Affichage des articles dont le libellé est Superman. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Superman. Afficher tous les articles

jeudi 10 août 2023

SUPERMAN ANNUAL 2023, de Joshua Williamson, Mahmud Asrar, Edwin Galmon, Caitlin Yarsky, Max Raynor et Jack Herbert


C'est un généreux Annual d'une quarantaine de pages que Joshua Williamson a écrit. Et en ligne de mire, le scénariste annonce un event concernant Superman pour 2024. Entouré de pas moins de cinq artistes, il centre davantage son récit sur Lois Lane qui veut découvrir les secrets de Metropolis à la lumière des situations traversées par Superman récemment.


Ainsi, alors que Superman affronte Toyman, Lois Lane, pour apporter un regard neuf aux reportages du "Daily Planet", décide de confier à des journalistes des sujets qui ne sont pas leur spécialité habituelle. De la visite des locaux de SuperCorp à celle de la prison de Ryker's Island en passant par une patrouille avec le nouveau chef de la police... Sans oublier les nouvelles manigances du Dr. Pharma et de Mr. Graft.


Signe indéniable que la méthode Joshua Williamson fonctionne sur Superman, DC va centrer un event l'an prochain autour du kryptonien, ce qui n'a pas dû arriver depuis un bail. Pour le scénariste, ce sera une saga de plus, puisque, l'an dernier, il était aux commandes de Dark Crisis et cet été il pilote Knights Terror.


Dans la série Superman qu'il anime depuis le Printemps, Joshua Williamson s'est aligné sur le statu quo post-Dark Crisis qui veut montrer une image positive des héros. Superman y a scelle une alliance inattendue avec Lex Luthor qui a mis à sa disposition ses immenses moyens bien qu'il soit en prison.
 

Evidemment, ce deal a son revers : Lex a, grâce au sacrifice du magicien Manchester Black, effacé du souvenir de la population que Superman était Clark Kent. Seuls ses proches s'en souviennent, ceux qui se risqueraient à faire des recherches à ce sujet pourraient mourir.
 

Mais dans l'ombre deux nouveaux méchants conspirent pour reprendre le contrôle de Metropolis : Dr. Pharma  et Mr. Graft ont affronté Lex quand il est arrivé en ville et qu'il en était l'unique justicier. Par ailleurs une mystérieuse nouvelle protectrice est apparue en la personne de Marilyn Moonlight, sans que nul ne sache si elle soutient Superman.

Lois Lane est piquée au vif par tous ces événements. Désormais rédactrice en chef du "Daily Planet", en l'absence de Perry White, elle va entreprendre une enquête. Mais ce jour-là, alors que Toyman affronte Superman, elle doit d'abord envoyer ses reporters sur le terrain et attribue à chacun d'eux une mission sans rapport avec sa spécialité, afin de trouver des angles neufs. Elle-même va retourner sur le terrain.

Joshua Williamson découpe donc cet Annual en plusieurs segments correspondant aux reportages des journalistes du "Daily Planet". On visite les locaux de SuperCorp en compagnie de Jimmy Olsen et Lisa Lombard pour découvrir que Parasite y a trouvé un emploi. On suit Cat Grant dans la voiture de patrouille du chef Kekoa, nouvellement promu à la tête de la police, et elle en profite pour décrocher une interview de Marilyn Moonlight qui arrête deux braqueurs. 

Lois Lane va interroger Livewire mais Red Cloud tente de s'échapper au même moment. Ce passage fait plaisir à ceux qui, comme moi, avaient apprécié le run de Brian Michael Bendis sur Superman et Action Comics puisqu'elle était une de ses (meilleures) créations.

Mais le plus intéressant se trouve dans le dernier tiers de l'Annual. Superman découvre que les marionnettes de Toyman n'étaient pas sous le contrôle de Winslow Schott mais de Dr. Pharma et Mr. Graft, toujours à l'attaquer indirectement. Et ces deux-là détiennent Lobo dont le sang et le facteur régénérant les intriguent.

Mieux encore : Lois qui a envoyé deux de ses reporters fouiller les archives du journal découvre avec Clark Kent des secrets liant Perry White et Lex Luthor. Et On aperçoit même un vilain bien connu du Man of Steel dans les toutes dernières pages...

Pour ceux qui doutaient encore que Williamson avait un plan bien tracé pour Superman, après avoir lu cet Annual, on mesure à quel point le scénariste sait où il va. Malgré les révélations distribuées ici, il reste encore pas mal d'éléments à creuser. D'une certaine manière, Williamson explore Metropolis et ses figures emblématiques, anciennes et nouvelles, à la manière d'un Scott Snyder quand il était le pilote de Batman (durant les New 52). Toutefois ici, pas de Cour des Hiboux, mais quelque chose qui me paraît plus fluide et diversifié. Et une question : et si Superman/Clark Kent cachait aussi des choses, combien de temps avant qu'une investigatrice chevronnée comme Lois Lane ne le découvre ?

Visuellement, alors que les cinq artistes convoqués oeuvrent dans des styles très différents, ce qui fait la qualité de l'ouvrage, c'est la répartition des pages que chacun a illustrées. Mahmud Asrar ouvre et ferme la marche et il faut bien reconnaître qu'on l'a connu meilleur. Depuis son arrivée chez DC, le dessinateur turc ne fait pas vraiment d'étincelles, à l'image de la couverture, comme s'il avait du mal à s'approprier ces personnages et leur univers.

Le segment signé Edwin Galmon n'est guère plus concluant : je ne suis pas très fans de ce dessin numérisé à l'extrême. En revanche, les pages suivantes par Caitlin Yarsky sont superbes, notamment cette double page qui montre un plan en coupe de SuperCorp très détaillé.

Max Raynor est également très bon pour la scène à Ryker's Island et le combat qu'il met en scène entre Livewire et Red Cloud a une belle énergie. Jack Herbert lui succède pour le morceau incluant Marilyn Moonlight, dans une veine très réaliste : si donner le visage de Christopher Reeve à Superman est un clin d'oeil dont je me serai passé (n'étant pas fan de ce procédé qui consiste à donner des visages d'acteurs ou de vedettes à des héros de papier), Marilyn Moonlight possède toujours ce design magnifique créé par Jamal Campbell.

Ce serait une erreur de passer à côté de cet Annual, même s'il paraît un peu au mauvais moment, après le cliffhanger choc de Superman #5. 2023 a été jusque-là une très bonne année pour le kryptonien et 2024 promet aussi énormément.

mercredi 21 juin 2023

SUPERMAN #5, de Joshua Williamson et Jamal Campbell


Dernier épisode "normal" de Superman avant la pause estivale consacrée à Knight Terrors et Joshua Williamson nous épargne une chute en relation avec son event. Il n'empêche que la conclusion de ce chapitre va vous laisser sans voix. Jamal Campbell livre une nouvelle prestation de haut vol.



Silver Banshee a perdu le contrôle de ses pouvoirs à cause du Dr. Pharm et Mr. Craft. Jimmy Olsen convainc Superman de la maîtriser sans lui faire de mal. Ceci étant réglé, Superman part à la recherche des deux savants fous dans les catacombes de Metropolis avant de passer une soirée au calme avec Lois...


Je ne vais pas répéter que je trouve dommage que la série doive d'interrompre pendant deux mois, même si je le pense. En revanche, je peux dire que Joshua Williamson laisse le lecteur sur un cliffhanger de fou, qui donne vraiment envie d'être là en Septembre prochain.


Le scénariste conduit son histoire de manière formidable, et chaque nouvel épisode est une occasion de se réjouir de ce qu'il fait avec Superman, en respectant la charte de Dawn of DC, c'est-à-dire rompre avec la sinistrose ambiante - même si ça ne signifie pas que tout va bien pour nos héros.


Non, ce qui séduit, c'est le style, la conduite. Joshua Williamson a fait le pari, toujours casse-gueule, de demander au lecteur un peu de temps avant de lui révéler où il comptait en venir et au bout de cinq épisodes, le plan commence à s'afficher de manière plus claire et avec beaucoup d'arguments positifs.

Il est toujours délicat d'inventer de nouveaux ennemis à un super-héros qui affiche une collection d'adversaires charismatiques. On peut déjà se demander quelle sera la pérennité de ces méchants inédits, leur efficacité. Et ensuite si la menace qu'ils représentent sera pertinente et sensible. On comprend avec cet épisode que Pharm et Craft cochent toutes ces cases.

Ensuite, il y a le plan de ces méchants. Et là, on touche à ce qui commence à faire la valeur de ce début de run. Parce qu'après un premier arc très court avec le Parasite, et un deuxième pas plus long avec Silver Banshee, Williamson a mis en place quelque chose de très malin et qui est logiquement amené à être développé.

Il y a l'intrigue du dessus, la plus visible, avec donc Pharm et Craft, les vilains de Superman dont ils dérèglent les pouvoirs pour des attaques éclair, et puis il y a ce qu'on peut appeler l'intrigue du dessous, celle qui est suggérée, avec Lex Luthor, dont Pharm et Craft veulent se venger grâce aux ennemis de Superman mais aussi en insinuant que Luthor a des cadavres dans ses placards (le "project : chained", une accroche efficace car on ignore de quoi il s'agit mais qui attise notre curiosité).

Difficile d'en dire plus sans spoiler, mais ce qu'on saisit, c'est que le Parasite d'abord et ensuite Silver Banshee ne sont pas choisis au hasard : chacun peut affaiblir Superman de manière localisée, précise. Et dans le cas de Silver Banshee, cela a des conséquences terribles et immédiates, à la fois pour Superman mais aussi, surtout pour Lex. Rien que pour ça, ce qu'a entrepris Williamson dans ses cinq premiers épisodes (qui forment le contenu du premier recueil vo qui sortira en Septembre), c'est très malin.

En ce qui concerne donc le subplot autour de Lex, le scénariste insiste bien sur l'ambiguïté qu'il y a à considérer le personnage comme un vilain repenti, voulant désormais collaborer avec Superman, et à qui Superman est prêt à donner une nouvelle chance. Par exemple, alors que Superman tente de maîtriser Silver Banshee, Mercy Graves arrive sur le théâtre du combat avec une arme conçue par SuperCorp capable de neutraliser la vilaine. Superman s'étonne qu'il y ait une arme déjà prête pour elle et refuse de s'en servir (parce qu'il ne veut pas blesser Silver Banshee) puis la détruit.

Lorsque, plus tard, Superman est face à Pharm et Craft (ou du moins face à leurs hologrammes), il s'emporte, jurant qu'il va mettre fin à leurs expériences. Puis quand il entend parler du "project : chained", d'un énième secret de Lex, il est troublé. Pourtant, lorsque Lois lui demande s'il est bien sûr de, malgré tout, vouloir donner sa chance à Lex, Superman, fidèle à son credo bienveillant, campe sur ses positions : il subsiste beaucoup d'interrogations au sujet de Luthor, qu'il entend bien résoudre, mais oui, il continue de faire confiance jusqu'à nouvel ordre à Lex. Très logique par rapport au personnage et très bien traduit.

Jamal Campbell réalise l'entièreté de l'épisode et produit des planches superbes, bourrées d'inventions visuelles. Ce qui impressionne, c'est sa manière de représenter les pouvoirs de Silver Banshee, qui sont soniques. Plutôt que de tout miser sur les onomatopées, il cherche des équivalences graphiques permettant au lecteur d'éprouver la puissance déréglée de la jeune femme et comment elle peut impacter même un être aussi fort, endurant que Superman.

Le découpage très dynamique repose essentiellement sur des cases de dimensions généreuses pour que l'artiste compose ses plans avec le maximum d'amplitude, notamment quand Superman et Jimmy Olsen, équipé d'un jet-pack de SuperCorp, poursuivent Silver Banshee dans le ciel de Metropolis alors qu'elle fuit non pas pour leur échapper mais pour éviter de les blesser.

On remarque d'ailleurs que Campbell s'emploie à dessiner Jimmy Olsen à la fois en respectant l'image qu'on a du personnage mais en le modernisant subtilement, notamment avec sa coupe de cheveux, mais aussi sa tenue vestimentaire. Idem avec Lois qu'il rend subtilement sexy sans négliger son aspect toujours chic. Ces petits détails accumulés donnent à la série une touche à la fois rétro (avec Superman/Clark) et contemporaine (avec Lois, Jimmy), subtile mais remarquable.

Campbell sera supplée en Septembre par Gleb Melnikov pour l'épisode 6 mais j'espère qu'il reviendra dès le 7 car il apporte énormément et sa complicité avec Williamson est impeccable. Rendez-vous donc en Septembre pour un nouvel arc très prometteur.

jeudi 18 mai 2023

SUPERMAN #4, de Joshua Williamson, Jamal Campbell et Nick Dragotta


Où on a la confirmation que Joshua Williamson travaille sur le long terme : dans ce quatrième épisode de Superman, le scénariste qui a bouclé son premier arc en seulement trois épisodes développe quelque chose de bigrement excitant. Ce mois-ci, Jamal Campbell reçoit le renfort de l'excellent Nick Dragotta, dont l'intégration est intelligemment faite.


Superman rend visite à Lex Luthor en prison avec la conviction que si leur association fonctionne bien, son ancien ennemi continue de lui cacher des choses. Et si le kryptonien n'avait pas été le premier héros de Metropolis ? Et que les premiers ennemis de Luthor étaient responsables de ce qui s'est passé avec le Parasite - et maintenant avec Silver Banshee ?


Joshua Williamson a réussi quelque chose que peu parviennent à faire avec moi : j'aimai bien ce qu'il écrivait en indé avec une série comme Ghosted (parue il y a dix ans chez Image Comics), puis il m'a déçu avec pas mal de ces productions chez DC, avant que je ne sois séduit par sa mini Rogues récemment et maintenant avec Superman.
 

J'étais perplexe et méfiant quand je l'ai vu être promu nouveau grand architecte du DCU et je n'attendais pas grand-chose de sa reprise de Superman, que j'ai tentée d'abord pour les dessins de Jamal Campbell. Mais là le doute n'est plus permis : c'est très bon et très prometteur.


Pour un peu, il serait plus juste de nommer cette série Superman et Luthor car les deux sont vraiment au coeur de l'histoire. Williamson a basé tout son projet sur cette idée a priori farfelue : faire du man of steel et de sa némésis deux partenaires, complémentaires. Et pourtant, Lex a joué un sale tour à Superman en rendant à nouveau sa double identité secrète (pour la plupart des gens), faisant également en sorte que ceux qui chercheraient à percer le secret risquent d'en mourir.

Mais contre toute attente, ça marche. Et vraiment bien ! Car Williamson ne se contente pas d'une astuce facile du genre Superman = les muscles et Luthor = le cerveau. Non, les deux sont sur un pied d'égalité et leur relation devient plus nuancée, plus imprévisible aussi. Luthor croupit en prison et met à la disposition de Superman ses énormes moyens (SuperCorp).

Dans le premier arc, on a fait brièvement connaissance avec deux savants fous, frères, le Dr. Pharma et Graft, qui ont utilisé le Parasite pour tester le tandem Luthor-Superman. Cette fois, dès le début de cet épisode, Graft enlève Silver Banshee pour en faire à nouveau une arme contre le héros. Et justement Superman a l'intuition que Lex ne lui a pas tout dit. Il a raison et Luthor consent enfin à en dire plus.

Les meilleures idées sont les plus simples : si vous voulez, en tant que scénariste, "retconner" un l'histoire d'une série, mieux vaut ne pas en faire trop et être direct. Ainsi, Williamson imagine que Lex étant arrivé à Metropolis avant Superman en était le premier héros et c'est ainsi qu'il a croisé la route de Pharma et Graft à l'époque où il kidnappait des sdf pour des expériences. Parvenus à un niveau supérieur dans leurs recherches, ils procèdent de même aujourd'hui avec des ennemis de Superman qu'ils attaquent en espérant toucher Luthor et faire main basse sur la ville.

C'est palpitant, mené à une allure soutenue. Le rapport entre Lex et Superman est superbement décrit, la méfiance du kryptonien, la suffisance de Luthor, la compréhension de la nécessité de collaborer. Et Williamson trouve de la place pour ne pas oublier des éléments semés dans les trois premiers épisodes (avec une mention à Marilyn Moonlight). Cela n'a l'air de rien mais à une époque où si peu d'auteurs savent construire des subplots, quand il y en a un qui sait le faire, c'est un régal.

Jamal Campbell ne fatigue pas : il réalise la grande majorité des pages de l'épisode avec ce mélange d'élégance, de punch et de maîtrise. J'aime vraiment beaucoup son Superman, qui n'a pas peur de ne pas être complétement classiquement réaliste. L'artiste se joue des codes avec finesse pour que son découpage épouse la puissance tranquille de son héros, avec des couleurs lumineuses. C'est ça, la marque de fabrique du Dawn of DC et j'apprécie.

Que fait Nick Dragotta alors ? Hé bien, il s'occupe de quatre pages, correspondant au flashback dans lequel on découvre Lex plus jeune, arrivant à Metropolis et ambitionnant d'en devenir le protecteur face à Pharma et Graft. Voilà comment tout editor devrait utiliser un artiste invité : en lui confiant une partie de l'épisode bien spécifique qui tranche avec ce que réalise l'artiste titulaire parce que ça colle avec ce que l'histoire raconte. En l'occurrence, un aperçu du passé qui, s'il avait été illustré par Campbell, n'aurait pas dépareillé, mais qui, dessiné par Dragotta, marque une rupture graphique bienvenue.

Dragotta a lui aussi un style particulier, qui souligne des exagérations dans les proportions, les expressions, encadrées par un découpage nerveux. S'il a beaucoup oeuvré en indé ces dernières années (avec la série East of West, écrite par Jonathan Hickman, chez Image), c'est un plaisir de le relire sur du mainstream et j'aimerai qu'il revienne sur une série régulière à plein temps.

L'un dans l'autre, il n'y a rien à redire à cet épisode. Cette relance de Superman est une franche réussite, une lecture jouissive, pleine de promesses, qui résume parfaitement ce que veut être Dawn of DC.

jeudi 20 avril 2023

SUPERMAN #3, de Joshua Williamson et Jamal Campbell


Alors qu'on fête le 85ème anniversaire de la première parution de Superman (dans les pages d'Action Comics), Joshua Williamson et Jamal Campbell achèvent déjà le premier arc du relaunch qu'ils ont initié sous la bannière Dawn of DC. A l'image de ce récit rondement mené, cet épisode fonce pied au plancher tout en ayant mis en place un subplot accrocheur amené à se développer dès le mois prochain.



Superman, contaminé par le Parasite et ses clones, libère Lex Luthor de sa cellule de prison, dépassé par la situation. Ils délivrent également Livewire et partent pour le siège de SuperCorp où ils attirent tous les clones de Parasite et ce dernier afin de le piéger...


Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça n'a pas traîné. On n'est plus habitué à ces arcs narratifs courts, mais Joshua Williamson a imprimé sa marque ainsi sur cette relance de Superman, avec efficacité et ingéniosité.
 

D'aucuns pourront dire que c'est limite expédié, précipité, mais en vérité l'histoire arrive à son terme sans être bâclé, et ayant posé de nombreuses choses, qui redéfinissent le titre et son héros. Williamson a en effet donné une dynamique nouvelle (sinon inédite ?) à la série en s'appuyant pourtant sur Superman lui-même et son ennemi de toujours, lex Luthor.
  

Ce qui est amusant, c'est que, au même moment, chez Marvel, on assiste à un mouvement semblable entre Spider-Man et Norman Osborn. Mais ici, c'est dès le départ que Williamson instaure cette relation en s'inspirant d'une situation mise en place non par lui mais par Philip Kennedy Johnson dans Action Comics.

Car, je le rappelle, Lex Luthor a torturé et tué le magicien Manchester Black pour jeter un sort au monde entier. Désormais, plus personne ne se souvient que Superman est Clark Kent et ceux qui chercheraient à relier les deux individus en mourront. Seuls quelques personnes savent encore qui est l'alter ego du kryptonien (sa femme Lois Lane, son fils, la Super-family, Batman...). Luthor n'a pas échafaudé ce plan pour tuer mais pour protéger le man of steel, convaincu qu'en ayant dévoilé son identité secrète, il s'est  trop exposé et que c'est de Superman que le monde a besoin.

Malgré tout, Superman a fait enfermer Luthor. Mais celui-ci n'en est pas resté là car il est aussi persuadé que Superman a besoin d'être soutenu dans ses efforts : la Lexcorp est devenue la SuperCorp, avec un personnel et des moyens énormes à sa disposition. Evidemment Supes se méfie...

Avec cette bataille contre le Parasite dont une bande de savants fous a tiré des milliers de clones miniatures, le héros de Metropolis a été testé et surtout, comme l'escomptaient ces conspirateurs, a dû se rapprocher de Lex pour l'emporter. A la fin de l'épisode, on comprend deux choses essentielles : Lex sait que ce qui vient de se passer avec le Parasite n'est qu'un avant-goût de menaces plus grandes et que le vrai méchant derrière tout ça prépare effectivement la suite.

Williamson établit un rapport complexe et captivant entre Luthor et Superman, où, pour la première fois peut-être, on sent que le premier ne cherche pas à piéger le second mais bien à nouer une alliance pour un bénéfice commun et supérieur (car Lex comme Supes veut protéger Metropolis). C'est un peu comme si demain Daredevil collaborait avec le Caïd sans que celui-ci ne veuille sa mort ou que Norman Osborn aidait Spider-Man sans arrière-pensée. J'aime bien ce concept qui fait, pour le coup, du très bon neuf avec du très ancien.

Et puis Williamson a élaboré un vrai bon subplot, comme, là encore, on n'en a plus l'habitude. Ce Doctor Pharm, son frère et leurs complices manoeuvrent dans l'ombre de manière intelligente, comme lorsque Jason Wyngarde/le Cerveau complotait pour asservir Jean Grey dans la saga du Phénix noir dans X-Men. J'ignore sir le scénariste fera aussi bien que Claremont, sur une aussi longue durée, avec un dénouement aussi spectaculaire, mais avec un personnage comme Superman, sa rogue gallery, sa nouvelle relation avec Luthor, il y a moyen de réussir quelque chose de très fort.

En plus, Williamson a avec lui un dessinateur de très bon niveau : Jamal Campbell fait partie de ces nouveaux talents qui ont le potentiel pour devenir une star. Il est productif (pas autant que Byrne avec Claremont, mais au moins il tient les délais), il a une technique très solide, un style identifiable.

Ses planches ont l'énergie requise pour cette narration au rythme soutenu, qui fait la part belle à l'action mais nécessite aussi de l'expressivité. Campbell flirte avec le cartoony dans sa représentation de Clark Kent, qu'il représente massif et profondément humain. Quand il passe à Superman, il n'a pas besoin de jouer la carte sombre que les films de Snyder ont voulu imprimer au héros et qui a parfois déteint sur les comics (même si les runs de Peter J. Tomasi et de Brian Michael Bendis avaient déjà une tonalité positive). Toutefois, Superman par Campbell a une sorte de rondeur que ne lui avaient pas donné dans leurs dessins Patrick Gleason, Doug Mahnke ou Ivan Reis, sans doute par Campbell assume aussi la colorisation et dose son trait en fonction. Même si c'est donc un rendu plus numérique que ses prédécesseurs, le résultat n'est jamais froid ou artificiel.

Pour moi, donc, c'est un sans faute. J'espère que ça va continuer comme ça, et je ne vois pas de raison pour que ça change. Williamson comme Campbell ont l'air d'être lancés avec une vision claire et nette du héros, de la série. Et je pense plus aboutie, plus originale aussi que dans Action Comics. L'octogénaire kryptonien a encore de beaux jours devant lui.

vendredi 24 mars 2023

SUPERMAN #2, de Joshua Williamson et Jaml Campbell


J'avais adoré le premier épisode de ce relaunch de Superman et, confiant, j'attendais avec impatience de lire le suivant. Joshua Williamson ne déçoit pas : on retrouve toutes les qualités de son interprétation du man of steel dans une succession de scènes trépidantes, au milieu de laquelle il introduit un personnage inédit. Quant à Jamal Campbell, sa production est remarquable, aussi énergique que superbe.


Superman est entre les mains d'une bande de savants fous après avoir été maîtrisé par des clones de Parasite, et ses ennemis sont résolus à profiter de la détention de Lex Luthor pour mettre la main sur Metropolis.... Avant cela, Superman s'est échiné à contenir la prolifération des clones, a fait la connaissance de la mystérieuse Marilyn Moonlight et découvert le triste sort de son épouse, Lois Lane...


Alors qu'une réédition remastérisée du cartoon des studios Fleischer (1941-1942) va bientôt être à nouveau disponible (et croyez-moi quand je vous affirme que ça n'a pas pris une ride), le Superman de Joshua Williamson et Jamal Campbell semble renouer avec l'âge d'or de ces épisodes animés.
 

D'ailleurs, il y a dans le trait, dans la manière qu'a Jamal Campbell de représenter le kryptonien comme une ressemblance troublante avec Superman dans les cartoons (pas spécialement celui des Fleischer, qui a davantage inspiré Steve Rude, mais du character's designer Sean Galloway). Il est en tout en rondeur, plus massif que sculpturalement musclé, bonhomme.


A l'image de ce qu'ambitionne Joshua Williamson, il est évident que cette série donne (ou redonne) aux fans une image de Superman en rupture avec celui qu'a voulu imposer Zack Snyder et la majorité des auteurs qui l'ont animé depuis un bail.

Et vous savez quoi ? Hé bien, ça fait un bien fou. Williamson paraît d'ailleurs avoir, avec les autres auteurs phares de DC actuellement, convenu qu'après les Crisis successives, il était temps, dans cette époque troublée, de refaire lire des histoires où les héros incarnent quelque chose de positif, de sympathique, voire de léger. Ce qui ne signifie pas niais, mièvre ou naïf.

L'intrigue qui s'est mise en route le mois dernier résume ce parti-pris : Superman est de retour à Metropolis après un long séjour dans l'espace à jouer les gladiateurs-libérateurs (lors de la saga Warworld de Philip Kennedy Johnson dans Action Comics, et même avant lors du run de Brian Michael Bendis avec les United Planets et vilains comme Rogol Zaar). Il redevient le champion de cette ville-lumière, lui-même le surhomme bienveillant entre tous.

Mais il est confronté à une menace dont les instigateurs sont un groupe de savants fous qui souhaitent profiter que Lex Luthor est en prison pour prendre le contrôle de la cité. Pour cela, ils ont cloné Parasite, un des ennemis du man of steel, capable de siphonner l'énergie vitale, et les gnomes qu'ils ont créés envahissent désormais tout Metropolis, s'en prenant à tout le monde.

La Super-famille est présente dans l'épisode, ce qui signifie que Williamson coordonne son récit à celui de Kennedy Johnson dans Action Comics, mais le scénariste veille à ce que le kryptonien ne soit pas éclipsé, qu'il reste au coeur du dispositif. C'est sa série, elle porte son nom. Et elle est spectaculaire, avec la panne qui gagne toute la mégalopole, le sort réservé à la rédaction du Daily Planet : Superman est dépassé et on comprend mieux comment il a pu être maîtrisé au point d'être allongé sur une table d'opération, sans connaissance, aux mains du mystérieux Dr. Pharm.

Car le récit est inscrit dans un vaste flashback : la majorité de ce qu'on lit date de quelque heures, Superman est déjà vaincu. C'est subtilement mis en scène, au point que je ne m'en étais pas tout de suite rendu compte. Et le talent de Williamson est de réussir à nous captiver avec ça, comme quand il introduit un personnage inédit, Marilyn Moonlight, dont on ignore si elle est dans le camp des gentils ou des méchants, mais qui fait une apparition mémorable et suggère que ses origines sont très anciennes.

Visuellement, encore une fois, je ne peux que louer le travail de Jamal Campbell, qui a designé Marilyn Moonlight de manière remarquable, et livre des planches splendides, au dynamisme grisant. Le rythme est soutenu, mais c'est toujours lisible. L'usage de l'infographie, omniprésent, a un rendu très esthétique, l'artiste maîtrise ses outils et les utilise au profit de l'histoire, du coup on n'a pas cette impression, souvent désagréable, de lire quelque chose de trop froid, trop numérique. De toute façon, le problème n'est pas l'ordinateur, mais la manière dont on s'en sert, et Jamal Campbell a d'abord un vrai talent de conteur et de dessinateur, qui ne repose pas sur la machine.

J'adore ce Superman (tout comme Action Comics), son ton, son graphisme. Coup de coeur confirmé !

mercredi 22 février 2023

SUPERMAN #1, de Joshua Williamson et Jamal Campbell


La série Superman est donc relancée au n°1 avec une nouvelle équipe créative à l'occasion de Dawn of DC, le nouveau statu quo issu de Dark Crisis (on Infinite Earths). Joshua Williamson, déjà scénariste de cet event, est aux commandes des aventures en solo du Man of Steel et la couverture ne ment pas quand elle annonce qu'il est Back in action. Avec Jamal Campbell au dessin, on a l'assureance d'une belle BD. Mais surtout ce relaunch est vraiment irrésistible. Mon coup de coeur de la semaine !


Après avoir arrêté Livewire, Superman reprend son identité de Clark Kent pour rentrer au Daily Planet dont Lois Lane, durant le congé sabbatique de Perry White, est la rédactrice-en-chef. Bien que Lex Luthor soit derrière les barreaux, il a réservé une surprise de taille au Man of Steel : désormais Lex Corp s'appelera SuperCorp et tout son personnel et ses équipements seront au service du héros !


Et si, en 2023, DC avait décidé de rendre à Superman toute la place qui luirevient, c'est-à-dire celle de son super-héros le plus emblématique ? Certes, Batman restera toujours le chouchou des fans, mais ce qui frappe, c'est la volonté de restaurer l'image de Superman, jusqu'à l'annonce d'un film Superman Legacy qu'écrit (et réalisera ?) James Giunn (en 2025).


Superman est depuis longtemps un personage que tout le monde cherche à réinventer. Brian Bendis, arrivé chez DC avec tambour et trompette, avait supprimé l'identité secrète de Kal-el, après que Peter J. Tomasi (au tout début de l'ère Rebirth) avait fait comme si tout redémarrait au lendemain de la mort de Superman. Mais où était Superman là-dedans, comment l'aborder sans ces références, comment le rendre à nouveau accessible et attirant ?


C'est à ces questions que Joshua Williamson a entrepris de répondre avec cette relance au n°1 de la série Superman. Tandis que Philip Kennedy Johnson dans Action Comics semble être parti sur une idée impliquant toute la Super-family (avec Supergirl, Jon et Connor Kent, Steel), Williamson, lui, évoque rapidement cette partie-là pour mieux imposer sa direction : sa série sera celle de Superman seul.

Le scénariste s'appuie sur le nouveau statu quo mis en place par Kennedy Johnson : plus personne (ou presque) ne sait que Clark Kent est Superman depuis que Lex Luthor a tué le magicien Manchester Black en le forçant à lancer un sort effaçant de la mémoire collective cette info (et pouvant même tuer ceux qui pourrait essayer de s'en rappeler). Superman a fait incarcérer Luthor pour cela même si ce dernier a juré avoir commis cet acte pour aider le Man of Steel, conscient que le monde avait besoin de lui - mais sans que ses proches soient menacés.

C'est comme si DC avait voulu radicalement effacer le souvenir du run de Bendis surtout. On peut juger le procédé peu élégant. Sauf s'il aboutit à une relance efficace et pérenne. On verra donc. J'ai envie de donner sa chance à Williamson (et Kennedy dont j'ai également beaucoup aimé le dernier n° de Action Comics).

Et si je suis enclin à l'indulgence, c'est pour deux raisons : 1/ il faut bien admettre que le run de Bendis n'a pas été mémorable, en dehors du changement imposé au personnage de Jon Kent (qui a été à la fois une mauvaise chose car elle nous a privés de l'adorable gosse qu'il était, et une bonne chose puisque DC et surtout Tom Taylor ont quand même réussi à exploiter cette situation habilement) ; et 2/ parce que ce premier épisode période Dawn of DC est simplement excellent.

Mieux même : il est irrésistible et c'est assurément mon coup de coeur de la semaine (voire plus). J'ai pris énormément de plaisir à le lire, c'est le Superman que j'aime, que j'avais envie de lire, que je n'espérai pas de la par de Williamson. Il est accessible à tous, il est tonique, lumineux, mouvementé. C'est idéal.

Le twist reposant sur le fait que Luthor veuille aider Superman en allant jusqu'à faire de LexCorp SuperCorp, intégralement au service du héros de Metropolis, est génial. Il redessine la relation entre Kal-el et Luthor en sortant du cliché de leur rivalité (même s'il n'est jamais exclu qu'il s'agisse d'un énième coup fourré de Lex...), mais surtout il donne le ton au reste - un ton résolument positif, feel-good. Et ça fait vraiment du bien.

En ce moment, j'ai envie de lire des comics sympas, entraînants, positive vibrations only. C'est sans doute ce qui me manque chez Marvel où je ne trouve plus trop ça (même si quelquefois il y a de bonnes surprises, comme récemment avec la mini X-terminators), alors que chez DC l'écriture de Nightwing par Tom Taylor, de World's Finest par Mark Waid donnent le "la". Je ne dis pas que tout est rose chez DC, simplement que chez Marvel je ne vois pas d'équivalent à des titres comme ça.

Cela passe aussi par le graphisme et là encore ce nouveau volume de Superman se distingue par son esthétisme. Avoir confié cet icone à Jamal Campbell est épatant. Ce jeune artiste s'est en quelques années imposé comme un dessinateur important chez l'éditeur : remarqué sur la mini-série Far Sector, il a co-créé (avec Brian Bendis et David Walker) Naomi, et là, c'est une forme de consécration pour celui qui est un grand fan de Superman.

Cet amour pour le personnage transpire des pages. Il y a quelque chose de grisant dans sa manière de représenter le surhomme, souriant, confiant, mais aussi terriblement humain. Le reste est à l'avenant : les deux scènes d'action sont incroyablement puissantes. Metropilis brille de mille feux. Les locaux de SuperCorp béneficient des détails d'un niveau élevé que l'infographie, bien dosée, permet. Williamson a par ailleurs l'habitude de parsemer d'indices pour le futur les couvertures qui inaugurent ses runs et donc après Livewire et Parasite dans cet épisode, on devrait voir  bientôt Silver Banshee et Bizarro, des adversaires moins familiers, en tout cas moins fréquents. Et le scénariste avec son dessinateur ont promis des surprises, des nouveautés.

Campbell assume aussi la colorisation de ses planches et c'est essentiel dans le rendu si solaire de l'ensemble. Franchement, qui n'aime pas ce Superman... N'aime pas Superman tout simplement !

J'ai du mal à contenir mon enthousiasme, mais ça fait un tel plaisir de lire un comic-book aussi bien pensé et fait. J'espère que ça va fonctionner et que DC laissera ce relaunch grandir tranquillement (même si c'est vrai que DC soumet moins ses personnages aux diktats des events trop récurrents comme chez Marvel). Dans quelques mois, ça fera un bel album pour une nouvelle collection chez Urban, pour ceux qui préférent attendre la vf.

dimanche 21 juin 2020

SUPERMAN #22, de Brian Michael Bendis et Kevin Maguire


Ce vingt-deuxième épisode de Superman marque la fin de l'arc Truth. Pour l'occasion Brian Michael Bendis renoue avec Kevin Maguire puisque Ivan Reis ne reviendra qu'au #25 (un numéro double, qui introduira une nouvelle intrigue et un nouveau vilain inédit). 


Le déroulement de l'épisode est très simple et découpé en deux parties qui se répondent : dans l'espace, à proximité de la Terre, Superman affronte Mongul qui a dirigé son énorme vaisseau sur notre planète pour la détruire, tandis qu'à Chicago, l'agent du FBI Cameron Chase discute avec Lois Lane du statut que s'est arrogé Superman devant l'assemblée des planètes unies en tant que représentant de l'humanité.


Bendis a expliqué dans une interview récente que Kevin Maguire, lorsqu'il a été sollicité pour dessiner l'épisode, lui a demandé de lui écrire beaucoup de scènes d'action car il souhaitait sortir de sa zone de confort (c'est-à-dire les scènes de dialogues dans un registre comique). L'artiste avait visiblement à coeur de prouver qu'il pouvait représenter une bataille épique entre Superman et Mongul et que dans cet exercice il pouvait suppléer Ivan Reis.


La mission n'est cependant qu'à moitié accomplie parce qu'on ne se refait pas : Maguire est un génie de l'expressivité et il n'est jamais meilleur que lorsqu'il faut traduire en mimiques diverses et variées les émotions des personnages. A cet égard, les échanges entre l'agent Chase et Lois Lane sont un régal.


Maguire s'acquitte néanmoins avec panache de la baston homérique entre Superman et Mongul et nous gratifie notamment de quelques plans très punchy (comme celui de la planche ci-dessus). Mais il n'est pas (et ne sera jamais) l'équivalent d'un Reis dans ce domaine. Le brésilien a un avantage indéniable par rapport à son confrère, c'est le sens de la composition et la puissance graphique, hérités de son idole, Neal Adams. On ne peut s'empêcher d'imaginer ce qu'il aurait fait de cet bagarre taillée pour lui, en échaînant de pages généreuses en détails et en envergure, là où Maguire se perd dans des cases réduites trop nombreuses qui étouffe justement l'action.


L'autre défaut de Maguire, c'est son association avec Alex Sinclair à qui il donne énormément de liberté pour un résultat souvent assez affreux. Comme je le disais plus haut, Maguire se distingue par un dessin au trait précis et expressif qu'il a appris à maîtriser au cours de sa longue expérience. Son brio en la matière lui permet de dire beaucoup avec peu, chez lui chaque effet est parfaitement dosé, chaque coup de crayon est pesé. Du coup, il encre légèrement et le coloriste a beaucoup d'espace à remplir : Sinclair ne se prive pas de le faire mais  en utilisant des teintes dont l'impression est laide, notamment avec un abus de bleu.

Les volumes sont ainsi curieusement soulignés là où le trait du dessin a cédé sa place, la tonalité générale des plans et des planches produit une sorte d'uniformité triste là où il aurait judicieux que ça pète. L'absence régulière d'à-plats noirs pour créer des contrastes prive l'image de zones permettant de renforcer l'impact des premiers et arrière-plans. Et enfin, Maguire varie trop peu ses angles de vue alors que la mise en scène d'une bataille de cette force impose des plongées, des contre-plongées, des plans rapprochés et d'autres plus larges. Comme quoi il ne suffit pas de se lancer des défis, encore faut-il les préparer, quitte à abandonner ses spécifités personnelles sur le plan visuel. Maguire n'est pas un dessinateur d'action, chaque fois qu'il s'y essaie, il se plante (déjà sur Supergirl, Eduardo Pansica avait démontré qu'il était supérieur à Maguire, sans pourtant être l'égal de Reis). A ma connaissance, le seul qui réussit à allier expressivité et composition dans cet exercice est Stuart Immonen, c'est dire si la barre est élevée.

Quant à Bendis, sa copie n'est guère plus convaincante en vérité. Dans cet arc en particulier, il a joué sur un ressort très prometteur mais en semblant ensuite l'effleurer seulement. Avoir "outé" Superman était un rebondissement suffisamment riche en conséquences pour ne pas l'encombrer avec un méchant comme Mongul (un autre malabar belliqueux comme Rogol Zaar, ce qui dénote d'un manque d'originalité dans le casting des adversaires). Malheureusement, qu'il s'agisse des questions éthiques (concernant le métier de journalisme de Clark Kent), extra-professionneles (le ressenti de la communauté super-héroïque et de la Justice League en particulier), ou vis-à-vis des autorités (avec l'intervention de Cameron Chase, qui retombe comme un soufflé - "No mistakes" ? Et après ? Que va faire le FBI ou une autre agence gouvernementale si Superman commet une bourde ?), Bendis survole mais n'explore pas (ou alors dans des numéros spéciaux, hors série, ce qui renvoie au défaut de son intrigue qui aurait dû être traitée dans la série et pas ailleurs). Dommage.

La parution de l'épisode a été de plus parasité par une annonce curieuse de Bendis qui a déclaré que son run sur la franchise de Superman touchait à sa fin. Aussitôt cela a interrogé sur la date de son départ et incidemment sur ce que Bendis avait chamboulé dans les séries (le vieillissement de Jon, son intégration à la Légion des Super Héros, son outing, son rôle de représentant de la Terre au sein de l'organisation des planètes unies, etc). Puis le scénariste a corrigé le tir en précisant qu'il ne partait pas non plus tout de suite (et même pas avant longtemps). Soupirs - de soulagement ou de résignation, selon que vous soyez fan ou pas... Mais c'est toute de même maladroit.

Pour ma part, ses dires m'ont plongé dans une certaine confusion parce que, entre ses deux prises de parole, j'a considéré son run et finalement, j'ai constaté que je n'étais pas aussi comblé que je le voulais. D'une manière générale, depuis son arrivée chez DC, les motifs de satisfaction sont rares concernant Bendis : ses creator-owned sont plaisants (pour ceux que j'ai suivis), mais sa Legion of Super Heroes m'a perdu, Young Justice m'a déçu, Action Comics m'a lassé, et Superman souffre d'arcs trop longs et inégaux. La vraie pépite, ce fut Batman Universe : or Bendis a toujours affirmé ne pas être venu chez DC pour écrire du Batman... Et pourtant c'est ce qui lui va le mieux, ce pour quoi il est fait. Mais c'est comme s'il voulait à tout prix esquiver.

Je ne sais donc pas si je vais poursuivre Superman. Le prochain épisode, encore dessiné par Maguire, abordera le problème du héros avec la magie, avec Dr. Fate en guest, puis donc à partir du #25, nouvel arc, nouveau vilain, retour de Reis. Mais à l'heure où j'écris ces lignes, l'envie me manque clairement.

La variant cover de Bryan Hitch

vendredi 20 mars 2020

SUPERMAN #21, de Brian Michael Bendis et Ivan Reis

En ces temps difficiles, la lecture est un moyen de s'évader lorsqu'on est contraint au confinement. Aussi restez chez vous et lisez : les auteurs nous offrent un moyen de supporter la distanciation sociale. Bon courage à tous et prenez soin de vous.


Depuis le début de l'arc Truth, Superman est devenue une curieuse série hybride, comme coupée en deux, avec d'un côté le quota spectaculaire assuré par le héros, et de l'autre les répercussions plus terre-à-terre de ses actions vécues par Lois Lane. Ce vingt et unième épisode ne déroge pas à la règle et si le résultat demeure efficace, la forme du récit de Brian Michael Bendis et Ivan Reis n'évite pas un certain ennui.


Mongul a réussi à briser la fragile concorde entre les Planètes Unies. Superman a beau avoir vaincu son adversaire en combat singulier, il sait aussi que le mal est fait et s'interroge sur la possibilité de réunir les parties en présence.


Sur Terre, à Chicago, Lois Lane est assaillie par Bethany Snow, du "Daily Star", qui lui montre la vidéo de Superman se proclamant représentant de la Terre lors de la fondation des Planètes Unies. Lois souhaite savoir qui a mis cet enregistrement en ligne, mais nul ne le sait.


Dans l'espace, Mongul s'éclipse et laisse Superman désemparé. Dans l'urgence, il lui faut d'abord éviter une nouvelle guerre sur le point d'éclater entre les membres des Planètes Unies, en désaccord sur la riposte contre Mongul.


La Justice League arrive en renfort et la situation se calme. Ses amis font comprendre à Superman qu'il ne peut pas tout régler seul, d'autant qu'en son absence sa femme et ses proches doivent affronter la tempête médiatique provoquée par la révélation de sa double identité.


Superman rentre sur Terre lorsqu'il est doublé par un énorme vaisseau sphérique. Il le reconnaît comme étant le véhicule de Mongul, sur le point d'attaquer notre planète. Cependant, revenue à Metropolis pour consulter un avocat, Lois est abordée par l'agent du FBI Cameron Chase.

En vérité, on assiste dans les épisodes actuels de Superman au même phénomène que celui présent dans le (très - trop) long premier arc de la série écrite par Brian Michael Bendis (Unity Saga) : si le propos est accrocheur, le rythme est très aléatoire et le lecteur suit l'action en mode automatique.

Il s'agit à mon avis d'un problème de construction, de disposition des éléments dramatiques. Bendis ne manque pas d'idées pour animer les aventures du kryptonien, il a des choses à dire avec le personnage, qui à l'évidence l'inspire et lui permet de communiquer sur des thèmes qui lui sont chers.

Ironiquement, il en a peut-être trop - d'idées, de thèmes, de choses à dire. Et cela se répercute sur sa manière de raconter. Bendis ne fait pas le choix de suspendre une ligne narrative au profit d'une autre, il va plutôt de l'une à l'autre dans un même épisode, ce qui produit des passages à la fois denses et déséquilibrés.

Dans le numéro de ce mois-ci, on en a l'illustration parfaite. L'histoire navigue entre l'espace où Superman doit composer avec la zizanie créée par Mongul, et la Terre où Lois Lane doit affronter une consoeur en possession d'un document compromettant pour Superman. Les deux parties sont également intéressantes, présentant des aspects originaux et plutôt bien menés. Mais quand on finit la lecture de l'épisode, on n'est pourtant pas convaincu par cette gestion des événements.

L'affaire qui occupe Superman dans l'espace est peut-être la plus faible sur un plan dramatique. Bendis pourtant positionne le héros comme une sorte de champion galactique - une place dévolue plutôt à Green Lantern (Hal Jordan) depuis des années (depuis le run de Geoff Johns). Mais pourtant ça ne fonctionne pas. A qui la faute ? Il y a le choix de Mongul d'abord : physiquement, il s'agit d'un nouvel adversaire semblable à Rogol Zaar, un colosse - plus malicieux cependant, car avec des motivations plus politiques. J'aurai préféré que l'ennemi de Superman diffère du premier qui l'a occupé pendant plus d'un an et demi. Ensuite, l'idée des Planètes Unies, inspirée de l'ONU, manque de consistance : Bendis n'a guère le temps de détailler les différents membres qui la composent et du coup, on assiste à la bataille de plusieurs aliens sans bien les identifier (le même souci, en plus imposant, à plombé sa Legion of Super Heroes, où rien n'était fait pour qu'on distingue qui était qui). Lorsque la Justice League explique à Superman qu'il court après trop de lièvres à la fois, c'est une lapalissade qui ressemble à un aveu de Bendis, lui aussi incapable de tout gérer.

En revanche, parce plus que en rapport avec le thème de l'arc (et son titre), les scènes avec Lois Lane sont plus convaincantes. On a là la démonstration plus évidente, plus concrète de ce que Superman a déclenché en avouant qu'il était Clark Kent. Lois doit affronter une consoeur, découvrir d'où vient la vidéo compromettante pour Superman, consulter un avocat, et faire face aux autorités. Lois est elle aussi débordée, mais on s'identifie plus facilement, et surtout les ennuis sont mieux définis que les belligérants des Planètes Unies. Par ricochet, on se rend compte justement que Superman devrait avoir choisi des délégués pour assurer ses devoirs soit de représentant auprès de l'organisation galactique (il ne manque pas d'amis pour cela), soit auprès de ses proches sur Terre (dans cette configuration, Supergirl aurait pu être utilisée, ou Jon Kent, si la première n'avait pas été corrompue par le Batman-qui-rit - dans la série Batman/Superman - ou le second expédié dans le futur - dans Legion of Super Heroes). Là, on a plus l'impression qu'il laisse Lois se dépêtrer comme elle peut pendant qu'il va sauver l'univers.

Ivan Reis continue à impressionner par la régularité avec laquelle il produit ses planches, toutes extraordinaires par la richesse de leurs détails, leur puissance visuelle, leur variété dans la mise en scène (on comprend qu'il lui faille deux encreurs, mais le trio Reis-Joe Prado-Oclair Albert abat vraiment un boulot phénoménal).

Reis livre le meilleur travail de sa carrière. Il est bien sûr chez lui dans les scènes de bataille cataclysmiques, et son Mongul déborde de force tout comme Superman sous son crayon a une sorte de rage inédite (qui accompagne à merveille la voix off au début de l'épisode, où le héros révèle ce qui l'embarrasse le plus vis-à-vis de l'image qu'ont les autres de lui - cette impression d'invulnérabilité). Mais quand il atterrit sur Terre, en compagnie de Lois, Reis est peut-être encore meilleur parce qu'il doit alors représenter avec une intensité semblable des tensions différentes. On apprécie alors particulièrement l'expressivité de ses personnages et, à l'occasion, l'humour qu'il peut glisser dans certaines mimiques (comme lorsque Lois s'interroge sur le titre de "reine de la Terre" qu'elle possède peut-être si Superman est le "roi").

Bref, tout cela se lit sans déplaisir, mais sans emballement excessif non plus. On s'ennuie un peu. La réunion des deux intrigues que montrent les dernières pages va-t-elle injecter de l'adrénaline à la série ? On l'espère. Mieux : on le souhaite.


samedi 22 février 2020

SUPERMAN #20, de Brian Michael Bendis et Ivan Reis


L'arc "The Truth" s'emballe de plus belle avec ce vingtième numéro de Superman. Si Brian Michael Bendis a quelques problèmes de rythme, il compense en multipliant les pistes, toutes intrigantes, à la fois sur le nouveau statut de son héros et les conséquences de la révélation de sa double identité. Riche en action et en scènes à la figuration fournie, l'épisode donne toujours l'occasion d'admirer l'énorme boulot abattu par Ivan Reis, au sommet de sa forme.


Superman affronte toujours Mongul et constate que la partie est pervertie car son adversaire est impossible à raisonner : c'est un conquérant qui profite de la puissance qu'il incarne pour inspirer le doute et la peur chez les soutiens du kryptonien.


Cependant, sur Terre, à Metropolis, à la rédaction du "Daily Star", le débat fait rage sur les responsabilités éthiques de Clark Kent depuis qu'il a admis être Superman. Toutefois, les journalistes suspendent leur discussion en recevant un mail troublant.


Dans ce courriel une vidéo montre Superman, lors de la fondation de l'organisation des planètes unies, se poser en représentant auto-proclamé des terriens. Mais qui lui a permis d'assumer ce rôle ? Superman a d'autres chats à fouetter en essayant toujours de neutraliser Mongul.


Le conquérant a réussi à diviser les notables de l'organisation des planètes unies qui reproche à Superman d'avoir attiré sur eux ses ennemis. Dans la rédaction du "Daily Star", on s'interroge sur l'expéditeur de ce mail tandis que Lana Lang offre d'interroger Superman à ce sujet.


Finalement, les tamaraniens décident de répliquer en dirigeant les canons de leur flotte à la fois contre Mongul et Superman. A Chicago, Lois Lane reçoit la visite à l'hôtel où elle séjourne d'une reporter du "Daily Star" qui l'interroge sur le rôle d'ambassadeur de la Terre endossé par Superman.

En alternant les scènes se déroulant sur le champ de bataille de Mongul contre Superman en présence de plusieurs émissaires des planètes unies et celles dans la rédaction du "Daily Star", le récit écrit par Brian Michael Bendis évite tout ennui ou phénomène de saturation chez le lecteur. En effet, on a à la fois droit à un affrontement épique entre le héros et son adversaire, qui comble les amateurs d'action, et à un débat issu des récentes révélations de Clark Kent sur sa véritable identité.

Le procédé est efficace et permet à Bendis de faire répondre des moments en apparence détachés. Mais en vérité, il s'agit de confiance : celle placée en Superman. Par les dignitaires de l'organisation des planètes unies, qui d'abord effrayés par Mongul considèrent que l'arrivée de ce dernier est imputable à Superman (selon le principe que les héros attirent les ennuis). Et par les journalistes qui estiment que Clark Kent a trompé le monde et leur profession depuis des années en cachant qu'il était Superman.

Bendis évite habilement d'infliger trop de pages d'affilée au combat, ce qui aurait lassé même les plus fervents fans de bourre-pifs, mais aussi trop de pages de dialogues entre journalistes, ce qui aurait ennuyé ceux qui n'apprécient pas les échanges trop fournis et trop théoriques.

Au coeur de l'épisode, surtout, le scénariste glisse une vraie mine avec ce fameux mail contenant la vidéo (filmée par qui ? envoyée par qui ?) lors de la fondation de l'organisation des planètes unies. Superman s'auto-proclame représentant des terriens dans ce concert des nations cosmiques et cela pose question : en effet, de quel droit s'arroge-t-il ce titre ? Il le fait sans avoir consulté personne sur Terre, et surtout sans être lui-même un terrien de naissance.

On peut légitimement s'interroger, même si Bendis allège tout ça avec quelques pointes d'humour bienvenues. Si on ne peut guère suspecter Superman de vouloir jouer un rôle politique unilatéral, si sa bonne foi et ses états de service pour notre planète parlent pour lui, il n'empêche que son attitude a été bien cavalière. En revenant là-dessus, Bendis rend le personnage plus ambivalent, sans doute par excès de zèle plus que par ambition, et finalement sa décision de "sortir du placard" prend une dimension plus trouble (aurait-il prémédité son coup pour occuper une fonction sans en référer à personne ?). Pour préparer la suite de l'affaire, Bendis convoque Lana Lang, amie d'enfance de Clark Kent et reporter au sein d'un journal concurrent du "Planet", ce qui est malin.

L'épisode est aussi fabuleux par sa puissance visuelle et on est ébloui chaque mois par les prouesses graphiques d'Ivan Reis. A la fin de sa prestation sur Green Lantern (écrit alors par Geoff Johns) avec le feu d'artifices que fut Blackest Night, il semblait avoir atteint le pic de son art. Impression confirmée par la suite plus laborieuse : une poignée d'épisodes d'Aquaman, un passage peu concluant sur Justice League, puis Justice League of America... Reis semblait à bout de souffle, incapable de renouer avec son brio passé.

Il semble que, comme beaucoup de ses pairs passé sur un event, le brésilien s'y soit brûlé les ailes et s'être investi dans des team-books n'était pas une solution éditoriale pour qu'il rebondisse (le pire ayant été son épisode et demi sur The Terrifics).

Avec Superman, Reis retrouve toute sa superbe. Illustrer le kryptonien doit ressembler pour lui à ce que lui réclamait Green Lantern : il peut y consacrer toute son énergie sans se disperser tout en ne lésinant pas sur les moyens, soutenu par deux encreurs (Joe Prado, Oclair Albert) et un coloriste qui le comprennent parfaitement (Alex Sinclair).

Le résultat est bluffant. L'intensité qu'il confère aux scènes de baston est soufflante, avec une variété dans le découpage et un engagement épatants. Ses doubles pages sont grandioses. Mais quand il doit dessiner des scènes avec une figuration importante, sans super-héros, Reis convainc aussi par son trait expressif, des cadrages appropriés, des effets bien dosés.

Pour tout cela, la série est un régal, parfois inégale parce que le scénario carbure un peu au diesel mais une fois lancée, rien ne l'arrête.