jeudi 7 mai 2015

Critique 612 : AVENGERS 2 - L'ERE D'ULTRON, de Joss Whedon


AVENGERS : L'ERE D'ULTRON (Age of Ultron, en v.o.) est le deuxième film consacré à l'équipe de super-héros (après le premier sorti en 2012). C'est aussi le 11ème film adapté d'un comic-book Marvel produit par Marvel Studios et distribué par Disney (après Iron Man 1, 2 et 3 ; Captain America 1 et 2 ; Hulk 1 et 2 ; et Les Gardiens de la Galaxie).


Le film est écrit et réalisé par Joss Whedon, d'après les personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby. D'une durée de 122', sa direction artistique est signée par Mike Stallion, sa photographie par Ben Davis.
Avengers 2 est sorti en salles en France le 22 Avril 2015.

Dans les rôles principaux, on trouve : (ci-dessus, de gauche à droite) Elisabeth Olsen (Wanda Maximoff/Scarlet Witch), Samuel L. Jackson (Nick Fury), Jeremy Renner (Clint Barton/Hawkeye), Mark Ruffalo (Bruce Banner/Hulk), Robert Downey Jr (Tony Stark/Iron Man), Chris Evans (Steve Rogers/Captain America), Chris Hemsworth (Thor), Scarlett Johansson (Natasha Romanoff/Black Widow) et Aaron Taylor-Johnson (Pietro Maximoff/Quicksilver).
S'ajoute à la distribution : Paul Bettany (JARVIS/La Vision), James Spader (Ultron), Cobie Smulders (Maria Hill), Andy Serkis (Ulysses Klaw), Don Cheadle (James Rhodes/War Machine), Anthony Mackie (Samuel Wilson/Falcon), Stellan Skarsgard (Dr Erik Selvig), Claudia Kim (Dr Helen Cho), Idris Elba (Heimdall), Hayley Atwell (Peggy Carter), Julie Delpy (Madame X) et Josh Brolin (Thanos).   
*
ATTENTION ! SPOILERS !

Un an après le démantèlement du SHIELD (voir Captain America : Le Soldat de l'hiver ), l'équipe de super-héros des Avengers - Iron Man, Captain America, Thor, Hulk, Black Widow et Hawkeye - sont à nouveau en action pour prendre d'assaut une des bases de l'organisation terroriste d'HYDRA en possession du sceptre de Loki (demi-frère de Thor). 
L'objet se trouve en Sokovie, un petit pays d'Europe de l'Est, dans un Q.G. tenu par le Baron Strucker, qui rechigne à utiliser contre les héros ses "jokers", deux jumeaux "optimisés" grâce à l'arme venue d'Asgard, Pietro et Wanda Maximoff (respectivement doués de super-vitesse et d'un mélange de télépathie-télékinésie), mais ses soldats ne font pas le poids face à l'adversaire. 
Captain America et Thor à l'assaut de la base de l'Hydra en Sokovie
(Chris Evans et Chris Hemsworth)

Strucker préfère, avant de se rendre, que son bras-droit (le Dr List) efface toutes les données informatiques sur ses projets scientifiques. Mais les jumeaux désobéissent à leur maître et interviennent après sa reddition : tandis que Pietro distrait les Avengers dehors, blessant notamment Hawkeye, Wanda manipule psychiquement Tony Stark en lui montrant une vision futuriste où il cause la mort de ses amis. 
Malgré tout, les Avengers repartent en ayant récupéré le sceptre de Loki.
Tony Stark/Iron Man et Bruce Banner/Hulk débattent du projet Ultron.
(Robert Downey Jr et Mark Ruffalo)

Revenu à New York, dans la tour Stark (reconvertie partiellement en QG pour l'équipe), Tony Stark compte mettre à profit les deux jours que lui accorde Thor pour analyser le sceptre afin de s'en servir pour finaliser un programme d'intelligence artificielle grâce auquel il pense pouvoir sécuriser la Terre. 
Ce projet baptisé Ultron n'enchante pas son collègue Bruce Banner (l'alter ego de Hulk) même s'il accepte finalement de l'aider à "doper" l'unité informatique JARVIS pour créer une nouvelle génération de l'Iron Legion, l'armée de soldats mécaniques de Stark destinée à suppléer les Avengers en cas de nouvelle menace globale. 
Les Avengers et leurs amis fêtent leur victoire contre l'Hydra
(de gauche à droite : Cobie Smulders/Maria Hill, Chris Evans/Steve Rogers,
Don Cheadle/James Rhodes, Claudia Kim/Dr Helen Cho, Chris Hemsworth/Thor,
Robert Downey Jr/Tony Stark, Jeremy Renner/Clint Barton, Mark Ruffalo/Bruce Banner,
Scarlett Johansson/Natasha Romanoff). 

Les procédures de Stark et Banner échouent, mais cela n'empêche pas le milliardaire d'organiser une soirée avec ses alliés pour fêter leur victoire en Sokovie. S'y joignent James Rhodes (alias War Machine, l'officier de l'armée ami de Stark), Sam Wilson (alias Falcon, partenaire de Steve Rogers), Maria Hill (l'ex-adjointe de Nick Fury au SHIELD) et le Dr Helen Cho, une savante coréenne qui a soigné Barton grâce à un protocole révolutionnaire de reconstitution cellulaire.
Natasha Romanoff/Black Widow flirte avec Bruce Banner/Hulk.
(Scarlett Johansson et Mark Ruffalo)

Ce cocktail donne l'occasion aux héros de mieux faire connaissance : ainsi Romanoff et Banner flirtent, et les hommes de l'équipe sont défiés par Thor à soulever son marteau Moljnir (sans succès). Personne ne sait que pendant ce temps Ultron s'est auto-activé, a absorbé JARVIS et pris les commandes de l'Iron Legion afin de concrétiser le but de son concepteur de manière radicale : assurer la paix mondiale en éradiquant l'espèce humaine. 
Attaqués par le robot, encore en cours de finition, les Avengers contiennent l'assaut de ses troupes mais sans l'empêcher de s'enfuir avec les sceptre ni d'infiltrer le réseau Internet (où il va chercher un moyen d'améliorer son incarnation physique).
Mais la bataille a révélé à tous le projet secret de Stark et provoqué de vives tensions au sein du groupe.
Ultron veut se renforcer avec l'aide d'Ulysses Klaw.
(James Spader et Andy Serkis)

Ultron gagne la Sokovie où il fabrique une armée de drones. Les jumeaux le rejoignent et concluent une alliance avec lui car ils veulent se venger de Stark, dont les armes ont détruit leur village et tué leurs parents (entraînant leur engagement dans l'HYDRA comme volontaires pour leurs expériences, à l'origine de leurs pouvoirs). 
Ultron est en quête de vibranium, ce métal rare avec lequel a été façonné le bouclier de Captain America : bien que ses filons sont officiellement épuisés, le robot contacte un trafiquant, Ulysses Klaw, capable de lui en procurer. La négociation est âpre mais à l'avantage d'Ultron, jusqu'à ce que les Avengers débarquent, après avoir remonté sa piste grâce à la technologie de Stark (qui a fait aussi affaire autrefois avec Klaw). 
Iron Man affronte Ultron pendant que le reste de l'équipe tente de neutraliser les jumeaux. Wanda torture mentalement Black Widow, Thor et Captain America en les confrontant aux démons de leur passé (pour elle sa formation en Russie, pour le dieu du tonnerre la décadence d'Asgard et le super-soldat le souvenir de sa vie dans les années 40). Seul Hawkeye évite l'envoûtement et éloigne les jumeaux en devançant leurs attaques. 
Mais Wanda n'a pas fini de causer des dégâts puisqu'elle déchaîne la colère de Hulk qui dévaste alors la ville voisine. Iron Man est obligé de laisser fuir les jumeaux et Ultron pour tenter de raisonner le colosse. Leur duel aboutit à la victoire de Stark mais force l'équipe à battre en retraite car la population civile et les forces de l'ordre les considèrent à présent comme un danger public.
Clint Barton/Hawkeye songe à se retirer après cette mission.
(Jeremy Renner)

Hawkeye offre alors à ses partenaires une solution de repli en les conduisant chez lui, à la campagne - l'occasion de leur présenter sa famille (il est marié et père de deux enfants, sa femme est enceinte), dont tous (sauf Romanoff) ignorait l'existence.
Les héros font le point sur la situation et leurs relations (la romance compliquée entre Romanoff et Banner, les divergences philosophiques entre Rogers et Stark), mais Thor s'éclipse pour analyser les visions qu'il a eues auprès de son ami, le Dr Erik Selvig. 

Ultron est à présent à Séoul où il a investi le laboratoire du Dr Helen Cho afin qu'elle l'aide avec sa machine de régénération cellulaire : il veut produire un nouveau corps de synthèse à base de vibranium et avec l'énergie contenue dans la gemme du sceptre de Loki. 
Une fois cette enveloppe presque prête, Ultron commence à y transférer sa personnalité mais Wanda en profite alors pour la sonder et y découvre le plan du robot. Les jumeaux, bouleversés par ce projet cataclysmique, préfèrent fausser compagnie à leur allié.

Chez Barton, les Avengers reçoivent la visite inattendue de Nick Fury, disparu depuis la fin du SHIELD, et qui les remotive pour vaincre Ultron dont il a deviné les intentions (évoluer pour être plus puissant).
Rogers, Barton et Romanoff s'en vont en Corée du Sud pour sauver le Dr Cho et Stark part pour Oslo où il pourra mieux protéger le réseau Internet et empêcher Ultron d'accéder aux codes de l'armement nucléaire. 
Natasha Romanoff/Black Widow est captive d'Ultron.
(Scarlett Johansson)

À Séoul, Captain America combat Ultron qui voient les jumeaux se retourner contre lui. Black Widow réussit à subtiliser la réplique du robot que récupère Hawkeye. Mais l'espionne est capturée par le robot qui se replie. Wanda et Pietro se joignent aux héros avec lesquels ils repartent.
Extension de JARVIS et d'Ultron à la fois, la Vision choisit d'aider les Avengers.
(Paul Bettany)

A la tour des Avengers, Stark voit dans le corps synthétique façonné par Ultron et ramené par Hawkeye une opportunité de battre leur ennemi car il pense que cette créature a intégré la bienveillance de JARVIS et la puissance de la gemme du sceptre de Loki. Mais l'activation de cette réplique ne plait pas aux autres héros. C'est Thor lui-même, qui resurgit soudainement, qui le libère avec Mjolnir. 
Le dieu du tonnerre justifie ensuite son action en expliquant qu'il a compris que les différentes pierres d'infinité sont toutes à l'origine des événements survenus dans l'univers récemment (le Tesseract, l'Éther, l'Orbe et la Pierre de l'Esprit). Le "fils" d'Ultron qui en porte une désormais pourrait donc effectivement être la solution contre le robot fou. 
Appelé La Vision, l'androïde accepte d'aider les Avengers contre son créateur et achève de les convaincre de sa valeur en réussissant à soulever Mjolnir.
D'abord alliés d'Ultron, Pietro Maximoff/Quicksilver et
Wanda Maximoff/Scarlet Witch décident aussi de l'affronter.
(Aaron Taylor-Johnson et Elisabeth Olsen)

En Sokovie, dans l'ancienne forteresse de Strucker, Ultron a planté un gigantesque pilier jusque dans les profondeurs de la terre. Ainsi, il compte soulever la ville voisine puis la laisser retomber, le choc provoquera une secousse telle qu'elle pourrait détruire toute vie sur la planète.
Tandis qu'il part "recevoir" les Avengers, Ultron laisse Black Widow dans une cellule où la retrouve Banner. Dehors, la bataille a débuté et Romanoff pousse son ami à se transformer en Hulk pour partir aider les héros.

Les Avengers s'occupent d'évacuer les habitants de la ville attaqués par l'armée d'Ultron pendant qu'Iron Man défie Ultron. La cité commence son irrésistible ascension. 
Les Avengers réunis pour le dernier round contre Ultron.
(De gauche à droite : Hulk, Captain America, Thor, Iron Man, Black Widow et Hawkeye)

Nick Fury, aux commandes d'un héliporteur et de plusieurs agents dissidents du SHIELD, arrive pour assister l'équipe auprès des civils. War Machine est aussi là en renfort. Pietro Maximoff tombe sous le feu nourri des drones ennemis ce qui fait quitter son poste, auprès du pilier central, à sa soeur jumelle, Wanda.  
La ville complètement évacué, Iron Man laisse Thor détruire avec sa foudre le pilier, ce qui pulvérise l'endroit sans créer de dommages au sol. 
Aux alentours du cratère formé par le décollage de la ville, la Vision retrouve le dernier avatar d'Ultron et le détruit, préférant donner une chance à l'humanité.
Dans la confusion, Hulk a préféré s'éclipser pour ne plus mettre en danger ses co-équipiers et les civils.

Alors qu'ils s'installent dans un nouveau bâtiment financé par Stark, les Avengers assistent au départ de Thor pour Asgard (où il va enquêter sur les Pierres d'Infinité) puis de Tony Stark (qui songe à se retirer comme Barton). Captain America devient de facto le nouveau leader, aux côtés de Black Widow, avec un groupe composé de la Vision, Wanda Maximoff, Falcon et War Machine.

Ailleurs, Thanos enfile le Gant d'Infinité et annonce qu'il va désormais récupérer les gemmes tout seul.
*
Artwork pour Avengers : Age of Ultron.

Trois ans après le premier film qui a réuni les Vengeurs, Joss Whedon a donc livré une nouvelle super-production (au budget estimé de 250 millions de $ !) avec l'ambition de faire plus fort mais aussi plus sombre, tout en prenant en compte des éléments développés dans les aventures solos d'Iron Man, Thor et Captain America mais aussi des Gardiens de la Galaxie (même si ces derniers ne sont ni présents ni même évoqués ici).

Les références citées par le cinéaste sont à la (dé)mesure du projet : il a évoqué Le Parrain 2 (de Francis Ford Coppola) et L'Empire contre-attaque (d'Irvin Kershner, deuxième volet de la première trilogie de Star Wars). Concilier ces exigences cinéphiles et le pur plaisir d'un blockbuster d'action n'était pas une mince affaire. Le résultat est une production qui ne manque pas de souffle, ni d'humour, mais souffre de coutures un peu trop grosses et d'une intrigue inégale.

La grande qualité du premier film Avengers résidait dans sa simplicité : c'était un récit en crescendo qui parvenait à réunir une demi-douzaine de héros (dont quatre avaient eu droit à leur propre production - Iron Man, Captain America, Thor et Hulk) plus un méchant (déjà présent dans le premier Thor). Certes, tout n'était pas parfait, avec des personnages parfois psychologiquement sommaires (Hawkeye surtout), un sentiment d'artificialité dans la réunion de ces super-héros. Mais pour le fan de comics comme pour le simple spectateur avide de sensations fortes ou à la recherche d'un divertissement musclé et fun, subsistaient le plaisir de voir en live les héros de son adolescence dans une aventure tonique et une collection de séquences spectaculaires jouissives (culminant avec la bataille finale, un morceau de bravoure d'une vingtaine de minutes avec une invasion extraterrestre dévastatrice en plein coeur de New York).

Il faut maintenant rappeler que Joss Whedon, qui a écrit et mis en scène ce nouvel opus, vient de la télé où sa réputation d'auteur n'est plus à faire depuis le succès de la série-culte Buffy contre les vampires (et son spin-off Angel, et dans une moindre mesure Firefly, autre production d'inspiration SF). Pourquoi préciser cela ? Parce que Avengers : L'ère d'Ultron ressemble, avec ses défauts et ses qualités, davantage à une mini-série sur grand écran qu'à un film à grand spectacle classique.

Ce que je veux dire, c'est qu'avec Age of Ultron on n'a pas un gros film mais plutôt trois épisodes mis bout à bout : la construction de l'histoire fait plus penser à un agglomérat qu'à un récit fluide de 140'. Il n'y a même pas besoin d'attendre la fin pour remarquer les trois actes qui forment l'intrigue comme autant de chapitres réunis et dont le montage souligne les transitions.

La première partie commence avec la séquence du pré-générique où les Avengers abattent une base de l'HYDRA et récupèrent le sceptre de Loki jusqu'à l'affrontement entre Iron Man (en armure Hulkbuster) et Hulk, manipulé mentalement par Scarlet Witch.

Puis une deuxième partie, que les plus sévères qualifieront de "ventre mou" du film, se déroule lorsque les Avengers se réfugient chez Hawkeye par la force des choses, à la fois parce qu'ils sont désormais considérés comme un danger public et parce qu'ils doivent se remobiliser pour trouver un moyen de vaincre Ultron et ses alliés.

Enfin, une troisième partie met en scène le groupe de héros, auquel vont venir s'ajouter Scarlet Witch, son frère jumeau Quicksilver et l'androïde la Vision, "rejeton" d'Ultron, contre Ultron lui-même, sur le point de déclencher une catastrophe pouvant détruire l'humanité.

L'écriture et la réalisation de Whedon révèlent à quel point les mécanismes narratifs des séries télé imprègnent son film. Si l'on est bien disposé, on se dit, en quittant la salle de projection, qu'on a eu droit à trois films en un. Mais en vérité, il est difficile de ne pas être gêné par un film dont les blocs narratifs sont si nettement visibles. 

Toutefois, soyons juste (ce qui ne veut pas dire qu'il faut être exagérément indulgent), il est aussi délicat d'être franchement dérangé par le contrepoint d'une telle construction et sa mise en scène. Avengers 2 n'est certes pas un film de gourmet, c'est un film de gourmand (pour reprendre une métaphore exprimée autrefois par Christophe Gans) et c'est un film généreux même s'il est un "hénaurme", excessif, surpeuplé.

Whedon a su, notamment, corriger des erreurs et des faiblesses présentes dans Avengers 1. Les améliorations les plus notables concernent la caractérisation de ses héros : c'est particulièrement remarquable dans le cas de Hawkeye, qui devient un personnage avec un vrai background, doté de dialogues sobres mais profonds, avec un impact indéniable sur l'histoire.

La dynamique du groupe peine encore parfois à convaincre, même si, sur le papier, le principe d'une équipe comme les Avengers demeure d'une désarmante simplicité (se réunir pour affronter des menaces qu'un seul d'entre eux ne pourrait vaincre). Il faut avouer que, par la force des choses et de l'interprétation de certains des acteurs, cette évidence n'est pas toujours effective : Thor et Iron Man écrasent un peu le groupe par leur puissance de feu et/ou leur importance tactique.

Mais Whedon est malin et réactif : la distribution est mieux équilibré que dans Avengers 1 et les rapports entre certains personnages sont à la fois mieux définis (avec un potentiel certain pour de futurs développements) et plus originaux. Par exemple, la complicité entre Black Widow et Hawkeye est encore plus nette, les divergences philosophiques entre Captain America et Iron Man plus marquées, et surtout la romance inattendue entre Black Widow et Hulk capte l'intérêt (même chez un fan averti car, à ma connaissance, rien de commun n'existe dans les comics).

Les dialogues permettent à tous ces faisceaux de relations d'exister très naturellement, de manière vivante, subtile. Whedon glisse même quelques punchlines efficacement drôles qui offrent des respirations bienvenues dans un récit qui ne ménage pas le public en action ou enrichissent les articulations dramatiques du récit.

Le deuxième acte du film est celui qui suscitera sans doute le plus de réserves, quel que soit le spectateur. Le rythme s'apaise d'une manière si prononcée qu'il ne peut en être autrement. Pourtant, si la manoeuvre est risquée, elle m'a semblé intelligente car elle s'inspire d'un code bien propre aux comics (grosso modo : les héros affrontent le méchant qui leur inflige une dérouillée, les héros se retirent pour panser leurs blessures physiques et psychologiques et réfléchir à une riposte, les héros repartent au combat et gagnent). 
C'est moins, en vérité, le break rythmique qui m'a dérangé que ce que Whedon fait alors de Thor - ou plutôt ce qu'il n'en fait pas : le dieu du tonnerre préfère partir trouver des réponses ailleurs, en l'occurrence auprès du Dr Selvig, personnage pénible depuis le premier film consacré à Thor, et toujours aussi mal campé par son interprète : tout cela aboutit à quelques scènes très/trop fugaces, peu compréhensibles, et qui rendent ensuite le retour de Thor à la fois trop abrupt et providentiel. Peut-être est-ce là que Joss Whedon a dû le plus couper de scènes puisqu'il a reconnu que son premier montage approchait les 180' et que la production a exigé un rabotage (le dvd permettra sans doute de revoir le film dans une version plus longue, et donc plus conforme aux souhaits du cinéaste).

Avant et après cela, Avengers 2 est un film à grand spectacle extraordinairement jubilatoire, qui donne à voir des scènes d'action, d'affrontements les plus bluffantes des productions Marvel. 
Le prologue possède même un plan-séquence formidable, si réussi qu'on ne s'en rend d'abord même pas compte avant que le mouvement continu de la caméra s'achève. L'autre grand moment de ce premier acte a lieu dans le duel titanesque opposant Hulk fou furieux, désorienté par Wanda Maximoff, à Iron Man (qui revêt alors une armure adaptée) : il est impossible de ne pas être soufflé par l'échange de coups et l'ampleur des dégâts causés par les deux héros.
Un délicieux frisson, comparable à celui qui a parcouru les fans du premier Avengers lors de la bataille finale, revient alors et Joss Whedon prouve qu'il est aussi à l'aise dans ces grandes manoeuvres, exercice de style et passage obligé du genre, que lorsqu'il filme simplement un dialogue plein de sous-entendus (dans le registre de la séduction surtout).

Le troisième et dernier acte a (presque) du mal à rivaliser avec le premier, malgré une nouvelle démonstration de force. Sans doute parce qu'on éprouve à nouveau un sentiment familier mais trop voyant, trop claqué : tout comme Loki conduisait l'armée de Chitauris contre New York dans les premier Avengers, Ultron, trahi par Scarlet Witch et Quicksilver puis Vision, mène une armée de robots contre les Avengers, dépassés donc en nombre mais point dépourvus de ressources (et de renforts opportuns, comme Nick Fury, son héliporteur, War Machine... Ne manque bizarrement à l'appel que Falcon).

La bagarre est homérique, l'ascension d'une ville entière ahurissante, Ultron est un adversaire coriace, diabolique (au moins autant que Loki, même si on ne ressentira jamais avec un robot ce plaisir coupable qu'on a avec un méchant comme le renégat asgardien, dont les motivations sont plus touchantes), mais le procédé est un peu trop grossier pour que sa répétition ne soit pas rapidement remarquée.

Par ailleurs, dans cette bataille finale, le film souffre d'un mal prévisible car intégré dans le déroulement même de l'intrigue, c'est-à-dire une distribution trop abondante. Qu'un des héros ne survive pas à cette baston (même si, dans ce domaine, il ne faut jurer de rien car il est rare qu'on meurt pour toujours chez les super-héros...) ne change rien à l'affaire : il y a beaucoup trop de monde sur scène à ce stade de la représentation et Whedon, qui ne peut pas être partout à la fois, semble s'en rendre compte en même temps que nous. Comptez bien : nous avons là les six Avengers plus les jumeaux plus la Vision plus Ultron (et son armée de robots) plus Nick Fury (et son héliporteur plein d'agents du SHIELD)... Soit plus d'une dizaine de rôles à animer ! 

Les pouvoirs de chacun sont alors diversement bien mis en scène et en évidence : Thor utilise (pour la seconde fois seulement) la foudre, on distingue à peine que la Vision peut altérer sa densité (en devenant intangible ou invulnérable) et que la gemme sur son front peut projeter un rayon, la super-vitesse de Pietro est peu (et mal) exploité (comme, du reste, dans tout le film : un grand regret quand on pense au potentiel cinématographique d'un tel pouvoir).
En revanche, lorsque Hulk se déchaîne à nouveau, que Black Widow et Captain America refont la paire, que Hawkeye réussit à nouveau des tirs à l'arc impossibles, ou qu'Iron Man vole autour de la ville dans le ciel, on se régale sans faire la fine bouche grâce à une réalisation virevoltante, un montage très dynamique, des effets spéciaux déployés avec intelligence (sur ce point, Avengers 2 échappe aux excès de beaucoup de grosses productions en ne sacrifiant jamais les personnages aux figurants et décors numériques - il y en a pourtant mais toujours mis en scène sans qu'ils éclipsent l'essentiel, sans que le spectateur soit submergé par les artifices).

Un mot sur les comédiens : à la tête d'un casting très fourni, le savoir-faire d'un directeur d'acteurs comme Joss Whedon est crucial, qu'il s'agisse de réserver aux vedettes des scènes qui les mettront en valeur ou de donner aux nouveaux visages une exposition digne de ce nom.

C'est un sans-faute sur ces plans-là : Robert Downey Jr assure toujours le show même si son Tony Stark s'est (heureusement) calmé (depuis Iron Man 3) ; et Chris Hemsworth incarne toujours Thor avec un charisme épatant (au point même qu'il semble le vrai leader de l'équipe parfois), dans un registre très sobre mais avec une présence très physique.
Les autres bonnes surprises du film sont le "couple" formé par Scarlett Johansson (de mieux en mieux à chaque film Marvel) et Mark Ruffalo (qui joue aussi tout en retenue et s'impose sans forcer), puis Jeremy Renner (c'est vraiment lui à qui ce nouvel épisode profite le plus, son Hawkeye héritant de plus de place pour s'exprimer : ce mix de lassitude et d'abnégation qu'il dégage est excellent).
Chris Evans est par contre un peu décevant (après ses formidables prestations dans les deux premiers Captain America), tandis qu'Elisabeth Olsen et Aaron Taylor-Johnson sont convaincants en jumeaux ambivalents (sans plus, mais pas moins - comme il est acquis qu'on reverra la première dans le futur, il sera intéressant de surveiller si elle peut livrer une interprétation plus intense).
James Spader a prêté sa voix (même si je n'ai pu voir le film qu'en vf, mais c'est le même comédien qui le double habituellement qui officie dans Avengers 2 et il n'y a pas lieu de finasser) et sa gestuelle à Ultron (grâce au procédé de motion capture) : une performance un peu en demi-teintes, mais pouvait-il en être autrement avec ce personnage ?
Paul Bettany, qui était déjà la voix (en v.o.) de JARVIS dans les films Iron Man et le premier Avengers, campe cette fois la Vision et on ne pouvait rêver meilleur casting tant l'acteur ressemble à l'androïde et le joue avec justesse.
La participation de Samuel L. Jackson et l'apparition finale de Josh Brolin sont frustrantes : là encore, Avengers 3 (qui devrait en fait compter deux longs métrages) permettra sans doute de corriger ça.    

En bref, Avengers : L'ére d'Ultron n'est pas un grand film, mais c'est un divertissement tout de même haut de gamme, riche en morceaux de bravoure, spectaculaire, généreux. On peut juste déplorer que son écriture soit si visible et que quelques répétitions soient trop systématiques, avec un nombre de personnages excessif.
Ces réserves ne sauraient cependant occulter la qualité première de cette super-production : on en prend plein les yeux mais sans jamais être pris pour des abrutis. A cet égard, c'est tout de même exemplaire : peu de blockbusters sont aussi puissants, possèdent autant de souffle, ont le souci de proposer des personnages et une histoire dignes de ce nom, sans se contenter de n'être qu'une suite si ébouriffante soit-elle.
Son aspect hybride, parfois bancal, mais intense et fun à la fois, est en définitive au diapason de son sujet : ce récit d'une machine conçue par un apprenti sorcier qui en perd le contrôle est une réflexion punchy et maline sur le genre dans lequel il s'inscrit, et les failles qu'il dessine sont pleines de promesses.

mercredi 6 mai 2015

Critique 611 : SPIROU N° 4020 (29 Avril 2015)


C'est un autre numéro un peu particulier que ce 4020 puisque la rédaction et les auteurs saluent le départ à la retraite de Blandine Masuy, assistante à la rédaction. Le sommaire retrouve toutefois ses habitudes et la "une" met à l'honneur les Cavaliers de l'Apocadispe, et en bandeau le retour de Nicoby

J'ai aimé :

- Dad. Nob adresse un clin d'oeil irrésistible à Walking dead... Et un gag sur les droits d'auteur tout aussi bien senti. J''ai beau chercher, je n'ai jamais été déçu par ce titre qui a vraiment la grâce : l'écriture, les dessins, tout est parfait.

- Dents d'Ours : Werner (7/9). Werner est démasqué par les SS tandis qu'Hannah est repérée par ses ennemis...
Comme précédemment, seulement quatre petites pages : c'est très frustrant, mais Yann tient si bien son affaire qu'on reste accroché. Henriet produit toujours des planches de très belle facture, que la colorisation de sa femme Usagi sublime.

- Visite de courtoisie. Nicoby est un auteur (trop) rare dans les pages de la revue, comme en témoigne à nouveau ce petit récit de quatre pages : une histoire sur un papy très filou, qui tape l'incruste chez son fils et sa bru. L'hommage à Blandine Masuy est délicieux et le résultat impayable.

- Ma grand-mère est une sorcière : Le contrôle. Une contrôleuse de la caisse de retraite vient rendre visite à Mamita : elle devrait se méfier, ce n'est jamais bon d'agacer une sorcière... Bouzard y va, lui aussi, de son salut à Blandine et livre deux pages très drôles, avec une chute épatante.

- Boni : Le cheval mécanique. Ian Fortin livre quatre nouveaux strips remarquables : son humour est économe, mais il sait tirer le maximum de chaque situation en trois cases par bande. La revue a été bien inspirée de le recruter.

- Les Cavaliers de l'Apocadispe font un beau cadeau. Libon dit, lui aussi, au revoir à Blandine mais ne s'en contente pas en imaginant une nouvelle aventure hilarante avec ces trois héros crétins. Les dessins (qu'il assure comme pour Animal lecteur, qu'on trouve chaque semaine à côté du sommaire) participent au régal : minimaliste mais d'une efficacité redoutable.

- Rob. James et Boris Mirroir entraînent leurs deux héros sur un court de tennis : l'occasion de réparties bien amusantes sur le sport et la différence entre en regarder et le pratiquer.

- Le Club des Huns. Dab's, absent du n° précédent, a pris le temps de produire deux nouveaux doubles strips croquignolets avec sa bande de barbares baltringues : toujours aussi tordants (avec mention au deuxième gag).

- Zizi chauve-souris. Suzie sait se montrer impitoyable, mais Trondheim et Bianco dévoilent aussi (au deuxième strip) une facette plus tendre de leur héroïne. La série prouve ainsi qu'elle reste drôle tout en étant subtilement inattendue.

- L'Atelier Mastodonte. Benoît Féroumont et Pascal Jousselin sont aux manettes cette semaine : on est donc gâtés, et les deux doubles strips sont également bons (retour de l'oncle Freddy et malentendu sur des efforts de la rédaction).

En direct de la rédak donne la parole à la fameuse Blandine Masuy (et le lecteur a droit à un chouette portrait par Féroumont), puis à Fred Neidhardt (sur les coulisses du faux inédit de Spirou). La semaine prochaine, c'est Passe moi l'ciel qui sera à la "une" !
Les aventures d'un journal revient sur les débuts du mythique Yvan Delporte en 1950 (appelé en renfort sur Jean Valhardi) et ceux de Blandine (née cette même année). C'est vraiment sympa d'avoir salué ainsi cette collaboratrice.

Et j'espère que vous êtes abonné comme moi parce que le supplément de ce numéro est vraiment exceptionnel : une splendide carte de "joyeuse retraite" dessiné par le génial Al Séverin (qui est apparemment, et heureusement, revenu sur sa décision d'arrêter sa carrière).

Critique 610 : SPIROU N° 4019 (22 Avril 2015)

Malgré le retard pris dans mes lectures et mes critiques, j'ai tenu à parler du numéro de Spirou d'il y a quinze jours (avant que j'ai été contraint d'arrêter d'alimenter mon blog). Bien entendu, je posterai aussi une entrée sur le n° de la semaine dernière.


C'est donc un numéro spécial, au sommaire largement bouleversé, que la rédaction a sorti à l'occasion de la Journée Mondiale de la Terre. L'occasion aussi d'une superbe couverture par Tome & Janry.

Le sommaire comporte deux parties, avec la suite des séries en cours de pré-publication, et quasiment tout le reste où les auteurs se sont adaptés au thème.
J'ai aimé :

- Dents d'Ours : Werner (6/9). Jadis, Werner prend dans des circonstances tragiques l'identité de son meilleur ami Max, agressé avec son père par des membres des Jeunesses hitlériennes. Hanna apprend la mort d'Hitler mais refuse d'en rester là et s'envole à bord de l'aile volante pour sa dernière mission...
L'épisode est encore très bref (4 pages) mais néanmoins décisif : Yann y place des informations importantes qui impacte considérablement l'intrigue. Très efficace. Comme d'habitude, les dessins d'Henriet sont magnifiques, avec des personnages expressifs, des décors soignés. On aimerait vraiment que la revue propose des chapitres plus longs au lieu de morceler ainsi l'histoire.

Après ça, on passe au dossier consacré à la Journée Mondiale de la Terre, abordé diversement par plusieurs auteurs. J'ai surtout aimé :

- Dad. Nob réussit à glisser subtilement et sans sacrifier l'humour de sa série une allusion aux préoccupations écologiques via le personnage de Roxane. Y a pas à tortiller : c'est génial, sans se donner de grands airs, et divinement dessiné.

- Givrés ! Amalric et Madaule décalent légèrement mais habilement le centre de leur série pour évoquer le réchauffement climatique et son impact sur la banquise. Résultat : 3 pages ironiques mais bien senties, avec une chute... Glaçante.

- Le Royaume. Avec Nob, Benoît Féroumont est un des auteurs complets que j'ai découvert depuis que je suis abonné à la revue et que j'apprécie le plus, en déplorant qu'il ne produise pas plus régulièrement. Il livre là un gag en une planche savoureux.

- Nourrir la planète sans pesticides. Fred Neidhardt (qui a réalisé le faux épisode inédit de Spirou façon Rob-Vel) nous présente Pascal Poot, un agriculteur aux méthodes atypiques et révolutionnaires. Deux planches qu'il faudrait faire lire au ministre de l'agriculture et à la commission européenne pour qu'ils comprennent que d'autres modes de production, aussi économiques, existent.

- Interview express. Marie Gloris Bardiaux Vaïente (pour le script) et Jean-Paul Krassinsky (pour les dessins) ont réalisé deux planches au procédé très simple (la retranscription illustrée de questions posées aux passagers d'un TGV) mais rudement malin : pas de moralisme là-dedans, mais quelques réflexions instructives qui prouvent que l'écologie n'est pas mal perçue par les citoyens, simplement considérée avec pragmatisme.

- Le Labo : Urgence climatique. Jean-Yves Duhoo nous emmène au GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental pour l'Evolution du Climat) : la leçon est très clairement exposée, les Schtroumpfs jouent les guest-stars, et on en sort vraiment éclairé sur les enjeux de la prochaine conférence sur le climat qui aura lieu à Paris à la fin de l'année.

- Boni : Anti-pollution. Le lapin et son père de Ian Fortin sont au coeur de quatre strips très drôles et piquants sur la pollution : plus que jamais, un auteur à surveiller car même dans un exercice imposé il conserve toutes ses qualités.

- Rob. La série de James et Boris Mirroir est un espace tout indiqué pour causer écologie puisque le robot et son maître sont des emblèmes de la société de consommation : les deux doubles strips de la semaine ne déçoivent pas, pertinents sans perdre leur ironie.

- L'Atelier Mastodonte. Pour la peine, on a droit cette semaine à deux pages (quatre doubles strips) et pas par n'importe qui : Benoît Féroumont présente son oncle à la bande et leur fait la leçon avec malice, Jérôme Jouvray râle sur les contraintes écolos que veut imposer la rédaction, Obion signe en deux cases une épatante métaphore, et Mathilde Domecq se moque de l'emportement de Frédéric Niffle. Là encore, la faculté d'adaptation des auteurs est épatante : la série ne perd pas son ADN mais exploite astucieusement le sujet.

- Tash & Trash. Dino livre un strip absurde et réjouissant avec ses deux créatures : bref, mais percutant.

Les autres contributeurs font preuve de bonne volonté, mais pas toujours d'inspiration (à l'image d'Isa, qui n'avait vraiment pas besoin de parler du pathétique Claude Allègre ou de Matthieu Sapin qui évoque sa rencontre avec Nicolas Hulot sur un ton qui se veut à la fois badin et concerné sans être ni amusant ni avisé).

En direct de la rédak donne la parole à quelques auteurs ayant participé au numéro, qui expliquent leur approche du thème : un bon complément. Et la semaine prochaine, les Cavaliers de l'Apocadispe préparent quelque chose de pas banal (on va rigoler) !
Les aventures d'un journal revient sur un précédent numéro, en 2007, qui sensibilisait les lecteurs à l'écologie et qui permet aux auteurs d'alors de bien se marrer.
A noter aussi que la rubrique BD Boutik propose une sélection d'albums sur le sujet (dont l'excellent Auto-Bio de Cyril Pedrossa, un des premiers livres dont j'ai parlé sur ce blog).

Les abonnés ont eu droit à un bonus décevant (un poster ludique de Pic Lelièvre), pas à la hauteur de l'événement. Dommage.

Critique 609 : THOR 2, LE MONDE DES TENEBRES, de Alan Taylor

Avant une critique sur AVENGERS 2 : L'ÂGE D'ULTRON, j'ai revu le précédent "épisode" consacré à Thor pour réviser un peu.



THOR, LE MONDE DES TENEBRES est le deuxième fil adapté du comic-book Thor, publié par Marvel. 
Le film est réalisé par Alan Taylor, d'après un scénario écrit par Don Payne, Robert Rodat, Christopher Markus et Stephen McFeely
Le casting comprend Chris Hemsworth (Thor), Natalie Portman (Jane Foster), Tom Hiddleston (Loki), Anthony Hopkins (Odin), Christopher Eccleston (Malekith), Idris Elba (Heimdall), Ray Livingstone (Volstagg), Zachary Levi (Fandral), Tanadobu Asano (Hogun), Rene Russo (Frigga), Stellan Skarsgard (Erik Selving) et Kat Dennings (Darcy).
Le film est sorti en salles le 30 Octobre 2013 en France.
*

Après les évènements survenus dans Avengers (la tentative d'invasion de la Terre par Loki et les extra-terrestres Chitauri), Thor pacifie les royaumes voisins d'Asgard (son monde d'origine) et Midgard (notre planète). 
Sur Terre, justement, depuis deux ans, la scientifique Jane Foster, éprise du dieu du tonnerre, l'attend tout en poursuivant ses recherches sur les liens existant entre les dimensions : elle découvre ainsi, accidentellement, la cache d'une très ancienne et puissante force, l'Ether, et déclenche sans le vouloir le réveil de l'elfe noir qui la déchaîna jadis, Malekith. 
Celui-ci entreprend alors de se venger des Asgardiens, responsables de son exil, et menace aussi les terriens...

Le premier film consacré à Thor, réalisé en 2011 par Kenneth Branagh, avait laissé sur leur faim nombre de fans de comics : en le revoyant récemment, j'ai pu confirmer cette impression tout en constatant deux points : 

- le premier est que le film n'était pas mal construit, il introduisait le héros, son univers, correctement, avec quelques révisions admissibles (surtout destinées à le relier aux autres productions cinéma Marvel et des éléments récurrents comme le SHIELD ou en redéfinissant certains personnages pour les moderniser - et contenter leurs interprétes -, comme Jane Foster promue astrophysicienne). 

- Le second est que le traitement manquait étrangement de ce pour quoi le studio avait fait appel à Kenneth Branagh : du souffle, une dimension épique, "Shakespearienne", avec en prime quelques bizarreries dans le casting (non pas dûes au talent des acteurs mais à leur apparence, comme Idris Elba, athlétique africain, ou Tanadobu Asana, fluet asiatique, pour incarner des dieux nordiques).

On attendait donc que cette suite corrige ces erreurs/faiblesses, tout en s'inscrivant dans ce qui est bien maintenant établie comme une continuité cinématographique, au carrefour de laquelle on trouve Avengers (où sont réunis les héros). Il ne s'agit aussi plus seulement de suites aux aventures solo des personnages, mais aussi aux Avengers, avec ce que cela induit d'ambition en termes de spectacle, de qualité narrative.

Pour résumer, on pourrait dire que Thor : Le monde des ténèbres (The dark world en v.o.) est un mélange assez curieux entre les univers du Seigneur des Anneaux (décor moyen-âgeux, références divines) et Star Wars (insertion d'éléments technologiques futuristes, ambiance sombre). C'est aussi une manière évidente pour Marvel Studios de coller au succès d'une série télé comme Games of throne, dont Alan Taylor est un des réalisateurs. Bref, il y a un opportunisme flagrant dans tout ça, mais en même temps les comics de super-héros sont eux-même des produits qui recyclent, transforment, récupèrent allègrement ce qui s'est fait avant eux ou en même temps qu'eux.


Un des axes majeurs du film repose sur les relations compliquées entre des binômes (une façon habile de découper la narration en faisant mine de s'occuper équitablement de beaucoup de personnages) : Thor et Loki (les Abel et Caïn de Marvel), Thor et Jane Foster (le couple improbable d'un dieu et d'une mortel, du fantastique et de la science), Loki et Frigga (le fils maudit et la mère compassionnelle), Thor et Odin (le fils élu et le père autoritaire), parmi d'autres. 

Un vaste réseau de loyautés, de menaces anciennes, de rivalités, de rédemptions, est à l'oeuvre : c'est beaucoup, avec beaucoup d'intervenants - c'est sans doute trop, comme si Marvel Studios voulait désormais répéter la formule gagnante d'Avengers en se concentrant moins sur un héros que sur une famille (réelle ou artificielle), un ensemble de personnages (dont certains sont inévitablement moins bien développés que d'autres). 

Cependant, la menace est bien mieux définie : avec les elfes noirs à la tête desquels se trouve le sinistre Malekith, joué par Chris Eccleston, qui fait ce qu'il peut avec un personnage au lourd maquillage blême mais qui paraît surtout engoncé dans son costume... Dommage car avec son physique, l'acteur aurait pu gagner quelques scènes), on a un méchant clairement et rapidement identifié. 
En revanche, ses motivations et ses actions manquent de relief, d'originalité (il veut se venger en plongeant l'univers dans le ténèbres, classique vu et revu), parle avec une grosse voix, au début dans un sabir sous-titré puis subitement compréhensible par tous dès qu'il a pénétré Asgard (!). A côté du fourbe et malin Loki, ce Malekith manque cruellement de charme, d'aspérités : il fait à peine peur, on sait dès le départ qu'il va échouer (mais ça, c'est le problème propre aux films de super-héros, où la défaite du champion est inconcevable. Toutefois un adversaire peut faire raisonnablement douter le public : là, à part quelques grenades, fusils et gros vaisseaux, rien de tel). Quant à son arme secrète, l'Ether, c'est une sorte de gadget passe-partout, passablement fumeux, que les scénaristes nous expliquent à deux reprises sans réussir à le rendre plus effrayant que le réalisateur et les responsables des effets spéciaux (une espèce de gelée ou de nuage, selon les cas, rouge). 
Mais, in fine, dans les désormais traditionnelles scènes post-génériques, on comprend quand même que cette essence a une place particulière et pourrait resservir prochainement, de manière plus efficace.

Le film est découpé en quatre parties assez distinctes pour qu'on remarque les coutures du scénario :

- dans un premier temps, très classique, on assiste à l'exposition (Thor pacifiant les royaumes, Jane Foster découvrant accidentellement la cache de l'Ether, le réveil de Malekith). Le rythme est soutenu mais les pions sont disposés clairement. On découvre mieux Asgard, la mélancolie sentimentale de Thor est finement traduite. 
En revanche, les scènes sur Terre tombent à plat et cassent le déroulement du récit, comme si elles étaient d'abord motivées par le besoin de donner une vraie place à Jane Foster (jouée par Natalie Portman, jolie comme un coeur mais dont le rôle de "demoiselle en détresse" est tout juste réhaussée par quelques gifles assénées aux dieux qui l'ont malmenée autrefois : le souci est que ses découvertes scientifiques se produisent d'une manière grossièrement providentielles, et pire encore, le scénario tente de susciter les rires avec Selvig (réduit à l'état d'excentrique, une conséquence d'Avengers) mais ces effets soi-disant humoristiques tombent misérablement à plat (et ce sera toujours le cas quand le film s'aventurera à répéter ces tentatives avec ce personnage ou d'autres). 
De même, on pressent que les trop nombreux seconds rôles vont alourdir la marche de l'histoire (Kat Dennings/Darcy et son assistant sont insupportables). Certains ont droit à leur "moment" (comme Rene Russo/Frigga, Zachary Levi/Fandral, Idris Elba/Heimdall) mais d'autres encombrent visiblement les auteurs, qui les dégagent comme ils peuvent du paysage (Jaimie Alexander/Sif, Ray Livingstone/Volstagg, ou Tanadobu Asano/Hogun).

- Dans un deuxième temps, une fois que le méchant a frappé, le film reprend des couleurs. Thor est obligé de demander l'aide de Loki, et cette idée donne un coup de fouet fabuleux à l'entreprise, d'abord grâce à la prestation de Tom Hiddleston, dont le charme, l'aisance, la jubilation, profitent à plein au personnage et l'histoire. Chris Hemsworth, comédien plus modeste dans ses effets et qui a l'intelligence de ne pas vouloir surjouer son rôle de héros-vedette, permet à son partenaire de briller et cela rejaillit sur l'intrigue toute entière. 
Un méchant sollicité pour vaincre le méchant à l'oeuvre, c'est une idée riche et maline, qui permet quelques coups de théâtre, mais aussi une certaine émotion quand Loki quitte la scène au terme d'une séquence spectaculaire.

- Dans un troisième temps, le film va en quelque sorte tomber dans un piège scénaristique qu'il se tendait à lui-même. Le récit tourne alors principalement autour du trio Thor-Jane Foster-Malekith, avec en ligne de mire l'affrontement attendu dans l'acte IV entre le héros et le vilain. 
Exit donc la (presque) totalité de la seconde ligne de personnages : ce n'est pas tellement gênant pour la grande majorité d'entre eux (qui, comme je l'ai dit plus haut, encombrait plus qu'autre chose), mais il en est un en particulier qu'on ne voit plus et qui aurait pourtant son mot à dire, je veux parler d'Odin. Le père de toutes choses est subitement bien discret alors que Malekith prépare son assaut final et que seul Thor va se dresser face à lui. Position injustifiée, inaction inexplicable, alors qu'Odin vient de subir des pertes importantes, y compris dans son entourage proche. Subséquemment, on s'interrogera aussi sur l'absence (totale celle-ci) du SHIELD dans le film alors qu'un elfe noir surpuissant fond sur Londres et que le nom de l'organisation a été maintes fois cité auparavant par des personnages secondaires : en lieu et place, on aura droit à deux dérisoires avions de chasse dans le ciel anglais (visiblement, les autorités britanniques ne s'inquiètent pas trop de voir débarquer un vaisseau géant et dévaster les rives de la Tamise).

- Enfin, dans un quatrième et dernier temps, on arrive au traditionnel duel entre le bon et le méchant. Si la bagarre proprement dite ne manque pas de puissance, avec deux adversaires qui se rendent coup pour coup, et dont le spectateur peut mesurer qu'ils ne sont pas un simple super-héros et un banal vilain mais bien des entités surhumaines, la mise en scène de leur combat est bizarrement court-circuitée par de nouvelles et incongrues scories pseudo-humoristiques (Jane Foster et Selvig utilisant un appareil qui téléporte les belligérants de royaume en royaume). Thor ayant envoyé à plusieurs reprises entretemps son marteau Mjolnir contre Malekith sans forcément avoir réussi à l'atteindre (car ils sont aspirés sur d'autres territoires), on s'y perd même entre les "fugues" des deux adversaires et les allées et venues du marteau (même s'il revient toujours dans la main de son propriétaire).

Comme souvent, on le voit en analysant le déroulement du scénario, le film pêche par un excès de petites choses insignifiantes, mais dont la somme occupe quand même trop de place : personnages inutiles dont personne ne sait quoi faire (mais qui sont utilisés parce qu'ils font partie du décor, ou maintenus et développés pour conserver un acteur), rebondissements accessoires (comme l'intrusion invasive de la science dans un récit où la magie suffit à tout justifier), mix d'éléments culturellement bizarres (l'armée de Malekith censée provenir d'un passé très lointain mais outillée avec un arsenal futuriste face à des Asgardiens au look de Vikings rutilants mais brandissant surtout des épées, des lances, des masses, des marteaux, plus rustiques même s'ils peuvent être enchantés)... De l'art de faire compliqué avec une matière pourtant simple à l'origine.

C'est quand il abandonne, même provisoirement, tout ce qui l'alourdit que Thor : le monde des ténèbres est au meilleur (l'évasion de Loki - avec ses apparitions de guests amusantes -, les face-à-face entre Thor et Malekith...), principalement en fait quand il se concentre sur l'action brute et les scènes d'émotion avec un casting réduit et ce qu'il faut de spectacle avant ou après. On voit bien alors qu'il n'est nul besoin de nous expliquer deux fois ce qu'est et d'où vient et ce que peut faire l'Ether, bref qu'il est inutile de souligner ce qui est évident et de différer ce pour quoi le film est conçu (une bonne baston mythologique enrobée d'un peu de romance et d'histoires de famille).

Où situer cet opus dans la collection désormais consistante des productions Marvel ? C'est un peu tôt pour le dire, même si l'énergie que le film dégage est agréable. Comme Iron Man 3, plus tôt cette année, c'est un bon cru en tout cas.
ET il faut bien rester jusqu'à la fin puisqu'il n'y a pas une mais deux scènes post-génériques : la première tease de façon sommaire (et sans doute cryptique pour les non-connaisseurs) le futur film Guardians of the Galaxy, la seconde est plus un clin d'oeil à la manière de ce qu'on a eu à la fin d'IM 3.

vendredi 1 mai 2015

NOUVELLES DU FRONT

Chers amis lecteurs,

ce petit message pour vous donner quelques nouvelles puisque je n'ai pas rédigé de nouveaux articles depuis quelque temps maintenant.

Des problèmes personnels m'empêchent de me consacrer à mon blog actuellement, au point que je n'ai pas lu de bandes dessinées et donc n'ai pas eu de critiques à écrire. 
J'ai toutefois bon espoir que la fin de mes soucis approche et alors je pourrais à nouveau poster régulièrement ici. Je ne donne pas de date précise de retour, c'est prématuré, et cela passera donc par de nouvelles lectures et de la disponibilité.

Comme j'ai à nouveau eu accès aujourd'hui à mon ordinateur et disposé d'un peu de temps libre, il était opportun et poli de vous tenir au courant de la situation, tout en voulant vous remercier de vos consultations malgré l'absence de nouvelles entrées.

A très bientôt donc, j'espère,

RDB