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vendredi 11 août 2023

GUARDIANS OF THE GALAXY #5, de Jackson Lanzing & Collin Kelly et Kev Walker / THE AVENGERS #4, de Jed MacKay et C.F. Villa

 Aujourd'hui, on va changer de méthode à l'occasion des sorties la même semaine des épisodes de Guardians of the Galaxy et de The Avengers, respectivement écrits et dessinés par Jackson Lanzing & Collin Kelly / Kev Walker et Jed MacKay / C.F. Villa. Pourquoi ce tire groupé ? Parce qu'en vérité ces deux séries résument ce qui ne fonctionnent pas dans les team books de chez Marvel, appliquant peu ou prou les mêmes recettes pour des résultats semblables.



Commençons donc par Guardians of the Galaxy #5, du trio Lanzing-Kelly / Walker. Cet épisode  promettait le face-à-face entre les héros et la menace Grootfall. C'est effectivement le cas. Mais est-ce satisfaisant ?


Pas besoin de résumer ce numéro : l'intrigue, ou ce qui en tient lieu, tiendrait sur un post-it, avec les Gardiens enfin rassemblés (dans cette configuration : Peter Quill.Star-Lord, Drax, Gamora, Mantis, Nebula et Rocket Raccoon) qui vont confronter le danger incarné par Grootfall, une sorte d'énorme boule de feu et de bois ayant l'apparence de Groot et qui dévaste tout sur son passage.


Dans le précédent épisode, Star-Lord réussissait à entrer en contact avec une des émanations de Groot qui lui commandait de réunir l'équipe si elle voulait avoir une réponse concernant Grootfall. Rocket réintégré, on pouvait donc légitimement attendre des révélation. Peine perdue. Jackson Lanzing & Collin Kelly répètent le même procédé depuis le début de leur run avec une narration décompressée à l'extrême, de l'action spectaculaire mais uniquement là pour retarder l'échéance et une caractérisation sommaire (tous les personnages sans exception tirent une gueule d'enterrement, s'expriment de manière laconique et interagissent au minimum).
 

Le dessinateur Kev Walker est un excellent artiste, aguerri, mais qui dispose visiblement d'un script sommaire et il est donc logique de voir dans ce numéro un nombre abondant de doubles pages destinés à montrer soit un groupe de personnages réunis dans un même lieu, soit la démonstration d'une puissance dévastatrice dans l'espace face à laquelle les personnages ne semblent en aucune manière capable de faire quoi que ce soit. 


On passe à The Avengers #4 qui s'avère étonnamment ressemblant sur le fond et la forme à Guardians of the Galaxy. Les deux séries ont d'ailleurs été relancées quasiment au même moment et il est commode d'y voir une uniformisation de la production chez Marvel, même si, à la base, la série de Jed MacKay et C.F. Villa prenait le relais d'un long run par Jason Aaron et que les Avengers sont des personnages beaucoup plus importants commercialement.


Jed MacKay est le scénariste qui monte chez Marvel, suffisamment en tout cas pour que l'éditeur lui confie un de ses titres les plus exposés. Pourtant, jusqu'à présent, il a surtout écrit des héros mineurs comme Black Cat ou Moon Knight. Mais il s'est engagé dans une histoire à la démesure des Avengers, convoquant Kang le conquérant et de mystérieux nouveaux vilains inédits à la puissance de feu considérable. Un paradoxe en soi car comment de tels adversaires ont pu ne jamais être remarqués auparavant ?


C.F. Villa est comme MacKay quelqu'un qu'on n'attendait pas sur un pareil blockbuster puisque, jusqu'à présent, lui aussi s'est illustré sur des titres de seconde main (dont Black Cat de MacKay) ou comme doublure (sur X-Men de Gerry Duggan, où il suppléait Pepe Larraz en alternance avec Javier Pina). Il fait parler la poudre avec, comme Kev Walker, un nombre élevé de splash-pages pour démontrer que les affrontements sont dantesques et les héros malmenés.


Maintenant, faisons le point sur ces deux épisodes, ces deux séries. En cinq et quatre épisodes, on ne peut pas dire qu'on a beaucoup progressé dans les histoires. Lanzing & Kelly ont été assez malins en situant leur série puisque les Gardiens de la galaxie se sont séparés pendant un an suite à un drame dont on ignore tout - mais qui a un lien évident avec la "mort" de Groot. En même temps, ce genre d'astuce devient une norme chez Marvel depuis plusieurs mois car plusieurs titres (re)démarrent en montrant des personnages complètement minés après une catastrophe qu'on révélera plus tard.

Du côté de Avengers, MacKay prend la suite de Aaron qui avait conclu son run de manière aussi grandiloquente que brouillonne. Comme son prédécesseur, MacKay a composé ses Avengers de façon à en faire un groupe surpuissant, avec de gros calibres comme Captain Marvel, Thor, Scarlet Witch, et des éléments a priori moins imposants mais non négligeables comme Iron Man, Vision, Black Panther ou Captain America (Sam Wilson). Ce qui frappe, comme j'ai déjà eu l'occasion de le souligner, c'est que ce casting évoque immanquablement celui des Avengers du MCU (même si Black Panther et Iron Man sont morts, mais sinon Vision, Scarlet Witch, Captain Marvel, Thor et Captain America/Sam Wilson sont encore actifs). C'est donc comme si désormais le MCU dictait la formation des Avengers, sans possibilité pour le scénariste d'ajouter des éléments surprenants.

Dans les deux cas, les équipes sont donc confrontés à des menaces qui les dépassent nettement. Cela a un objectif simple : entretenir un semblant de suspense auprès du lecteur en tentant de lui faire croire que les héros peuvent être vaincus, voire tués. Mais tout fan un peu expérimenté sait ce que ce n'est qu'un simulacre, une ficelle usée. Justement parce que, d'un côté, les Avengers ne craignent pas grand-chose avec des membres comme Scarlet Witch ou Thor, et, de l'autre, parce que les Gardiens de la galaxie ont affaire à une version de Groot, l'un des leurs (sans compter que le dernier film mettant en scène les Gardiens les a remis sur le devant de la scène, donc il serait idiot de les éliminer dans les comics).

On a beaucoup reproché il y a quelques années à Brian Michael Bendis la longévité de son run sur la franchise Avengers puis sur Guardians of the Galaxy et son système narratif, avec des arcs en six n°, formatés pour les recueils, reprenant parfois les mêmes motifs dramatiques. Il était aussi critiqué pour la force de ses débuts d'histoire qui aboutissaient à des fins décevantes.

Mais peut-on honnêtement dire que ce que que Jed MacKay et Jackson Lanzing & Collin Kelly font mieux ? La narration est encore plus décompressée puisque en cinq et quatre épisodes, l'intrigue n'a rien révélé de consistant, et que les conclusions semblent courues d'avance (victoire et réconciliation).

Graphiquement les deux séries ont des atouts même s'il me semble évident que Guardians... dispose avec Kev Walker d'un artiste plus audacieux et complet que CF Villa. Pour les amateurs d'images qui tabassent, en tout cas, c'est un festin. Mais leurs dessins soulignent surtout par leur aspect grandiloquent la vacuité des récits. Tout ou presque repose sur la force des planches puisque la narration avance lentement.

Je sors à chaque fois de ces séries avec le sentiment que finalement il n'y a pas grand-chose à en retenir. J'ai rarement eu autant l'impression que ce qui était raconté en autant de pages aurait dû l'être en moitié moins de planches. Récemment, je suis revenu sur le run de Jeff Parker - Kev Walker - Declan Shalvey sur Thunderbolts et j'ai commencé la lecture de l'omnibus de ce même titre par Kurt Busiek et Mark Bagley, et je suis saisi par la densité de ces titres par rapport à Guardians of the Galaxy et The Avengers actuellement. Là où Parker et Busiek ne laissaient aucun répit au lecteur, les bombardaient d'informations, soutenus par des artistes déchaînés, MacKay, Lanzing & Kelly donnent la sensation d'en garder énormément sous le pied comme s'ils craignaient que leurs intrigues ne suffisent pas à combler un arc en six épisodes.

Ce constat, je le fais depuis des années maintenant et il reflète, à mes yeux, une faiblesse dans l'écriture. 
Il y a encore du talent dans "la maison des idées" , mais plus autant qu'il y a dix-quinze ans. On pouvait apprécier ou détester ceux qui étaient en place alors, mais au moins il y avait des personnalités fortes, des façons de raconter singulières. Aujourd'hui, j'ai surtout l'impression que les auteurs s'économisent, développent moins de concepts forts, osent moins. Toutes choses qui se traduisent concrètement dans les comics par des équipes de héros sans véritable dynamique de groupe, sans récits qui les marquent durablement.

Visuellement, ce n'est pas mauvais, mais si Kev Walker hérite d'histoires faibles, c'est un gâchis. Et CF Villa aurait dû être testé sur plus de titres, avec des difficultés progressives, pour être vraiment prêt aujourd'hui.

En lisant ces deux séries dont je parle ici, je mesure le malaise. Ce n'est que mon ressenti, peut-être que le Marvel actuel comble la majorité des fans de l'éditeur, et que je dois me contenter de quelques pépites et projets liés avant tout à des scénaristes et artistes stars. Mais quand on a grandi nourri au lait de Marvel, difficile de ne pas faire la moue. J'ignore si j'écrirai encore des critiques de The Avengers et Guardians of the Galaxy : j'ai trop le sentiment de perdre du temps et de l'argent et je n'aime pas noircir des pages pour me plaindre.

vendredi 28 juillet 2023

BATMAN : THE BRAVE AND THE BOLD #3, de Dennis Culver et Otto Schmidt, Ed Brisson et Jeff Spokes, Christopher Cantwell et Javier Rodriguez, Jackson Lanzing & Collin Kelly et Jorge Molina


Le n°3 de Batman : The Brave and the Bold voit un changement dans son sommaire puisque l'histoire principale  a pris du retard et est remplacé par un récit complet. Le reste est intact et de très bonne facture. Cette anthologie est un vrai plaisir.


- BATMAN : MR. BASEBALL (Ecrit par Dennis Culver, dessiné par Otto Schmidt) - Batman doit protéger le caïd Victor Grande de Mr. Baseball, un voleur qui l'a dépouillé et qu'il a défiguré en représailles...
 

Dennis Culver et Otto Schmidt ont été chargés de réaliser en vitesse ce récit complet sur la vengeance d'un voleur surdoué et défiguré qui contraint Batman à protéger une fripouille. Tout ça est sympathique, mais demeure très anecdotique. Le vilain et sa passion du baseball, défiguré (comme Harvey Dent/Double-Face mais en moins spectaculaire), n'est pas un antagoniste susceptible de faire trembler Batman et encore moins convaincre le lecteur qu'il incarne une menace sérieuse.

Dennis Culver se repose beaucoup sur Otto Schmidt qui livre des planches nerveuses mais parfois un peu à l'arrache. Très vite lu, et oublié.
 

- STORMWATCH : DOWN WITH THE KINGS (Pt. 3) (Ecrit par Ed Brisson, dessiné par Jeff Spokes avec Trevor Hairsine) - L'équipe de Stormwatch infiltre le building de Halo Corporations pour saboter ses serveurs avec un logiciel malveillant particulièrement féroce. Cependant, le directeur Bones collectionne des armes capables de neutraliser la Justice League...
  

Ed Brisson tient la baraque depuis le début de la parution de cette anthologie avec sa mini-série Stormwatch, et il serait bien récompensé si DC lui donnait l'opportunité de continuer avec une série régulière. La caractérisation est certes un peu sommaire, par manque de place, mais les intrigues de cette équipe de black ops sont toujours captivantes, avec des dangers singuliers. Par ailleurs le scénariste développe un subplot accrocheur où Bones, à la manière d'Amanda Waller, recueille des armes susceptibles de neutraliser la Justice League.

Jeff Spokes dessine la quasi-intégralité de cet épisode avec sa classe coutumière. Mention spéciale quand il représente Shado, l'archer, ex de Green Arrow, avec une présence magnétique égale à celle de Ravager (c'est bien la première fois que la fille de Deathstroke m'intéresse autant). Les dernières pages sont signées par Trevor Hairsine, qui bizarrement n'est pas crédité dans la table des matières mais dont le style est reconnaissable entre mille.


- SUPERMAN : ORDER OF THE BLACK LAMP (Pt. 3) (Ecrit par Christopher Cantwell, dessiné par Javier Rodriguez) - Superman a retrouvé Hop Harrigan mais tous deux sont piégés par le Dr. Anthelme qui entend bien faire en sorte que tout le monde oublie le kryptonien comme cela a été le cas pour l'aventurier...
 

C'est la conclusion de cette histoire écrite par Christopher Cantwell. A moins que... En effet, un "The End ?" interrogatif dans la dernière case laisse espérer une suite pour ce récit qui conviendrait parfaitement pour le DC Black Label. En tout cas, tel quel, ce triptyque a été passionnant à suivre, avec un ton rétro tout à fait maîtrisé.

Javier Rodriguez aura été pour beaucoup dans cette réussite et ses planches sont une nouvelle fois somptueuses. Il a brillé pour sa première prestation chez DC avec la lourde tâche d'animer Superman dont il a donné sa version, très élégante comme toujours, soutenue par une colorisation quatre étoiles. 

Encore !


- BATMAN : BLACK & WHITE - CITY OF MONSTERS (Ecrit par Jackson Lanzing & Collin Kelly, dessiné par Jorge Molina) - Dans une version alternative de Gotham, un jeune Batman affronte Man-Bat qui, avec sa horde de vampires, a tué ses parents...  

Comme d'habitude, on termine avec un court récit Batman : Black & White. Cette fois c'est le binôme Jackson Lanzing & Collin Kelly qui s'y colle en imaginant une variation vampirique des origines de Batman. Rien de révolutionnaire, mais c'est plaisant et très rythmé.

Cimme d'habitude (bis), c'est surtout l'occasion d'admirer de magnifiques planches par un artiste qui donne tout : Jorge Molina n'a pas fait que dessiner ce segment, il en a donné l'idée et a travaillé les designs depuis longtemps sans savoir quand il pourrait les utiliser. C'est absolument renversant de beauté gothique et son Batman juvénile, arrogant et svelte est inoubliable.

Encore un excellent numéro même si on espère vite le retour de King et Gerads à leur poste respectif pour que le sommaire retrouve toute sa superbe.

jeudi 20 juillet 2023

GUARDIANS OF THE GALAXY #4, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Kev Walker


Il ne faut jamais juger un livre à sa couverture et c'est particulièrement vrai pour ce 4ème n° de Guardians of the Galaxy qui suggère un duel entre Rocket Raccon et Star-Lord sous le regard médusé des autres membres de l'équipe. Et quelque part, c'est dommage qu'on n'ait pas eu droit à ça car ça aurait été plus consistant que ce que proposent Collin Kelly & Jackson Lanzing. Kev Walker est le seul à sauver les meubles.



Séparé des Gardiens de la Galaxie, Rocket Raccon officie comme shérif des étoiles, protégeant des populations dans les territoires du Manifold contre les attaques du Grootfall. Sur une de ces planètes refuges, il accueille un culte dévoué au monstre, persuadé que ses destructions aboutiront à une renaissance pour leurs adeptes...


C'est une grosse déception que cet épisode. D'ailleurs, pour parler franchement, depuis la relance de la série, je ne peux pas dire que j'ai été convaincu par la proposition des scénaristes Collin Kelly et Jackson Lanzing dont je me demande s'ils ne sont pas franchement surcôtés. Moi-même, j'avais placé beaucoup d'espoir en eux, après leurs épisodes sur Green Arrow...
 

Mais depuis, tout ce qui m'est passé entre les mains qu'ils ont signé m'a laissé sur ma fin. Captain America : Sentinel of Liberty valait essentiellement pour le dessin de Carmen Carnero car l'intrigue ne brillait guère par son originalité (et la perspective de les voir relancer Thunderbolts à la rentrée ne me ravit pas). Quant aux Guardians of the Galaxy...


Disons, pour faire simple, que je me demande ce qu'ils attendent pour démarrer vraiment leur histoire, décompressée au possible, et se reposant une fois de plus sur un artiste en feu, ici Kev Walker, et des artifices cosmétiques plus que des idées narratives.

Voilà quatre mois que Kelly et Lanzing parlent de Grootfall sans qu'on sache vraiment de quoi il s'agit, d'où ça vient, comment ça a commencé. Selon une formule répétitive chez Marvel depuis quelque temps, la série a redémarré avec les héros dans une situation de crise. Les Gardiens se sont désunis, l'ambiance est morose, et désormais ils sont déguisés comme un cowboy (Star-Lord), une chanteuse de saloon (Mantis), une chasseuses de primes (Gamora), un barbare (Drax) et Nebula est devenue un robot. Pourquoi ? Là encore : mystère.

Mais bon, après tout, pourquoi pas si l'histoire est prenante ? Sauf qu'elle ne l'est pas. Ces quatre épisodes sont trop décompressés, et abusent de scènes inutiles, sans enjeux, sans intensité, alors que, dans le même temps, les deux auteurs veulent nous convaincre qu'une menace terrible (et effectivement visuellement impressionnante) mobilisent les héros. Cette contradiction aboutit à une lecture laborieuse, ennuyeuse, sans nerf, sans rythme, totalement à l'opposé de qu'on est censé ressentir.

Star-Lord et compagnie vont ici et là pour prévenir de la menace du Grootfall sans éviter la catastrophe. Il faut dire qu'ils sont particulièrement mous, comme si la bataille était perdue d'avance, et leur côté badass n'y fait rien. On a l'impression qu'ils sortent d'un bal costumé et n'ont plus l'énergie pour convaincre les foules de les écouter.

Est-ce que ça allait un peu bouger avec Rocket Raccoon, son mauvais caractère, sa proximité avec Groot ? Pas vraiment. L'épisode n'est pas avare en splash-pages, grandioses, et Kev Walker tient la baraque avec un talent fou. Lui nous en donne pour notre argent, mais j'imagine que le script qu'il reçoit chaque mois ne doit pas l'assommer d'indications scéniques et qu'il a donc tout le loisir de meubler comme il en a envie. Tout ça ressemble à un pastiche  de la "Marvel's way" imaginée par Stan Lee où les artistes recevaient un vague plan que le dessinateur mettait en images avant que le scénariste ne revienne pour écrire les dialogues.

Mais Stan Lee, contrairement à Kelly et Lanzing, était un dialoguiste plein de verve, alors que là on a droit une voix off indigne de Rocket Raccoon, sans vitalité, avec des figurants fantomatiques (ce fameux culte) et une action (ou plutôt une inaction) exaspérante. Je ne spoile rien d'important en vous révélant qu'à la fin Rocket et les autres Gardiens sont réunis et vont devoir retravailler tous ensemble car la version de Groot avec laquelle Star-Lord a communiqué dans l'épisode précédent les a convoqués pour s'expliquer.

Ce sera donc un quitte ou double que ce cinquième et prochain numéro : soit Kelly et Lanzing sortent de leur chapeau de space cowboy quelque chose qui me motivera à poursuivre l'aventure, soit - et ce malgré Kev Walker - j'en resterai là parce que payer 3,99 $ pour si peu à lire, c'est vraiment abusé. Marvel file un mauvais coton : entre faire mourir des personnages pour les ressusciter (sous une nouvelle forme) à peine quelques mois plus tard, répéter ad nauseam les mêmes gimmicks pour relancer des séries, annoncer des refontes de franchises, confier des séries-phares à des auteurs moyens, tout ça n'est vraiment pas bandant.

vendredi 23 juin 2023

GUARDIANS OF THE GALAWY #3, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Kev Walker


Guardians of the Galaxy #3 avait le devoir de redresser la barre après un précédent épisode un peu creux. Collin Kelly & Jackson Lanzing répondent présent et se concentrent sur Star-Lord et Drax tout en progressant dans l'intrigue concernant Grootfall. Kev Walker illustre ceci avec maestria. Une belle reprise en main.


Invité par sa soeur, qui trône sur Spartax désormais, à participer à une chasse avec le Capitaine Saggitar, Peter Quill arrive sur une planète stérilisée en compagnie de Drax. Mais la situation dégénère quand une manifestation du Grootfall entre en contact avec Quill alors que Sagitttar ne pense qu'à ses trophées...


Les sollicitations de Marvel pour le mois de Septembre viennent de tomber au moment où je rédige cette critique et ont révélé que le fin mot sur le mystère Grootfall serait dévoilé à la rentrée dans Guardians of the Galaxy #6. C'est bien : on n'aura plus à attendre très longtemps.


Et déjà dans ce n° 3, on commence enfin à voir apparaître quelques indices quand Collin Kelly & Jackson Lanzing entraînent deux des membres des Gardiens dans une chasse organisée par le capitaine Sagittar et à laquelle la soeur de Peter Quill lui a demandé de participer.


Peter Quill s'y rend en traînant les pieds, moins intéressé par la chasse que soucieux d'avertir le représentant de Spartax de l'arrivée du Grootfall et de la menace planétaire qu'il représente. Encore une fois, comme le mois dernier, il va se heurter à un interlocuteur qui se fiche du danger.

L'épisode ne traîne pas et se déploie en une seule séquence (ou presque) au cours de laquelle, rapidement, Drax est effaré par le spectacle du capitaine Sagittar et de sa troupe qui chasse moins qu'il ne massacre des animaux, armés de fusils surpuissants face à une faune piégée par des androïdes rabatteurs.

Pour qui n'aime pas la chasse dans la réalité, l'épisode ne prend pas de gants et renvoie ses pratiquants à des individus moins soucieux de l'équilibre environnemental (comme certains prétendent l'être) qu'à des individus vaniteux aimant montrer leur supériorité et afficher sans complexe leur cruauté. Ce n'est pas subtil, c'est même très manichéen mais efficace.

Puis quand les chasseurs sont face à une manifestation du Grootfall, les esprits s'échauffent. Star-Lord saisit cette occasion pour lâcher la bride à Drax qui, tous couteaux dehors, saignent quelques chasseurs pendant que son acolyte tente d'entrer en contact avec la créature, convaincu qu'au fond d'elle subsiste encore Groot. L'évocation de Rocket Raccoon dans le dialogue qui suit annonce déjà le retour du raton-laveur au premier plan et amorce aussi une explication quand à son absence dans l'équipe.

On pourrait facilement taxer les auteurs d'opportunisme en s'alignant sur le film encore en salles et au coeur duquel se trouve Rocket. Mais en vérité, la version des Gardiens par Kelly et Lanzing est tellement différente de celle de Gunn qu'il n'est pas raisonnable de leur adresser ce reproche (sauf à faire preuve de beaucoup de mauvaise foi). Les dernières pages de l'épisode rappellent aussi que le Star-Lord qu'animent les scénaristes prolonge celui qu'a transformé profondément Al Ewing dans son run en en faisant un être très puissant.

Kev Walker produit des planches spectaculaires à souhait et la pleine page (ci-dessus) où on découvre la manifestation du Grootfall est superbe, inquiétante et grandiose. La manière dont il découpe le dialogue qui se noue entre Quill et la créature est aussi magistrale.

Pendant longtemps, je n'étais pas un grand fan du travail de Walker que je trouvais un peu trop brut à mon goût. Mais c'est un dessinateur que j'apprends à apprécier de plus en plus. Il n'est pas aisé de lui trouver quelqu'un à qui le comparer, de deviner ses influences. Mais toutefois, en faisant un effort en ce sens, c'est, je crois, à Mike Mignola qu'il me fait le plus penser.

Comme le créateur de Hellboy, il y a chez Walker une identité graphique très forte. Il ne cherche pas à plaire à tout prix et on peut même dire que cela passe d'abord par sa manière d'aborder les personnages, hors de tout réalisme académique. Là où, comme Mignola, Walker est très fort, c'est dans l'aspect organique de son dessin : remarquez comment il trace à main levée les contours de ses cases, un peu tremblants. C'est presque rafraichissant au moment où beaucoup d'artistes s'inquiètent à raison d'être supplantés par des Intelligences Artificielles (et Marvel vient de franchir une sorte de ligne rouge en créant le générique de la série Secret Invasion sur Disney + à partir d'instructions données à un ordinateur, ce qui a été vécu comme une insulte, légitime, par les créateurs).

Ce volume de Guardians of the Galaxy n'est pas gai, et les deux scénaristes à la barre ne sont visiblement pas là pour écrire un arc au terme duquel tout va s'éclaircir, s'illuminer. En situant leur intrigue un an après un événement qui a remodelé profondément l'équipe, ils préviennent le lecteur que ce qui a dû se passer est grave. Et même si, pour l'instant, le résultat est un peu inégal, il pique notre curiosité.

jeudi 25 mai 2023

GUARDIANS OF THE GALAXY #2, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Kev Walker


Ce deuxième épisode de Guardians of the Galaxy est sorti la semaine dernière mais je l'avais mis de côté après été voir Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 de James Gunn. Je voulais le lire à tête reposée sans penser au film. Collin Kelly et Jackson Lanzing se démarquent nettement de ce qu'a fait James Gunn et même des autres auteurs sur la série avant, tout comme visuellement Kev Walker apporte une vision singulière. Mais ça n'empêche pas quelques reproches...


Star-Lord et Mantis rencontrent Krakeen Toreth, un ami de longue date de Peter Quill à qui il remet un message provenant de Spartax. Les deux Gardiens évoquent la menace de Grootfall. Mais Krakeen refuse de déplacer ses troupes face à l'ennemi. Ennemi qu'abordent Nebula et Gamora pour lui voler du Mysterium...


Le mois dernier, la relance de Guardians of the Galaxy en mode western cosmique a pu dérouter mais il faut reconnaître que Collin Kelly et Jackson Lanzing nous embarquaient dans une histoire intrigante menée tambour battant, qui tranchait avec tout ce qu'on avait lu avec ces personnages.


On était donc en droit d'espérer que l'épisode de ce mois-ci allait en dévoiler un peu plus sur plusieurs points : qu'était-il arriver à Groot ? Où était passé Rocket Raccoon ? Que faisait Nebula dans l'équipe ? Pourquoi Mantis en faisait-elle à nouveau parti ? C'est donc assez légitimement qu'on est déçu et frustré que les deux scénaristes ne proposent rien de tel.


En effet, au lieu de ça, on a droit à un épisode qu'on peut facilement juger dispensable puisqu'il ne fait pas progresser l'histoire d'un iota, ne dévoilant rien des mystères montrés dans le premier numéro. Comme si, déjà, les auteurs tiraient sur la corde, gagnaient du temps. Un comble.

Pourtant, il serait injuste et précipité de s'emporter car en examinant les sollicitations pour les prochains épisodes (les annonces des publications Marvel pour Août prochain sont tombées), on se rend compte que tout a l'air de bouger et donc nous devrions être bientôt affranchis sur ce que Kelly et Lanzing ont concocté.

Pour l'heure donc, on a droit à un épisode en narration parallèle avec, d'un côté, Peter Quill, accompagné par Mantis, qui avertit un vieil ami, Krakeen Toreth de la menace de Grootfall et lui conseille de quitter les positions qu'il tient avec ses troupes militaires s'ils ne veulent pas être détruits. De l'autre, Nebula entraîne Gamora chez les ennemis de Krakeen, moins pour les convaincre de s'en aller eux aussi que pour leur dérober du Mysterium qu'elles comptent revendre pour s'approvisionner en carburant.

Sur cette deuxième partie, les lecteurs de SWORD se rappelleront du Mysterium, ce minerai découvert par l'équipe d'Abigail Brand, dans la série éponyme d'Al Ewing et Valerio Schiti, et qui assure une nouvelle fortune aux mutants. On est dans la configuration d'un hold-up mené par deux femmes qui n'hésitent pas à tuer quiconque se dresse sur leur chemin pour récupérer ce qu'elles convoitent. La représentation de leur violence est atténuée par les dessins de Kev Walker qui forcent les expressions et expédient la bagarre dans des planches découpées volontairement grossièrement. Il ne cherche pas à rendre les deux héroïnes séduisantes, d'ailleurs Nebula n'a plus grand-chose d'humain comme ses adversaires.

Dans la première partie, Star-Lord et Mantis font face à Krakeen qui a l'aspect d'un homard rouge imposant. Là encore, Kev Walker a recours à un design qui empêche toute identification pour le lecteur et en conséquence lui fait prendre fait et cause pour les deux Gardiens. Quand le ton monte, on espère que les héros s'en sortent et tant pis pour le militaire ami de Peter Quill.

Ceci pris en compte, reste qu'on ne saisit pas vraiment l'utilité toute simple de consacrer un épisode à une mission de sauvetage qui tourne court ou au vol d'un minerai précieux et rare, surtout face à des individus qu'on n'a jamais vus auparavant et qu'on ne reverra jamais après. Au contraire du village où sont intervenus les Gardiens le mois dernier, on se fiche totalement du sort auquel se condamnent ces deux camps en guerre dans un coin perdu de l'univers. Grootfall peut bien les détruire que ça n'empêchera personne de dormir.

A cet égard, la situation de Drax, qui refuse de suivre une ou l'autre des délégations des Gardiens, et n'intervient que pour couvrir ses amis quand ils regagnent leur vaisseau sous les tirs des deux belligérants, traduit bien le sentiment du lecteur, spectateur d'une histoire dont il se fiche éperdument.

In fine, le seul élément qui justifie cet épisode est peu mis en valeur et on pourrait même l'oublier complètement si la dernière page ne nous le rappelait pas. Krakeen remet à Star-Lord un courrier provenant de Spartax (la planète de son père) et à la toute fin donc, on voit Quill le lire et prendre un air inquiet. Mais là aussi, Lanzing et Kelly, inexplicablement, ne nous en disent pas plus, on ignore la teneur du message, et donc la raison de l'inquiétude de Star-Lord (même si on devine que c'est en lien avec Grootfall, mais ce n'est qu'une hypothèse étant donné que Spartax n'est pas du tout dans le secteur où les Gardiens attendent Grootfall).

On n'est donc pas loin de l'épisode pour rien. Ou du moins d'un épisode pour quelque chose mal mis en scène et qui ne justifiait pas vingt pages même mouvementées. On va donc espérer que le prochain numéro sera plus consistant et plus en relation avec la transformation terrifiante de Groot.

jeudi 13 avril 2023

GUARDIANS OF THE GALAXY #1, de Jackson Lanzing & Collin Kelly et Kev Walker


Deux ans après leur dernière série (pilotée par Al Ewing et Juann Cabal) et alors que le dernier volet de la trilogie que leur a consacrés James Gunn au cinéma est sur le point de sortir, Marvel relance Guardians of the Galaxy. Jackson Lanzing & Collin Kelly, les scénaristes qui montent chez l'éditeur, sont aux commandes de ce septième volume du titre, accompagnés au dessin par Kev Walker. Une reprise accrocheuse mais aussi très révélatrice de ce que produit la "maison des idées" actuellement...


Les Gardiens de la Galaxie (formés de Star-Lord, Gamora, Mantis, Nebula et Drax) évacuent la ville de Solitude sur la planète Galilée IV. La situation est tendue car l'endroit est menacée par l'arrivée d'une menace bien connue de héros : leur ami Groot a subi une effrayante transformation...


Le run de Al Ewing et Juann Cabal s'était achevé sur un sentiment d'inachevé, et Marvel a été sage de se donner du temps avant de relancer Guardians of the Galaxy, qui, depuis Brian Michael Bendis (qui, quoi qu'on en pense, en a fait un titre populaire), a accumulé des périodes peu convaincantes (à commencer par les épisodes désastreux de Donny Cates).


L'imminence de la sortie en salles de Guardians of the Galaxy vol. 3 de James Gunn (le 3 Mai en France) a donc motivé cette relance. Il s'agit quand même de la septième série de comics consacrée aux héros de l'espace, qui ont connu diverses compositions, et un vrai renouveau grâce à Dan Abnett et Andy Lanning.
 

Qui allait s'y coller cette fois, sinon les deux scénaristes qui montent chez Marvel ? J'ai nommé Jackson Lanzing et Collin Kelly, déjà aux manettes de Captain America : Sentinel of Liberty actuellement. Et leur approche en a dérouté plus d'un quand les previews ont circulé.

Car, dès la couverture (signée Marco Checchetto), l'ambiance faisait plus penser à un western qu'à un space opera. Avec son stetson et son long manteau, Star-Lord ressemble à un cowboy tandis que Mantis évoque une chanteuse de saloon. Drax, lui, est déguisé comme un néo-Conan. Vous remarquerez qu'on ne voit pas Rocket Raccoon : normal, il n'apparaît pas dans ce premier épisode (et les scénaristes entretiennent le mystère pour la suite).

Parfois ce genre de relooking extrême permet à une série de retrouver des couleurs et on espère que Lanzing et Kelly confirmeront les bonnes dispositions qu'ils affichent dans ce démarrage accrocheur. D'autant qu'ils sont soutenus par un dessinateur expérimenté, qui a déjà évolué dans ce registre (sur War of Kings et Realm of Kings, deux sagas à laquelle les Gardiens de la Galaxie prirent part du temps de Abnett et Lanning) et qui a pas mal roulé sa bosse sur d'autres titres ensuite (Avengers période Hickman, Doctor Strange version Waid...).

Je n'ai pas toujours été un grand fan de Kev Walker dont je trouvai le trait grossier, en particulier sur Avengers Arena (dont le pitch ne me plaisait pas davantage). Il n'évolue pas dans un style réaliste classique, il a une sensibilité plus proche d'artistes comme Chris Bachalo, Humberto Ramos et Mike Mignola dans la mesure où il ne cherche pas à flatter à tout prix l'oeil du lecteur et à rendre les personnages qu'il anime attrayants.

Mais il y a chez lui une indéniable énergie et, ce qui n'est pas négligeable, une régularité. Depuis Doctor Strange : Surgeon Supreme (écrit par Waid), il me semble qu'il a un peu simplifié son dessin pour le rendre plus lisible et efficace, tout en conservant son aspect anguleux et fouillé. Dans le cadre western donné à la série par Lanzing et Kelly, on pense aussi maintenant à l'influence de Jean "Moebius" Giraud et Jean-Claude Mézières, les deux artistes les plus marquants quand il s'agit de représentation de paysages empruntés à ce genre (de Blueberry à Valérian en passant par Arzach). Et pour ne rien gâcher, c'est Matt Hollingsworth qui colorise tout ça avec le brio qu'on lui connaît : le découpage direct de Walker permet à ce collaborateur aguerri de prouver à quel point sa palette est nuancée.

Néanmoins, sans jouer les rabat-joie, ce relaunch de Guardians of the Galaxy résume bien une tendance actuelle des comics Marvel. Déjà éprouvé sur Amazing Spider-Man par Zeb Wells et John Romita Jr. ou Invincible Iron Man de Gerry Duggan et Juan Frigeri, le principe est ici le même : on commence par renouer avec les héros dans une situation très différente et beaucoup plus dramatique que celle où on les avait laissés. Dans tous les cas, ce sont des personnages qui ont beaucoup, voire tout perdu, et qui ne vont pas bien, dont les relations avec les autres (leurs amis, leur famille, leurs partenaires) sont tendues.

On ignore ce qui s'est passé, comme ici quand un gamin demande ce qui est arrivé aux Gardiens. Et les auteurs gardent le mystère un certain temps, assez pour intriguer le lecteur, mais pas trop pour ne pas le lasser. Evidemment, ce procédé est risqué car si la raison pour laquelle les héros sont dans cet état n'est pas à la hauteur des attentes, la déception sera grande chez les fans. Ici, Lanzing et Kelly donnent déjà un début de réponse (avec ce qui est arrivé à Groot) mais sans entrer dans les détails (comment est-ce arrivé ? Et comment cela explique-t-il le climat tendu entre les Gardiens ? Et enfin où est Rocket Raccoon, le plus proche ami de Groot ?).

Cela distingue Marvel de DC, chez qui, actuellement, la mode consiste à produire des séries mettant en avant la luminosité, la positivité des héros, après Dark Crisis (et plus généralement des années d'histoires sombres). Marvel préfère miser sur des nouveaux départs mal engagés (comme ce qu'on appris récemment avec les Fantastic Four, bannis de New York) et donc raconter le parcours que devront effectuer les héros pour remonter la pente. Deux salles, deux ambiances donc. Mais l'avantage, c'est que, au moins, il y a le choix.

dimanche 26 février 2023

BATMAN : ONE BAD DAY - CLAYFACE, de Jackson Lanzing & Collin Kelly et Xermanico


Pour ce pénultième numéro de la collection Batman : One Bad Day, le trio Jackson Lanzing-Collin Kelly (scénario) - Xermanico (dessin) a jeté son dévolu sur Clayface/Gueule d'argile. Comme d'habitude, il s'agit d'un récit complet d'une soixantaine de pages consacré avant tout au vilain de l'histoire, où Batman apparaît peu (davantage comme dans l'épisode consacré à Catwoman que celui avec Mr. Freeze donc). Le résultat est rien moins que magistral.


Basil Karlo a quitté Gotham pour revenir tenter sa chance à Hollywood. Sous une nouvelle apparence et un nouveau nom, celui qui se fait désormais appelé Clay est embauché, pour gagner sa vie entre deux castings, comme serveur. Il se fait une amie de Kat, également employée dans le même restaurant et qui souhaite vendre un script à un studio (dès qu'elle l'aura achevé).


Les choses commencent à se gâter quand Clay, Corey, un autre collègue, doit passer une audition pour le même film que Clay et qu'il décroche le rôle principal. Jaloux, Clay tue Corey et prend son apparence. Mais le premier jour de tournage, il se dispute avec le réalisateur à propos de la manière d'interpréter le personnage. 


C'est le début d'une série de meurtres qui va conduire Clay à usurper l'identité de plusieurs personnes jusqu'à celle d'un producteur organisant une fête dans sa luxueuse villa sur les hauteurs de Los Angeles. Parmi les invités se trouve Bruce Wayne...


Alors que la collection Batman : One Bad Day s'achève le mois prochain avec un ultime numéro consacré à Ra's Al Ghul (écrit par Tom Taylor et dessiné par Ivan Reis), et après l'excellent tome dédié à Catwoman (par G. Willow Wilson et Jamie McKelvie), c'est au tour de Clayface (Gueule d'argile) d'avoir les honneurs d'un récit complet.
 

DC Comics a convaincu les actuels scénaristes de Captain America : Sentinel of Liberty d'écrire le script et Jackson Lanzing et Collin Kelly ont produit un vrai chef d'oeuvre. Visiblement inspiré par le personnage, il font de cette histoire un miroir de ses origines et glisse des clins d'oeil à des classiques, en particulier Killing Joke d'Alan Moore et Brian Bolland.

Il y a eu plusieurs Clayface dans l'a continuité du DCU mais le plus connu reste Basil Karlo et c'est lui qu'ont choisi Lanzing et Kelly. Devenu fou quand il a appris qu'on allait tourner un remake du film d'horreur dans lequel il avait joué, il tua tous les membres du casting et de l'équipe technique. Arrêté par Batman et Robin, il fit de fréquents allers-retours à l'asile d'Arkham par la suite jusqu'à ce que le Pingouin lui remette un échantillon d'argile magique qui, mêlé à son sang, en fit un monstre capable de changer d'apparence. Ainsi naquit Clayface/Gueule d'argile.

Il y a eu cependant une volonté récente de racheter ce méchant lors du run de James Tynion IV sur le titre Detective Comics quand le scénariste l'intégra aux "Gotham Knights" dirigés par Batman et Batwoman, aux côtés de Spoiler, Robin (Tim Drake) et Orphan. Mais même dans cette période, la tragédie rattrapa Basil Karlo qui, confronté à une femme qu'il défigura lors d'une ses exactions passées, et maniupulé par le Syndicat des Victimes, perdit à nouveau la raison et dut être neutralisé violemment par Batwoman, causant un schisme dans l'équipe qu'elle menait.

Jackson Lanzing et Collin Kelly ne font pas mention de cette parenthèse héroïque et reviennent aux sources du personnage en composant un récit qui fait écho à ses origines. Quittant Gotham pour tenter à nouveau sa chance à Hollywood, Basil change d'identité et d'apparence et repart de zéro en courant les castings, subsistant en travaillant comme serveur. Il rencontre d'autres prétendants à la gloire, comme Kat, une scénariste qui lutte pour achever un script, ou Corey, un autre comédien.

Les deux scénaristes partent d'une situation banale pour enclencher un engrenage criminel quand Corey auditionne pour le même rôle que Basil et décroche la timballe. Le sentiment d'échec de Karlo est d'autant plus vif que lors de son casting son interprétation était trop grandiloquente et qu'il s'est emporté quand la directrice de casting le lui a reproché. C'est tout le drame du personnage, convaincu d'avoir raison contre tous parce qu'il a une vision.

Sans pesanteur, Lanzing et Kelly citent Killing Joke, le classique de Alan Moore et Brian Bolland, car c'est pour le premeir rôle d'une adaptation cinématopgraphique que Basil et Corey passent une audition. D'une certaine manière, Basil a raison de dire qu'il comprend mieux le rôle que n'importe qui puisque l'histoire du film s'est déroulée à Gotham et qu'ellle raconte la naissance du Joker. Mais il n'empêche que, sans ambiguïté, il joue effectivement mal sa partition, en en faisant des caisses.

Habilement, Lanzing et Kelly ne montrent pas l'audition de Corey, on ne sait donc pas s'il a été objectivement meilleur que Basil. Mais ce n'est pas l'important : Basil est frustré par cet échec, d'autant plus qu'il profite à un rival (quand bien même il est aussi son ami). La suite est une répétition de cette frustration initiale : que ce soit avec le réalisateur du film, les membres de l'équipe de tournage, le producteur, il s'estime incompris injustement et tuer ceux qui ne le comprennent pas est le seul moyen efficace à ses yeux pour réparer cet affront. Il ne se rend même pas compte qu'il s'agit d'une fuite en avant.

Dans la dernière partie du récit, les deux scénaristes intègrent Bruce Wayne et dans une courte mais géniale scène, on voit Basil qui le reconnaît et perd littéralement toute contenance au point de devoir se réfugier dans une pièce pour recouvrer son sang froid. Mais il est trop tard. Dans un utltime sursaut, il révélera sa véritable identité à Kat, qui le reconnaîtra alors et comprendra qu'il est l'auteur des crimes...

La réussite magistrale du projet tient dans son côté direct : le vrai monstre, ce n'est en définitive pas Clayface mais Basil Karlo. Clayface n'est que la conséquence du drame de Karlo. Il ne s'agit pas d'un cas semblable à celui du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde puisque Basil sait exactement ce qu'il fait, même quand il laisse resurgir Clayface. En vérité, Clayface est l'arme de Basil, il la dégaine pour éliminer les obstacles qui se dressent devant lui et ses pouvoirs lui permettent ensuite de prendre l'apparence de ses victimes en espérant progresser dans la société. Parvenu (c'est le cas de le dire) au sommet de l'échelle, confronté à un énième échec, il n'a plus d'autre choix que de fuir encore - mais pour aller où ? Il s'est condamné tout seul.

Le script, ciselé comme une pierre d'orfèvre, est magnifiquement servi par le dessin, sublime, de Xermanico. Il a également peint la couverture de l'album, mais pour les pages intérieures, il a pu s'appuyer sur le fabuleux Romulo Fajardo. Ensemble, ils composent des planches exceptionnelles.

Le découpage alternne fréquemment "gaufriers" de neuf cases (hommage supplémentaire à Killing Joke) et doubles pages, qui baignent dans des lumières nuancées. Fajardo accomplit un travail sensationnel pour habiller les dessins, sans déborder dessus.

Xermanico, qui a donc une formation de peintre, sait comment dessiner en laissant de la place à son collaborateur. Son trait esst fin, précis, et ses personnages sont expressifs. Ses décors sont fournis, détaillés. Surtout ses compositions sont toujours parfaites, avec une disposition des divers éléments dans l'image harmonieuse et dynamique.

Il est certain que l'artiste produit une oeuvre majeure dans sa carrière en pleine ascension et on ne peut qu'être impatient de le retrouver sur la prochaine série Green Lantern, avec le retour au premier plan de Hal Jordan, qui sera écrite par Jeremy Adams et sortira en Mai prochain.

Batman : One Bad Day s'enrichit elle d'un nouveau chapitre de haute volée. Je sens que je vais crauer pour le Ra's Al Ghul de Taylor et Reis maintenant...

jeudi 10 novembre 2022

CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY #6, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Carmen Carnero


Ce sixième épisode de Captain America : Sentinel of Liberty marque la fin du premier arc de la série écrite par Collin Kelly et Jackson Lanzing et dessinée par Carmen Carnero. C'est aussi le dernier numéro que je critiquerai puisque j'ai décidé de ne pas aller plus loin. Ce n'est pas déplaisant à lire, mais tout simplement je n'accroche pas.


Alors, plutôt que de vous résumer l'épisode, comme je le fais souvent à la fin d'un arc narratif ou d'une mini-série, je vais m'en tenir à l'essentiel. D'ailleurs, à proprement parler, il n'y a pas grand-chose à résumer : on assiste à un long affrontement entre Captain America et Bucky, déclenché par la décision de ce dernier de sièger à la table du Cercle Externe, cette organisation qui semble avoir eu une énorme influence politique sur le monde depuis des décennies en en manipulant les symboles héroïques.


Bucky a lui-même été manipulé depuis sa formation militaire jusqu'à sa carrière comme Soldat de l'Hiver. Et il vient d'abattre froidement le membre du Cercle qui se faisait appeler la Révolution pour prendre sa place. Son plan : miner l'organisation de l'intérieur. Ce que refuse Captain America, craignant que son ami n'y laisse son âme...


Un peu contre toute attente, Collin Kelly et Jackson Lanzing donnent l'avantage à Bucky dans ce duel et il accomplit ce qu'il avait en tête, tandis que Cap est sur la touche. Est-ce si surprenant ? Pas vraiment et on peut accorder aux deux scénaristes d'être logiques.


En effet, déjà dans la dernière mini-série qui lui a été consacré (par Kyle Higgins et Rod Reis), Bucky finissait par tuer, accidentellement un homme. Bizarrement, personne n'avait considéré cela par la suite, sans doute parce que cette histoire a connu peu de succès et qu'aucun editor chez Marvel n'a cru bon d'y revenir.

Mais disons que le ver était dans le fruit. Et Kelly et Lanzing ont aussi exploité un tie-in de l'event Devil's Reign qu'ils avaient d'ailleurs écrit et où Bucky dérobait au Caïd un dossier compromettant à son sujet. Un de plus. Et c'est une partie du problème, une des raisons qui me fait arrêter la lecture de Captain America : Sentinel of Liberty.

Soyons clairs : j'ai plutôt bien aimé cette relance, attendue, de la série consacrée à Steve Rogers (alors que celle consacrée à l'autre Captain America, Sam Wilson, m'est tombé des mains). Kelly et Lanzing ont fondé leur intrigue sur un mystère entourant le bouclier de Cap et ils l'ont fait avec la manière. Mais au final, ça n'est pas allé là où j'espérai, comme j'aurai aimé.

En effet, le Cercle Externe, comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, n'est qu'un énième avatar de sociétés secrètes comme le Marvel Universe en regorge (Hydra, Empire Secret...) et ses desseins ne sont guère plus originaux (contrôler le monde en détournant ses symboles, en coulisses depuis des décennies, ce qui fait penser aux Illuminati).

Ensuite, de façon plutôt étonnante, le vrai héros de ce premier arc aura finalement plus été Bucky Barnes/le Soldat de l'Hiver que Captain America. A la fin de ce sixième épisode, cest lui dont le destin chavire le plus. Mais pas forcément le plus adroitement.

Depuis que Ed Brubaker a ramené Bucky parmi les vivants, le personnage est resté intimement lié à sa vision : un être torturé, usé par des années à avoir été manipulé, en quête de rédemption, mais à qui on retire toute solution de rachat. Il a perdu l'amour de la Veuve Noire, le droit d''incarner Captain America, de redevenir simplement un héros, un gentiln un bon. Et Kelly et Lanzing ont enfoncé un clou de plus dans le cercueil de Bucky au profit de son double sombre qu'est le Soldat de l'Hiver.

Bref, vraiment rien de nouveau sous le soleil, entre organisations secrètes et damnation éternelle de Bucky (quand bien même ce dernier souhaite intégrer le Cercle Externe pour le torpiller de l'intérieur). J'ai eu cette impression permanente que rien ne sortirait de neuf de cette relance à mesure que les épisodes se succédaient. C'était agréable à lire, mais il manquait quelque chose, un regard original, une perspective inédite. A croire qu'il est devenu très difficile d'écrire Captain America, comme Superman chez DC, sans répéter les mêmes clichés : le héros idéaliste dans un monde devenu trop complexe, la tentation d'en faire quelque chose de sérieux, de tragique.

Peut-être aussi ne suis-je pas prêt à m'investir dans une intrigue au long cours avec ce personnage que j'ai vraiment apprécié pour la dernière fois lors des épisodes de Mark Waid et Chris Samnee, avec leur format done-in-one mais sous-tendu par un fil rouge vite résolu. A peine un run mais tellement frustrant quand on considère à quel point il rafraîchissait le personnage, qui revenait de loin (après l'event Secret Empire et le "Captain Hydra" de Nick Spencer). Je ne veux jamais avoir à me forcer de lire une série, donc j'arrête avant d'avoir à en dire du mal.

Carmen Carnero, elle, je la regretterai car elle m'a vraiment bluffé pendant six épisodes. Souvent ces inventions visuelles m'ont gardé à flot et elle en produit avec une belle régularité. Pour le coup, elle mérite vraiment tous les éloges et son statut de "stormbreaker" Marvel, car c'est vraiment une artiste avec laquelle il faudra compter et pour peu qu'elle ne se lasse pas trop vite de Captain America, elle a tout pour devenir une dessinatrice appréciée du grand public (sans compter que c'est la première à illustrer la série).

Avec le coloriste Nolan Woodard, elle a formé une équipe très solide, très complémentaire, chacun mettant en valeur le travail de l'autre. Carnero m'avait laissé sur ma faim quand elle s'occupait de Captain Marvel, mais ici elle donne sa pleine mesure avec des découpages très dynamiques, un trait de toute beauté, un encrage solide. Marvel tient là une artiste de première classe.

Voilà, Captain America : Sentinel of Liberty, c'est fini pour moi. Je ne vais pas attendre que d'autres me proposent quelque chose qui me conviennent mieux parce que Kelly et Lanzing me paraissent être là pour un moment et c'est très bien pour ceux qui apprécient. Marvel, eux et Tochi Onyebuchi ont de grands plans pour 2023 puisqu'un crossover, Cold War, va lier les deux titres Captain America. L'année prochaine va d'ailleurs être très fournie en grosses histoires (pratiquemment sans discontinuer, sur toutes les franchises) et je vais sans doute en zapper un paquet.

vendredi 7 octobre 2022

CAPTAIN AMERICA : SENTINEL OF LIBERTY #5, de Collin Kelly & Jackson Lanzing et Carmen Carnero


Pénultième épisode avant la conclusion du premier arc, Captain America : Sentinel of Liberty #5 relève un peu la tête après la déception du mois dernier. Toutefois, Collin Kelly et Jackson Lanzing se sont lancés dans une histoire plombée par des clichés trop nombreux. C'est dommage, c'était bien parti, et surtout Carmen Carnero est une fois de plus exceptionnelle.


Grâce à l'agent qu'il a réussi à retourner, l'Expurgé, Captain America apprend la localisation du reapire du Cercle Externe, le Capitole de l'Ombre, et s'y fait parachuter avec Bucky.


Tandis que l'Expurgé s'occupe de détruire la salle des machines, les membres du Cercle apparaissent en hologrammes pour expliquer comment ils se sont organisés pour changer le monde.


Encerclés par des soldats, Cap et Bucky réussissent à les convaincre de se rebeller car les bombes dans leurs armures sont à présent désactivées par l'Expurgé.


Cap ety Bucky rejoignent le seul membre du Cercle à n'avoir pas fui. Mais Bucky veut l'éliminer pour se venger d'avoir été manipulé toute sa vie. Cap s'interpose...

Cette reprise de Captain America, avec Steve Rogers dans le rôle, me laissera de gros regrets. J'espérai beaucoup (trop) du dup de scénaristes, Collin Kelly et Jackson Lanzing, pour me donner à nouveau envie de lire les aventures du héros étoilé, mais ça n'a pas fonctionné.

Le premier arc s'achevera le mois prochain, au terme de six épisodes, un format classique, mais aussi impitoyable pour mesurer les qualités d'un titre. Sur la construction de l'intrigue elle-même, il n'y a pas grand-chose à redire : c'est efficace, plaisant à lire, Captain America est bien écrit, bien senti par les auteurs.

Non, là où ça coince pour moi, c'est sur le contenu de l'histoire elle-même. J'aurai dû m'en apeercevoir plus rapidement, mais toutefois est-il que cette intrigue reposant sur une énième organisation secrète qui veut changer le monde et manoeuvre  en coulisses depuis des lustres est archi-cliché et rebattue : ça m'est progressivement littéralement tombé des mains.

C'est un reproche qu'on pourra adresser à bien de séries actuelles où entre des auteurs qui prétendent réinventer des personnages et se vautrent dans des récits vulgaires, et d'autres qui veulent conserver un aspect classique mais ne font que répéter des trucs éculés, ce qui manque cruellement, c'est une volonté affirmée d'imaginer les personnages, leur univers avec un regard subtilement décalé, qui surprend le lecteur sans que celui-ci estime que les fondamentaux sont trahis.

Il faut savoir s'effacer derrière ses personnages. Et encore, par-dessus le marché, leur donner à vivre des aventures qu'on n'a pas déjà l'impression d'avoir déjà lues. Kelly et Lanzing pèchent de ce côté-là : ils sont assez humbles, mais leur inspiration est décevante dès lors que tout ce qu'ils trouvent à dire pour relancer Captain America est de lui opposer une nouvelle organisation secrète, pas plus originale que l'Hydra (par exemple) en orchestrant une nouvelle déchéance de Bucky (qui, bien entendu, joue encore une fois le rôle du pantin, cette fois carrément manipulé depuis l'enfance).

C'est regrettable car Kelly et Lanzing avait à leur disposition une dessinatrice qui, elle, était vraiment inspirée par Captain America et qui prouve au bout de cinq épisodes qu'elle en a encore sous le pied. Carmen Carnero produit des planches magnifiques, les meilleures de sa jeune carrière, et l'épisode est ponctuée par des splash-pages somptueuses, magnifiées par les couleurs de Nolan Woodard.

Cette fois-ci, il nous manque peut-être une double-page comme elle sait si bien en faire avec une action décomposée, ce qui aurait été impeccable lorsque Cap et Bucky sont encerclés par les soldats du Cercle jusqu'à ce que Steve Rogers les persuade de baisser les armes pour recouvrer leur liberté, désormais sans risques (car l'Expurgé a désactivé les bombes dans leurs armures).

Et puis Carnero, ce n'est pas que ces moments de bravoure dans l'action, c'est aussi la capacité à découper une page en "gaufrier" et en cadrant uniquement en gros plan pour montrer l'extrême tension qui s'empare de Cap et Bucky à la fin de l'épisode. Une intensité rare, parfaitement traduite par l'image.

On voit surtout que, sur les deux séries Captain America, Marvel a donné les clés à Kelly et Lnazing puisque c'esst à partir de cette histoire que va être bâti le futur crossover Cold War. Mais ce sera sans moi : après le sixième épisode, le mois prochain, j'arrête les frais.