Pour une fois, je vais vous parler d'une série... Télé :
J'ai récemment fait l'acquisition de l'Intégrale de la saison 1 de la série télé THE AMERICANS,
produite par la chaîne US FX (et diffusée en France sur Canal +).
Cette première
saison présente d'emblée quelques avantages pratiques : elle ne compte
que 13 épisodes, d'une durée de 42' chacun (sauf le pilote, un peu plus
long), on échappe donc à des histoires moins inspirées, et elle se
suffit presque à elle-même (presque car j'ai désormais très envie de
découvrir la suite, même s'il faudra être patient pour la sortie en dvd,
la saison 2 étant encore en cours de production-diffusion aux
Etats-Unis).
*
The Americans est une série créée par Joe Weisberg,
et on peut dire qu'il connaît son sujet puisqu'il fut agent de la CIA
au début des années 80, l'époque où se déroule l'histoire. Il s'était
ensuite reconverti comme consultant jusqu'à ce que des producteurs de la
chaîne FX lui demandent si l'idée d'un couple d'agents dormants du KGB
fournirait un bon point de départ pour une série.
C'est ainsi qu'ont été imaginé le couple Jennings (ci-dessous), les héros de
The Americans.
Elizabeth et Philip Jennings
(Keri Russell et Matthew Rhys)
Qui sont-ils ? En apparence, des citoyens des Etats-Unis ordinaires,
dirigeant une agence de voyages, et parents de deux enfants
(ci-dessous).
Elizabeth, Henry, Paige et Philip Jennings
(Keri Russel, Keidrich Sellati, Holly Taylor et Matthew Rhys)
En vérité, il s'agit de deux agents du KGB infiltrés aux USA depuis
la fin des années 60 (après un bref séjour au Canada). Leur progéniture
elle-même ignore tout de leur double vie ! Leur histoire débute au début
des années 80, donc, quand la Guerre Froide en l'Ouest et l'Est, les
Etats-Unis et l'Union Soviétique, est à son paroxysme. Les relations
diplomatiques entre les deux superpuissances se détériorent encore plus
avec l'élection de Ronald Reagan en 1981.
Elizabeth Jennings
(Keri Russell)
Elizabeth Jennings a grandi dans un milieu pauvre, sans connaître
beaucoup son père. Recrutée par les services secrets très jeune, elle a
été formée à la dure par des instructeurs (dont l'un a abusé
sexuellement d'elle) qui en ont fait une espionne appliquée et une
tueuse redoutable. Ses excellents résultats lui valent d'être repérée
par la Direction S, dirigée par le Général Zukhov, qui devient son
mentor et va lui présenter l'homme avec lequel elle va partir à l'Ouest.
Philip Jennings
(Matthew Rhys)
On sait moins de choses concernant le passé de Philip Jennings (peut-être la saison 2 détaillera-t-elle sa biographie),
sinon qu'avant d'être associé à Elizabeth, il était amoureux d'une
autre agent. Il sacrifiera cette relation pour sa mission. C'est
également un agent très doué au combat et pour la quête de
renseignements. Les années passant, la vie en Amérique l'a changé et ses
convictions sont altérées, il pense même à faire défection en rêvant à
une autre existence (en souhaitant entraîner Elizabeth et leurs enfants
avec lui), voire à se rendre aux services secrets américains pour
négocier leur protection.
Stan Beeman
(Noah Emmerich)
La vie presque tranquille des Jennings vacille après deux évènements :
une énième mission où, en capturant un traître (qui est aussi
l'instructeur ayant violé Elizabeth), ils perdent un de leurs collègues,
Robert, blessé mortellement durant l'opération ; puis l'installation
dans la maison en face de la leur d'un couple (ci-dessous), les Beeman,
dont le mari, Stan (ci-dessus) est un agent du FBI.
Sandra et Stan Beeman
(Susan Misner et Noah Emmerich)
Les Jennings s'interrogent sur ces nouveaux voisins : est-ce un
hasard si un agent du FBI s'installe dans leur quartier ? Ils redoublent
en tout cas de prudence tout en nouant des relations amicales
rapidement avec les Beeman pour gagner leur confiance et glaner des
informations sur les enquêtes que mène Stan.
Stan Beeman et Chris Amador
(Noah Emmerich et Maximiliano Hernandez)
Stan et son collègue Chris Amador travaillent sur la mort du complice
de Philip et Elizabeth en même temps que sur la disparition de
l'officier russe qui s'était rendu aux autorités américaines et a
disparu. Leurs services sont convaincus que les deux affaires sont liées
et une surveillance accrue est mise en oeuvre sur la Rezidentura,
l'Ambassade de Russie où l'on s'affaire également pour brouiller les
pistes et permettre aux agents dormants de poursuivre leurs missions.
Nina
(Annet Mahendru)
Stan contraint Nina, une jeune secrétaire de la Rezidentura, de lui
servir de "taupe" contre la promesse d'une exfiltration. Craignant que
le FBI ne la dénonce et qu'elle soit renvoyée en Russie où elle serait
condamnée, elle accepte. Rapidement, pourtant, Stan est séduit par Nina,
qui paraît l'aimer aussi. Mais ne la sous-estime-t-il pas et ne se
sert-elle pas de lui autant que lui d'elle ?
Claudia
(Margo Martindale)
La mort de Robert a aussi changé la donne pour les Jennings dont le
superviseur a été rappelé au pays et remplacé par Claudia, une ancienne
agent de terrain, qui a connu Zukhov (le mentor d'Elizabeth) durant la
seconde guerre mondiale. Cette femme imposante, à la douceur trompeuse,
ne se contente pas de relayer l'état-major auprès du couple d'espions,
elle teste aussi la solidité de leur couple et leur loyauté envers le
KGB. Elizabeth la prend en grippe. Matthew sera trahi par Claudia quand,
lors d'une mission, il doit renouer avec son ancienne compagne (avec
laquelle il commet une infidélité conjugale).
Elizabeth Jennings et Gregory
(Keri Russell et Derek Luke)
La tentative d'assassinat contre Reagan, la pose d'un micro dans le
bureau du ministre de la défense (en forçant la main d'une femme de
ménage), la découverte d'une taupe au sein de la Rezidentura (sans que
Nina soit confondue), la traque pour stopper un tueur professionnel
engagé par le KGB qui n'arrive plus à le décommander, et surtout le
sacrifice de Gregory, un ancien activiste noir pour les droits civiques
acquis à la cause de la Mère Patrie par amour pour Elizabeth, vont
précipiter les évènements. Le FBI réussit à cibler, après le rapt éclair
d'un fonctionnaire américain qui a ordonné l'exécution de Zukhov en
Russie, un couple d'espions sans identifier Elizabeth et Philip, qui,
eux, doivent composer avec la paranoïa de leur hiérarchie et une sévère
crise dans leur couple (ils décident même de ne plus vivre sous le même
toit après l'infidélité de Philip). Leurs enfants souffrent aussi de
leur rupture et leur fille commence à soupçonner que ses parents cachent
des choses.

Martha Hanson et Philip Jennings
(Alyson Wright et Matthew Rhys)
La situation prend une tournure décisive lorsque Philip, qui a séduit
(au point de l'épouser) Martha Hanson, la secrétaire du patron de Stan
Beeman, et Elizabeth, qui tient un intermédiaire haut placé mais
fragile, obtiennent des infos sur le programme anti-missiles (encore
loin, cependant, d'être au point) des américains. Pour acquérir des
documents confirmant cela, on leur fixe un rendez-vous qui est un piège
pour les capturer...
La série est haletante de bout en bout, chaque épisode apporte son lot
de rebondissements dès le départ. Les auteurs ont soigné aussi bien le
déroulement des missions effectuées par les Jennings qu'à ce que subit
leur couple à cause de ces opérations, de leur hiérarchie, du FBI.
Si Philip et Elizabeth sont bien les héros, les personnages principaux,
de nombreux binômes se composent au fur et à mesure : il y a l'autre
couple, formé par Stan Beeman et sa femme Sandra, impacté par le travail
(et l'infidélité du mari avec Nina) ; les duos composés par Elizabeth
et Claudia, Stan et son collègue Chris Amador, Elizabeth et Gregory,
Philip et Martha Hanson...
Tous ces tandems participent à la grande
richesse du récit ou tout le monde dupe, trompe, mystifie tout le monde -
et ça va très loin puisque Philip n'hésite pas, par exemple, à se
marier avec Martha, sa source au sein du FBI, femme au physique ingrat
mais aisément influençable ! (Cela aboutit aussi à des moments souvent
drôles, dont les auteurs n'hésitent pas à plaisanter dans les
commentaires du dernier épisode, disponibles en bonus.)
L'intelligence de la série repose aussi sur le fait que Philip et
Elizabeth ne sont jamais présentés comme les méchants communistes russes
du KGB face aux gentils républicains américains du FBI. Certes, ce sont
des espions et des tueurs, aux méthodes peu reluisantes, mais on admire
leur ingéniosité, leur efficacité, on souffre aussi quand ils
traversent des épreuves personnelles (dans leur passé via des flashbacks
-même si cette saison 1 nous en apprend davantage sur Elizabeth que sur
Philip - ou dans le présent - quand ils décident de se séparer, quand
leurs supérieurs les testent, etc). C'est superbement écrit, très
subtilement.
Quand l'intimisme cède le pas à l'action, la qualité reste égale : l'expérience du créateur de la série, Joe Weisberg,
assure la crédibilité des opérations, la vraisemblance des méthodes
employées aussi bien par les russes que par les américains.
C'est alors
aussi bien l'occasion de se rendre compte qu'en 1981, quand on ne
disposait pas de téléphones portables, d'ordinateurs domestiques,
d'internet, il fallait utiliser des moyens de communication et de
surveillance archaïques mais pourtant très efficaces, à base de codes,
de cryptages, d'enregistrements sur bandes magnétiques, de photographies
sur pellicule, de plans sur des cartes papier. Toute cette partie, le "production design" (accessoires, costumes, etc) est vraiment sensationnelle.
Les filatures
nécessitaient des hommes de terrain prêts à tout, les exfiltrations
n'étaient possibles qu'avec des réseaux dont la complicité se nouaient à
partir de liens complexes (les noirs américains activistes pour les
droits civiques étaient alors des partenaires de l'ennemi rouge), chaque
camp devait posséder une "taupe" (Martha pour Philip, Nina pour Stan).
Toujours en complément des épisodes, on apprend par Matthew Rhys,
dans les bonus, que les espions russes utilisaient une technique de
combat rapprochée, le Systema, fondé sur des coups très rapides et
destinés à tuer - technique si fulgurante visuellement que les
cascadeurs de la série ont été obligés de la mixer avec le krav maga (la
lutte employé par les Israéliens du Mossad) pour que les
téléspectateurs comprennent ce qui se passait !
La réalisation est au diapason de l'écriture, avec notamment un travail
extraordinaire sur la photo, inspirée par les films de l'époque (la
pellicule grainée, comme dans un documentaire, avec une légère
sous-exposition pour la lumière, qui donne un effet entre chien et loup
correspondant parfaitement à l'ambiance délétère entre les protagonistes
de la série et les intrigues).
Mention spéciale aussi pour la musique, qui ne se contente pas, comme
dans beaucoup de productions télé, d'accompagner vaguement les histoires
en en soulignant les atmosphères les plus fortes : Nathan Barr a
commencé par composer un thème entêtant pour le générique, qui met
d'emblée dans le bain (un crescendo accrocheur pour clavier et cordes,
monté sur une succession d'images chocs évoquant les bandes d'actualité
et des archives diverses), puis plusieurs partitions pour chaque
épisode, qui apportent encore plus de relief, que ce soit dans des
moments dramatiques, poignants, romantiques, ou énergiques.
Bien entendu, The Americans exige du téléspectateur son attention
car c'est un vrai feuilleton, plus qu'une série en vérité : chacun de
ses épisodes développe de manière si serrée les relations entre ses
héros, des premiers aux seconds rôles, les missions se succédant pour
aboutir à un vrai climax (même si la vraie fin de cette saison n'est pas
un cliffhanger traditionnel, mais plutôt une invitation pour la suite) ;
bref tout pousse à ne pas sauter un chapitre et à être vigilant à
l'évolution de chaque personnage et de chaque opération. On n'a pas
affaire à une collection de manoeuvres avec un fil rouge pour broder la
mythologie de la série, mais bien à une continuité.
Toutefois, l'ensemble est si solide, si addictif, qu'on ne peut pas s'en
détacher une fois qu'on a embarqué. Pour ma part, j'ai le plus souvent
regarder deux épisodes à la suite (quelquefois un seul), mais je n'avais
qu'une hâte : m'y replonger le plus vite possible, découvrir ce qui
allait arriver à Eizabeth et Philip, si Stan et le FBI progressaient
dans leurs recherches, si Nina n'était qu'une simple secrétaire ou une
vraie manipulatrice...
Et, enfin, il y a la distribution. Les séries américaines sont souvent
redoutables car elles réussissent là où les françaises piétinent ou
échouent en sachant soit attirer des comédiens confirmés, soit en
"recyclant" des acteurs déjà vues dans d'autres séries, soit en révélant
de nouveaux visages.
The Americans propose de retrouver des interprètes parfois familiers, comme Keri Russell - elle fut une des premières égéries de JJ Abrams (Lost, Alias) dans la série Felicity, puis a tenté sans succès de percer au cinéma (malgré de bonnes prestations dans des films indépendants comme The Waitress, ou une participation au blockbuster Mission : Impossible III).
Ici, elle trouve un rôle comme en attendent beaucoup de ses collègues,
puisqu'il s'agit de camper une femme dont le métier repose en grande
partie sur le fait de jouer un personnage (en l'occurrence, l'américaine
trentenaire de la middle-class derrière l'espionne aguerrie), mais qui
surtout lui va comme un gant : avec sa beauté longiligne, son élégance
distante, elle est plus que parfaite, qu'il s'agisse d'incarner une
séductrice ou une tueuse.
J'avais remarqué Noah Emmerich dans FBI : Duo Très Spécial (White Collar),
et encore une fois, il est formidable, avec cette fois un rôle très
nuancé d'agent accaparé par son boulot et envoûté par la belle Nina
(incarnée par l'ensorcelante Annet Mahendru, la révélation de la
série, pourvue elle aussi d'un personnage dont la progression est
jubilatoire). Cet imposant gaillard à la figure marquée dégage une
douceur sous laquelle on sent une tension électrisante.
A côté, il y a de nombreuses découvertes, des acteurs qu'en tout cas je ne connaissais pas. Matthew Rhys
est absolument fantastique dans le rôle de Philip : il compose un
personnage saisissant, en proie aux doutes (sur l'ennemi américain, sur
la Mère Patrie, sur ses sentiments - moment génial, par exemple, où il
comprend et dit à Elizabeth qu'elle ne l'a jamais aimé car elle
attendait sûrement un autre homme comme partenaire. Ou encore,
irrésistible lorsqu'il couche avec Martha Hanson, jouée par l'épatante Alyson Wright,
et cherche ses lunettes tout de suite après lui avoir prodigué une
gâterie.). Il forme avec Keri Russell un couple très crédible, dont
l'alchimie fonctionne tout de suite et jusqu'au bout.
Margo Martindale est l'autre grande révélation de la série : elle
n'apparaît pas tout de suite mais quand elle débarque dans l'histoire,
son personnage de Claudia est immédiatement et durablement mémorable.
Elle réussit à merveille à être en même temps détestable, froide,
menaçante, et pourtant attendrissante, émouvante, mystérieuse. Il semble
que la comédienne se soit engagée sur autre chose et que son rôle soit
remplacée dans la saison 2, c'est dommage, il lui faudra aussi un(e)
successeur de premier rang.
Susan Misner (alias Sandra Beeman) ou Holly Taylor et Keitdrich Sellati (Paige et Henry, les enfants Jennings) sont également très bien. Derek Luke (Gregory) et Maximiliano Hernandez (Chris Amador) complètent le casting avec qualité dans des seconds rôles eux aussi frappants.
Comme je l'ai déjà relevé, de nombreux bonus accompagnent les épisodes
(des scènes inédites à la fin de chaque disque, et sur le 4ème dvd des
compléments sur l'espionnage de l'époque, les accessoires, les propos
des comédiens notamment sur ces aspects, sans oublier un bêtisier, court
mais vraiment drôle).
Essayer The Americans, c'est l'adopter ! Une série jubilatoire,
excellemment conçue, écrite, réalisée et jouée... Sûr de vrai, ça va
être long d'attendre la suite !