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samedi 3 mars 2018

GOOD BEHAVIOR (Saison 2) (TNT)


Je vous avais dit tout le bien que m'avait inspiré la première saison de Good Behavior, mais ce n'est pas sans une certaine appréhension que j'ai suivi ces dix nouveaux épisodes. Les showrunners Blake Crouch et Chad Hodge allaient faire aussi bien, voire mieux ? Réponse sans tarder dans ce qui suit.

 Javier et Letty (Juan Diego Botto et Michelle Dockery)

Jacob désormais sous sa garde, Letty s'installe avec Javier dans une maison d'été en bord de mer. Pour subsister financièrement, elle se remet à voler et lui accepte un nouveau contrat, mais sans qu'aucun des deux ne l'avoue à l'autre. Toutefois un imprévu a lieu quand l'homme que doit tuer Javier s'avère être lui-même un flingueur chargé de l'exécuter - il le neutralise de justesse et emporte son corps jusque chez son beau-frère Silk pour l'incinérer. Mais sur place, il découvre que son ami a été assassiné.

Letty, Rhonda Lashever, son adjoint et Javier (Michelle Dockery, Ann Dowd, Juan Diego Botto)

Pour commémorer la mémoire de son frère Santino et faire le point sur ce qui lui est arrivé, Javier part faire du camping, seul, en forêt. Letty découvre que c'est une ruse en en parlant avec Ava, la soeur de Javier, et elle part le rejoindre : il doit effectivement profiter de son séjour pour descendre un jeune homme accusé de viol par les parents de sa victime.

Javier et Letty

A l'occasion de Noël, Letty, Javier et Jacob rejoignent Estelle et Rob dans un palace pour un week-end. Un homme semble suivre Estelle qui en informe Javier en lui racontant qu'il doit s'agir d'un de ses anciens clients du téléphone rose. Mais il s'agit d'un piège comme le découvre au même moment Christian, l'agent de probation de Letty, passant ses vacances avec l'agent du FBI Rhonda Lashever : le pseudo-harceleur est l'adjoint de cette dernière et il arrête Javier puis Letty quand elle tente de l'en empêcher.

Letty et Javier

En route pour la prison, Letty, Javier, Rhonda, son adjoint et Christian doivent rebrousser chemin car la route est impraticable à cause d'une inondation. Ils passent la nuit dans un motel où Letty, ayant deviné que Lashever désire plus se venger des humiliations de sa hiérarchie qu'ajouter une arrestation à son palmarès, la convainc de dérober le butin d'une boîte de nuit surveillée par le FBI.
  
Letty et sa grand-mère, Alice (Michelle Dockery et Holland Taylor)

Avec l'accord et la complicité extérieure de Lashever, Letty et Javier élaborent un plan pour voler un demi-million dans ce night-club où se produisent des drag-queens et dont le patron se sert de couverture pour vendre des armes. Malgré des difficultés pour agir dans ce cadre, leur casse réussit. Letty remet 50 000 $ à un complice - autant d'argent à trouver pour que Lashever ne se doute de rien.  

Jacob et Estelle (Nyles Steele et Lusia Strus)

Letty entraîne Javier et Jacob chez sa grand-mère, Alice, elle-même ancienne arnaqueuse, aujourd'hui mariée à un riche homme d'affaires du Sud. Elle accepte de lui donner la somme qu'elle demande si elle arrive à confondre son époux pour infidélité, ce qui lui permettra de divorcer et de recevoir en dédommagement 80% de sa fortune. Mais finalement c'est de sa cible que Letty reçoit l'argent car il aime vraiment sa grand-mère.

Letty en plein bad trip

Consciente que la vie qu'ils mènent n'est pas saine pour Jacob, Letty choisit de le confier à nouveau à Estelle et de rompre avec Javier. Elle se remet à voler puis se rend chez un ami avec lequel elle boit et se drogue. Javier se réconcilie avec sa soeur Ava mais s'irrite de la présence de Teo, un ami d'enfance qui tente de la séduire alors qu'elle vient de perdre son mari (Silk). Il le soupçonne, en vérité, d'être le commanditaire du meurtre de son beau-frère et de la tentative d'assassinat sur lui.

Teo et Javier (Juan Riedinger et Juan Diego Botto)

Javier accepte un nouveau contrat pour lequel il touche un million de $ en échange d'une exécution très spéciale. Avec cette somme, il acquiert une villa face à la mer où il espère s'installer avec Letty et Jacob, dès qu'il aura retrouvé la première - et se sera débarrassé de Teo. Letty est justement récupérée dans un état lamentable par Christian qui, après qu'elle se soit rétablie, la ramène auprès de Javier.

Letty

Javier confie ses soupçons au sujet de Teo à Letty lorsqu'il apprend par son frère Carlos que leur père a été tué en Argentine. Puis Javier découvre, dans la remise du restaurant de sa soeur, que Teo a caché de la drogue : il comprend que ce dernier est bien à l'origine des meurtres et qu'il cherche à s'emparer du trafic de sa famille en la supprimant. Il le capture et le retient prisonnier dans son garage, puis le torture pour le pousser à avouer. Obligé de s'absenter pour remplir son contrat à un million, Javier confie son prisonnier à Carlos.

Letty et Javier à Los Angeles

Teo abuse de la naïveté de Carlos pour qu'il le libère et il le tue ensuite. Letty rentre chez Javier au même moment et Teo la surprend. Elle réussit à le tuer mais abat accidentellement un agent d'une compagnie de sécurité venu installer plus tôt que prévu du matériel de surveillance. Javier arrive sur ces entrefaites et nettoie la scène des crimes. Puis, avec l'aide de Letty, il va faire brûler les cadavres dans la forêt voisine. Ils conviennent ensuite de quitter la région, en abandonnant la maison, mais en emportant la drogue de Teo. Direction : Los Angeles pour l'écouler et vivre à la coule.

Ce qui fait le charme de Good Behaviour, c'est son imprévisibilité et son glamour que menace constamment la dérive de son héroïne. Si on s'en tient à ces bases, alors cette deuxième saison est aussi enthousiasmante que la première, parvenant à conserver ses acquis sans tomber dans la routine et en faisant évoluer ses personnages principaux.

Cependant, on remarquera facilement que les dix épisodes sont en fait divisés en deux actes : dans un premier temps, le trio Letty-Javier-Jacob, qui a pris la poudre d'escampette après que la première ait tiré des griffes du FBI le second, cherche à refaire leur vie ailleurs. En vérité, il s'agit d'une fuite en avant, dont ils sont conscients : ils sont des fugitifs recherchés sur lesquels l'agent Lashever a promis de mettre le grappin. Et ça ne manque pas : au bout de trois épisodes, voilà le tueur et la voleuse, menottes aux poignets, en route pour la prison, victimes à la fois de leur manque de prudence mais aussi d'une trahison de la part de Estelle, la mère de Letty, qui refuse que celle-ci partage la vie d'un assassin, quitte à la perdre à nouveau.

Un twist très loufoque conduit les prévenus à renverser la vapeur en convaincant Lashever de mystifier le FBI qui l'a trop longtemps humilié. Un casse très drôle et totalement invraisemblable est commis dans un club de drag-queens, avec un suspense efficace à la clé. Puis une visite chez la grand-mère de Letty, elle-même ancienne aventurière malhonnête, convertit l'intrigue grâce à un deus ex machina un peu facile mais à l'impact ravageur.

Le second acte sépare le couple-vedette, tandis que Jacob est remis à Estelle pour le préserver. Les scénaristes n'épargnent pas au téléspectateur la déchéance de Letty et, dans une moindre mesure, de Javier. La voleuse se soûle et se shoote au point de se réveiller la nuit dans une forêt, sans se souvenir comment elle a atterri là, appelant au secours son ancien agent de probation (désormais amant de Lashever) pour la sauver. Javier reprend ses activités de bourreau tout en enquêtant sur la présence perturbante d'un ami d'enfance qui n'est visiblement pas là que pour consoler sa soeur Ava.

Le final est un modèle du genre, entre les retrouvailles des amants, un contrat déroutant et cruel rempli, la révélation du mobile de Teo, et l'issue terminale. Letty et Javier partent à Los Angeles avec un paquet important de drogue dont la vente va leur permettre de vivre tranquillement. Mais une voleuse et un tueur à gages à L.A. peuvent-ils vraiment raisonnablement échapper aux vices d'une telle mégalopole ? La fin est ouverte et alléchante (et comme la série a été renouvelée pour une troisième saison, on devrait se régaler).

Le show connaît donc une progression appréciable même si sa narration subit quelques chutes de rythme notables, une certaine tendance à tirer sur la corde (notamment dans la première partie de la saison où il est évident que les héros ne profiteront pas longtemps de leur cavale et ne sont pas dupes de leur vie de famille "normale"). Le casse dans le night-club tient un peu du grand n'importe quoi, tirant le récit vers la parodie de son genre, et l'apparition d'Alice est une facilité scénaristique bien pratique.

En revanche, quand les auteurs se focalisent sur les démons des deux héros - l'alcoolisme et la toxicomanie de Letty, son incapacité à assumer son rôle de mère, la violence intérieure irrépressible de Javier, sa méfiance paranoïaque, son envie de normalité impossible - , alors, là, la série atteint une singularité plus trouble, plus troublante, qui rend le couple à la fois si atypique et attachant. On se rend alors compte que leur entourage est presque accessoire, ne servant qu'à souligner ce qui est évident ( ce sont des marginaux, les vilains petits canards de leur milieu, qui ne s'intégreront jamais aux standards de la société à cause de leur vocation et de leur caractère, et c'est en l'acceptant qu'ils sont vraiment heureux). D'une certaine manière, Letty n'est pas plus sympathique que Javier (elle abandonne son enfant pour mieux sombrer dans la boisson et la dope et lui se remet à tuer même si cela répugne sa soeur et met en danger celle qu'il aime), mais en osant se regarder en face, en s'entraidant même (au point de se contaminer : Letty finit par tuer un assassin et un innocent, Javier vole de la drogue), ils avancent, malgré tout.

Pour rendre fréquentables de tels individus, Michelle Dockery et Juan Diego Botto n'ont même pas l'air de forcer : il faut admettre qu'ils ont du charme à revendre, une élégance folle naturelle, qui ont raison de la résistance du téléspectateur. Il y a une alchimie redoutable entre les deux acteurs sur laquelle l'intrigue et le réalisation s'appuient beaucoup -presque trop, et il faudra sans doute penser à leur opposer un adversaire véritable dans les prochains épisodes, quelqu'un de plus coriace, plus retors que Lashever ou Teo, pour pimenter leurs aventures au-delà de leurs névroses.

Malgré quelques réserves donc, Good Behavior franchit le cap délicat de la deuxième haie avec brio : la production de la chaîne TNT a de beaux jours devant elle.     

lundi 8 janvier 2018

GOOD BEHAVIOR (Saison 1) (TNT)


Encore un bon exemple d'une série que j'ai failli bêtement laisser filer quand, il y a quelque temps, j'avais regardé le premier épisode sans être plus séduit que ça. Depuis, j'ai découvert son interprète principale, Michelle Dockery, dans le western de Netflix, Godless, et cela a suffi à me convaincre de donner à Good Behavior une seconde chance. Bien m'en a pris car ce thriller créé par Blake Crouch et Chad Hodge est une réussite qui dépasse vite le simple divertissement comme il apparaît d'abord pour proposer des personnages et une intrigue étonnamment fouillés.  

 Letty Raines (Michelle Dockery)

Arrêtée et emprisonnée pour plusieurs cambriolages, Letty Raines bénéficie d'une libération conditionnelle pour bonne conduite (good behavior). Mais contrairement à ce qu'elle promet à son agent de probation, Christian Woodhill, elle retombe rapidement dans ses mauvaises habitudes, faute de trouver un emploi honnête. Descendue dans un hôtel luxueux, elle cible un des clients comme sa prochaine victime sans se douter qu'elle vient de faire le pire des choix...  

Javier Peirera (Juan Diego Botto)

En effet, alors qu'elle s'introduit dans la chambre de Javier Peirera en son absence, elle doit se cacher dans sa penderie lorsqu'il rentre prématurément. Letty surprend une discussion entre lui et un autre homme et comprend qu'il s'agit pour Javier d'un contrat de tueur à gages. Une fois seul, il la coince avant qu'elle ait pu filer et la force alors à être sa complice pour sa prochaine mission sinon il menace de la liquider.

Le tueur et la voleuse

Sa victime descendue, Javier force Letty à évacuer le corps jusque chez son frère, propriétaire d'un incinérateur. Le trajet est contrarié par les avaries de leur véhicule, une voiture électrique, et le peu de bornes de recharge mais s'achève, malgré tout, comme prévu. Désormais quittes, ils se séparent.

Jacob et Estelle Raines (Nyles Steele et Lusia Strus)

Letty se rend alors chez sa mère, Estelle, qui a la garde de son fils, Jacob, dans la bourgade de Danville. Elle négocie pour voir son enfant en payant car une ordonnance restrictive l'empêche normalement de l'approcher. Ensuite, Letty cherche un boulot pour gagner la confiance d'un juge et récupérer son droit de garde et, grâce à une amie d'enfance, elle consulte le mari de cette dernière, avocat, qui accepte de s'occuper de son dossier et de la recruter comme secrétaire. Mais Letty découvre bientôt que ce juriste trompe sa femme avec un homme.

Javier 

La situation devient intenable quand son amie accuse Letty d'être la maîtresse de son mari et elle appelle Javier pour qu'il vienne la chercher à Danville. Le tueur et la voleuse deviennent amants et se confient sur leur passé, mais il est soucieux car, après plus de quinze ans, il vient d'être invité à une réunion de famille - les siens ignorent tout de sa profession, à l'exception de son frère, et le croit cuisinier. Letty accepte de l'accompagner. Ils sont reçus par la soeur de Javier dans le palace qu'elle gère. 

Letty 

Letty s'installe et est rejointe, par surprise, par son agent de probation, Christian Woodhill, qui l'a couvert à plusieurs reprises récemment alors qu'elle ne s'est pas présentée à ses convocations. Elle l'entraîne alors dans le vol d'un paquet d'argent détourné par des employés de l'hôtel et se partagent 200 000 $ - suffisamment pour convaincre Woodhill de lâcher son boulot et son patron.

Letty et Christian Woodhill, son agent de probation (Michelle Dockery et Terry Kinney)

Les retrouvailles virent au règlement de comptes avec la patriarche, au passé trouble (il aurait participé aux crimes de dictature argentine), qui reproche à Javier la mort de son plus jeune frère des années plus tôt et ses mensonges sur ses activités réelles. Rejeté par les siens, Javier n'a plus que Letty pour le réconforter. 

Javier et Letty

Letty emmène Javier à Danville pour lui présenter son fils et sa mère, sur le point de se remarier avec Rob, ancien camarade de collège de sa fille. Estelle a fait lever l'ordonnance restrictive et Jacob peut à présent circuler librement avec Letty qui tente de renouer les liens avec lui tandis que le garçon sympathise avec Javier que Rob invite à son enterrement de vie de garçon. Le lendemain ont lieu les noces et une fête au cours de laquelle s'invite le père biologique de Jacob qui annonce à Letty son intention d'en obtenir la garde exclusive, bien qu'il ait longtemps été absent et possède des antécédents judiciaires comme elle.

"Tue Sean !"

Désespérée, Letty demande alors à Javier de tuer Sean, son ex-compagnon, mais il refuse, prétendant qu'elle le regrettera, que Jacob ne le lui pardonnera jamais s'il l'apprend. Elle le chasse alors. Après une audience devant la médiatrice aux affaires familiales, Letty craint de perdre son fils qui a manifesté son désir d'être avec son père. C'est alors que Christian Woodhill débarque chez Estelle avec l'agent du F.B.I. Rhonda Lashever qui lui propose un deal : si Letty lui livre Javier, son casier judiciaire sera effacé et elle obtiendra la garde exclusive de Jacob.
  
Javier et Letty

Face à cette situation déchirante, Letty tente de contacter Javier, en vain, puis confie ses coordonnées à l'agent Lashever. Prise de remords, elle part à sa recherche pour prévenir son ancien amant de ce qu'il risque tandis que Sean, rancunier, rôde autour de chez Estelle en promettant qu'il reprendra Jacob tôt ou tard...

Je t'aime... Moi non plus. 

Quand cette première saison (la série a été renouvelée deux fois depuis) démarre, on est désarçonné par le ton qu'elle adopte et qui trompe le téléspectateur sur la nature réelle du show. D'un côté, une superbe voleuse, distinguée dans ses tenues chics et grimée avec de multiples perruques, tout juste sortie de prison mais visiblement peu encline à se racheter une conduite. De l'autre, un séduisant tueur latino, aussi implacable qu'entreprenant, méticuleux mais ne laissant rien passer à cette enquiquineuse qui l'a surpris en train de conclure un contrat. On paraît être engagé dans une comédie policière, plutôt légère et très sexy, mais inoffensive.

Et puis, progressivement, les choses prennent une tournure inattendue. D'abord, le meurtre rétribué accepté par Javier est accompli de manière glaçante, servant en vérité une vengeance de son commanditaire (il s'agit de liquider un couple de chauffards qui a renversé mortellement un enfant et pris la fuite). Ensuite, sa relation avec Letty devient vite charnelle et passionnelle. Ces deux-là jouent un "je t'aime... Moi non plus" très corsé et complexe où le fait d'être obligés de cohabiter les irrite autant qu'il exacerbe leur attirance.

Plus la série avance, plus ses auteurs-créateurs, Blake Crouch et Chris Hodge, s'amusent à surprendre le public en déjouant ses attentes. Le contrat de Javier rempli, il laisse, comme promis, filer Letty et nous découvrons qu'elle est la mère d'un garçon de dix ans mais qu'elle ne peut le voir sans la permission de sa propre mère, Estelle. Prise en étau entre deux amis d'enfance qui veulent pourtant l'aider mais dont les aléas conjugaux complexes sont un vrai piège, Letty rappelle Javier pour fuir son patelin mais aussi ses responsabilités maternelles qui l'effraient.

Après la rencontre dans un premier temps, la vérité au sujet de Letty dans un deuxième temps, le show dévoile dans un troisième temps le passé de Javier durant une réunion de famille particulièrement tenue et intense. Encore une fois, la profondeur psychologique dont est capable le script, servi par une réalisation très soignée (superbe photo, sens du rythme infaillible, caractérisation exemplaire), épate en fournissant aux protagonistes un background vertigineux, dépassant largement les clichés du banal thriller.

Dans sa quatrième et dernière partie, Good Behavior suscite encore son lot d'émotions fortes et de péripéties inextricables simplement, se permettant même d'introduire deux personnages supplémentaires mais essentiels pour annoncer les complications à développer pour sa saison deux - le père de Jacob, l'agent du FBI Lashever.

Tous ces éléments, ajoutés à l'excellence de l'interprétation - Michelle Dockery extraordinaire de classe et de fébrilité, Juan Diego Botto sensationnel en tueur hanté, et Terry Kinney, irrésistible en agent de probation ensorcelé - , contribuent à faire de la série une réussite constamment surprenante, esthétiquement et narrativement impressionnante, à la fois divertissante et touchante, prenante et riche. 

Il n'y a rien qui ne serait pas transposable en France dans Good Behavior mais ce qui la distingue de l'ahurissante masse de médiocres séries équivalentes produites dans l'hexagone, c'est réellement l'exigence de son écriture. Tout ce qui ici relève des stéréotypes est transcendé par le traitement qui consiste à ne pas s'en contenter : Letty peut tout voler mais cela ne lui paie pas une vie digne de femme et de mère, Javier peut éliminer n'importe qui mais pas son passé ni ses sentiments. A leur image, cette série nous charme mais sans jamais se contenter de nous draguer : on atteint le dénouement de cette saison avec l'envie de suivre les aventures de ses héros.

lundi 18 décembre 2017

GODLESS (Netflix)


Mis en ligne le 22 Novembre, les sept épisodes de Godless (qui ne comptera qu'une saison) n'ont pas tardé à se tailler une flatteuse réputation pour cette nouvelle production originale de Netflix. La présence aux crédits du réalisateur Steven Soderbergh y a contribué même s'il n'est qu'un des producteurs exécutifs de cette mini-série dont le vrai chef d'orchestre est le créateur, scénariste et réalisateur Scott Frank. L'autre originalité de ce projet était la promesse d'un western au féminin, comme le suggérait sa bande annonce. Mais la véritable raison pour laquelle vous devez voir Godless est plus simple que tous les arguments précités : c'est un chef d'oeuvre, sans doute ce qu'on a vu de mieux cette année sur le petit écran (et qui surpasse aussi ce qui a été projeté en salles) !

Etant donné le format général des épisodes (qui durent en moyenne 80 minutes, les plus courts étant les 5 et 6 de 50' et 40'), je vais résumer ça en m'appuyant sur le parcours des protagonistes plus que sur l'intrigue, redoutablement dense.

Roy Goode, orphelin, trouve refuge chez Soeur Lucy Cole, qui recueille des enfants égarés comme eux, avant que son frère aîné, Jim, ne l'abandonne pour tenter sa chance en Californie. Même s'il lui a promis de l'attendre, Roy fugue quelques mois plus tard. Il fait la connaissance de Frank Griffin, bandit de grand chemin, vêtu comme un pasteur, en tentant de lui voler son cheval, et devient son fils adoptif en intégrant son gang composé d'une trentaine de malfrats. Ensemble, ils commettent d'audacieuses attaques de trains. Mais en devenant un jeune homme, la cruauté de Griffin finit par écoeurer Roy, par ailleurs méprisé par ses compagnons d'armes. Le fils trahit le père après un ultime méfait au cour duquel il lui dérobe son butin et prend la fuite. Pourchassé, il estropie Frank mais reçoit deux balles en retour. Il parvient pourtant à gagner un ranch par une nuit pluvieuse.

Roy Goode et Alice Fletcher (Jack O'Connell et Michelle Dockery)

Alice Fletcher, veuve et mère d'un jeune garçon, Truckee, né d'un viol par un indien Paiute, recueille Roy. En trouvant une lettre de Jim Goode envoyé à son frère chez Lucy Cole, elle apprend l'identité de ce "chien errant", comme le surnomme la vieille Iyovi, qui le soigne, et donc son lien avec Griffin. Jusqu'à la fin de sa convalescence, en échange du gîte (dans la grange) et du couvert, elle lui propose de dresser ses chevaux et de l'aider à creuser un puits. Il accepte si elle lui apprend à lire : marché conclu.

Frank Griffin (Jeff Daniels)

Les montures d'Alice sont destinées à être vendues aux femmes de La Belle, la ville la plus proche marquée par une terrible tragédie deux ans plus tôt en 1883 : 83 hommes y sont morts dans la mine d'argent, laissant livrées à elles même leurs veuves, mères et filles. Aujourd'hui, ces femmes se préparent à recevoir le représentant de la compagnie Quicksilver qui voudrait exploiter à nouveau le gisement et installer ses ouvriers. Les négociations sont tendues car en vérité l'homme d'affaires qui négocie veut contrôler la cité pour une somme inférieure à ce qu'elle vaut, comme l'estime Marie Agnes McNue - mais le deal est finalement signé.

Whitey Winn et Bill McNue (Thomas Brodie-Sangster et Scott McNairy)

Bill McNue, le shérif de La Belle (et frère de Marie Agnes), souffre du dédain des veuves qui ignorent qu'il perd lentement la vue. Lorsque le marshall John Cook vient le prévenir du massacre commis par Frank Griffin à Creede (dont il a fait lyncher tous les habitants et fait brûler toutes les maisons en y cherchant une trace de Roy Goode), Bill considère cela comme sa mission d'arrêter le bandit tandis que son collègue va chercher le renfort de l'armée. Il part donc en chasse en confiant son bureau à son adjoint, Whitey Winn, pistolero aussi habile qu'insouciant.

John Cook (Sam Waterston)

Nous suivons parallèlement les parcours de ces personnages : Roy se rétablit et s'éduque auprès d'Alice tout en enseignant à Truckee à monter à cheval et à chasser ; Cook tombe vite dans un piège tendu par Griffin qui l'abat ; Bill suit à la trace le gang puis entreprend de persuader un régiment de cavalerie de l'aider après la mort du marshalll mais les soldats doivent surveiller le déplacement d'apaches ; Griffin donne une interview à un journaliste qui prévient que quiconque aidera Roy Goode sera châtié ; La Belle est prise en main par les hommes chargés de la sécurité de la future mine au grand dam de Marie Agnes ; cette dernière sert de confidente à Whitey, amoureux d'une jeune fille résidant dans le hameau voisin de Blackdom où vivent d'anciens soldats noirs, tandis qu'elle-même traverse une crise sentimentale avec Callie Dunne, une ancienne prostituée devenue institutrice en ville (avant de comprendre que sa jalousie est sans fondement).

Callie Dunne (Tess Frazer)

Un article du journaliste au sujet de La Belle où il a aperçu, après avoir voulu vérifier la rumeur, Roy Goode accompagnant Alice lors de la vente de ses chevaux, attire l'attention de Griffin sur la ville des veuves et précipite le retour de Bill. Espérant éloigner la menace, Roy quitte les parages sans savoir qu'il est trop tard. Whitey assiste au massacre des noirs de Blackdom par le gang de Griffin. La Belle se prépare à l'assaut tandis que Bill croise Roy, revenant sur ses pas, armé et résolu à en découdre avec son mentor.

Marie Agnes McNue et Alice Fletcher (Merritt Wever et Michelle Dockery)

Une bataille épique s'annonce qui ne s'achèvera qu'avec la défaite totale d'un des belligérants...

Roy Goode et Frank Griffin

J'ai toujours pensé que le western était le genre cinématographique par excellence - il fut d'ailleurs un des premiers filmés puis connut une apogée aussi spectaculaire que son déclin jusqu'à sa quasi-disparition, comme si, quelque part, en route, le filon s'était épuisé ou, plus sûrement, la manière de le raconter s'était perdue.

Car le western ne gagne pas à être sophistiqué : ce fut un genre populaire (pas seulement sur grand écran, mais aussi à la télévision, dans le roman, la bande dessinée, et la chanson - le répertoire musical issu du far west est pléthorique et c'est un spécialiste, T-Bone Burnett, qui a supervisé la bande originale de Godless) parce qu'il explorait des sentiments élémentaires que tout le monde pouvait éprouver, agitant des personnages auxquels il était aisé de s'identifier, pour lesquels on vibrait facilement.

Le western n'est pas seulement une exploration mythologique de l'Ouest américain, c'est aussi un domaine fictionnel qui s'appuie sur une géographie : celles des grands espaces encore en pleine conquête avec son folklore, peuplé d'indiens (les native americans), ses soldats, ses cowboys, ses chercheurs d'or, ses bandits de grand chemin, ses entraîneuses de saloon, les bâtisseurs de voie ferrée - le train lui-même dessina ce vaste territoire sauvage en traçant sa modernité, tout comme le télégraphe établit ses communications d'une côte à l'autre.

Les sentiments qui alimentent le western, comme source narrative, sont primaires et Godless doit sa première réussite, avec le respect aux éléments susmentionnés, à cette grammaire basique : bien que le réseau de relations qui unit les protagonistes de cette histoire soit touffu, complexe, par-delà le temps et l'espace, les émotions qu'il suscite restent simples, brutes. Il y est question d'amour, de haine, de filiation, de trahison, de vengeance. Autant de marqueurs sociaux, intimes, quasi-politiques qui forment cette fresque ambitieuse mais accomplie.

La passation s'impose comme le thème majeur du récit : Roy Goode est laissé par son frère à Lucy Cole avant qu'il ne rencontre Frank Griffin qui l'accueille dans son gang qu'il présente comme une famille ; puis Roy ayant trahi et fui Griffin est recueilli par Alice Fletcher dont le passé est aussi douloureux que le sien (veuve prématurément, violée par des indiens dont elle aura un fils, maudite par les femmes de La Belle qui pensent qu'elle a jeté un sort sur leur ville) et qui lui confie indirectement son fils, Truckee, à qui il apprend à devenir un cavalier-dresseur et chasseur (malgré la maladresse de l'adolescent) ; les veuves de La Belle vivant comme un phalanstère féminin tiraillées entre la conservation de leur indépendance et leur désir de refaire leur vie auprès d'hommes (après que les leurs - pères, maris, frères, enfants - soient tous morts à la mine), prises en étau entre le souvenir, le deuil et l'avenir, la renaissance.

On peut étendre ces passations aux personnages a priori secondaires mais intégrés tellement parfaitement à la trame globale qu'ils sont aussi importants que les premiers rôles, comme le marshall John Cook qui relance, malgré lui, le destin du shérif Bill McNue ; le journaliste qui devient le colporteur de la parole terrifiante de Frank Griffin et précipite la bataille de La Belle (en étant pris entre deux feux) ; cette peintre allemande réfugiée dans cette ville et retrouvée par le détective engagé par son mari et épris d'elle ; la romance entre Marie Agnes McNue et Callie Dunne (la première ayant renoncé à sa féminité en s'habillant comme un homme et devenue l'amante de l'ex-prostituée devenue l'institutrice de La Belle) ; l'adjoint du shérif amoureux d'une jeune fille noire résidant dans un hameau où se sont posés d'anciens soldats noirs avec leurs familles (ce qui aboutit à une romance compliquée par les préjugés)...

D'aucuns, esprits chagrins, reprocheront à Godless de prendre son temps. Pourtant, c'est en le faisant que Scott Frank, qui a écrit et réalisé les sept épisodes de la saison, que la série gagne cette épaisseur, fait vivre cette communauté d'hommes et de femmes, accordant aux figures majeures, motrices, toute l'importance, la chair et l'âme qui nous les rendent attachantes ou glaçantes, émouvantes ou pathétiques, tragiques ou porteuses d'espoir.

D'autres encore, mauvais clients, pourront pointer un esthétisme trop léchée à cette production qu'on devine richement financée, mais ce serait un mauvais procès à faire à cette saga que de ne pas apprécier sa beauté formelle exceptionnelle, ses compositions magnifiques, sons sens de la mesure entre la fresque et le drame à hauteur d'hommes et de femmes. Jamais le mystère précieux des destins qui se croisent dans Godless n'est escamotée par le goût de la belle image, les citations explicites (quelques plans sont directement influencés par La prisonnière du désert de John Ford), la déférence au genre (jusqu'au duel attendu de la fin).

Le mérite en revient aussi au casting fantastique et dont se dégagent : Jack O'Connell épatant en desperado sur la voie de la rédemption, Jeff Daniels en bandit (littéralement) manchot et affreusement illuminé, Scott McNairy en shérif qui a perdu son ombre mais pas son sens de l'honneur ni du devoir, ou Sam Waterston vite éliminé mais toujours aussi charismatique en marshall dévasté par l'horreur.

Les actrices sont toutes formidables, sans distinction, et si le western n'a pas attendu Godless pour leur accorder une place à l'écran (depuis Joan Crawford dans Johnny Guitare jusqu'à Barbara Stanwyck dans Quarante tueurs en passant par Jennifer Jones dans Duel au soleil), rarement, voire jamais, elles n'ont paru dans toute leur vérité, leur diversité, depuis Merritt Wever fabuleuse en dure à cuire jusqu'à Tess Frazer superbe de fragilité sensuelle en passant par Michelle Dockery, sensationnelle en fermière impénétrable. Il faudrait citer toutes les autres pour être juste et rappeler que la qualité d'un rôle ne se mesure pas au nombre de lignes de dialogues interprétés mais bien à la justesse avec laquelle sont incarnées ces héroïnes, qui sont le coeur de la série.

Magistral, visuellement somptueux, palpitant, abondant en morceaux de bravoure, passionnant et atypique, Godless est à tout point de vue une oeuvre qui fera date.