends plus qu'ils soient commandés).
Je répare donc cet oubli, avec du retard, mais mieux vaut tard que jamais. Et c'est avec un vrai plaisir que j'ai renoué avec les aventures de Chinaman. L'oeuvre de Le Tendre est certes classique mais efficace et non dénué d'originalité, grâce à la nature même de son héros, combattant chinois longtemps contraint à la fuite et dont les exploits face à l'adversité ont forgé la légende.
La légende de Chinaman, c'est justement l'un des ressorts sur lequel est fondée cette histoire puisqu'un maître d'arts martiaux, pour garder les faveurs d'un seigneur des Triades, accepte d'aller le défier. Serge Le Tendre développe cette idée (avec la participation de Chantal) en soulignant le contraste entre les ambitions de Yuen et l'aspiration de John Chinaman à vouloir vivre en paix (avec la femme - blanche - qu'il aime et ses amis) parce qu'il est las de se battre mais aussi soucieux de s'intégrer.
La progression dramatique du récit ne s'appuie pas seulement sur une succession de duels spectaculaires mais aussi sur la tension qui électrise la bourgade de Blue Hill, au lendemain d'une loi voté au Sénat pour expulser les chinois du territoire américain. Le racisme des uns se lie à l'arrivisme des autres, via les personnages de Shorty, pathétique gredin, et Dood, notable qui veut outrepasser l'autorité du shérif.
Le dénouement est particulièrement violent et cruel, personne n'en sortira indemne, et on devine l'intention de l'auteur qui est de renvoyer Chinaman à son errance, donc vers de nouvelles aventures. Pourtant, la série ne survivra pas longtemps à cette manoeuvre : le titre se conclura après deux autres tomes (pour la première fois d'ailleurs composé en diptyque)... Mais Le Tendre rebondira, toujours avec TaDuc, pour une nouvelle production, Griffe Blanche (chez Dargaud).
Olivier TaDuc est un artiste que j'ai découvert avec Chinaman et dont j'apprécie le style, sobre mais irréprochable. Sa manière d'animer les personnages, qu'il rend très expressifs, trouve sa pleine mesure dans les scènes de combat : bien qu'utilisant un découpage classique, ses compositions sont très dynamiques, suggérant intelligemment le mouvement, variant les angles, faisant bien ressentir les impacts.
Le soin qu'il met à illustrer les décors, souvent en extérieurs dans cette histoire, témoigne aussi d'une belle exigence, et il dose impeccablement les détails nécessaires au style réaliste dans lequel il s'inscrit sans saturer le regard du lecteur. Le fait qu'il effectue, avec Nadine Voillat, la colorisation lui permet aussi d'entretenir de belles ambiances - ici, l'action se situe à la fin de l'automne, début de l'hiver et donne lieu à des plans dont la palette progresse subtilement de teintes chaudes à d'autres plus froides. Quant, à la fin, le sang des belligérants éclabousse la neige, l'effet est saisissant.
Chinaman est un western atypique, qui mérite l'attention des amateurs du genre mais aussi celle des fans d'une bande dessinée à la qualité constante depuis ses débuts.
Dix mois après les attentats contre "Charlie Hebdo" et l'Hyper Casher, l'horreur a frappé à nouveau Paris et toute la France ce Vendredi 13 Novembre 2015. Plusieurs attentats, revendiqués par Daesch (l'Etat Islamique), commis devant le Stade de France, dans la salle de spectacle du Bataclan et dans les rues de la capitale, ont fait plusieurs centaines de victimes et blessés graves.
Je n'ai pas voulu m'exprimer tout de suite, préférant continuer à vous proposer des critiques ou me taire, car j'étais tout simplement sidéré par ces atrocités et leur terrifiant bilan (provisoire, car toutes les victimes ne sont pas encore identifiées et de nombreux blessés sont encore entre la vie et la mort).
Nob, Dad.
Sidéré mais aussi, je dois l'avouer, pas surpris car j'ai pensé depuis les événements de Janvier dernier que nous entrions dans une nouvelle époque, des années noires, des années de plomb, de sang et de larmes.
Il était hélas ! prévisible que d'autres carnages seraient commis sur notre territoire par des fanatiques religieux, qui en prétendant agir au nom de Dieu se prennent en vérité pour Dieu et massacrent, hier des caricaturistes, de journalistes, des policiers, des concitoyens juifs ; aujourd'hui des civils au mauvais endroit au mauvais moment. Des hommes et des femmes qui étaient simplement sortis dîner, assister à un concert, à un match de foot - vivre.
Les barbares ont frappé, les loups sont rentrés dans Paris (comme le chantait Serge Reggiani), et ils ont condamnaient à mort des gens comme vous et moi.
Depuis, les français témoignent abondamment dans les médias, sous le choc on les voit se rassembler. Dans plusieurs endroits du monde, des anonymes et des célébrités et des politiques témoignent de leur solidarité envers les victimes et notre pays. Le Président de la République François Hollande a décrété l'état d'urgence, donnant des pouvoirs accrus aux forces de l'ordre ; d'autres terroristes et leurs complices sont activement recherchés.
Mes pensées vont aux victimes, aux familles. Aux secouristes - médecins, pompiers. Aux policiers.
Mais aussi aux bourreaux : nous avons été Charlie, nous sommes Paris. Vous avez la nuit, nous sommes la lumière - cette lumière qui déchirera toujours les ténèbres dans lesquelles vous souhaitez plonger le monde mais auxquelles vous êtes voués.