Affichage des articles dont le libellé est Batman - Superman : World's Finest. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Batman - Superman : World's Finest. Afficher tous les articles

jeudi 21 mars 2024

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #25 (Mark Waid / Steve Pugh et Dan Mora)


- Joker - Lutho : World's Vilest (Mark Waid / Steve Pugh) - Le Joker, arrêté par Batman et Superman, est ramené à l'asile d'Arkham. Mais Lex Luthor, sous le déguisement d'un médecin, l'enlève et l'emmène à Metropolis. Il a besoin de lui pour déchiffrer un parchemin qui rendrait fou ceux qui s'y essaient...


Avec ce vingt-cinquième épisode, la série écrite par Mark Waid entre dans sa troisième année de parution. Malgré la qualité de son écriture et l'expérience de l'auteur, ce succès n'était pas garantie puisque l'action de ces aventures de Batman et Superman se situe dans le passé, donc le titre est détaché de ce qui agite le DCU actuellement.


Même si le premier arc a abouti à un event (le décevant Lazarus Planet, écrit également par Waid), World's Finest a réussi à séduire par sa proposition, sans doute justement parce qu'il n'était pas impacté par les sagas rassemblant les plus fameux personnages de DC. Autrement dit : on peut lire cette série sans avoir à se soucier qu'elle sera parasitée par des intrigues imaginées par d'autres auteurs que Waid.


Ajoutez un dessinateur en plein boum en la personne de Dan Mora et finalement World's Finest affiche de sérieux atouts qui expliquent sinon son succès, en tout cas la place à part qu'il occupe actuellement. Pour marquer le coup, on a donc droit ce mois-ci à un numéro plus épais (comme un Annual), scindé en deux parties : une histoire principale, cette fois illustré par Steve Pugh...


... Et le prologue du prochain arc narratif (dessiné par Mora) qui débutera le mois prochain. Mais la question est de savoir à la fois ce que vaut cet épisode anniversaire et ensuite quelle est la situation de World's Finest après deux ans d'existence.

- Impossible - Prologue (Mark Waid / Dan Mora) - Bat-Mite et Mr. Mxyzptlk sollicitent l'aide de Batman, Superman et Robin car un méchant a attaqué la cinquième dimension et cible désormais la Terre...


Evoquons d'abord cet épisode en particulier. Je dois bien avouer que je n'ai pas été satisfait par sa lecture. En vérité, c'est même à la limite de l'arnaque. Je m'explique. La première partie qui met en scène le tandem Lex Luthor - le Joker ne vaut vraiment pas tripette : l'intrigue tient sur un post-it et ne réserve aucune surprise. Les deux méchants emblématiques sont paresseusement caractérisés, Waid échouant à les faire interagir d'une manière originale au-delà de l'argument de départ (la folie du Joker l'immunise contre le parchemin maudit que veut déchiffrer Luthor).

Par-dessus le marché, l'intrigue conduit Luthor et le Joker dans le train de Shazam jusqu'au rocher d'éternité sans jamais qu'on ait droit à une apparition de Shazam lui-même. C'est très léger et très frustrant car cela aurait permis d'adressé un clin d'oeil sympa à la série Shazam ! (que va quitter Waid). Ensuite, l'artefact sur lequel Luthor finit par mettre la main s'avère extrêmement décevant et se solde par une chamaillerie avec le Joker sans envergure. 

Il y avait moyen de faire bien mieux et si on veut relire une histoire de qualité avec ces deux personnages, autant se replonger dans Superman - Batman : World's Finest par Dave Gibbons et Steve Rude. Mais de toute façon, ce qui nous est narré ici n'est qu'un teaser pour un futur arc comme l'indique le "The End. For Now" à la fin de l'épisode...

La prestation de Steve Pugh est honnête mais sans plus. On ne sent pas le dessinateur très investi ni passionné par le script de Waid et s'il exécute des planches très solides, pas de quoi s'extasier non plus. C'est dommage car Pugh est un excellent artiste quand il s'en donne la peine.

Ensuite, Dan Mora prend le relais pour quelques pages qui sont en fait le prologue du prochain arc de la série et qui s'avèrent redondantes avec ce qui était présenté dans l'Annual de World's Finest. On a l'impression que DC a absolument voulu que Mora signe quelques planches pour les complétistes de la série et, ma foi, l'artiste ne s'économise pas. Mais bon, le procédé n'est pas des plus honnêtes.

Tout cela amène logiquement à s'interroger sur la situation de la série dans son ensemble. Et sur ce point, on peut dire qu'après 25 épisodes et un Annual, World's Finest est prisonnière de son propre concept. Comme l'action se situe dans le passé, Waid ne peut pas vraiment modifier quoi que ce soit, sous peine de chambouler la continuité et de compliquer les versions actuelles de Batman et Superman.

Du coup, rien jamais vraiment ne change car rien jamais ne peut vraiment changer dans World's Finest. Cet exercice nostalgique affiche ses limites. Si on veut lire une série où à la fin de chaque arc tout revient à sa place, alors oui, World's Finest est une lecture agréable, fun. Par contre, le revers de la médaille, c'est un immobilisme total et finalement des intrigues qui sont plus spectaculaires que bouleversantes. On peut même aller jusqu'à dire que chaque arc narratif est une sorte de mini-event permanent mais sans aucune conséquence.

Imaginons par exemple que World's Finest se situe sur une terre parallèle, la liberté de manoeuvre de Waid aurait été bien plus grande - il n'aurait même pas eu besoin de préciser que les histoires se déroulaient dans le passé. Mais là, nous suivons Batman et Superman (et de fréquentes guest-stars) dans le passé de le Terre principale et donc rien ne peut être modifié. A la fin de chaque aventure, on redémarre à zéro - on fait du surplace.

World's Finest est assuré d'arriver jusqu'au #30 (avec l'arc Impossible)et même jusqu'au #36 (pur la suite et fin de l'intrigue avec Luthor et le Joker). Cet été, en parallèle, Waid et Mora seront aux commandes de l'event Absolute Power, situé lui dans le présent, et qui promet, lui, de faire bouger les lignes du DCU. Etrange mouvement schizophrénique pour Waid qui écrira et Mora qui dessinera donc Batman et Superman sur deux temporalités simultanément. Mais l'enjeu pourrait être ailleurs...

Moi, je parie que DC va profiter de Absolute Power pour annoncer ensuite le retour d'une série mensuelle Justice League et je parie qu'elle reviendra au duo Waid - Mora. Et alors quid de World's Finest ? Je peux me tromper sur toute la ligne mais je pense que le titre sera à terme repris, comme Shazam !, par une nouvelle équipe artistique car même si Waid peut écrire deux séries mensuelles et Mora les dessiner vu leur productivité, le come back de la Justice League incitera certainement DC à faire en sorte que ce soit la priorité de deux acolytes.

Alors, peut-être que, revenu dans le temps présent, Waid saura à nouveau prouver qu'il a la ressource nécessaire pour raconter des histoires dont les personnages ne sont pas coincés dans leur époque et pour Mora, ce sera la consécration de mettre en images l'équipe la plus populaire de l'éditeur.

lundi 26 février 2024

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #24 (Mark Waid / Dan Mora)


Darkseid est arrivé sur la Terre 22. Son objectif : extraire de Gog l'équation d'anti-vie. Les héros sur place pourront-ils l'en empêcher ? Et Superman et Batman de Terre 1 réussiront-ils à en empêcher le jugement dernier ?
 

Inutile de se cacher derrière son petit doigt : la lecture de cet arc a été laborieuse. Mais ce n'est pas vraiment la faute de Mark Waid et de Dan Mora, qui ont réalisé une prestation irréprochable ? Non, je suis entièrement responsable. Et d'ailleurs parlons-en, de la responsabilité du lecteur-critique.


Je ne vais pas spoiler évidemment le dénouement de cette histoire, sachez seulement qu'il est épique et subtil à la fois, on a droit à des scènes d'action très musclées et aussi à une réflexion intelligente sur ce qui fait un héros. Par rapport à Kingdom Come, c'est une préquelle nuancée et bien construite, qui respecte totalement le récit de Waid et Alex Ross. En revanche, pour Thy Kingdom Come, sa suite dans les pages de Justice Society of America par Geoff Johns et Ross, on peut clairement dire que Waid s'en fiche, ce n'est pas son affaire et on le devine pas ce qu'il aurait imaginé (même s'il récupère Gog au passage). Mais c'était attendu puisque Waid et Ross s'étaient déjà fâchés quand le premier avait voulu développer les conséquences de Kingdom Come avec les spin-off intitulés The Kingdom (Ross les ayant désavoués).


Non, le problème que j'ai rencontré en lisant ces épisodes, c'est que j'ai d'abord cru à une séquelle, puis j'ai été perdu, puis j'ai enfin compris qu'il s'agit d'une histoire antérieure à Kingdom Come. Du coup, j'ai eu le sentiment permanent et désagréable de courir après ce que racontait Waid, impossible dès lors d'apprécier pleinement le propos.


Mais je le répète, c'est ma faute, c'est ma responsabilité. Et c'est parce que, tout connement, j'ai lu trop de comics. Déjà le mois dernier, j'ouvrais 2024 en signant une entrée dans laquelle je vous prévenais, chers lecteurs, de mon intention de faire évoluer ce blog, dans la forme et le fond. Bon, sur la forme, je n'ai pas eu les bonnes idées ou en tout cas, je n'ai pas su correctement les traiter et donc je les ai abandonnées (au moins pour l'instant).

Sur le fond, mon souci, c'était, déjà, que j'avais l'impression de consommer trop et d'avoir parfois du mal à tout suivre, à tout savourer. Du coup, j'ai réduit la voilure en cessant de suivre des titres, notamment ceux auxquels j'accrochais le moins, que je lisais en me forçant un peu (Wonder Woman, Daredevil...). Mais ça n'a pas suffi. Je crois qu'il faut que je lâche encore un peu de lest et que je lise moins et que j'écrive moins par devoir (Fall of the House of X et Rise of the Powers of X vont certainement passer à la trappe).

Comment dire ?... J'ai du mal en ce moment. Je ne vais pas me plaindre en disant que c'est difficile, car, non, ce serait indécent, déplacé de dire que c'est difficile d'écrire des critiques de comics (et de séries, de films). Si je les écris, c'est parce que j'ai le temps, l'envie, personne ne me force, donc je m'interdis de me plaindre à ce sujet. Non, c'est différent. Le problème, c'est, je crois, que je ne lis pas assez choses différentes, assez variées. Je le sens bien : il y a un manque d'inspiration générale, parfois parce que les comics ne me comblent pas, parfois aussi parce que je ne sais tout simplement pas/plus quoi dire. Et pour couronner le tout, j'ai eu cette grippe qui m'a pourri la vie pendant quinze jours, qui m'a mis à plat, mais j'ai voulu continuer malgré tout et j'ai parfois dû écrire des trucs pas fameux.

A cet égard, Batman - Superman : World's Finest est un test remarquable sur la responsabilité du lecteur et critique que je suis. Voilà un titre que j'apprécie de lire chaque mois, qui est réalisé par un scénariste et un dessinateur de talent. Vraiment, c'est de la belle ouvrage. Mais c'est aussi une synthèse de ce que propose le genre super héroïque. Et je crois que quand on a du mal avec un comic-book aussi facile, alors le reste en pâtit forcément. C'est comme un indice. Et ma responsabilité est alertée par cet indice. Si on n'écrit pas facilement sur une série pareille, alors c'est que ça va pas. Que rien ne va en somme. Bon, c'est pas une maladie incurable non plus, c'est pas la fin de tout, mais ça alerte.

J'ai bien conscience qu'un blog devient une sorte d'endroit, d'espace où les visiteurs et abonnés viennent chercher quelque chose de précis. Si vous appelez votre blog "Mystery Comics", bon, ben, ça doit au minimum parler comics, de façon intelligible et honnête. Et moi, je triche un peu, beaucoup, en y ajoutant des séries télé, des films. Aujourd'hui, si je devais baptiser ce blog, j'enlèverai le mot "comics" du titre pour quelque chose de plus vague, de plus généraliste (Mysterious Ways" comme la chanson de U2 ?). Ce serait plus adéquat. Mais bon, je vais pas créer un nouveau blog pour ça. Je vais faire avec et de toute façon, je vois bien que le nombre de vues pour une entrée non comics est très inférieur à celle pour un comic-book : je ne vous en veux pas, c'est vrai que ça reste bizarre de tomber sur la critique d'une série télé ou d'un film dans un blog comics.

Mais je m'égare : les super-héros ne sont pas un problème en soi, j'aime toujours lire leurs comics, je ne suis pas comme ces youtubeurs qui décident de retourner leur veste pour parler manga parce que c'est moins cher ou qu'ils en ont marre de la politique vf de Panini et compagnie (de toute façon, j'achète quasi plus de vf, donc je m'en fiche). Je continuerai à parler de super héros. Mais aussi d'autres choses, peut-être pour un moment seulement, parce qu'il y a des séries que j'ai envie de lire et sur lesquelles j'ai envie d'écrire, toujours des trucs ricains. Non, ça ne me fera certainement pas gagner des vues, ça va peut-être même faire fuir certains, on verra.

Et puis, avec le jeu des sollicitations des éditeurs, on voit ce qui va bouger dans les mois à venir. Les parutions prévues pour Mai viennent de tomber et par exemple, deux infos m'ont tapé dans l'oeil : G.O.D.S. chez Marvel va cesser au n°8 (pas une annulation, je pense, mais plutôt une pause parce que Hickman doit vouloir garder absolument Schiti au dessin et donc le laisser souffler), et DC a annoncé son event estival, Absolute Power. Justement, il sera écrit par Mark Waid (la saga principale en quatre parties mais également tous les tie-in, soit la bagatelle de 25 épisodes !) et dessiné par Dan Mora (ce qui explique maintenant pourquoi ils ont laissé tomber Shazam !). Comme la Justice League sera au coeur de cet event, je pense qu'on va avoir, à l'issue de tout ça, le retour d'une série régulière sur la JL, peut-être par Waid et Mora (en tout cas, j'aimerai, même si ça signifierait qu'ils quittent World's Finest).

D'ici cet été, on aura aussi droit à la refonte de la franchise X-Men, sous la direction de Tom Brevoort, et j'attends de voir les auteurs impliqués pour savoir si je suivrai ça. La lecture de choses comme Somna, If you find this I'm already dead, Masterpiece ou Pine & Merrimac m'a donné envie de surveiller les indés avec des choses comme Helen of Wyndhorn (le nouveau projet de Tom King et Bilquis Evely chez Dark Horse), je suis tenté par l'expérience The One Hand et The Six Fingers (deux séries qui se répondent chez Image), Ghostlore (chez Boom !)...

Evidemment, d'un côté, je dis que je vais moins lire, moins suivre de titres, et me voilà, de l'autre, à déclarer que j'ai envie de lire plein de trucs à la place, c'est pas cohérent. Mais ce sont des projets. Faut d'abord que j'essaie de lire et ensuite je verrai si ça me plait, si j'en parle, si j'ai l'inspiration pour en parler. Surtout, ça signifie que je n'ai pas l'intention d'ajouter des nouveautés super héroïques à mon programme.
    

J'ai triché : je n'ai pas vraiment parlé de World's Finest #24, mais de toute façon c'est toujours délicat de commenter le dernier épisode d'un arc, par peur de spoiler. Il est très bon en tout cas, cet épisode, et quand le recueil sera dispo, je relirai cet arc au calme, avec la certitude qu'il le plaira davantage. Je suis sûr que ça fera le même effet à beaucoup d'autres fans.

jeudi 1 février 2024

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST ANNUAL 2024 (Mark Waid, Cullen Bunn, Dennis Culver, Stephanie Phillips, Christopher Cantwell / Edwin Galmon, Travis Mercer, Rose Kämpe, Jorge Fonres)


4 histoires courtes au programme de cet Annual :


- IMPeriled (Mark Waid & Cullen Bunn / Edwin Galmon) - Mr. Mxyzptlk convoque avec Bat-mite tous les lutins de la 5ème dimension pour leur parler d'une menace à venir. Mais la réunion tourne à la foire d'empoigne...

Ce segment, le seul écrit (ou plutôt co-écrit) par Mark Waid, sert en vérité d'introduction à une histoire qui débutera dans World's Finest #25 à paraître en Mars prochain. Les lutins de la cinquième dimension sont de grands gamins investis de pouvoirs énormes comme Bat-mite et Mr. Mxyzptlk mais qui vont devoir faire face à un adversaire encore plus redoutable qu'eux tous réunis.

Bon, c'est mignon, mais guère palpitant. Il faut espérer que Mark Waid a une idée intéressante pour la suite. On ne voit pas non plus très bien quelle plus-value a apportée Cullen Bunn à cette histoire (sans doute a-t-il rédigé le script et les dialogues en suivant les indications de Waid). On ne peut que se sentir floué puisque cet Annual ne propose absolument rien mettant en scène Batman et Superman par ailleurs.

Les dessins d'Edwin Galmon sont corrects même si informatisés à l'extrême. A se demander si certains artistes sauraient encore se débrouiller avec un crayon et une gomme...   
 

- The Ties That Bind (Dennis Culver / Travis Mercer) - Pour le compte de Simon Stagg, Metamorpho doit aller chercher au coeur d'un volcan le marteau de Vulcain. Sauf que quelqu'un l'a devancé et qu'il s'agit d'une vieille connaissance...

Ce deuxième segment se déroule après les événements rapportés dans World's Finest #17. On retrouve donc Metamorpho, qui était au coeur de cet arc, et Dennis Culver s'approprie le personnage avec aisance (il apprécie visiblement ce genre d'outsider puisqu'il vient de signer une mini-série Unstoppable Doom Patrol avec Chris Burnham).

L'intrigue est assez rythmée pour ne pas ennuyer et la rencontre que fait Rex Mason au coeur de ce volcan invite à une suite. Donc, la question se pose de savoir si DC ne préparerait pas quelque chose avec Metamorpho, d'autant que James Gunn l'a intégré au casting de son Superman Legacy (dont le tournage commence en Mars).

Les dessins de Travis Mercer sont convenables, sans plus. Disons que j'aurai apprécié un artiste avec un peu plus de fantaisie, vu le potentiel de ce héros. Mais ça n'était pas la priorité visiblement.



- Sting Like A Bee (Stephanie Phillips / Rose Kämpe) - Avant de devenir la super-héroïne Bumblebee et d'intégrer les Teen Titans, Karen Bercher a signé son premier coup d'éclat en infiltrant les locaux d'une compagnie, filière de Stagg Industries...

C'est déplorable mais Stephanie Phillips perd son temps en acceptant ce genre de travail de commande qui ne lui apportera rien et je me demande si DC (comme Marvel d'ailleurs) sait vraiment quoi faire de cette excellente scénariste, à part lui refiler des jobs pourris, quand, en indé, elle brille sur son propre titre, Grim.

Car, franchement, qui ça intéresse de connaître les origines de Bumblebee, personnage pompée sur la Guêpe de Marvel, puis tardivement incorporée aux Teen Titans (dont Waid a écrit une catastrophique mini-série récemment terminée) ? Pas moi en tout cas.

Rose Kämpe a un style encore trop balbutiant pour rattraper l'affaire, même si c'est déjà plus agréable à lire que Galmon et Mercer. En fait, cet Annual ressemble plus à un fourre-tout qu'à quelque chose de digne de World's Finest. 


- Time Check (Christopher Cantwell / Jorge Fornes) - Les Challengers de l'Inconnu s'aventurent dans une dimension parallèle pour sauver le docteur Elias, au péril de leur vie et de la réalité même...

Heureusement, les plus patients seront récompensés avec le dernier segment de cet Annual qui, s'il n'a lui aussi rien à voir avec World's Finest, se distingue sans mal par sa qualité narrative et graphique du lot. Il faut dire que c'est Christopher Cantwell qui est aux manettes et ça change tout.

S'il s'agit là encore d'un teaser, alors j'ai hâte que DC confirme qu'il a un projet avec les Challengers de l'Inconnu puisqu'ils sont à l'affiche dans cette histoire. Cantwell les entraîne dans une aventure certes compressée mais haletante, valorisant leur job d'explorateurs et d'aventuriers (après tout, ils inspirèrent à Stan Lee et Jack Kirby les Fantastic Four).

Surtout, on a enfin droit à des planches de dingue puisque c'est Jorge Fornes qui illustre le script de Cantwell et l'espagnol prouve une fois de plus quelle envergure il a pris en  signant chez DC. Tout ça donne donc furieusement envie que Cantwell et Fornes nous produisent une mini-série Challengers of the Unknown au sein du DC Black Label. Jim Lee, s'il vous plait, exaucez-moi !

samedi 20 janvier 2024

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #23 (Mark Waid / Dan Mora)


Gog confie sa mission à Magog : attaquer Apokolips pour tuer les Néo-Dieux. Mais les Supermen et Batmen de Terre 1 et Terre 22 s'unissent pour faire entendre raison au géant du troisième monde et son disciple. Mais n'est-il pas déjà trop tard ?


C'est difficile à admettre mais cet arc n'est pas facile à apprécier. Mark Waid semble souffler le chaud et le froid en permanence dans cette histoire qui est vendue comme un retour à Kingdom Come mais sans en être vraiment un - puisqu'il a changé beaucoup de choses dans le dispositif originel du récit et a intégré des éléments de Thy Kingdom Come (un arc géant de la série Justice Society of America de Geoff Johns er Alex Ross).


Du coup, on ne sait jamais vraiment à quoi s'attendre dans ce remix. Ce qui n'est pas déplaisant car les comics inattendus, imprévisibles, sont agréables à lire. Mais, en même temps, j'aurai, pour ma part, préféré quelque chose de plus familier, qui joue plus fidèlement avec la saga initiale ou l'arc de Johns et Ross. Ici, pardonnez-moi l'expression, on est assis le cul entre deux chaises et Waid ménage la chèvre et le chou comme s'il racontait une troisième version de Kingdom Come. Un effort bien superflu.
  

C'est tout à fait dispensable puisque, avec le jeu des reboots opéré par DC depuis Kingdom Come et Thy Kingdom Come, même le lecteur qui a suivi tout ça depuis le début (c'est-à-dire depuis pas loin de trente ans quand même - hé oui, tout ça ne nous rajeunit pas), tout ça a été au choix dénaturé, ou bien inscrit dans une continuité qui n'est de toute façon plus la même.


Ce qui m'embarrasse, c'est qu'on ne comprend pas bien ce que World's Finest comme série y gagne. On est perdu entre les intentions, cryptiques, de Waid et le résultat, pas désagréable en soi, efficace dans le fond et la forme, mais à condition qu'on ne cherche pas à assembler un puzzle auquel il ne manque certes pas de pièces mais dont le motif est de toute façon méconnaissable. 

Et puis, après l'arc précédent, qui commençait avec Metamorpho et une enquête sur le meurtre de Simon Stagg pour se terminer en une guerre contre les IA, ça fait quand même deux histoires compliquées à suivre, qui partent dans tous les sens. Waid aurait-il sacrifié la simplicité si impeccable de ses deux premiers arcs au profit de récits trop décousus ? En tout cas, il serait bien inspiré de revenir à des intrigues moins encombrées, moins fouillis.

Dan Mora n'a pas ce souci : l'artiste, qui va (avec son scénariste) arrêter de produire Shazam ! en Avril prochain (le duo sera remplacé par une nouvelle équipe créative - Josie Campbell et Emanuela Lupacchino. Vous pariez combien que la série ne va pas y survivre et sera annulée avant la fin 2024 ?), se donne toujours à fond, ignorant ce que s'économiser veut dire.

On a donc droit à du Mora en grande forme, avec des scènes de baston dantesques, dont celle qui oppose les deux Supermen à Gog, ou à une double page absolument dingue quand Magog et tous les héros de la Terre 22 donnent l'assaut. Enfin, la dernière page voit l'arrivée d'un personnage qui promet une fin d'arc très alléchante...

Peut-être que tout ça sera plus digeste lu d'une traite ? Mais j'espère surtout que les prochaines aventures de World's Finest seront un peu moins désordonnées, quitte à être plus classiques. C'est comme ça que Waid est le meilleur - et que DC laisse Kingdom Come tranquille !

jeudi 21 décembre 2023

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #22, de Mark Waid et Dan Mora


Il a fallu un peu s'accrocher pour suivre le début de cet arc, mais l'analogie que j'avais faite en le comparant à un puzzle dont seul Mark Waid connaissait le motif s'avère pertinente (en toute immodestie). L'intrigue se désolidarise à la fois de Kingdom Come et JSA : Thy Kingdom Come pour n'en garder que les éléments les plus percutants et troublants. Et Dan Mora ? Il est en feu !


Appréhendés par le Bataillon de Justice aux ordres de Gog, Superman et Batman sont jetés en cellule. Ils y trouvent Metron, un néo-dieu dont Gog a volé le fauteuil capable de traverser le multivers, et qui leur raconte le plan ourdi par le géant...


C'est un arc narratif en forme de poupées russes que ce Return to Kingdom Come : il ne s'agit ni d'une suite au célèbre Elseworld écrit par Mark Waid et illustré par Alex Ross, ni d'un prolongement à JSA : Thy Kingdom Come co-écrit par Ross et Geoff Johns et dessiné par Dale Eaglesham, Jerry Ordway et Fernando Pasarin. C'est à la fois plus simple et retors que ça.


D'aucuns diront qu'avec cette histoire, World's Finest perd en simplicité, ce qui faisait l'essentiel de son charme depuis son lancement. Ceux-là n'auront pas, admettons-le, complètement tort : c'est bien l'intrigue la plus complexe depuis une vingtaine de numéros. Mais ce n'est pas non incompréhensible, juste plus malicieux.


Mark Waid est un bonhomme qui a la réputation de ne pas être toujours facile (dernièrement encore il s'est tristement illustré en s'en prenant à Mark Millar sur les réseaux sociaux, l'accusant d'attaquer Gail Simone... Pour ce qui était un énorme malentendu). Pourtant, avec les collaborateurs qui l'apprécient, c'est un auteur fidèle et stimulant, à la culture comics encyclopédique.

On pourrait alors facilement croire que Waid règle là aussi ses comptes avec Alex Ross (avec qui il s'est fâché à l'époque de Kingdom Come) ou veut réviser ce qu'a écrit Geoff Johns à partir de son histoire (dans les pages de Justice Society of America). Mais ce serait une erreur. Bien entendu, il se peut qu'il n'en pense pas moins mais il est objectivement impossible de déceler la moindre aigreur dans le récit actuel.

Plutôt donc qu'une suite ou une correction, World's Finest : Return to Kingdom Come peut s'interpréter comme une variation, au sens musical, autrement dit comment jouer un morceau connu de manière inattendu. On prend des éléments, les plus saillants, et on les recompose, les réordonne d'une nouvelle façon. Après tout, on n'est plus à ça près, surtout chez DC, qui reboote régulièrement et qui sème la confusion chez ses lecteurs ne sachant plus ce qui est canonique ou non.

Pour en revenir à cet épisode, on voit clairement ce que Waid veut faire et comment il réécrit sa propre histoire et tout ce qui a pu y être ajouté ensuite. Dans le DCU actuel, World's Finest se passe dans le passé, ce qui est un procédé pratique pour un scénariste qui ne veut pas être embêté par des events et crossovers se passant au présent. Mais c'est surtout une manière de procéder à des ajouts qui peuvent ensuite être pris ou pas en compte par d'autres scénaristes dont l'action des séries se déroule de nos jours.

Dans ce cadre, imaginer que Batman et Superman ont découvert l'existence de la Terre-22, ont assisté à des situations inspirées par Kingdom Come et JSA : Thy Kingdom Come, c'est une façon d'intégrer tout ou du moins ce que Waid juge le plus intéressant dans les deux histoires. C'est aussi (surtout) établir que Kingdom Come/JSA : Thy Kingdom Come font bien partie de la continuité actuelle du DCU (Rebirth donc, puisque lors des New 52 tout ça avait été annulé).

Surtout en intégrant Gog et Magog (ce qui confirme que Waid n'en veut pas à Ross et Johns) à son scénario, même en modifiant quelques détails (le fait que Magog ne soit plus David Reid mais David Sekela), il développe une sorte d'alternative à JSA : Thy Kingdom Come et une toute autre préquelle à Kingdom Come. Le plan de Gog, en particulier, n'a plus rien à voir et la création de Magog diffère aussi totalement. En tout cas, on avance considérablement ici, après deux épisodes plus nébuleux niveau intentions (narrative et personnelle).

De ce numéro dense, très dense même, Dan Mora tire des planches qui évitent au lecteur de se perdre. Les scènes d'action sont épiques et il y a au moins une splash page et une double page démentes. Quand on lit le travail de Mora (comme celui de Valerio Schiti ou Javier Garron chez Marvel), on est moins indulgent avec les artistes qui tirent la langue au bout de deux épisodes parce que ces gars-là donnent tout et régulièrement.

Mais réduire Mora à cet aspect finalement tape-à-l'oeil serait ingrat car c'est lui aussi un narrateur en plein boum. Il n'a pas encore la finesse de certains de ses pairs, et sans doute se plait-il davantage dans une forme plus percutante que dans la fluidité des enchaînements, une forme d'écriture visuelle plus sophistiquée en somme. N'empêche, si World's Finest est un page-turner, c'est aussi grâce à son talent, parfois brut, mais très abouti, qui sait ménager temps forts et plus calmes (et non pas faibles) dans une histoire fournie, touffue.

Pour ce plaisir contagieux, pour cette suite qui n'en est pas une mais qui a d'autres attraits, et en attendant les prochains épisodes qui promettent énormément, World's Finest continue d'occuper le haut du panier chez DC en cette fin 2023.

jeudi 23 novembre 2023

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #21, de Mark Waid et Dan Mora


Tout (ou presque) est dit sur la couverture : ce nouveau numéro de Batman - Superman : World's Finest va opposer les Superman et Batman de deux Terres. Mais Mark Waid trouble aussi ceux qui croyaient avoir bien cerné ce retour dans l'univers de Kingdom Come, entamé le mois dernier. Dan Mora, lui, se charge de rendre cet affrontement spectaculaire avec son brio coutumier.


A la sortie d'un affrontement avec leurs doubles de la Terre 22, Batman et Superman doivent battre en retraite et trouvent refuge dans la ferme des Kent. Batman s'interroge sur les secrets que garde David Sekela devenu ici Thunderman tandis que ce dernier et ses alliés préparent leur riposte...


J'ai lu le premier volet de cet arc narratif le mois dernier en pensant savoir exactement où je mettais les pieds, quand il se situait dans la chronologie des événements de Kingdom Come. Je suis beaucoup moins affirmatif après avoir lu cet épisode.


Mark Waid a non pas menti au lecteur mais l'a un peu dérouté. En effet, quand Batman et Superman sont arrivés sur la Terre 22, tout indiquait qu'on se trouvait là après la fin de Kingdom Come, soit après le sacrifice de Shazam et la mort de centaines de héros. Pas si simple.


En effet, dans ce numéro, on découvre que les Superman et Batman de Terre 22 ne sont pas encore aussi âgés que dans Kingdom Come, que Superman ne s'est pas retiré après l'assassinat de Lois Lane par le Joker, et d'ailleurs Magog n'existe pas encore et n'a pas exécuté le Joker en représailles. Nous sommes donc bien avant et pas après Kingdom Come.

Waid intègre à son récit des éléments qu'il n'a pas créés comme la présence de Gog, créé par Geoff Johns et Alex Ross dans les pages de Thy Kingdom Come, l'arc qu'ils ont co-écrits pour la série Justice Society of America. Mais en même temps, dans cet arc de JSA, ce n'est pas David Sekela qui devenait Magog mais David Reid, un descendant de Franklin Delano Roosevelt, servant dans l'armée américaine au Moyen-Orient.

Comment interpréter tout ça ? On peut supposer, par exemple, que Mark Waid joue avec les reboots ayant eu lieu dans le DCU depuis Kingdom Come, qui était lui-même un récit hors continuité initialement. Entre temps, il y a eu les New 52 puis DC Rebirth, de quoi pas mal chambouler la mise en place de l'intrigue originelle. Durant les New 52, la JSA n'avait notamment jamais existé et donc l'histoire de Thy Kingdom Come avait été effacée.

Bien entendu, cet arc de World's Finest ne fait que débuter et donc il est difficile, pour ne pas dire impossible de deviner comment Waid va composer avec ce qui a précédé ni où il va aboutir. La seule certitude à ce stade, c'est qu'on est bien sur la Terre 22. Après le diable est dans les détails : Lois Lane est encore en vie (comme le Joker), Superman n'est pas retiré (et ne porte pas son costume futur), Batman porte son armure mais pas parce qu'il est lourdement handicapé.

Et surtout donc, il y a Gog, qui semble avoir une influence énorme sur cette Terre parallèle, notamment vis-à-vis de la Justice League... Mais je ne vais pas spoiler la fin de l'épisode et sa dernière double page impressionnante. En vérité, on est en face d'un puzzle dont seul le scénariste connait le motif. Il convient d'être patient.

Ce qui ne signifie pas qu'on s'ennuie en attendant. Waid fournit à Dan Mora l'occasion de briller et le dessinateur produit des planches explosives. La bagarre que déclenche Thunderman (David Sekela ayant modifié son pseudo de Thunder Boy par rapport à son âge) contre Superman est spectaculaire. Quand les deux Batman s'affrontent à leur tour et que le Nightwing de Terre 22 surgit pour l'aider, la baston se fait plus stratégique mais pas moins percutante.

Mora garde des cartouches pour l'entrée en scène de Gog dont le design est toujours aussi impressionnant et donc l'épisode se referme sur une double page bluffante. On reste estomaqué par la force de travail de Mora qui garde un niveau affolant sur deux séries mensuelles sans jamais s'essouffler. 

Bon, je continue à le préférer sur World's Finest car je trouve que sa manière de représenter Superman et Batman est plus conforme à ce que j'aime que quand il dessine Shazam, où son trait me paraît trop anguleux. Mais c'est tout de même un phénomène exceptionnel en ces temps où les éditeurs ont tant de mal à trouver des artistes capables d'enchaîner les épisodes.

Mention aussi aux couleurs de Tamra Bonvillain, qui, je trouve là aussi, conviennent mieux au trait de Mora qu'Alejandro Sanchez sur Shazam. Elle contribue énormément au charme et à l'efficacité du titre en accompagnant l'artiste titulaire mais aussi les fill-in (quand Mora a quand même besoin de souffler entre deux arcs).

C'est une lecture un peu frustrante mais qui ne va certainement pas manquer de surprendre.

samedi 21 octobre 2023

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #20, de Mark Waid et Dan Mora


Mark Waid et Dan Mora débutent ce mois-ci un nouvel arc de Batman - Superman : Wolrd's Finest qui est certainement le plus ambitieux depuis le démarrage de la série : en effet, le scénariste de Kingdom Come revient sur le "lieu du crime" 27 ans après. Il doit aussi composer avec la suite que lui avaient donné Geoff Johns et Alex Ross dans les pages de Justice Society of America de 2007 à 2009. Sacré challenge !


Flash a découvert une nouvelle Terre parallèle et y a aperçu David Sekela/Boy Thunder apparemment en danger. Il avertit Superman et Batman qui décident d'utiliser le tapis de course cosmique de Barry Allen pour aller sur place. Ils vont découvrir une réalité sinistre et leur protégé bien changé...


Mark Waid, faut-il le rappeler, s'était brouillé avec Alex Ross après la parution de Kingdom Come car l'artiste peintre jugeait qu'ils avaient raconté l'essentiel dans ces quatre épisodes alors que le scénariste estimait qu'on pouvait encore explorer cet univers parallèle. Il le fera donc avec plusieurs mini-séries The Kingdom.


Mais visiblement Ross voulait avoir le dernier mot. Et l'occasion d'écrire sa suite à cette mini-série s'est présentée quand Geoff Johns développait son second run sur Justice Society of America avec la volonté d'explorer les retombées de Kingdom Come. Les deux hommes firent donc équipe pour un très long arc, Thy Kingdom Come, très réussi.


Aujourd'hui, en 2023, on assiste donc à une nouvelle manche dans cette histoire sans fin puisque Mark Waid, revenu chez DC, a décidé une nouvelle fois de ne pas laisser Kingdom Come en l'état. Dans le deuxième arc de World's Finest, il introduisait David Sekela, un adolescent venu d'une Terre parallèle et pourvu de pouvoirs surpuissants qui finissait par être renvoyé dans le Multivers et échouer sur une autre Terre que la sienne (qui avait été détruite).

La dernière page de World's Finest #11 (attention ! SPOILERS !) montrait David/Boy Thunder face au géant Gog, un néo-dieu, celui-là même qu'avait inventé Ross et Johns dans JSA et qui transforma alors David Reid en Magog. Magog qui, dans Kingdom Come, incarnait une nouvelle génération de héros, plus violents, et ayant tué le Joker, conduisant Superman à se retirer.

Disons-le tout net : Waid a plus à perdre qu'à gagner à revenir sur tout ça. Kingdom Come date de 1996, JSA : Thy Kingdom Come de 2006-2007. Quel intérêt ? D'autant que Ross a coupé les ponts avec DC, que Johns n'en est plus du tout l'auteur vedette. Tout ça pourrait ressembler à une sorte de vengeance pour Waid, qui n'aurait pas digéré les additions de Johns et Ross. En outre, Kingdom Come avait été écrit comme une réflexion sur la mode des comics grim'n'gritty des années 90 contre les héros de l'âge d'argent et aujourd'hui, tout ça a été dépassé.

On entame donc la lecture de cet épisode avec méfiance. Et puis le brio de Waid fait le reste : il ne perd pas de temps en exposition et nous replonge vite dans le tumulte. Superman et Batman arrivent d'abord sous une forme ectoplasmique sur Terre 22 et assiste à des scènes troublantes, voyant leurs doubles plus âgés se recueillir sur les cercueils de Power Girl, Blue Beetle, The Ray, dans un cimetière rempli de croix portant les noms de super-héros familiers. Puis lorsqu'ils se matérialisent, ils réalisent qu'ils ont remonté le temps, dans le passé, avant ces morts.

Superman et Batman comprennent qu'il leur faut enquêter discrètement sur ce qui s'est passé dans ce monde. Mais bien vite leur attention est alertée par une action musclé menée par leur ancien protégé, qui a pris quelques années et applique une justice brutale...

Sans qu'on s'en soit rendu compte, on est embarqué par cette histoire, troublé par ce qu'on en découvre alors même qu'on est en terrain connu. Tout repose sur la façon dont Waid va relier David Sekela/Boy Thunder à Kingdom Come. Va-t-il ignorer purement et simplement les événements de JSA : Thy Kingdom Come dans lequel c'était David Reid (un descendant de Roosevelt) qui devenait Magog ? Ou réussira-t-il à expliquer comment tout ça ne forme qu'une seule et même histoire sur plus de 27 ans et de nombreuses réécritures du DCU (rappelons qu'à l'origine Kingdom Come était un récit "Elseworld", donc hors continuité) ? La couverture de cet épisode et des suivantes semblent suggérer qu'on va bien revoir d'autres protagonistes de la série d'origine en tout cas...

Dan Mora doit, lui aussi, relever un gros défi : marcher dans les pas de Ross mais aussi de Dale Eaglesham et Fernando Pasarin qui l'ont précédé sur cet univers. L'artiste se montre, à mes yeux, définitivement plus à l'aise quand il illustre World's Finest que Shazam !, son efficacité graphique est mieux exploitée.

Alors qu'avec Shazam ! il doit jongler avec des éléments comiques qu'il maîtrise avec moins de succès, ici il anime du pur super héros et ça lui convient parfaitement. Pourtant l'épisode est encore avare en action, mais il s'approprie l'univers de Kingdom Come sans problème, ses planches ont ce dynamisme irrésistible qui ont tant fait pour le succès de la série et les couleurs de Tamra Bonvillain leur conviennent idéalement.

On est donc parti pour un récit de tous les dangers mais bigrement excitant aussi.

jeudi 21 septembre 2023

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #19, de Mark Waid et Travis Moore


Batman - Superman : World's Finest #19 marque la suite et fin de l'histoire débutée le mois dernier dans laquelle Mark Waid revient sur la toute première rencontre entre les deux héros. Travis Moore complète son remplacement de Dan Mora dans son style toujours élégant, mais qui comme le scénario manque cruellement de punch. 
 

Jax-Ur s'est évadé de la Zone Fantôme dont il a découvert des failles et où il a attiré des humains pour lui permettre de sortir. Batman a pris sa place et Superman a bien du mal à dominer cet adversaire autrefois condamné sur Krypton pour meurtre de masse. Mais les deux héros sauront unir leurs forces pour en venir à bout...


Jusqu'à présent, en dehors peut-être de l'épisode du dîner catastrophe entre Robin et Supergirl, ces numéros intermédiaires entre deux arcs de World's Finest n'ont guère convaincu de leur utilité. Il semble bien que ce soit pour Mark Waid juste une occasion pour faire souffler ses lecteurs - et son dessinateur Dan Mora.


Pourtant, cette fois, la promesse de révéler comment Batman et Superman ont débuté leur association était alléchante. Mais ne nous le cachons pas, le résultat n'est franchement pas à la hauteur : tout reste désespérément anecdotique et on n'apprend rien de consistant sur les origines du duo.


Mark Waid a, c'est vrai, un peu déçu sur le dernier arc de la série, le lancement du spin-off World's Finest : Teen Titans n'a visiblement pas rencontré le succès escompté puisque le titre a été réduit à une mini-série en six épisodes, et Shazam ! manque d'épaisseur pour l'instant. Quant à Superman : The Last Days of Lex Luthor, on attend toujours le deuxième épisode.

Le scénariste, qui brillait depuis son retour chez DC, serait-il essoufflé ? C'est possible mais pas certain, d'autant que la prochaine aventure de Batman et Superman intrigue méchamment (on y retrouvera Boy Thunder et l'univers de Kingdom Come). Alors quoi ? Peut-être tout simplement que Waid en fait un peu trop.

Dans le cas précis de World's Finest, l'accord parfait entre Waid et Dan Mora aboutit au constat simple que quand l'artiste est absent, l'intérêt retombe. Et c'est comme si le scénariste était aussi moins inspiré. Ce récit en deux parties en témoigne : le postulat était prometteur, mais à l'arrivée on n'a droit à quelque chose sans intérêt, mou.

Jax-Ur souffre d'être un vilain trop méconnu et donc on se fiche un peu de savoir comment il va être vaincu. Son plan pour s'échapper de la Zone Négative est même éclipsé par la présence d'un complice qui, en vérité, servira dans une future intrigue pour... Action Comics de Philip Kennedy Johnson ! Que World's Finest serve de rampe de lancement à une intrigue pour une série qui n'est même pas écrite par Waid a quelque chose de perturbant, comme si le scénariste en était réduit à être la béquille d'un collègue.

Quant à la relation Batman - Superman, elle n'en ressort ni amoindri ni grandi : je me répète mais il n'y a rien eu dans ces deux épisodes qui a enrichi la mythologie du tandem, alors qu'on nous a vendu cet arc en prétendant que les deux héros ont failli ne jamais être amis. A tout prendre, je préférerai me passer de ces épisodes intermédiaires à l'avenir, mais évidemment DC ne se passera jamais du titre pendant un mois (ou deux) - alors que, à mon humble avis, le lecteur l'accepterait en sachant que seul Dan Mora la dessinerait.

Je ne veux pas donner l'impression de dire que je n'ai pas aimé le travail de Travis Moore sur ces deux numéros. C'est un artiste que j'apprécie et qui rend toujours une copie très soignée. Son trait est très élégant, c'est agréable à lire. Vraiment rien à jeter. 

Par contre je me demande s'il est vraiment fait pour les comics d'action et même pour les super héros où il me semble emprunté, gauche, maladroit. En témoigne cet épisode où la bagarre entre Jax-Ur et Superman occupe un nombre élevé de planches et dont Moore échoue complètement à restituer l'intensité, la brutalité. Jax-Ur y malmène Superman et fait preuve d'une véritable malfaisance que le dessinateur a bien du mal à traduire visuellement.

En même temps, Moore s'évertue avec Tamra Bonvillain à imiter la patine des comics du golden age, notamment dans les angles de vue, la palette de couleurs, le découpage très sage. C'est raccord avec l'histoire, sa temporalité. Mais pas sûr que ça charme grand-monde.

Encore une fois ça n'ôte rien à la série et surtout pas à ce qui s'annonce dès le mois prochain. C'est sans conséquence et dispensable. Rendez-vous dans trente jours pour quelque chose de plus à la hauteur de ce à quoi World's Finest nous a habitués.

jeudi 17 août 2023

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST #18, de Mark Waid et Travis Moore


Comme c'est devenu la coutume, Batman - Superman : World's Finest propose un interlude entre deux nouveaux arcs et à cette occasion Mark Waid fait équipe avec un autre artiste que Dan Mora (qui signe quand même la couverture). Cette fois, avant de revenir à une nouvelle aventure, on a droit à un entracte en deux parties illustré par Travis Moore et dans lequel on remonte encore plus loin dans le passé puisqu'on va assister à la première rencontre entre Superman et Batman.


Gotham. Deux affaires occupent Batman et le GCPD : d'un côté, le Sphinx cambriole plusieurs banques, et de l'autre, on assiste à des disparitions soudaines d'individus, dont le majordome de Bruce Wayne, Alfred. Lorsque Clark Kent découvre que les énigmes du Sphinx sont rédigées en kryptonien, il quitte Metropolis pour Gotham...


Mark Waid est un grand collectionneur de comics du golden age (avant les années 1950 donc), et particulièrement des bandes de Superman. Sa connaissance au sujet du Man of Steel est encyclopédique et d'une certaine manière, il était logique qu'avec une série comme World's Finest, il finisse pas remonter le temps jusqu'à cette époque.


Dans le tout premier épisode de World's Finest qu'il a écrit, on assistait à un bref flashback où Batman sollicitait l'aide de Superman car le Pingouin avait kidnappé Robin et on devinait que les deux héros collaboraient pour une de leurs premières fois. Comment alors avaient-ils fait connaissance et su se faire confiance ?


C'est à cette question que se propose de répondre cet épisode (et le suivant). Mais, en vérité, à quand exactement, dans l'Histoire des comics Superman et Batman ont ils fait pour la première fois équipe ? J'ai mené l'enquête.


Ci-dessus figure la couverture de Superman #76 (1952) qui met en scène la première rencontre pré-Crisis on Infinite Earths du Dark Knight et du Man of Steel. L'épisode est écrit à trois par Edward Hamilton, Bill Finger et Bill Woolfolk et dessiné par Curt Swan. L'action se déroule sur paquebot et déjà, très vite, l'un comme l'autre devinent leur identité secrète et affichent leur complémentarité.


Post-Crisis, c'est dans Man of Steel #3 (1986) de John Byrne (scénario et dessin) que Superman et Batman se croisent pour la première fois dans le contexte rebooté du DCU et là, les choses sont déjà plus conflictuelles puisque Superman prend Batman pour un vilain avant de l'aider à arrêter Magpie.

On retrouve justement cette vilaine, au look impayable, dans World's Finest #18, mais l'intrigue propose une nouvelle version de la première alliance entre Superman et Batman. Mark Waid a une idée très maline pour les confronter, de telle sorte que, comme chez Byrne, ils ne s'apprécient pas tout de suite, avant, comme à l'époque du golden age, ils comprennent qu'à deux, ils sont imbattables.

On pense d'abord que l'enquête concernant le Sphinx et ses énigmes écrites en kryptonien et ces affaires de disparitions n'ont aucun rapport et que, peut-être, Waid va profiter de cet arc en deux parties pour résoudre une chose après l'autre. Mais en fait, avec une remarquable fluidité, il lie les deux investigations pour aboutir à un cliffhanger très accrocheur.

L'apparition de Superman dans le bureau de Jim Gordon est un moment savoureux, le commissaire révélant avoir toujours douté qu'un homme puisse voler comme le protecteur de Metropolis (cela rappelle cette ligne de dialogue dans Batman : Year One où Alfred évoque dans le nommer Superman avant que Batman ne teste son aile volante). Jim Gordon réfléchit ensuite brièvement à voix haute en se demandant si ce ne serait pas une bonne idée d'installer sur le toit du commissariat central un Bat-signal afin de contacter plus rapidement le dark knight. 

Mark Waid nous régale de plusieurs réparties du même style comme quand Batman et Superman parcourt Gotham de nuit et que le premier réussit à identifier d'où peut venir le second d'après son accent, sa façon de parler (et il tombe évidemment juste). Ou plus tard quand Bruce Wayne réussit à démasquer Clark Kent grâce des satellites (dont Lex Luthor serait jaloux, affirme-t-il) qui retracent les déplacements de Superman à Metropolis. Mais Superman sait aussi rapidement qui se cache sous le masque de Batman et le lui fait savoir avec un sourire malicieux.

J'avoue qu'un seul détail m'a fait tiquer : c'est lorsque Jimmy Olsen montre à Clark sur une tablette  l'inscription en kryptonien laissée par le Sphinx dans le coffre d'une banque. Déjà dans World's Finest : Teen Titans, Waid montre que Speedy est accro aux réseaux sociaux et qu'il streame les interventions de l'équipe. Ces outils modernes dans des épisodes censés se dérouler dans le passé sont, je trouve, maladroits, malvenus. Je préférerai que Waid s'en tienne à quelque chose de plus daté, ou en tout cas de moins contemporain car, là, du coup, on a l'impression que le passé dans lequel s'inscrivent ces séries n'est pas si/assez éloigné.

Mora occupé à dessiner des épisodes d'avance pour Shazam ! (qui revient en Septembre) et World's Finest (à paraître en Octobre), c'est donc Travis Moore qui a été rappelé pour le suppléer. Si son dessin n'a pas le même dynamisme que celui de son collègue, il compense par un trait toujours élégant.

On pourra être dérouté par le masque qu'il dessine à Batman mais il correspond à celui des origines du personnage avec la face sombre sur une cagoule bleue. D'ailleurs, Tamra Bonvillain applique des couleurs qui semblent plus claires, plus pales comme pour souligner l'ancienneté du récit, avant que les costumes des personnages aient possédé leurs teintes définitives, plus foncées.

Moore n'est pas du genre à adopter un découpage excentrique, c'est même très sage. Trop peut-être. Mais sans doute a-t-il suivi le script et voulu ainsi revenir au classicisme des comics du golden et silver age où rien ne débordait. A l'exception notable d'une splash-page à la fin de l'épisode. Mais n'y voyez pas un reproche de ma part : le boulot de Moore est toujours impeccable, très clean, c'est un fill-in de grande qualité.

Suite et fin le mois prochain. Avant un bond annoncé dans le futur, en direction d'un grand classique de Mark Waid qui s'offre une revisite d'un de ses chefs d'oeuvre...