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mardi 26 décembre 2023

THE MARVELS : Error System


The Marvels est d'ores et déjà le plus cuisant échec commercial du MCU. Mais, sans être méchant, c'est mérité. Et surtout c'était quelque part inévitable tant ce film a été produit en dépit du bon sens. Il signe en vérité l'échec d'une stratégie imposée par Kevin Feige au début de la Phase IV. Mais, aussi curieux que cela puisse paraître, c'est peut-être un mal pour un bien...

Ce qui suit contient des SPOILERS !
 

La destruction de l'Intelligence Suprême, qui dirigeait l'empire kree, par Captain Marve, a fait sombrer ce peuple dans une guerre civile et la désolation. Depuis trente ans, les ressources du monde -trône Hala se sont épuisées, la sécheresse sévit, l'air y est devenu irrespirable, son soleil se meurt. Dar-benn, une jeune juge, s'est érigée en leader, promettant de corriger cette situation et de tuer celle qu'elle appelle "l'annihilatrice" - Captain Marvel.


Pour cela, elle met la main sur un bracelet quantique qui lui permet d'ouvrir des brèches spatio-temporelles. L'une d'elles est détectée par le S.A.B.E.R. (Strategic Aerospace Biophysics and Exolinguistic Response), dirigée par Nick Fury, qui a sous ses ordres l'agent Monica Rambeau, la nièce de Carol Danvers/Captain Marvel, qui elle surveille ce portail à son autre extrémité. Chez elle, dans le New Jersey, Kamala Khan voit son bracelet quantique briller inexplicablement et quand Carol et Monica activent leurs pouvoirs, elles échangent leurs places.
 

Nick Fury et Monica rendent visite à Kamala, rejoints par Carol Danvers. Elles comprennent qu'elles ont en commun leurs pouvoirs sur la lumière et qu'elles doivent faire équipe pour résoudre cette affaire de brèches. Elles partent donc pour la planète Tarnax que Captain Marvel a trouvé pour donner un refuge aux skrulls, les ennemis de toujours des kree. Mais Dar-benn les a devancées et en ouvrant un portail en aspire l'atmosphère. Carol, Monica et Kamala évacuent le plus de skrulls possibles puis les confient à Valkyrie qui les transportent à la Nouvelle Asgard..


Carol comprend que Dar-benn s'en prend à des mondes qui lui sont chers et emmènent donc Monica et Kamala sur Aladna, composée en majorité d'eau. Elle s'y est jadis fiancée au prince Yan qui les aide à affronter Dar-benn et son armada. Mais le combat est déséquilibré et Kamala se fait dérober son bracelet quantique.


Obligées de battre en retraite à contrecoeur, Carol sait que la prochaine cible de Dar-benn sera la Terre ou plus exactement son soleil. Pour se préparer à un nouveau combat contre Dar-benn, elle s'entraîne avec Monica et Kamala puis contacte Nick Fury pour l'avertir de la situation. Dar-benn commence déjà à ouvrir une brèche avec ses deux bracelets quantiques lorsque les trois héroïnes surgissent.


Lorsqu'elle déchaîne ses pouvoirs contre ses adversaires, Dar-benn est consumée par les bracelets quantiques. Il reste cependant à refermer le portail ouvert et Monica se sacrifie. Kamala rentre dans le New Jersey retrouver ses parents et explique que Carol est repartie pour Hala. Là-bas, elle régénère le soleil et sauve les kree d'une mort annoncée.

Deux scènes supplémentaires interviennent durant le générique de fin : 

- dans la première, Kamala Khan aborde Kate Bishop, la disciple de Clint Barton/Hawkeye, pour lui proposer de former une équipe avec d'autres jeunes héros ;

- dans la seconde, Monica se réveille auprès de sa mère, Maria, et du Dr. Hank McCoy/le Fauve, qui l'ont récupérée dans un univers parallèle. Monica doit expliquer à Maria qu'elle est bien sa fille et comment elle est arrivée ici.

Flashback : nous sommes en 2019 et Spider-Man : Far From Home conclut la Phase III du MCU (Marvel Cinematic Universe), trois mois après le triomphe de Avengers : Endgame, climax de 11 années de films adaptés des comics Marvel. Kevin Feige, producteur de tous ces longs métrages et grand architecte de leur mise en chantier, est le roi du monde.

Il annonce alors les projets pour la Phase IV dont l'exploitation débutera en 2021 avec le film Black Widow. Son ambition est grande mais personne ne la contesterait : il entend étendre le MCU sur grand et petit écran avec, pour ce support, des séries mettant en scène des personnages secondaires et parfois encore inédits. La plateforme Disney + les programmera mais surtout, dans l'idéal, les fans pourront apprécier une expérience encore plus grande des super-héros Marvel.

Shang Chi et la légendes des dix anneaux, Les Eternels, Spider-Man : No way home, Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Thor : Love and thunder, Black Panther : Wakanda forever, Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, Les Gardiens de la Galaxie volume 3, et donc The Marvels vont se succèder en salles. Tandis qu'en streaming on découvrira WandaVision, Falcon et le Soldat de l'Hiver, Loki (saisons 1 et 2), What if...?, Hawkeye, Moon Knight, Ms. Marvel, She-Hulk : Avocate et Secret Invasion.

Et autant dire que tout ne va pas se dérouler exactement comme l'avait espéré Kevin Feige. Entre temps, Bob Chapek, le patron de Disney, critiqué pour sa gestion, sera limogé et remplacé par celui auquel il avait succédé, Bob Iger, qui, depuis, a changé de braquet en exigeant des économies (et donc en licenciant massivement). Les responsables des effets spéciaux râlent contre des conditions de travail intenables. Et la grève des scénaristes et des acteurs paralysera tout Hollywood pendant plusieurs mois.

Mais surtout le succès n'est plus automatique pour les productions Marvel. La critique se fait aussi plus assassine, étrillant de gros projets. Et les fans n'accrochent pas à cette saga du Multivers censée succéder à celle des Pierres d'Infinité et de Thanos qui a couru sur les Phases I à III. La belle mécanique s'est enrayée.

Chacun y est allé de son diagnostic : lassitude envers les super-héros ? Manque de lisibilité dans l'intrigue générale ?  Même des cinéastes "nobles" s'en sont mêlés, comme Martin Scorsese qui a qualifié les films de super-héros de produits plus proche des parcs d'attraction que du cinéma, même si d'autres les défendent, comme Christopher Nolan, qui disent qu'il en faut pour tous les goûts et qu'ils participent à la bonne santé économique de l'industrie.

Pour ma part, sans revenir dans le détail sur ce que j'ai aimé ou pas dans cette Phase IV, j'ai été dès son départ perplexe sur cette synergie entre ciné et télé, sur le choix de Kang comme nouveau grand méchant du MCU (et sur l'acteur qui l'incarnait, Jonathan Majors, très cabotin), et une absence criante de liant entre tout ça. Le concept même de Multivers, compliqué à expliquer, a surtout échoué à convaincre et je pense qu'il faudrait carrément ne plus le traiter (même si je doute qu'une décision aussi drastique soit prise).

The Marvels, pour en revenir à lui, est une sorte de concentré de toutes ces erreurs tactiques, narratives, esthétiques. C'est une sorte d'erreur aberrante dans un système, au point qu'on se demande comment un tel film a pu être validé tel quel ou, comme cela semble être le cas maintenant que des langues se délient, comment il a été charcuté pour ne ressembler à ce point à rien.

C'est très simple en vérité : comment a-t-on pu croire que c'était une bonne idée de faire une suite à Captain Marvel en excluant le nom de l'héroïne du titre et en lui associant deux autres personnages uniquement vus dans des séries télé, et encore pour l'une d'entre elles dans un rôle très secondaire ? C'est un vrai mystère et une hérésie. Ce qui faisait la force du MCU pendant sa première décennie, c'était justement la manière dont les héros faisaient connaissance progressivement, pour former l'équipe des Avengers d'abord, puis affronter Thanos ensuite. Et si ça fonctionnait, c'est parce que tous les personnages étaient issus d'un même format (le film), sur un pied d'égalité donc.

Mais Ms. Marvel et Monica Rambeau sont issus de séries Disney +, par ailleurs très diversement appréciées. Ms. Marvel était sympathique mais souffrait d'un scénario très faible tout juste compensé par l'abattage de sa jeune vedette, Iman Vellani. Monica Rambeau, jouée par Teyonah Parris, était un second rôle dans WandaVision, qui acquérait ses pouvoirs d'une façon très opportuniste (et complètement différente, comme Ms. Marvel, des comics), sans avoir marqué les esprits plus que ça - en tout cas certainement pas au point de devenir une tête d'affiche.

Ne revenons pas sur les réactions à l'égard de Brie Larson en Captain Marvel auxquels de soi-disant fans reprochaient de ne pas être assez souriante... Mais Larson est une actrice solide, oscarisée, et à qui il en faut plus que ça pour l'ébranler. Elle est à mon avis impeccable dans son rôle.

L'intrigue de The Marvels est aussi un cas d'école. Le film est court, le plus court de tous les films du MCU avec ses 1 h. 42. Mais justement on a souvent l'impression que le film se déroule en accéléré, comme s'il ne fallait pas perdre de temps. C'est très bizarre, surtout pour un studio qui n'a jamais lésiné sur la durée, accouchant souvent de montages un peu trop généreux. Ce n'est pas tellement qu'on a le sentiment qu'il manque de scènes, mais plutôt que tout est expédié, pas ou peu ou mal développé.

Quand le film débute, le spectateur doit intégrer des informations à toute vitesse et il ne s'agit pas de rien : l'empire kree a sombré, la planète Hala est condamnée, et tout ça par la faute de Captain Marvel - ce qui n'est quand même pas l'idéal pour ensuite affirmer que c'est quand même une héroïne... Celle qui lui en veut le plus et entreprend de résoudre cette crise est une jeune femme kree jouée par Zawe Ashton, une comédienne à l'absence de charisme effrayant, qui ne fait jamais peur, et qui connaîtra une fin pitoyable. L'armada qu'elle est censée commander est la plupart du temps invisible ou alors réduite à de la figuration, mise en scène avec une mollesse terrible.

Là aussi, des trolls sur Internet ont accablé la réalisatrice Nia DaCosta. Je ne connais pas son travail mais elle n'est tout simplement pas taillé pour une super production de ce type. Les rumeurs disent que la production a été chaotique, sans supervision, et que le montage final s'est fait sans elle (partie sur un autre projet), avec des coupes drastiques (d'où la durée du film). Quelle que soit la vérité, le résultat est calamiteux, sas personnalité, sans envergure, sans souffle.

C'est cependant, même si ce n'est pas difficile, moins affreux visuellement que Thor : Love and Thunder et surtout Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, mais bon, ce n'est pas beau non plus. Les effets spéciaux sont pauvres, cheap, même pas ratés, juste misérables.

Mais ce n'est pas tout ! Comme d'habitude, on a droit à des scènes durant le générique de fin et elles sont affligeantes. La première réveille une arlésienne avec une évocation des Young Avengers (ou des Champions), soit une équipe de jeunes super-héros initiée par Kamala Khan qui aborde Kate Bishop : je n'ai rien contre cette éventualité mais je ne crois pas une seconde que quiconque ira voir un jour pareil film. Si Kevin Feige y tient vraiment, qu'il le produise comme un unitaire spécial sur Disney + (comme l'excellent Werewolf by Night).

En revanche, comment le même Feige a pu introduire pour la première fois le retour officiel des X-Men à la fin de The Marvels, qui plus est dans une scène aussi gênante, quel que soit l'angle sous laquelle on la considère ? Faut-il, comme je l'ai compris, entendre que les mutants vivent dans un univers parallèle ? Et faire de Maria Rambeau une revenante devenue l'héroïne Binaire (qui était à l'origine une incarnation cosmique de Carol Danvers)... Dans un sens, heureusement que The Marvels a été un bide, ainsi peu de gens ont vu ça et quand les X-Men auront enfin droit à leur film, personne ne se souviendra qu'ils ont été mentionnés ici pour la première fois.

En conclusion, deux remarques : 

- 1/ je pense qu'il existe bien une lassitude des films de super-héros - ou plus exactement des mauvais films de super-héros, trop (mal) produits, réalisés, écrits. Le succès des Gardiens de la Galaxie vol. 3 a prouvé que le public appréciait encore le genre quand il était bien adapté, par un auteur inspiré. Mais je crois aussi qu'il est nécessaire, vital même, que Marvel/Disney fasse un break (comme DC/Warner), ne serait-ce que pour recréer de l'attente, du désir pour ces films et, à cet égard, qu'il n'y ait que Deadpool 3 qui soit programmé en 2024 est une bonne chose (même si ça aurait été encore mieux qu'il sorte en 2025).

- 2/ Il est tout aussi nécessaire d'arrêter de développer le MCU à la fois sur le petit et le grand écran, ou alors que les projets soient déconnectés. La stratégie de Feige ne fonctionne pas. C'est indigeste. D'ailleurs, il faut surtout moins produire de films de super-héros, refaire de chacun un événement, et de qualité. Le public ne veut plus de films moyens ou médiocres ni de héros de seconde main. The Marvels l'enseigne, durement.

jeudi 30 novembre 2023

MS. MARVEL : THE NEW MUTANT #4, de Iman Vellani, Sabir Pirzada et Carlos Gomez


Et rideau pour Ms. Marvel : The New Mutant ! Enfin... Pas tout à fait (mais j'en reparle plus loin). L'histoire contée par Iman Vellani (la Ms. Marvel du MCU) et Sabir Pirzada (scénariste de la série sur Disney +) se conclut sur une note positive, sans verser dans l'angélisme. Carlos Gomez achève seul les dessins avec le talent qu'on lui connaît.


Repérée par une Sentinelle, Ms. Marvel comprend grâce à son ami Bruno qu'elle portait, à son insu, un traceur. Mais la Sentinelle met en danger les étudiants du campus qui accusent l'héroïne. Bruno les convainc de l'aider et à l'issue de la bataille, Ms. Marvel comprend que sa vie a définitivement basculé...


Quoi qu'on en pense, le futur des X-Men s'écrira en comptant avec Ms. Marvel. Pas seulement parce que depuis le Hellfire Gala, où Kamala Kahn a ressuscité, elle est devenue une mutante (ou plus exactement une hybride mi-mutante, mi-inhumaine). 


Non, le personnage est désormais intégré à la franchise X. Er d'autres auteurs vont l'utiliser (comme Kieron Gillen dans Rise of the Powers of X, qui se situe dans le futur). Et malgré l'échec en salles du film The Marvels, Kamala Kahn reste une héroïne sur laquelle mise Marvel (comics en tout cas).


Ensuite parce que, comme je le suggérai en préambule, tout n'est pas dit avec ces quatre épisodes. Marvel a déjà communiqué sur une suite, à venir en Mars 2024, par les mêmes scénaristes et Scott Godlewski au dessin cette fois. Le titre : Ms. Marvel : Mutant Menace.

Pour l'heure donc, Iman Vellani et Sabir Pirzada concluent efficacement leur récit par un épisode riche en action mais qui a surtout le mérite d'établir le personnage dans son nouveau rôle. Plus que la baston entre la Sentinelle et Ms. Marvel, on retiendra surtout les dernières pages qui, sans trop en dire, insistent sur le fait que Kamala ne veut pas encore choisir son camp - ou sa race.

A défaut donc de retrouver un titre régulier (à moins que Marvel ne compte fonctionner par mini-séries successives autour de Ms. Marvel en plus de ses apparitions dans d'autres séries mutantes), Kamala Kahn a un échange, bref mais enrichissant, avec Emma Frost qui lui explique que ses pouvoirs mutants grandissent progressivement et finiront certainement par s'imposer. Il se peut alors que Ms. Marvel n'ait à terme plus du tout les mêmes talents que ceux qu'on lui connaît depuis sa création (et c'est ce que semble indiquer la preview de Rise of the Powers of X).

Vellani et Pirzada jouent en quelque sorte la montre, conservant ce qui est essentiel au personnage (son caractère volontaire, voire téméraire, son esprit geek, sa pétulance) et ses capacités élastiques primaires, jusqu'à ce que celles-ci soient modifiées. D'ici-là, ils peuvent encore s'amuser un moment avec Kamala et garder un certain flou sur son appartenance à la mutanité ou l'inhumanité.

En revanche, le scénario est plus tranché en ce qui concerne la façon dont les autres considèrent Ms. Marvel. Lors d'un bref dialogue avec la Sentinelle Oméga Karima Shapandar, Kamala comprend que son insouciance est désormais soumise au fait qu'on l'assimile à une mutante avec tout ce que cela suppose de désagréable - actuellement vivre comme une fugitive, dans la clandestinité, haïe par ceux qu'elle s'évertue pourtant de protéger.

Si ce que fait Pirzada aux côtés de Villani reste flou, la personnalité de cette dernière alimente grandement celui de son double de papier. Et c'est la grande réussite de cette mini-série, écrite par quelqu'un qui a le même âge que l'héroïne mais qui ne la conçoit pas de manière naïve. Vellani n'est donc pas qu'une fan à qui on a offert de rédiger un script mais bien un auteur à suivre. Peut-être fera-t-elle de Ms. Marvel un personnage de mascotte des X-Men aussi populaire que le fut en son temps Kitty Pryde (dont on mesure encore davantage la maturité qu'elle a acquise durant Fall of X au détour d'une scène avec Kamala).

Comme ce dernier épisode ne comporte plus de scènes oniriques, Adam Gorham n'est donc pas présent et Carlos Gomez dessine toutes les pages intérieures. L'artiste prouve qu'il n'est pas seulement à l'aise avec les héroïnes pulpeuses auxquelles il a été surtout associées jusqu'alors. Il anime Ms. Marvel avec beaucoup de finesse et d'énergie.

La longue scène d'affrontement avec la Sentinelle est spectaculaire à souhait et quand le calme revient ensuite, Gomez découpe les dialogues avec une belle variété dans les angles de vue, de telle sorte que le dynamisme reste intact. Je vais me répéter, mais la prochaine étape serait vraiment que Marvel accorde sa confiance à ce dessinateur sur un titre régulier (car il est bien meilleur que certains "stormbreakers" promus par l'éditeur).

Dans le climat plutôt pesant de Fall of X, Ms. Marvel : The New Mutant n'aura pas dépareillé en qualité tout en procurant d'autres sensations aux fans.

jeudi 26 octobre 2023

MS. MARVEL : THE NEW MUTANT #3, de Iman Vellani, Sabir Pirzada, Carlos Gomez et Adam Gorham


C'est déjà l'avant-dernier numéro de cette mini-série et le moins qu'on puisse dire, c'est que les auteurs continuent d'entretenir le doute sur le futur de Ms. Marvel. L'histoire prend un tour plus tendu que jamais et relègue les mutants au rang de figurants. Iman Vellani et Sabir Pirzada jouent sur deux tableaux dans cet épisode où Carlos Gomez et Adam Gorham ont pour la première fois le même nombre de planches à dessiner.


Le Dr. Gaiha d'Orchis a réussi à coller un mouchard sur Ms. Marvel et lorsqu'elle dormira et fera des cauchemars, elle alertera les télépathes mutants, déclenchant ainsi une vraie bombe psychique. Mais Bruno qui veille sur le sommeil de Kamala, à la recherche d'indices inconscients, trouve le mouchard...


Ceux qui doutaient de la qualité d'écriture de cette mini-série parce qu'Iman Vellani la co-signait avec Sabir Pirzada, et donc pensaient qu'il s'agissait d'un coup marketing de Marvel s'appuyant sur l'actrice qui a incarné Ms. Marvel, devront sans doute ravaler leurs préjugés.


Loin de céder à la facilité, Ms. Marvel : The New Mutant intrigue de plus en plus et entraîne le lecteur sur des sentiers inattendus. De fait cet épisode, l'avant-dernier de cette mini, est le plus original. Au point de se passer de seconds rôles parmi les mutants célèbres qui y faisaient auparavant des apparitions.


Kamal Kahn est face à un double problème : d'un côté, elle fait partie de la résistance mutante après les récents succès d'Orchis pour discréditer les mutants et doit donc à ce titre accomplir une mission risquée (infiltrer un campus financé par Orchis) ; et de l'autre, elle doit comprendre sa mutation, elle qui a d'abord été une inhumaine.

Jusqu'à présent la série a mis l'accent sur la première partie et invité dans le récit des figures familières comme Synch, Talon, Kitty Pryde, Rasputin IV, Emma Frost et Iron Man. Le mois dernier, surprise puis sauvée par Iron Man d'une attaque de drones d'Orchis, la jeune néo-mutante ne s'était pas rendu compte qu'elle portait désormais sur elle un mouchard qui devait permettre aux méchants de la localiser.

On découvre cette fois que le plan d'Orchis et de la Dr. Gaiha est plus diabolique : bien entendu, il s'agit de capturer Ms. Marvel mais aussi de piéger les télépathes qu'elle pourrait appeler au secours. La Dr. Gaiha s'affirme comme une adversaire d'autant plus coriace qu'elle se sait menacée elle-même par Karima Shapandar, la Sentinel Oméga, mais contre laquelle elle a pris des mesures de protection.

Toutefois, ce troisième épisode met plus l'accent sur l'autre pan de l'intrigue. Car depuis sa résurrection et sa mutation, Kamala se demande qu'il est désormais vraiment. Une nouvelle mutante (comme le suggère le titre), encore une inhumaine, ou une créature hybride ? Les posters promotionnels récemment dévoilés pour Fall of the House of X/Rise of the Powers of X sèment le doute : Ms. Marvel n'apparaît pas sur la "photo" de famille dessinée par Mark Brooks mais figure la couverture du premier numéro de Rise of the Powers of X dans le costume de... Captain Krakoa !?!

Il s'agit donc pour Vellani et Pirzada de ne pas trop en dévoiler tout en satisfaisant la curiosité du lecteur sur la condition de Kamala Kahn. Et de ce point de vue, l'épisode est adroitement construit, en narration parallèle. Un suspense se forme autour du mouchard porté à son insu par Ms. Marvel et le fait que la Dr. Gaiha la localisera à temps alors que dans le même temps Kamala s'est endormie sous la surveillance de son ami Bruno pour chercher dans ses rêves des réponses à ses questions.

Ms. Marvel est donc dans une situation précaire, vulnérable. Les mailles du filet se resserrent autour d'elle mais en même temps elle perce le mystère de sa condition. Pour illustrer cette dualité, l'épisode est pour la première fois dessiné pour moitié par Carlos Gomez (qui se charge des pages avec Gaiha, la Sentinelle Oméga, Bruno) et pour l'autre moitié par Adam Gorham (pour les scènes oniriques).

Le procédé fonctionne mieux que bien. Vellani et Pirzada ont repris le côté geek de Kamala et son goût pour les fanfics qui décorent ses rêves, son investigation dans son inconscient aux côtés du Dr. Surfer (amalgame de Dr. Strange et du Silver Surfer). Elle finit par rencontrer littéralement sa mutation et celle-ci se révèle tentatrice. Kamala doit embrasser sa mutanité, mais s'y refuse pour conserver sa singularité. Est-ce là un indice pour le futur du personnage, qui ne sera pas complètement intégré à la communauté X ? On verra (même si ce ne sera sans doute pas dans les pages de cette mini).

Carlos Gomez propose des planches très rigoureuses, où la tension est palpable. Le face-à-face entre Gaiha et la Sentinelle Oméga est parfaitement rendu, les deux femmes collaborant sans la moindre sympathie l'une pour l'autre mais avec un objectif commun. 

Adam Gorham a enfin plus d'espace pour s'exprimer et il en fait bon usage. Ses planches sont avares en décors mais ce n'est pas trop choquant dans la mesure où tout se passe dans les rêves de Kamala. L'expressivité des personnages compense en quelque sorte ce vide en arrière-plan.

Tout se termine sur un cliffhanger accrocheur. Vivement le mois prochain pour savoir ce qu'il en sera de Kamala et de Bruno (même si, comme pour tous les titres Fall of X, on se dirige vers la chute du X mais aussi certainement d'Orchis).

jeudi 28 septembre 2023

MS. MARVEL : THE NEW MUTANT #2, de Iman Vellani, Sabir Pirzada, Adam Gorham et Carlos Gomez

 

Le premier épisode de Ms. Marvel : The New Mutant avait été une charmante surprise. Il restait à confirmer et ce deuxième numéro le fait avec efficacité. Si la couverture trompe le chaland (vous ne croiserez ni Wolverine ni Cyclope ici), l'intrigue concoctée par Iman Vellani et Sabir Pirzada est accrocheuse tandis que les dessins d'Adam Gorham et Carlos Gomez témoignent que le produit est bien emballé.



Toujours hantée par des cauchemars curieux, Kamala Kahn est également témoin de mouvements anti-mutants parmi les étudiants. Tandis qu'elle communique avec Synch, elle est repérée par une membre d'Orchis, mais Iron Man vient à sa rescousse...


On peut penser tout le mal qu'on veut de cette mini-série (spécialement si on ne la lit pas), mais il faut reconnaître que ce n'est pas du tout un caprice accordé à l'actrice Iman Vellani qui a incarné Ms. Marvel dans la série Disney + (et bientôt dans The Marvels).


Il y a en effet là un effort sincère et louable de ne pas raconter une histoire ordinaire, gadget, simplement pour attirer le regard des clients sur un énième comic-book. Et cette étrangeté présente dans le précédent épisode se retrouve dans le deuxième, avec en prime la présence de quelques guests de choc.
 

Pas facile d'exister dans le maelström de Fall of X et avec la décision de Marvel de faire de Ms. Marvel une mutante comme dans la série Disney +, on pouvait légitimement craindre que cette mini-série soit dispensable. En vérité, si elle ne révolutionne rien quant au déroulement des événements actuels impactant la franchise X, elle a le mérite d'exister et de s'imbriquer dans l'ensemble avec habileté.

Comme Adam Strange chez DC, Kamala Kahn est devenue l'héroïne de deux mondes et le vrai sujet de cette mini, ce pourrait bien être de résoudre in fine qui est Ms. Marvel. Un dialogue entre elle et Emma Frost dans le dernier tiers de l'épisode résume parfaitement ce statut ambivalent.

Kamala, qui ne sait plus vraiment à quelle tribu elle appartient, se définit elle-même comme "inhu-mutant", contraction d'Inhumaine et mutante. A terme, on espère que cette histoire permettra de dire ce qu'est vraiment Ms. Marvel, dont la mort a été épouvantablement mal écrite et dont la résurrection sur Krakoa n'a pas résolu grand-chose.

Mais justement, c'est dans cet entre-deux que se situe l'intérêt de Ms. Marvel : The New Mutant. Comme Adam Strange, qui se sent autant de la Terre que de Rann, Kamala n'a donc pas renoncé à ses racines inhumaines mais veut embrasser désormais la culture mutante. On le voit très clairement dans sa volonté d'incarner un symbole d'union, de tolérance, croyant qu'elle peut à elle seule apaiser les tensions nées du massacre sur Krakoa. Même si Emma Frost veut la raisonner en lui expliquant qu'elle ne veut pas avoir à se recueillir sur sa tombe comme tant d'autres de ses "enfants" (et on reconnaîtra la référence à Generation X, série qui changea profondément l'image du personnage).

Tout ici est affaire de passage : Kamala communique avec Synch ce qui va l'amener à retrouver Iron Man (qu'elle avait côtoyé au sein de All-New, All-Different Avengers de Mark Waid) - là encore, deux mondes : celui des X-Men, et celui des Avengers. 

C'est encore ce cas de figure qui est illustré avec le monde des rêves et celui du monde éveillé quand Kamala confie à Bruno pourquoi elle dort mal et que, en coulisses, le Dr. Nitika Gaïha d'Orchis, sous la pression de la Sentinelle Omega Karima Shapandar (est-ce que la série aura l'occasion de confronter cette dernière à Kamala pour qu'elles se rendent compte qu'elles sont toutes deux indiennes ?), trouve un moyen de localiser Ms. Marvel sur le campus.  

Pas mal de niveaux de lecture donc pour cette "petite" série. Adam Gorham se charge toujours d'illustrer les scènes oniriques mais il est dommage qu'il rende une copie aussi faible quand on connait le talent du bonhomme. Est-ce que le script ne lui fournissait pas assez d'indications ou ne s'est-il pas trop investi dans un projet où il n'avait pas beaucoup de pages à dessiner ? En tout cas, ce n'est pas le Gorham de The Blue Flame.

Carlos Gomez, en revanche, s'en tire bien mieux : celui qu'on peut considérer désormais comme le spécialiste des séries avec des héroïnes, jeunes de surcroit, anime Kamala avec beaucoup de vigueur. Lorsqu'il doit mettre en scène des invités comme Iron Man (dans sa nouvelle armure - un décalage éditoriale flagrant puisqu'il la porte déjà dans Avengers alors que dans X-Men il dit encore travailler dessus) ou Emma Frost, il fait en sorte que ces apparitions marquent le lecteur grâce à un découpage avec des poses héroïques bien dimensionnées.

Ce n'est donc pas le production la plus essentielle de Fall of X, mais Ms. Marvel : The New Mutant a des choses à dire, intéressantes, et bien mises en images. De quoi, donc, ne pas la snober.

vendredi 1 septembre 2023

MS. MARVEL : THE NEW MUTANT #1, de Iman Vellani, Sabir Pezada, Carlos Gomez et Adam Gorham

 

Comme c'est indiqué de façon bien voyante sur la couverture, Ms. Marvel : The New Mutant marque les premiers pas de scénariste de comics de l'actrice Iman Vellani, qui a incarné le personnage dans la série sur Disney +. Pour coller à la nature du personnage, l'héroïne est effectivement devenue une mutante et dans les cinq numéros à paraître, on va la suivre après le massacre commis par Orchis.

 


Tourmentée par un cauchemar récurrent depuis sa résurrection, Kamala Kahn a néanmoins accepté de suivre un programme d'été dans une université sponsorisée par Orchis. Elle doit jouer les espionnes pour la résistance mutante...


Par où commencer ? Sans doute par ce qui fâche le plus. Il ne s'agit pas du changement de condition de Ms. Marvel devenue une mutante récemment. Laissons du temps au temps pour déterminer si Marvel a eu raison de faire d'une Inhumaine une mutante. En revanche, la manière a suscité la controverse, à raison.


En effet, ce n'est ni dans sa série (elle n'en a plus), ni dans les pages de Champions (titre aussi annulé), ni dans Avengers (elle ne figure plus dans l'équipe depuis belle lurette), mais dans Amazing Spider-Man que Kamala Kahn a trouvé la mort, d'une façon stupide, affreusement mal écrite, et desservie par une communication désastreuse de Marvel.


L'éditeur avait, semble-t-il, décidé de tuer Kamala Kahn pour que son statut dans les comics soit identique à celui de sa série sur Disney +. En soi, rien qui me choque : aujourd'hui, films et BD interagissent et ce n'est pas la première fois qu'on nous fait le coup (souvenez-vous quand dans Uncanny Avengers vol. 2, de Rick Remende et Daniel Acuna, on nous a expliqué que Scarlet Witch et Quicksilver n'avaient jamais été des mutants ni les enfants de Magneto parce qu'à l'époque Marvel studios ne disposaient pas des droits d'exploitation cinéma des mutants mais avaient utilisé les jumeaux Wanda et Pietro Maximoff dans Avengers : l'ère d'Ultron).

Mais là se débarrasser de Ms. Marvel de manière aussi bâclée (il est vrai sous la plume d'un scénariste aussi médiocre que Zeb Wells), c'était comme cracher à la figure de G. Wollow Wilson et Adrian Alphona, les créateurs de l'héroïne.

Quoi qu'il en soit, désormais, Ms. Marvel est une mutante. Quoique... C'est encore une Inhumaine (c'est pour cela qu'elle échappe aux moyens de détection traditionnels des chasseurs de mutants). Bref, c'est compliqué. Mais on va faire avec. Et c'est ce que Ms. Marvel : The New Mutant se propose d'établir.

Ensuite, cette mini-série est écrite, pour moitié, par Iman Vellani, l'actrice qui a incarné Kamala dans la série Ms. Marvel sur Disney +. On peut toujours été dubitatif quand un acteur prétend s'investir dans les comics, surtout qu'on lui adjoint un partenaire d'écriture. Sauf que Vellani est une vrai nerd, passionnée par les comics et son personnage en particulier. Donc on aurait plutôt envie de croire sinon à son talent d'auteur su moins à son engagement dans ce projet. Et puis son co-scénariste, Sabir Pedaza, n'est pas très connu, donc ce n'est pas tout à fait un cas de figure comme celui de la série BRZKR chez Boom ! Studios initiée par Keanu Reeves mais écrite par Matt Kindt (un nom bien connu des fans, à la bibliographie abondante).

Enfin, il faut juger le livre sur son contenu. Et c'est très honnête. Pas exceptionnel, ça n'a d'ailleurs pas la prétention de l'être, mais divertissant et rondement mené. Ce premier épisode s'ouvre par une scène onirique de 12 pages, quelque chose de conséquent donc, et de déroutant, où Kamala Kahn revit sa résurrection tout en étant au centre d'attentions multiples en lien avec son parcours de super-héroïne. On retrouve là tout l'enthousiasme de Iman Vellani mais aussi une véritable singularité dans la façon d'articuler cette introduction, très métaphorique.

La suite est plus convenue mais efficace. Kamala intègre une programme étudiant dans un campus financé par Orchis. Elle est là pour espionner l'endroit incognito et fait son rapport à la résistance mutante qui s'est réfugiée dans les égouts des Morlocks - là où se retrouvent Talon (Laura Kinney), Synch, Rasputin IV et Shadowkat (Kitty Pryde). Lorsqu'un individu menace des étudiants à l'extérieur, Ms. Marvel se découvre et les sauve mais elle est vilipendée par la foule qui la tient pour responsable de l'attentat. Bienvenue chez les X-Men, espérons que tu survives à l'expérience !

Vellani et Pedaza s'attachent à garder les fondamentaux qui ont fait la popularité de Ms. Marvel avant : on la voit en compagnie de ses parents mais surtout de son meilleur ami Bruno, qui s'est également inscrit à ce programme. Elle en profite d'ailleurs pour lui révéler la vérité sur ce qu'elle vient de traverser récemment (même si Emma Frost le lui avait déconseillée). Et bien entendu, à la fin de l'épisode, Orchis sait que Ms. Marvel est sur la campus et que derrière le masque se cache une des étudiantes.

La scène d'ouverture est illustrée par Adam Gorham (The Blue Flame). Il semble bien que ce sera sa son seul rôle sur cette série, ce qui est évidemment frustrant quand on connaît le talent de cet artiste. Mais c'est mieux que rien et il s'en sort bien.

Le reste, qui constitue la majorité de l'épisode, est dessiné par Carlos Gomez, que j'aime beaucoup même si, lui aussi, semble cantonné par Marvel à des mini-séries. Après avoir brillé sur America Chavez, X-Terminators et Rogue & Gambit, soit une belle collection de jolies plantes à fort caractère, il doit ici animer une jeune fille au charme différent. 

Sa narration est fluide et tonique et il y a toujours ce côté clair et sympathique dans le trait. Il ne transforme pas Kamala en bombasse mais fait quand même avec un costume redesigné affreux (pourtant l'oeuvre de Jamie McKelvie, qu'on a connu plus inspiré).

Où Marvel veut mener Kamala Kahn ? Rien n'est très précis à ce sujet. Possible qu'elle devienne la nouvelle Kitty Pryde, égérie des futurs New X-Men teasés pour 2024, après la période Fall of X. Possible aussi que cela débouche sur une nouvelle série régulière consacrée à cette héroïne attachante, une des créations les plus rafraîchissantes de l'éditeur ces dernières années. A moins qu'elle ne soit intégrée à un relaunch de New Mutants... On verra. Mais cette mini-série s'avance avec des arguments convaincants : ce n'est pas écrit n'importe comment ni dessiné par n'importe qui, et ça, c'est l'indéniable signe que Marvel n'a pas transformé Ms. Marvel juste par caprice.

dimanche 17 juillet 2022

MS. MARVEL (Disney +) (Critique avec spoilers !)


Pour une série dont je n'attendais strictement rien (qui plus est après la désillusion que fut Moon Knight), Ms. Marvel frappe fort et juste. A tel point que l'adaptation du comic-book créé par Sana Amanat, G. Willow Wilson et Adrian Alphona se place d'entrée de jeu parmi mes productions Marvel/Disney + favorites. En six épisodes, c'est un vrai souffle d'air frais sur le MCU , porté par une actrice lumineuse et une histoire plus profonde qu'il n'y paraît.


Kamala Khan, 16 ans, est une fan de Captain Marvel et se prépare pour le concours de cosplay lors de l'AvengerCon, contre l'avis de ses parents, Yusuf et Muneeba. Pour améliorer son déguisement, Kamala trouve dans une malle du grenier familial un vieux bracelet ayant appartenu à son arrière-grand-mère, Aisha. Finalement, elle fait le mur, le soir venu, et part avec son meilleur ami Bruno Carelli. Mais une fois sur place, alors qu'elle se présente sur la scène où défilent les cosplayers, Kamala constate que le bracelet irradie et l'investit de pouvoirs. Elle sauve une de ses rivales, Zoe Zimmer, d'un accident et fuit avec Bruno. De retour chez elle, est est grondée par Muneeba. Par ailleurs, l'organisation Damage Control mène l'enquête sur ce qui s'est passé à la convention...


Avec l'aide de Bruno, Kamala apprend à comprendre le fonctionnement du bracelet et s'entraîne. Ils se rendent ensuite à la fête donnée par Zoe où Kamala fait la connaissance de Kamran, qui se présente comme un lointain cousin des Khan et qui la séduit. La police arrive pour demander aux jeunes de faire moins de bruit et, pensant qu'elle va être arrêtée, Kamala s'enfuit. Enhardie, elle patrouille en se servant de ses pouvoirs mais attire l'attention une nouvelle fois en sauvant un enfant d'une chute mortelle. Damage Control la prend en chasse et elle ne doit son salut qu'à Kamran dans la voiture duquel elle monte et où elle rencontre Najma, la mère du garçon.


Chez Najma, Kamala est présentée aux Clandestins qui lui racontent l'histoire de Aisha. Tous viennent d'une dimension parallèle via le Noor, un portail qu'on peut ouvrir avec le bracelet. Kamala souhaite les aider à rentrer chez eux mais demande un temps de réflexion. Elle se confie à Bruno qui la met en garde contre le danger d'ouvrir le Noor. Najma s'impatiente et décide d'arracher de force le bracelet à Kamala lors du mariage d'Aamir, son frère. Kamran avertit Kamala qui affronte les Clandestins, mais, dominée, elle doit battre en retraite. C'est alors qu'elle reçoit un appel de Sana, sa grand-mère, qui la presse de la rejoindre au Pakistan.


Kamala s'envole pour Karachi en compagnie de sa Muneeba. Sur place, Sana lui confirme les dires des Clandestins et sur la disparition mystérieuse de Aisha lors de la partition entre l'Inde et le Pakistan. Kamala enquête du côté de la gare où elle est abordée par Kareem, un membre de l'organisation des Red Daggers. Il la conduit à Waleed, leur chef, qui détaille les conséquences de l'ouverture du Noor : les Clandestins ne veulent pas seulement rentrer chez eux mais envahir notre Terre avec leur peuple. Najma et sa bande surgissent et attaquent. Kareem entraîne Kamala à l'abri mais ils sont rattrapés dans la cour d'un immeuble. Lors du combat qui s'ensuit, Najma frappe avec un poignard le bracelet et ouvre une faille spatio-temporel qui envoie Kamala en Inde en 1942 !


1942. Aisha fuit les Clandestins après avoir deviné leur projet d'invasion. Elle trouve refuge auprès de Hasan avec qui elle se marie et a une petite fille, Sana. Mais Najma la retrouve et les britanniques décident de la partition entre l'Inde et le Pakistan. Aisha force Hasan à fuir avec Sana pendant qu'elle affronte Najma dans la gare bondée. Najma tue Aisha mais Kamala l'empêche de récupérer le bracelet et le remet à Sana. Revenue à notre époque, Kamala voit Najma ouvrir le Noor et le franchir mais elle est désintégrée. Ses pouvoirs de djinn sont transmis à Kamran qui, à New York, se présente chez Bruno pour qu'il l'aide. Lorsque Damage Control arrive, Kamran provoque une explosion...


De retour avec Muneeba à New York, Kamala apprend par son ami Nakia Bahadir que l'immeuble de Bruno a été détruit. Il se cache, blessé, avec Kamran dans le lycée. Elle les rejoint et, avec Nakia, Zoe, Aamir, elle élabore un plan pour empêcher Damage Control des les arrêter, elle et Kamran. Mais la situation dégénère quand Kamala révèle la mort de Najma, déclenchant la colère de Kamran qui s'en prend aux agents de Damage Control, au risque de blesser les civils amassés devant le lycée. Kamala doit alors à la fois calmer Kamran et contrer les attaques de Damage Control. Elle couvre la fuite de Kamran à qui elle conseille d'aller voir Kareem à Karachi puis, protégée par les habitants du quartier, échappe à Damage Control, acclamée coomme une héroïne... Quelques jours après, Bruno révèle à Kamala qu'elle peut contrôler ses pouvoirs à cause d'une mutation de son ADN.
 

Une scène post-générique de fin conclut le dernier épisode : de retour d'une patrouille, Kamala réintègre sa chambre. Mais son bracelet se met à luire et elle disparaît subitement tandis que Carol Danvers. Captain Marvel prend sa place dans sa chambre, sans comprendre ce qui se vient de se passer et où elle est.

Décidément, les séries Marvel sur Disney + contredisent tous les pronostics. Alors que, comme beaucoup, je plaçais beaucoup d'espoir dans l'adaptation de Moon Knight, j'ai franchement déchanté à la fin des six épisodes complètement tarabiscotés, malgré la prestation investie de Oscar Isaac. 

Le successeur de Moon Knight était Ms. Marvel et c'est peu dire que je n'étais pas hypé par cette perspective. Je n'ai rien contre ce personnage, mais je n'en attendais rien, je voyais plus loin avec She-Hulk. Sauf qu'entretemps un premier teaser de cette dernière était mis en ligne et que ce n'était vraiment pas emballant (espérons que d'ici sa diffusion le mois prochain, notamment sur le plan des effets spéciaux, il y ait eu des améliorations).

Ms. Marvel a d'abord été l'alias de Carol Danvers, créée en 1968 par Roy Thomas et Gene Colan. Puis en 2013, dans un épisode de Captain Marvel dont Carol Danvers assumait désormais le surnom apparut Kamala Khan, une jeune pakistanaise fan de la super-héroïne. C'est l'editor Sana Amant qui eut, la première, l'idée de ce personnage, en quête de plus de diversité ethnique. Avec l'aide de la scénariste G. Willow Wilson, convertie à la religion musulmane, et du dessinateur Adrian Alphona, et avec un design de Jamie McKelvie, elle eut rapidement droit à sa propre série au lendemain de l'event Infinity en 2014.

Son origine dans les comics est donc liée aux Inhumains quand Black Bolt déclenche une bombe destinée à "réveiller" des nu-inhumans en sommeil parmi la population humaine. Les brumes terrigènes de la bombe atteignirent Kamala une nuit où elle s'était rendue à une fête et la dotèrent de pouvoirs.

On comprend en sachant ceci qu'il était sinon impossible en tout cas très compliqué de respecter cette origin story pour une adaptation en série télé. D'abord parce que les Inhumains sont absents du MCU et ensuite parce que les événements de Infinity n'ont jamais eu lieu. On verra que les scénaristes ont contourné le problème pour introduire un concept très attendu par les fans (même si d'autres râlent au sujet de ce changement).

Bisha V. Ali, le showrunner, a voulu une série qui s'adresse à un public jeune, ce qui constitue une rupture avec les précédentes séries Marvel sur Disney +. Cela se traduit d'abord visuellement avec des effets graphiques inspirées du film Scott Pilgrim d'Edgar Wright d'après la BD de Brian O'Malley. Ainsi des dessins s'inscrustent dans l'image pour représenter les idées et humeur des personnages. La photographie met aussi en valeur les couleurs bariolées des habits traditionneles pakistanais et indiens. Tout ça donne du pep's au look de la série.

La réalisation est également très énergique, avec des épisodes assez brefs (aux alentours de 40', parfois moins). Pas de temps morts, mais des dialogues qui fusent, de l'action fréquemment, des décors dépaysants (avec les épisodes 4 et 5), mais aussi, et ça, c'est nouveau et ça contredit la légèreté de surface de la série, une volonté manifeste de revenir sur des faits historiques douloureux et méconnus pour alimenter le background de l'héroïne.

Car Kamala Khan/Ms. Marvel est certes la première super-héroïne musulmane et pakistanaise, mais ce n'est pas un gadget communautariste destinée à draguer un public qui échappe à Marvel/Disney. La volonté des auteurs est quasi pédagogique et, de ce point de vue, la protagoniste est sûrement un des personnages avec le passé le plus fouillé de tout le MCU. Songez que les racines de Kamala remontent la partition entre l'Inde et le Pakistan, une tragédie oubliée survenue à la suite du départ des anglais de leur colonie en 1942, et qui obligea des millions de personnes à l'exode.

Les auteurs ont ajouté un élément fantastique qui a suscité une petite polémique, comme les réseaux sociaux adorent en inventer car l'aïeule de Kamala, Aisha, est une djinn, or pour les musulmans, ces divinités sont des entités généralement maléfiques. Pourtant, ça ne signifie pas que Kamala soit elle-même une djinn, comme ce sera révélé dans le dernier épisode, mais ça explique de manière exotique et habile la provenance de son bracelet magique et des Clandestins.

On a aussi reproché à la série son manque de méchants, et là, je m'en étonne car entre Damage Control (qui traque les "altérés", terme employé pour des individus aux pouvoirs supposément dangereux), et les Clandestins, l'adversité ne manque pas pour former Kamala.

Tout ça en vérité ne sont que des prétextes avancées par les grincheux de service contrariés apr la révélation finale de la série (attention : spoilers !) : Kamala Khan est une mutante, et c'est donc la première du MCU, en tout cas la première qu'on rencontre (car je pense que l'introduction des X-Men révélera qu'ils se cachaient depuis un moment). La série fait docn d'une inhumaine dans les comics une mutante pour le MCU, et c'est comme un retour de bâton car quand les Inhumains revinrent sur le devant de la scène à l'occasion de l'event Infinity, à l'époque Disney ne possédait pas encore les droits d'exploitation ciné des mutants et Marvel envisagea d'éliminer les mutants dans les comics pour les remplacer par les Inhumains. Le flop des séries Inhumanity, Uncanny Inhumans, All-New Inhumans et de la série Inhumans sur ABC sonnèrent le glas de ces personnages (ensuite décimés dans Death of Inhumans de Donny Cates et Ariel Olivetti). 

La série doit beaucoup, et même énormément à son casting, qui ne mise que sur des inconnus, là encore une nouveauté bien inspirée. Matt Lintz (Bruno), Yasmin Fletcher (Nakia), Laurel Marsden (Zoe), Saagar Shaikh (Aamir, désopilant), Aramis Knight (Kareem), et le couple Zenoba Shroff (Muneeba) - Mohan Kapur (Yusuf) ssont tous formidables. Ils campent des personnages aimables, attachants, profonds, complémentaires.

Mais c'est bien Iman Vellani qui remporte tous les suffrages. Remarquée lors d'une audition, elle a tapé dans l'oeil du directeur de casting et conquis toute l'équipe de production car elle ne joue pas son personnage, elle est Kamala. Comme elle, c'est une véritable geek, passionnée de comics, incollable sur la série Ms. Marvel (au point de débattre avec Kevin Feige sur le fait que la Terre du MCU n'est pas la 616, comme c'était établi dans Spider-Man : No Way Home et Doctor Strange in the Multiverse of Madness). Cette jeune actrice débutante est prodigieuse, son naturel est confondant, c'est une vraie bourrasque d'air frais dans le MCU, éclipsant ses vedettes avec une facilité confondante. Une vraie star déjà, sy drôle, si vive, irrésistible.

Lorsque, dans la scène post-générique du dernier épisode, Brie Larson échange sa place avec elle, c'est non seulement jubilatoire mais c'est aussi le teaser le plus efficace qui soit pour The Marvels, la suite de Captain Marvel, qui sortira l'an prochain.

Si vous n'aimez pas Ms. Marvel, je ne peux rien pour vous. Cette série fait un bien fou, son actrice principale est fantastique, et savoir qu'on va retrouver Kamala aux côtés de Monica Rambeau et Carol Danvers me met en noie, ça va être ouf.