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vendredi 11 août 2023

GUARDIANS OF THE GALAXY #5, de Jackson Lanzing & Collin Kelly et Kev Walker / THE AVENGERS #4, de Jed MacKay et C.F. Villa

 Aujourd'hui, on va changer de méthode à l'occasion des sorties la même semaine des épisodes de Guardians of the Galaxy et de The Avengers, respectivement écrits et dessinés par Jackson Lanzing & Collin Kelly / Kev Walker et Jed MacKay / C.F. Villa. Pourquoi ce tire groupé ? Parce qu'en vérité ces deux séries résument ce qui ne fonctionnent pas dans les team books de chez Marvel, appliquant peu ou prou les mêmes recettes pour des résultats semblables.



Commençons donc par Guardians of the Galaxy #5, du trio Lanzing-Kelly / Walker. Cet épisode  promettait le face-à-face entre les héros et la menace Grootfall. C'est effectivement le cas. Mais est-ce satisfaisant ?


Pas besoin de résumer ce numéro : l'intrigue, ou ce qui en tient lieu, tiendrait sur un post-it, avec les Gardiens enfin rassemblés (dans cette configuration : Peter Quill.Star-Lord, Drax, Gamora, Mantis, Nebula et Rocket Raccoon) qui vont confronter le danger incarné par Grootfall, une sorte d'énorme boule de feu et de bois ayant l'apparence de Groot et qui dévaste tout sur son passage.


Dans le précédent épisode, Star-Lord réussissait à entrer en contact avec une des émanations de Groot qui lui commandait de réunir l'équipe si elle voulait avoir une réponse concernant Grootfall. Rocket réintégré, on pouvait donc légitimement attendre des révélation. Peine perdue. Jackson Lanzing & Collin Kelly répètent le même procédé depuis le début de leur run avec une narration décompressée à l'extrême, de l'action spectaculaire mais uniquement là pour retarder l'échéance et une caractérisation sommaire (tous les personnages sans exception tirent une gueule d'enterrement, s'expriment de manière laconique et interagissent au minimum).
 

Le dessinateur Kev Walker est un excellent artiste, aguerri, mais qui dispose visiblement d'un script sommaire et il est donc logique de voir dans ce numéro un nombre abondant de doubles pages destinés à montrer soit un groupe de personnages réunis dans un même lieu, soit la démonstration d'une puissance dévastatrice dans l'espace face à laquelle les personnages ne semblent en aucune manière capable de faire quoi que ce soit. 


On passe à The Avengers #4 qui s'avère étonnamment ressemblant sur le fond et la forme à Guardians of the Galaxy. Les deux séries ont d'ailleurs été relancées quasiment au même moment et il est commode d'y voir une uniformisation de la production chez Marvel, même si, à la base, la série de Jed MacKay et C.F. Villa prenait le relais d'un long run par Jason Aaron et que les Avengers sont des personnages beaucoup plus importants commercialement.


Jed MacKay est le scénariste qui monte chez Marvel, suffisamment en tout cas pour que l'éditeur lui confie un de ses titres les plus exposés. Pourtant, jusqu'à présent, il a surtout écrit des héros mineurs comme Black Cat ou Moon Knight. Mais il s'est engagé dans une histoire à la démesure des Avengers, convoquant Kang le conquérant et de mystérieux nouveaux vilains inédits à la puissance de feu considérable. Un paradoxe en soi car comment de tels adversaires ont pu ne jamais être remarqués auparavant ?


C.F. Villa est comme MacKay quelqu'un qu'on n'attendait pas sur un pareil blockbuster puisque, jusqu'à présent, lui aussi s'est illustré sur des titres de seconde main (dont Black Cat de MacKay) ou comme doublure (sur X-Men de Gerry Duggan, où il suppléait Pepe Larraz en alternance avec Javier Pina). Il fait parler la poudre avec, comme Kev Walker, un nombre élevé de splash-pages pour démontrer que les affrontements sont dantesques et les héros malmenés.


Maintenant, faisons le point sur ces deux épisodes, ces deux séries. En cinq et quatre épisodes, on ne peut pas dire qu'on a beaucoup progressé dans les histoires. Lanzing & Kelly ont été assez malins en situant leur série puisque les Gardiens de la galaxie se sont séparés pendant un an suite à un drame dont on ignore tout - mais qui a un lien évident avec la "mort" de Groot. En même temps, ce genre d'astuce devient une norme chez Marvel depuis plusieurs mois car plusieurs titres (re)démarrent en montrant des personnages complètement minés après une catastrophe qu'on révélera plus tard.

Du côté de Avengers, MacKay prend la suite de Aaron qui avait conclu son run de manière aussi grandiloquente que brouillonne. Comme son prédécesseur, MacKay a composé ses Avengers de façon à en faire un groupe surpuissant, avec de gros calibres comme Captain Marvel, Thor, Scarlet Witch, et des éléments a priori moins imposants mais non négligeables comme Iron Man, Vision, Black Panther ou Captain America (Sam Wilson). Ce qui frappe, comme j'ai déjà eu l'occasion de le souligner, c'est que ce casting évoque immanquablement celui des Avengers du MCU (même si Black Panther et Iron Man sont morts, mais sinon Vision, Scarlet Witch, Captain Marvel, Thor et Captain America/Sam Wilson sont encore actifs). C'est donc comme si désormais le MCU dictait la formation des Avengers, sans possibilité pour le scénariste d'ajouter des éléments surprenants.

Dans les deux cas, les équipes sont donc confrontés à des menaces qui les dépassent nettement. Cela a un objectif simple : entretenir un semblant de suspense auprès du lecteur en tentant de lui faire croire que les héros peuvent être vaincus, voire tués. Mais tout fan un peu expérimenté sait ce que ce n'est qu'un simulacre, une ficelle usée. Justement parce que, d'un côté, les Avengers ne craignent pas grand-chose avec des membres comme Scarlet Witch ou Thor, et, de l'autre, parce que les Gardiens de la galaxie ont affaire à une version de Groot, l'un des leurs (sans compter que le dernier film mettant en scène les Gardiens les a remis sur le devant de la scène, donc il serait idiot de les éliminer dans les comics).

On a beaucoup reproché il y a quelques années à Brian Michael Bendis la longévité de son run sur la franchise Avengers puis sur Guardians of the Galaxy et son système narratif, avec des arcs en six n°, formatés pour les recueils, reprenant parfois les mêmes motifs dramatiques. Il était aussi critiqué pour la force de ses débuts d'histoire qui aboutissaient à des fins décevantes.

Mais peut-on honnêtement dire que ce que que Jed MacKay et Jackson Lanzing & Collin Kelly font mieux ? La narration est encore plus décompressée puisque en cinq et quatre épisodes, l'intrigue n'a rien révélé de consistant, et que les conclusions semblent courues d'avance (victoire et réconciliation).

Graphiquement les deux séries ont des atouts même s'il me semble évident que Guardians... dispose avec Kev Walker d'un artiste plus audacieux et complet que CF Villa. Pour les amateurs d'images qui tabassent, en tout cas, c'est un festin. Mais leurs dessins soulignent surtout par leur aspect grandiloquent la vacuité des récits. Tout ou presque repose sur la force des planches puisque la narration avance lentement.

Je sors à chaque fois de ces séries avec le sentiment que finalement il n'y a pas grand-chose à en retenir. J'ai rarement eu autant l'impression que ce qui était raconté en autant de pages aurait dû l'être en moitié moins de planches. Récemment, je suis revenu sur le run de Jeff Parker - Kev Walker - Declan Shalvey sur Thunderbolts et j'ai commencé la lecture de l'omnibus de ce même titre par Kurt Busiek et Mark Bagley, et je suis saisi par la densité de ces titres par rapport à Guardians of the Galaxy et The Avengers actuellement. Là où Parker et Busiek ne laissaient aucun répit au lecteur, les bombardaient d'informations, soutenus par des artistes déchaînés, MacKay, Lanzing & Kelly donnent la sensation d'en garder énormément sous le pied comme s'ils craignaient que leurs intrigues ne suffisent pas à combler un arc en six épisodes.

Ce constat, je le fais depuis des années maintenant et il reflète, à mes yeux, une faiblesse dans l'écriture. 
Il y a encore du talent dans "la maison des idées" , mais plus autant qu'il y a dix-quinze ans. On pouvait apprécier ou détester ceux qui étaient en place alors, mais au moins il y avait des personnalités fortes, des façons de raconter singulières. Aujourd'hui, j'ai surtout l'impression que les auteurs s'économisent, développent moins de concepts forts, osent moins. Toutes choses qui se traduisent concrètement dans les comics par des équipes de héros sans véritable dynamique de groupe, sans récits qui les marquent durablement.

Visuellement, ce n'est pas mauvais, mais si Kev Walker hérite d'histoires faibles, c'est un gâchis. Et CF Villa aurait dû être testé sur plus de titres, avec des difficultés progressives, pour être vraiment prêt aujourd'hui.

En lisant ces deux séries dont je parle ici, je mesure le malaise. Ce n'est que mon ressenti, peut-être que le Marvel actuel comble la majorité des fans de l'éditeur, et que je dois me contenter de quelques pépites et projets liés avant tout à des scénaristes et artistes stars. Mais quand on a grandi nourri au lait de Marvel, difficile de ne pas faire la moue. J'ignore si j'écrirai encore des critiques de The Avengers et Guardians of the Galaxy : j'ai trop le sentiment de perdre du temps et de l'argent et je n'aime pas noircir des pages pour me plaindre.

jeudi 20 juillet 2023

GUARDIANS OF THE GALAXY #4, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Kev Walker


Il ne faut jamais juger un livre à sa couverture et c'est particulièrement vrai pour ce 4ème n° de Guardians of the Galaxy qui suggère un duel entre Rocket Raccon et Star-Lord sous le regard médusé des autres membres de l'équipe. Et quelque part, c'est dommage qu'on n'ait pas eu droit à ça car ça aurait été plus consistant que ce que proposent Collin Kelly & Jackson Lanzing. Kev Walker est le seul à sauver les meubles.



Séparé des Gardiens de la Galaxie, Rocket Raccon officie comme shérif des étoiles, protégeant des populations dans les territoires du Manifold contre les attaques du Grootfall. Sur une de ces planètes refuges, il accueille un culte dévoué au monstre, persuadé que ses destructions aboutiront à une renaissance pour leurs adeptes...


C'est une grosse déception que cet épisode. D'ailleurs, pour parler franchement, depuis la relance de la série, je ne peux pas dire que j'ai été convaincu par la proposition des scénaristes Collin Kelly et Jackson Lanzing dont je me demande s'ils ne sont pas franchement surcôtés. Moi-même, j'avais placé beaucoup d'espoir en eux, après leurs épisodes sur Green Arrow...
 

Mais depuis, tout ce qui m'est passé entre les mains qu'ils ont signé m'a laissé sur ma fin. Captain America : Sentinel of Liberty valait essentiellement pour le dessin de Carmen Carnero car l'intrigue ne brillait guère par son originalité (et la perspective de les voir relancer Thunderbolts à la rentrée ne me ravit pas). Quant aux Guardians of the Galaxy...


Disons, pour faire simple, que je me demande ce qu'ils attendent pour démarrer vraiment leur histoire, décompressée au possible, et se reposant une fois de plus sur un artiste en feu, ici Kev Walker, et des artifices cosmétiques plus que des idées narratives.

Voilà quatre mois que Kelly et Lanzing parlent de Grootfall sans qu'on sache vraiment de quoi il s'agit, d'où ça vient, comment ça a commencé. Selon une formule répétitive chez Marvel depuis quelque temps, la série a redémarré avec les héros dans une situation de crise. Les Gardiens se sont désunis, l'ambiance est morose, et désormais ils sont déguisés comme un cowboy (Star-Lord), une chanteuse de saloon (Mantis), une chasseuses de primes (Gamora), un barbare (Drax) et Nebula est devenue un robot. Pourquoi ? Là encore : mystère.

Mais bon, après tout, pourquoi pas si l'histoire est prenante ? Sauf qu'elle ne l'est pas. Ces quatre épisodes sont trop décompressés, et abusent de scènes inutiles, sans enjeux, sans intensité, alors que, dans le même temps, les deux auteurs veulent nous convaincre qu'une menace terrible (et effectivement visuellement impressionnante) mobilisent les héros. Cette contradiction aboutit à une lecture laborieuse, ennuyeuse, sans nerf, sans rythme, totalement à l'opposé de qu'on est censé ressentir.

Star-Lord et compagnie vont ici et là pour prévenir de la menace du Grootfall sans éviter la catastrophe. Il faut dire qu'ils sont particulièrement mous, comme si la bataille était perdue d'avance, et leur côté badass n'y fait rien. On a l'impression qu'ils sortent d'un bal costumé et n'ont plus l'énergie pour convaincre les foules de les écouter.

Est-ce que ça allait un peu bouger avec Rocket Raccoon, son mauvais caractère, sa proximité avec Groot ? Pas vraiment. L'épisode n'est pas avare en splash-pages, grandioses, et Kev Walker tient la baraque avec un talent fou. Lui nous en donne pour notre argent, mais j'imagine que le script qu'il reçoit chaque mois ne doit pas l'assommer d'indications scéniques et qu'il a donc tout le loisir de meubler comme il en a envie. Tout ça ressemble à un pastiche  de la "Marvel's way" imaginée par Stan Lee où les artistes recevaient un vague plan que le dessinateur mettait en images avant que le scénariste ne revienne pour écrire les dialogues.

Mais Stan Lee, contrairement à Kelly et Lanzing, était un dialoguiste plein de verve, alors que là on a droit une voix off indigne de Rocket Raccoon, sans vitalité, avec des figurants fantomatiques (ce fameux culte) et une action (ou plutôt une inaction) exaspérante. Je ne spoile rien d'important en vous révélant qu'à la fin Rocket et les autres Gardiens sont réunis et vont devoir retravailler tous ensemble car la version de Groot avec laquelle Star-Lord a communiqué dans l'épisode précédent les a convoqués pour s'expliquer.

Ce sera donc un quitte ou double que ce cinquième et prochain numéro : soit Kelly et Lanzing sortent de leur chapeau de space cowboy quelque chose qui me motivera à poursuivre l'aventure, soit - et ce malgré Kev Walker - j'en resterai là parce que payer 3,99 $ pour si peu à lire, c'est vraiment abusé. Marvel file un mauvais coton : entre faire mourir des personnages pour les ressusciter (sous une nouvelle forme) à peine quelques mois plus tard, répéter ad nauseam les mêmes gimmicks pour relancer des séries, annoncer des refontes de franchises, confier des séries-phares à des auteurs moyens, tout ça n'est vraiment pas bandant.

vendredi 23 juin 2023

GUARDIANS OF THE GALAWY #3, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Kev Walker


Guardians of the Galaxy #3 avait le devoir de redresser la barre après un précédent épisode un peu creux. Collin Kelly & Jackson Lanzing répondent présent et se concentrent sur Star-Lord et Drax tout en progressant dans l'intrigue concernant Grootfall. Kev Walker illustre ceci avec maestria. Une belle reprise en main.


Invité par sa soeur, qui trône sur Spartax désormais, à participer à une chasse avec le Capitaine Saggitar, Peter Quill arrive sur une planète stérilisée en compagnie de Drax. Mais la situation dégénère quand une manifestation du Grootfall entre en contact avec Quill alors que Sagitttar ne pense qu'à ses trophées...


Les sollicitations de Marvel pour le mois de Septembre viennent de tomber au moment où je rédige cette critique et ont révélé que le fin mot sur le mystère Grootfall serait dévoilé à la rentrée dans Guardians of the Galaxy #6. C'est bien : on n'aura plus à attendre très longtemps.


Et déjà dans ce n° 3, on commence enfin à voir apparaître quelques indices quand Collin Kelly & Jackson Lanzing entraînent deux des membres des Gardiens dans une chasse organisée par le capitaine Sagittar et à laquelle la soeur de Peter Quill lui a demandé de participer.


Peter Quill s'y rend en traînant les pieds, moins intéressé par la chasse que soucieux d'avertir le représentant de Spartax de l'arrivée du Grootfall et de la menace planétaire qu'il représente. Encore une fois, comme le mois dernier, il va se heurter à un interlocuteur qui se fiche du danger.

L'épisode ne traîne pas et se déploie en une seule séquence (ou presque) au cours de laquelle, rapidement, Drax est effaré par le spectacle du capitaine Sagittar et de sa troupe qui chasse moins qu'il ne massacre des animaux, armés de fusils surpuissants face à une faune piégée par des androïdes rabatteurs.

Pour qui n'aime pas la chasse dans la réalité, l'épisode ne prend pas de gants et renvoie ses pratiquants à des individus moins soucieux de l'équilibre environnemental (comme certains prétendent l'être) qu'à des individus vaniteux aimant montrer leur supériorité et afficher sans complexe leur cruauté. Ce n'est pas subtil, c'est même très manichéen mais efficace.

Puis quand les chasseurs sont face à une manifestation du Grootfall, les esprits s'échauffent. Star-Lord saisit cette occasion pour lâcher la bride à Drax qui, tous couteaux dehors, saignent quelques chasseurs pendant que son acolyte tente d'entrer en contact avec la créature, convaincu qu'au fond d'elle subsiste encore Groot. L'évocation de Rocket Raccoon dans le dialogue qui suit annonce déjà le retour du raton-laveur au premier plan et amorce aussi une explication quand à son absence dans l'équipe.

On pourrait facilement taxer les auteurs d'opportunisme en s'alignant sur le film encore en salles et au coeur duquel se trouve Rocket. Mais en vérité, la version des Gardiens par Kelly et Lanzing est tellement différente de celle de Gunn qu'il n'est pas raisonnable de leur adresser ce reproche (sauf à faire preuve de beaucoup de mauvaise foi). Les dernières pages de l'épisode rappellent aussi que le Star-Lord qu'animent les scénaristes prolonge celui qu'a transformé profondément Al Ewing dans son run en en faisant un être très puissant.

Kev Walker produit des planches spectaculaires à souhait et la pleine page (ci-dessus) où on découvre la manifestation du Grootfall est superbe, inquiétante et grandiose. La manière dont il découpe le dialogue qui se noue entre Quill et la créature est aussi magistrale.

Pendant longtemps, je n'étais pas un grand fan du travail de Walker que je trouvais un peu trop brut à mon goût. Mais c'est un dessinateur que j'apprends à apprécier de plus en plus. Il n'est pas aisé de lui trouver quelqu'un à qui le comparer, de deviner ses influences. Mais toutefois, en faisant un effort en ce sens, c'est, je crois, à Mike Mignola qu'il me fait le plus penser.

Comme le créateur de Hellboy, il y a chez Walker une identité graphique très forte. Il ne cherche pas à plaire à tout prix et on peut même dire que cela passe d'abord par sa manière d'aborder les personnages, hors de tout réalisme académique. Là où, comme Mignola, Walker est très fort, c'est dans l'aspect organique de son dessin : remarquez comment il trace à main levée les contours de ses cases, un peu tremblants. C'est presque rafraichissant au moment où beaucoup d'artistes s'inquiètent à raison d'être supplantés par des Intelligences Artificielles (et Marvel vient de franchir une sorte de ligne rouge en créant le générique de la série Secret Invasion sur Disney + à partir d'instructions données à un ordinateur, ce qui a été vécu comme une insulte, légitime, par les créateurs).

Ce volume de Guardians of the Galaxy n'est pas gai, et les deux scénaristes à la barre ne sont visiblement pas là pour écrire un arc au terme duquel tout va s'éclaircir, s'illuminer. En situant leur intrigue un an après un événement qui a remodelé profondément l'équipe, ils préviennent le lecteur que ce qui a dû se passer est grave. Et même si, pour l'instant, le résultat est un peu inégal, il pique notre curiosité.

jeudi 25 mai 2023

GUARDIANS OF THE GALAXY #2, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Kev Walker


Ce deuxième épisode de Guardians of the Galaxy est sorti la semaine dernière mais je l'avais mis de côté après été voir Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 de James Gunn. Je voulais le lire à tête reposée sans penser au film. Collin Kelly et Jackson Lanzing se démarquent nettement de ce qu'a fait James Gunn et même des autres auteurs sur la série avant, tout comme visuellement Kev Walker apporte une vision singulière. Mais ça n'empêche pas quelques reproches...


Star-Lord et Mantis rencontrent Krakeen Toreth, un ami de longue date de Peter Quill à qui il remet un message provenant de Spartax. Les deux Gardiens évoquent la menace de Grootfall. Mais Krakeen refuse de déplacer ses troupes face à l'ennemi. Ennemi qu'abordent Nebula et Gamora pour lui voler du Mysterium...


Le mois dernier, la relance de Guardians of the Galaxy en mode western cosmique a pu dérouter mais il faut reconnaître que Collin Kelly et Jackson Lanzing nous embarquaient dans une histoire intrigante menée tambour battant, qui tranchait avec tout ce qu'on avait lu avec ces personnages.


On était donc en droit d'espérer que l'épisode de ce mois-ci allait en dévoiler un peu plus sur plusieurs points : qu'était-il arriver à Groot ? Où était passé Rocket Raccoon ? Que faisait Nebula dans l'équipe ? Pourquoi Mantis en faisait-elle à nouveau parti ? C'est donc assez légitimement qu'on est déçu et frustré que les deux scénaristes ne proposent rien de tel.


En effet, au lieu de ça, on a droit à un épisode qu'on peut facilement juger dispensable puisqu'il ne fait pas progresser l'histoire d'un iota, ne dévoilant rien des mystères montrés dans le premier numéro. Comme si, déjà, les auteurs tiraient sur la corde, gagnaient du temps. Un comble.

Pourtant, il serait injuste et précipité de s'emporter car en examinant les sollicitations pour les prochains épisodes (les annonces des publications Marvel pour Août prochain sont tombées), on se rend compte que tout a l'air de bouger et donc nous devrions être bientôt affranchis sur ce que Kelly et Lanzing ont concocté.

Pour l'heure donc, on a droit à un épisode en narration parallèle avec, d'un côté, Peter Quill, accompagné par Mantis, qui avertit un vieil ami, Krakeen Toreth de la menace de Grootfall et lui conseille de quitter les positions qu'il tient avec ses troupes militaires s'ils ne veulent pas être détruits. De l'autre, Nebula entraîne Gamora chez les ennemis de Krakeen, moins pour les convaincre de s'en aller eux aussi que pour leur dérober du Mysterium qu'elles comptent revendre pour s'approvisionner en carburant.

Sur cette deuxième partie, les lecteurs de SWORD se rappelleront du Mysterium, ce minerai découvert par l'équipe d'Abigail Brand, dans la série éponyme d'Al Ewing et Valerio Schiti, et qui assure une nouvelle fortune aux mutants. On est dans la configuration d'un hold-up mené par deux femmes qui n'hésitent pas à tuer quiconque se dresse sur leur chemin pour récupérer ce qu'elles convoitent. La représentation de leur violence est atténuée par les dessins de Kev Walker qui forcent les expressions et expédient la bagarre dans des planches découpées volontairement grossièrement. Il ne cherche pas à rendre les deux héroïnes séduisantes, d'ailleurs Nebula n'a plus grand-chose d'humain comme ses adversaires.

Dans la première partie, Star-Lord et Mantis font face à Krakeen qui a l'aspect d'un homard rouge imposant. Là encore, Kev Walker a recours à un design qui empêche toute identification pour le lecteur et en conséquence lui fait prendre fait et cause pour les deux Gardiens. Quand le ton monte, on espère que les héros s'en sortent et tant pis pour le militaire ami de Peter Quill.

Ceci pris en compte, reste qu'on ne saisit pas vraiment l'utilité toute simple de consacrer un épisode à une mission de sauvetage qui tourne court ou au vol d'un minerai précieux et rare, surtout face à des individus qu'on n'a jamais vus auparavant et qu'on ne reverra jamais après. Au contraire du village où sont intervenus les Gardiens le mois dernier, on se fiche totalement du sort auquel se condamnent ces deux camps en guerre dans un coin perdu de l'univers. Grootfall peut bien les détruire que ça n'empêchera personne de dormir.

A cet égard, la situation de Drax, qui refuse de suivre une ou l'autre des délégations des Gardiens, et n'intervient que pour couvrir ses amis quand ils regagnent leur vaisseau sous les tirs des deux belligérants, traduit bien le sentiment du lecteur, spectateur d'une histoire dont il se fiche éperdument.

In fine, le seul élément qui justifie cet épisode est peu mis en valeur et on pourrait même l'oublier complètement si la dernière page ne nous le rappelait pas. Krakeen remet à Star-Lord un courrier provenant de Spartax (la planète de son père) et à la toute fin donc, on voit Quill le lire et prendre un air inquiet. Mais là aussi, Lanzing et Kelly, inexplicablement, ne nous en disent pas plus, on ignore la teneur du message, et donc la raison de l'inquiétude de Star-Lord (même si on devine que c'est en lien avec Grootfall, mais ce n'est qu'une hypothèse étant donné que Spartax n'est pas du tout dans le secteur où les Gardiens attendent Grootfall).

On n'est donc pas loin de l'épisode pour rien. Ou du moins d'un épisode pour quelque chose mal mis en scène et qui ne justifiait pas vingt pages même mouvementées. On va donc espérer que le prochain numéro sera plus consistant et plus en relation avec la transformation terrifiante de Groot.

jeudi 13 avril 2023

GUARDIANS OF THE GALAXY #1, de Jackson Lanzing & Collin Kelly et Kev Walker


Deux ans après leur dernière série (pilotée par Al Ewing et Juann Cabal) et alors que le dernier volet de la trilogie que leur a consacrés James Gunn au cinéma est sur le point de sortir, Marvel relance Guardians of the Galaxy. Jackson Lanzing & Collin Kelly, les scénaristes qui montent chez l'éditeur, sont aux commandes de ce septième volume du titre, accompagnés au dessin par Kev Walker. Une reprise accrocheuse mais aussi très révélatrice de ce que produit la "maison des idées" actuellement...


Les Gardiens de la Galaxie (formés de Star-Lord, Gamora, Mantis, Nebula et Drax) évacuent la ville de Solitude sur la planète Galilée IV. La situation est tendue car l'endroit est menacée par l'arrivée d'une menace bien connue de héros : leur ami Groot a subi une effrayante transformation...


Le run de Al Ewing et Juann Cabal s'était achevé sur un sentiment d'inachevé, et Marvel a été sage de se donner du temps avant de relancer Guardians of the Galaxy, qui, depuis Brian Michael Bendis (qui, quoi qu'on en pense, en a fait un titre populaire), a accumulé des périodes peu convaincantes (à commencer par les épisodes désastreux de Donny Cates).


L'imminence de la sortie en salles de Guardians of the Galaxy vol. 3 de James Gunn (le 3 Mai en France) a donc motivé cette relance. Il s'agit quand même de la septième série de comics consacrée aux héros de l'espace, qui ont connu diverses compositions, et un vrai renouveau grâce à Dan Abnett et Andy Lanning.
 

Qui allait s'y coller cette fois, sinon les deux scénaristes qui montent chez Marvel ? J'ai nommé Jackson Lanzing et Collin Kelly, déjà aux manettes de Captain America : Sentinel of Liberty actuellement. Et leur approche en a dérouté plus d'un quand les previews ont circulé.

Car, dès la couverture (signée Marco Checchetto), l'ambiance faisait plus penser à un western qu'à un space opera. Avec son stetson et son long manteau, Star-Lord ressemble à un cowboy tandis que Mantis évoque une chanteuse de saloon. Drax, lui, est déguisé comme un néo-Conan. Vous remarquerez qu'on ne voit pas Rocket Raccoon : normal, il n'apparaît pas dans ce premier épisode (et les scénaristes entretiennent le mystère pour la suite).

Parfois ce genre de relooking extrême permet à une série de retrouver des couleurs et on espère que Lanzing et Kelly confirmeront les bonnes dispositions qu'ils affichent dans ce démarrage accrocheur. D'autant qu'ils sont soutenus par un dessinateur expérimenté, qui a déjà évolué dans ce registre (sur War of Kings et Realm of Kings, deux sagas à laquelle les Gardiens de la Galaxie prirent part du temps de Abnett et Lanning) et qui a pas mal roulé sa bosse sur d'autres titres ensuite (Avengers période Hickman, Doctor Strange version Waid...).

Je n'ai pas toujours été un grand fan de Kev Walker dont je trouvai le trait grossier, en particulier sur Avengers Arena (dont le pitch ne me plaisait pas davantage). Il n'évolue pas dans un style réaliste classique, il a une sensibilité plus proche d'artistes comme Chris Bachalo, Humberto Ramos et Mike Mignola dans la mesure où il ne cherche pas à flatter à tout prix l'oeil du lecteur et à rendre les personnages qu'il anime attrayants.

Mais il y a chez lui une indéniable énergie et, ce qui n'est pas négligeable, une régularité. Depuis Doctor Strange : Surgeon Supreme (écrit par Waid), il me semble qu'il a un peu simplifié son dessin pour le rendre plus lisible et efficace, tout en conservant son aspect anguleux et fouillé. Dans le cadre western donné à la série par Lanzing et Kelly, on pense aussi maintenant à l'influence de Jean "Moebius" Giraud et Jean-Claude Mézières, les deux artistes les plus marquants quand il s'agit de représentation de paysages empruntés à ce genre (de Blueberry à Valérian en passant par Arzach). Et pour ne rien gâcher, c'est Matt Hollingsworth qui colorise tout ça avec le brio qu'on lui connaît : le découpage direct de Walker permet à ce collaborateur aguerri de prouver à quel point sa palette est nuancée.

Néanmoins, sans jouer les rabat-joie, ce relaunch de Guardians of the Galaxy résume bien une tendance actuelle des comics Marvel. Déjà éprouvé sur Amazing Spider-Man par Zeb Wells et John Romita Jr. ou Invincible Iron Man de Gerry Duggan et Juan Frigeri, le principe est ici le même : on commence par renouer avec les héros dans une situation très différente et beaucoup plus dramatique que celle où on les avait laissés. Dans tous les cas, ce sont des personnages qui ont beaucoup, voire tout perdu, et qui ne vont pas bien, dont les relations avec les autres (leurs amis, leur famille, leurs partenaires) sont tendues.

On ignore ce qui s'est passé, comme ici quand un gamin demande ce qui est arrivé aux Gardiens. Et les auteurs gardent le mystère un certain temps, assez pour intriguer le lecteur, mais pas trop pour ne pas le lasser. Evidemment, ce procédé est risqué car si la raison pour laquelle les héros sont dans cet état n'est pas à la hauteur des attentes, la déception sera grande chez les fans. Ici, Lanzing et Kelly donnent déjà un début de réponse (avec ce qui est arrivé à Groot) mais sans entrer dans les détails (comment est-ce arrivé ? Et comment cela explique-t-il le climat tendu entre les Gardiens ? Et enfin où est Rocket Raccoon, le plus proche ami de Groot ?).

Cela distingue Marvel de DC, chez qui, actuellement, la mode consiste à produire des séries mettant en avant la luminosité, la positivité des héros, après Dark Crisis (et plus généralement des années d'histoires sombres). Marvel préfère miser sur des nouveaux départs mal engagés (comme ce qu'on appris récemment avec les Fantastic Four, bannis de New York) et donc raconter le parcours que devront effectuer les héros pour remonter la pente. Deux salles, deux ambiances donc. Mais l'avantage, c'est que, au moins, il y a le choix.

jeudi 25 mars 2021

GUARDIANS OF THE GALAXY #12, de Al Ewing et Juann Cabal


Ce douzième épisode de Guardians of the Galaxy marque nettement la fin d'un cycle, c'est la conclusion d'une "saison" (comme on le dit pour une série télé). Al Ewing a, mine de rien, reconfiguré le titre et l'équipe, de manière inégalement inspirée, mais avec beaucoup de bonne volonté. Juann Cabal fait ses adieux à la série qui en a fait une star, en produisant une nouvelle fois des planches ahurissantes.


Les Olympiens affrontent les Gardiens de la galaxie. Zeus s'en prend à Peter Quill qui les avait exilés dans une dimension parallèle en se sacrifiant. Mais qui les en a sortis en ressucitant. Cette fois, les dieux entendent bien avoir leur revanche en éliminant tous ceux qui se dresseront sur leur passage.
 

Leur vaisseau détruit par Zeus alors qu'ils atterrissaient pour se préparer à la bataille, Rocket et Hercule ont échappé à la mort grâce à Marvel Boy qui les a isolés dans une bulle temporelle. Rocket a sauvé un morceau de Groot que le Prince du Pouvoir réussit à faire croître.


Surplombant les affrontements, Athéna comprend que ses pairs sont en difficulté. Moondragon ne doit son salut qu'à l'intervention de Phyla-Vell qui l'aide à invoquer le Dragon de la Lune. La bataille bascule alors en faveur des Gardiens de la galaxie.


Noh-Varr, Moondragon et Star-Lord unissent leurs pouvoirs, après que les dieux aient été terrassés, pour renvoyer Zeus et Athéna dans une dimension déserte. Le Super-Skrull et son armada arrivent lors pour annoncer à Nova que le Conseil Galactique dissout l'équipe...

Dans l'existence éditoriale des Guardians of the Galaxy, on peut distinguer quatre époques. La première a vu la naissance du titre créé par Roy Thomas en 1969. La deuxième en 2008 quand Dan Abnett et Andy Lanning le relance lors de la saga Annihilation. La troisième en 2012 lorsque Brian Michael Bendis le reprend en main. Enfin la quatrième en 2014 avec l'adaptation au cinéma par James Gunn. Ces quatre temps montrent comment, depuis une douzaine d'annéesl es Gardiens de la Galaxie sont devenus une équipe qui compte chez Marvel.

Les fans adorent l'ère Abnett-Lanning, mais sans Bendis la popularité de ces héros n'aurait pas été suffisante pour avoir les honneurs du grand écran. Jusqu'en 2017, Bendis portera la série, son dernier grand run sur un titre Marvel, avec une formation proche de celle des films de James Gunn.

Hélas ! après Bendis, la succession n'a pas été très satisfaisante : Gerry Duggan a fait ce qu'il a pu et a surtout convaincu dans des épisodes auto-contenus ; Donny Cates a animé le titre pendant un an sans éclat. Al Ewing, auréolé de son succès sur Immortal Hulk, avait fort à faire pour redresser le cap mais il pouvait compter sur un dessinateur qui allait transcender ses scripts, Juann Cabal. Toutefois, l'artiste s'investissait tellement dans ses planches qu'il ne pouvait tenir un rythme mensuel et, quand il était absent, on constatait que ce n'était plus tout à fait la même chose.

Cependant, on ne peut pas retirer le mérite d'Ewing dans l'entreprise. Il a hérité d'une série dont il n'avait pas choisi le casting et de choix opérés par ses prédécesseurs (comme le fait que Groot pouvait désormais s'exprimer normalement). Il a composé, et plutôt bien, même si comme Cates, il a aussi échoué à faire vivre, à donner corps à certains personnages (Phyla-Vell en particulier). En revanche, il a durablement transformé des héros emblématiques (comme Star-Lord) et achève cette "saison" 1 sur un nouveeau statu quo, qui rétablit une crédibilité au titre même de gardiens de la galaxie.

Même si Ewing a parfois consacré des épisodes à des intrigues sans grand intérêt (la confrontation du groupe de Gamora et celui de Nova) ou dû faire de la place à un event (comme King in Black, de... Donny Cates), l'ensemble de son run a été écrit avec un fil rouge, celui des Olympiens, le panthéon des dieux grecs revenus dans notre univers pour y imposer leur ordre. Tout a démarré et se termine avec eux. On peut déplorer que Ewing n'ait pas développé un peu plus ces méchants, surtout en incorportant à l'équipe des Gardiens Hercule, le fils de Zeus, mais quand ils les a mis en scène, cela a donné des épisodes épiques, où la dimension sacrificielle,, jusqu'au-boutiste des deux camps électrisait la narration.

Ce douzième épisode est donc une grande bataille qui aurait mérité un épisode de plus pour montrer tous les personnages, donner plus de place et d'intensité au combat. Mais Ewing avait, semble-t-il, à coeur de conclure sur ce qui aurait dû être un numéro anniversaire (la parution de la série ayant été décalée au Printemps 2020 quand la crise sanitaire a commencé). Je pense que le scénariste a fait le choix de se cocnentrer sur ses héros favoris, ceux qu'il a vraiment mis le plus en avant dans son run, à savoir le trio Peter Quill/Star-Lord, Noh-Varr/Marvel Boy et Heather Douglas/Moondragon.

Ce sont ces trois-là qui, en effet, font la différence dans l'affrontement contre les Olympiens et Juann Cabal leur consacre lui aussi ses plus beaux efforts avec une fois encore une invention dans le découpage, la représentation des pouvoirs, la valeur des plans, sidérants. L'artiste espagnol et son coloriste Federico Blee sont déchaînés et quittent la série sur une note magistrale. Même si les décors sont réduits au strict minimum (mais l'arêne de la bataille n'est qu'un caillou désertique, stratégiquement choisi pour qu'il ait un minimum de dégâts collatéraux), on apprécie comment Marvel Boy sauve Rocket et Hercule, comment Moondragon réussit à prendre le dessus sur son adversaire, puis comment Star-Lord règle son compte à Zeus. Il y a là un côté David contre Goliath tout à fait jubilatoire et in fine, c'est l'esprit d'équipe qui a raison des plus forts.

Mais boucler une "saison", c'est aussi préparer la suivante. Je préviens tout de suite que je ne poursuivrai pas la lecture de cette série, à cause du départ de Juann Cabal qui m'a fait rester quand je doutais de la progression de la série écrite par Ewing. Juan Frigeri va le remplacer et je ne trouve pas qu'on y gagne au change. Ajoutez à cela que je crains que Ewing ne s'engage dans une direction trop ambitieuse...

Je suis obligé de spoiler à partir de maintenant, donc, arrêtez-vous là si vous n'avez pas encore lu l'épisode ou que vous ne consultez pas les news ses sites spécialisés ou des forums sur les comics.

Donc, à la toute fin de ce numéro, une fois la victoire contre les Olympiens acquise, le Super-Skrull et toute une armada débarquent et annoncent à Nova que le Conseil Galactique a décidé la dissolution des Gardiens de la Galaxie. Ewing écrit ça proprement en soulignant que les membres de l'équipe sont tous des marginaux, des vétérans de guerre, souffrant tous de problèmes mentaux, avec parfois des casiers judiciaires bien remplis, ne répondant de leurs actes à aucune autorité. Ce n'est plus supportable.

A  moins qu'ils ne se réforment, en profondeur. Une ellipse a alors lieu et trois mois plus tard, Nova répond à une alerte et les Gardiens de la Galaxie repartent au combat. Une pleine page, la dernière de l'épisode, nous dévoile alors l'équipe au grand complet (ou presque) et on remarque alors qu'il ne s'agit pas d'une simple brigade mais bien d'un petit régiment. Pour qui a lu les annonces de Marvel et les solicitations pour Avril, le plan du scénariste est bien d'avoir à disposition non pas une mais deux, voire trois équipes, et donc une flopée de personnages, de tous horizons.

Cela m'a rappelé les Avengers de Hickman, une petite armée, capable d'agir sur un plan cosmique, avec des mutants, des Shi'ar, des dieux, des surhommes, etc. Mais je suis plus perplexe ici parce que Ewing a déjà eu du mal à animer les Gardiens en formation serrée durant douze épisodes, privilégiant ostensiblement un ou deux personnages au détriment des autres, alors imaginez une vingtaine. Si le scénariste fait des merveilles avec SWORD, c'est parce qu'il emploie chacun de ses membres selon leur spécialité, c'est un groupe d'experts, avec des doublures et des adjoints, mais le coeur du SWORD tient en six protagonistes. Plus on dirige des personnages, plus on risque d'en négliger, et un épisode ne fait que vingt pages. Ecrire, c'est forcément choisir, et là, Ewing prend le chemin inverse : je lui souhaite de réussir, mais c'est un pari excessivement casse-gueule qu'il fait.

Cela dit, ces douze numéros se lisent comme un ensemble cohérent et solide. Marvel (et Panini) serai(en)t inspiré(s) de sortir un jour un recueil de ces douze épisodes, qui permettrait d'apprécier cet acte I des Guardians of the Galaxy selon Ewing (et Cabal).

jeudi 18 février 2021

GUARDIANS OF THE GALAXY #11, de Al Ewing et Juann Cabal


Ce onzième épisode de Guardians of the Galaxy est l'avant-dernier avant un changement d'envergure de la série. En effet, Al Ewing, en Avril, avec le n°13, a décidé de change de dimension (mais j'y reviendrai). Il y a donc une ambiance de fin d'époque, de veillée d'armes et c'est précisèment de cela dont il est question ici. Juann Caball est de la partie (avant de, lui aussi, partir pour d'autres aventures).


Nova est en contact visio avec son psychothérapeute. Il se prépare à une nouvelle bataille d'envergure, contre les Olympiens, comparable à la vague d'Annihilation, qui fut l'acte de naissance des Gardiens de la Galaxie. Interrogé sur ses alliées, et Star-Lord en particulier, Nova est perplexe.


C'est ce moment que choisit Gamora pour débarquer. Elle est furieuse, venant juste d'apprendre que Peter Quill était revenu d'entre les morts, et elle lui flanque une raclée. Néanmoins elle a emmené avec elle des renforts.
 

Du côté de Moondragon et Phyla-Vell, ce n'est pas non plus l'allègresse. Phyla ne reconnaît plus sa femme depuis quelque temps déjà et Heather Douglas ne sait pas comment la rassurer. Les deux femmes sont divisées au pire moment.


Enfin, c'est au tour de Rocket, Marvel Boy, Hercule et Groot d'entrer en scène. C'est aussi quand les Olympiens ouvrent les hostilités en promettant à Star-Lord une mort douloureuse pour lui et ses alliées...

Revenons donc d'abord sur ce qui s'annonce pour le mois d'Avril pour la série. Al Ewing semble avoir construit ces douze premiers épisodes comme la saison 1 de son run. Le mois prochain aura donc lieu la bataille, épique par avance, entre Olympiens et Gardiens de la Galaxie, le climax de cette saison 1. Ensuite, le scénariste a vu les choses en grand : l'équipe va énormément grossir au point de former deux groupes (peut-être même trois), avec de nouvelles têtes et des anciennes. De quoi faire des Gardiens "les Avengers de l'espace", selon la formule d'Ewing lui-même (c'est marrant : quand Bendis avait parlé de faire des Gardiens des "cosmic Avengers", beaucoup avait poussé des cries d'orfraie, mais aujourd'hui, Ewing parle de "space Avengers" et ça passe crême...).

Logiquement, ce onzième numéro est une veillée d'armes et l'ambiance est au diapason. C'est l'heure des bilans, des règlements de compte, des retrouvailles. Bientôt ce sera la guerre contre des dieux en colère.

Ewing passe donc en revue, de manière assez mécanique, les états d'âme de ses héros. Nova lui/nous sert de guide tout en parlant, à distance, avec son psy : Richard Ryder, on l'a vu précédemment, souffre de syndrome post-traumatique, il a traversé beaucoup d'épreuves et s'interroge sur sa capacité à en vivre d'autres. En même temps, il est devenu le trait d'union entre des Gardiens désormais éclatés en plusieurs groupes et culpabilise suite au décès de Star-Lord, qui vient de réapparaître.

Peter Quill, pour faire court, est carrément à l'Ouest depuis son retour. Désormais investi de pouvoirs quasi-divins, il est hanté par son séjour dans une dimension parallèle et l'évolution qu'il y a connue. Gamora vient d'apprendre son retour et elle n'est pas contente : la dernière fois qu'elle a vu Quill, il lui avait promis de rester avec elle, loin des ennuis. Il a menti et, par-dessus le marché, l'a trompé durant son "absence".

Moondragon et Phyla-Vell sont elles aussi sur les charbons ardents. Phyla ne reconnaît plus sa femme depuis qu'elle a absorbé son double d'une terre parallèle et Heather Douglas rechigne à s'ouvrir à se sujet, s'immiscant par contre sans gêne dans l'esprit des autres. C'est la crise dans ce couple aussi.

A en juger par ce qu'on voit dans l'habitacle du vaisseau piloté par Groot, ça n'a pas l'air d'être la joie non plus entre Noh-Varr et Hercule, et Rocket et Groot se font aussi toujours la gueule. 

Bref, au moment d'affronter les Olympiens, les Gardiens sont plus désunis que jamais. L'esprit d'équipe peut-il l'emporter sur leurs tourments personnels ? C'est ce qu'on verra dans le prochain épisode, sans trop de suspense cependant car on sait tous que ce sont dans les moments difficiles qu'on compte ses amis et qu'on dépasse ses propres petits soucis. Et puis Al Ewing a franchement coupé la branche sur laquelle il était assis en annonçant déjà la composition de sa nouvelle équipe pour Avril. C'est ballot mais typique de Marvel qui a tellement peur que des sites spécialisés découvrent leurs plans qu'ils préférent tout dévoiler à l'avance.

L'autre problème, récurrent depuis le début de son run, c'est que Ewing peine vraiment à donner chair à ces personnages. Autant il y parvient, magistralement, dans S.W.O.R.D., autant là on a le sentiment persistant qu'il veut à la fois changer la donne mais en s'y prenant maladroitement, sur un rythme bancal, au gré d'intrigues inégales. Le fil rouge - les Olympiens - est ténu, les coups de théâtre servis à la louche (la "mort" et le retour de Star-Lord). Certains couples sont affreusement mal développés (Moondragon-Phyla-Vell), d'autres semblent n'être que des gags (Hercule-Noh-Varr), d'autres ont été malmenés sans raison (Groot-Rocket, même si c'était déjà le cas avec Donny Cates). Des éléments sont passés à la trappe (Drax, Gamora). Je ne suis pas certain qu'en ajoutant encore des musiciens dans cet orchestre soit une solution : Ewing ferait mieux de se concentrer sur un noyau dur de personnages qu'il adore (comme dans SWORD) et de cantonner le reste à des seconds rôles. 

Juann Cabal dessine tout ça sans grande inspiration. L'artiste semble lui-même embarrassé par cette suite de saynètes sans émotion (alors que le programme en promettait). Il découpe l'essentiel de l'épisode avec des cases occupant toute la largeur de la page mais où saute surtout aux yeux une absence généralisée de décors. Où tout cela se passe ? On n'en sait trop rien, mais surtout le dessinateur paraît n'avoir pas disposé d'un script suffisamment fourni en indications sur la location de l'action et donc il se concentre sur les personnages dans cet endroit informel.

Cabal a peut-être aussi la tête ailleurs car il ne dessinera plus le titre en Avril. J'ignore sur quelle série on le retrouvera (peut-être X-Men, en alternance avec Asrar, mais ce serait presque trop beau pour être vrai). Ce qui est sûr, c'est qu'après ces récentes prestations, étincelantes, Cabal est très en dessous cette fois. Espérons qu'il va se ressaisir le mois prochain et nous dessiner une bataille d'anthologie.

Pour mar part, je vais arrêter Guardians of the Galaxy avec ce prochain douzième épisode. Je n'ai jamais vibré pour ce run et sa prochaine étape ne m'emballe pas. Mais je croise les doigts pour que Ewing et Cabal me servent un "final" en beauté.

samedi 9 janvier 2021

GUARDIANS OF THE GALAXY #10, de Al Ewing et Juann Cabal


Guardians of the Galaxy est impacté par la saga King in Black (écrite par Donny Cates, dessinée par Ryan Stegman). C'est logique puisque la menace est cosmique et Al Ewing joue le jeu à fond (S.W.O.R.D. sera aussi touché). Mais le scénariste est malin et ne veut pas que cette histoire vampirise la sienne. Il peut aussi compter sur Juann Cabal pour transcender l'exercice.


Avertis au Proscenium (où se tenait une réunion pour discuter de la nouvelle alliance kree/skrull), les Gardiens de la galaxie jugent rapidement de l'ampleur des dégats provoqués par Knull, le dieu des symbiotes. Ils partent pour sa prochaine cible : la planète Spartax.
 

Mais sur place, c'est déjà un massacre qui a été commis, les pertes humaines sont énormes. Nova et Phyla-Vell mènent la riposte tandis que Rocket retrouve Star-Lord, récemment revenu d'entre les morts mais complètement déphasé et aux pouvoirs augmentés.
 

Bien que désorienté, Peter Quill est déterminé à sauver la planète de son père et sonne la charge. Un énorme dragon ténébreux, extension de Knull, fond sur Spartax. Nova, Phyla-Vell, Moondragon et Star-Lord vont à sa rencontre. Le monstre les avale et la peur paralyse les héros. 


Star-Lord fait appel à la puissance du Maître du Soleil avec lequel il a renoué durant son absence et réussit à vaincre le dragon. Rocket reçoit un s.o.s. de la Terre mais Peter Quill doit règler un autre problème avant d'y répondre : affronter les dieux de l'Olympe là où l'équipe des Gardiens est née...

C'est toujours délicat pour une série fraîchement relancée de devoir composer avec une saga développée ailleurs, par un autre auteur. Marvel publie actuellement King of Black, un event écrit par Donny Cates, découlant directement de ce qu'il a imaginé dans la série Venom. Bien entendu, fidèle à ses habitudes, l'éditeur multiplie les tie-in, sans se soucier du déséquilibre que cela peut causer pour des séries qui n'ont rien à voir avec le symbiote.

A partir de là, il y a les titres "protégés" car sous la protection d'un auteur assez puissant pour contourner l'event (comme Jason Aaron avec Avengers, Nick Spencer avec The Amazing Spider-Man, ou Jonathan Hickman avec la franchise "X") - des numéros hors-série seront réalisés sans que cela impacte leurs intrigues en cours. Puis il y a les autres, obligés de suivre la marche.

Al Ewing, qui a été aux manettes de Empyre (le précédent event Marvel), et qui dirige désormais Guardians of the Galaxy (qu'écrivait avant lui Donny Cates), est à la fois contraint de suivre cette marche mais semble composer de bonne grâce avec. C'est assez naturel dans la mesure où il commande à deux séries "cosmiques", qui peuvent difficilement zapper King in Black.

Toutefois, Ewing n'entend pas subir trop longtemps les événements et comme il vient d'orchestrer le retour de Star-Lord, il en profite pour démontrer le changement qu'a connu le personnage comme on l'a vu dans l'épisode précédent. 

Comme il l'a expliqué en interview, Ewing, en se penchant sur les origines de Star-Lord, a compris qu'elles étaient désormais en contradiction avec l'incarnation récente de Peter Quill et sa caractérisation. Comme il l'a fait pour Hulk, il veut réconcilier ces extrêmes et animer un personnage qui serait une synthèse. Ce qui induit évidemment une modification profonde de la personnalité de l'intéressé.

On a donc droit à un Star-Lord complètement à côté de ses pompes, ce qui est normal puisqu'il revient d'entre les morts mais surtout parce qu'il a passé, de l'autre côté, un temps considérable (plus d'un siècle), ce qui explique qu'il ne sait plus où et quand il est, qu'il est déboussolé en retrouvant Rocket Nova. Ewing fait preuve d'un humour salutaire dans ces scènes, sans ridiculiser non plus son héros.

Et puis embarqué dans un conflit spectaculaire, on voit Star-Lord dans sa nouvelle condition. En renouant avec le Maître du Soleil qui lui a donné ses pouvoirs, Peter Quill n'a plus grand-chose de commun avec le leader des Gardiens popularisé par Brian Michael Bendis puis les films de James Gunn. Il est devenu un individu pourvu d'une volonté et d'une puissance de feu quasi-divines, qui explose littéralement un dragon de ténèbres, extension de Knull, ce qui n'est pas rien.

Cette évolution considérable est soulignée par les dessins hallucinants de Juann Cabal. D'abord, en le représentant barbu (très barbu) et les cheveux longs, Star-Lord a un aspect christique évident. Ensuite l'artiste, quand il accompagne les scripts de Ewing, fait de la série un objet renversant, qui n'a pas d'équivalent actuel chez Marvel.

Je l'ai déjà écrit mais je vais le répéter : sans Cabal, Guardians of the Galaxy est une série sympathique, agréable, efficace, mais pas plus. Avec Cabal, c'est un comic-book qui donne au lecteur le sentiment d'avoir en main une production extraordinaire. A mon sens, l'apport de Cabal est comparable à celui d'un JH Williams III : la série est entre les mains d'un dessinateur qui livre des découpages sophistiqués, des compositions baroques, qui dépasse les codes graphiques du genre. Chaque plan devient un morceau de bravoure et l'investissement de Cabal se mesure dans la minutie qu'il apporte à chaque détail, chaque expression, aux choix des angles de vue, à la disposition des éléments dans chque cases, aux enchaînements de chaque vignette, à la composition globale de chaque page. Chaque page devient une sorte de spectacle en soi tout en respectant l'ensemble de l'épisode.

Si je pense à JH Williams III, c'est justement parce que Cabal paraît chercher la façon la plus étonnante de traduire en images le script. Avec Alan Moore dans Promethea, puis Greg Rucka dans Batwoman, Williams III éblouissait avec des formes complexes et géniales, des motifs récurrents qui forçaient le regard du lecteur à aller dans la direction que lui voulait et pas forcément selon une grille ordinaire (case, bande, planche). Cabal fait un effort semblable et n'hésite pas à multiplier des effets purement graphiques pour exiger du lecteur une attention supplémentaire, pour produire une sensation plus forte. Voyez encore une fois comment la figure du triangle est présente : c'est devenu l'emblème de Star-Lord et c'est un clin d'oeil évident à Moore et Williams III qui l'utilisaient beaucoup dans Promethea (plus qu'un triangle, il s'agit d'une pyramide, qui est un symbole maçonnique, ne devant rien au hasard pour un scénariste féru d'occultisme comme Moore).

Les couleurs flamboyantes de Federico Blee finissent d'épater et de donner à l'affaire cet aspect hallucinnant (halluciné). Quand Guardians of the Galaxy est ainsi, c'est un régal. 

La fin de l'épisode indique, quant à elle, que Ewing n'en a pas fini avec sa refondation des Gardiens, puisqu'il va à la fois s'occuper de la menace des dieux de l'Olympe en ramenant les héros originels du titre dans sa version moderne là où ils se sont connus et réunis. Voilà qui promet 

samedi 12 décembre 2020

GUARDIANS OF THE GALAXY #9, de Al Ewing et Juann Cabal


Al Ewing est très présent cette semaine : un signe évident de la position actuelle du scénariste, sur lequel Marvel mise beaucoup. Avec trois séries en cours (Immortal Hulk, S.W.O.R.D. et donc Guardians of the Galaxy), il est devenu une valeur sûre. Ce mois-ci, il retrouve Juann Cabal et son script est transcendé par la virtuosité de cet artiste. Pour un épisode qui marque le retour d'un personnage emblématique du titre...


Peter Quill s'était sacrifié pour sauver ses amis des dieux olympiens. Mais le voilà qui réapparaît dans une dimension parallèle, sur la planète Morinus. Il a été recueilli par un couple de justiciers, Aridia et Mors, qui lutte contre les Douze Maisons et pour ceux qui réclament leur aide.
 

Peter partage leurs aventures trépidantes, sans réussir à oublier sa vie passée et surtout le souvenir de son amour pour Gamora. Il en profite également pour reconfigurer son pistolet élémental. Après plusieurs décennies, il devient l'amant de Mors et Aridia.


Mais Peter découvre qu'en utilisant son arme, il redonne aux dieux de l'Olympe l'énergie qu'il leur faut pour recouvrir leur puissance et regagner notre dimension. Mors meurt au combat. Peter fait le choix de quitter Aridia et, pour retrouver les siens, plonge dans la piscine sacrée.


Il s'agit d'un conduit qui le ramène dans notre dimension où il retrouve aussitôt Rocket Raccoon et Nova, aux prises avec la nouvelle menace qui dévaste l'univers...

Ce qu'on retiendra de cet épisode, c'est une évidence avec laquelle Guardians of the Galaxy va devoir composer dans l'avenir : rarement la réussite d'une série a autant dépendu de son artiste, Juann Cabal, dont le style virtuose assure un spectacle unique à chaque fois.

Comme scénariste de cette série, Al Ewing a imprimé à ses histoires un rythme soutenu, des intrigues inventives. Il a aussi chamboulé le casting, désirant s'affranchir de la formation qui a connu la gloire dans les comics et au cinéma (c'est-à-dire en écartant Gamora, Groot, Drax et Star-Lord). Ses arcs narratifs sont souvent brefs et mixe space opera, soap, polar, comédie, drame.

On ne s'ennuie donc pas, mais l'ensemble est inégal. Quand Ewing est inspiré, cela se lit tout seul, avec un grand plaisir. Quand la sauce peine à prendre, c'est beaucoup plus laborieux ou anecdotique. Par ailleurs, comme Donny Cates avant lui, Ewing a échoué jusqu'à présent à donner de la consistance à tous ses personnages (en particulier Phyla-Vell), à justifier l'intégration de nouvelles têtes (Hercule), ou à cacher sa préférence pour certains (Noh-Varr, Nova, Rocket). Le bilan est donc mitigé.

En éliminant dès le deuxième épisode Peter Quill, Ewing a voulu clairement marquer son territoire et faire un coup. Certes, sa disparition avait été héroïque et donnait à son geste un aspect sacrificiel d'une rare noblesse. Mais finalement cela n'aura duré que sept épisodes pour que Ewing le fasse revenir dans la partie : ce n'est pas rien, mais ce n'est pas non plus très long.

Du coup, on peut légitimement s'interroger sur le sens à donner à cette manoeuvre et ses conséquences. D'autant plus que, le mois prochain, Guardians of the Galaxy va être directement impliqué dans la saga King of Black et le projet de conquête/fin du monde mené par Knull, le roi des symbiotes. Contrairement aux X-Men où l'editor Jordan White et le scénariste Jonathan Hickman ont préféré s'en détacher en ne consacrant que des épisodes hors-séries, Ewing avec ses deux titres cosmiques (SWORD et donc les GotG) lui a accepté de croiser ses intrigues avec celle de Donny Cates.

On peut donc dire que Star-Lord revient à pic pour aider ses camarades dans la nouvelle grande épopée Marvel, mais du coup son retour devient trop providentielle pour conserver tout son impact. J'aurai franchement préféré que Ewing s'attarde sur l'impact du retour de Peter Quill que de le ramener pile au moment où Knull croise la route des Gardiens. Ensuite, une fois le(s) épisode(s) liés à King in Black passé(s), qu'adviendra-t-il de Star-Lord ? Reprendra-t-il la tête de son équipe ? Ou restera-t-il auprès de Gamora ? Ou Gamora le suivra-t-elle au sein des Gardiens ? Et comment réagiront d'ailleurs les Gardiens au retour de leur ancien chef ?

Vous l'aurez compris, je suis un peu perplexe. Le contenu de l'épisode est bon, même très bon. Il y a une dimension psychédélique étonnante, on assiste à des rebondissements surprenants (Peter Quill devient bisexuel), Ewing remixe avec son adresse coutumière anciens et nouveaux éléments du passé de Star-Lord pour produire des origines "officielles". L'apparition du Maître du Soleil rappellera à point à de vieux fans que Star-Lord n'a pas toujours été un héros cosmiques cool comme celui popularisé dans les films mais une sorte de héraut investi par une entité mystérieuse qui lui accorda des pouvoirs pour venger sa mère de manière très musclée. Son équipée avec Mors et Aridia est dépaysante, le récit prend une tournure initiatique, comme un reboot où le héros renaît fort de sa récente mort et des expériences antérieures.

Mais surtout tout cela a de l'allure grâce aux planches incroyables que livre Juann Cabal. La série n'est vraiment pas la même quand c'est lui qui la dessine. On peut comprendre qu'il ne tienne pas les délais mensuels quand on observe ses planches, avec un découpage époustouflant où le motif du triangle, de la pyramide est ominprésent, où le flux de lecture est dirigé avec expertise de haut en bas, de gauche à droite. Il n'y a pas que Star-Lord qui est dans des montagnes russes ici : le lecteur est soumis à une expérience visuelle peu commune. Une nouvelle fois, la comparaison entre Cabal et le grand J.H. Williams III me paraît évidente : deux artistes qui font de chaque page un terrain de jeu et y soumettent le lecteur.

Mais, comme Bachalo, Williams III, et quelques autres dessinateurs extrêmes, Cabal est impossible à suivre. Impossible à remplacer. sans lui, Guardians of the Galaxy n'a vraiment pas la même saveur, la même grandeur, la même luxuriance. Marcio Takara reparti chez DC, qui va le remplacer quand il aura besoin de souffler ? Ewing se lâche avec Cabal car il sait qu'il tient un partenaire exceptionnel. Sans lui, ses scripts révèlent leurs faiblesses et la série devient plus ordinaire.

On ne peut pas lire cet épisode en faisant abstraction des interrogations qu'il suscite. C'est le talon d'Achille du run de Ewing et Cabal : ils produisent des épisodes éblouissants à eux deux, mais leurs efforts sont fragiles et un team-book est très exigeant. De ce point de vue, le retour de Star-Lord colle bien avec celui de Cabal : le héros et son dessinateur sauveront-ils longtemps les meubles ? Ou sont-ils condamnés à des exploits météoriques ? La BD est un art organique, cet épisode en est la preuve.