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mardi 4 avril 2023

MAYOR OF KINGSTOWN transforme l'essai avec sa saison 2


Après une saison 1 extraordinaire, Mayor of Kingstown se devait de, au moins, transformer l'essai. La série créée par Taylor Sheridan (même s'il y a moins participé pour cette deuxième saison) et Hugh Dillon reste impressionnante. L'écriture, la réalisation, l'interprétation servent une intrigue qui va encore crescendo, peut-être un peu moins spectaculaire mais tout aussi intense et crépusculaire.


Au lendemain de l'émeute à la prison de Kingstown, les détenus survivants sont déplacés dans un ancien terrain où l'administration a installé des tentes et où les gardiens surveillent depuis des grues. Mais cette situation provoque des tensions et des règlements de comptes parmi les prévenus, qui risquent de se propager à l'extérieur car les leaders ont été éliminés.


Cependant, Mike McLusky doit s'occuper de le protection de Iris car, Milo n'a pas pas été retrouvé parmi les détenus abattus durant l'émeute. Il veut la confier au programme fédéral de protection des témoins mais elle refuse. Il la confie alors à sa mère, ce qui déplaît à son frère Kyle, craignant que Milo ne la retrouve ici.. Comprenant les soucis qu'elle cause, la jeune femme fugue et part retrouver Joseph, le second de Milo. Kyle, par ailleurs, est suspendu de ses fonctions en attendant, avec Ian Ferguson, d'être interrogé par les affaires internes au sujet de l'intervention du S.W.A.T. lors de l'émeute.


Pour tenter de ramener la paix en ville et dans la prison, Mike passe un marché avec Evelyn et le procureur mais aussi avec Bunny et les autres caïds de la ville. Ces derniers acceptent d'être incarcérés provisoirement pour ramener le calme de l'intérieur du pénitencier. Mais la situation va échapper rapidement à Mike car le comté décide de confier les détenus à plusieurs établissements privés et bientôt Bunny et les autres caîds sont transférés.


Mike demande à Kareem, qui dirige une de ces prisons de localiser Bunny. tandis que, de son côté, il rappelle à Evelyn et au procureur les termes du marché qu'il avait passé avec eux et les caïds. Pour ne rien arranger, Robert, le chef du SWAT, apprend qu'un de ses hommes va témoigner contre lui au sujet de leur intervention lors de l'émeute et demande à Mike de s'en occuper.


Kyle, ne tenant plus en place en attendant d'être réaffecté, ce qui impacte sa vie de couple, demande lui aussi à Mike de le laisser travailler avec lui. C'est ainsi qu'il va récupérer des bons du trésor déterrés par un ouvrier sur un chantier de construction, cachés par Milo Sunter. Lorsque l'ouvrier est trouvé assassiné, sa veuve les remet à la police et Kyle s'occupe de les cacher. Kareem informe Mike que Bunny est détenu à Anchor Bay et qu'il s'impatiente de sortir, menaçant de s'en prendre au procureur.


Mariam, la mère de Mike et Kyle, s'occupe désormais de donner des cours à des détenus mineurs et elle rencontre ainsi Jacob, qui va être transférer chez les adultes, et lui demande de l'aider, via Mike. Comme il l'avait promis, Bunny ordonne l'exécution du procureur et Evelyn, qui hérite du fauteuil, explique à Mike qu'elle compte bien éradiquer la pègre en représailles. Jacob est transféré et se suicide avant que Mike n'ait pu intervenir.


Ian s'occupe de l'agent du SWAT qui veut témoigner contre Robert. Bunny est libéré et dévalise une armurerie, avant d'expliquer à Mike qu'il compte venger ses "frères" abattus par le SWAT, et qu'importe q'il déclenche une guerre contre cette unité. Ecrasé par tous ces problèmes qui s'accumulent, Mike s'offre une journée off, traînant de bar en bar, sans téléphone ni arme, mais suivi. Il échappe de justesse à une tentative d'assassinat commandée par le leader des néo-nazis en prison, lui aussi impatient de sortir.


Peu après, il est abordé par Milo Sunter qui lui propose un marché : ses bons du trésor contre Iris...


J'en ai déjà beaucoup (trop ?) raconté mais j'ai surtout voulu essayer de planter le décor, de résumer les situations, ce réseau d'ennuis qui enserrent Mike McLusky dans cette saison 2. Comme dans ses dix premiers épisodes, Mayor of Kingstown se distingue par la densité ahurissante de son intrigue, son casting fourni, et en même temps par le peu de temps qui se passe tout au long de l'action.


On remarquera d'abord que Taylor Sheridan semble s'être désengagé, ou du moins avoir davantage délégué l'écriture cette fois : il n'est crédité comme auteur que sur les épisodes 1 et 2, même s'il a dû superviser les autres. Il faut dire que l'auteur est bien occupé avec ses deux autres séries, Yellowstone (dont la production connaît quelques heurts, avec des rumeurs concernant le départ de sa vedette, Kevin Costner, qui en aurait marre des cadences soutenues de tournage) et son spin-off, 1883 (avec Harrison Ford).

On pouvait donc craindre que Mayor of Kingstown, sans son co-créateur, perde de sa qualité. Il n'en est rien, même si on pourra estimer que cette saison 2 est moins spectaculaire. Toutefois, elle reprend là où on l'avait quittée, juste après l'émeute dans la prison réprimée dans le sang par la garde nationale et le SWAT. Et ces dix nouveaux épisodes vont s'employer à explorer les conséquences multiples de ce drame.

Rien n'est laissé de côté, c'est assez impressionnant. Mais là encore les auteurs ont veillé à ce que la situation reste lisible à tout moment : elle peut se résumer par le titre de l'épisode 8, La paix dans la vallée, qui sonne comme celui d'un western auquel la série fait beaucoup penser. Pour Mike McLusky, la paix en ville (la vallée) ne peut s'obtenir et se maintenir que si elle existe dans la cour de la prison. Or l'émeute a vu mourir beaucoup de chefs de gangs incarcérés et désormais, c'est le chaos. D'autant que les prisonniers survivants ont été transférés dans un campement, vivant sous des tentes, dans une chaleur étouffante, exacerbant les tensions communautaires.

Mike imagine un plan audacieux qu'il réussit néanmoins à faire accepter aux caïds en ville mais aussi à l'adjointe du procureur (sa maîtresse, Evelyn) : pour ramener le calmer dans la cour du pénitencier, les chefs de la pègre acceptent d'y être enfermés provisoirement. Evidemment, tout ne va pas dérouler comme prévu. La faute à un procureur pour qui ce coup de filer est une opportunité rêvée avant sa réélection et qui n'entend pas relâcher ce gibier de potence.

Et ce n'est que le premier étage de la fusée. Le deuxième concerne Iris, cette prostituée sauvée par Mike des griffes de son pire ennemi, Milo Sunter. Celui-ci a réussi à se faire la belle lors de l'émeute mais veut remettre la main sur un butin en bons du trésor qu'il avait demandé à Mike de récupérer. Iris refusant d'être protégée par le FBI (en qui elle n'a pas confiance) et de vivre aux crochets de la famille McLusky, fugue et retourne chez Milo qui la confie à Joseph, qui la renvoie à sa condition de prostituée. Cet arc narratif culminera dans les deux derniers épisodes avec un échange convenu entre le butin et Iris. Là encore, vous l'aurez deviné, ça ne va pas bien se passer.

Enfin, la troisième partie concerne l'intervention du SWAT lors de l'émeute. Si Kyle McLusky et Ian Ferguson doivent leurs vies sauves à Robert et son équipe, il n'en reste pas moins que l'opération a tourné au bain de sang avec une série d'exécutions sommaires contre les détenus. En conséquences : une enquête est ouverte pour déterminer la légitimité de cette intervention et l'usage d'une telle force, mais Bunny réclame aussi la tête de Robert qui a tué de nombreux de ses hommes, quitte à déclencher une guerre avec toutes les forces de police.

Si l'envie de suivre une série se mesure aux nombreuses de portes laissées ouvertes à la fin d'une saison, alors Mayor of Kingstown a tout pour rendre addict car au terme des dix épisodes on laisse encore les personnages dans des drames terriblement accrocheurs. Et il y a de la matière pour une troisième saison aussi fournie que les deux premières. En outre, certains faits restent nébuleux et exigent des explications comme de savoir qui a vraiment permis la libération de Bunny (car il est évident que Mike n'y est pour rien), ce qui pend au nez de Ian (après qu'il a réglé la question de l'agent du SWAT qui devait témoigner contre Robert), les sorts de Robert et Mariam, les intentions d'Evelyn (ira-t-elle ou non jusqu'à un conflit ouvert contre les gangs ? Sera-t-elle élue nouvelle procureur du comté ?).

Cela passe aussi par une caractérisation acérée des personnages principaux. Car si les intrigues sont fabuleusement construites, les héros possèdent une chair et une psychologie très fouillées également. L'émeute a laissé des traces et chacun compose avec. Kyle sombre dans un alcoolisme qu'il dissimule mal et le conduit à se comporter dangereusement. Kareem, qui a été violé par des détenus lors des événements, perd pied et ne veut plus négocier avec le "Maire de Kingstown". Ian manipule un tueur en série pour sa sale besogne. Mariam endure frontalement ce que ses fils voulaient lui épargner jusqu'alors. Tracy, la femme de Kyle, songe à s'éloigner pour ne pas finir broyée à son tour... Et l'imposant Bunny semble s'engager dans une impasse terrible que ne peut lui pardonner Mike.

Mike McLusky est un personnage fascinant dont on se demande continuellement pourquoi il fait ce job d'intemédiaire où il n'a rien à gagner sinon des coups, des trahisons, des balles perdues. Jeremy Renner est immense, son jeu est électrique, toujours sur le fil. Et en même temps il conserve cette allure cool, classe. Ce mélange étonnant rappelle bien sûr celui à qui il a été parfois comparé, Steve McQueen, mais c'est vrai que comme ce dernier il est sûrement le seul acteur actuel à posséder cette animalité élégante.

Il brille aussi parce qu'il est est remarquablement entouré : Hugh Dillon (Ian), Dianne Wiest (Mariam), Taylor Handley (Kyle), Tomi Bamtefa (Bunny), Hamish Allan-Headley (Robert), Necar Zadegan (Evelyn)... Pourtant, c'est le couple étrange, trouble, troublant, qu'il forme avec Emma Laird (Iris) qui est le vrai fil rouge de la série. D'abord parce que la série déjoue les attentes et les clichés : il n'y a pas de romance entre eux, et sans doute est-ce Milo (Aidan Gillen) qui voit le mieux ce qu'incarne la jeune femme pour Mike - un espoir de salut, un objet de rédemption.

Ensuite parce que Emma Laird, avec son jeu fébrile, répond parfaitement à celui de Renner. Ce sont deux êtres brisés, cassés, et pourtant animés d'une foi en l'avenir, ou du moins d'une volonté de s'accrocher. Des survivants. Si l'un perd l'autre, alors sans doute s'écrouleront-ils aussitôt. Dans la noirceur du tableau que montre Mayor of Kingstown, on s'attache à eux parce qu'on espère qu'ils s'en sortiront malgré tout.

Et maintenant ? Il va falloir être patient. L'accident subi par Jeremy Renner va l'éloigner des plateaux de tournage encore un moment, même s'il se rétablit vite (il poste régulièrement sur ses réseaux sociaux des messages vidéos de sa convalescence). Mais ça vaut la peine de l'attendre, car il tient là le rôle de sa vie et que Mayor of Kingstown est vraiment une série phénoménale.

lundi 20 mars 2023

MAYOR OF KINGSTOWN est la bonne raison de s'abonner à Paramount +


La plateforme de streaming Paramount + vient d'arriver en France et s'il vous faut une bonne raison pour vous y abonner, c'est pour regarder la saison 1 de Mayor of Kingstown, la série co-créée par Taylor Sheridan et Hugh Dillon, avec Jeremy Renner. En dix épisodes très intenses et denses, on a là affaire à un chef d'oeuvre, noir, très noir, mais accomplissant son ambition narrative et esthétique.


A Kingstown, Michigan, les deux frères aînés McLusky, Mitch et Mike, officient comme "maires", incarnant les intermédiaires entre la population carcérale et leurs familles et partenaires à l'extérieur. Ils assurent la paix dans une ville corrompue et sous tension permanente.


Mais tout bascule à la mort de Mitch, tué par un latino qui l'a suivi pour dérober l'argent dans son coffre - de l'argent récupéré pour le compte de Milo, un malfrat slave derrière les barreaux. Mike, qui aspire pourtant à changer de vie, assume de poursuivre les affaires de son frère parce qu'il a lui-même été en prison. Sa mère s'end ésole, tout comme son autre frère, Kyle, policier, dont le femme est enceinte et qui souhaite son transfert dans une brigade plus tranquille.


Deux agents du F.B.I. lui demandent aussi de devenir leur informateur, comme le fut Mitch. Mike sert donc d'agent de liaison entre les autorités et les gangs, comptant comme ami Bunny, un dealer noir, ou Duke, un néo-nazi avec lequel il a été incarcéré, ou encore Carlos, qui ne va pas tarder à retourner à l'ombre. Quand un junkie tue, accidentellement, sa femme et son fils, Mike s'assure de l'aide de ces gangsters rivaux tandis que la police veut empêcher qu'il ait droit à un procès et arrange son meurtre par les détenus.


Mais ce "contrat" rempli, les prisonniers réclament des conditions plus dignes et les gardiens refusent. Milo, lui, pour contrôler Mike, lui envoie une prostituée, Iris, mais il la repousse. Elle le paiera chèrement. Tout contribue à un déchaînement de violences qui culminera avec une émeute dans la prison du comté et beaucoup, beaucoup de morts...


Mayor of Kingstown, dont la deuxième saison sera prochainement diffusée, a connu un coup de projecteur dramatique récemment avec le terrible accident subi par son interprète principal, Jeremy Renner, auquel il a miraculeusement survécu (écrasé par une dameuse après avoir sauvé son neveu de l'engin). L'affiche promotionnelle de la série, où on voyait Renner le visage couvert de blessures, a d'ailleurs été retirée pour qu'on ne suspecte pas la production de tirer parti de sa situation.


Mais, dans un registre plus positif, en 2021, quand Jeremy Renner a été choisi pour jouer Mike McLusky, le "maire" de Kingstown, c'était d'abord les retrouvailles de l'acteur avec le metteur en scène et scénariste qui l'avait dirigé dans l'excellent Wind River en 2017. Avant Hawkeye sur Disney +, Renner renouait avec une production à la mesure de son immense talent.


Taylor Sheridan est devenu, comme Renner, une valeur sûre à Hollywood, en créant des séries télé comme Yellowstone (avec Kevin Costner) : son écriture acérée, dense, intense, est prisée des comédiens en quête d'histoires solides et ambitieuses. Toutes choses présentes dans Mayor of Kingstown, peut-être son chef d'oeuvre.


On est saisi dès le premier épisode (de plus d'une heure) par la richesse du projet, qui embrasse un décor au réalisme terrifiant, dans une ville du Michigan, où deux frères reçoivent les doléances de taulards et de leurs familles, hors du cadre de la mairie, et en rapport étroit avec les matons et la police. La situation devient tout de suite tendue quand Mitch, l'aîné de la fratrie, meurt, tué par un voleur ayant remarqué dans la salle d'attente du bureau des McLusky une danseuse d'un strip-club et qui, l'ayant suivie jusque chez elle, a appris qu'elle avait demandé aux deux frères de récupérer le butin d'un détenu.


Le choc est d'autant plus grand pour le téléspectateur que Mitch est interprété par Kyle Chandler, un acteur connu (on l'a vu notamment dans le remake de Catch-22) et immédiatement sympathique. Que Sheridan et le co-créateur de Mayor of Kingstown, l'acteur Hugh Dillon (qui incarne le lieutenant Ian Ferguson) , sacrifient si vite une de leurs vedettes renseignent sur le caractère entier de la série : personne n'est à l'abri.

Au troisième épisode, nouveau coup de théâtre : au premier abord, il s'agit d'une chasse à l'homme, par ailleurs parfaitement orchestrée, une affaire sordide de jukie, mais qui va connaître des développements jusqu'à la fin de la saison. En effet, dégoûtés par le fait qu'il ait causé la mort d'un enfant, tout le monde - gangsters, policiers, gardiens - veut empêcher un procès et punir cet individu en le livrant aux prisonniers qui, contre la promesse de meilleurs conditions de détention, acceptent de l'exécuter dès son arrivée au péintencier.

Seul Mike McLusky devine les problèmes à venir car il sait que les détenus n'auront rien de ce qu'ils réclament - au contraire, pour leur prouver qui commande, ils seront soumis à des traitements encore plus durs. Les autorités sément donc les graines d'une émeute inévitable, d'autant plus que le directeur de la prison, péchant par naïveté, cherche à apaiser les chefs de gangs à l'intérieur des murs de son établissement alors qu'il est déjà bien trop tard et que les matons ne suivent plus ses ordres depuis longtemps.

Sheridan, qui a écrit les dix épisodes de la saison 1, tire les ficelles avec maestria. Il n'épargne pas son héros en le confrontant à son pire ennemi, Milo, un gangster slave qui sait comment le manipuler. Ainsi lui envoie-t-il d'abord une prostituée, que son adjoint Josef roue ensuite de coups pour que Mike devienne son protecteur, avant de l'enlever lorsqu'il veut la confier au programme de protection des témoins du FBI. La jeune femme est livrée à des néo-nazis, puis revendue à des blacks, son calvaire serre le coeur. Il faut avoir l'estomac bien accroché pour suivre cette série, même si, à l'arivée, on ne peut qu'applaudir devant tant de talent.

Les seconds rôles ont droit à des arcs narratifs aussi consistants : Mariam, la mère des trois frères McLusky, campée par la grande Dianne Wiest, enseigne aux femmes emprisonnées l'Histoire tout en déplorant à la fois que Mike ne rompte pas avec le milieu criminel et que Kyle, son benjamin, risque sa peau tous les jours au sein de la brigade criminelle, en assistant à la moindre occasion son frère. Kyle, joué par Taylor Handley, est l'exemple même du flic intègre mais qui semble, comme ses frangins, incapable de se détacher de cette ville corrompue et toxique : sa situation est encore plus compliquée quand sa femme lui annonce être enceinte et qu'il se demande comment ils vont pouvoir élever un enfant dans cet environnement.

Mike est un personnage complexe, attachant et limite à la fois : son passé criminel le hante et il ne semble trouver un peu de paix que dans sa cabane au fond des bois, dans une zone où son téléphone n'a pas de réseau. Il reçoit régulièrement la visite d'un ours, à qui il a la mauvaise idée, d'offrir de la nourriture, et rêve, sans y croire, à partir loin de là pour devenir cuisinier. Lorsque Iris déboule dans sa vie, il la repousse d'abord, sachant qu'elle sert Milo, puis, quand elle disparaît, après avoir été sauvagement battue par Josef, il ne pense qu'à la retrouver pour la sauver. Il n'y aura pas de romance entre deux êtres brisés par Kingstown et ses barbares, mais un espoir commun de sauver ce qui peut l'être en eux. C'est absolument bouleversant.

On retiendra aussi le personnage de Bunny, cet affable dealer afro-américain, contact privilégié de Mike avec un gang, dont on ne sait jamais s'il joue à être un ami ou avance ses pions dans l'éventualité que Mike l'abandonne. Joué par l'imposant Tobi Bamtefa, il est une figure marquante de la série, au même titre que Emma Laird dans le rôle d'Iris ou Aidan Gillen dans celui de Milo. Le casting est irréprochable, chaque acteur investit son personnage avec une humanité renversante.

Mais évidemment Jeremy Renner est le coeur battant de Mayor of Kingstown. Depuis qu'il a été révélé dans Démineurs (de Kathryn Bigelow, en 2009), c'est un acteur qui ne m'a jamais déçu et qui compte quelques belles collaborations (James Gray, Denis Villeneuve, Ben Affleck...). Son jeu électrique est fascinant, même lorsqu'il marche il semble traversé par une tension terrible, et on sent que l'homme derrière le comédien a une authenticité que peu de ses pairs possèdent. Sous la direction de Sheridan, Renner trouve un auteur qui lui donne ici un personnage hors normes, qu'il investit totalement.

Superbement filmé, notamment dans une ancienne prison au Canada, Mayor of Kingstown impressionne par sa dureté et sa subtilité mêlées. Ne ratez pas cette série !

mardi 28 décembre 2021

HAWKEYE (Disney +) (Critique avec spoilers !)


Dernière série de 2021 diffusée sur Disney +, Hawkeye est une très agréable surprise, pile ce qu'il fallait pour égayer cette fin d'année encore une fois écrasée par la pandémie. Conduite par le showrunner Jonathan Igla et réalisée par le duo Bert & Bertie, elle s'impose comme une éclatante réussite, merveilleusement équilibrée entre passé et présent, humour et émotion et action, avec un casting impeccable.



2012. Encore enfant, Kate Bishop assiste à la bataille de New York au cours de laquelle elle remarque, parmi les Avengers contre les Chitauri, l'archer Hawkeye. De nos jours, la fillette est devenue une jeune femme, qui a remporté plusieurs médailles au tir à l'arc et rêve d'embrasser la carrière de justicière. D'autant qu'elle se méfie du nouvel amant de sa mère, Eleonor, un aventurier du nom de Jack Dusquene. Elle le suit lors d'un gala dans une vente aux enchères de matériel récupéré dans la tour des Avengers lorsque des mafieux russes font irruption. Elle enfile la tenue de Ronin, mis en vente, et les affronte jusque dans la rue. La bagarre est filmée et Clint Barton, qui est avec ses enfants à l'hôtel, la remarque à la télévision. Kate suit ensuite Jack chez son père, Armand Duquesne, qu'elle trouve assassinée.


Clint vient en aide à la jeune femme attendue par les russes dehors. Il démasque et elle le reconnaît. Elle l'entraine chez elle mais les russes l'ont suivi et mettent le feu à l'immeuble. Clint et Kate doivent fuir, en abandonnant le costume de Ronin derrière eux. Ils se réfugient chez la grnd-mère de Kate, absente. Clint confie à Kate un téléphone pour l'appeler en cas d'urgence et repart récupérer le costume de Ronin. Kate tente, elle, de convaincre sa mère que Jack a assassiné son propre père. Les russes capturent Clint. Grâce au téléphone, Kate le localise en essayant de l'appeler mais, en voulant le libérer, se fait attraper à son tour.


Présentés à Maya Lopez/Echo par son second, Kazi, Clint disculpe Kate accusée d'être Ronin. Tandis que Kazi tente de raisonner Maya en expliquant que le rapt d'un Avenger déplairait à leur boss, "l'Oncle", Clint se libérer et défait les liens de Kate. A eux d'eux, ils écartent les russes et prennent la fuite en voiture. Une course-poursuite s'ensuit dans les rues de New York au terme de laquelle les russes sont semés. Kate entraîne Clint chez sa mère pour se renseigner sur les russes et découvre un lien entre eux et Jack qui surprend Clint en train de déambuler dans l'appartement.


En présence de Jack et Eleonor, Clint explique n'avoir pas voulu mêler Kate à ses affaires et cesser de la fréquenter. Mais une fois l'archer parti, Eleonor téléphone à "l'Oncle" pour qu'il se débarrasse de lui. Clint appelle sa femme, Laura, au sujet de Maya Lopez et elle indique une adresse. Kate suit Clint toujours grâce au téléphone et s'introduit dans l'appartement indiqué par Laura : c'est de Maya, qui lui tombe dessus. Mais Clint est attaqué au même moment par une Veuve Noire, qu'il démasque et identifie : c'est Yelena Belova. Lorsque Kate et Maya surgissent, Yelena préfère s'éclipser après avoir neutralisé Maya et Kate. Clint renvoie alors Kate, jugeant que l'affaire prend une tournure trop dangereuse.


De retour chez sa mère, Kate voit Jack embarqué par des policiers pour le meurtre de son père. Clint donne rendez-vous à Maya au nom de Ronin pour une explication définitive. Kate retourne à son appartement en ruines, et Yelena l'y attend pour savoir où se trouve Clint. Celui-ci, vêtu en Ronin, affronte Maya après avoir neutralisé son gang, et se démasque en lui expliquant que c'est son boss qui l'a trahi lorsqu'il n'a pas envoyé Kazi protéger son père de Ronin. Kate retrouve Clint et lui explique avoir parlé avec Yelena. Maya confronte Kazi qui accuse Clint d'avoir menti. Le lendemain matin, Kate prend le petit-déjeuner avec Clint lorsqu'elle reçoit un message de Yelena qui a photographié Eleonor en compagnie de "l'Oncle" : Wilson Fisk alias le Caïd.


Eleonor annonce à Fisk qu'elle se retire de leur partenariat après avoir fait porter la responsabilité du meurtre d'Armand sur Jack. Bouleversée, Kate est soutenue par Clint qui accepte de règler cette mission avec elle. Eleonor donne une réception à laquelle sa fille et Hawkeye se mêlent mais aussi Yelena. Kazi, sur ordre de Fisk, doit abattre Eleonor et Kate mais il manque ses cibles et les tirs de fusil déclenchent la panique parmi les invités. Kate procède à l'évacuation tandis que Jack, libéré sous caution, se joint à la partie aux côtés des deux archers contre les russes. Maya neutralise Kazi, Clint affronte Yelena et Kate défend sa mère contre Fisk avant de la livrer à la police. Clint convainc Yelena qu'il n'a pas tué Natasha Rmanoff mais qu'elle s'est sacrifiée. Fisk prend la fuite avant de faire face à Maya qui lui tire dessus...
 

Comme il l'avait promis, Clint rentre chez lui pour fêter Noël en famille. Il a emmené avec lui Kate...

C'est exceptionnel de suivre une série en découvrant que chaque épisode est meilleur que le précédent et que le final offre une conclusion aussi pleine et satisfaisante. C'est le miracle qu'accomplit Hawkeye, qui est sans doute la série Marvel que j'ai le plus appréciée, avec WandaVision et Loki (sans effacer les déceptions que furent Falcon et le Soldat de l'Hiver et What if... ?).

Mais la première réussite de Hawkeye, c'est sans doute le moment choisi par Disney + pour la diffuser. Débuté en Novembre par deux épisodes à la suite, la série s'est achevé le Mercredi 22 Décembre, quelques jours l'avant-veille de Noël. Et comme l'intrigue se déroule au même moment, c'était parfait; Car en ces temps troublés, c'est exactement ce qu'il faut regarder pour ne pas avoir le moral complètement dans les chaussettes.

En effet, le showrunner de la série, Jonathan Igla, a puisé son inspiration dans le run de Matt Fraction et David Aja, paru en 2012. Visuellement, c'est flagrant, dès le générique, qui emprunte beaucoup à la charte graphique créée par David Aja (c'est d'ailleurs proprement scandaleux que l'artiste espagnol soit juste remercié, parmi d'autres, dans le générique final, et non pas mieux crédité - mais Matt Fraction n'est guère mieux lôti en tant que "consultant", alors qu'il a avoué n'avoir été invité aux séances d'écriture que grâce à l'animateur Seth Meyers !).

En tout cas, c'est un gâge de qualité car, de mon point de vue, jamais Hawkeye n'a été mieux écrit et dessiné. Avec les réalisateurs Bert & Bertie, Igla a procédé à une adaptation non pas littérale des comics mais à une adaptation intelligente, dans laquelle ils devaient incorporer des éléments épars. En effet, l'introduction de Yelena Belova (jouée par Florence Pugh avec un accent russe à couper au couteau, un peu too much) renvoie au film Black Widow, plus exactement à sa fin quand la Comtesse Valentina Allegra de Fontaine affirme que Hawkeye a tué Natasha Romanoff, sa "soeur". Pour ne rien simplifier, au lieu de conserver Kazi le clown assassin dans le rôle du méchant, la série a préparé le terrain pour Echo, à laquelle Kevin Feige va consacrer une série. 

Parfois la série joue avec les attentes du téléspactateur, quitte à frustrer certains fans, comme avec le personnage du Spadassin (Swordsman) Jack Dusquesne, ici relégué au second plan et délesté de ses origines de mercenaire devenu héros, mentor de Clint Barton. Toutefois, l'interprétation de Tony Dalton emporte tellement l'adhésion qu'on finit par adorer ce drôle de bonhomme, amant de la mère de Kate Bishop, fils d'un riche homme d'affaires, et qui jubile in fine lorsqu'il a l'occasion de ferrailler avec des fripouilles russes.

Ceci mis à part, donc, c'est un crescendo qu'offre Hawkeye, avec de l'humour et de l'action, à la manière d'un buddy movie (infiniment plus convaincant que Falcon et le Soldat de l'Hiver) et d'un fimm de Noël. La rencontre entre Clint Barton et Kate Bishop, qui en a fait son idole depuis qu'elle l'a vu lors de la bataille de New York (dans le premier film Avengers), est jubilatoire de bout en bout, grâce à l'abattage irrésisitible de Hailee Steinfeld et à la placidité lasse de Jeremy Renner : leur duo est absolument parfait, leur alchimie parfaite - svp, Kevin Feige, commandez tout de suite une saison 2 !

L'intrigue part quelquefois dans tous les sens, à cause du nombre de seconds rôles, et le fil rouge concernant cette fameuse montre ne trouve une réponse in extremis et quelque peu lapidaire (Laura Barton a été une agent du SHIELD, et son matricule correspond à celui de Mockingbird, qui a été l'épouse et partenaire de Hawkeye dans les comics. Mais ça n'explique pas vraiment pourquoi elle craignait tant que son secret tombe dans d'autres mains puisque le SHIELD n'existe plus dans le MCU et qu'on voit mal Linda Cardellini interpréter Mockingbird dans le futur).

Pourtant, le téléspectateur peut facilement faire le lien entre les protagonistes : Yelena, par exemple, on le sait, est en mission pour la Comtesse de Fontaine et il semble évident que Wilson Fisk finance les projets de celle-ci tout il est le partenaire d'Eleonor Bishop. Vincent d'Onofrio endosse à nouveau le costume du Caïd après la série Daredevil sur Netflix, pour le bonheur de tous, et il en impose sans forcer, même s'il n'apparaît vraiment que dans le dernier épisode. "L'Oncle" de Maya Lopez et boss des russes ne meurt évidemment pas à la fin, malgré le coup de feu qu'on entend, tiré par Maya (dans les comics, une scène similaire avait aveuglé un temps Fisk) et je pense que Fisk reviendra hanter quelques séries futures (un peu comme Kang est voué à le faire dans les films).

Le rythme de la narration est soutenu, d'ailleurs les épisodes ne sont pas longs (une quarantaine de minutes, sauf pour le dernier qui dure une heure). Malgré cela, l'équipe laisse les héros et le fan souffler, mais jamais trop longtemps, et surtout le récit rebondit sans cesse jusqu'au final, spectaculaire avec son lot de flèches spéciales, d'affrontements intenses et d'explications justes. Sans que Alaqua Cox y soit pour rien, c'est son personnage, qui renvoie à Ronin (un passage peu réussi de Avengers : Endgame, mais bien exploité ici), qui est peut-être le plus dispensable (là encore, le choix des scénaristes de ne pas faire de Kazi un véritable tueur et homme de main de Fisk est discutable).

Quoiq qu'il en soit, n'hésitez pas à donner sa chance à Hawkeye. Si vous aimez le personnage, quel que soit celui qui l'incarne, vous ne serez sûrement pas déçu. Et dans l'ensemble que forment les séries Marvel sur Disney +, elle figure dans les meilleures.

dimanche 12 mai 2019

AVENGERS : ENDGAME, d'Anthony et Joe Russo


Le voici : le dernier acte de "la saga de l'infinité" et la dernière aventure des Avengers dans l'incarnation que nous connaissons depuis 2012. Une page se tourne pour le MCU et ses fans, en fanfare compte tenu des scores pharamineux au box office mondial pour le film depuis sa sortie. Mais aussi avec une vraie émotion. Ce qui constitue le vrai exploit réalisé par les frères Russo.

Captain Marvel, la Veuve Noire, War Machine, Thor, Captain America, Rocket
(Brie Larson, Scarlet Johansson, Don Cheadle, Chris Hemsworth, Chris Evans, Bradley Cooper)

Trois semaines après le claquement de doigts de Thanos qui a fait disparaître la moitié de toute vie dans l'univers, Captain Marvel sauve Tony Stark et Nebula à la dérive dans l'espace. Elle les ramène sur Terre où demeurent les survivants de la bataille du Wakanda - Bruce Banner, Steve Rogers, James Rhodes, Natasha Romanoff, Rocket et Nebula. Grâce aux connaissances de cette dernière, ils localisent Thanos et partent à sa rencontre pour réparer ce qu'il a causé en récupérant les pierres d'infinité. Mais le titan a détruit les gemmes. Thor le tue dans un accès de rage.

Cinq après...

Cinq ans passent. Scott Lang/Ant-Man réussit miraculeusement à sortir du royaume quantique et gagne le Q.G. des Avengers, en comprenant en route ce qui s'est produit en son absence. Il explique à Steve Rogers et Natasha Romanoff que le temps s'est écoulé différemment pour lui et que là réside peut-être la solution pour sauver l'humanité, en remontant le temps. Contacté, Tony Stark refuse d'aider car il ne veut pas perdre Pepper Potts et leur fille, Morgan, sur un coup de dés. 

Clint Barton, James Rhodes, Tony Stark, Steve Rogers, Nebula, Rocket, Scott Lang,
Natasha Romanoff (Jeremy Renner, Don Cheadle, Robert Downey Jr., Chris Evans,
Karen Gillan, Bradley Cooper, Paul Rudd, Scarlett Johansson)

Rogers, Romanoff et Lang font ensuite appel à Bruce Banner (qui a réussi à concilier la force de Hulk en conservant ses capacités intellectuelles). Il est disposé à construire une machine temporelle mais en précisant que s'ils altèrent le passé, ils crééront des univers parallèles et ne répareront rien. Tandis que Hulk et Rocket partent chercher Thor, qui a sombré dans l'alcoolisme, en Norvège où il a bâti une nouvelle Asgard avec Valkyrie, Natasha traque Clint Barton, reconverti en tueur de gangsters depuis la disparition de sa famille, et Tony Stark, encouragé par Pepper, rejoint le projet des Avengers.

 En route pour le "casse temporel"...

L'opération vise à un "casse temporel" (dixit Ant-Man) en subtilisant les pierres d'infinité dans le passé avant Thanos. Quatre groupes sont formés pour atteindre des années et des lieux distincts. Rocket et Thor partent pour Asgard en 2013 où Jane Foster se remettait après avoir intégré l'Ether, l'énergie à la base de la pierre de Réalité.

 Tony Stark et Steve Rogers

Stark, Rogers, Banner et Lang se retrouvent à New York en 2012, lors de la bataille contre les Chitauri et Loki, pour reprendre à ce dernier la pierre de l'Esprit. Banner convainc l'Ancien de lui confier la pierre du Temps. Mais Rogers et Stark sont obligés de remonter jusqu'en 1970, dans une base du SHIELD, pour avoir la pierre de l'Espace.

 Nebula et War Machine

Nebula et War Machine arrivent en 2014 sur Morag où ils doivent voler la pierre du Pouvoir avant Peter Quill. Mais au moment de revenir en 2019, Nebula est stoppée par sa version de l'époque qui l'a repérée grâce à leurs implants cybernétiques communs et qui va permettre, sous la torture, à Thanos d'atteindre 2019.

 Natasha Romanoff et Clint Barton

La même année, sur Vormir, la Veuve Noire et Hawkeye récupèrent, au prix d'un terrible sacrifice, la pierre de l'Âme. Les Avengers sont à nouveau en 2019 avec les six pierres d'infinité. Il ne reste plus qu'à annuler le sort de Thanos... 

 Thanos (Josh Brolin)

Thor, toujours accablé par son échec cinq ans auparavant, se porte volontaire pour enfiler le gant d'éternité conçu par Stark. Mais craignant qu'il ne soit pas assez lucide à cause de son alcoolisme, Hulk prend sa place. Il claque des doigts...

 Le Q.G. des Avengers

... Et, grâce à un appel de sa femme sur le téléphone de Barton, l'équipe peut constater que les disparus sont revenus parmi les vivants. Malheureusement, les héros ne savourent pas longtemps leur joie.

 Thor (Chris Hemsworth)

Thanos, amené en 2019 par la Nebula de 2014, détruit avec son vaisseau le QG des Avengers. Il charge sa fille de récupérer le gant d'infinité et les pierres. Emergeant des décombres, Thor puis Iron Man et Captain America défient Thanos, sans réussir à l'abattre. Le titan va détruire la Terre et ses habitants pour avoir osé contrarier son plan, son armée débarque de son gigantesque vaisseau. La situation paraît perdue.


Mais les héros désintégrés ayant été ramenés à la vie, les voici qui surgissent, téléportés par le Dr. Strange, sur le théâtre de la bataille finale, formant une armada aussi impressionnante que celle de Thanos. La charge est lancée et se soldera par la victoire des héros, non sans avoir essuyé la perte d'un des plus emblématiques d'entre eux.

Depuis sa sortie le 24 Avril en France et deux jours après aux Etats-Unis, Avengers : Endgame n'est plus un simple film de plus dans le MCU ou même dans l'Histoire du cinéma : c'est un phénomène, en passe de devenir le plus grand succès commercial du Neuvième Art. Dans ces conditions, la critique devient étrangement décalée.

Mais pas impossible ni superflue. Car la question reste de savoir s'il s'agit d'un bon film, et aussi d'une conclusion satisfaisante aux dix premières années et à la vingtaine de longs métrages Marvel qui l'ont précédé.

Anthony et Joe Russo avec leurs scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely ont eu à relever un défi fou car Infinity War, le précédent opus des Avengers, avait marqué les esprits des spectateurs et des critiques par un dénouement extraordinairement culotté - la défaite des héros et la mort d'un paquet d'entre eux contre Thanos.

Le début de Endgame surprend franchement puisqu'en un quart d'heure ce qui reste des Avengers plus Captain Marvel, Rocket et Nebula débusquent fissa Thanos et Thor le décapite par dépit et colère en apprenant qu'il a fait en sorte que son grand nettoyage ne soit pas corrigé. Thor le décapite, dépit et furieux.

Une ellipse de cinq ans nous montre la situation des survivants et l'état du monde après la catastrophe jamais réparée. Les deux réalisateurs évoquent brillamment la magnifique série The Leftovers en quelques scènes où New York dans la brume semble abandonnée, vidée de toute population, puis une réunion à laquelle participe Steve Rogers ou la veillée de Natasha Romanoff, seule gardienne du QG des Avengers. Le climat est pesant, d'une infinie tristesse, témoignant de l'impuissance des héros, de leur quête de résilience, de leur impossible deuil.

Puis le deuxième acte s'ouvre avec le retour de Scott Lang, qu'on avait laissé prisonnier du royaume quantique à la fin de Ant-Man et la Guêpe. Découvrant la situation, il rallume l'espoir chez les Avengers en leur soumettant une idée folle pour ramener leurs chers disparus.

Le scénario mute alors en un récit d'aventures pur, devient un film de "casse temporel", où il s'agit de récupérer les pierres d'infinité avant que Thanos ne se les approprie dans le passé. L'argument, souvent supposé chez les fans, se vérifie mais son exécution est remarquable, à la fois divertissante et palpitante - avec à la clé une mise au point sur les risques d'altération du continuum espace-temps (dont les conséquences ne se lisent pas dans le présent mais par la création de nouvelles réalités parallèles).

Endgame s'offre alors le luxe jubilatoire  de revisiter de précédents opus du MCU comme le premier Avengers de 2012, Thor : le monde des ténèbres de 2013, Les Gardiens de la galaxie de 2014 et bien entendu Infinity War de 2018. Une fascinante et ludique rétrospective.

Mais pas seulement car, déjà, le scénario sacrifie un de ses personnages emblématiques. Le procédé est casse-gueule car dans les comics, on ne meurt jamais définitivement, tandis qu'au cinéma il faut convaincre le spectateur du contraire tout en parvenant à communiquer une émotion à la mesure de l'événement dans la narration. McFeely et Markus abattent parfaitement leur carte en rendant cette mort logique, étonnante et émouvante. On sent alors que Endgame mérite son nom : c'est bien la fin de la partie. Et pourtant ce n'est pas encore terminé.

Car, à la faveur d'une astuce, difficile à bien résumer, alors qu'elle est admirablement exposée dans le déroulement du récit, le troisième acte s'ouvre sur un coup de théâtre qui voit se succèder un moment de bonheur (l'opération réussie) et de terreur (la revanche de Thanos).

Ce dernier chapitre s'inscrit le plus franchement dans le registre super-héroïque, avec un déploiement d'effets spéciaux, de scènes spectaculaires, de morceaux de bravoure, à la fois attendus et encore surprenants. C'est sans doute là la plus grande gageure du film : surprendre encore avec de vieilles recettes, le folklore directement issu des comics.

On a droit au cri de guerre tant espéré, desiré ("Avengers rassemblement !"), Captain America digne de brandir Mjolnir, son bouclier brisé, le retour des disparus (grandiose), un clin d'oeil au "girls power" (un plan qui a bien entendu hérissé le plus machos, et tous les trolls qui passent leur temps libre à vomir sur Brie Larson à qui ils ne pardonnent pas ses propos sur la diversité et l'égalité - pauvres abrutis !), Spider-Man virevoltant, et ce final vraiment grisant et sobre à la fois - où un deuxième héros iconique fait ses adieux, tombant au combat. Avoir résisté au mélo, au pathos, à la grande scène d'agonie démontre encore la maîtrise et le talent et le bon goût des scénaristes et des réalisateurs.

Pas de scène post-générique de fin pour Endgame non plus : c'est vraiment la fin du livre (même si, évidemment, dans quelques années, Marvel relancera sa franchise, avec une nouvelle équipe, et peut-être une nouvelle saga). Les jouets sont rangés, non sans malice (l'arc narratif de Captain America, joué excellement par Chris Evans, alimentera les conversations) et avec des promesses alléchantes (Thor, à qui Chris Hemsworth a apporté un "relief" vraiment épatant, dont l'avenir prend une tournure très intéressante).

Le film suscite une certaine frustration car il ne donne pas à voir une grande réunion épique de tous les héros Marvel, comme dans Infinity War. Mais c'est aussi bien, et même mieux : c'est un retour aux basiques, un hommage à l'équipe initiale (même avec les additions de circonstances de War Machine, Ant-Man, Nebula et Rocket). Scarlett Johansson incarne de manière remarquable cet adieu à la fois triste et plein de panache, entourée par Mark Ruffalo et Jeremy Renner (qu'on retrouvera dans une série télé consacrée à Hawkeye). Les autres, apparus après Avengers en 2012, n'ont droit qu'à des miettes, mais forment une sorte de haie d'honneur pour la bande qui a rendu leurs carrières possibles - y compris Captain Marvel (dont les scènes ici ont en fait été filmées avant celles de son propre film !).

Pour tout cela, plus que des félicitations, on a surtout envie de dire, simplement mais sincèrement : merci. Ce fut un sacré voyage. Le MCU est désormais face à son destin (exister et continuer à prospérer avec de nouvelles têtes, faire fructifier les derniers arrivés). Périlleux mais exaltant. Cette partie est finie, la prochaine peut commencer.  

mercredi 24 octobre 2018

DEMINEURS, de Kathryn Bigelow


Aujourd'hui encore, je vous propose de remonter dans le temps pour parler d'un film que j'avais loupé et que j'ai découvert dix ans après sa sortie (je n'étais pas pressé...) : Démineurs de Kathryn Bigelow. Récompensé par six "Oscar", ce qui se présente comme un film de guerre étonne par son traitement puisqu'il ne réfléchit ni au conflit qui lui sert de cadre mais au portrait d'un soldat dont l'engagement a tout d'une addiction. Avec, à la clé, la révélation d'un comédien qui depuis a fait du chemin...

 Owen Eldridge et le sergent Matthew Thompson (Brian Geraghty et Guy Pearce)

Irak. 2004. Le sergent William Thompson meurt dans l'explosion d'une bombe artisanale à Bagdad. Pour le remplacer, le sergent William James, un ancien ranger, arrive comme nouveau chef de l'unité de déminage. Il fait équipe avec le sergent J.T. Sanborn et l'expert Owen Eldridge - qui a été témoin de la mort de Thompson.

Le sergent William James (Jeremy Renner)

James sympathise avec un gamin irakien qui se fait appeler "Beckam", comme le footballeur anglais, et qui revend des DVD pirates près de la base américaine. Cependant, pour l'avoir vu à l'oeuvre et sans déconsidérer son efficacité, Sanborn et Eldridge comprennent vite que James est une tête brûlée et que les risques qu'il prend expose toute leur équipe. Des tensions apparaissent entre les trois hommes et, lors d'une visite sur un site d'entraînement, Eldridge glisse à Sanborn qu'ils pourraient facilement en profiter pour tuer James en faisant passer ça pour un accident.

Les sergents J.T. Sanborn et William James (Anthony Mackie et Jeremy Renner)

Ils n'en font rien. Mais en rentrant à leur base, les trois soldats croisent un groupe de cinq individus vêtus comme des combattants arabes. Il s'agit en fait de mercenaires britanniques qui viennent de capturer deux irakiens recherchés pour terrorisme. C'est alors qu'ils essuient des tirs et accusent plusieurs pertes. Les prisonniers tentent d'en profiter pour fuir mais ils sont abattus par le chef des mercenaires. Un sniper tire à vue sur ce dernier. Sanborn et James le repèrent patiemment et finissent par l'abattre à leur tour tandis que Eldridge descend un autre tireur isolé. 

Sanborn et James

Après cette mission, le trio est devenu plus soudé. Mais leur relation est à nouveau mise à l'épreuve lorsqu'ils inspectent un entrepôt qui se révèle être un atelier de fabricants d'armes. James croit reconnaître "Beckam" en voyant le cadavre d'un jeune garçon à l'intérieur duquel on a glissé une bombe. Il la désamorce mais l'évacuation dégénère lorsque le lieutenant-colonel Cambridge, psychiatre de la base qui les a accompagnés, meurt à cause d'un kamikaze.

Patrouille nocturne à Bagdad

Alors qu'Edlridge culpabilise, en s'interrogeant sur sa "malédiction" (c'est le deuxième de ses supérieurs qu'il perd), une énorme déflagration retentit la nuit suivante. En se rendant sur place, James pense que la bombe a été activée à distance et convainc Sanborn et Eldridge de pousser les recherches dans le quartier voisin. Ils se séparent pour quadriller le secteur. Eldridge est capturé et blessé quand Sanborn et James viennent à son secours. Démobilisé, il est transporté en hélicoptère le lendemain. James retrouve "Beckam" aux abords de la base mais refuse de lui adresser la parole, convaincu qu'il vend des infos aux terroristes sur les manoeuvres des américains.  

Boom !

James et Sanborn arrivent bientôt au terme de leur rotation avant de devoir prendre une permission obligatoire. Ils sont appelés pour désarmer un civil dans le centre-ville à qui des terroristes ont attaché une ceinture d'explosifs avec un minuteur. James tente de la lui ôter mais comprend qu'il ne réussira pas dans le temps imparti. Le civil meurt dans la déflagration. Sanborn, choqué, confie ensuite à James qu'il ne peut supporter cette vie et qu'il ne rempilera pas car il veut à présent rentrer chez lui et fonder une famille. 

Le sergent James rempile

James retrouve sa femme, Connie, et leur bébé. Mais, rapidement, cette existence rangée l'ennuie. Il sait que ses compétences et son courage sont recherchés. Il rempile donc pour une nouvelle rotation plutôt que d'assumer ses rôles de mari et père.

Kathryn Bigelow ne ménage pas le spectateur : dès la première scène, elle nous plonge dans le feu de l'action et tue un de ses personnages, pourtant incarné par un acteur important (Guy Pearce, même si son étoile a pâli depuis sa révélation dans Memento). Ainsi, semble-t-elle nous avertir, personne n'est à l'abri.

L'entrée en scène du remplaçant du sergent Thompson par un charismatique démineur dont la bravoure frise l'inconscience donne davantage le sentiment d'un dangereux grain de sable dans la machine que du renfort providentiel. Mais elle renvoie aussi le spectateur à une question perverse : qu'attend-il d'autre d'un film de guerre que le spectacle de la mort, y compris celle de son héros ?

C'est Jeremy Renner qui incarne William James : dix ans après, c'est devenu un acteur en vue grâce à son rôle de Hawkeye dans les films consacrés aux Avengers mais aussi dans l'excellent White River de Tony Sheridan. Point commun à ces longs métrages : il y donne la réplique à d'autres acteurs dont la carrière a décollé grâce aux productions Marvel (comme Anthony Mackie ici ou Elizabeth Olsen).

Mais en 2008, Renner n'est encore qu'un "wannabe", un inconnu que Démineurs va révéler comme un énième substitut de Steve McQueen grâce à sa composition fiévreuse et cool à la fois, sa présence intense. Il crève littéralement l'écran, et même quand il n'est pas à l'image, il hante les scènes, car il est dépeint comme cet électron libre séduisant et dangereux, ce casse-cou irrésistible. Pourtant, William James n'est pas vraiment un héros traditionnel...

Ce personnage ambivalent, un peu fou, certainement aussi suicidaire, porte en lui le vrai sujet du film sa vraie nature : The Hurt Locker est en définitive moins un film de guerre qu'un film sur l'addiction, sur la guerre comme drogue, une drogue puissante qui procure du plaisir - un plaisir plus grand que l'amour d'une femme, la paternité d'un enfant. Le sergent démineur est un drogué qui s'il est volontaire fuit d'abord une vie de famille morne pour rester au contact de ce qui lui procure un shoot d'adrénaline, qui le rend plus vivant, lui fait ressentir les choses plus urgemment. Il lui faut sa dose, fusse-t-elle mortelle.

Pour masquer sa dépendance, il se cache derrière sa lourde combinaison, son casque semblable à celui d'un astronaute. C'est une sorte de costume de super-héros et en même temps presque un cercueil ambulant, qui ne protège pas du pire, comme en témoigne la mort au début du sergent Thompson. S'il est, à un moment, félicité par un colonel pour le nombre de bombes qu'il a désamorcé et donc de vies qu'il a sauvées, James n'en tire aucune fierté : il fait juste son boulot. Du moins est-ce ainsi qu'il se présente, se montre. En vérité, ces engins de mort qu'il désactive, c'est sa danse favorite pour se sentir vivre plus fort.

Mais l'habit du démineur est aussi la transposition du regard de cinéaste de Bigelow : James a une visibilité limitée et un objectif simple et précis. Il ne considère pas la situation d'un point de vue politique et n'a aucune opinion sur l'intervention américaine en Irak. La réalisatrice non plus - et c'est peut-être la limite de son entreprise (alors que, depuis, avec Zero Dark Thirty ou Detroit, elle a posé un regard plus ambigu et critique sur les événements ayant conduit à la mort de Ben Laden ou des émeutes raciales de la fin des années 60) : si son héros n'avait pas été américain, on aurait pu comprendre cette prise de distance et envisager le récit comme une sorte d'abstraction, une réflexion sur tous les démineurs de toutes le guerres. Mais James est un américain dans une armée d'occupation en terre arabe : ce n'est pas innocent, on ne peut pas l'occulter.

Certains ont rapproché ainsi Démineurs de American Sniper de Clint Eastwood, mais les deux oeuvres n'ont pas grand-chose à voir. Elles se répondent d'une certaine manière mais se déroulent sur des voies parallèles sans se croiser. Le personnage de Bradley Cooper chez Eastwood se voit comme un authentique serviteur qui cartonne pour diminuer l'ennemi. Celui de Renner chez Bigelow se fiche bien d'être une sorte de recordman dans la mesure où il ne tue pas (en tout cas jamais directement, avec l'intention de tuer) mais désamorce des mines conçues pour pulvériser des civils ou des militaires.

Pour, donc, savourer pleinement ce grand spectacle qui est aussi très intime (et intimiste), il convient d'apprécier le film comme une sorte de trip plus intérieur que grandiose. On vibre, on frémit, on est impressionné : pas de toute, c'est de la bombe !  

lundi 11 décembre 2017

PREMIER CONTACT, de Denis Villeneuve


Je n'ai finalement pas été voir Blade Runner 2049, échaudé par des critiques partagées et la crainte d'abîmer le souvenir de la prequel de Ridley Scott, mais comme j'ai quand même beaucoup aimé Prisoners et Sicario de Denis Villeneuve, j'ai choisi de compléter mes connaissances à son sujet en découvrant son précédent opus : le remarquable et remarqué Premier Contact.

Le vaisseau alien au-dessus du Montana

En douze points du globe, des extraterrestres débarquent sur Terre sans quitter leurs vaisseaux ovoïdes noirs suspendus au-dessus du sol. Cet événement mobilise aussitôt les forces armées des pays concernés. Aux Etats-Unis, le colonel Weber sollicite l'aide du Dr. Louise Banks, linguiste bénéficiant d'une accréditation secret défense, pour tenter de comprendre les raisons de la présence des visiteurs et leurs intentions (pacifiques ou belliqueuses) puis tenter d'établir un moyen de communiquer avec eux.
Le colonel Weber, Louise Banks et Ian Donnelly (Forest Whitaker, Amy Adams 
et Jeremy Renner)

Elle part donc pour le Montana où a été établi un camp militaire entourant un des vaisseaux, en compagnie de l'astro-physicien Ian Donnelly. Pour entrer à bord de cette immense coque les militaires passent par une trappe qui s'ouvre toutes les 18 heures et aboutit à une sorte de large baie vitrée derrière laquelle deux extra-terrestres ressemblant à des heptapodes (à cause de leur sept membres flexibles) les attendent. Donnelly les surnomme "Abbott" et "Costello", en référence au célèbre duo d'humoristes américains. 

Louise Banks

Les aliens tracent sur la baie des glyphes en projetant des jets d'encre et Louise les interprète comme un langage très synthétique où chaque signe peut exprimer aussi bien un mot qu'une phrase complète. Mais pendant ce temps la situation internationale se tend lorsque les experts chinois pensent avoir traduit un de ces logogrammes par le terme "arme". 

Un des étranges logogrammes des aliens

Deux soldats américains de la base du Montana, qui escortent Louise et Ian à chacune de leur visite dans le vaisseau, déposent, sans en aviser Weber, une charge explosive. "Abbott" sauve de la déflagration les deux scientifiques in extremis. Puis leur vaisseau change de position, s'élevant plus haut dans le ciel et devenant inaccessible. Les onze autres coques imitent cette manoeuvre partout dans le monde. 

Ian Donnelly

Ordre est donné d'évacuer la zone. Les chinois décident, eux, avec leurs alliés, de détruire les vaisseaux situés dans leur espace aérien. Louise, qui a compris que les appareils aliens forment une unité de la même façon que leur langage, quitte le campement pour se placer sous la coque dans laquelle elle est réintroduite via une capsule envoyée pour elle. 

Louise Banks

"Costello" communique alors avec la linguiste, lui apprenant que "Abbott" est mort après l'explosion, puis qu'elle peut lire le futur - c'est là en vérité le sens des flashes qui l'assaillaient depuis son arrivée sur le site et dans lesquels elle se voyait mariée, mère d'une petite fille et divorcée suite à la mort prématurée de celle-ci, des suites d'une longue maladie.

Le colonel Weber

Rendue aux siens, Louise parvient, en dérobant le téléphone-satellite d'un agent de la CIA, à contacter le général Shang, à la tête de l'armée chinoise, pour le convaincre de ne pas ouvrir les hostilités contre les extraterrestres. Progressivement, les alliés de la Chine stoppent leurs manoeuvres. Les vaisseaux disparaissent ensuite aussi subitement qu'ils sont arrivés.

Louise et Ian

Comme "Costello" l'avait dit à Louise, dans un lointain futur, comme ils ont permis à l'humanité de s'unifier, les humains aideront à leur tour les aliens le moment venu. Quant à la jeune femme, elle va vivre avec Ian, avec lequel elle aura une fille à qui, peut-être, ils épargneront une mort prématurée.

Présenté à la 73ème Mostra de Venise l'an dernier, Arrival de Denis Villeneuve a créé la sensation en se démarquant du tout-venant des films de science-fiction. Précédé de ce buzz flatteur, le film a ensuite divisé la critique mais a été boudé par le grand public, désarçonné par son style.

Premier Contact s'inscrit dans une double lignée : c'est à la fois un prolongement narratif et esthétique de ce que Villeneuve a produit dans son précédent opus (l'excellent Sicario), avec une héroïne progressant à tâtons dans une (en)quête dont le sens ne se révèle vraiment qu'à la toute fin, et c'est aussi une nouvelle exploration cinématographique d'une tradition fantastique où les humains cherchent à communiquer avec des extraterrestres.

Le résultat est à la fois captivant et nébuleux. Les thèmes creusés ici, comme le langage, le temps, la mémoire, sont ambitieux et le scénario choisit, comme la nouvelle dont il s'inspire, de les traiter sans verser dans le grand spectacle, avec une certaine austérité. La majorité des scènes se déroule dans des tentes où militaires et savants débattent du déchiffrage de symboles, hypothèquent sur leur signification, ou dans la coque caverneuse d'un astronef avec deux créatures, à la physionomie à la fois inquiétante et gracieuse et au comportement énigmatique, ne s'expriment que par des logogrammes aléatoirement traduits).

Ce parti pris peut dérouter, voire décourager, mais si on l'accepte, le jeu en vaut vraiment la chandelle : il s'agit bien de faire ressentir la nécessité de prendre du temps pour comprendre l'Autre. Eric Heisserer nous dispense de bavardages techniques assommants et pseudo-réalistes au profit de scènes silencieuses, de creux dramatiques, correspondant aux recherches hésitantes de la linguiste. Villeneuve met cela en scène en soignant l'ambiance à la fois tendue et suspendue, le rythme volontiers flottant, et c'est souvent envoûtant. On pardonne du coup quelques clichés (comme le personnage du colonel joué par Forest Whitaker avec son air de Droopy massif, ou ces enfilades d'ordinateurs devant lesquels s'affairent des experts dont la contribution semble bien discrète comparée aux efforts déployés par l'héroïne). Mais au moins échappe-t-on à des vues sur des salles de réunion avec des présidents, entourés de généraux va-t-en-guerre opposés à de plus raisonnables scientifiques, ou à des scènes de combat entre des extraterrestres et l'aviation militaire.

La partie plus "cosmique" du film est aussi plus inégale : Premier Contact arrive après des longs métrages écrasants sur le sujet (parmi lesquels Rencontres du 3ème type de Steven Spielberg, Abyss de James Cameron, ou le chef d'oeuvre indépassable que reste 2001 : L'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick). La comparaison est inévitable. Mais Villeneuve s'en sort avec les honneurs, grâce au soin qu'il a apporté aux designs (qu'il s'agisse de ceux des vaisseaux ou des extraterrestres et de leur langage) et par sa volonté de coller à son héroïne hantée non pas, comme on le pense au début, par des flash-backs traumatisants par des flash-forwards anxiogènes, ce qui donne une perspective étonnante à l'ensemble, une dimension contemplative, méditative et troublante. Le twist final est habile dans l'opposition qu'il établit entre l'innocence de ce premier contact et l'expérience existentielle (naissance, vie, mort) qu'il provoque.

Amy Adams s'aligne sur la tonalité feutrée du récit et livre une interprétation dense et émouvante, d'une sobriété intense, qui éclipse ses partenaires. Un jeu intériorisé remarquable. Jeremy Renner confirme qu'il est un acteur d'une grande intensité tout en conservant un jeu minéral.

Premier contact à l'image de son sujet ne se livre pas facilement, et peut même frustrer, mais c'est aussi une apologie vertigineuse de l'inconnu et une métaphore brillante sur le destin.