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mardi 6 mars 2018

STARMAN, VOLUME 6 : TO REACH THE STARS, de James Robinson, Jerry Ordway, Tony Harris, Mitch Byrd, Stefano Gaudiano, Peter Krause, Gena Ha, Steve Yeowell et Gary Erskine


La préface de ce sixième tome de la série est écrite par Tony Harris, le dessinateur et co-créateur de Starman, qui indique que s'y trouvent les derniers épisodes qu'il a mis en images (même s'il continuera ensuite à produire des couvertures pour le titre). C'est aussi un tournant pour le scénariste James Robinson qui prépare pour Jack Knight un nouvel acte dans ses aventures qui se prolongera dans les deux recueils suivants.


- Annual #2 (dessiné par Mitch Byrd et, pour les flash-backs, Stefano Gaudiano, Gene Ha et Steve Yeowell.) - Sa relation en couple avec Sadie Falk oblige Jack Knight à réfléchir au risque que fait courir sur elle son activité de héros. Il en discute avec elle en relatant trois histoires où divers protecteurs d'Opal City ont dû sacrifier leur amour pour leur devoir :

- Brian Savage alias Scalphunter fut le shérif de la ville dans les années 1900 et vécut une romance avec la riche Margaret DeVere au détriment d'Annie. Mais mal en l'aise dans la haute société, et menacé par un bandit qu'il finira par exécuter, il préféra se retirer et retourner auprès de sa première maîtresse ;

- Ted Knight, son propre père, vécut une passion éphémère avec sa partenaire au sein de la Justice Society of America, Dinah Lance alias Black Canary. Mais ils se séparèrent lorsqu'un détective maître-chanteur menaça de tout révéler et pour épargner leur conjoint respectif ;

- David Knight, le frère aîné de Jack, rompit avec sa fiancée Anne la veille de sa mort pour ne pas négliger l'héritage de Starman.

Aujourd'hui, Sadie avoue à Jack que son frère était Will Patton, le prédécesseur de David en tant que Starman, et lui demande de partir à sa recherche dans l'espace.


- Crossover Starman (#39-40. Dessinés par Tony Harris) / The Power of Shazam (#35-36. Ecrits par Jerry Ordway, dessinés par Peter Krause.) - 1942. Starman et Bulletman sont envoyés par le président Roosevelt pour une mission secrète en Alaska, supervisée par Jack Weston alias Minute-Man. 

Pendant ce temps, à New York, des nazis équipés de jets dorsaux coulent le bateau "le Normandie" et l'attaque est filmée par un caméraman. Sur son film on peut voir que c'est Bulletman qui mène cette agression !


De nos jours, ce document refait surface dans les médias et Jim Barr (Bulletman) est sommé de s'expliquer. Il s'évade de la prison, dans laquelle l'a enfermé le commandant Steel, avec l'aide de sa fille Deanna et part se réfugier à Opal City chez Ted Knight. Shazam est chargé d'aller l'y chercher et, pour le distraire, Jack doit lui faire face. 

Cependant, Jim Barr et Ted Knight retournent à Fawcett City où Mary Marvel prouve l'innocence de l'ex-Bulletman. Une conférence de presse en plein air est organisée au cours de laquelle Shazam et Starman appréhendent un groupuscule nazi qui avait piéger Barr et voulait le tuer.


- Villain's redemption (#41. Dessiné par Gary Erskine.) - Jack parle à son père de son projet de voyage dans l'espace pour retrouver le frère de Sadie dans l'espoir qu'il lui trouve un vaisseau. Cependant, Matt O'Dare et the Shade éliminent tous ceux qui pourraient entacher la carrière du policier autrefois corrompu. Matt parle avec Carl Earl, the Shade tue le caïd Milo Draper. Hope, la soeur de Matt, lui pardonne ses méthodes puis the Shade est disposé à lui parler de Brian Savage/Scalphunter dont il croit que l'aîné des O'Dare est la réincarnation.
  

- Knight's past (#43. Dessiné par Tony Harris.) - Jack ouvre enfin sa nouvelle boutique et la fait visiter à Ted - celui-ci a contacté Jay Garrick qui a appelé Flash pour trouver une fusée à Jack. Ce dernier rencontre alors la Justice League of America mais l'équipe ne peut lui prêter un vaisseau sans savoir s'il sera récupérable. The Shade intervient alors et présente à Jack l'appareil ayant appartenu à Brian Savage. Durant son absence, la boutique est confiée à Sadie.


- Destiny (#45. Dessiné par Tony Harris.) - Jack confie à Jake "Bobo" Benetti le soin de veiller, avec les O'Dare et the Shade, sur Opal City. Ted équipe le vaisseau de Brian Savage d'une boîte-mère prêtée par Orion pour pister la signature énergétique de Will Patton. Mikaal Tomas (le Starman alien bleu) avoue à son amant qu'il accompagne Jack qui demande à Sadie de l'épouser à son retour. Puis c'est l'heure du départ pour Starman.

On le devine avec le résumé des huit épisodes de ce recueil, ce sixième tome marque une transition dans la série. Comme le dit Ted Knight dans le dernier chapitre, Starman rejoint les étoiles auxquels, finalement, il appartient, comme son nom l'indique.

James Robinson écrit tout cela avec un mélange de légèreté et de mélancolie comme on peut en ressentir à la veille d'un grand voyage qui vous éloigne des être aimés et qui vous entraîne dans une quête grisante mais improbable. Mais ce qui se joue ici, c'est surtout la fin d'une époque et le début d'une autre pour Jack Knight : devenu un héros digne de ce nom, assumant son rôle de protecteur d'Opal City, ayant prouvé sa valeur, s'étant attaché des alliés, il n'a plus rien à prouver sur ce plan-là. Il s'envole donc pour l'espace par amour après que Sadie lui ait avoué s'appeler en vérité Jayne Patton et que son frère était Will Patton, le Starman actif entre la retraite de Ted Knight et le bref service de David Knight. Présumé mort, elle a pourtant la conviction qu'il est encore là, quelque part, ailleurs mais loin.

Jack doit donc se débrouiller avec ça : il est d'abord stupéfait de découvrir que Sadie lui a menti et s'/l'interroge pour savoir si elle l'a séduit uniquement pour avoir son aide. Puis, une fois qu'il a la conviction que leur amour est sincère et partagé, il prépare son départ et son voyage. Il essuie plusieurs échecs avant de pouvoir partir - la Justice League refuse de lui prêter un vaisseau spatial, mais finalement the Shade va le dépanner.

Avant cela, on a droit à un crossover entre les séries Starman et The Power of Shazam. Honnêtement, on s'en serait passé, mais il semble que DC ait voulu à l'époque exploiter le succès du titre de James Robinson pour aider celui de Jerry Ordway, qui s'employait à restaurer le lustre de Shazam (dont l'éditeur ne savait trop quoi faire). L'intrigue est bien ficelée et a le mérite de ne pas s'étendre (quatre épisodes), mais la mayonnaise ne prend jamais vraiment, comme si le choc culturel était trop fort. En effet, quoi de plus incongru que d'opposer puis réunir Jack Knight, alors l'archétype du héros moderne (tout en honorant le passé des super-héros), et Shazam, le "big red cheese", créée à la même époque que Superman (dont il fut un sérieux rival commercial à l'origine, quand Fawcett en détenait les droits) et parangon du surhomme magique en collants et encapé ? Par ailleurs, si Tony Harris affiche la grande forme graphiquement, le duo Peter Krause-Dick Giordano supporte mal la comparaison avec un dessin peu dynamique, déjà vieillot.

L'Annual #2 de Starman qui ouvre le recueil est une merveille en revanche : Robinson a recours à un procédé qu'il affectionne en mettant en parallèle présent et passé, le second éclairant le premier, pour philosopher sur le sacrifice des héros amoureux. Ce dilemme moral touche de plein fouet Jack Knight et entretient ses doutes à la lumière des mésaventures traversées par Brian Savage/Scalphunter, Ted Knight et Black Canary, et David Knight. De façon subtile et touchante, le lecteur comprend avec ces trois exemples le tourment de l'actuel Starman. Les segments se déroulant dans le passé profitent de très bons artistes comme Stefano Gaudiano (qui sera plus tard, longtemps, l'encreur de Michael Lark sur Gotham Central puis Daredevil), Gene Ha (le co-créateur avec Alan Moore de Top Ten - le flash-back le plus réussi du lot - et Steve Yeowell - qui succédera éphémèrement à Harris comme dessinateur de la série).

Les épisodes 41, 43 et 45 sont autant d'étapes avant le grand saut. Le tandem Matt O'Dare et the Shade est le plus dispensable, cette idée de faire du policier la réincarnation de Scalphunter convaincant difficilement. Tony Harris livre ses deux dernières contributions ensuite avec une inspiration visuelle inégale : il est clair qu'il fatigue, ses décors sont moins fouillés (hormis pour l'intérieur de la boutique de Jack et le design du vaisseau de Brian Savage), son découpage moins inventif, mais quand il s'en donne la peine (comme lors du décollage de la fusée), il sait encore nous en mettre plein la vue. Quant à Robinson, il reste fidèle à sa pudeur exemplaire pour la scène des adieux (ou plutôt des au revoir).

Inégal dans le fond comme sur la forme, To Reach the Stars n'est cependant pas sacrifiable pour apprécier la suite des aventures de Starman, qui vont prendre un tour beaucoup plus cosmique tout en restant profondément humain. La suite dans A Starry Knight...  

mardi 6 avril 2010

Critique 141 : GOTHAM CENTRAL - DEAD ROBIN, d'Ed Brubaker, Greg Rucka, Kano, Stefano Gaudiano et Steve Lieber

Gotham Central : Dead Robin est le dernier recueil de la série, rassemblant les épisodes 33 à 40, écrits par Ed Brubaker et Greg Rucka, et dessinés par Kano, Stefano Gaudiano et Steve Lieber. 
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- Dead Robin (Gotham Central 33 à 36) est la dernière histoire co-écrite par Ed Brubaker et Greg Rucka. Les dessins sont assurés par Kano et l'encrage par Stefano Gaudiano.
Le corps d'un adolescent vêtu du costum de Robin, le sidekick de Batman et leader des Teen Titans, est trouvé mort dans une ruelle. La Major Crimes Unit doit s'assurer qu'il ne s'agit pas du justicier et, en attendant d'en être sûr, Batman devient l'un des suspects... Jusqu'à ce qu'un autre cadavre, pareillement vêtu, ne soit découvert. Les rapports entre le commissariat et la presse sont au coeur de cette intrigue.
- Sunday Bloody Sunday (Gotham Central 37) est écrit par Greg Rucka et illustré par Steve Lieber (son dessinateur sur le creator-owned Witheout).
Lié aux évènements du crossover Infinite Crisis, cette histoire raconte comment Renee Montoya et surtout Crispus Allen, au coeur d'un Gotham ravagé, tentent de rentrer auprès de leurs proches. Captain Marvel y fait une apparition, tout comme le Spectre, et on assiste à la mort du vilain The Fisherman.
- Corrigan II (Gotham Central 38 à 40) est la suite et fin de l'arc entamé dans The Quick and the dead mais aussi l'épilogue de la série, écrite par Greg Rucka et dessinée Kano & Stefano Gaudiano.
Crispus Allen, ayant appris comment sa partenaire Renee Montoya avait empêché le flic ripou Jim Corrigan de le couler, entreprend de le pièger. Projet à l'issue dramatique et qui conduira Montoya à quitter le G.C.P.D..
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L'enseignement majeur à retirer de Gotham Central est la mise en valeur de la dichotomie dans le mythe Batman : d'un côté, il y a ce personnage extravagant et mystérieux à la fois de justicier solitaire, faisant sa loi sans se soucier des forces de police, et de l'autre, il y a ces détectives qui doivent faire règner l'ordre dans une ville où des psychopathes sèment la terreur.
Deux familles se partagent Gotham : la "Bat-family" (Batman, Robin, Alfred, l'ex-commissaire Jim Gordon) et le G.C.P.D. (en particulier la MCU). Batman était supposé être un vigilant sans licence agissant avec l'accord tacite de Gordon. Le commissaire remplacé et quelques officiers morts sur le terrain plus tard, la situation a totalement changé : Batman est progressivement devenu un ennemi pour les flics de Gotham qui le tiennent pour responsable de la mort de leurs collègues, de la recrudescence de la criminalité, et finalement le considèrent comme un délinquant.
La série Gotham Central, écrite par Greg Rucka et Ed Brubaker à la suite du crossover Officer Down au cours duquel Jim Gordon prit sa retraite, a offert n nouveau point de vue sur le "Batverse" et son héros. Jim Gordon parti, l'union sacrée et implicite entre le justicier et les policiers a rapidement volé en éclats et les membres de la Major Crimes Unit ont alors jugé Batman comme un obstacle, et même un handicap.
Tel que montré du point de vue de la police de Gotham, Batman est un électron libre dangereux plus qu'un allié fiable, et la série nous livre finalement un des meilleurs portraits du genre : pourr de simples mortels, les super-héros finissent par devenir davantage des menaces que des éléments rassurants. Pire : ils semblent plus attirer les problèmes, les alimenter, que les résoudre durablement.
Au cours des 40 épisodes de la série, Rucka et Brubaker ont fourni bien des prétextes à la police de Gotham d'avoir du ressentiment pour Batman. Dans une demi-douzaines de dossiers traités, Batman a été plus efficace que tous les détectives pour stopper Mr. Freeze et Two-Face, il a mis fin aux attentats du Joker et résolu l'affaire des Robin morts (qui ouvre ce volume). Et c'est en mentionnant le justicier que l'officier Josie MacDonald a empêché le détective déchu Harvey Bullock de se suicider dans l'album Unresolved Targets.
Lorsque Batman a failli, les enquêtes se sont terminées tragiquement, comme on l'a vu dans The Quick and the Dead, où l'officier Peak a dû abattre son partenaire, Kelly, changé en monstre. Et quand le vigilant est carrèment absent, comme dans le récit Corrigan II de ce Dead Robin, un autre détective le paie de sa vie.
Les membres du G.C.P.D. ne réagissent pas tous de la même façon vis-à-vis de Batman. Dans The Quick and the Dead, où le commissaire Michael Atkins décide de couper les ponts avec le justicier et le déclare même hors-la-loi, Allen et Montoya débatent sur le rôle de Batman : Allen, qui vient de Metropolis (la ville de Superman), croit que les méthodes de la Chauve-Souris sont à l'origine du chaos qui règne sur la cité, alors que Montoya, qui a toujours vécu à Gotham, doit sa vocation à Batman. L'attitude du détective Marcus Driver, un des premiers personnages-vedettes de la série, a beaucoup évolué depuis le début : dans l'histoire In the Line of Duty, Driver reproche à Batman la mort de son partenaire, tué par Mr. Freeze, avant de coomprendre le plan du justicier pour appréhender le criminel. Et quand la girlfriend de Driver, la détective Romy Chandler, tire sur Batman au cours de l'arc Dead Robin, Marcus lui résume ainsi la situation du justicier : "on our side, in his own way." ("de notre côté, à sa manière"). Driver, encore, obtiendra d'Akins qu'il demande l'aide de Batman pour le dossier Dead Robin, et plus globalement la description de la relation amour/haine de Marcus pour Gotham est la synthèse des sentiments qu'éprouvent tous les policiers de la ville envers leur protecteur.
Une des raisons de la défiance de la police de Gotham envers Batman tient justement à son statut d' "agent indépendant". Or, un des thèmes de Gotham Central est l'importance du partenariat, comme celui de Marcus Driver et de feu Charlie Fields, ou lors du sacrifice de Nate Patton pour sauver Romy Chandler, ou encore l'acharnement de Renee Montoya pour réhabiliter Crispus Allen après les manigances du flic corrompu Jim Corrigan.
Batman représente a contrario une entité indépendante et ce motif est au centre de l'intrigue de Dead Robin, quand la police doit le considérer comme un suspect : Allen note alors que "dans n'importe quel autre cas, le complice de la victime serait jugé comme tel".
Pourtant la résolution de cette affaire, tout comme celle de Corrigan II, est moins convaincante et satisfaisante qu'à l'accoutumée : sans doute à cause de l'annulation programmée de la série durant l'écriture de ces deux arcs, Brubaker et Rucka puis Rucka seul expédient le dénouement de ces enquêtes - surtout celle de Corrigan.
La fin de cette production laisse un goût amer d'inachevé, d'abord parce que la série était d'une qualité rare et que ses méventes font enrager, et ensuite parce que son héroïne principale quitte la police sur un constat d'échec (Renee Montoya deviendra détective puis justicière).
En outre l'apparition des Teen Titans avec leurs costumes bariolés (en particulier Starfire) et la liaison avec le crossover Infinite Crisis font un peu tâche dans le tableau d'une série dont le réalisme terre-à-terre et la sobriété visuelle étaient les atouts majeurs.
En revanche, le destin d'Allen et la déchéance de Montoya forment deux séquences très fortes, renouant avec ce que la production a offert de meilleur, de plus poignant, depuis ses gloriex débuts. Gotham Central s'y affirme comme une série animée par de grandes amitiés, puissament évoquées, et des tragédies intimes : elle s'achève sur une note très sombre, désabusée, digne des séries noires classiques.
On se rappelle alors les paroles de Jim Gordon dans la toute première histoire, In the Line of Duty, lorsqu'il déclarait : "quoique vous fassiez... Vous devez faire la différence". Cela rassemble à l'exergue parfaite pour cette série et ses héros : un comic-book exemplaire en termes de caractérisation, d'intrigue, de graphisme (Kano et Gaudiano y signent de superbes pages, dans la veine d'un Darwyn Cooke, et le passage de Lieber ne gâche pas la vue non plus).
Malgré son insccés commercial, c'est un regard unique sur la mythologie de Batman et du DCverse. Assurèment une des BD à redécouvrir d'urgence !

samedi 3 avril 2010

Critique 139 : GOTHAM CENTRAL - THE QUICK AND THE DEAD, de Greg Rucka, Michael Lark, Stefano Gaudiano, Kano et Gary Amaro

Gotham Central : The Quick and the dead est le quatrième receuil de la série rassemblant les épisodes 23 à 25 et 28 à 31, tous écrits par Greg Rucka et illustrés par Michael Lark (pour la dernière fois), Stefano Gaudiano, Kano et Gary Amaro.
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- Corrigan (Gotham Central 23-24) est écrit par Greg Rucka et dessiné par Michael Lark et Stefano Gaudiano.
Le détective Crispus Allen fait l'objet d'une enquête de la police des polices après que l'agent de la brigade scientifique corrompu Jim Corrigan ait dérobé une preuve sur une scène de crime. La mort du super-vilain Black Spider et l'implication d'une vieille collectionneuse sont les clés de cette affaire que Renee Montoya, la partenaire d'Allen, va aider à résoudre en révèlant sa nature violente (un élément amené à être développé ultérieurement).
- Lights Out (Gotham Central 25) est réalisé par la même équipe (Rucka, Lark et Gaudiano).
Sur ordre du commissaire Akins, le Bat-Signal est enlevé du toit du commissariat central. Le justicier masqué est déclaré hors-la-loi : c'est le point culminant du conflit entre les policiers et le vigilant, après les morts de plusieurs agents (Charlie Fields, Nate Patton et Ron Probson) contre Mr Freeze et le Joker.- Keystone Kops (Gotham Central 28-31) est écrit par Greg Rucka et dessiné par Stefano Gaudiano, encré par Kano.
Un agent en uniforme est transformé en monstre après une intervention l'ayant conduit dans un laboratoire abandonné par un des ennemis de Flash, le Dr Achemy. Or celui-ci est incarcéré à Keystone et prétend être le seul capable de sauver le policier. Malgré la mise en garde de Batman, conseillant de ne pas négocier avec le criminel, le G.C.P.D. échoue à guérir leur collègue, mais pour Renee Montoya, c'est l'occasion de se rabibocher avec son père, indirectement lié à l'affaire.
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En l'absence d'Ed Brubaker, bien que la série reste d'un niveau remarquable, elle perd quand même de sa force et cet album est en deçà des deux précédents (In the line of duty et Unresolved targets).
Greg Rucka seul aux commandes, cela révèle la particularité de chacun des deux scénaristes : Brubaker est indéniablement celui qui soigne les intrigues, construit les enquêtes, tandis que son partenaire est plus concentré sur l'étude de caractères, la caractérisation des personnages.
Les trois histoires de ce recueil atteste des préférences de Rucka : négligeant le suspense (sans toutefois bâcler le déroulement des récits), il nous gratifie de grands moments avec ses personnages favoris, en particulier la détective Renee Montoya qui n'hésite pas à faire le coup de poing avec le ripou Jim Corrigan pour innocenter son collègue Crispus Allen, ou le commissaire Akis défiant Batman dans le parking du G.C.PD. après avoir fait retirer le Bat-signal du toit de l'immeuble en affirmant que ses hommes meurent à cause du justicier et de ses ennemis.
Rucka sait aussi écrire avec une admirable subtilité et une étonnante économie narrative le rejet puis le rapprochement du père de Montoya avec sa fille (dont il désapprouve le lesbianisme). Deux scènes lui suffisent pour décrire sobrement mais puissamment ces situations : une vraie leçon de storytelling.
Cela dit, même mineur, The Quick and the Dead démontre que Gotham Central doit surtout être considéré comme un ensemble, une oeuvre globale, qui s'apprécie vraiment au-delà des forces et faiblesses, des pleins et des déliés, des sommets et des creux de chaque arc ou même de chaque épisode.
Il est aussi assez troublant de constater à quel point chacun de ses deux auteurs a marqué son territoire à travers certains des protagonistes : Ed Brubaker s'exprime clairement via Marcus Driver tandis que Greg Rucka a choisi Renee Montoya comme porte-voix. Il a fait d'elle une des héroïnes de comics les plus passionnantes de ces dernières années, en se jouant des clichés (la fliquette déterminée, rongée par une colère intérieure croissante, et homosexuelle) : jamais il ne cède à la facilité en étant complaisant sur l'intimité de la jeune femme ou sur sa caractérisation vis-à-vis des autres personnages.
Mais la contrepartie de ce soin particulier accordé à la détective, c'est qu'on a le net sentiment que cette attention s'effectue un peu au détriment de la série elle-même : Rucka aime tellement "sa" Montoya qu'il néglige le reste du commissariat et le travail de ses agents. C'est visible dans une scène dramatique comme celle où Montoya et son partenaire Crispus Allen négocient avec le Dr. Alchemy pour sauver la vie d'un auute officier du G.C.P.D. : en échange de son aide, le vilain réclame (et obtient) des confidences sur l'intimité de la jeune femme, dont il se moque. Allen est réduit alors à un rôle immérité de figurant.
Le favoritisme de Rucka l'empêche de traiter avec la même rigueur le personnage d'Allen comme tous les autres dès qu'ils apparaissent dans la même scène que Montoya. Il n'est donc pas étonnant que le scénariste ait continué à explorer la progression de son héroïne par la suite, une fois Gotham Central annulé, et The quick and the dead peut être considéré comme le vrai point de départ de la mutation du personnage telle que décrite dans 52 (puis la back-up de Detective Comics/Batwoman) où la policière deviendra le successeur de la Question.
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Malgré ces réserves sur le script, cet album reste indispensable, ne serait-ce que parce qu'il contient les ultimes épisodes dessinés par la paire Michael Lark-Stefano Gaudiano (23 à 25) : ce sont de nouvelles planches superbes, jusqu'à la dernière séquence dans le parking avec Akins et Batman d'une intensité fabuleuse malgré un découpage finalement très simple. Du grand art !
Puis Gaudiano signe un chapitre seul : le résultat n'est pas déshonorant mais un ton en dessous.
Lorsque Kano (puis, pour un épisode, Gary Amaro) vient le seconder à l'encrage, on obtient à nouveau des pages de belle facture, évoquant encore et toujours l'immense Mazzucchelli, dont l'influence graphique hante la série depuis le début.
Dans le recueil suivant (Dead Robin), les rôles s'inverseront avec encore plus de bonheur (Gaudiano encrant Kano). En tout cas, Gotham Central bénéficie d'une cohérence esthétique notable car rare chez DC, où trop souvent les équipes créatives tournent trop fréquemment.
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C'est un peu un volume de transition : décevant peut-être, mais on aimerait être déçu comme ça plus souvent car cela reste tout de même au-dessus de la moyenne... Et surtout la suite (et fin) va prouver que la série a encore beaucoup de belles choses à offrir !

mercredi 17 mars 2010

Critique 137 : GOTHAM CENTRAL - UNRESOLVED TARGETS, d'Ed Brubaker, Greg Rucka, Michael Lark et Stefano Gaudiano

Gotham Central : Unresolved Targets rassemblent les épisodes 12 à 15, écrits par Ed Brubaker et Greg Rucka, et 19 à 22, écrits par Ed Brubaker, de la série dessinée par Michael Lark et Stefano Gaudiano.
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- Soft Targets (Gotham Central 12-15) raconte commnt les policiers de Gotham se trouvent dans la ligne de mire du Joker, engagé dans une série de meurtres. Le maire de la ville est assassiné et bientôt le criminel met en ligne sur Internet, grâce à des webcams, les sites qu'il vise. Un éprouvante guerre des nerfs commence alors qui trouvera son dénouement lorsque le Joker se rend aux autorités après avoir élaboré un plan diabolique aux conséquences dramatiques pour deux des membres du G.C.P.D..
- Unresolved (Gotham Central 19-22) relate comment un ancien dossier sur un meurtre collectif impliquant le Châpelier Fou est réouvert. Cette affaire est l'occasion pour le flic déchu, Harvey Bullock, d'être réhabilité car il suspecte le Pingouin d'en être le cerveau.
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Les deux histoires contenues dans Unresolved Targets mettent en évidence les deux meilleurs aspects de Gotham Central, en réussissant à porter les qualités de la série plus haut encore que dans le volume 1 (In The Line Of Duty HC).
Dans le premier récit, Soft Targets, alors que le Joker sème la panique en ville, nous voyons comment la police de Gotham est constamment entre deux feux, au centre de batailles opposant Batman et ses ennemis les plus fous.
Ed Brubaker et Greg Rucka orchestrent cette partition avec un brio éblouissant : la tension de l'histoire ne faiblit jamais, l'atmosphère anxiogène est superbement restituée, à travers des scènes aux dialogues d'une prodigieuse habileté.
L'autre trouvaille richement exploitée est d'avoir situé cette course contre la montre en hiver, à l'époque des fêtes de Noël : le contraste entre la convivialité de cette période et l'épouvante qui s'abat sur les habitants et les forces de l'ordre donne lieu à des séquences mémorables d'une intensité électrique, comme lorsque les précautions des policiers se heurtent aux intérêts du nouveau maire, qui souhaite rassurer le public en organisant une arrestation aussi spectaculaire qu'inutile de fans du Joker.
La complémentarité de Brubaker, avec son art de bâtir des intrigues palpitantes et surprenantes, et de Rucka, avec le soin qu'il apporte à chaque personnage, leurs sentiments, leurs relations, font vraiment de Gotham Central un chef-d'oeuvre de la production DC de ces dix dernières années.
La seconde histoire, Unresolved, rédigée par le seul Brubaker, est d'une facture plus classique mais d'une puissance tout aussi remarquable : elle s'articule autour d'un motif typique de la "série noire", celui de la rédemption d'un flic que ses méthodes ont dans le passé conduit à son exclusion.
Harvey Bullock était mentionné dans In The Line Of The Duty, mais les raisons de sa disgrâce restaient nébuleuses : on les découvre ici, en même temps qu'un personnage inoubliable, à la carrure impressionnante et à la trajectoire empreinte d'un fatalisme digne des meilleurs romans de David Goodis.
Cet anti-héros renvoie aussi à l'autre figure qui hant la série sans presqu'y apparaître, l'ex-commissaire Jim Gordon, le fidèle allié de Batman (totalement absent lui de ces quatre chapitres) : avec Harvey Bullock, c'est une époque révolue du G.C.PD. qui est aussi évoquée, dont il ne reste quasiment plus rien - à peine ce passé conserve-t-il pour témoin Renee Montoya.
Brubaker se sert de cette différence éthique et générationnelle incarnée par Bullock pour souligner l'évolution du commissariat à travers la détective Josie MacDonald, jeune recrue qui ne comprend pas l'indulgence des anciens partenaires de ce flic déchu alors que, dans le même temps, ils se méfient de l'agent de la brigade scientifique Jim Corrigan, un modèle d'intégrité professionnelle selon elle.
Encore une fois, les personnages densifient l'intrigue et l'intrigue enrichissent les personnages : peu de comics exploitent aussi adroitement la narration, les enjeux dramatiques et ses acteurs, sans sacrifier aucun de ces trois éléments.
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Michael Lark va aussi à partir de ces épisodes entamer une fructueuse collaboration avec l'encreur-finisseur Stefano Gaudiano : leur rencontre, qui a produit des planches magnifiques dans le récent run de Brubaker sur Daredevil, sonne déjà comme une évidence tant les deux artistes se complètent déjà à merveille.
On a peut-être affaire là au tandem qui sait aujourd'hui le mieux représenter ce qu'on pourrait appeler des "street-level stories", des récits urbains d'un réalisme saisissant : leur Gotham city est le développement de celle qu'avait cartographié David Mazzucchelli dans Batman : Year One, évoquant New York (comme le soulignait Lawrence Block dans la préface du volume 1) tout en lui donnant une identité visuelle unique.
Il faut aussi saluer avec quel talent ils dessinent l'abondant casting de la série (24 rôles listés dans le "who's who" ouvrant l'album) : chaque personnage, même celui qui ne fait qu'une brêve apparition, est dôté d'un physique, d'une allure, immédiatement reconnaissable, dont se dégage une humanité troublante. C'est aussi ainsi que la mort de certains d'entre eux devient un moment fort car le lecteur non seulement sait exactement qui est la victime mais a pu s'attacher à elle et mesure la vulnérabilité de ces "simples mortels" pris dans les conflits entre un justicier déguisé en chauve-souris et des psychopathes aussi excentriques qu'infâmes.
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En se concentrant sur les épisodes de l'équipe formée par Brubaker-Rucka/Lark-Gaudiano, ce recueil softcover conserve sa cohérence esthétique et narrative. Mais surtout il confirme l'exceptionnelle excellence d'une oeuvre à (re)découvrir de toute urgence : oui, Gotham Central est vraiment un "masterwork" !