samedi 7 juillet 2012

Critique 335 : NEW AVENGERS (VOL. 2, 7-13) - INFINITY, de Brian Michael Bendis, Stuart Immonen, Daniel Acuña, Mike Deodato et Howard Chaykin

La couverture du recueil des épisodes 7 à 13. 

New Avengers #7 : Stuart Immonen tire sa révèrence.

New Avengers #8 : Daniel Acuña ne fait que passer.





New Avengers #9-13 : et là, c'est le drame...

New Avengers : Infinity rassemble les épisodes 7 à 13 du Volume 2 de la série écrite par Brian Michael Bendis, publiés de Février à Août 2011 par Marvel Comics. Stuart Immonen dessine l'épisode 7, Daniel Acuña le #8, et Mike Deodato et Howard Chaykin (ce dernier pour les flash-backs) les #9 à 13.
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- New Avengers # 7 (Untitled). Après leur bataille contre Agamotto (qui a coûté la vie au Dr Voodoo et fait disparaître l'Oeil du Sorcier Suprême), l'équipe dresse un premier bilan et ce n'est pas fameux. Le manoir des Vengeurs où ils sont basés désormais a subi d'importants dommages, qui coûtent beaucoup d'argent. Victoria Hand, l'agent de liaison de Steve Rogers, distribue la paie aux membres du groupe, sauf à Spider-Man qui refuse de divulguer son identité civile (et ne peut donc encaisser son chèque). Et Jessica Jones-Cage convainc Luke d'engager une nounou pour leur fille Danielle - l'élue est la plus inattendue des candidates...

Cet épisode est le dernier dessiné par Stuart Immonen, réquisitionné alors pour illustrer la saga Fear Itself. Mais on peut dire que le canadien est parti en beauté, avec un script jubilatoire de Brian Bendis comme support.
Mine de rien, ce chapitre, intermédiaire (comme le suivant), aborde pas mal de sujets habituellement survolés par les comics super-héroïques : l'équipe doit assumer l'indépendance qu'elle a gagnée vis-à-vis du nouvel ordre de Steve Rogers et cela commence par les réparations coûteuses du manoir. L'argent est aussi au coeur de la séquence centrale de l'épisode quand les membres du groupe reçoivent leur paie du gouvernement : Bendis rappelle, fort justement, que tous ces justiciers doivent gagner leur vie. Mais c'est surtout un prétexte pour mettre en scène, de façon très drôle, Spider-Man, qui, ne faisant aucune confiance à Victoria Hand (l'ex-assistante d'Osborn) et n'ayant pas voulu communiquer son identité civile aux autorités, est privé de rétribution, ou encore Luke Cage qui se fait remettre en place par Jessica Jones, lui rappelant qu'il est désormais père de famille et qu'il a inventé le concept de héros à louer (ce qui l'empêche de facto de faire la fine bouche maintenant qu'il reçoit un salaire de l'Etat).
Enfin, il y a le casting de la nounou, une scène hilarante où les postulants les plus farfelus défilent, avec des clins d'oeil amusants (à Nextwave, aux Vengeurs des Grands Lacs) : un grand moment.

Mais cet épisode devient exceptionnel grâce au travail d'Immonen qui déploie des trésors d'invention pour mettre tout cela en images : admirez avec quel talent il anime les personnages, leur donne une gestuelle propre, des expressions bien choisies ! La leçon de dessin culmine avec la double-page des prétendants, d'une virtuosité extraordinaire.
On aurait pu espérer qu'après Fear Itself, Immonen revienne à la série, mais, visiblement éreinté, et Marvel le réservant pour d'autres projets (qui se matérialiseront après Avengers vs X-Men, le futur event), ça n'a hélas ! pas été le cas. Dommage car l'artiste était certainement le meilleur partenaire qu'ait eu Bendis pour ce titre...
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- New Avengers # 8 : Date Night. Luke Cage et Jessica Jones s'arrangent pour avoir une soirée en tête-à-tête, l'occasion de discuter du rôle de la jeune femme qui hésite à redevenir une super-héroïne. Mais quand un Doombot (réplique robotique du Dr Fatalis) apparaît, le diner devient plus corsé...

Avant d'enchaîner avec une nouvelle histoire, Brian Bendis effectue une nouvelle escale où il s'attarde sur la relation du couple Luke-Jessica Cage. Madame est au centre de la discussion car elle envisage de reprendre du service comme super-héroïne. Cette partie de l'épisode est la plus réussie, avec des dialogues justes et abondants comme Bendis les apprécie et sait en rédiger, y ajoutant une touche d'humour bienvenue (avec le choix d'un surnom pour Jessica).
Ensuite, l'apparition du Doombot surprend : elle semble ne se justifier que pour le quota d'action car il s'avère que depuis le Dr Fatalis n'a pas resurgi dans le champ de la série (alors qu'on aurait pu penser à un subplot)...

Daniel Acuña revient dessiner le titre, après y avoir participé au début des tie-in à Siege : son style coloré, expressif, convient parfaitement à l'ensemble et laisse à vrai dire un regret car l'espagnol aurait pu être un artiste intéressant pour un arc entier (même s'il a depuis signé des épisodes d'Avengers).
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- New Avengers # 9-13 : Infinity. Guidé par Victoria Hand, le groupe se déplace sur un site investi par d'anciens membres du HAMMER (le service de sécurité intérieure de l'ére Osborn démantelé après Siege), dirigé par Superia. Ce groupuscule travaille sur un mélange entre les formules du super-soldat (qui ont donné ses pouvoirs à Captain America) et d'infinité (qui permet à Nick Fury de retarder son vieillissement). L'intervention des héros tourne mal quand Oiseau-moqueur est gravement blessée.
Cette affaire va aussi révèler l'existence d'une première équipe de Vengeurs, en 1959, sous les ordres de Fury, et qui liée à la manipulation des deux formules...

L'intrigue principale de ce recueil est, disons-le tout net et sans tarder, un lamentable ratage, certainement la pire depuis le début de la série (soit depuis le volume 1). Brian Bendis rêvait de collaborer avec une de ses idoles, Howard Chaykin, et c'est en développant une de ses idées qu'il a bâtie cette histoire.
Le problème, c'est qu'à aucun moment on est accroché par l'argument et que la construction même du récit n'arrange rien : d'un côté, la mission, qui tourne à la catastrophe, des Nouveaux Vengeurs, avec Oiseau-moqueur gravement blessée (ce qui vaut à Oeil-de-faucon de revenir brièvement dans la série, alors même qu'il ne vit plus avec l'héroïne), est décompressée à outrance, ne servant en fait qu'à souligner les soupçons du lecteur (et de quelques membres de l'équipe, dont Spider-Man bien sûr) au sujet de la possible duplicité de Victoria Hand ; et de l'autre, on découvre qu'une équipe de Vengeurs a été formée (et aussitôt dissoute) en 1959 par Nick Fury, la liaison entre cette histoire et l'autre ne tenant qu'à un cheveu (ou un tube à essai).
Le rythme est mollasson, le suspense peine à nous faire vibrer, et surtout ces Avengers 1959 sont un grand n'importe quoi - leur composition est abracadabrantesque (avec Fury, Dum Dum Dugan, Dents-de-Sabre, Dominic Fortune, Silver Sable et Namora), sa mission artificielle. Le dénouement permet quand même de reconsidérer le personnage d'Oiseau-moqueur de manière inattendue (sans être certain toutefois que cela sera exploitée pleinement). Mais c'est un bilan bien maigre, et le traitement est en dessous de tout.

Graphiquement, c'est aussi une déception, et même parfois une horreur. En effet, Chaykin illustre également les flash-backs et nous inflige à nouveau des planches d'une laideur absolue, sur lesquelles il est inutile de s'attarder. Mike Deodato revient (mais lui pour de bon, après un premier arc, The Collective, NA #16-20, en 2006) pour dessiner les séquences au présent : on sent toutefois qu'il doit se réhabituer aux personnages et livre une copie sans éclat.
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Que retenir de cet amalgame hasardeux ? Les adieux somptueux d'Immonen, le passage trop bref d'Acuña,  Bendis en petite forme et le retour de Deodato. Mais l'ensemble est trop hétéroclite pour satisfaire vraiment. La série traverse un creux, avant de devoir composer avec la saga Fear Itself...

Critique 334 : THE SPIRIT - BOOK ONE, de Darwyn Cooke



Will Eisner's The Spirit : Book One rassemble les six premiers épisodes écrits et dessinés par Darwyn Cooke, d'après le personnage créé par Will Eisner, et le numéro spécial Batman/The Spirit co-écrit avec Jeph Loeb, publiés en 2007 par DC Comics.
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Le Spirit alias Denny Colt est un personnage créé en Juin 1940 par Will Eisner pour le quotidien américain Register and Tribune Syndicate.
La série racontait les aventures d'un détective masqué contre le crime organisé de Central City, avec le soutien de son ami, le commissaire Dolan.
Imaginé après avoir été mêlé à une affaire de plagiat de Superman, Eisner ne garda que le masque pour son "super-héros" et expérimenta très rapidement divers genres via sa série, explorant à la fois le récit policier, l'horreur comme la comédie en passant par la romance.
A l'origine, la série paraissait sous la forme d'un livret d'une quinzaine de pages, au format tabloïd, dans l'édition du Dimanche, avec un tirage de cinq millions d'exemplaires (!). On appelait cettee partie du journal "The Spirit Sector" ("Le coin du Spirit"), et Eisner en avait le contrôle artistique total. Il signa le titre de 1940 à 1952 (avec des coupures), l'accompagnant de divers comics-strips en collaborationnavec ses assistants (Jules Feiffer, Jack Cole ou Wally Wood).
Comme il le déclara plus tard, avec The Spirit, Eisner voulait (déjà) réaliser une bande dessinée pour les adultes, mieux écrite que les comics de super-héros. Durant la guerre, même si, comme c'était la tradition à l'époque, le nom d'Eisner était le seul crédité, la série continua d'être animé par d'autres (comme Manly Wade Wellman, William Woolfolk, ou Lou Fine).
Les origines du héros attestaient de son originalité : tué dans les premières pages, Denny Colt apprendra par la suite par Dolan qu'il a été maintenu en vie par un de ses ennemis, le Dr Cobra. Profitant de la situation, Colt devient le Spirit, en portant un masque pour mener ses enquêtes incognito, basant sa planque dans la crypte où il est censé reposer, dans le cimetière de Wildwood, et vivant grâce aux récompenses offertes pour la capture des criminels. La plupart de ses aventures se déroule à Central City, mais il agit également dans le reste du monde, affrontant des savants fous, des bandits excentriques, des femmes fatales (comme sa némésis P'Gell). D'autres protagonistes peuplent le récit comme Ellen Dolan, la fille du commissaire qui l'aime et qu'il aime, Ebony White, un jeune afro-américain qui l'aide dans ses investigations, ou Octopus, le méchant dont on ne voit jamais le visage.
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Le travail d'Eisner sur The Spirit fait partie des grands classiques de l'âge d'or des comics : l'auteur y a déployé une inventivité extraordinaireement moderne en ce qui concerne les découpages, les scénarios délirants, et la galerie extravagantes de seconds rôles (en particulier les femmes que croise le héros). Le Spirit lui-même est une synthèse du justicier tel qu'on le trouvait dans les pulp fictions, avec son chapeau, son imperméable, et du super-héros, revenu d'entre les morts et portant un masque. Mais Eisner se moquait des conventions et d'abord de son héros, souvent balloté par les évènements, dont les femmes sont le talon d'Achille, dans des histoires brouillant les codes de la narration.
Lorsque DC Comics obtient les droits d'exploitation de la série, c'est donc un challenge qui se présente à l'éditeur d'en proposer une nouvelle version qui, sans choquer les puristes, doit séduire une nouvelle génération de lecteurs. Pour ressuciter le Spirit, il fallait oser revenir à un manière de raconter ses histoires aussi libre que celle d'Eisner sans pour autant l'imiter platement.
Fort du succès critique et public de La Nouvelle Frontière, saga dans laquelle il revisita la transition entre les super-héros de l'âge d'or et d'argent, en 2004, c'est à Darwyn Cooke que DC confia cette délicate mission.



Bonne pioche : Darwyn Cooke, comme scénariste et artiste, était le choix évident pour régénérer sans la trahir la bande dessinée de Will Eisner. Sa narration efficace, toujours bien bâtie, et son dessin aux influences rétro en faisaient le candidat idéal pour restaurer un personnage sexagénaire, dont il respecterait, c'est le cas de le dire, l'esprit tout en sachant le moderniser.


Dans ce premier tome (un second suivra), on trouve les six épisodes de la nouvelle série régulière et un numéro spécial, Batman/The Spirit, co-écrit avec Jeph Loeb, d'un format plus long. Les histoires se présentent sous la forme de "one-shots", avec toutefois une intrigue secondaire qui se développe occasionnellement, en relation avec les origines du héros.



Les dernières planches de The Spirit #1, Ice Ginger Coffee.

- #1 : Ice Ginger CoffeeLe Spirit tente de sauver Ginger Coffee, enlevée par l'affreux Amos Weinstock dit "The Pill". La mission s'avère périlleuse car la journaliste transforme tout cela en un reportage en direct.

Ce premier épisode est une introduction parfaite : Cooke renoue avec l'humour et l'action de la série dans une aventure menée tambour battant. Il créé un personnage féminin, dont le nom et le caractère sont parfaitement dignes d'Eisner. Qui plus est, il réussit à poser d'emblée tous les éléments familiers, comme le commissaire Dolan, Ebony White (dans une version rompant avec la polémique de ses débuts), Ellen Dolan, mais dans un cadre modernisé (la télévision, le téléphone portable). La chute est drôlissime.
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- #2 : The Maneater. Le Spirit apprend que P'Gell veut séduire le Prince Farouk. Mais cet objectif dissimule une sombre vengeance pour la charmeuse...

Cooke introduit un personnage qui va devenir un second rôle récurrent, Hussein Hussein, qui se présente lui-même comme un "arrangeur". Cet intermédiaire rondouillard est un intriguant qui fait ici équipe avec l'ensorcelante P'Gell, créature issue de la galerie d'Eisner. La jeune femme assouvit une terrible revanche, ce qui donne au personnage, sinon des circonstances atténuantes, du moins une profondeur troublante dépassant le cliché de la femme fatale.
Le traitement graphique du flash-back préfigure les audaces formelles qui seront développées dans l'épisode suivant.
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- #3 : Resurrection. A la suite d'une fusillade dans le quartier chinois de Central City, le Spirit, en apprenant l'identité du tueur, est confronté à son propre passé et plus particulièrement aux circonstances qui ont fait de lui un justicier masqué...

Cet épisode est un chef-d'oeuvre : Cooke y emploie une narration sophistiquée pour revenir sur les origines du héros, sensiblement modifiées par rapport à celles posées par Eisner. Plusieurs personnages donnent leur point de vue sur la nuit dramatique qui vit Denny Colt mourir et ressuciter pour devenir le Spirit - ce retour aux sources va devenir un subplot. L'utilisation des voix-off, le découpage de l'action, le rythme, l'atmosphère, tout est virtutose dans ce chapitre où Cooke impose son savoir-faire.
Visuellement aussi, c'est un festival, avec une mention spéciale à la colorisation de Dave Stewart qui, tout en n'ayant recours qu'à une palette chromatique réduite, sublime le récit. 
Une vraie leçon de storytelling.
La double page (4-5) du 3ème épisode : Resurrection.
Cooke et Jared Fletcher y jouent avec le lettrage comme Eisner.
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- #4 : Hard Like SatinLe retour d'Hussein Hussein annonce un nouveau coup tordu qui va confronter à nouveau le Spirit à Octopus et l'associer à la belle Silk Satin, agent de la CIA qui entend bien prouver au justicier qu'elle une vraie femme d'action. 

Le vilain Octopus, équivalent pour le Spirit du Blofeld de James Bond, est un adversaire étonnant puisqu'Eisner, tout comme Cooke, ne montre jamais son visage. L'artiste réussit, comme son prédécesseur, à jouer avec cette contrainte sans jamais que cela ne paraisse forcé, alimentant des scènes visuellement saisissantes.
L'intrigue, racontée majoritairement en flash-back et conclue sur un twist prometteur, culmine dans une séquence sous un soleil aveuglant dans le désert, tranchant avec les décors urbains des précédents chapitres.
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- #5 : Media Man. Le Spirit voit son image exploitée par un truand, Mr Carrion, lui-même rapidement dans le collimateur du Cosaque, un redoutable malfrat. Et pour ne rien arranger, un vautour va contrarier les efforts du justicier...

Cooke met en scène un épisode qui contient des scènes de violence détonantes (notamment avec le passage à tabac de Carrion) tout en s'amusant à dresser une critique de la société de consommation et de la publicité.
Le résultat est aussi surprenant qu'efficace grâce, encore une fois, à un découpage qui donne un rythme imparable à l'histoire.
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- #6 : Almost Blue. Le destin tragique d'August "Almost" Blue, musicien génial, est le fil conducteur de cet épisode où une météorite bleue, le propriétaire malhonnête et brutal d'un club et la bassiste Adelia sont les autres protagonistes que croise le Spirit.

C'est une histoire à la fois étrange et décevante, dont le titre évoque la plus belle chanson d'Elvis Costello. Des éléments fantastiques en côtoient d'autres plus convenus, souvent clichés, sur le monde de la musique pop, la toxicomanie, l'amour contrarié.
De manière significative, le Spirit lui-même est davantage un observateur qu'un acteur de cette drôle d'intrigue, qui vaut surtout pour ses dessins.
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Enfin, ce premier tome se clôt avec le numéro spécial Batman/The Spirit : deux groupes de vilains, ennemis alliés du Spirit et de Batman, piègent lors d'une réunion d'officiers de police les commissaires Gordon et Dolan. Les deux justiciers devront s'entendre pour sauver leurs amis d'un attentat préparé par le Joker et Harley Quinn...

Nés à la même époque, les deux héros représentent deux extrémités : Batman est un "vigilante" costumé, méthodique et taciturne, le Spirit est un improvisateur bavard plus proche des détectives des pulp fictions.
Pourtant, ce crossover est une miraculeuse potion contre la morosité, riche en morceaux de bravoure, en humour, en action et en suspense. Le casting des vilains, particulièrement fourni (avec aussi Catwoman, Poison Ivy, Killer Croc, le Sphinx, l'Epouvantail, le Châpelier fou, le Pingouin, mais aussi P'Gell), est admirablement exploité.
On pouvait craindre le pire d'une association entre un narrateur énergique comme Cooke et un raconteur plus inégal comme Jeph Loeb (qui, à cette époque, était cependant encore capable d'écrire des histoires valables), mais là encore l'alchimie fonctionne.





Visuellement, Cooke se régale visiblement, avec une distribution féminine bien garnie (qui lui permet de renouer avec Catwoman), mais aussi avec des scènes d'action spectaculaires qu'il découpe de façon implacable, avec des effets "Kirby-esques". Un vrai régal.
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Bien que l'album ne propose aucun bonus et soit pourvu d'une couverture guère inspirée, ce premier tome contient un matériel de très grande qualité où Darwyn Cooke a su s'approprier l'oeuvre de Will Eisner tout en la respectant. Il réussit haut la main à relever le défi de revigorer un personnage sans le dénaturer.
C'est ce mix épatant de charme classique, rétro et de modernité intelligente, fondée sur une maîtrise narrative et visuelle qui distingue ce revival produit par un des meilleurs auteurs contemporains : quel meilleur hommage pouvait-on espérer pour un des maîtres de la bande dessinée américaine ?

dimanche 1 juillet 2012

Critiques 333 : REVUES VF JUILLET 2012

DC Saga 2 :

Justice League (#2 : Aux origines) est dans la droite ligne du premier épisode : Geoff Johns avance à pas comptés, semble gagner du temps plutôt de faire avancer son histoire qui, pendant treize pages, oppose Batman et Green Lantern rejoints par Flash à Superman (le tout avec deux doubles pages) ! Autant dire que l'intrigue ne se développe pas beaucoup, d'ailleurs il n'y a aucun suspense sur l'identité du méchant...

Ce qui surprend, c'est que Johns, autrefois si habile pour animer une équipe de héros (avec la JSA), ne fait aucun effort ici, se contentant de faire trainer plus de raison des scènes de baston avant que les belligérants se rendent compte qu'ils pourraient s'allier. Mais le scénariste ne fait absolument rien pour les rendre attachants, ils sont même tous d'une bêtise affligeante, s'exprimant avec des dialogues d'une nullité abyssale (certes Johns n'a jamais été un bon dialoguiste, mais là...).
Le rythme, quand même curieusement soutenu (surtout parce que l'action domine), compense à peine et rend toutefois la lecture rapide, mais sans plus.

Jim Lee rend une copie au dessin correcte, sans plus : quand il s'agit d'en mettre plein la vue, il est indéniablement habile, mais ses faiblesses (ou son manque d'envie) sont flagrantes quand il doit découper une simple scène de dialogue (la conversation entre le père et le fils Stone étant incroyablement mal composée).
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Superman (#2 : Vol à l'aveuglette) confirme qu'il s'agit du boulet de la revue : il n'y a rien à sauver de cet épisode, aussi (voire plus) mauvais que le précédent. A nouveau le héros doit affronter un monstre, dont le pouvoir (une grande force mais surtout l'invisibilité) souligne grossièrement qu'on va avoir droit à de futurs adversaires élémentaux (l'eau et la terre restent à venir)...

George Pérez a la main encore plus lourde quand il doit caractériser les personnages dans le civil : son Clark Kent est fadasse au possible, les relations père-fils entre le Général Lane et sa fille Lois ou entre le Général et Superman sont un décalque éhonté de Hulk... Les dialogues sont plats, la voix-off omniprésente et aussi lourde qu'inutile. Misérable...

Et ce ne sont pas les dessins affreux de Jesus Merino qui récupèrent quoi que ce soit : le découpage (de Pérez) est sommaire, les plans encombrés... Pénible.
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Flash (#2 : Réactivité) reste, et de loin, la meilleure production de la revue : non seulement, comme scénariste, Manapul propose de nouvelles idées passionnantes, enrichissant les capacités de son héros (sa vélocité appliquée à sa réflexion), mais l'intrigue qu'il développe est vraiment intéressante à suivre (l'ami de Barry Allen instrument de manipulations d'un corps militaire aux mobiles louches).

Le rythme est haletant, le récit toujours accessible et surprenant, les effets bien dosés, les dialogues vivants sans être bavards ou convenus : un vrai régal.

Et ce plaisir est soutenu par des illustrations excellentes : Francis Manapul continue de puiser à la source "Will Eisener-ienne" avec bonheur, osant des compositions inventives, et la colorisation de Brian Buccellato (contrairement à celle de Superman) accompagne cela avec intelligence.
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Supergirl (#2 : Réunion) ferme le ban : dans le droit fil du premier épisode, la prime est donnée à l'action puisque les retrouvailles de Kara Zor-El et Kal-El/Superman sont explosives. Certes, tout cela n'aboutit pas encore à grand'chose puisqu'on y passe son temps à se bastonner copieusement durant la majeure partie de l'épisode, mais la dernière page indique que ça devrait changer...

Michael Green et Mike Johnson ne se forcent donc pas (encore) trop pour raconter une histoire digne de ce nom, mais ils s'appuient, il est vrai, sur leur formidable dessinateur, Mahmud Asrar, qui, lui, tient une forme de champion, alignant les pages avec une énergie formidable (qui manque cruellement à la série de l'autre kryptonien).
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La revue reste inégale, dominée par l'excellent Flash, mais avec le retour de quelques pages rédactionnelles (un article sur le Daily Planet assorti à Superman, et un autre sur l'opération "DC Renaissance") font passer la pilule, en attendant le vrai décollage (imminent) de Supergirl et quelques efforts pour la Justice League.  

Batman Saga 2 :

Batman (#2 : Trahison) mérite ses critiques louangeuses : Scott Snyder est effectivement très habile pour nous embarquer dans son histoire - une habileté qui confine à la roublardise quand on découvre comment il se tire (et son héros) du suspense ouvrant l'épisode.

Mais il est indéniable que cette affaire de Cour des Hiboux dont les redoutables agents malmènent aussi bien physiquement qu'intellectuellement Batman a l'étoffe d'une bonne saga. Le scénariste dénoue d'ailleurs rapidement le cliffhanger du précédent épisode pour relancer l'intrigue en s'appuyant sur le passé de Gotham, l'autre héroïne du récit.

Les dessins de Greg Capullo sont très dynamiques, même s'il est plus à l'aise dans les scènes avec Batman en costume (ses personnages non masqués ayant une fâcheuse tendance à tous trop se ressembler), et l'encrage de Jonathan Glapion valorise son sens de la composition et des décors.
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Detective Comics (#2 : La fête est finie) joue un cran en dessous : Tony Daniel, au scénario et au dessin, a choisi d'embarquer la chauve-souris dans une histoire très (trop) glauque, dont la complaisance finit par (déjà) lasser.

Ce n'est pas tant de donner un adversaire encore dérangé à Batman que le sentiment que la série donne de surenchérir pour exister. Par ailleurs, il s'avère que ce titre se déroule effectivement à la même époque que les deux autres (Batman et Batman & Robin), et cette ubiquité du héros ne l'avantage pas - située dans le passé, aux débuts de la carrière du héros, elle aurait mieux trouvé sa place et même fait fructifier les autres...

Graphiquement, c'est inégal : Daniel réussit parfois très bien certains plans, certaines scènes, mais en ratent d'autres ou se contente d'effets faciles et répétitifs (à coup de splash et double pages).
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Batman & Robin (#2 : Mauvais sang) remonte spectaculairement le niveau et confirme son statut de meilleure production de la revue : Peter Tomasi bâtit en fait son scénario sur trois niveaux étroitement liés - la relation de Bruce Wayne et son fils Damian, le nouveau Robin aux tendances psychopathes ; leurs patrouilles, qui assurent le quota d'action ; et l'émergence du vilain Personne, lié au passé de Batman et qui le défie désormais directement sur un argument surprenant.

Cette trame est vraiment fabuleusement tissée, chaque motif enrichissant les autres, et conférant au récit une densité et un tempo imparables.

Ajoutez-y les dessins somptueux de Patrick Gleason, magnifiquement encrés par Mick Gray, avec une utilisation des à-plats noirs, un souci de l'expressivité, un découpage dynamique, et vous comprendez pourquoi c'est une telle réussite.
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Hélas ! Toutes ces qualités précitées font défaut à Batgirl (#2 : Couper court, trancher profond) : Gail Simone , pourtant aux commandes d'une héroïne qu'elle connaît bien, échoue complètement à lui donner vie et chair, et l'entraîne dans une course-poursuite à laquelle on ne parvient pas plus à s'attacher. 

On tourne les pages, piteusement dessinées par Ardian Syaf (et abominablement mal encrées et colorisées), avec un ennui croissant qui font de Batgirl l'équivalent de Superman dans "DC Saga".
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La revue est d'un niveau emballant, surtout grâce aux exceptionnelles réussites que sont Batman et encore plus Batman & Robin. Detective Comics peut mieux faire. Batgirl est au fond du trou (si profond qu'elle ne devrait pas en remonter de sitôt).   

Avengers 1 :

6 mois après son apparition, la revue est donc renumérotée, à l'occasion du relaunch, et son programme modifié. On pourra discuter de ce choix commercial et éditorial, qui surfe sur le succès en salles du film Avengers, quand Panini devra composer avec les conséquences du prochain event (Avengers vs X-Men, qui démarrera en vf en Novembre, et dont on commence à connaître les changements qu'il entraîne)... Mais, pour l'heure, voyons ce que donne cette nouvelle version.
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Avengers (#20-21 : H.A.M.M.E.R. Rassemblement !) remplace donc au sommaire Thor. C'est plus logique pour une revue qui porte le nom de la série, mais l'arc a quand même débuté depuis deux mois... Norman Osborn, qui a réuni plusieurs organisations criminelles (Hydra, A.I.M., la Main), veut en découdre avec les Vengeurs de Steve Rogers et porte l'affaire sur la place publique car il avait été jeté en prison sans procés (après Siege). Les héros partent à sa recherche en petits groupes et leur adversaire va profiter de cette dispersion pour les piéger...

Brian Bendis développe la revanche d'Osborn dans ses deux séries, Avengers et New Avengers (dommage que Panini n'ait pas voulu publier les deux titres dans la même revue), ce qui donne de l'envergure à l'histoire et la mesure des manigances du vilain. En séparant l'équipe en plusieurs binômes, il propose des team-ups intéressantes (comme Rhulk et Tornade) et ménage de vrais surprises quand on découvre les armes d'Osborn. La chute du 2ème épisode laisse les Vengeurs dans une situation compromise qui promet une suite alléchante, ce suspense est appréciable.

Graphiquement, Daniel Acuña réalise le premier chapitre et s'en sort toujours aussi bien : ses compositions sont soignées, ses personnages expressifs, et sa colorisation vive sert l'ambiance. Par contre, lorsque Renato Guedes le remplace pour l'épisode suivant, on déchante : le dessin n'est objectivement ni beau ni efficace (malgré une bonne idée de découpage dans la bataille aérienne impliquant la Vision et Captain America), c'est un choix de fill-in aussi curieux que mal inspiré.
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Captain America (#6 : Sans défense) reste en place et commence un nouvel arc, qui est toutefois, on s'en rend compte rapidement, étroitement lié au précédent. Steve Rogers est toujours en proie à des cauchemars où il perd ses pouvoirs et demande l'aide d'Iron Man. Oeil-de-faucon, pour lui changer les idées, l'embarque dans une patrouille en ville mais une mauvaise surprise attend les deux héros...

L'attraction de ce nouveau récit réside dans la présence au dessin du mythique Alan Davis, et il est évident qu'Ed Brubaker a écrit cette histoire en voulant tirer avantage des capacités de cet artiste de premier rang. Il convoque un bataillon de méchants familiers (Batroc, Zémo, l'escoude du Serpent...) et jette le Captain dans une situation très délicate.

Davis n'est peut-être pas (pas encore) dans sa plus grande forme, mais il délivre déjà quelques planches de haute volée, avec un découpage éclaté, et un dynamisme irrésistible. La série prend tout de suite une allure qui la distingue du tout-venant. Vivement la suite !
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Enfin, pour boucler le programme, Panini nous sert une curiosité comme eux seuls en sont capables puisqu'il s'agit des deux premiers volets d'une mini-série consacrée à... Iron Man (Transe 1-2), le même mois où "Marvel Icons" fait place à une revue "Iron Man" ! Ce n'est pas banal, et franchement, vu le résultat, quitte à proposer un bouche-trou, on peut déplorer qu'ils n'aient pas trouvé autre chose.

Après un énième malaise cardiaque, Tony Stark décide de s'opérer lui-même pour améliorer ses capacités bio-cybernétiques. Evidemment, tout ne va pas se passer comme prévu...

Alexander Irvine a signé cette histoire (en quatre parties, la suite et fin le mois prochain) pour le label "Marvel Knights" il y a deux ans, et si ça se lit sans ennui, ce n'est pas pour autant passionnant. Lan Medina illustre, colorisé (laidement) par Andy Troy : c'est parfois pas mal, souvent pénible, tout le temps figé. Bref, très dispensable.
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Le bilan de cette relance est mitigé : les Vengeurs tiennent leur rang (malgré l'intérim de Guedes), Captain America emballe, mais la mini-série Iron Man gâche la vue et le plaisir.     

Iron Man 1 :

Bon, on va la jouer rapide puisque je n'achète plus cette revue que pour Les Nouveaux Vengeurs, et comme je l'ai déjà déclaré, après la fin de l'arc en cours, j'arrêterai les frais car débourser 4,80 E pour un seul titre, c'est trop cher.
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Donc Les Nouveaux Vengeurs (vol. 2, #21 : Vengeurs Noirs - la renaissance) reprend directement là où cela s'arrêtait le mois dernier : l'équipe, après avoir affronté la nouvelle formation de Vengeurs Noirs de Norman Osborn (sur tous les fronts dans sa croisade anti-Vengeurs), battait en retraite car le Dr Strange était mal en point. C'est alors que Ragnarok, le clone meurtrier de Thor (apparu dans Civil War, créé par Hank Pym et Tony Stark et qui tua Black Goliath), barre la route des héros !
Cependant, la foule en colère puis les forces de l'ordre assiègent le manoir des Vengeurs pour leur demander des comptes...

La grande majorité de cet épisode se concentre sur l'affrontement entre les New Avengers et Ragnarok et Brian Bendis a choisi de laisser la vedette à Mike Deodato qui restitue avec puissance toute la brutalité de ce combat. L'adversaire permet à Wolverine de laisser libre cours à sa sauvagerie, comme rarement dans cette série, mais réserve aussi deux scènes décapantes avec Luke Cage et Iron Fist.
Cette bataille épique montre aussi la perversité du plan d'Osborn qui veut autant humilier les héros que les discréditer aux yeux du public. Lorsqu'on lit cet arc des New Avengers en même temps que celui des Avengers (HAMMER Rassemblement, dans la revue "Avengers"), on mesure mieux l'efficacité de cette saga à part entière et qui démontre que Bendis brille dans un cadre plus strict que dans un event où tous les acteurs ne sont pas utiles.

Mais, comme je le disais, c'est vraiment l'épisode de Deodato dont la furia visuelle convient idéalement à ce genre d'exercice : il réussit parfaitement à rendre compte du spectacle des belligérants qui ne retiennent plus leurs coups et sèment la désolation sur leur passage. Alors, d'accord, ce n'est que de la baston mais quelle belle bagarre !
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Pour le reste, hé bien, "Marvel Icons a donc vécu et est devenu "Iron Man", avec deux épisodes de la série écrite par Matt Fraction et dessinée par Salvador Larroca.

Puis Les Quatre Fantastiques sont de retour.

Mais bon, j'ai essayé de lire ça complètement, et dans les deux cas, ça m'est tombé des mains.
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"Marvel Icons" n'était déjà plus gâté depuis longtemps, mais ni son relaunch ni son changement de titre n'arrangent son cas. Reste New Avengers : c'est peu, vivement que cet arc se termine, je ferai des économies... 
Wolverine 1 :

La revue consacré au griffu canadien repart aussi au n°1, avec un peu plus de pages (64 au lieu de 48) et la série-titre cohabite avec Wolverine & the X-Men. Intrigué par la réputation flatteuse du scénariste, Jason Aaron, j'ai décidé de voir pour juger sur pièce.
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Wolverine & the X-Men a donc droit à deux épisodes (#1-2 : Bienvenue chez les X-Men ! Et à mort !) - la série sera diffusée à cette dose pour être raccord au moment où débutera la parution du prochain event Avengers vs X-Men à partir de Novembre, qui l'impactera.
Ce nouveau titre découle directement de la mini-série X-Men : Schism (publiée dans la revue "X-Men") au terme de laquelle deux camps de mutants se sont formés : d'un côté, l'option isolationniste prônée par Cyclope sur l'ïle d'Utopia au large de San Francisco ; de l'autre, la frange cohabitionniste défendue par Wolverine qui a choisi de se réinstaller dans l'institut Xavier (rebaptisé institut Jean Grey) de Westchester. La séparation s'est fondée sur le fait que Wolverine ne voulait plus que les jeunes mutants soient utilisés comme des soldats et réapprennent à vivre en paix avec les homo sapiens.
Wolverine a reçu le soutien de Kitty Pryde, du Fauve, d'Iceberg (et Malicia, Gambit, Rachel Grey, Rocket entre autres) mais aussi du Pr X (même si celui-ci reste en retrait, n'adhérant pas non plus à la philosophie de Cyclope).
Deux inspecteurs académiques viennent donc visiter l'institut, et la visite n'est pas de tout repos, surtout lorsque Kade Kilgore, le nouveau roi noir du nouveau Club des Damnés, vient défier Wolverine en promettant de détruire l'établissement et de provoquer une nouvelle haine anti-mutants...

Jason Aaron a eu une drôle d'idée en faisant de Wolverine un directeur d'école-enseignant, après avoir formalisé la rupture avec les disciples de Cyclope dans Schism... Mais, contre toute attente, non seulement cette idée fonctionne mais est traîtée sur le mode de la comédie (avec quand même pas mal d'action) ! Or, s'il y a bien un mélange délicat à réussir, c'est la mariage de la fantaisie et des super-héros (à moins de verser dans la parodie). Mais là encore, le scénariste fait mouche et emballe son affaire avec beaucoup de verve.
Les situations sont effectivement savoureuses, les dialogues piquants, la caractérisation bien sentie : on s'amuse franchement et quand Kilgore et son gang déclenche les hostilités, l'histoire bascule dans un joyeux délire avec tremblement de terre (dont l'origine est totalement foutraque), pluie de monstres de Frankenstein armés de lance-flammes, transformation des inspecteurs académiques... 
Tout ça, c'est la partie rigolade. Pour la dose d'action, c'est assez corsé avec Wolverine qui péte les plombs et, surtout, un authentique morceau de bravoure où le personnage d'Iceberg, souvent sous-exploité, hérite d'une scène d'anthologie. Le cliffhanger laisse augurer d'une nouvelle escalade dans l' "hénaurmité".

Au dessin, on retrouve Chris Bachalo. C'est un dessinateur qui m'a toujours posé problème : son style ne manque pas de puissance, dans un registre baroque-cartoony, mais avec des effets de découpage, d'encrage et de colorisation qui rendent l'ensemble parfois confus et pénible.
Il y a encore des plans un peu trop sombres, aux compositions alambiqués, qui nuisent à la lisibilité et donc à l'efficacité, mais pour le reste il faut reconnaître que c'est un choix judicieux car il traduit parfaitement plusieurs aspects du projet (la visite de l'école, avec un vrai soin apporté au décor, puis le chaos qui s'ensuit où tout part en vrille). Il est capable de croquer des gueules terribles à certains personnages comme de dessiner Kitty Pryde mignonne à croquer.
L'un dans l'autre, ce n'est pas parfait, mais il y a là des planches jubilatoires, à la (dé)mesure du script.
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Le premier épisode de Wolverine & the X-Men étant plus long que d'ordinaire (28 pages), pour boucler le sommaire, Panini propose donc un bouche-trou de 8 pages, issu du n°1000 (!) de la série Wolverine : il s'agit d'un bref flash-back sur Logan durant la seconde guerre mondiale, écrit par Vince Hernandez et joliment illustré par Luke Ross.
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Un relaunch décapant qui mérite qu'on s'y arrête - ne serait-ce que pour découvrir l'hilarant programme dispensé par l'institut Jean Grey...  

jeudi 28 juin 2012

Critique 332 : KINGDOM COME, de Mark Waid et Alex Ross



Urban Comics, le label de Dargaud, qui détient maintenant les droits d'exploitation des comics DC en France, vient de rééditer début Juin un grand classique : Kingdom Come, écrit par Mark Waid et illustré par Alex Ross, publié à l'origine en 1996.
En Avril 2009, j'en avais écrit une première critique (ma 24ème), d'après l'édition proposée par Semic, et je ne vais donc pas y revenir. Mais, voici le lien qui y mène :  


Petit rappel des faits tout de même :

Kingdom Come est une version du crépuscule des dieux dans l'univers des super-héros DC.

L'action se déroule dans un contexte futuriste alternatif à la continuité traditionnelle, les justiciers classiques se sont retirés, supplantés par une nouvelle génération de métahumains aux méthodes plus musclées, dont le chef de file est Magog. Ce dernier a précipité la retraite de Superman après avoir abattu le Joker, coupable d'un énième attentat qui a coûté la vie à la rédaction du Daily Planet (et donc de Lois Lane, la compagne de l'homme d'acier), un acte salué par l'opinion il y a dix ans.
Mais lorsque le même Magog et sa bande dévastent le Kansas en essayant d'arrêter le Parasite, Wonder Woman va demander à Superman de revenir pour rassurer le monde et rééduquer (au besoin par la force, comme elle le suggère) cette nouvelle vague de redresseurs de torts.
A contrecoeur, l'homme d'acier reprend du service et reforme la Ligue de Justice pour l'aider à mater les récalcitrants, allant jusqu'à enfermer les plus incorrigibles dans un goulag. Ce choix suscite la méfiance de l'ONU et précipite les manoeuvres du Front de Libération de l'Humanité dirigé par Lex Luthor. Lequel reçoit une proposition d'alliance inattendue en provenance de Batman, qui a lui aussi tout un bataillon derrière lui, bien décidé à ne pas obéir à toutes les initiatives du kryptonien et de sa bande.
La situation va progressivement et rapidement dégénèrer, entre les doutes de Superman, l'autoritarisme de Wonder Woman, les manipulations de Batman et le terrible atout secret de Luthor...
Témoin de tout cela, Norman McCay, un pasteur ami du défunt Sandman, est sollicité par le Spectre, bras armé de la vengeance de Dieu, pour arbitrer la situation in fine.


Kingdom Come a connu plusieurs éditions en France : celles de Semic, puis de Panini (qui reproduisait la version "Absolute" pour fêter les 10 ans de la saga), et désormais celle de Urban Comics. Cette dernière reprend l'intégralité du matériel de l'Absolute, soit les quatre épisodes de la mini-série initiale, ses deux épilogues (Un an après..., où Superman et Wonder Woman se retrouvent avec Batman pour lui annoncer une grande nouvelle ; et L'avenir, le final de Justice Society of America #22, trois pages, 8 vignettes muettes dévoilant plusieurs dates du futur de cet univers) et près de 100 pages de bonus - constitués de précisions sur la conception de la série par Mark Waid, des notes renvoyants aux planches pour en identifier tous les acteurs et repérer tous les clins d'oeil, la galerie complète des sublimes croquis des personnages - redesignés majoritairement par Alex Ross, plus Tony Akins, Barry Crain, Dave Johnson... - , un arbre généalogique géant de tous les héros et vilains, les couvertures des diverses éditions, les posters et images promotionnels... N'en jetez plus, la coupe est pleine !

De quoi rassasier le plus exigeant des fans et instruire le plus ignare des néophytes ! Le tout dans un album de 336 pages, impeccablement traduit par Jean-Marc Lainé, avec une couverture rigide, une impression exemplaire, une présentation à la fois sobre et élégante... Et pour seulement 28 E (là où Panini vendait le même contenu pour plus de 50 E) !


C'est, indiscutablement, un des plus bels albums de bande dessinée de super-héros dont on puisse rêver, et Urban Comics l'a fait, pour un prix défiant toute concurrence. La qualité de l'oeuvre est à la mesure de l'édition proposée, et sa relecture permet d'estimer pleinement la richesse impressionnante et l'influence qu'a eu ce projet sur les comics de son époque et depuis (on pense bien sûr à sa meilleure prolongation, approuvée et conduite par Alex Ross, dans l'arc Thy Kingdom Come de Justice Society of America, co-écrit par Geoff Johns, mais aussi à Civil War, de Mark Millar et Steve McNiven, chez Marvel).
Ross et Waid, dans une moindre mesure (même si les deux hommes se sont plus ou moins brouillés ensuite à cause de la "sequel", The Kingdom, écrite par le second sans l'assentiment du premier, et d'ailleurs progressivement négligée depuis), ambitionnaient de réaliser un ouvrage qui pourrait siéger aux côtés de classiques comme Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons ou The Dark Knight returns de Frank Miller (tout en étant une sorte de réplique aux comics "gim'n'gritty" issus de ces deux séries).
16 ans après, le temps a jugé et confirmé l'accomplissement de ce souhait. Kingdom Come est effectivement devenu un "must-have", un incontournable, narrativement impressionnant et visuellement prodigieux.


Comme le conclut Norman McKay : Amen !

lundi 25 juin 2012

LUMIERE SUR... DARWYN COOKE (2)

Déjà Vu,
écrit et dessiné par Darwyn Cooke
(publié dans Solo #5, puis Batman : Ego and Other Tails,
DC Comics)














Cette courte histoire de 12 pages est un hommage à l'épisode Night of the Stalker, écrit par Steve Engelhart et dessiné par Sal Amendola et Dick Giordano  paru dans les années 70, qui a nourri la passion de Cooke pour le personnage et les comics en général.
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Dr Fate,
écrit et dessiné par Darwyn Cooke
(publié dans JSA All-Stars, DC Comics)







Cette courte histoire est parue comme back-up de JSA All-Stars #5 (Challenging The Fate).   
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Avec mes remerciements à Joe Bloke et son blog : http://www.grantbridgestreet.blogspot.com/