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samedi 25 novembre 2023

POISON IVY, TOME 2 : NATURE HUMAINE, de G. Willow Wilson, Atagun Ilhan et Marcio Takara


Le premier tome de Poison Ivy avait été une excellente surprise. Restait à confirmer avec le deuxième, car entre temps la série limitée à six numéros était devenue une maxi en douze puis une ongoing. G. Willow Wilson a su trouver de quoi développer son projet et ce nouveau recueil se décompose en trois histoires, dessinées par Atagun Ilhan et Marcio Takara.


Ivy arrive dans la ville de Parson, Montana, où la société de fracturation hydraulique emploie beaucoup d'habitants. Pourtant ceux-ci sont conscients des ravages écologiques de cette exploitation et Ivy compte enquêter à ce sujet en se faisant embaucher par la patronne de FutureGas, Beatrice Crawley. Mais celle-ci la reconnaît et la piège.


Empoisonnée, Ivy ne doit son salut qu'à l'intervention de Janet, la secrétaire de Crawley, qu'elle a déjà rencontrée plus tôt lors de son voyage. Mais cette dernière est souffrante et doit subir une greffe du foie à Seattle et compte bien sur Ivy pour l'aider à son tour ensuite...


Ivy et Janet se sont établies à Seattle dans un cottage lorsqu'elles reçoivent la visite de Harley Quinn. Les retrouvailles entre les deux amantes aboutissent à une révélation pour chacune d'elles : Ivy comprend que comme une plante elle se régénère, Harley admet que Ivy doit poursuivre sa route sans elle encore un moment avant de regagner Gotham.
 

Janet convainc Ivy de l'accompagner à une retraite organisée par Gwendolyn Caltrope, prêtresse new age et femme d'affaires qui commercialise diverses potions. Après en avoir ingéré, Ivy et les adeptes s'abandonnent complètement à la débauche.


Ivy comprend que le breuvage a libéré une partie de ses pouvoirs grâce à un champignon contenue dans la boisson et grâce à cela elle peut contrôler les esprits des femmes présentes. Dans une sorte de transe collective, elles entreprennent d'empêcher des camions d'accéder à une raffinerie mais l'expérience dégénère pour Gwendolyn.


Devenue un monstre végétal, Gwendolyn s'attaque à Ivy qui contre-attaque et la tue. Une fois remise, Ivy concocte un antidote mais une des femmes refuse de le recevoir et s'en va. Janet et Ivy reprennent la route, direction : Gotham...

C'est un destin peu commun qu'a connu ce titre : lancé comme une mini-série en six chapitres, son succès critique et public lui a valu d'être rallongée de six numéros supplémentaires, et comme les lecteurs ont continué à le plébisciter, DC a décidé d'en faire une série illimitée.

Cette réussite est d'abord celle de la scénariste G. Willow Wilson qui a su trouver un angle original et riche de possibilités pour le personnage de Poison Ivy, qui n'avait jamais eu droit à sa propre série auparavant. Wilson, elle-même, revient de loin : si elle co-créé avec le dessinateur Adrian Alphona Kamala Kahn/Ms. Marvel, elle a ensuite connu beaucoup de difficultés pour rebondir, alternant projets en creator-owned (Invisible Kingdom, officiellement en stand-by, mais dont il est plus probable de penser qu'il n'aura pas de suite) et work for hire (une reprise ratée de Wonder Woman notamment).

Dans le premier tome, on suivait Poison Ivy après ce qu'elle avait traversé durant le crossover Fear State durant lequel elle avait donné naissance à un double surpuissant, Queen Ivy, avant de perdre une partie de ses pouvoirs. Désemparée, revancharde aussi, Pamela Isley quittait Harley Quinn et Gotham pour une expédition punitive à travers les Etats-Unis avec le projet d'éradiquer l'humanité qu'elle jugeait responsable de la dégradation de la planète.

Mais en cours de route, au gré de rencontres, Ivy se rendait compte que ce châtiment était trop extrême, qu'il y avait des gens méritant d'être épargnés, et après un combat à mort contre Jason Woodrue/l'Homme Floronique (à l'origine de ses pouvoirs), elle faisait marche arrière  en ne ciblant plus que les vrais pollueurs.

C'est ainsi qu'on la retrouve en ouvrant ce deuxième tome dans un arc en deux parties. Première surprise : celui-ci est dessiné par Atagun Ilhan.

L'intrigue est classique mais rondement menée, même si elle manque de subtilité. Ilhan n'est pas mauvais mais son dessin comporte quand même beaucoup de maladresses et il faut les couleurs de Arif Prianto pour conserver l'esthétisme si spécial du titre. Beatrice Crawley campe une méchante redoutable mais (apparemment) vite sacrifiée, comme si Wilson avait imaginé ce diptyque en urgence, en attendant de repasser aux choses sérieuses.

Et on n'a donc pas trop à attendre puisque, dès l'épisode 9, Marcio Takara revient au dessin et on a droit à un épisode done-in-one avec le retour également de Harley Quinn. Il paraît alors bien loin le temps où DC refusa à J.H. Williams III le mariage de Kate Kane/Batwoman avec Maggie Sawyer. Ici, on voit deux femmes qui s'aiment, couchent ensemble, et partagent même un trip hallucinogène !

Si Harley a rejoint Ivy à Seattle pour la convaincre de rentrer à Gotham, ce n'est pas pour tout de suite. Wilson enchaîne avec un récit en trois parties où elle traite des gourous new age californiens qui promettent le bien-être à leurs clients. Ce mélange d'affairisme et de spiritualisme donne moins lieu cependant à une critique en règle qu'à une intrigue échevelée et psychédélique.

On renoue alors avec l'esthétique horrifique de la série et Marcio Takara nous éblouit en passant sans transition de scènes a priori acides (et sous acide) à d'autres franchement cauchemardesques. Là aussi, la contribution du coloriste Arif Prianto ajoute considérablement au cachet de la série avec une palette nuancée et violente à la fois.

Le dénouement de cette aventure revient de manière habile sur les théories conspirationnistes attachées au vaccin (comme ce fut le cas lors de la pandémie de Covid) et nul doute que G. Willow Wilson va certainement exploiter cette femme qui refuse l'antidote de Ivy.

Ce qui est tout aussi certain, c'est que DC tient avec Poison Ivy une de ses meilleures séries actuelles mais aussi un véritable ovni, à mi-chemin entre une production indé qui rappelle ce que publiait le label Vertigo (dont il se dit qu'il pourrait renaître d'ici 2025) et quelque chose de plus mainstream. On va continuer à suivre ça avec attention.

dimanche 9 juillet 2023

POISON IVY, TOME 1 : CYCLE VERTUEUX, de G. Willow Wilson, Marcio Takara, Dani et Brian Level


le premier tome de la série Poison Ivy sera disponible en français chez Urban Comics. Il faudra l'acheter car c'est une des belles histoires (éditoriales) de ces derniers mois mais surtout parce que c'est un des meilleurs titres actuels et qui est plus agréable de lire en album. Ce succès, on le doit à G. Willow Wilson, qui a trouvé une approche vraiment intéressante pour traiter du personnage, et à Marcio Takara, qui a enfin l'opportunité de prouver tout son talent sur la durée.


- Photosynthesis (Prologue - issu de Batman #124. Ecrit par G. Willow Wilson, dessiné par Dani) - Poison Ivy a été séparée de son double maléfique et surpuissant, Queen Ivy, à la suite de Fear State. Son amie Bella Garten/la Jardinière, lui explique qu'elle a risqué sa vie dans cette affaire. Mais Ivy veut récupérer l'intégralité de ses pouvoirs et se lance dans un road-trip sur les traces de Jason Woodrue, l'homme qui a fait ce qu'elle est...


- The Virtuous Cycle (#1-6) - Au volant d'un van, Pamela Isley.Poison ivy parcourt les Etats-Unis et tient un journal dans lequel elle s'adresse à son amante, Harley Quinn, restée à Gotham. En route, elle libère des spores très agressives (ophiocordyceps lamia) qui attaquent de manière très virulentes les hommes mais protège la nature. L'objectif de Ivy est de purger la Terre des humains qui, selon elle, contribuent à sa destruction.


Elle fait ensuite une halte dans un diner où elle partage sa table avec Jenny dont elle apprend qu'elle est recherchée par la police et qu'elle aide à échapper à deux agents en disséminant à nouveau quelques spores. Puis Ivy se pose dans un hôtel où elle sympathise avec la gérant, Carrie, qui essaie de créer un espace vert.


Plus loin elle se fait embaucher dans un entrepôt d'empaquetage dont le recruteur harcèle sexuellement ses employées : il le paiera cher. Ivy a une aventure avec une fille qui était victime de cet abuseur. Progressivement, au fil des rencontres qu'elle fait, ses convictions sont ébranlées : si elle estime que l'espèce humaine représente un fléau pour la survie de la Terre, elle comprend que des individus méritent malgré tout d'échapper au funeste sort qu'elle réserve aux gens. Ce qui ne l'empêche pas d'exploiter le système de livraison sur tout le pays pour faire circuler ses spores...


Enfin, elle arrive dans la ville où, jadis, Jason Woodrue la tortura pour la transformer en Poison Ivy. Leur affrontement est âpre et indécis jusqu'au bout. Au point de convaincre Ivy de modifier son terrible projet ?


C'était il y a un an (en Juin 2022 pour être exact) que sortait le premier numéro de Poison Ivy. DC décide de publier une mini-série en six épisodes pour surfer sur le succès de l'arc Fear State dans Batman (alors écrit par James Tyniion IV) où Pamela Isley tenait un second rôle spectaculaire. Un double rôle pour être précis.
 

Car en plus d'être Poison Ivy, elle était aussi Queen Ivy, son double maléfique et surpuissant, réfugiée dans les catacombes de Gotham dont elle voulait provoquer l'effondrement, ensevelissant ainsi toute la ville. Au terme de cette intrigue, avec l'aide de Harley Quinn mais aussi de la Jardinière (Bella Garten, ex-maîtresse de Pamela Isley, également pourvue de pouvoirs sur les végétaux), Queen Ivy est neutralisée et Poison Ivy sauvée d'une mort certaine. Mais elle se rend aussi compte que ses pouvoirs ont franchement diminué dans l'affaire...

G. Willow Wilson construit sa mini-série à partit de cela mais le hardcover vo n'a pas jugé bon de rappeler ces événements mais Urban Comics intégrera à son édition la back-up story issue de Batman #124 pour que tous les lecteurs sachent d'où elle part. J'ai préféré pour ma part le mentionner dans cette critique avec une page d'illustration signée Dani (excellente artiste, au style très Frank Miller, sublimé par les couleurs de Trish Mulvihill).

Aux environs de l'épisode 4, DC se rend compte que Poison Ivy est un vrai sleeper, un succès surprise, et accorde à G. Willow Wilson six épisodes supplémentaires pour conclure son intrigue. Malgré cela, la scénariste boucle son premier arc de manière déjà satisfaisante, mais elle sait aussi en profiter pour modifier ses plans et ceux de son héroïne, dont la quête prend une nouvelle tournure, moins apocalyptique.

Le conte de féé ne s'arrêtera pas là puisque, alors que le second arc est entamé, l'éditeur passe à la vitesse supérieure et demande à G. Willow Wilson d'écrire désormais une série illimitée ! Un vrai phénomène, rarissime dans le monde des comics, mais qui prouve que le public (comme la critique d'ailleurs) a répondu très favorablement à la proposition de la scénariste, la première à se coir accorder le privilège d'un titre mensuel sur Poison Ivy.

Maintenant, reprenons du début. Wilson est surtout connue pour avoir co-créé avec le dessinateur Adrian Alphona le personnage de Kamala Kahn/Ms. Marvel chez Marvel, qui a eu droit à sa propre série en live action sur Disney + l'an dernier et qu'on retrouvera cet automne au cinéma dans The Marvels (la suite de Captain Marvel). La suite fut beaucoup plus compliquée pour elle, qui passa notamment sur Wonder Woman sans convaincre, ou en indépendant avec Invisible Kingdom (chez Dark Horse).

Poison Ivy marque donc son retour au premier plan. On sent que ce personnage lui parle et qu'elle s'en sert pour faire passer des idées personnelles, mais surtout elle trouve une approche originale, respectant l'ambiguïté de celle qui fut longtemps cantonnée à être une adversaire de Batman ou la compagne de Harley Quinn ou une des trois Gotham City Sirens. Au début de ce premier tome, c'est surtout une femme qui a failli être dévorée par une partie d'elle-même, surpuissante, connectée au Vert (l'énergie cosmique qui relie tous les organismes végétaux de la Terre), incarnée en un double terrifiant, Queen Ivy.

Elle n'a dû son salut qu'à l'intervention des deux femmes qui l'aiment, Harley Quinn et Bella Garten/la Jardinière (une création de James Tynion IV, pourvue elle aussi de pouvoirs sur les végétaux). Cette dernière a étudié avec Pamela Isley les travaux de Jason Woodrue alias Floronic Man, un ennemi de Swamp Thing, qui a ensuite torturé Pamela pour en faire Poison Ivy. N'acceptant pas cette régression après avoir goûté au pouvoir suprême, Ivy décide de retrouver Woodrue, malgré leur passé douloureux, quittant Bella et Harley.

Ne vous attendez pas en lisant Poison Ivy à une série d'action. Le rythme est plutôt lent, du moins posé, très character's driven. Ce qui intéresse Wilson, c'est Ivy et Ivy d'abord. La scénariste a à coeur de définir cette femme non plus par rapport à ses ennemis (que ce soit Batman ou Floronic Man) ou ses amours (Harley, Bella). Elle revient aux sources et en fait une sorte d'éco-terroriste décidé à éradiquer les humains de la Terre car elle les juge responsables de toutes les calamités écologiques, climatiques, environnementales. Pour cela, elle use d'une arme abominable et invisible : des spores particulièrement agressives qui se répandent dans l'air et dévorent les chairs mais épargnent les végétaux.

Wilson imagine des moyens de propagation glaçants : dans le diner où elle se restaure, Ivy contamine les clients à leur insu, puis plus tard, encore plus flippant, elle pense à se servir de paquets destinés à être livrés partout dans les Etats-Unis (sur le modèle des colis Amazon) pour disséminer son poison. Il reviendra à l'auteur et au personnage de corriger le tir dans la suite puisque, comme on va le voir, au terme de ce premier arc, Ivy change ses plans et son opinion vis-à-vis de sa cible...

La narration s'appuie aussi sur une voix-off qui est en fait la retranscription du journal que rédige Ivy à l'attention de Harley Quinn. Sans être trop envahissante, cette partie du texte permet d'affiner l'évolution psychologique du personnage et pour le lecteur de s'y attacher alors qu'au tout début, on la suit, épouvanté par son plan. L'affrontement final contre Jason Woodrue tient toutes ses promesses et scelle la première partie de la série sur une note accrocheuse pour la suite.

Au dessin, c'est donc Marcio Takara qui a été choisi pour illustrer ce script remarquable. Voilà un artiste que j'apprécie mais qui n'a eu que très rarement l'occasion de briller sur le long terme car il a souvent été appelé pour des fill-in. Pourtant, c'est un professionnel au style élégant qui ne demandait qu''à être testé. Et Poison Ivy le lui permet.

Associé à un excellent coloriste en la personne de Arif Prianto (dont on peut également apprécier l'apport sur les planches de Yasmine Putri dans Dark Knights of Steel), Takara se révèle impeccable. Le registre de la série s'inscrit dans une veine volontiers horrifique, à cause des effets des spores sur les humains. Il faut avoir le coeur bien accroché sur certaines scènes qui ne ménage pas le lecteur et les victimes de Poison Ivy.

L'influence du cinéma de David Cronenberg, grand cinéaste du corps et de ses mutations, est évidente. Poison Ivy, dans le prologue, perd sa peau verte mais conserve les stigmates de son précédent état, comme des croutes, des veines, des tiges, des petites feuilles qui persistent à apparaître sur son épiderme. C'est une créature en pleine évolution, avec sa part d'étrangeté mais plus humaine, plus passe-partout. D'ailleurs, elle n'apparaît plus dans un costume de super-vilaine, ce monokini vert qui a fait sa gloire : elle porte une combinaison de jardinière verte, sous laquelle on voit un maillot de corps noir. Sa longue chevelure rousse n'est plus surplombée d'une couronne de feuilles non plus mais attachée en une queue de cheval. Takara, comme Wilson semblent avoir voulu débarrasser le personnage de ses oripeaux, du folklore comics pour, là encore, que le lecteur ne soit pas déconcentré et voit la femme avant la méta-humaine.

En revanche, lorsque Jason Woodrue apparaît, d'abord de manière cauchemardesque et fugace dans des moments dont on ne sait s'ils sont des songes ou réels, puis lors du combat contre Ivy, son apparence est monstrueuse, effrayante, imposante. Son gabarit surpasse celui de Ivy et sa puissance paraît sans égale, ce qui contribue à créer un suspense très convaincant quant à l'issue de la bataille.

Tout au long du road-trip de Ivy, elle croise des humains ordinaires, des femmes qui la renvoient à ce qu'elle a été, est ou va devenir, comme Jenny la fugitive dans le diner, Carrie l'hôtelière, ou Jesslyn dans l'entrepôt d'empaquetage. Ces rencontres vont la troubler profondément et progressivement, sans que Wilson n'oublie Harley Quinn, omniprésente en pensée pour Ivy. Une scène troublante voit même Ivy coucher et faire l'amour avec Jesslyn et Takara cadre cette étreinte hors-champ, ne projetant que l'ombre des deux corps des deux femmes sur un mur auquel est adossée Harley, observant tout ça avec un sourire ravi (ou crispé ?) aux lèvres.

Notons que sur les épisodes 5 et 6, Takara reçoit le renfort de Brian Level : leurs styles ne se ressemblent pas mais chacun s'aligne sur le scénario et le mix ne dépareille pas (même si, pour part, je préfère Takara).

J'espère, enfin, que Urban conservera les bonus du hardcover dans lequel on trouve toutes les recherches de Marcio Takara pour les différents looks de Poison Ivy au cours de ces six épisodes, notamment quand elle déchaîne ses pouvoirs. On voit que l'artiste s'est vraiment investi dans la série et n'est pas arrivé dessus simplement pour illustrer le script.

Bref, que vous choisissiez dès à présent de vous procurer l'album en vo ou d'attendre mi-Août pour la vf, notez cet achat pour votre panier. Poison Ivy est vraiment une série singulière et captivante, superbement écrite et dessinée. 

mercredi 10 février 2021

FUTURE STATE : JUSTICE LEAGUE #2, de Joshua Williamson et Robson Rocha, Ram V et Marcio Takara


La suite et fin de Future State : Justice League se déroule d'une drôle de manière. On sent que Joshua Williamson aurait bien aimé avoir un peu plus de temps pour développer son intrigue qu'il achève aussi vite qu'il le peut. Les dessins de Robson Rocha eux-mêmes sont aussi inégaux. En revanche, pour Justice League Dark, Ram V continue d'épater et Marcio Takara se déchaîne joliment.
 

2040. L'Hyperclan a pris la place (et l'apparence des membres) de la Justice League. Ils gagnent les coeurs de la population qui ignore l'imposture et ferme les yeux sur les méthodes expéditives qu'ils emploient pour garder leur secret en procédant à des captures préventives.


Envoyé par leurs ennemis sur un monde infernal, la vraie Justice League doit trouver un moyen de rapidement rentrer sur Terre car l'environnement de cette planète les menace. Ils découvrent qu'ils se trouvent là où étaient bannis les martiens blancs.


Ces derniers pouvant prendre l'apparence de n'importe qui, bientôt l'ambiance se tend entre les héros qui pensent qu'un traître se cache dans leurs rangs. Mais en examinant leurs manies, ils retrouvent la confiance. Et Kid Quick surtout a une solution pour les renvoyer sur Terre.


En partageant la Force Véloce dont il tire ses pouvoirs, le speedster réussit à traverser le Multivers et la Justice League resurgit sur Terre juste à temps pour empêcher l'HYperclan d'asservir la population. Cette victoire redessine les relations entre les héros qui réfléchissent à recruter.

Future State n'a pas donné les mêmes chances à toutes ses mini-séries et Justice League en témoigne avec sa conclusion éclair qui s'avère frustrante. Pourtant confiés à l'ex-scénariste de Flash, on pouvait penser que deux épisodes suffiraient à Joshua Williamson, mais il est clair qu'il a dû expédier son intrigue.

Le précédent chapitre s'achevait sur la révélation de l'identité des vainqueurs de la Legion of Doom et de la Justice League : Williamson avait ressorti l'Hyperclan, créé par Grant Morrison, et envoyé les héros on-ne-sait-où, victimes de ces imposteurs machiavéliques.

Qu'attendre à partir de là ? Un second numéro découpé en deux parties distinctes : d'un côté, l'Hyperclan prend la place de la Justice League pour conquérir la Terre en asservissant ses habitants. La motivation des méchants n'est pas très originale, c'est le moins qu'on puisse dire, et les moyens d'arriver à leurs fins s'avèrent grossiers. Surtout le nombre de personnages devient trop important pour penser qu'ils seront suffisamment développés.

De l'autre, la vraie Justice League, dans un endroit hostile, doit surtout faire face à la parano qui la saisit car un d'eux pourrait être un traître. Malheureusement, là encore, Williamson se contente de clichés comme d'écrire le nouveau Batman aussi suspicieux que Bruce Wayne ou Jon Kent aussi boy scout que Superman. Les autres font de la figuration, manquant de consistance, même si certains profitent de leur "virginité" comme Andy Curry ou le nouveau Flash. Le scénariste parvient néanmoins à animer Yara Flor de façon plus intelligente que dans sa propre mini-série (en même temps, ce n'est pas difficile).

Quand les bons retrouvent les méchants, juste à temps pour enrayer leur plan, l'affaire se règle très rapidement, à grand coup de doubles pages et de raclées express. Ce n'est pas plus mal car, franchement, l'Hyperclan ne dispose d'un charisme redoutable et cela permet à Williamson de procéder à un raccourci pratique pour dire que la Justice League, maintenant que ses membres se font confiance, est plus efficace. Mais bon, ça s'arrête là (quand bien même la fin est ouverte avec le projet de l'arrivée de nouvelles recrues - ce qui induirait que DC donne à Williamson l'opportunité de développer une prochaine série ?).

Robson Rocha semble lui aussi un peu pressé car ses planches alternent le bon et le moins bon. Quand i se lâche sur les doubles pages, l'artiste fait preuve d'un dynamisme imparable, prouvant sa maîtrise des scènes d'action et sa capacité à composer ce genre de moments avec une figuration notable. Il maîtrise les designs de ces personnages et son trait organique convient bien au propos.

En revanche, quand il faut se poser et découper des scènes reposant sur les dialogues, Rocha devient plus emprunté. Certes, il dessine les émotions de manière expressive, mais en oubliant les décors, privilégiant les gros plans. L'encrage laisse aussi un peu à désirer, comme si Daniel Henriques avait manqué de temps ou que Rocha n'avait pas trop fignolé.

Une fin en demi-teinte donc. 

*


2030. Dr. Fate prend Etrigan le démon à part pour lui expliquer ce qu'il a fait quand il se cachait de Merlin. Afin de réparer son casque, il a recherché Nabu mais s'en est remis à Hauhet qui lui a montré le futur et lui a révèlé ainsi que Jason Blood, l'alter ego d'Etrigan, avait été tué.


Furieux et désespéré, Etrigan songe à fuir mais Bobo le force à reconsidérer cette option en le convainquant que Merlin le craint. Pendant ce temps, Zatanna, Ragman, John Constantine et Mme Xanadu commencent à affronter l'armée de Merlin qui les a localisés.


A la tête de cette armée, l'Enchanteresse défait les résistants jusqu'à ce que Etrigan la neutralise. Merlin apparaît alors en compagnie de son chevalier dont l'identité remet tout en cause. Dr. Fate fait alors un sacrifice pour que ses amis soient épargnés et gardent espoir pour la suite...

La fin de Justice League Dark est très dark. Ram V ne laisse guère planer le doute depuis le début et on en a la confirmation : le futur ici dépeint n'est pas clément pour les magiciens, sorciers et autres créatures paranormales auxquels Merlin fait la chasse.

Comme Grifters de Rosenberg/di Giandomenico, l'épilogue laisse un goût amer, mais qui n'est pas si désagréable car enrobé dans une formule un peu facile certes ("là où il y a de la magie, il y a de l'espoir") mais bien servie.

Bien sûr, tout cela aurait été mieux avec un épisode (au moins) de plus car le background posé par Ram V est très riche. Le scénariste doit se contenter d'évoquer à grands traits tout un déclin qui pourrait former une vraie saga (mais qui sait, peut-être s'en resservira-t-il à partir du mois prochain dans la reprise de la JLD en back-up de la Justice League de Bendis ?).

Comme Williamson, Ram V découpe son récit en deux parties qui se répondent et où les doubles pages servent de véhicule à des scènes spectaculaires et explicatives à la fois. Le dialogue entre Etrigan et Bob d'un côté, la bataille contre l'armée de Merlin de l'autre fournissent des moments intenses. Et l'identité du chevalier qui sert Merlin est un twist étonnant tout comme le sacrifice consenti par le Dr. Fate. C'est habile et Ram V prouve une fois de plus qu'il est un auteur sur qui il faut compter.

De son côté Marcio Takara lâche les chevaux comme rarement. Cet artiste souvent appelé comme bouche-trou a saisi l'opportunité qui s'offrait à lui de donner son meilleur. Grâce à la colorisation de Marcelo Maiolo, il produit des planches superbes, puissantes, composées de manière inventive, très denses. On en prend plein les yeux, mais surtout, Takara exploite à fond l'espace qui lui est alloué et rend justice au script de Ram V.

Il faut vraiment espérer que la JLD ne restera pas cantonné au complément de programme de Justice League maintenant qu'avec Ram V la série dispose d'un scénariste pleinement investi et inspiré. Ce titre mérité mieux que des miettes. Mais "là où il y de la magie, il y a de l'espoir..."

mercredi 13 janvier 2021

FUTURE STATE : JUSTICE LEAGUE, de Joshua Williamson et Robson Rocha, Ram V et Marcio Takara


Future State : Justice League présente en vérité deux titres dans un seul numéro, et en cela il préfigure ce que sera le mensuel Justice League en Mars prochain. D'abord, Joshua Williamson et Robson Rocha proposent une aventure de la Ligue de Justice du futur, tandis que Ram V et Marcio Takara développent l'avenir de la Justice League Dark. Dans les deux cas, une réussite.


2040. T.O. Morrow a formé une nouvelle Légion Fatale pour s'en prendre à la nouvelle Justice League, composée des héritiers de l'ancienne. Mais son plan échoue car tous les membres de cette équipe de super-vilains sont éliminés. La JL constate les faits en inspectant le Hall de Justice à l'abandon.


C'est en effet dans l'ancien Q.G. des héros que leurs ennemis s'étaient installés. la Green Lantern Sojourner Mullein se charge de collecter des indices. Ses acolytes se dispersent. Jon Kent alais Superman et Yara Flor alias Wonder Woman discutent de l'opportunité de grossir leurs rangs.


Andy Curry/Aquawoman est rejointe dans son phare par Kid Quick, le nouveau Flash. Les événements s'enchaînent alors à vive allure quand Jo Mullein tient le nom de l'assassion de la Légion et qu'une attaque groupée les atteint, elle et ses camarades...

J'étais, je dois le dire, assez curieux et impatient de découvrir cette nouvelle itération de la Justice League car il m'a toujours semblé qu'à l'origine les Teen Titans devaient, dans une histoire dystopique, incarner la relève. Je crois que c'était le souhait de Marv Wolfman et George Pérez à l'époque de leurs New Teen Titans, mais cela n'a jamais été converti (malgré l'intégration à la Ligue de personnages comme Cyborg durant les New 52).

Future State rebat les cartes en mettant en avant des héritiers de sang ou d'esprit des membres de la Ligue de Justice. C'est une autre option, aussi logique, plus organique, plus naturelle diront certains. C'est en tout cas l'ordre de mission qu'a accepté le scénariste Joshua Williamson, qui vient d'achever un très long run sur la série Flash - et qui, peut-être, espérait récupérer la série Justice League en Mars (mais ce sera Brian Michael Bendis).

Pour le soutenir, on lui a adjoint les services de Robson Rocha, qui a brillé sur Aquaman et s'est échauffé avec les membres de la Ligue classique durant les numéros tie-in à Death Metal. DC ne se moque donc pas des lecteurs avec un tandem de cette qualité (même si Rocha ne dessinera pas non plus la JL en Mars : ce sera David Marquez).

Comme Future State : Justice League ne comptera que deux numéros, il ne faut pas perdre de temps pour présenter les protagonistes et exposer l'intrigue. Williamson le fait avec brio : c'est à la fois dense et fluide, très rythmé et bien caractérisé. Il faut attendre les deux dernières pages pour connaître l'identité de ceux qui ont raison de cette nouvelle génération de leaguers, et l'astuce est habile même si elle n'est pas originale.

Williamson se montre surtout très fort pour personnaliser ses héros. On appréciera surtout comment il écrit Yara Flor, bien moins horripilante qu'avec Joelle Jones. Il introduit aussi un nouveau speedster avec Kid Quick, dont la particularité est d'être transgenre (bien que ça n'ait aucune importance majeure, si ce n'est que ce personnage a, apparemment, une relation avec Aquawoman). Ce qui est aussi intéressant, ce sont les codes que s'est imposée cette nouvelle Ligue : persuadée que la chute de leurs prédécesseurs venait de leur trop grande proximité, elle prohibe désormais toute fraternisation ou romance entre ses membres. Williamson joue aussi sur un mystère accrocheur en suggérant qu'un membre de la Ligue a trahi les siens dans le passé, précipitant leur disparition.

Rocha a un style influencé, comme beaucoup d'artistes réalistes, par Neal Adams et, plus récemment, Ivan Reis. Cela se traduit par des personnages en majesté, dotés d'une allure à la fois athlétique et gracieuse. Son trait est expressif, bien mis en valeur par l'encrage de Daniel Henriques avec qui il collabore depuis un moment. Ses planches sont très vivantes, bénéficiant de décors soignés (un plan impressionnant sur la ville futuriste, ou l'intérieur du phare habité par Aquawoman).

 Grâce à Rocha, on n'a jamais l'impression de regarder des versions rajeunies des héros classiques, mais bien des héros à part entière, avec un vrai charisme. Pour un peu, ces héritiers voleraient presque la vedette à leurs parents ou leurs inspirateurs. Et les méchants ne manquent pas de gueule non plus, d'autant que Williamson a donné du biscuit à Rocha avec deux Légions Fatales.

Quand c'est ainsi, si bien maîtrisé, on regretterait presque que l'opération Future State ne dure que deux mois. Mais le succès de la première salve de numéros aurait, parait-il, incité DC à avoir des projets pour tous ces nouveaux héros au-délà du mois de Février...

*


2030. Merlin persécute toutes les créatures magiques pour s'emparer de leurs pouvoirs. Il a défait la Justice League Dark mais Zatanna et Bobo n'ont pas renoncé à l'affronter. Ils trouvent sur le cadavre de Zauriel une amulette qu'ils amènent à Rory Regan/Ragman, lorsque les chasseurs de Merlin arrivent.


Grâce à l'épée du Nightmaster que détient Bobo, il leur échappe avec Ragman et Zatanna et gagnent Las Vegas où se trouverait John Constantine dont Merlin ignore la localisation grâce à un puissant sortilège. En effet, le détective de l'occulte se cache là avec Mme Xanadu.


Suivant les cartes de Tarot, Etrigan, dont Bobo est devenu l'hôte, doit tuer un vieillard sous la protection de Constantine pour trouver le moyen de vaincre Merlin. La victime du démon laisse place à Khalid Nassour/Dr. Fate qui a bien un plan...

Ram V doit être un peu partagé concernant le sort de Justice League Dark : il a repris le titre à la suite de James Tynion IV, qui lui a laissé une intrigue à conclure (et donc peu de liberté), DC lui laisse la direction du titre pour Future State, mais en back-up de Justice League et cette situation ne bougera pas en Mars puis que la série perd sa revue.

Pourtant le scénariste ne se plaint pas, au contraire, il semble inspiré par ces contraintes et prévoit déjà de se servir de ces deux épisodes pour préparer le retour de la JLD au présent. Et il se montre inspiré car désormais débarrassé des éléments narratifs abandonnés par Tynnion IV.

Située dix ans avant celle de Justice League, son intrigue permet d'abord d'apprécier une période de transition. Les héros de la magie sont persécutés, victimes d'une nouvelle chasse aux sorcières menée par Merlin. On est donc dans une ambiance proche de celle de The Next Batman, mais avec la certitude que les lendemains seront meilleurs comme le montre Justice League.

Comme Joshua Williamson, Ram V n'a pas beaucoup de temps ni de place pour nous présenter les faits. Il décide donc de se concentrer sur peu de personnages, avec Zatanna et Bobo au premier plan. Il introduit des seconds rôles qu'il apprécie visiblement, comme Etrigan (dont Bobo est désormais l'hôte !) ou Ragman (avec une transformation spectaculaire à la clé). John Constantine est également dans les parages, comme Madame Xanadu et enfin Dr. Fate. 

Tout l'épisode procède ainsi : avec chaque nouveau personnage,, l'intrigue avance, rebondit. L'ennemi est connu : Merlin. La menace aussi : le magicien veut tous les pouvoirs de ses semblables. La solution : le Dr. Fate, qui a réfléchi à une contre-attaque en se cachant habilement. Ram V est décidément malin : il ne révolutionne rien mais à l'art et la manière de vous prendre par la main et ne plus vous lâcher.

Avant l'arrivé en Mars de l'excellent Xermanico au dessin, DC a confié à Marcio Takara le soin d'illustrer cette histoire. Takara va et vient ainsi de Marvel à DC pour dépanner les éditeurs sur des titres dont l'artiste régulier a du mal à tenir les délais ou est placé ailleurs.

Sa prestation est très satisfaisante même si on pourra toujours lui reprocher de manquer un peu de finitions, notamment dans les décors. L'encrage chez Takara pèche toujours, on sent que ce n'est pas ce sur quoi il passe le plus temps, et c'est dommage car son dessin est agréable, capable de s'adapter à n'importe quel genre. Il suffit de voir comment il compose une pleine page quand Bobo invoque Etrigan ou découpe une double page lorsque Ragman se déchaîne contre les chasseurs de Merlin pour savoir que Takara a un vrai bon coup de crayon.

C'est en tout cas un excellent complèment de programme. 

Pas de doute, Future State s'impose déjà dans le top des publications de ce projet.

dimanche 8 novembre 2020

GUARDIANS OF THE GALAXY #8, de Al Ewing et Marcio Takara


Suite et fin de cet arc de Guardians of the Galaxy : Al Ewing boucle une intrigue qui a échoué à captiver et joue la carte de l'exercice de style. Tout ça manque cruellement de sel et de relief, surtout après les débuts tonitruants de la reprise du titre. Marcio Takara supplée toujours Juann Cabal en faisant de son mieux, mais sans produire de miracles. C'est clair : la série s'essouffle.


C'est donc à Rocket Raccoon que Nova a confié l'enquête concernant l'accusation pour les meurtres de deux diplomates contre Marvel Boy. La mission est mal engagée car Rocket est alcoolisé et l'affaire va s'avérer compliquée à démêler.


Après avoir établi que l'arme qui a tué Val-Lor, le Kree, était saboté, Rocket doit encore innocenter Marvel Boy pour l'assassinat de l'empereur Stote. Il ordonne que la salle de réunion des diplomates soit fermée et que Moondragon sonde télépathiquement toute l'assistance.


Moondragon blanchit tout le monde. Sauf Peacebringer le chitauri, qui porte sur lui une bombe biologique. Phyla-Vell, Hercule, Marvel Boy, Kl'rt se jettent sur lui pour tenter de la désamorcer ou de contenir l'explosion. Mais Rocket passe déjà l'étape suivante en se tournant vers Lani Ko Allo des Baddon.


Sachant que les Badoon ne se déplaceraient jamais pour ce genre de réunions, Rocket démasque l'impostrice : il s'agit de la Profiteuse, la plus grande marchande d'armes de la galaxie, qui compte sur le suicide du chitauri pour provoquer une guerre et donc vendre son arsenal.


Mais Zoralis déjoue son plan : un ennemi inconnu est actuellement en train de décimer plusieurs planètes, ce qui va ruiner la Profiteuse. Elle se téléporte avec le chitauri. Les autres diplomates demandent alors à Valoris le nom de nouvel ennemi...

Rocket Raccoon dans le rôle de Columbo, un whodunnit, et un cliffhanger annonçant le futur event de Marvel : voilà le programme de cet épisode de Guardians of the Galaxy. Je vais spoiler la fin en vous révélant que celui qui est en train de ravager l'univers est Knull, soit le grand méchant de King in Black, la future saga écrite par Donny Cates, en relation avec Venom (dont Cates écrit la série).

Si, comme moi, vous ne lisez pas Venom, le nom de Knull ne va pas vous bouleverser. Pourtant, on va en bouffer du Knull puisque Cates a convaincu Marvel que la menace qu'il représente impacterait la totalité des titres de l'éditeur, jusqu'à Daredevil !

Pour ma part, je suis bien résolu à zapper ce nouvel event mais je ne pourrais pas malgré tout complètement y échapper puisque des séries que je compte lire seront impliquées (à commencer par S.W.O.R.D.). J'ai cru comprendre qu'en ce qui concerne la franchise X-Men, cela resterait périphérique, avec des épisodes dédiés mais détachés de la continuité actuelle (ouf !).

Al Ewing a, lui, décidé de composer avec, sans problème. Dans sa future production S.WO.R.D. donc, mais aussi dans Guardians of the Galaxy. Et ce huitième épisode fait un peu office de mise en bouche. Mais pas que. Car, Ewing a fait quelques déclarations sur ses ambitions pour la série.

Le scénariste a en effet avancé qu'il comptait s'appuyer sur ce titre pour développer une intrigue digne de Games of Throne, et donc investir tout le pan cosmique de Marvel. Ce n'est pas illégitime, puisque les héros évoluent dans le cosmos. Mais quand je pense qu'on trouvait que Mark Millar en faisait trop à chaque fois qu'il "teasait" un nouveau projet à coup de slogans ronflants, je me dis que Ewing (et d'autres de ses confrères actuels) n'ont rien à lui envier.

C'est d'autant plus malheureux que Ewing ne se montre pas à son avantage depuis quelques numéros. S'il a réussi sa reprise de Guardians of the Galaxy, en osant quelques manoeuvres culottées (éliminer Peter Quill/Star-Lord), il semble s'essouffler sérieusement depuis, en jonglant avec un casting qu'il peine à animer équitablement (Phyla-Vell est aussi inexistante qu'au temps de Cates, la romance Marvel Boy-Hercule est artificielle, Nova n'a pas l'étoffe d'un leader, Moondragon a changé sans que cela soit vraiment creusé). 

En ce qui concerne l'histoire entamée le mois dernier et bouclée dans ce numéro, elle ne m'inspire rien. Pour captiver le lecteur avec un whodunnit, il faut un enquêteur original, pas d'une blague comme celle qui consiste à employer Rocketdans le rôle, et il faut que le coupable injustement accusé soit réellement en danger, or on sait très bien que Marvel Boy ne risquait rien dans cette affaire. Et pire : l'identité du vrai coupable laisse indifférent, noyée dans une succession de coups de théâtre qui déplace totalement le coeur de l'intrigue (la mascarade de la Profiteuse - personnage qui semble apprécié de Ewing alors que je ne lui trouve aucun attrait - , la révélation concernant Knull, le rôle grotesque joué par le chitauri).

Visuellement aussi, la série souffre. Son artiste attitré est aux abonnés absents trop souvent (même s'il revient le mois prochain). Marcio Takara le remplace avec beaucoup de professionnalisme et de régularité, mais c'est un dessinateur qui a le charme et les limites d'un fill-in, c'est-à-dire ne dispose pas d'un talent en mesure d'égaler celui qu'il suppléé. 

De manière générale, le problème de fill-in artists chez Marvel est qu'ils sont souvent, voire toujours, beaucoup plus faibles que les titulaires. L'éditeur en possède dix à la douzaine des Paco Medina, Mike Hawthorne, Lalit Kumar Sharma, Sean Izaakse. Takara est de niveau-là. Il tient les délais, mais ne marque pas les mémoires au point de se voir confier une série régulière. Et ce n'est pas vraiment mieux chez DC (même si quelquefois on peut avoir deux artistes ou plus sur une même série avec un excellent niveau). Marvel privilégie la mise en avant de dessinateurs talentueux mais incapables d'assurer mensuellement. Du coup, on entame la lecture de séries avec des étoiles dans les yeux pour se retrouver au bout de quelque temps avec des seconds couteaux aimables mais insuffisants.

Je ne sais pas ce que je vais faire avec ces Guardians of the Galaxy, surtout quand le mois prochain Ewing va faire équipe avec Valerio Schiti (un vrai top talent, et régulier lui) sur S.W.O.R.D., qui investit aussi l'espace pour ses histoires).

vendredi 23 octobre 2020

GUARDIANS OF THE GALAXY #7, de Al Ewing et Marcio Takara

 

Avant toute autre chose, pour apprécier ce septième épisode de Guardians of the Galaxy, assurez-vous d'avoir lu la saga Empyre, sinon vous serez complètement largués. C'est à la fois le charme et l'inconvénient de la notion d'univers partagé lorsqu'un scénariste, comme Al Ewing en l'occurrence, qui avait co-écrit cette saga, décide d'en explorer les conséquences dans une de ses séries. Il est une nouvelle fois associé à Marcio Takara pour ce récit en forme de whodunnit, plaisant mais qui du coup élude les questions censées être posées.



En sa qualité d'ambassadeur de l'Utopie Kree, Marvel Boy doit participer à une réunion extraordinaire entre plusieurs représentants de l'univers, suite à l'officialisation de l'alliance Kree-Skrull. Les Gardiens, qui le convoient, sont toutefois priés de rester en retrait à bord de leur vaisseau.


Nova représente la Terre et introduit Noh-Varr auprès des autres délégués. Parmi eux, un seul est absent : l'empereur Stote des Zn'rx est parti se soulager aux toilettes. Les discussions commencent malgré tout sans lui et Kl'rt, le super-skrull, et la capitain Val-Lorr, son adjoint, sont sous le feu des questions.


Il s'agit de règler le problème de l'armement Kree-Skrull, en particulier du Bûcher. Kr'lt et Val-Lorr jurent que leur empereur, Hulkling, en a interdit définitivement l'usage. Du moins tant qu'il règnera sur l'alliance. L'assemblée choisit de s'en satisfaire, Nova et Marvel Boy se portant garants de Hulkling.


A son tour, Marvel Boy se rend aux toilettes et là, surprise funeste, il trouve l'empereur Stote mortellement blessé. Avant de succomber, ce dernier souffle qu'un métamorphe s'est glissé parmi les représentants pour tromper les autres. Val-Lorr surgit et arrête Noh-Varr qu'il croit être le tueur.


Marvel Boy élimine Val-Lorr juste avant que Kr'lt arrive à son tour. Coupable évident, Noh-Varr est sur le point d'être exécuté sans procès lorsque Nova s'interpose. Il convainc tout le monde de confier l'enquête à un tiers impartial...

Je dois bien avouer que cet épisode ne m'a qu'à moitié convaincu et plu. En effet, je ne suis pas très friand du principe qui veut que l'auteur (le co-auteur précisément) d'un event ou d'une autre série poursuive ce qu'il a entamé dans un autre titre. Cela oblige le lecteur à lire ce qui a précédé, donc parfois à se plonger dans une histoire antérieure pas forcément réussie (comme ce fut le cas d'Empyre) : c'est pour moi la grande limite de ce qu'on appelle l'univers partagé des comics.

De manière générale, je me méfie toujours des tenants de la continuité. Cela équivaut à raconter des histoires pour des fans experts, qui connaissent des intrigues parfois anciennes. Idéalement, j'ai toujours estimé qu'un comic-book devait pouvoir se lire comme si c'était le premier pour tout le monde, sans avoir besoin de références. J'aime le côté reader's friendly, l'accessibilité.

Là, cet épisode de Guardians of the Galaxy me dérange parce que je me mets à la place du lecteur qui n'a pas lu Empyre et je sais qu'il ne comprendra rien à cette réunion d'ambassadeurs chargés de discuter de l'alliance Kree-Skrull officialisée au terme de cet event. C'est dommage. Et Al Ewing aurait dû être plus précautionneux envers ce lecteur dans la mesure où, donc, il a co-écrit Empyre.

Mais bon, je suppose aussi que si vous êtes en train de me lire, vous n'êtes pas non plus complètement à la ramasse, vous vous tenez informés grâce à mes critiques ou via les sites spécialisés, les forums, etc. Donc, vous savez à peu près ce que racontait Empyre. Donc je m'adresse à des lecteurs avertis. Désolé pour les autres.

Toutefois, mes réserves ne concernent pas que les points précités. D'autres éléments dans cet épisode me paraissent inaboutis, mal fichus. Pour commencer, dans la première scène, on assiste à un dialogue télépathique entre Moondragon et Phyla-Vell, sa femme et co-équipière : Moondragon vient de fusionner avec une entité provenant d'une réalité parallèle, sans consulter Phyla. L'ambiance entre les deux est tendue, on comprend Phyla. Problème : comme avant lui Donny Cates, Al Ewing ne s'attarde pas sur Phyla. De fait, depuis sept épisodes, c'est, nettement, le personnage auquel il accorde le moins de temps. D'importance, même. C'est un peu beaucoup pour une héroïne qui est présente dans l'équipe depuis donc dix-neuf épisodes (si l'on compte les runs de Cates et de Ewing). Et c'est dommage parce qu'elle mérite à l'évidence mieux que de piloter le Bowie (le vaisseau des Gardiens) ou de protéger Rocket Raccoon en mission. Ou de servir de faire-valoir à Moondragon.

Ce manque d'égards envers Phyla-Vell déçoit de la part de Ewing qui, par ailleurs, n'esquive pas la sexulaité de ses héros (dans Empyre, il a marié Hulkling et Wiccan, et dans Guardians..., il a créé le couple Marvel Boy-Hercule). Le couple que forme Moondragon et Phyla devrait donc l'inspirer, mais il n'en fait rien.

Ensuite, l'épisode s'intitule Let's talk politics : c'est approprié puisqu'il s'agit d'interroger l'alliance récente entre Kree et Skrulls lors d'une réunion au sommet. Mais là encore Ewing va un peu trop vite. Il expédie les débats sur un ton badin pour leur préférer un whodunnit qu'il présente comme une comédie policière avec Rocket dans le rôle d'Hercule Poirot. Le whodunnit est un genre en soi dans le polar : un meurtre est commis, un innocent accusé à tort, une enquête est instruite pour démeler le vrai du faux. Marvel Boy joue le coupable. Rocket le détective. Les ambassadeurs les suspects. Et bien entendu, le Proscenium, la station où se déroule le sommet, est le théâtre de cette pièce.

J'ai, pour part, eu l'impression que Ewing avançait avec un programme pour mieux cacher son intention véritable (traiter des répercussions politiques de l'alliance puis introduire une affaire criminelle en huis-clos sur le ton de la comédie). Le souci, c'est que, sachant que Marvel Boy n'est pas le coupable, et que les suspects ne présentent qu'un intérêt très relatif, il y a peu de chance que l'intrigue soit passionnante et que sa résolution soit étonnante. En vérité, tout cela donne l'impression que Ewing gagne du temps avant de faire revenir Star-Lord dont il a également échoué à nous convaincre qu'il était vraiment mort lors de la bataille des Gardiens contre les Olympiens. D'ici à ce que Peter Quill ne revienne providentiellement pour résoudre cette affaire de meurtre, je ne serai qu'à moitié étonné, mais aussi très déçu car ce serait une ficelle grosse un cable.

Pour la seconde fois d'affilée, c'est donc Marcio Takara qu supplée Juann Cabal. J'aime beaucoup Takara, avec ses défauts et qualités, ce n'est pas un problème. Il s'acquitte du job avec professionnalisme, même si, cette fois, ses planches sont assez fades dans l'ensemble (à l'exception, tiens, tiens, du dialogue entre Moondragon et Phyla au début). Il se contente d'illustrer platement les échanges d'un épisode bavard, et se montre moins à son avantage dans la dernière partie, lorsque ça s'anime. Les couleurs de Federico Blee n'appportent rien de consistant, sa palette est trop douce, trop uniforme pour que les ambiances s'en ressentent, surtout quand la situation devient plus corsée.

La série est en vérité trop dépendante de Cabal et de ses prouesses visuelles, qui en relèvent le niveau de façon spectaculaire. Là où le bât blesse, c'est que, récemment, Marvel a présenté en grandes pompes sa nouvelle promotion de jeunes artistes sur laquelle elle compte miser dans l'avenir proche. On y trouve Joshua Cassara, Natacha Bustos, Carmen Carnero, RB Silva, Iban Coello et, plus drôle, Patrick Gleason (qui n'a rien d'un nouveau venu après un long et riche parcours chez DC), mais aussi donc Cabal. On peut dire que ça la fout un peu mal quand un artiste fraîchement mis dans la lumière apr son éditeur n'est même pas présent sur l'épisode du mois correspondant à sa promotion.

 Bref, sans dire que tout est à jeter, il n'y a quand même pas grand-chose à retenir de ce numéro qui passe à côté de son sujet, de ses personnages. Souhaitons que Ewing se resaisisse vite car Guardians of the Galaxy est une série séduisante qui mérite plus re rigueur et de régularité.

vendredi 4 septembre 2020

GUARDIANS OF THE GALAXY #6, de Al Ewing et Marcio Takara


Guardians of the Galaxy version Al Ewing se distingue comme une série qui n'a pas de temps à perdre depuis que le scénariste en a pris les commandes. Pour en témoigner, des arcs courts, ponctués par des épisodes de transition, où tout le monde (héros, lecteur) souffle. C'est le cas avec ce numéro, centré sur Nova, et dessiné par Marcio Takara.


Sur le conseil de Hercule, Richard Ryder/Nova consulte un psy. Depuis toujours, il a ressenti un fort sentiment de culpabilité, au contact d'un père exigeant, puis du cadre rigide du Nova Corps, puis des guerres qu'il a traversées. Jusqu'au récent décès de Peter Quill/Star-Lord dont il se sent coupable.


Ne sachant par où commencer, Nova décide de récapituler les dix derniers jours, depuis la fin de la mission qui a réconcilié les deux parties des Gardiens de la galaxie. A cette occasion, Hercule et Marvel Boy sont devenus amants tandis que Moondragon révèlait sa nouvelle personnalité à Phyla-Vell.


Pour fêter la victoire, Nova prenait un verre dans un bar et a abordé Gamora, pour laquelle il nourrit toujours des sentiments amoureux. Ensemble, ils ont parlé des conflits qu'ils ont connus et de l'affection qu'ils se portaient.


Mais Gamora, qui avait trouvé une stabilité affective auprès de Peter Quill, tient toujours Nova pour responsable de sa mort...


La première réflexion que j'ai eue après avoir lu ce (remarquable) épisode m'a renvoyé à la saga Empyre dont j'ai parlée hier ici même. En effet, Al Ewing en était le co-auteur tout comme il signe le scénario de Guardians of the Galaxy. Et on ne peut s'empêcher de comparer la qualité des deux travaux.

Bien entendu, il ne s'agit pas de compter les points, pour la bonne raison qu'on n'évalue pas de la même manière six épisodes d'un event estival et une série au long cours. Mais vous aurez noté qu'il s'agit, ironiquement, du sixième épisode de Guardians of the Galaxy et cette comptabilité trouble la critique.

Ce qui a fait défaut, cruellement, à Empyre est brillamment géré dans la série cosmique dont il est ici question. Depuis qu'il a succédé à Donny Cates, Al Ewing s'est evertué à dépoussierer les Gardiens de la galaxie, d'une façon plus nette que son devancier (qui avait déjà introduit de "nouvelles" recrues, conservées depuis, comme Phyla-Vell et Moondragon). Cette volonté manifeste s'est traduite par la disparition de Peter Quill/Star-Lord, un acte fort (même si, en fait, personne n'est dupe : le leader emblématique de l'équipe n'est pas mort et reviendra).

N'empêche, ce choix a purgé la série, et a affirmé les intentions de Ewing. Brian Michael Bendis avait bâti son run sur la formation classique des Gardiens (celle qui a été popularisé par les films), en injectant des éléments inattendus (Kitty Pryde, la Chose, Venom, Angela). Tuer Quill, c'était en quelque sorte tourner la page Bendis et s'astreindre à recomposer le groupe.

Après cinq épisodes menés tambour-battant, Ewing ausculte les répercussions de cet événement, en prenant le temps. Pour cela, il donne la parole à Nova, un satellite des Gardiens depuis le run de Dan Abnett et Andy Lanning, durant les diverses Annihilations (évoquées ici). Richard Ryder est un personnage qui a été imaginé comme un équivalent à Green Lantern pour Marvel, mais la copie n'a jamais égalé l'original. Nova est resté un fan-favorite mais sans être une star.

Ewing prend cela en compte : il écrit le personnage ainsi, comme un héros à la marge, mais en lui ajoutant un gros complexe de culpabilité, remontant à l'enfance. Promis au meilleur, Richard Ryder a déçu, lui le premier. Et aujourd'hui il porte le deuil de son meilleur ami, Star-Lord, après que celui-ci ait décidé de se poser avec Gamora... La femme qu'a aimé Nova.

Si le prétexte de la séance de psychanalyse est facile, en revanche, Ewing tire le meilleur de la séquence qui réunit les amants de jadis. Gamora aussi a aimé Nova, puis lui a préféré Peter Quill. Le décés de ce dernier est le fait, indiscutable pour elle, de Richard Ryder car il l'a entraîné dans sa mission contre les Olympiens. Le fait que Nova appréciait vraiment Star-Lord ne fait que rendre plus terrible l'issue de l'aventure. Il n'y aura pas de réconciliation possible entre Gamora et Nova - qui en est donc quitte pour de nouvelles séances chez le psy.

Dans Empyre (bien que les torts soient partagés avec Dan Slott), Ewing a échoué, lamentablement, à faire vivre des équipes de héros, en les Avengers, fantomatiques dans cette saga. Ici, au contraire, même à travers la voix d'un seul personnage, il réussit brillamment à concilier intrigue et dynamique de groupe. La dimension familiale des Gardiens de la galaxie est parfaitement retranscrite, parfois avec une pointe d'ironie (quand Nova mentionne le côté soap opera de l'affaire via les romances Hercule-Marvel Boy ou Moondragon-Phyla-Vell), parfois de façon plus poignante (quand Gamora explique pourquoi elle a préféré Peter Quill). Ewing sait donner une voix singulière à chacun et c'est pour cela que ça fonctionne émotionnellement et narrativement (quand Empyre se plantait en beauté pour combiner états d'âme et grand spectacle).

Ce mois-ci, Juann Cabal se repose et laisse donc la place à Marcio Takara. C'est compréhensible quand on a lu les épisodes époustouflants mais exigeants en termes d'investissement graphique de Cabal.

Takara a un autre style mais c'est un artiste très correct et qui ne rechigne pas à jouer les pompiers de service (il le fait indifféremment pour Marvel et DC). A voir s'il continuera de jouer les doublures pour cette série, personnellement ça me conviendrait très bien.

Sa contribution ici est soignée. Il utilise un découpage très sobre, qui colle avec l'histoire, et recourt plusieurs fois à un "gaufrier" de neuf cases, et des "talking heads" - rien que de très normal pour un épisode-confession. Certes, Takara n'a pas le génie expressif d'un Immonen ou d'un Maguire, mais il fait passer habilement les émotions de ses personnages et parvient même à des effets stylisés efficaces (très belle case de Nova en gros plan, de 3/4 face, le visage presque dévoré par l'obscurité à un moment-clé du dialogue avec Gamora).

Takara sait aussi se lâcher quand il le faut et compose des doubles pages abouties (comme celle qui retrace l'évolution de Nova de ses débuts à nos jours avec un alignement de cases verticales) ou une splash-page explosive (renvoyant à la dernière mission des Gardiens). Ce qui manque le plus, c'est une qualité dans la finition car Takara a un trait un peu trop jeté, proche du croquis parfois. Par rapport à la minutie impressionnante de Cabal (égale à celle d'un Russell Dauterman), évidemment, c'est plus faible.

En prime, on a droit à une superbe couv' signée Rafael Albuquerque.

Bref, ce sixième épisode est parfait et confirme que Guardians of the Galaxy est une des toutes meilleurs productions Marvel actuelles. Un team-book impeccablement écrit, et graphiquement bien doté.