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lundi 14 août 2023

ASTEROID CITY, de Wes Anderson, est écrasé par le soleil et les tics


Le onzième long métrage de Wes Anderson est à l'image des précédents : c'est un véritable ovni qui ne ressemble qu'à son auteur. Un auteur à qui on a reproché depuis son chef d'oeuvre (The Grand Budapest Hotel, 2014) de tourner quelque peu en rond, enfermé dans un cadre stylistique de plus en plus rigide et désincarné. C'est encore le cas ici, comme s'il s'agissait de tester les vrais fans des autres spectateurs.



Années 1950. Un animateur apparaît dans l'écran d'une télé pour évoquer l'adaptation pour le petit écran de la dernière pièce de théâtre  Conrad Eartp, Asteroid City. L'action se situe dans une bourgade au milieu du désert du Nevada connue pour le cratère formé par la chute d'une météorite il y a plusieurs millions d'années et sa remise de prix décernés à de jeunes génies de la science sous l'autorité de l'armée.


Le photographe de guerre Augie Steenbeck s'y arrête, avec son fils Woodrow et ses trois petites filles, après que sa voiture soit tombée en panne. Mais le garagiste du coin ignore comment la réparer. Ils prennent une chambre dans un motel et au diner, Augie et Woodrow remarque l'actrice Midge Campbell et sa fille en train de se restaurer. 


Un autocar dépose une classe d'élèves venus assister à la remise de prix avec leur instituttrice, June Douglas, puis un groupe de country-folk mené par le chanteur Montana, et trois autres participants au concours de science avec leurs parents. Tout ce beau monde se retrouve dans le cratère pour écouter le discours du général Grif Gibson et assister à la démonstration des participants du concours (dont Woordrow Steenbeck et Dinah Campbell) qui impressionnent le Dr. Hickenlooper.


Mais c'est alors qu'un événement extraordinaire va perturber la soirée : un viasseau extraterrestre surgit en vol stationnaire au-dessus du cratère et son occupant en descend pour dérober la météorite avant de filer. Augie a le temps d'immortaliser la scène sur pellicule. Le général Gibson décide alors de placer toute la bourgade en quarantaine et de faire subir une batterie de tests médicaux et psychiatriques à tous les témoins. Cependant, les participants du concours, avec la complicité du Dr. Hickenlooper, joignent des amis et révèlent l'affaire dont les médias s'emparent, attirant une foule de curieux sur place. Gibson annule la quarantaine mais l'extraterrestre revient pour rendre la météorite. La quarantaine est rétablie aussitôt mais provoque une révolte.


L'animateur télé reprend la parole et explique les circonstances dans lesquelles Conrad Earp a rencontré Jonas Hall pour lui confier le rôle d'Augie Steenback avant qu'ils ne deviennent amants. La mise en scène est assurée par Schubert Green et avec l'auteur ils complètent la distribution grâce aux élèves d'un cours d'art dramatique, parmi lesquels se trouve Mercedes Ford qui jouera Midge Campbell. Le soir de la "première" filmée pour la télé, Jonas Hall, profite d'une scène sans lui pour interroger Schubert Green sur le sens de la pièce et se voit répondre que même s'il n'y comprend rien, il doit juste raconter l'histoire.


Six mois plus tard, Conrad Earp trouvera la mort dans un accident de la route. Augie Steenbeck est le dernier à quitter Asteroid City avec ses enfants et son beau-père venu l'aider. Midge lui a laissé son adresse.

Si le cinéma de Wes Anderson vous semble de plus en plus hérmetique, ce n'est pas Asteroid City qui va vous réconcilier avec lui. Comme je l'écris plus haut, depuis The Grand Budapest Hotel il y a presque dix ans, qui paraissait être la culmination de son oeuvre en termes esthétiques et narratifs, le cinéaste texan a perdu quelques-uns de ses fans en route à force d'opus de plus en plus stylisés.

Il paraît en effet loin le temps où Wes Anderson laissait ses films respirer, être investis d'une part de spontanéité, comme lorsqu'il réalisait Rushmore ou La Famille Tenenbaum, La Vie Aquatique ou Moonrise Kingdom. Sa maniaquerie formelle et thérmatique avait trouvé un nouvel écrin, splendide, avec des fims d'animation comme Fantastic Mr. Fox, puis L'île aux chiens, mais on sentait bien qu'il se diversifiait moins qu'il ne laissait submerger par ses lubies.

Son précédent film, The French Dispatch, m'avait déçu. Découpé en sketches, cette chronique d'un journal américain installé en France ne brillait que par intermittences, alternant le très bon et l'anecdotique. Surtout on voyait très clairement que Wes Anderson devenu un metteur en scène courtisé par toutes les vedettes de Hollywood, prêtes à ne faire qu'une figuration pour le compter dans leur filmographie, se laissait griser par son statut, employant effectivement des visages connus pour des apparitions.

On retrouve cela dans Asteroid City où des pointures comme Steve Carrell ou Tom Hanks n'ont quasiment rien à jouer de consistant, où Liev Schrieber, Bryan Cranston, Hope Davis, Bob Balaban, Willem Dafoe ne sont visiblement là que pour leur ami cinéaste, et que les rares nouvelles têtes semblent figés dans des partitions amidonnées où le cadre prime sur le jeu, le style sur le naturel.

Par ailleurs, s'il fallait dire simplement de quoi parle le film, on serait bien embêté. Il y a des motifs récurrents à l'oeuvre de Anderson, comme le deuil, la solitude des petits génies, le cadre insolite qui réunit une foule de personnages. Mais le procédé tourne complètement à vide. Aucune émotion ne vous étreint, tout est comme plaqué sous des couches de laque, et si le tableau est superbement peint (avec une photo très solaire de Robert Yeoman, dans le décor installé à Chinchon en Espagne), il est dénué de charme. 

Jadis maître de cette imagerie "maison de poupée", Wes Anderson en paraît aujourd'hui prisonnier, incapable de se réinventer, de sortir de ce cocon. Les mêmes plans symétriques, les mêmes travelling latéraux, les mêmes champ-contrechamp ne servent plus un propos absurdement charmant et poignant, mais illustrent un spectacle de marionnettes désincarnées où les gimmicks ont pris le dessus sur le reste.

IL faut attendre les apparitions de l'extraterrestre, muettes, suspendues dans le temps, en stop-motion, où les scènes avec Maya Hawke pour que tout ne soit plus aussi guindé. Maya Hawke est ravissante en maîtresse d'école mais surtout c'est la seule dans tout le casting qui ne paraît pas totalement animée comme un robot, sans doute parce que c'est sa première expérience chez Anderson mais aussi parce que sa jeunesse lui a permis de conserver sa spontanéité dans le jeu.

Tous les autres se sont pris ou laissés prendre au piège, des habitués comme Jason Schwartzman à Edward Norton (même s'il s'en tire bien dans un rôle secondaire) à l'inévitable Tilda Swinton en passant par Adrien Brody et, Jeffrey Wright. Scarlett Johansson est absolument horripilante tout du long dans ce qui ressemble au numéro d'une star voulant imiter les acteurs "andersoniens", impassibles, débitant leurs répliques d'une voix monocorde, déguisés comme à la parade. C'est ahurissant de voir tous ces interprètes se plier aussi bêtement aux instructions d'un metteur en scène qui les filme avec aussi peu d'affect. 

Où est passé l'homme qui racontait La Famille Tenebaum, la fugue de Moonrise Kingdom, la rivalité amoureuse de Rushmore, l'histoire d'un père et de son fils dans La Vie aquatique, la folie d'un palace dans The Grand Budapest Hotel ou le périple de trois frangions endeuillés dans A Bord du Darjeeling Limited ? 

Peut-être le retrouvera-t-on en Octobre prochain sur Netflix pour qui il a réalisé un court métrage, The Wonderful Story of Henry Sugar, d'après Roald Dahl (qui lui avait déjà inspiré Fantastic Mr. Fox) ? Croisons les doigts.

lundi 4 octobre 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

Bon, on va pas se mentir : cette semaine, ça a été calme côté news comics. Donc, je vais communiquer sur le peu que j'ai récolté et qui a retenu mon attention, en donnant une part plus large que d'habitude aux images de previews. J'espère que vous allez bien et que vous irez encore mieux après ça.

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METAL HURLANT :


Mercredi dernier, le 29 Septembre donc, un petit événement s'est produit dans la presse spécialisée française. En effet, après presque 34 ans d'absence (malgré une relance éphémère de 2002 à 2004), Metal Hurlant est revenu sous forme d'un "mook" (contraction de Magazine et de Book), épais de 288 pages.
Pour toute une génération, de 1975 à 1987, Métal Hurlant, c'était la référence en matière de culture pop et de sf. Fondé par Jean-Pierre Dionnet, Moebius, Philippe Druillet, Mandryla et l'homme d'affaires Bernard Farkas, il réunissait le gratin de la BD française et a inspiré l'imaginaire d'une quantité d'artistes dans le 9ème et le 7ème Arts.
Aujourd'hui, le titre est relancé par Vincent Bernière, après une campagne de financement participatif, qui a rencontré un énorme engouement. Pour son n°1, le magazine a réussi à attirer de grandes signatures et des nouveaux venus, mais aussi des américains comme Matt Fraction, Jacob Edgar, Brian Michael Bendis. Le prochain sera composé de matériel d'archives, sous la direction de J.-P. Dionnet.
Bref, si vous avez 19,95 Euros à investir, aidez Métal Hurlant !

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SUBSTACK :


C'est désormais une sorte de feuilleton : qui la plateforme Substack a-t-elle réussi à convaincre de pré-publier des comics ? Après avoir fait ses courses chez DC, c'est cette fois une scénariste en vue de chez Marvel qui a cédé aux sirènes de Substack : en effet, Kelly Thompson ( Hawkeye, West Coast Avengers, Captain Marvel, Black Widow) vient d'annoncer qu'elle écrit deux séries inédites pour ce service en ligne et par abonnement. Mais sans, jure-t-elle, que cela n'affecte ses comics en cours chez Marvel.


Le premier de ses projets s'intitule Black Cloak et se présente comme une detective story où sf et fantasy cohabitent dans un monde peuplé de créatures fantastiques. C'est Meredith McLaren (Adventure Time) qui dessinera cette histoire.


L'autre titre est The Cull et c'est Mattia de Iulis, avec qui Thompson a déjà collaboré sur Jessica Jones (d'abord publié en format numérique avant d'être proposé en physique par Marvel), qui se charge des dessins. Le pitch est accrocheur : on suit une bande d'amis partis tourner un film dans un coin perdu et qui, lorsqu'ils en reviennent, découvrent que le monde a complètement changé, mais aussi que des années se sont écoulées.
Kelly Thompson a précisé le rythme de parution : cinq planches (sept pour The Cull) seront mises en ligne chaque semaine, un épisode complet par mois. Ces récits seront disponibles ensuite en physique, probablement édités par Image Comics.
 

Mais Substack a un gros appétit et continue de draguer les vedettes de l'industrie. Parfois en vain : Ed Brubaker a refusé (mais Sean Phillips, son fidèle partenaire, réserve sa réponse). Parfois, les auteurs hésitent : ainsi Matt Fraction et son épouse Kelly Sue DeConnick préfèrent encore réfléchir, conscients des avantages financiers mais soucieux de ne pas se couper du lectorat traditionnel et du format classique.


Et bien entendu, Brian Michael Bendis a été abordé aussi. Il a répondu que sa priorité actuelle était la relance et la création de titres en creator-owned chez Dark Horse Comics. Mais il ne ferme pas la porte à Substack dans l'avenir, ayant même une idée précise de ce qu'il aimerait faire pour la plateforme. Wait and see, donc...
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MARVEL COMICS :


Il est de bon ton d'affirmer que quand c'est calme chez Marvel, c'est valable pour toute l'industrie tant l'éditeur donne le "la". Et ça se vérifie cette semaine où "la maison des idées" n'a pas fait grand bruit côté annonces de comics. Tout juste a-t-on appris que le titre Non-Stop Spider-Man s'arrêtait au n°5.
Depuis son lancement, cette série a joué de malchance, accumulant les retards, ce qui a suscité les quolibets puisque le principe du scénario de Joe Kelly était d'enchaîner des épisodes sans temps morts. Mais Chris Bachalo a été atteint par le virus du COVID-19 et Marvel a retardé le plus longtemps possible son remplacement, pour finir par dépêcher sur le dernier n° Gerardo Sandoval et Cory Smith en soutiens.
Bachalo va mieux (il est actuellement en voyage en Europe avec son fils). Quant à Joe Kelly, il a promis que son projet reviendrait en 2022 sous un nouveau titre, Savage Spider-Man, mais sans doute avec un autre artiste.


Elle aussi reportée à plusieurs reprises, la nouvelle série Black Panther débutera finalement le mois prochain. On savait déjà que John Ridley, scénariste oscarisé de 17 Years a slave, écrirait ce run et que Juann Cabal le dessinerait. Mais Marvel a dû sentir qu'il fallait commencer à communiquer davantage pour donner envie aux lecteurs et a diffusé un trailer et quelques pages (non lettrées) du premier épisode :





C'est beau, hein ?
John Ridley s'est également exprimé au sujet du pitch : des secrets du passé de T'challa vont resurgir à la surface et brouiller ses rapports avec ses proches au Wakanda mais aussi avec ses partenaires au sein des Avengers. Bon, c'est moyennement original, mais quand même j'ai envie de tenter l'aventure, ne serait-ce que pour les dessins de Cabal, qui m'avait fait forte impression sur Guardians of the Galaxy (période Al Ewing).
  

On sort un peu des pages de comics pour s'intéresser au MCU avec la suite et fin du litige opposant Scarlett Johansson à Disney. L'actrice reprochait au studio sa stratégie concernant l'exploitation du film Black Widow, disponible à la fois en salles et sur Disney + lors de sa sortie. Cela l'aurait privé de revenus énormes (estimés à 50 millions de dollars) car elle était intéressée au pourcentage des recettes en salles. Le studio s'était défendu en expliquant qu'en temps de crise sanitaire, il était difficile de miser uniquement sur les salles pour rentabiliser le film. 
Une action en justice a été lancée par les avocats de Johansson, défendue dans les médias par plusieurs autres actrices et organisations féministes qui ont taxé Disney de machisme (!), sous-entendant que le studio refusait de rétribuer équitablement la star (dont le cachet atteindrait quand même les 20 millions).
Et puis, comme apr enchantement, cette semaine, un communiqué commun de Disney et des avocats de Johansson annonçait la fin des poursuites au terme d'un arrangement à l'amiable (on parle d'un dédommagement pour l'actrice d'un montant de 40 millions). Scarlett s'est dite très contente (tu m'étonnes !) et a déclaré être très fière de la collaboration fantastique entre elle et Disney durant ces dernières années (pas sûr que le studio soit aussi ravi et l'engage de sitôt).
 

Toutefois, moi, ce qui m'a davantage ravi, ce sont les déclarations récentes de Kevin Feige, le big boss du MCU, quand il a expliqué avoir de grands projets concernant Daredevil, impliquant l'acteur Charlie Cox, qui a incarné Matt Murdock pendant trois saisons pour la série alors diffusée sur Netflix. Il est vrai que les rumeurs circulaient sur sa présence tout à tour dans la prochaine série Hawkeye, puis Spider-Wan : No Way Home, la future série She-Hulk...
Reverra-t-on Charlie Cox en DD dans une série dédiée ou un film (Joe Carnahan a longtemps travaillé à une adaptation de Daredevil : Renaissance, d'après Frank Miller et John Romita Jr) ? Il semble en tout cas que Feige voudrait plutôt un reboot (qui effacerait donc l'historique de la série Netflix). Mais j'espère qu'il appelera Vincent d'Onofrio pour qu'il reprennen son rôle de Wilson Fisk, le Caïd, qu'il a génialement incarné.

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DC COMICS :

Rien de neuf sous le soleil du côté de DC Comics. Mais j'ai tenu à partager avec vous quelques planches d'une mini-série que j'attends avec impatience, et qui débutera le mois prochain : The Human Target de Tom King et Greg Smallwood. Les deux hommes ont répondu aux questions du site ew.com (voici le lien pour que vous puissiez lire cet interview passionnante, car le scénariste autant que l'artiste y parlent et c'est pas souvent le cas : https://ew.com/books/human-target-preview-tom-king-george-smallwood/ ).
Vous apprendrez la genèse étonnante de ce projet (on peut dire "merci Twitter" pour le coup), l'évolution de l'histoire et de son graphisme depuis le début jusqu'à sa forme finale, et quelques autres secrets (mais sans spoilers).
Et donc, quelques pages (non lettrées) issues du n°1 (sur 12) :






Et en bonus, les couvertures des épisodes 2, 3 et 4, par Smallwood :




Si ça, ça donne pas envie, je ne sais pas ce qu'il vous faut !

Ce sera tout pour cette fois. Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez. Et à bientôt pour de nouvelles critiques !

jeudi 15 juillet 2021

BLACK WIDOW, de Cate Shortland


Après une année "blanche" (en raison de la crise sanitaire), le MCU est de retour dans les salles avec Black Widow, dont la sortie a été repoussée à trois reprises. Le film de Cate Shortland est particulier car son action se situe chronologiquement après Captain America : Civil War et avant Avengers : Infinity War. C'est donc à la fois un retour en arrière et un adieu pour le personnage de la Veuve Noire et son interprète Scarlett Johansson. Mais le résultat est boiteux.


1995, Ohio. Alexei Shostakov et Milena Vostokoff, espions russes installés en Amérique, dovent fuir après avoir été repérés. Ils entraînent dans leur cavale les deux fillettes à leur charge, Natasha Romanoff et Yelena Belova. Mais Milena est blessée. En atterrissant à Cuba, elle est prise médicalement en charge. Natasha refuse de suivre le général Dreykov, qui la neutralise et l'expédie avec sa "soeur" en formation dans la Chambre Rouge pour en faire des Veuves Noires.
 

Les années passent. Shostakov est envoyé en prison pour désobéissance. Milena intègre le programme de la Chambre Rouge comme formatrice. Natasha, adulte, passe à l'Ouest et entre au sein du S.H.I.E.L.D., pour lequel, avec Clint Barton/Hawkeye, elle accepte de tuer Dreykov. L'explosion de son bureau à Budapest coûte aussi la vie à Antonia, sa fille. Yelena, elle, devient une Veuve Noire. Mais alors qu'elle doit récupérer un gaz de synthèse annulant le conditionnement mental des recrues, elle y est exposée et déserte. Natasha reçoit l'antidote dans sa planque en Norvège où elle est attaquée par le Taskmaster. 
 

Face à cet adversaire capable de copier tous les gestes d'autrui, Natasha réussit malgré tout à fuir avec l'antidote. Direction : Budapest où Yelena l'attend et lui explique que Dreykov est toujours en vie et que les Veuves Noires à son service sont à leurs trousses. Les deux "soeurs" doivent déguerpir mais à nouveau le Taskmaster les traque. Néanmoins, elles arrivent à le semer.


Natasha et Yelena s'accordent sur un plan : détruire définitivement la Chambre Rouge. Pour cela, elles doivent la localiser et comptent sur Shostakov. Elles organisent son évasion de prison mais il n'a aucune idée d'où se trouve ce qu'elles cherchent. Il leur conseille d'interroger Milena, restée proche de Dreykov, mais retirée du service de formation des Veuves Noires.


Milena vit en effet dans une ferme où elle pratique des expériences de conditionnement. Elle promet d'aider les filles mais les piège et les livre, elles et Shostakov, au Taskmaster et Dreykov. Lorsque Natasha revient à elle, elle est détenue dans la forteresse volane du général, qui abrite la Chambre Rouge et ses recrues.


Mais, en vérité, Milena et Natasha ont échangé leurs places. La ruse fait long feu et Dreykov présente à Natasha qui se cache derrière le masque du Taskmaster. Milena, pendant ce temps, sabote le système de vol de la forteresse et provoque son crash puis va libérer Yelena et Shostakov. Dreykov envoie le Taskmaster tuer ses prisonniers et affronte Natasha avec ses Veuves.


Grâce à l'antidote, Natasha libère les Veuves de l'emprise de Dreykov et peut quitter à son tour la forteresse avec Yelena tandis que Milena et Shostakov ont réussi à échapper au Taskmaster. Celui-ci s'en prend alors à Natasha dans un combat dans les airs puis sur Terre. Avec la dernière dose de l'antidote, elle le délivre à son tour du conditionnement de Dreykov.


Les Veuves Noires prennent en charge le Taskmaster, Antonia, Milena et Shostakov. Natasha confie à Yelena la mission de débusquer les Veuves que Dreykov a envoyées partout dans le monde pour les déconditionner. Le général Ross arrive sur les lieux du crash pour arrêter Natasha, recherchée depuis qu'elle a trahi les accords de Sokovie et pris le parti de Captain America qui dénonçait le recensement des Avengers auprès de l'OTAN. 

Scène post-générique 1 : Deux semaines après, on la retrouve pourtant aux commandes d'un quinjet pour partire libérer les Avengers arrêtés et détenus au Raft.
 

Scène post-générique 2 : Yelena se recueille sur la tombe de Natasha lorsqu'elle est rejointe par la comtesse Valentina Allegra de Fontaine. Celle-ci lui donne une photo de l'homme responsable de la mort de sa "soeur" : Clint Barton/Hawkeye.

C'est un bien curieux film que Black Widow, dont la sortie a été plusieurs fois repoussée car Marvel Studios voulait le distribuer en salles (même si au final il est aussi disponible en streaming sur Disney +, du moins aux USA, moyennant une vingtaine de $). Il n'est pas question de discuter cette stratégie, elle n'impacte pas le résultat : de toute façon, Black Widow serait sorti après Avengers : Endgame, même si son intrigue se situe entre Captain America : Civil War et Avengers : Infinity War.

Non, ce qui est curieux, c'est à quel point le film, finalement, n'apporte rien de conséquent au personnage de Natasha Romanoff et, au-delà, à la mythologie des Avengers. Cela risque d'ailleurs d'être la même chose pour de futurs projets de la Phase 4 du MCU où on voit encore mal ce que tel héros apportera à la toile d'ensemble (par exemple, Shang-Chi). De là à penser que la Phase 4 sera celle où on pourra aisèment zapper quelques titres, il n'y a qu'un pas.

C'est aussi qu'entretemps le MCU s'est développé via Disney + avec des séries comme WandaVision, The Falcon and the Winter Soldier et Loki, dont les contributions au futur de l'univers Marvel au cinéma sont déjà cruciales (avec l'introduction de la notion de Multivers notamment). 

Pour sa réalisatrice, Cate Shortland, et sa vedette, Scarlett Johansson, un film sur Black Widow demeure pourtant essentiel, mais le discours des deux femmes vise moins l'histoire du film que son impact en termes d'image et de représentation. En effet, il s'agissait de prouver que Natasha Romanoff n'était pas qu'un faire-valoir dans l'équipe des Avengers et aussi de commenter l'ère post #Metoo dans le monde des super-héros en dépassant l'objétisation de la belle et redoutable espionne.

Ce décalage entre le souci de produire un long métrage qui prend acte de la libération de la parole des femmes, de leur affirmation et celui de raconter une histoire qui vaille vraiment la peine, qui enrichisse rétrospectivement le personnage et son rôle dans la galaxie Marvel, aboutit à quelque chose de bancal, souvent maladroit et finalement dérisoire, voire futile. De ce point de vue, oui, le film sort en retard, non d'un point de vue quasi-revendicatif, mais narratif, car Natasha ayant trouvé la mort dans Avengers : Endgame, qui s'intéresse encore à ses origines au-delà de la réponse apportée au fameux mystère entourant l'affaire de Budapest mentionnée dans Avengers ?

Le succès au box-office de Black Widow, aussi bien en salles qu'en streaming, pourrait contredire mon avis, mais je crois simplement que les spectateurs sont contents de renouer avec le MCU et un personnage familier. L'appréciation du message que porte le film ne me semble pas avoir été ce qui a retenu l'attention.

Surtout les scénaristes (Eric Pearson, Ned Dawson et Jac Shaefer) ont pris comme modèle Captain America : Le Soldat de l'Hiver. Ni plus ni moins qu'une des plus plus grandes réussites du MCU (un des rares opus en outre à plaire autant aux fans de comics qu'à ceux qui s'en moquent). Or, le résultat joue en défaveur de l'opus de Cate Shortland, qui n'a ni la même rigueur, ni la même intensité, ni la même puissance. Ne serait-ce que parce que Captain America 2 s'est construit grâce à Captain America : First Avenger, et c'est ce précédent qui manque à Black Widow, dont les origines sont ici expédiées dans un prologue et un générique, certes habiles, mais pas assez consistants.

Cate Shortland et Scarlett Johansson (qui est aussi co-productrice) ont voulu concilier divertissement spectaculaire et film à message. La première partie est honnêtement remplie, même si on ne trouve rien ici de révolutionnaire, ce petit plus qui ferait la signature de Black Widow, qui la distinguerait en tant qu'héroïne de tous les autres héros du MCU - la faute sans doute à l'absence d'un vrai duel, digne de ce nom, avec le Taskmaster (dont l'identité, remarquablement bien gardée par Marvel, s'avère un peu foireuse - je ne spoilerai pas, mais quand même, c'est pas fameux).

La seconde partie est trop lourdingue, trop appuyée. Tous les hommes du film sont soit abrutis, soit brutaux et sadiques. Cette caractérisation, pour le moins sévère et sommaire, discrédite complètement l'intention, louable, de défendre la cause féminine, d'autant qu'un personnage comme Milena (interprétée par une Rachel Weisz assoupie) n'a rien de bien recommandable (quand bien même elle mystifie Dreykov à la fin). Le général Dreykov est représenté comme un salaud unidimensionnel, plutôt pathétique, qui inspire plutôt le dépit (de ne pas avoir un méchant plus intelligent) que le rejet (alors qu'il est une caricature à peine voilée de Harvey Weinstein - il suffit de remplacer Veuves Noires par actrices et c'est le même comportement de prédateur/abuseur). Ray Winstone livre en prime une composition paresseuse pour camper ce vilain, dont on ne croit jamais qu'il vaincra Natasha.

Quant à l'abruti de service, il est incarné par David Harbour dans le rôle d'Alexei Shostakov alias l Red Guardian. Le comédien en fait des caisses au point d'en devenir embarrassant, comme s'il jouait dans une comédie alors que le film se veut grave. Mais surtout son personnage ne sert strictement à rien : on peut l'enlever de l'intrigue qu'elle n'en souffrirait pas. Même quand la baston commence, il est réduit au rang de punching-ball pour le Taskmaster alors qu'il est censé être l'équivalent (certes bedonnant) de Captain America.

Reste le duo Scarlet Johansson-Florence Pugh. Le film fait vraiment office de passage de relais entre les deux actrices. Pour ma part, j'ai toujours été réservé sur le choix de Scarlett pour camper Black Widow, décrite comme une ballerine dans les comics, alors que la star mesure 1,68 m ! Toutefois, elle a su composer un personnage mémorable avec une présence à l'écran souvent mineure, et elle porte ici l'histoire sur ses épaules avec une vraie autorité. Florence Pugh est une partenaire remarquable et une vedette en devenir, même si elle aussi, physiquement, n'a rien d'une ballerine (1,62 m) : la seconde scène post-générique de fin lui assure de revenir dans le MCU et ce sera certainement intéressant, mais sa Yelena Belova est écrite de manière trop irrégulière (tantôt dure à cuire implacable, tantôt gamine inconsolable - voir la scène où elle s'isole dans une pièce de la ferme de Milena et où Shostakov vient la réconforter). C'est dommage car le duo Johansson-Pugh fonctionne très bien, c'est la meilleure chose du film, mais il est parasité par le cabotinage de Harbour et un rythme décousu.

J'aurai aimé aimer davantage Black Widow, mais dans le genre, mieux vaut (re)voir Red Sparrow (de Francis Lawrence, avec Jennifer Lawrence, 2018), bien meilleur, avec des composants similaires (même si moins super-héroïques). En l'état, ce n'est pas suffisant pour nous faire regretter Natasha, et comparativement aux séries Marvel de Disney +, l'audace fait cruellement défaut.

dimanche 12 mai 2019

AVENGERS : ENDGAME, d'Anthony et Joe Russo


Le voici : le dernier acte de "la saga de l'infinité" et la dernière aventure des Avengers dans l'incarnation que nous connaissons depuis 2012. Une page se tourne pour le MCU et ses fans, en fanfare compte tenu des scores pharamineux au box office mondial pour le film depuis sa sortie. Mais aussi avec une vraie émotion. Ce qui constitue le vrai exploit réalisé par les frères Russo.

Captain Marvel, la Veuve Noire, War Machine, Thor, Captain America, Rocket
(Brie Larson, Scarlet Johansson, Don Cheadle, Chris Hemsworth, Chris Evans, Bradley Cooper)

Trois semaines après le claquement de doigts de Thanos qui a fait disparaître la moitié de toute vie dans l'univers, Captain Marvel sauve Tony Stark et Nebula à la dérive dans l'espace. Elle les ramène sur Terre où demeurent les survivants de la bataille du Wakanda - Bruce Banner, Steve Rogers, James Rhodes, Natasha Romanoff, Rocket et Nebula. Grâce aux connaissances de cette dernière, ils localisent Thanos et partent à sa rencontre pour réparer ce qu'il a causé en récupérant les pierres d'infinité. Mais le titan a détruit les gemmes. Thor le tue dans un accès de rage.

Cinq après...

Cinq ans passent. Scott Lang/Ant-Man réussit miraculeusement à sortir du royaume quantique et gagne le Q.G. des Avengers, en comprenant en route ce qui s'est produit en son absence. Il explique à Steve Rogers et Natasha Romanoff que le temps s'est écoulé différemment pour lui et que là réside peut-être la solution pour sauver l'humanité, en remontant le temps. Contacté, Tony Stark refuse d'aider car il ne veut pas perdre Pepper Potts et leur fille, Morgan, sur un coup de dés. 

Clint Barton, James Rhodes, Tony Stark, Steve Rogers, Nebula, Rocket, Scott Lang,
Natasha Romanoff (Jeremy Renner, Don Cheadle, Robert Downey Jr., Chris Evans,
Karen Gillan, Bradley Cooper, Paul Rudd, Scarlett Johansson)

Rogers, Romanoff et Lang font ensuite appel à Bruce Banner (qui a réussi à concilier la force de Hulk en conservant ses capacités intellectuelles). Il est disposé à construire une machine temporelle mais en précisant que s'ils altèrent le passé, ils crééront des univers parallèles et ne répareront rien. Tandis que Hulk et Rocket partent chercher Thor, qui a sombré dans l'alcoolisme, en Norvège où il a bâti une nouvelle Asgard avec Valkyrie, Natasha traque Clint Barton, reconverti en tueur de gangsters depuis la disparition de sa famille, et Tony Stark, encouragé par Pepper, rejoint le projet des Avengers.

 En route pour le "casse temporel"...

L'opération vise à un "casse temporel" (dixit Ant-Man) en subtilisant les pierres d'infinité dans le passé avant Thanos. Quatre groupes sont formés pour atteindre des années et des lieux distincts. Rocket et Thor partent pour Asgard en 2013 où Jane Foster se remettait après avoir intégré l'Ether, l'énergie à la base de la pierre de Réalité.

 Tony Stark et Steve Rogers

Stark, Rogers, Banner et Lang se retrouvent à New York en 2012, lors de la bataille contre les Chitauri et Loki, pour reprendre à ce dernier la pierre de l'Esprit. Banner convainc l'Ancien de lui confier la pierre du Temps. Mais Rogers et Stark sont obligés de remonter jusqu'en 1970, dans une base du SHIELD, pour avoir la pierre de l'Espace.

 Nebula et War Machine

Nebula et War Machine arrivent en 2014 sur Morag où ils doivent voler la pierre du Pouvoir avant Peter Quill. Mais au moment de revenir en 2019, Nebula est stoppée par sa version de l'époque qui l'a repérée grâce à leurs implants cybernétiques communs et qui va permettre, sous la torture, à Thanos d'atteindre 2019.

 Natasha Romanoff et Clint Barton

La même année, sur Vormir, la Veuve Noire et Hawkeye récupèrent, au prix d'un terrible sacrifice, la pierre de l'Âme. Les Avengers sont à nouveau en 2019 avec les six pierres d'infinité. Il ne reste plus qu'à annuler le sort de Thanos... 

 Thanos (Josh Brolin)

Thor, toujours accablé par son échec cinq ans auparavant, se porte volontaire pour enfiler le gant d'éternité conçu par Stark. Mais craignant qu'il ne soit pas assez lucide à cause de son alcoolisme, Hulk prend sa place. Il claque des doigts...

 Le Q.G. des Avengers

... Et, grâce à un appel de sa femme sur le téléphone de Barton, l'équipe peut constater que les disparus sont revenus parmi les vivants. Malheureusement, les héros ne savourent pas longtemps leur joie.

 Thor (Chris Hemsworth)

Thanos, amené en 2019 par la Nebula de 2014, détruit avec son vaisseau le QG des Avengers. Il charge sa fille de récupérer le gant d'infinité et les pierres. Emergeant des décombres, Thor puis Iron Man et Captain America défient Thanos, sans réussir à l'abattre. Le titan va détruire la Terre et ses habitants pour avoir osé contrarier son plan, son armée débarque de son gigantesque vaisseau. La situation paraît perdue.


Mais les héros désintégrés ayant été ramenés à la vie, les voici qui surgissent, téléportés par le Dr. Strange, sur le théâtre de la bataille finale, formant une armada aussi impressionnante que celle de Thanos. La charge est lancée et se soldera par la victoire des héros, non sans avoir essuyé la perte d'un des plus emblématiques d'entre eux.

Depuis sa sortie le 24 Avril en France et deux jours après aux Etats-Unis, Avengers : Endgame n'est plus un simple film de plus dans le MCU ou même dans l'Histoire du cinéma : c'est un phénomène, en passe de devenir le plus grand succès commercial du Neuvième Art. Dans ces conditions, la critique devient étrangement décalée.

Mais pas impossible ni superflue. Car la question reste de savoir s'il s'agit d'un bon film, et aussi d'une conclusion satisfaisante aux dix premières années et à la vingtaine de longs métrages Marvel qui l'ont précédé.

Anthony et Joe Russo avec leurs scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely ont eu à relever un défi fou car Infinity War, le précédent opus des Avengers, avait marqué les esprits des spectateurs et des critiques par un dénouement extraordinairement culotté - la défaite des héros et la mort d'un paquet d'entre eux contre Thanos.

Le début de Endgame surprend franchement puisqu'en un quart d'heure ce qui reste des Avengers plus Captain Marvel, Rocket et Nebula débusquent fissa Thanos et Thor le décapite par dépit et colère en apprenant qu'il a fait en sorte que son grand nettoyage ne soit pas corrigé. Thor le décapite, dépit et furieux.

Une ellipse de cinq ans nous montre la situation des survivants et l'état du monde après la catastrophe jamais réparée. Les deux réalisateurs évoquent brillamment la magnifique série The Leftovers en quelques scènes où New York dans la brume semble abandonnée, vidée de toute population, puis une réunion à laquelle participe Steve Rogers ou la veillée de Natasha Romanoff, seule gardienne du QG des Avengers. Le climat est pesant, d'une infinie tristesse, témoignant de l'impuissance des héros, de leur quête de résilience, de leur impossible deuil.

Puis le deuxième acte s'ouvre avec le retour de Scott Lang, qu'on avait laissé prisonnier du royaume quantique à la fin de Ant-Man et la Guêpe. Découvrant la situation, il rallume l'espoir chez les Avengers en leur soumettant une idée folle pour ramener leurs chers disparus.

Le scénario mute alors en un récit d'aventures pur, devient un film de "casse temporel", où il s'agit de récupérer les pierres d'infinité avant que Thanos ne se les approprie dans le passé. L'argument, souvent supposé chez les fans, se vérifie mais son exécution est remarquable, à la fois divertissante et palpitante - avec à la clé une mise au point sur les risques d'altération du continuum espace-temps (dont les conséquences ne se lisent pas dans le présent mais par la création de nouvelles réalités parallèles).

Endgame s'offre alors le luxe jubilatoire  de revisiter de précédents opus du MCU comme le premier Avengers de 2012, Thor : le monde des ténèbres de 2013, Les Gardiens de la galaxie de 2014 et bien entendu Infinity War de 2018. Une fascinante et ludique rétrospective.

Mais pas seulement car, déjà, le scénario sacrifie un de ses personnages emblématiques. Le procédé est casse-gueule car dans les comics, on ne meurt jamais définitivement, tandis qu'au cinéma il faut convaincre le spectateur du contraire tout en parvenant à communiquer une émotion à la mesure de l'événement dans la narration. McFeely et Markus abattent parfaitement leur carte en rendant cette mort logique, étonnante et émouvante. On sent alors que Endgame mérite son nom : c'est bien la fin de la partie. Et pourtant ce n'est pas encore terminé.

Car, à la faveur d'une astuce, difficile à bien résumer, alors qu'elle est admirablement exposée dans le déroulement du récit, le troisième acte s'ouvre sur un coup de théâtre qui voit se succèder un moment de bonheur (l'opération réussie) et de terreur (la revanche de Thanos).

Ce dernier chapitre s'inscrit le plus franchement dans le registre super-héroïque, avec un déploiement d'effets spéciaux, de scènes spectaculaires, de morceaux de bravoure, à la fois attendus et encore surprenants. C'est sans doute là la plus grande gageure du film : surprendre encore avec de vieilles recettes, le folklore directement issu des comics.

On a droit au cri de guerre tant espéré, desiré ("Avengers rassemblement !"), Captain America digne de brandir Mjolnir, son bouclier brisé, le retour des disparus (grandiose), un clin d'oeil au "girls power" (un plan qui a bien entendu hérissé le plus machos, et tous les trolls qui passent leur temps libre à vomir sur Brie Larson à qui ils ne pardonnent pas ses propos sur la diversité et l'égalité - pauvres abrutis !), Spider-Man virevoltant, et ce final vraiment grisant et sobre à la fois - où un deuxième héros iconique fait ses adieux, tombant au combat. Avoir résisté au mélo, au pathos, à la grande scène d'agonie démontre encore la maîtrise et le talent et le bon goût des scénaristes et des réalisateurs.

Pas de scène post-générique de fin pour Endgame non plus : c'est vraiment la fin du livre (même si, évidemment, dans quelques années, Marvel relancera sa franchise, avec une nouvelle équipe, et peut-être une nouvelle saga). Les jouets sont rangés, non sans malice (l'arc narratif de Captain America, joué excellement par Chris Evans, alimentera les conversations) et avec des promesses alléchantes (Thor, à qui Chris Hemsworth a apporté un "relief" vraiment épatant, dont l'avenir prend une tournure très intéressante).

Le film suscite une certaine frustration car il ne donne pas à voir une grande réunion épique de tous les héros Marvel, comme dans Infinity War. Mais c'est aussi bien, et même mieux : c'est un retour aux basiques, un hommage à l'équipe initiale (même avec les additions de circonstances de War Machine, Ant-Man, Nebula et Rocket). Scarlett Johansson incarne de manière remarquable cet adieu à la fois triste et plein de panache, entourée par Mark Ruffalo et Jeremy Renner (qu'on retrouvera dans une série télé consacrée à Hawkeye). Les autres, apparus après Avengers en 2012, n'ont droit qu'à des miettes, mais forment une sorte de haie d'honneur pour la bande qui a rendu leurs carrières possibles - y compris Captain Marvel (dont les scènes ici ont en fait été filmées avant celles de son propre film !).

Pour tout cela, plus que des félicitations, on a surtout envie de dire, simplement mais sincèrement : merci. Ce fut un sacré voyage. Le MCU est désormais face à son destin (exister et continuer à prospérer avec de nouvelles têtes, faire fructifier les derniers arrivés). Périlleux mais exaltant. Cette partie est finie, la prochaine peut commencer.