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mercredi 19 août 2015

Critique 692 : TABOU, de Jorge Zentner et Ruben Pellejero


TABOU est un récit complet écrit par Jorge Zentner et dessiné par Ruben Pellejero, publié en 1999 par Casterman.
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L'inspecteur Matt Rivière enquête sur une série de meurtres étranges : tout commence par l'assassinat d'une jeune femme par son assureur, Dipaola, qui se livre à la police en jurant n'avoir aucun souvenir de son acte. Il a laissé près de sa victime un papier avec quelques phrases tirées du "Faust" de Goethe, écrites en allemand alors qu'il n'a jamais appris cette langue. Puis un homme est retrouvé mort dans une gare avec la même signature. Une employée permet de dresser un portrait-robot du criminel qui ne peut pas être Dipaola, retenu au commissariat.
L'autre point commun à ces deux affaires est le chapeau identique que portaient les tueurs.  
Autrefois, l'adjoint de Rivière, Clive Grossman, a couché avec sa propre soeur, Maria. En vérité, elle avait abusé de lui grâce aux pouvoirs mentaux qu'elle s'était découvert à l'adolescence et qui lui avait permis de devenir Lune, la magicienne vedette du cabaret "Morocco". Après cette inceste, Maria a perdu ce don et depuis elle est serveuse au "Tabou". Elle y rencontre Princesse, une belle et étrange femme qui lui propose un marché alléchant : lui redonner ses pouvoirs à condition de les employer pour une mission maléfique...

Tabou : voilà un mot qu'on emploie à tort et à travers, surtout dans la période troublée que nous vivons, où l'on craint d'évoquer certains sujets que l'on taxe alors de "sujets tabous". Mais que signifie originellement le tabou ?

Il s'agit initialement d'un phénomène religieux, et cela prend toute son importance pour comprendre le récit de Jorge Zentner. On considère tabou ce qui exprime la caractère négatif du sacré, en suggérant ce que cela a de dangereux mais aussi de contagieux.

La tabou comprend trois points : il y a la croyance dans le caractère impur ou sacré d'une personne ou d'une chose ; l'interdiction de toucher ou d'utiliser cette personne ou cette chose ; et le fait de croire que cette transgression de l'interdit aboutit au châtiment de celui qui l'a commis (et cette punition peut s'étendre aux proches du coupable). 
Mais avant cela, le tabou est aussi un avertissement : une personne ou une chose possède une puissance et violer le tabou provoque une réaction de cette puissance, qui inspire à la fois fascination et crainte.  

S'emparer d'une telle notion pour la transformer en une histoire capable de suggérer intensément le trouble relève du grand art. Seuls les grands auteurs y parviennent, en sachant éviter un symbolisme trop lourd, et ce à quoi est arrivé l'argentin Jorge Zentner ici.

Tabou compte 70 pages tout à fait exceptionnelles, tant pour la qualité de la construction narrative, avec de multiples strates, que pour l'ambiance implacable et vénéneuse qu'elles distillent. Cela démarre comme un récit policier teinté de fantastique avec ces crimes dont le seul élément récurrent est un modèle de chapeau ensorcelé. Puis s'y ajoute une autre ligne, qui paraît d'abord distincte, avec la rencontre entre Maria/Lune et Princesse : l'aspect surnaturel y est souligné, avec l'acquisition des pouvoirs mentaux, l'évocation de Méphistophélès, et s'enrichit d'une note plus dérangeante, avec la relation incestueuse. Ce dernier fait établit le lien avec la première partie puisque Maria/Lune est la soeur de Clive Grossman, l'adjoint de l'inspecteur Rivière, en charge des affaires de meurtres provoqués par les chapeaux ensorcelés.

Le déroulement du récit emprunte le modèle de ce que les scénaristes de séries télé américaines appellent le "walk and talk" : la balade nocturne et confessionnelle de Maria/Lune et Princesse dans la ville, et les déplacements dans la même cité de l'inspecteur Rivière au cours de ses investigations, ponctuées par une cascade de situations dramatico-grotesques (il trompe sa femme, sa femme le quitte pour vivre avec sa maîtresse...). Ce procédé assure une grande fluidité à la progression des lignes narratives et pour le lecteur qui est d'abord intrigué et accroché.

Zentner manie en maître le "réalisme poétique" où des détails extraordinaires traversent une histoire appartenant à un genre bien balisé (le polar en l'occurrence). Il faut doser et manier cela avec génie pour non seulement que le fantastique n'écrase pas le récit mais que le lecteur accepte cette dimension fantastique. L'auteur ne s'arrête pas là et y inclut un érotisme élégant mais sans ambiguïté dans la description des ébats sexuels de Rivière et Gloria.

Pour interpréter visuellement un matériau aussi riche et subtil, on ne pouvait rêver mieux que Ruben Pellejero, familier des scripts de Zentner, et qui signe ici une de ses plus exceptionnelles prestations. J'ai eu le privilège de rencontrer le dessinateur en 2003 et d'obtenir un dessin original en dédicace de cet album : l'homme est d'une gentillesse égale à son talent, et le voir à l'oeuvre est un grand moment.

Pour Tabou, il a opté pour un traitement graphique qui confirme une fois encore sa maîtrise. L'enquête de Rivière est en noir et blanc, avec des à-plats de noir très profonds, expressionnistes, d'une beauté renversante. La balade de Maria/Lune et Princesse est en noir et blanc rehaussé de gris, délicat, qui donne une atmosphère cotonneuse envoûtante. Enfin, les flash-backs concernant les souvenirs d'enfant et de jeune femme de Maria sont uniquement en gris, comme s'il s'agissait de prises de vue délavées, à travers le filtre du temps.

Le résultat est somptueux, contribuant à faire de Tabou une des plus belles BD qu'il m'ait été donné de lire. On ne peut pas lire cet album sans s'arrêter, une fois chaque page lue, sur certains plans admirablement composés, d'une intensité fabuleuse. Il y a là des vignettes qui, isolées, forment, à l'instar de la couverture de l'édition française traduite par Casterman, de véritables tableaux : une telle puissance iconographique n'est atteinte que par des artistes de premier rang.

Ne passez pas à côté de ce chef d'oeuvre - même si on peut déplorer que le livre n'ait pas bénéficié d'une plus belle édition (avec une couverture cartonnée, un papier plus noble, et surtout un meilleur lettrage - au point que page 39, le texte ait été mal disposé dans deux bulles !).

Pour finir, en cherchant à illustrer cette critique, j'ai découvert la couverture de l'édition espagnole et je vous laisse l'admirer :

jeudi 6 août 2015

Critique 682 : LE TOUR DE VALSE, de Denis Lapière et Ruben Pellejero


LE TOUR DE VALSE est un récit complet écrit par Denis Lapière et dessiné par Ruben Pellejero, publié en 2004 par Dupuis.
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Kalia est née en 1917 avec la Révolution socialiste russe. Encore jeune fille, elle s'éprend de Viktor contre la volonté de ses parents qui avaient arrangé son mariage avec un de leurs amis. Mais elle aura raison de cette décision et épousera son bien-aimé.
Ils partent s'installer en ville où ils deviennent parents de deux enfants, un garçon prénommé Sérioja et une fille baptisée Youlia. Viktor gagne sa vie en travaillant sur des chantiers comme maçon lorsque la Russie s'engage dans la seconde guerre mondiale. Pendant les quatre ans qu'il passe sur le front, Viktor laisse Kalia sans nouvelles.
A son retour, il retrouve sa place mais une dispute avec un collègue, pro-stalinien, conduit à sa dénonciation et sa déportation dans un camp de rééducation par le travail en Sibérie. Kalia, estimant ses enfants assez grands pour vivre sans elle, les quitte pour aller rechercher leur père qui n'est pas revenu après avoir purgé sa peine de dix ans.
Là-bas, elle aide Mémère Grounia dans sa ferme et rencontre d'anciens déportés, les Zeks, grâce auxquels elle espère avoir des nouvelles de Viktor. L'un d'eux lui apprendra qu'il a rencontré une autre femme lors du tour de valse, au cours duquel prisonniers masculins et féminins se réconfortaient une fois par mois... 

Pour leur seconde collaboration après le magnifique Un peu de fumée bleue... en 2000, Denis Lapière et Ruben Pellejero confirment la qualité de leur collaboration avec ce nouveau récit complet.

Cette fois, le scénariste a été encore plus ambitieux en situant précisément cette saga dans un contexte historique précis : l'action a lieu en Russie et court sur plusieurs décennies (de 1919 à 1953, quand Staline est mort). Il s'agit d'une évocation puissante et subtile du sort des déportés politiques en Sibérie à travers le destin d'une femme, épouse et mère de famille, qui en réalisant un livre de souvenirs pour son époux avec leurs enfants s'est fixée comme objectif de retrouver celui qu'elle a aimé depuis son adolescence.

Le résultat de cette entreprise est au diapason du dessin de Ruben Pel­le­jero : comme pour Le silence de Malka et Un peu de fumée bleue..., son trait dépouillé et un peu grossier, avec cette encrage plus prononcé qui est devenue sa nouvelle signature, produit des images volontiers statiques et simples, qu'on pourrait isoler comme autant de vignettes d'une grande élégance. Option étonnante que ce raffinement esthétique pour un récit aussi dur.

Mais une fois cette première impression dépassée, on mesure la justesse, la pertinence de cette narration graphique qui donne en vérité une densité, une épaisseur, à l'histoire comme aux personnages. Comme des instants volés à une existence broyée par l'Histoire avec un grand "H", la vie irrigue les pages de l'ouvrage, n'éludant ni la noirceur du propos sans engloutir l'espoir qui anime, sans faille, l'héroïne. Du grand art.

Le script traduit parfaitement à la fois les clichés liés à la Sibé­rie et ses déportés tout en veillant à ne pas s'en contenter : ce territoire hostile, froid et âpre, est un décor à la fois terrible et formidable pour un drame. En écrivant sur ces paysages, les conditions inhumaines de ceux qui y sont envoyés, Lapière dit que c'est justement le recueil de la parole qui empêche ces damnés d'être oubliés.

La narration est développée avec beaucoup de sobriété, évitant tout pathos, nous émouvant sans facilité : le des­tin brisé de cette famille dans l'URSS sta­li­nienne d’après-guerre est d'une grande force et d'une grande subtilité, multipliant les effets d'écriture (la correspondance de Kalia avec ses enfants, la réalisation du "Livre de Papa", la transcription des souvenirs du Zek) qui donnent une profondeur rare au propos. Jusqu'au bout, l'issue de la quête de l'héroïne demeure incertaine et le dénouement, romanesque sans être exagérément optimiste, passe sans problème.

Cette bande dessinée magistrale reprend habilement la philosophie d'Hanna Arendt selon laquelle le fascisme ne veut pas seulement exterminer les hommes qui se rebellent contre lui mais effacer toute trace de leur existence, les faire disparaître de l'Histoire. En accompagnant Kalia dans son périple, c'est aussi cela que cet album évoque et contre lequel ses auteurs luttent.

Critique 681 : UN PEU DE FUMEE BLEUE..., de Denis Lapière et Ruben Pellejero


UN PEU DE FUMEE BLEUE... est un récit complet écrit par Denis Lapière et dessiné par Ruben Pellejero, publié en 2000 par Dupuis.
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A l'âge de 12 ans, Laura remarque Ludvik dans un camion transportant des détenus politiques de leur prison à une caserne où ils sont torturés. La jeune fille vit non loin de là, seule avec sa mère qui tient une auberge, "La Route des Dames", car les épouses des suppliciés viennent les y apercevoir.
A la libération de Ludvik, Laura devient son amante et le suit en ville. Mais le passé douloureux de cet auteur de théâtre le rattrape et mine leur relation. Il finit par disparaître en rejoignant un groupuscule de chasseurs de tortionnaires.
Laura rentre auprès de sa mère et raconte une nuit son histoire à un photographe de passage qui, sans le lui dire, a croisé Ludvik durant ses voyages...

Ce très beau one-shot est hanté par la poésie de Tristan Corbière (1845-1975) dont un des textes fournit une partie de la trame du récit. Il s'agit en particulier de la deuxième strophe de Petit Mort pour Rire :
Va vite, léger peigneur de comètes !
Les herbes au vent seront tes cheveux ;
De ton oeil béant jailliront les feux
Follets, prisonniers dans les pauvres têtes...

Les fleurs de tombeau qu'on nomme Amourettes
Foisonneront plein ton rire terreux...
Et les myosotis, ces fleurs d'oubliettes...

Ne fais pas le lourd : cercueils de poètes 
Pour les croque-morts sont de simples jeux, 
Boîtes à violon qui sonnent le creux... 
Ils te croiront mort - Les bourgeois sont bêtes -
Va vite, léger peigneur de comètes !

Ces trois vers sont recopiés sur six cigarettes que va fumer Laura, l'héroïne de cette histoire, exhalant des volutes de fumée bleue en déclarant : 

"Parfois, je me dis que je ne suis qu'une jeune femme
dont l'âme se consume lentement en un peu de fumée bleue."

Lorsque j'ai lu pour la première fois ce récit complet au moment de sa parution, j'ai été saisi par sa capacité à susciter une émotion simple et poignante, un sentiment que j'ai retrouvé intact en rouvrant cet album qui est celui que je préfère parmi les deux produits par ses auteurs.

Dans le dossier qui complète les 76 pages de cette histoire, Denis Lapière revient sur sa genèse : le projet est né après sa rencontre au festival d'Angoulême avec Ruben Pellejero, dont l'épouse a servi d'interprète. Au départ, le scénariste a soumis à l'artiste un synopsis d'une dizaine de pages qui pouvait aboutir à plusieurs développements possibles. Après en avoir discuté, les deux hommes ont structuré ce premier jet pour aboutir à une narration parallèle, alternant scènes dans l'auberge aux dialogues déliés et scènes passées du point de vue de Laura avec une voix-off au ton plus sec. Lapière a ensuite épuré son script qui correspondait initialement à un livre de 150 pages.

Bien qu'il se défende d'avoir voulu évoquer un pays sous le joug d'une dictature en particulier, l'auteur suggère quand même fortement que l'action se déroule en Europe de l'Est - il sera plus affirmatif avec Le Tour de valse, son autre opus réalisé avec Pellejero quatre ans plus tard, situé en Sibérie.

La grande qualité du scénario tient à sa manière d'en dire peu mais bien : la justesse du ton, la bonne distance prise avec les événements, l'humanité fêlée des personnages, tout est là. Lapière n'a pas à forcer pour émouvoir le lecteur et lui faire sentir comment des êtres humains peuvent être si brisés que même l'amour ne peut les réparer.

De plus, en choisissant de faire de Laura à la fois l'actrice principale et la narratrice, il place son aventure dans une perspective où l'intime prime sur la leçon d'Histoire. C'est une histoire sur le deuil et la renaissance, avec cette jeune femme de 17 ans qui consomme littéralement ce qui reste de l'amour qu'elle a éprouvé pour un homme tout en étant désormais prête à en aimer un nouveau.

Et quelle belle trouvaille que la révélation faite au lecteur in fine quand on découvre que le photographe a croisé Ludvik, transformant cet auditeur apparemment surgi de nulle part en visiteur providentiel. 

Pour les dessins de cet album, le fan de cet immense artiste catalan qu'est Ruben Pellejero (qui livrera cet automne sa version de Corto Maltese, écrite par Juan Diaz Canales, le scénariste de Blacksad) le retrouvera avec le style déjà à l'oeuvre pour Le Silence de Malka (dont j'ai parlé ici : Le silence de Malka). 

Il cerne ses personnages et décors d'un trait noir et plus épais que sur la série Dieter Lumpen et applique des couleurs aux teintes choisies en fonction des époques évoquées et des ambiances. Les scènes dans l'auberge, où Laura est avec le photographe, privilégient les bruns, les oranges, une palette chaude, propice à la confidence ; tandis que les flash-backs se distinguent par des tons plus froids, avec des camaïeux de bleus et de gris où seule la chevelure rousse de Laura contraste.

Le résultat est magnifique, à la fois dans la rondeur du trait, sensuel, et la noirceur qui entoure les protagonistes, comme cernés par les ténèbres de la répression, de la douleur, du chagrin. Voilà, en somme, comment le dessin ajoute de la poésie à un récit déjà très poignant.

Un chef d'oeuvre.    

jeudi 29 janvier 2015

Critique 565 : LE SILENCE DE MALKA, de Jorge Zentner et Ruben Pellejero


LE SILENCE DE MALKA est un récit complet écrit par Jorge Zentner et dessiné par Ruben Pellejero, publié en 1996 par Casterman.
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Fuyant les pogroms (des émeutes antisémites entraînant pillages et meurtres) en Bésarrabie, la famille de Malka, une fillette russe et insouciante, émigre, dans le cadre d'un programme proposé par l'Etat d'Argentine, la loi "Avellaneda", pour peupler leur vaste territoire.
Mais une fois sur place, après un long et éprouvant voyage, les conditions de vie sont terribles à cause d'un climat défavorable, de terres difficiles à cultiver, du manque d'argent, de l'intégration délicate.
Parti à Buenos Aires pour demander un prêt, Zelik Fendel rentre bredouille et est pris dans un orage au cours duquel il tombe de son cheval. Errant sous une pluie torrentielle au milieu de nulle part, il rencontre alors le prophète de Dieu, Elias, qui lui suggère de créer un golem (une créature façonnée dans la terre et doté de vie en gravant sur son corps le mot Emet, "Vérité").
Le fils de Zelik, qui doit l'assister dans cet ouvrage, met Malka dans la confidence à condition qu'elle garde le secret. Mais la tragédie guette : après qu'une indigène soit tombée amoureuse du géant muet (dont elle ignore l'origine) et ait demandé à sa mère de lui préparer un philtre pour qu'il ait aussi des sentiments pour elle, le golem devient fou et massacre toute la famille.
Des années après, Malka retrouve sa trace sans savoir quoi faire exactement... 

Primé au festival d'Angoulême en 1997, ce récit a été inspiré à Jorge Zentner par une histoire que lui raconta sa propre grand-mère qui dut, comme ses héros, fuir sa terre natale pour vivre en Argentine. Cette aïeule avait les mêmes cheveux roux que Malka.

L'évocation de l'émigration massive des juifs vers l'Amérique du Sud pour fuir les pogroms est résumé dans un prologue rédigé par le scénariste, ponctué par quelques illustrations de Pellejero. C'est la manière choisie par l'auteur pour situer son histoire sans en faire le coeur, mais ce texte est instructif et précieux pour rappeler l'horreur que vécut cette communauté, depuis les massacres perpétrés par les russes après la mort dans un attentat du tsar Alexandre II jusqu'au voyage éprouvant qui mena les persécutés en Argentine.

Ce qui intéresse vraiment Zentner, plus qu'une reconstitution historique, c'est la question de la foi et les conséquences de la passion amoureuse dans la culture religieuse juive. Le traitement aboutit à une bande dessinée à la fois romantique, fantastique et dramatique, dont les ambiances sont pénétrantes et fascinantes, assurément une des plus belles réussites du tandem Zentner-Pellejero, pour un album de 95 pages, découpés en 7 chapitres ne laissant aucune place à l'ennui.

Issu lui-même du métissage entre ces expatriés et les argentins, Zentner parvient à restituer avec sensibilité, de façon presque tangible, les différences de perception du divin entre les juifs et les goyims : les juifs pensent ainsi que Dieu est partout tandis que les autres ne le conçoivent pas ainsi.

Il y a là une approche similaire à celle de certaines sociétés fondatrices qui estimaient la magie comme un élément  presque ordinaire, intégré à la nature et au cours des choses. Cela est montré dans une séquence où pour soigner la petite Surele est confiée, après avoir été examinée par un médecin classique impuissant à la soigner, à une guérisseuse, Tomasa, qui vient à bout du mal. Si son intervention est observée d'abord avec méfiance, l'efficacité de cette "sorcière"  est indéniable et admise ensuite, comme une manifestation divine. 
Ainsi, nous suggère Zentner, ce qui est extraordinaire n'est qu'une extension de ce qui semble ordinaire, et non pas quelque chose de distinct.

Dans cette histoire, où le passage du temps est rendu par des ellipses intelligemment disposées, de telle sorte que le lecteur ne soit jamais perdu, le scénariste agrémente son intrigue principale avec un événement secondaire, qui enrichit l'humanité et la malice de son propos : un mariage arrangé pour deux jeunes gens qui en fait s'aiment déjà.
Ceci, puis l'aide précieuse qu'apporte le golem ajoutent au climat finalement heureux. Le contraste qui survient ensuite lorsque la créature, par un concours de circonstances terriblement malheureux, sombre dans la folie meurtrière, est d'une puissance rare.
Le dénouement du récit déjoue les codes, en ne cédant pas à la facilité d'un règlement de comptes mais en invoquant à nouveau ce fantastique au coin de la rue, le destin, la justice divine.

Visuellement, Ruben Pellejero livre des planches splendides. Il traduit les souvenirs en images monochromatiques, une convention graphique classique mais qui bien dosée, comme ici, aboutit à un résultat très efficace et sobre.

En comparaison, les scènes au présent sont traitées avec un encrage au trait plus épais mais qui supprime tous les détails superflus, dans des compositions toujours bien aérées et variées. La colorisation assurée par l'artiste apporte une plus-valu réelle, avec une palette lumineuse, aux teintes chaudes, qui rendent palpable l'atmosphère de cette Argentine sauvage, hostile et luxuriante, aux paysages si photogéniques.

Les personnages sont définis avec une économie admirable, un soin apporté aux attitudes, aux expressions, aux physionomies exceptionnel : voyez comment Pellejero réussit à camper le vieux Zelik au visage ridé ou la jeunesse radieuse de Malka ou la beauté sauvageonne de l'amoureuse du golem, tout est dessiné avec une justesse exemplaire.

Ce conte étrange distille avec subtilité sa morale : en se substituant à Dieu, l'homme s'abandonne à une création impie qui le condamne à un châtiment. Aux survivants ensuite de décider si la vengeance sera le remède. Et le silence de Malka, complice, devient à la fois celui du secret et de la tragédie. Voilà, en somme, une manière très originale de synthétiser une spécificité de la culture juive : dans son malheur, elle puise sa détermination et sa sagesse.

mardi 3 juin 2014

Critique 460 : LE PRIX DE CHARON - UNE AVENTURE DE DIETER LUMPEN, de Jorge Zentner et Ruben Pellejero


LE PRIX DE CHARON est le 4ème tome des Aventures de Dieter Lumpen, écrit par Jorge Zentner et dessiné par Ruben Pellejero, publié en 1994 par Casterman.
Il s'agit d'un récit complet, ne nécessitant pas d'avoir lu les précédents épisodes de la série pour être compris.
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Dieter Lumpen, après avoir attendu toute la journée, sous un soleil de plomb, au bord d'une route en plein désert en Amérique du Nord, qu'un automobiliste le prenne en stop, voit arriver avec soulagement et étonnement un corbillard alors qu'un orage éclate. Le conducteur accepte de le véhiculer à condition qu'il paie son voyage. Dieter monnaie le transport en proposant de lui raconter une histoire.
C'est ainsi qu'il se remémore sa rupture avec la belle Mara à Venise : il l'avait rencontrée à New Yorken devenant son complice dans une affaire louche qui avait mal tourné. Seul et ivre dans la Cité des Doges, Dieter manque se noyer dans le grand canal mais un gondolier le repêche. Il fait alors la connaissance de la passagère de l'embarcation, la tout aussi belle Mo Len, fille d'un riche homme d'affaires chinois, venue en Europe pour se étudier la restauration artistique. Ils deviennent amants.
Puis le couple part pour la Chine où Dieter fait la connaissance de la famille de le jeune femme et de la soeur de celle-ci, la toujours aussi belle Lie, dont il tombe amoureux, sans que cela ne gêne Mo Li. En revanche, l'autoritaire chorégraphe du corps de ballet auquel appartient Lie n'apprécie guère que celle-ci soit distraite par cet étranger et le fait chasser du pays par la police.
Les confessions de Dieter distraient John Smith alias Charon, son chauffeur. Mais n'est-ce pas d'abord à lui-même que Lumpen se raconte des histoires, brodées à partir de figures croisées sur les quais de la Sérénissime ?

Ce 4ème et dernier tome des Aventures de Dieter Lumpen (après Le Poignard d'Istanbul, Ennemis Communs et Caraïbes) est aussi, à ce jour, le dernier de cette série étonnante imaginée par le scénariste argentin Jorge Zentner.
Ce qui sonne comme une évidence et une confirmation avec cette histoire, c'est l'influence de Jose-Luis Borges dans la construction narrative de l'auteur : tout au long des 68 pages de l'album, il n'est question que de (se) raconter des histoires, histoires qui en suscitent d'autres, qui entraînent des digressions, qui s'emboîtent les une dans les autres à la manière de poupées russes. 
La chronologie est bousculée : Dieter commence par évoquer la fin de sa romance avec Mara puis embraie avec celle avec Mo Len, puis revient au début de sa liaison avec Mara, puis retourne à Mo Len. Entretemps, son voyage en compagnie de John Smith connaîtra deux escales, des respirations inquiétantes plus qu'apaisantes pour le héros.
Le fait même de devoir raconter des histoires devient ici un moyen de payer celui qui le transporte et les écoute : John Smith accepte de prendre Dieter Lumpen dans son étrange véhicule, bien qu'il soit sans le sou, à la condition qu'il agrémente leur trajet avec ses récits. Cette idée renvoie aux Contes des Mille et Une Nuits où Shéhérazade sauve sa tête en réussissant chaque soir à raconter une nouvelle histoire au sultan,  Le roi de Perse, Shahryar.
Mais cette façon de concevoir le récit comme droit de passage se double d'un autre sens : le chauffeur du corbillard se présente comme John Smith, un nom lui-même certainement inventé, qui ne signifie rien (c'est l'équivalent d'un Jean Durand, autrement dit c'est monsieur tout-le-monde). Parce qu'il transporte un cercueil (qui porte d'ailleurs les initiales "D. L." - comme Dieter Lumpen ?), il s'assimile lui-même à Charon, fils de Erèbe (les ténèbres) et de Nyx (la nuit), issu de la mythologie grecque, qui avait pour rôle de faire passer sur sa barque, moyennant un péage, les ombres errantes des défunts à travers le fleuve Achéron (ou, d'après d'autres sources, le Styx) vers le séjour des morts. Ici, tant que Dieter raconte son histoire, il paie son obole et reste symboliquement en vie.
A son rétroviseur pend une figurine de Pluto, le chien créé par Walt Disney, qui symbolise Cerbère, le chien à trois têtes qui gardait l'entrée des Enfers, empêchant ceux qui arrivaient par le Styx de s'en enfuir. Tout cela suggèrerait presque que Dieter Lumpen est mort et raconte ce qu'il dit depuis un au-delà avec l'apparence du désert américain ponctué par ses fameux "dinners", ces restaurants situés le long des highways.
En démarrant le récit que livre Dieter à John Smith dans la cité des doges, Zentner invoque également la légende de cette ville labyrinthique (autre motif "borgesien"), carrefours de milles histoires, théâtre des amours (heureuses ou malheureuses), lieu où les étrangers qui peuvent s'y égarer risquent aussi d'y laisser la raison. C'est cette atmosphère de réalisme magique qui irrigue aussi les canaux sinueux de l'album écrit par le scénariste, dont on découvrira à la toute fin les fondations avec une pirouette malicieuse.
Le personnage de Lumpen trouve ici une version exacerbée de ce que le recueil précédent, Caraïbes, montrait de lui : un individu déambulant au hasard des rencontres, se laissant embarquer par les évènements, séduire par les femmes, écarter par des forces supérieures (le destin, le Parti en Chine), et revenant sur ses mésaventures avec philosophie, un brin de nostalgie, beaucoup de romantisme. Ce drôle de bourlingueur subit en vérité davantage les aléas de l'existence qu'autre chose, mais c'est un coeur d'artichaut, qui tombe amoureux au premier regard, inconsolable après une rupture mais aussitôt rétabli après qu'il ait fait connaissance avec une autre jolie femme. On ne peut que le trouver attachant, sympathique, compatir à ses malheurs et se réjouir de ses bonheurs, et impossible de lui en vouloir lorsqu'on découvre in fine qu'il nous a menés en bateau.

Ruben Pellejero illustre tout cela avec un brio extraordinaire : il épouse au mieux le rythme du script, prenant le temps de planter l'action en n'hésitant pas, en ouverture, à consacrer deux pages où l'on voit Dieter attendre toute la journée au bord de la route qu'une voiture passe, avec uniquement des cases horizontales occupant toute la largeur de la bande (10 plans au total).
Plus tard, il découpe avec la même langueur l'errance alcoolisée de son héros dans les ruelles de Venise, ses ballades avec Mo Len, leur voyage à bord du train qui les conduit en Chine. Son trait fin et délié donne aux décors une finesse et une richesse de détails sensationnelles, associé à une mise en couleurs à l'aquarelle très subtile parfois, ou jouant sur des contrastes très vifs d'autres fois (la séquence dans le "3 Sisters Dinner").
Ce tracé si raffiné à la plume, avec des à-plats noirs d'une fluidité exemplaire, aboutit à des représentations de personnages dépouillés, d'une élégance impeccable : Dieter Lumpen avec sa silhouette racée évoque plus une gravure de mode dandy chic qu'un baroudeur, et les femmes qu'ils aiment sont toutes magnifiques, sensuelles, sans jamais sombrer dans les clichés.
Le livre est riche en planches superbement orchestrées autour d'images aux compositions toujours originales et d'une parfaite lisibilité.

C'est vraiment un régal à lire : distrayantes et sophistiquées à la fois, écrites avec précision et dessinées avec maestria, Les Aventures de Dieter Lumpen forment une des bandes dessinées les plus belles et originales du courant latino-européen.

lundi 2 juin 2014

Critique 459 : CARAÏBES - UNE AVENTURE DE DIETER LUMPEN, de Jorge Zentner et Ruben Pellejero


CARAÏBES : UNE AVENTURE DE DIETER LUMPEN rassemble cinq récits, écrits par Jorge Zentner et dessinés par Ruben Pellejero, publiés en 1990 par Casterman. 
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(Extrait du 2ème récit, Jeux de Hasard.
Textes de Jorge Zentner, dessins de Ruben Pellejero.)

- Le Poignard d'Istanbul (12 pages). Dieter Lumpen sert de chauffeur à une vieille allemande, Berta Frühling, de passage à Istanbul pour y récupérer un camée que son mari, un professeur, avait caché dans le manche d'un poignard de collection offert au palais de Topkapi. Mais l'objet a été volé depuis. Dieter le retrouve en risquant sa vie mais sa patronne en profiter pour filouter le directeur du musée...

- Jeux de Hasard (10 pages). Blessé à Istanbul, Dieter Lumpen quitte Frau Berta et part pour Athènes où il dispose d'une grosse somme d'argent. Il la perd rapidement en jouant au dés avec un flambeur très agile avec lequel il mise sa propre vie pour une durée d'une semaine. Malchanceux, il doit alors s'acquitter de sa dette en acceptant un contrat terrible : tuer un homme... Qui va lui sauver la vie.

- Bombe à retardement (10 pages). Dieter Lumpen quitte la Grèce à bord d'un cargo et gagne Haïfa où il rencontre la belle Brigitte dont il devient l'amant et le partenaire en affaires dans les terres israëliennes où s'affrontent juifs, arabes et anglais. Capturé alors qu'il convoyait des armes avec sa complice, Dieter ignore qu'elle est de mèche avec les ravisseurs pour commettre un attentat contre une garnison britannique...

- La Voix du Maître (11 pages). Dieter Lumpen s'éloigne de la zone de guerre pour se réfugier en Inde où il retrouve un ami d'enfance, Kurtz, en pleine crise mystique. Les deux hommes partent à la recherche d'un temple en parcourant le pays dans des conditions difficiles (leur véhicule les lâche, la météo est redoutable, les obstacles innombrables). Une fois arrivé à destination, les charmes magiques de l'Orient saisissent les voyageurs.

- Caraïbes (46 pages). Dieter Lumpen se pose finalement à Carthagène où il vit de la pêche avec le mystérieux colosse surnommé "le chinois", qui semble doté de pouvoirs psychiques. La ville sert aussi de cadre au tournage d'un film d'aventures historique dont le producteur est très mécontent. Il convainc Dieter d'en reprendre le rôle principal puis lui propose de l'accompagner à Hollywood où il lui promet une belle carrière. "Le chinois", pour aider son ami Dieter à décider de son avenir, le conduit une nuit sur une île voisine à la rencontre d'un reclus défiguré qui est peut-être l'ancien roi du tango, Carlos Gardel...

Le scénariste argentin Jorge Zentner et l'artiste espagnol Ruben Pellejero forment un de ces couples de la bande dessinée qui se sont bien trouvés et la série des Aventures de Dieter Lumpen, qui compte quatre tomes, est le meilleur exemple de leur complicité.
Le personnage s'inscrit dans la veine des aventuriers philosophes popularisés par Corto Maltese d'Hugo Pratt : comme le célèbre marin, il a une silhouette longiligne et élégante, qui évoque celle d'un dandy des années 40-50. En parcourant le monde, il obtient divers emplois temporaires, souvent subalternes, et traverse des endroits dangereux et exotiques, mais c'est un héros détaché qui observe ce qui l'entoure avec bonhommie, un rien désabusé, toujours prêt à rebondir ailleurs, cherchant la tranquillité tout en traversant des situations périlleuses. C'est un homme élégant et séduisant, qui a toutes les femmes qu'il désire, attire l'attention de riches affairistes en quête d'un serviteur efficace et discret. 
Mais Le charme de Dieter Lumpen, c'est aussi sa capacité à s'étonner des curiosités qui jalonnent ses périples : une vieille veuve allemande à la gâchette facile, un homme qui l'a sauvé mais qu'il doit éliminer, une superbe militante blonde qui abuse de sa naïveté, un ami de toujours qui l'entraîne à la recherche d'un sens à la vie, ou un producteur de cinéma prêt à en faire une star.
Contrairement à Corto Maltese qui est un bavard cynique, le Dieter Lumpen de Jorge Zentner est un taiseux sentimental et un penseur qui se laisse porter par les évènements (quitte à les subir plutôt qu'à en profiter) : le scénariste privilégie souvent la voix-off de son héros, commentant avec distance ce qui lui arrive, aux dialogues, qui servent davantage à raconter d'autres histoires qu'à éclairer le lecteur sur la psychologie des protagonistes. C'est sans doute ce qui fait de cette série une bande dessinée aussi divertissante et atypique, ce goût pour la narration romanesque, dans des décors exotiques, des rebondissements improbables, des faux suspenses, ce décalage constant entre la promesse de récits pleins d'action et les pérégrinations d'un héros qui veut profiter de la vie mais est incapable de résister à une passade.
Il y a quelque chose de débonnaire et d'ironique chez Zentner qui situe ces aventures dans une époque propice aux clichés nostalgiques, les virées rétro et les personnages équivoques. Dieter Lumpen a parfois l'air bien candide, naïf, il a aussi une chance insensée et une faculté d'adaptation, de rebond, extraordinaires, correspondant à son tempérament volontiers fataliste et hédoniste. Tout cela produit des histoires attachantes aux ambiances sensuelles, étranges et amusantes.
Ce recueil propose un bel éventail du talent de conteur de Zentner, maître dans l'art du récit court, aux allures de fables ou de contes, qui ne perd pas sa verve quand il se lance dans un 5ème épisode aussi long que les quatre premiers réunis.

Les dessins de Ruben Pellejero sont de toute beauté. J'ai eu la chance de rencontrer cet artiste et donc de le voir à l'oeuvre. Son trait possède une souplesse fabuleuse qui lui permet de croquer de magnifiques femmes à la classe glamour irrésistible et des hommes dont l'allure est immédiatement mémorable, qu'il s'agisse de gentlemen, d'escrocs, de baroudeurs, d'autochtones divers.
Le soin qu'il apporte à la représentation des décors permet de situer chaque histoire avec précision avec une économie pourtant très évocatrice : on est tout de suite, en quelques cases, immergé dans les ruelles turques, une île grecque, le désert africain, la jungle hindoue, les caraïbes ensoleillées. 
L'encrage de Pellejero, mix de tracés très fins à la plume et d'à-plats noirs massifs à la fluidité pénétrante, associé à une colorisation à base d'aquarelles délicates mais à la richesse exubérante offre des pages splendides, avec des plans composés magistralement où dominent de larges cases souvent horizontales.
(Depuis quelques années, le trait du dessinateur s'est un peu épaissi mais reste d'une beauté intacte, au service de récits où la sensualité des personnages et des paysages sont toujours un régal.)

Les éditions Mosquito rééditent en un seul volume l'intégrale des Aventures de Dieter Lumpen actuellement : l'album est coûteux mais invite les amateurs à se replonger dans cette oeuvre délicieuse d'un tandem d'auteurs de grande qualité.