mardi 6 mars 2012

Critique 315 : STARMAN 1 - SINS OF THE FATHER, de James Robinson et Tony Harris

Starman 1 : Sins of the Father rassemble les six premiers de la série écrite par James Robinson et dessinée par Tony Harris, publiée par DC Comics en 1994-1995.
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Knightfall... Les 3 premières pages de Starman #1. 

- Sins of the Father. David Knight est le fils de Ted Knight, le premier Starman, dont il a hérité le surnom, le costume, le bâton et le rôle de protecteur d'Opal City. Il est rapidement abattu par un sniper : cet assassinat marque le début de la vengeance d'un ennemi de Ted, the Mist, déterminé à éliminer toute la famille Knight. Bien qu'il dénigre le folklore super-héroïque, quand il comprend que la vie de son père et la sienne sont en danger, Jack Knight décide de reprendre le flambeau et de riposter. Il va découvrir qu'une famille de flics, les O'Dare, et un mystérieux personnage, prétendent aussi protéger la ville...


Jack Knight reprend la flambeau :
les 3 premières pages de Starman #3.

- A Day in the Opal. Jack Knight, dont le magasin d'antiquités a été détruit lors des attaques de the Mist, reprend ses affaires et rencontre le curieux émissaire d'un client intéressé par un tee-shirt dont le motif ouvrirait un passage au paradis. The Shade lui remet ensuite le premier volume de son journal afin qu'il apprenne à mieux connaître l'histoire de la ville...

- Talking with David, '95. Jack retrouve au cimetière son frère David, tué par the Mist. Cette rencontre irréelle permet aux deux hommes de discuter du rôle de héros, et de leur relation. Jack comprend qu'il reverra ainsi David une fois par an...
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Starman est l'exemple même de la série réussie alors qu'elle est issue d'une saga calamiteuse puisque sa publication a commencé après Zero Hour de Dan Jurgens et Jerry Ordway. James Robinson, le scénariste de l'excellent JSA : The Golden Age en 1993, allait en effet créer une version mémorable d'un héros tombé en désuétude, mais plus encore participer à la réinterprétation des canons super-héroïques, comme le firent Alan Moore, Kurt Busiek, Grant Morrison ou Neil Gaiman.
Le Starman originel était Theodore "Ted" Knight et fut imaginé en 1941, James Robinson (qui participa au lancement de la JSA avec David Goyer) s'appuie sur ce personnage d'un lointain passé pour livrer un récit sur la transmission, l'héritage, la responsabilité, comme le suggère le titre du recueil (qui est aussi celui du premier story-arc). Le fils aîné de Ted, David, est, comme son père, un scientifique et un "brave", c'est donc logiquement qu'il devient le nouveau Starman, en revêtant son costume et en brandissant son bâton cosmique. En revanche, Jack Knight est un cynique, usant de sarcasmes pour parler à la fois des apparats héroïques et du rôle de justicier dans une ville comme Opal City où la criminalité est quasi-inexistante. Mais tout cela va changer quand un vieil ennemi du père, the Mist (la Brume), resurgit avec l'objectif de supprimer toute la lignée des Knight. Jack qui refusait d'être impliqué dans ce "super-hero business" doit assumer son héritage à la fois pour sauver sa peau et celle de son père. Mais il n'est pas dit qu'il sera un justicier ordinaire...
Toute l'originalité de Robinson tient dans ce personnage de héros malgré lui, à la fois verbeux, ironique et farouche : de fait, Jack Knight est un individu qui tranche avec ce qu'on a l'habitude de trouver dans les comics de ce genre et il a conservé presque vingt ans après son apparition toute sa singularité, en inspirant d'autres qui, comme lui, n'ont pas la vocation mais y font face. 
Le scénario est très dense et introduit de nombreux éléments, suggérant que l'auteur voyait loin pour la série dès le début : d'abord, il y a la ville d'Opal City elle-même décrite comme un protagoniste à part entière (et superbement représentée dans un style art déco par le dessinateur Tony Harris) ; puis il y a certains de ses habitants (comme la famille Knight, les O'Dare, the Shade, la famille de the Mist, une diseuse de bonne aventure...). Le lecteur n'a pas besoin de posséder une culture des comics du "Golden Age" pour apprécier cet ensemble qui brille par sa cohérence, sa richesse et son accessibilité.
Pourtant, et c'est son plus beau tour de force, Starman est une bande dessinée sur l'Histoire, la généalogie de l'héroïsme, la famille. Et cela lui confère une humanité étonnante : on rigole aux saillies de Jack, on est ému par le vieux Ted, on évolue avec eux... Bref, le récit noue un lien immédiat et solide avec le lecteur.
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A ceux qui ont découvert plus récemment Tony Harris, son style sur ces premiers épisodes de Starman déroutera. Les influences de Mike Mignola (surtout), P. Craig Russel et Michael Golden sont très présentes, mais néanmoins l'artiste a un sens du storytelling indéniablement personnel.


The Shade et the Mist palabrent : deux autres pages de Starman #3.

Ses découpages sont nerveux, l'expressivité de ses personnages est soignée, son trait anguleux et la beauté de ses décors (résumée lors d'une double-page présentant Opal City dans l'épisode A Day in the Opal) est spectaculaire.
L'encrage appuyé de Wade Von Grawbadger renforce l'aspect expressionniste de ces planches, et a mieux vieilli que la colorisation de Gregory Wright.
Le seul vrai bémol concerne le lettrage de John Workman Jr (notamment sa façon d'écrire les "D" qu'on peut facilement confondre avec des "O") qui gêne la lecture.
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Finalement, à la fin de ce premier recueil, Starman peut aisèment être interprété comme une variation moderne sur un genre qui irrigue souvent les comics super-héroïques, à savoir les récits de chevalerie. Oui, c'est cela le charme de Starman et de Jack Knight : le charme de la romance chevaleresque et du héros qui naît parce qu'il est fait pour ça.

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