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jeudi 5 janvier 2023

X-MEN : RED #10, de Al Ewing, Stefano Caselli et Jacopo Camagni


X-Men : Red #10 est le dernier numéro de la série avant de longs mois (au moins jusqu'en Mai prochain), puisque l'event Sins of Sinister va impacter plusieurs titres (rebaptisés pour l'occasion) entre-temps. Al Ewing devait donc boucler des lignes narratives développées depuis quelque temps avant de suivre l'idée de Kieron Gillen. Stefano Caselli est présent (avant de basculer sur le titre X-Men provisoirement) et reçoit pour quelques pages le renfort de Jacopo Camagni.


Vulcain manipulé par Abigail Brand et Mentallo réclame son trône d'empereur Shi'ar à Xandra et veut tuer celle-ci pour accomplir sa mission. Il pense la trouver dans l'ancien palais de Magneto sur Arakko mais Tornade l'attend. De son côté, l'équipe de Cable affronte Orbis Stellaris, autre complice de Brand.


Al Ewing n'a cessé de prouver depuis S.W.O.R.D. et plus encore avec X-Men : Red, qui en est plus que la suite, le prolongement, à quel point il maîtrisait son affaire. De manière très habile, en présidant à la destinée de la planète Mars, il a pu développer des intrigues personnelles, remontant parfois loin en arrière.
 

Mais alors que sur SWORD il subissait le calendrier, avec X-Men : Red, il a su mieux composer avec des storylines extérieures, en profitant même pour bousculer en profondeur le jeu mutant. Une dimension politique, complexe et claire à la fois, s'est révélée avec des protagonistes aux personnalités incroyablement fouillées.
 

Cela a conduit le lecteur à un climax dans ce dixième épisode où d'un côté, Vulcain défie Tornade, de l'autre Sunspot confond Abigail Brand, et enfin Cable confronte Orbis Stellaris. Brand, Vulcain et Orbis Stellaris oeuvrant pour un grand projet commun absolument diabolique.

J'ai lu, sur les réseaux sociaux, que certains avaient été déçus par l'issue de ce triple affrontement, espérant sans doute une grosse baston générale qui réglerait tout vite fait, bien fait. Il me paraît pourtant évident que cette solution de facilité aurait contredit tout les préparatifs minutieux, toute l'écriture architecturée de Ewing. Surtout les résolutions choisies par l'auteur en disent plus long et plus profond sur ce qui définit les bons des méchants, sans leur ôter un gramme de leur richesse intellectuelle.

Mais cette déception ressentie et exprimée par quelques-uns a surtout visée le duel tant attendu entre Vulcain et Tornade, annoncée comme le clou du spectacle. Il est vrai que cette bataille n'occupe pas la majeure partie de l'épisode et on peut en être frustré, mais les pages qu'elle occupe sont suffisamment intenses et spectaculaires pour ne pas se sentir floué. On a là deux mutants de niveau oméga qui ne retiennent pas leurs coups, effectuent des mouvements renversants, avec des manifestations de pouvoirs impressionnants. 

Ce qui prévaut, en vérité, c'est moins l'étalage de force, la démonstration, que la méthode, et sur ce point, Ewing, avec les dessins de Stefano Caselli, remonté comme un coucou, produisant des effets de puissance phénoménale grâce à un découpage magistral, définit bien ce qui distingue les deux adversaires. Et justifie la victoire du gagnant, plus intelligent, plus rusé.

La partie avec Cable et son équipe, amenée logiquement à devenir une formation repensée du SWORD, est, à mon sens, un peu en deçà. Mais uniquement parce qu'elle évacue ou diffère les problèmes qu'elle ne les solutionne. Ewing a voulu garder des cartouches pour le futur, quand X-Men : Red reviendra en bonne et due forme, tout en préparant la mutation temporaire du titre le temps de Sins of Sinister. Il faut donc lire ces pages avec, sinon indulgence, du moins en ayant en tête que le scénariste, toujours appuyé par Caselli au dessin, s'en sert comme rampe de lancement.

Enfin, le dernier segment avec Brand peut aussi surprendre car, là, par contre, il ferme visiblement un chapitre, un arc narratif, pour ce personnage. Ewing va-t-il sacrifier cette Nick Fury de l'espace qu'il a si savamment (re)modelée ? J'en doute. En tout cas, si je me trompe, ce serait dommage. Mais il semble très vraisemblable qu'elle a mangé son pain blanc. Je m'autorise à spoiler un peu car c'est le plus convenu. Le châtiment d'un méchant désigné est attendu, surtout que Ewing s'est amusé avec les clichés du genre (la révélation de son grand plan, et celle du contre-plan énoncé par Sunspot).

Jacopo Camagni, qui avait dessiné les derniers épisodes de SWORD, avec beaucoup de talent, revient donc donner un coup de main, en signant les pages 14 et 15 puis 20 et 21, en relation avec Brand puis Orbis Stellaris (dont on découvre la véritable apparence - et sur laquelle on peut se demander si c'est un choix de Ewing ou quelque chose qui lui a été imposé, même si on sait le scénariste toujours prêt à rebondir sur les idées des autres, en les améliorant sensiblement souvent d'ailleurs). Le style de Camagni créé une rupture avec celui de Caselli et c'est un peu dommage, mais peut-être que Caselli a eu recours à du renfort dans un agenda chargé (il a enchaîné des épisodes de Hack/Slash pour l'anthologie Image ! puis de X-Men : Red et va passer sans souffler au crossover X-Men/Captain Marvel).

Cela dit, X-Men : Red, même avec Caselli absent, est une des séries les plus abouties graphiquement de toute la franchise X, puisque les fill-in artists ont été exceptionnels, et revoir Camagni m'a fait plaisir, même pour quatre pages.

Je l'avoue, je suis un peu triste que cela s'arrête pour de longs mois, car X-Men : Red est ma série mutante préférée, et de loin. Al Ewing et ses artistes ont repoussé constamment les limites, offrant des épisodes de très haute volée, captivant le fan sans forcément lui donner ce qu'il aimait, mais plutôt en lui proposant, et c'est bien mieux, ce qu'il préférerait. C'est une sensation grisante et jubilatoire que de lire pareil comic-book. Alors s'en passer pour un event qui ne me dit rien (et que j'ai décidé de zapper en conséquence), c'est rageant. Mais à son retour, je sais aussi que ce sera un immense plaisir.  Alors ? Patience !

jeudi 23 décembre 2021

S.W.O.R.D. #11, de Al Ewing et Jacopo Camagni


S.W.O.R.D., c'est fini ! La série apparue (ou plutôt ranimée) à l'issue de X of Swords aura tenu onze numéros. Mais on devrait retrouver ses protagonistes en Avril 2022 sous le titre X-Men : Red, avec certainement toujours Al Ewing aux commandes. Le scénariste conclut donc ce premier acte toujours en compagnie de l'excellent Jacopo Camagni au dessin.



Sur Arakko, Tornade fait face aux mercenaires de la Légion Fatale commandée à distance par Orbis Stellaris et réussit à les éliminer au prix d'un gros effort. L'impératrice Shi'ar Xandra est sauve. Mais la situation reste critique du côté du Pic.


Sabotée par Wiz-Kid, la station du SWORD chute à toute allure en direction de la Terre, menaçant de dévaster une région habitée de l'Australie. Cable ne peut rien faire, à bord, pour empêcher cela et s'en remet au sol à Maniforld. Qui réussit à téléporter le bâtiment et à le remettre en orbite.
 

Tout cela n'a pas échappé à Henry Gyrich et James Hudson dans la station Alpha Flight. Les deux hommes se disputent sur les risques pour la population. Wiz-Kid dévoile alors à Gyrich qu'il a terminé le piratage des connées de la station et les a envoyées aux Shi'ar.


Gyrich prend la fuite mais Abigail Brand le piège. Elle lui dévoile alors comment elle a tout orchestré pour le discréditer auprès d'Orchis. Mais aussi pour servir un dessein plus grand que celui des mutants. Elle élimine Gyrich et rejoint Wiz-Kid.

Petit à petit Destiny of X se dévoile : on a appris le lancement d'une nouvelle série, Immortal X-Men (par Kieron Gillen et Lucas Werneck), puis un relaunch de Marauders (par Steve Orlando et Eleonora Carlini). X-Force sera aussi relancée au n°1 par Benjamin Percy et Robert Gill, Excalibur reviendra sous le nom de Knights of X (par Tini Howard et Bob Quinn). Et S.W.O.R.D. sera rebaptisée X-Men : Red, toujours avec Al Ewing et un dessinateur à confirmer.

J'avais donc vu juste en comptant sur une renumérotation générale, l'arrêt de certains titres qui seraient renommés, et une stabilité scénaristique. Si ce dernier point est positif (confirmant que chaque auteur a encore des choses à raconter) et que les nouveaux venus sont plutôt encourageants, en revanche graphiquement ça ne vend pas du rêve. SWORD/X-Men : Red échappera-t-il au signe indien ?

Déjà on peut s'interroger sur la légimité à rebaptiser cette série, mais sans doute qu'avec X-Men dans le titre, ce sera plus vendeur. La couleur Red (Rouge) suggère que l'action continuera à se focaliser sur Mars/Arakko - au détriment de l'équipe du SWORD ? Sans doute pas, quand on lit la dernière scène, éditifante et machiavélique, de ce onzième épisode, qui révèle que Abigail Brand a son propre agenda, et qu'il est très ambitieux et risqué. N'empêche, arrêter une série au bout de onze numéros pour la relancer sous un autre titre, c'est vraiment un tic Marvel toujours aussi agaçant.

Al Ewing m'a parfois désarçonné avec cette série mais je lui trouve une originalité réelle. Les héros agissent en périphérie de l'univers mutant, avec leur chef qui est probablement la femme la plus retorse et passionnante de tout l'univers Marvel Comics actuellement. Abigail Brand est encore plus diabolique que Nick Fury et Méphisto réunis ! C'est d'ailleurs parfois frustrant que Ewing ne la mette pas encore plus en avant, même si la nature du SWORD est d'oeuvrer en secret, en coulisses, ce qu'illustre parfaitement Brand.

Ce dernier chapitre est riche en action, avec l'intervention musclée de Tornade contre la Légion Fatale (encore une réussite de Ewing qui a su idéalement s'approprier Ororo en en faisant la déesse qu'elle est, la régente d'Arakko, bref une X-woman de premier plan et qui ne s'excuse pas ou doit composer avec les leaders masculins de Krakoa)., puis le sauvetage de la station du Pic par Manifold. Le scénariste sait mettre ses héros face à des défis qui les éprouvent vraiment, ce qui permet au lecteur de mesurer leur puissance réelle.

Mais évidemment c'est la dernière partie de l'épisode qui va faire parler car on y apprend la duplicité effrayante de Brand, dont Gyrich va faire les frais (cette fois, peu de chance que ce dernier refasse parler de lui, mais bon Gyrich, c'est comme Jarvis, tout le monde a l'habitude de le voir dans le décor même si en vérité ce n'était plus qu'un objet dans ce décor et qu'il faut parfois savoir faire le ménage). Par la voix de Brand, Ewing déclare au lecteur qu'il a une histoire à raconter sur le long terme, peut-être la plus ambitieuse de Destiny of X, et on souhaiterait que ce soit lui qui ait succédé à Hickman dans le rôle de la "Head of X", le grand superviseur de la franchise (même ce ne sera pas le cas).

Jacopo Camagni sera-t-il toujours membre de l'équipe en Avril prochain ? Ce serait souhaitable car l'artiste italien a un style qui me plaît et il a su stabiliser graphiquement la série après le départ de Schiti, dont les remplaçants n'ont fait que passer, sans éclat.

Camagni est à l'aise avec les personnages, les décors, l'action, les dialogues : il maîtrise son sujet et sa complicité avec Ewing est évidente. Par ailleurs, il est bien meilleur que Bob Quinn, Robert Gill, Eleonora Carlini, Lucas Werneck, plus complet. J'aimerai bien ne pas arrêter de lire tous les titres mutants faute de bons dessinateurs, donc si les editors pouvaient renouveler Camagni, j'achèterai X-Men : Red en Avril avec plaisir.

Mais bon, ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : Destiny of X, comme je le craignais depuis l'annonce du départ de Hickman, ne me fait pas envie. "L'âge de Krakoa" n'aura certainement été qu'une parenthèse enchantée durant deux ans, avec des séries inégales, mais un projet d'ensemble jubilatoire, avec à la baguette un auteur génial. SWORD n'aura pas échappé à quelques trous d'air, mais en moins d'un an aura connu plus de hauts que de bas. A l'image de ce dernier épisode.

jeudi 18 novembre 2021

S.W.O.R.D. #10, de Al Ewing et Jacopo Camagni


Le précédent épisode de S.W.O.R.D. s'achevait sur un twist étonnant : Al Ewing désignait Wiz-Kid comme un traître à la solde de l'organisation Orchis !  Ce coup de théâtre est exploré ici et signe un vrai tournant dans la série, mais pas forcément au niveau où on l'attend car le scénariste nous piège une nouvelle fois à la fin. Jacopo Camagni reste en poste et là aussi, c'est une surprise car c'est la première fois depuis Valerio Schiti qu'un même artiste dessine deux épisodes d'affilée.


Wiz-Kid est donc une taupe infiltrée au sein du SWORD pour le compte de Henry Gyrich, allié d'Orchis, l'organisation anti-mutante. Mais pourquoi Taki Matsuya a-t-il décidé de trahir ses amis ? Et comment va-t-il s'y prendre ? Le jeune mutant se réveille ce matin-là avec un plan déjà en tête...


Sur Arakko, Tornade a mis au pas la Légion Fatale. Frenzy et Cannonball la soutiennent dans cet effort, mais lorsqu'ils cherchent à joindre Abigail Brand, elle ne répond pas. Tornade appelle alors Cable, responsable de la sécurité au sein du Pic, la station n°1 du SWORD.


Au même moment, Wiz-Kid arrive dans la salle de commandement du Pic où se trouve Nathan Summers. Usant de ses pouvoirs, il neutralise Cable en s'en prenant à ses prothèses. Lorsque Nathan revient à lui, Vanisher le prévient qu'il a, selon ses ordres, fait évacuer la station.


Wiz-Kid assiste depuis la station Alpha Flight à l'explosion déclenchée dans le Pic. Henry Gyrich le félicite et l'interroge sur la motivation de sa trahison. Taki désigne Apocalypse dont il n'a pas supporté la présence dans le conseil de Krakoa. Gyrich se retire, ignorant que sa taupe n'est pas seule à bord...

Je ne révélerai pas qui est avec Taki Matsuya à bord de la station Alpha Flight ni comment Gyrich peut ignorer cette autre présence, mais ce que réussit là Al Ewing oblige le lecteur à reconsidérer les épisodes 9 et 10. 

J'ai, comme d'autres, pu déplorer que S.W.O.R.D. soit une série sans véritable ligne narratrice, bien qu'elle soit agréable à lire. La manière dont Al Ewing écrit ici est déroutante car parfois le plus important se déroule hors champ et le casting semble sous exploité. Par ailleurs, Marvel a vendu la série comme celle du "programme spatial mutant", et on peut être légitimement frustré sur ce point car on n'est pas dans de l'aventure cosmique ni de l'action stellaire.

Il est plus juste d'estimer le SWORD comme l'équivalent du SHIELD des mutants, une série d'espionnage avec des personnages qui magouillent, manipulent, dissimulent, mentent, complotent, une équipe dont le secret est la devise. Et cet épisode comme le précédent sont probablement non seulement les plus réussis depuis le lancement du titre mais aussi parce qu'ils redéfinissent clairement son identité.

En désignant Wiz-Kid, qui est à la fois un héros jeune, sympathique et surtout le bras-droit de Brand, comme un traître, un espion à la solde de Gyrich, Ewing a pu donner l'impression de créer un coup de théâtre artificiel, une surprise tellement grosse qu'elle ne peut qu'engendrer la méfiance du lecteur. Comment ça, Wiz-Kid, une taupe au service d'Orchis ? Pas possible ! Et en même temps, pourquoi pas ? La première scène de cet épisode laisse planer le doute, qui sera souligné ensuite, jusqu'à la dernière page : paralytique, Taki Matsuya insiste en voix off sur le regard de ses semblables mutants guère différent de celui des humains devant un handicapé. Il fait montre d'une forme de suffisance aussi qui n'est pas apprécié, justement de la part de quelqu'un de physiquement diminué.

Le lecteur se dit alors que la trahison du personnage est motivée par une volonté de prendre sa revanche sur ses semblables qui l'aurait mésestimé, méprisé. Les situations s'enchaînent et on peut apprécier la précision diabolique du plan de Wiz-Kid pour neutraliser Cable, couper le contact avec Frenzy (et donc Tornade) sur Arakko (alors que la Légion Fatale s'avère être un adversaire plus coriace que prévu). Lorsque la station du Pic explose, le lecteur est encore plus ahuri.

Puis, fidèle à lui-même, Ewing sort de sa manche un joker qui oblige le lecteur à tout réévaluer - et le soulage aussi, avouons-le. Comme d'habitude dans la série, l'essentiel était invisible aux yeux, le plus important se passait hors champ. On saisit alors pourquoi il fallait que le scénariste nous fasse douter aussi diaboliquement. Ce faisant, il prouve bien que SWORD est plus une série d'espionnage avec des coups fourrés, des coups tordus, qu'une série sur un programme spatial, même si, en fin de compte, l'espionnage ici (ou le contre-espionnage) concerne des affaires spatiales (avec Alpha Flight et Orchis dans les rôles des antagonistes, comme Spectre dans James Bond). C'est le B.A., BA des récits d'espions : toujours emprunter des chemins de traverse, toujours faire compliqué au lieu de faire simple, toujours mentir, tromper, abuser pour mieux surprendre le lecteur. Ce qui se joue alors est une partie d'échecs où il faut savoir concéder des pièces maîtresses pour faire mat.

Et là, ça devient jubilatoire. On peut juger que dix numéros pour définir une série, c'est un rythme de sénateur, mais désormais, on sait que SWORD se déguste, se savoure pour ceux qui ont eu la patience d'attendre jusque-là. La série qui paraissait avancer à tâtons, naviguer à vue est en réalité un crescendo machiavélique, un mécano subtilement construit par Al Ewing, qui peut être absolument passionnant à suivre maintenant qu'on en connaît la procédure.

SWORD gagne sur un autre tableau : en accueillant Jacopo Camagni, on pouvait se demander si ce ne serait pas le énième remplaçant de Valerio Schiti. Or, en le retrouvant, on se rend compte que l'artiste est le premier depuis Schiti a signer deux épisodes consécutifs. Et bien que ce soit encore précaire, c'est une stabilité graphique très agréable.

Pour ma part, je suis conquis par son travail, même si ce n'est pas (pas encore) parfait. Camagni fait le job, très proprement, avec beaucoup d'assurance. Il s'est approprié les personnages avec autorité, il soigne ses décors (même si parfois les effets infographiques sont un peu trop appuyés), et son découpage est impeccable, avec des planches comportant peu de cases mais qui s'enchaînent avec fluidité.

Mine de rien, Camagni est un dessinateur solide : si l'expressivité de ses personnages n'a rien d'exceptionnel, on remarque qu'il est précis quand il s'agit de détailler des postures, comme quand il montre Taki en train de se réveiller et de se lever, soulignant tous les efforts que doit produire un paraplégique pour se dresser dans son lit, glisser dans son fauteuil roulant, s'habiller - ça n'a l'air de rien, mais c'est réaliste, c'est crédible. A côté de cela, il sait envoyer du bois pour représenter la puissance immense de Tornade ou l'explosion d'une partie de la station du Pic (avec une belle double page). Et, donc, la surprise qui intervient à la dernière page est bien mise en scène.

Tout ça donne très envie de lire le prochain numéro, sachant qu'en Janvier la série fera une pause. J'espère vraiment que Marvel va conserver ce titre (j'ai bon espoir car Ewing "a la carte" et ne semble pas vouloir en rester là) car cette fois, ça y est, la machine est lancée. Et bien lancée !  

vendredi 29 octobre 2021

S.W.O.R.D. #9, de Al Ewing et Jacopo Camagni

S.W.O.R.D. continue d'être la série la plus déroutante de la franchise X. En un sens, il est logique qu'elle ait l'espace pour décor car c'est un véritable ovn. Al Ewing joue certes habilement avec les nerfs du lecteur car il ne propose toujours pas d'arc narratif et le seul vrai méchant complote plus qu'il n'attaque. En outre, la série accueille un nouvel artiste, un de plus, avec Jacopo Camagni, dont la prestation est cependant très convaincante.




A bord de la station Alpha Flight, Henry Gyrich accueille James Hudson/Vindicator, ancien leader de la Divison Alpha et ami de Wolverine (Logan). Il a prêté allégeance à Orchis mais rechigne à trahir les mutants. Mais Gyrich l'informe qu'il a une taupe au sein du SWORD...


Sur Arakko, Frenzy, entourée de Forearm et Random, accueille l'impératrice Xandra et la garde impériale Shi'ar, venues rencontrer la régente Tornade. Abigail Brand et Wiz-Kid supervisent l'opération dont l'importance diplomatique est cruciale pour les mutants.


Tornade est en retard, retenue par un nouvel arakki récalcitrant à son autorité. C'est alors qu'apparaît la Légion Mortelle, un groupe de criminels qui veut assassiner Xandra. Le combat s'engage et la garde impériale est décimée avec une facilité désarmante.



Heureusement, Tornade intervient pour stopper le massacre et sécuriser Xandra, lui sauvant à nouveau la vie. Toute la scène n'a pas échappé à Vindicator et Gyrich grâce à la taupe de celui-ci, à qui il demande de prouver sa loyauté...

Je choisis (contrairement à hier lorsque j'ai parlé de Inferno #2) de ne pas spoiler l'identité de la taupe, pour la simple raison que ce neuvième épisode de S.W.O.R.D. peut se critiquer sans insister sur ce point.

Il n'empêche, la série continue d'être compliquée à analyser car elle ne ressemble à rien d'autre. Les plus sévères diront même qu'elle ne ressemble à rien tant elle semble avancer à tâtons, sans programme, sans plan, parfois en reléguant hors-champ le plus spectaculaire - même si ce n'est pas le cas cette fois. La fin, à ce titre, suggère pour la première fois une volonté de Al Ewing de développer une véritable intrigue digne de ce nom, même si cette histoire de taupe et l'identité du traître prêtent à confusion.

En même temps, chaque nouvel épisode de SWORD jusque-là prêtera à interprétation puisqu'il n'y aura pas de nouveau numéro en janvier. Je doute toutefois que la série soit annulée, et si elle devait être relaunchée, ce serait tout aussi étonnant parce que ce volume ne compterait que 11 chapitres. Mais on a vu Marvel renuméroter pour moins que ça...

Que lit-on ici ? Le scénario tient vraiment sur un post-it : une délégation Shi'ar de déplace sur Arakko pour rencontrer Tornade, la régente de la planète désormais capitale du système solaire et de ses habitants, des mutants oméga exilés d'une dimension infernale. La visite se passe mal car débarque une bande d'assassins qui veulent tuer Xandra, l'impératrice. On croit que l'affaire va être vite pliée par les Shi'ar mais c'est une erreur car on assiste à un vrai carnage... Que Tornade règle promptement dès qu'elle se montre. Tout cela est encadré par un prologue et un épilogue (qui ne disent pas leurs noms) où Henry Gyrich dévoile qu'il a une taupe au sein du SWORD, prêt à saborder les échanges diplomatiques des mutants avec de potentiels alliés extra-terrestres.

C'est efficace, convenons-en. L'action est rondement menée, et l'identité du traître au sein du SWORD est vraiment suprenante, surtout qu'on ignore totalement pour quelles raisons il collabore avec Gyrich et plus encore parce que c'est bien le dernier qu'on aurait imaginé se retourner contre Abigail Brand et compagnie.

Reste que c'esst tout de même très léger. Et ça pose encore une fois la question, lancinante, de ce que cherche à raconter Ewing avec cette série. Sur le papier, c'est un titre avec un potentiel énorme : le programme spatial mutant, la diplomatie galactique, avec un casting de personnages bien épicés, au sommet duquel se trouve Brand, véritable Nick Fury au féminin (avec ce que cela suppose de rouerie, d'agenda personnel, de secrets tordus, de magouilles risquées, et de charisme). 

Pourtant, SWORD avance à coup d'épisodes one-shot, sans véritable arc narratif, sans vrai méchant, au fil de l'eau, ce qui laisse un sentiment croissant de gâchis, d'inabouti. Etrangement, là où la série a le mieux fonctionné, c'est quand elle a dû composer avec l'event King in Black, qui a vraiment éprouvé les ressources du SWORD et joué avec une menace d'ampleur. En dehors, ça a été plaisant, mais jamais sensationnel.

Al Ewing a déclaré qu'il avait de grands projets pour Arakko. Le subplot avec le traître est accrocheur, même si très classique dans la forme. Les notes de Brand sont de la dynamite. Le retour récent du Old Cable peut changer pas mal de choses aussi, et peut-être que la fin d'Inferno impactera jusqu'au SWORD. Mais tout ça demeure hypothétique et il faudra au minimum attendre Février 2022 pour vraiment savoir de quoi sera fait le futur de la série.

En attendant cette échéance, la série accueille à nouveau un dessinateur différent (Stefano Caselli se contentant de signer la couverture). Cette fois, c'est Jacopo Camagni et il se peut que ce nom, comme à moi, ne vous dise rien ou pas grand-chose. Il s'est fait remarquer ces derniers mois avec une série en creator-owned, Nomen Omen (écrite par Marco Bucci, en vo chez Image Comics, en vf chez Panini), et Marvel lui a offert quelques épisodes par-ci, par-là (X-Men : Blue, Deadpool, Captain Marvel).

Franchemeent, j'ai été séduit par les planches de cet artiste italien, sans doute les meilleures dont a bénéficié la série depuis le départ de Schiti. Son trait fluide, son découpage clair et dynamique, ses compositions soignées, tout participe à une lecture très agréable. Parfois, il y a un air de Mark Bagley et de Ciro Tota mêlés et ça fonctionne très bien.

Ses doubles planches ont belle allure et comme l'épisode repose beaucoup sur l'action, Camagni fait preuve d'adresse pour varier les angles de vue, la valeur des plans. Il représente intelligemment la manifestation des pouvoirs, en particulier celle des membres de cette Légion Mortelle, sans sombrer pour autant dans des effets trop agressifs ou dérangeants. La supériorité de ces méchants n'en est que plus efficace, on ressent bien l'incertitude du combat, le danger qui pèse sur Xandra, l'impuissance croissante des Shi'ar et des mutants sur place. L'apparition de Tornade, en majesté, produit l'effet désiré : celle de la seule adversaire en mesure de surpasser tous les combattants sur place.

Par ailleurs, les scènes au début et à la fin entre Gyrich et Vindicator sont très bien mises en scène, avec un recours à des impressions numériques sobres (pour signifier l'usage d'hologrammes informatifs). C'est très encourageant pour la suite puisque Camagni restera sur la série au moins jusqu'au #11 (en Décembre) car il en maîtrise les codes et les personnages avec une assurance bluffante.

Bref, il y a du très bon dans cet épisode (enfin une intrigue qui se pose, avec la taupe de Gyrich, un intérêt manifeste pour Arakko), qui compense le moins bon (la construction même de la série). Ewing a suffisamment de talent, et désormais un dessinateur stable et efficace, pour enfin convaincre qu'il a plus que bonnes intentions pour SWORD.