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dimanche 31 décembre 2017

MEILLEURS VOEUX POUR 2018 !

Avec un peu d'avance, je vous adresse mes meilleurs voeux
pour l'année à venir.

Et pour bien finir 2017, 
une lecture de choix avec ce récit issu de la collection
Batman Black & White, Blackout 
signé Howard Chaykin au scénario et Jordi Bernet au dessin.
Enjoy !








mercredi 20 décembre 2017

SOLO #6 : JORDI BERNET


Avec le #5 (consacré à Darwyn Cooke), ce numéro 6 de la collection des Solo, éditée par Mark Chiarello en 2005, était celui que je désirais le plus lire un jour, et c'est enfin chose faite. DC Comics a donc donné carte blanche au génial dessinateur espagnol Jordi Bernet pour un recueil d'histoires courtes écrites par ses amis et qui permet d'apprécier l'étendue de son talent.


- Back Bone (écrit par John Arcudi). Mrs. Chisolm et sa jeune fille Lainie hébergent Mr. Rayburn  chez elles. C'est un bien curieux locataire qui intrigue vite l'adolescente et qui lui déplaît à cause de sa manière de s'exprimer comme s'il posait toujours des questions et aussi pour sa mauvaise odeur. C'est ce dernier point qui va l'amener à découvrir son secret lorsqu'elle surprend un soir Rayburn quittant sa chambre par la fenêtre tel un mollusque alors que son lit repose son squelette ! Les morts de plusieurs cochons dans les fermes alentours conduisent Lainie à penser que l'homme les tue et elle va alors trouver un moyen de le confondre tout en convainquant sa mère, de manière imparable, de la monstruosité de son locataire...

On démarre avec cet étrange récit imaginé par un scénariste habitué au fantastique puisque John Arcudi est un collaborateur de Mike Mignola (le créateur de Hellboy). Une scène suffit à l'auteur et Jordi Bernet pour installer une atmosphère bizarre et surchauffée où la narratrice est une jolie adolescente. 

Le duo nous laisse d'abord croire à un fantasme de jeune fille puis lorsqu'on découvre avec elle le secret du mystérieux Mr. Rayburn, tout bascule. Il ne s'agit pas tant d'effrayer que de susciter le malaise et même la fascination pour cette créature improbable lié à des meurtres porcins. On devine que tout cela se passe dans le passé, les années 50-60 probablement, mais ce n'est pas si important car les monstres sont de tous temps.

Bernet excelle à croquer les belles femmes, de tous âges, tout comme les hommes les plus repoussants, et sa science du découpage produit une tension immédiate. Le dénouement, comique, absurde, grotesque même, n'en est que plus efficace. 


- Drive (écrit par Joe Kelly). Harrison et sa femme Loretta se disputent à propos du caractère envieux de celui-ci et de l'insatisfaction chronique de celle-ci tandis que se noue, dans le Las Vegas des années 50, un drame passionnel entre un animateur de télé séducteur et sa première conquête devenue star de cinéma. Jaloux de son succès et redoutant qu'elle le quitte ou ne le trompe, il finira par la tuer puis enterrera son corps dans le désert du Nevada.

Si on peut déplorer que la majorité des histoires de ce numéro soit en couleurs, c'est bien parce que Bernet est un virtuose du noir et blanc, comme il l'a prouvé tout au long de la série Torpedo sur laquelle il succéda à Alex Toth, un autre maître (qui abandonna le titre car il n'appréciait pas la violence des scripts de Enrique Sanchez Abuli). Aussi faut-il apprécier ce deuxième récit.

La narration de Joe Kelly est très originale et même déroutante au début puisque le lecteur assiste à une passion tragique en même temps qu'il lit le dialogue d'un couple hors-champ qui dégénère en dispute. Le procédé prend tout son sens quand on saisit que ce qui se dit d'un côté rebondit sur ce qui se joue de l'autre.

Les retrouvailles d'un animateur télé avec une actrice dont il fut l'amant et qui rallume la flamme de leur amour avant de provoquer sa jalousie sentimentale et professionnelle jusqu'au meurtre, dans le cadre du Las Vegas des années 50, sont promptes à évoquer chez le lecteur tout l'imaginaire véhiculé par cette époque et ce décor, celui du "Rat Pack" (la bande de Frank Sinatra avec Dean Martin, Sammy Davis Jr.), des casinos, de la mafia, du désert du Nevada où bien des corps furent enterrés après des assassinats.

Le décalage entre cette passion dramatique et les motifs dérisoires, pathétiques, de la dispute de Harrison et Loretta permet à chaque partie de gagner en intensité : plus l'échange entre le couple hors champ se tend, plus la liaison entre celui à l'image dégénère.

Bernet illustre ça à la perfection, dosant magistralement ce crescendo romantique et romanesque, avec ce trait vif et précis à la fois, qui sait exploiter la lumière émanant du blanc même de la planche et de noirs profonds dans le choix des vêtements (le smoking, la robe du soir), du jour et de la nuit, des intérieurs et des extérieurs (sublime dernière page dans le désert). Somptueux.


- Old Dog New Trick (écrit par Andrew Helfer). Dans un pénitencier d'Amérique latine, quatre vieux détenus, là depuis trente-cinq ans, survivent tranquillement en sachant se tenir à l'écart des règlements de compte, coups fourrés, trafics et autres mutineries... Jusqu'au jour où le gouvernement local est renversé par l'armée. Ils sont alors conduits auprès du général Ramirez qui a conduit la révolution et les absout de leurs crimes passés à condition de rejoindre ses rangs. Mais ils déclinent l'offre et l'assassinent pour continuer de profiter du gîte et du couvert de la prison. 

Une petite nouvelle croustillante à souhait que ce chapitre dont le titre équivaut à notre expression "ce n'est pas au vieux singe qu'on apprend à faire la grimace". Andrew Helfer nous présente d'abord une galerie de vieux taulards dont la sagesse est très ambivalente, comme ce coiffeur-barbier qui égare ses rasoirs "coupe-chou" servant à d'autres détenus à égorger leurs rivaux ou ce réparateur de radio à se tenir au courant de ce qui se passe dans les cellules pour se prévenir des ennuis.

Puis, tandis que cette bande de vétérans derrière les barreaux depuis une éternité dispute une partie de cartes dans la prison surchauffée, la politique s'invite au menu, une révolution a gagné le pays d'Amérique latine (qui n'a pas besoin d'être nommé pour qu'on puisse laisser au lecteur la liberté de le situer) et les parias d'hier sont rappelés par un général à devenir les nouveaux héros de la nation. Sauf qu'ils ne le veulent pas, préférant vieillir tranquille, et achevant le militaire dans une copie de l'assassinat de César.

Jordi Bernet s'amuse visiblement autant que nous avec cette formidable fable, cynique et hédoniste à la fois, qui tourne en dérision les coups d'état, l'héroïsme des révolutionnaires parvenus, l'ordre et le chaos, la soumission et la survivance. Il croque généreusement des tronches mémorables et son découpage sait tirer avantage d'une action exclusivement en huis-clos sans même que le lecteur s'en rende compte du premier coup. Jubilatoire.


- The Stalking Horse (écrit par Chuck Dixon). En Août 1851, dans les montagnes du Colorado, Philip Starlighter rencontre un pèlerin à la nuit tombée devant un feu de bois. Défiguré sur la moitié du visage, il lui raconte dans quelles circonstances il a été blessé : quelques années plus tôt, il chassait l'ours avec son frère cadet Zachariah lorsqu'un grizzly les attaqua par surprise. Zach fut tué par la bête et leur guide, Silver Goose, prit la fuite. Phil se remit lentement pour mieux traquer Goose puis le grizzly. C'est alors que l'ours surgit, attiré par un macabre appât.

Dans sa longue carrière, Bernet a déjà préalablement travaillé pour DC Comics en dessinant quelques épisodes fameux du western Jonah Hex, écrits notamment par Jimmy Palmiotti et Justin Gray (c'est un point commun qu'il partage avec Darwyn Cooke). Il était donc impensable qu'une des histoires de ce Solo ne se déroule pas dans cet univers qu'il maîtrise si bien.

Avec Jonah Hex, le récit concocté par le vétéran Chuck Dixon partage bien des choses, à commencer par la défiguration subie par son héros, un chasseur animé par une vengeance démente, à la démesure de son impressionnante mutilation. Le scénario est prétexte à un flash-back impressionnant par son art de l'ellipse et son pouvoir de suggestion. Le lecteur est immergé dans un cauchemar oppressant, tellement qu'on peut penser que sa narration est altérée par la folie de son personnage principal.

Mais l'énormité de l'argument, des scènes-clés, et le climax final passent comme une lettre à la poste grâce à l'énergie du dessin, débarrassé de toutes fioritures. La densité du propos est contenue et servie par l'art de Bernet à faire tenir un maximum d'informations en peu de place sans sacrifier l'essentiel. Tout simplement bluffant.
   

- Poison (écrit par Brian Azzarello). Gotham City, une nuit. Poison Ivy attire Batman dans un piège en séquestrant un botaniste. Elle veut en vérité tester le justicier et l'attirance sexuelle qu'elle exerce sur lui. Batman perd ses nerfs et gifle Poison Ivy pour la neutraliser, prouvant ainsi qu'elle avait raison de le considérer comme un mâle ne pouvant s'affirmer qu'en dominant une femme.

Le plus controversé des épisodes de ce recueil est pour la fin : en effet, l'histoire écrite par Brian Azzarello a suscité des réactions tranchées parmi les lecteurs, même ceux habitués à sa prose sans concessions.

Cet affrontement entre Batman et Poison Ivy est un subterfuge car il déplace la bataille sur un autre plan physique que celui auquel les comics nous habituent. Tout ici est explicitement une affaire de sexe et de domination, et c'est cela qui a tant dérangé. Poison Ivy provoque volontairement son adversaire moins pour gagner que pour prouver une thèse : elle excite Batman pour lui faire perdre les pédales et observer sa réaction. Il répond de manière machiste et violente et cela semble plaire à la séduisante méchante.

Le trouble qu'engendre cette issue au combat a de quoi interroger en effet : Poison Ivy est-elle une sado-masochiste ? Ou Azzarello sexualise-t-il autant ce duel de manière complaisante ? Batman est-il un macho incapable de maîtriser une femme autrement qu'en la maltraitant et sa brutalité traduit-elle son désir évident mais refoulé ?

Je laisse à chacun la liberté d'apprécier en comprenant le malaise que cela peut produire. Il n'empêche, l'audace du traitement et l'extraordinaire sensualité dont Bernet dote Poison Ivy en font un objet fascinant même si moralement équivoque.

En cinq volets, ce Solo #6 permet en tout cas de goûter à toutes les facettes du talent de Jordi Bernet, dans un cadre idéal. Quel regret qu'un pareil projet n'ait jamais été reconduit avec d'autres artistes depuis 12 ans... 

dimanche 15 juillet 2012

Critique 337 : THE SPIRIT - BOOK TWO, de Darwyn Cooke

Will Eisner's The Spirit : Book Two rassemble les épisodes 7 à 13 de la série écrits et dessinés par Darwyn Cooke, publiés en 2007-2008 par DC Comics et Will Eisner Studios. Les épisodes 7 et 13 sont composés d'histoires courtes (8 pages chacune) écrites et dessinées par des invités, Cooke se contentant d'en signer les couvertures.
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- #7 : Summer Special.
* Harder than diamonds. Ecrit par Walter Simonson et dessiné par Chris Sprouse. Une jet-setteuse, Krystil Fullerite, de passage à Central City, est victime d'un vol de diamants. Un chauffeur de taxi est injustement accusé et le Spirit décide de prouver son innocence en surveillant cette mondaine aux fréquentations louches...

Pour ouvrir cet épisode spécial composé de trois "short stories", Walter Simonson (Thor) fait équipe avec Chris Sprouse (Tom Strong). L'intrigue est légère mais menée sur un bon rythme et joue sur les fausses apparences (la jet-setteuse arnaqueuse, le Spirit qui se fait passer pour un chauffeur). Au dessin, Sprouse livre une copie comme d'habitude très élégante, aux finitions soignées. De la belle ouvrage.

*Synchronicity. Ecrit par Jimmy Palmiotti et dessiné par Jordi Bernet. Par une journée caniculaire, le Spirit en poursuivant un voleur dans un immeuble déclenche une série de dégats qui vont bouleverser le quotidien des habitants (un veuf à la recherche des bijoux de son épouse, un couple dans le besoin, un autre menacé par un usurier, et une pulpeuse jeune femme qui bronzait sur le toit)...

Jimmy Palmiotti (Power Girl) et Jordi Bernet (Torpedo) sont habitués à travailler ensemble puisqu'ils ont signé plusieurs épisodes de Jonah Hex (série western à laquelle a également collaborée Darwyn Cooke). Ensemble, ils produisent ce segment alerte et surtout très drôle, dont la structure respecte l'unité de temps et de lieu, et où le Spirit n'est qu'un acteur parmi d'autres. Le dessin tonique de Bernet fait merveille. Jubilatoire.

* Hard cell. Ecrit et dessiné par Kyle Baker. Le Spirit, après le meurtre d'un homme lié à Maori, une riche pin-up, va questionner cette dernière. D'autres homicides, tous en rapport avec elle, se succèdent. Trop pour ne pas s'interroger sur son implication. La clé de l'énigme réside dans un téléphone portable...

Kyle Baker entraîne le Spirit dans une aventure très noire, mais le scénario est paresseux, poussif, autant que son dessin est sombre et, reconnaissons-le, d'une laideur indigne. A oublier vite.
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- #8 : Time Bomb. Octopus piège le Spirit puis l'agent de la CIA Silk Satin dans un édifice en plein centre ville où il a installé une bombe. Suite à un mauvais coup reçu, Silk Satin est amnésique et ne sait plus comment désamorcer l'explosif. Pendant ce temps, l'agent Stratford, partenaire de Satin, explique au commissaire Dolan et sa fille Ellen la procédure prévue en dernier recours si la bombe explose... 
Darwyn Cooke revient aux commandes de la série avec cet épisode, un des chefs-d'oeuvre de ce second tome dont la double-page 4-5 (ci-dessus) est un magnifique hommage aux jeux de lettrage qu'affectionnait Will Eisner (encore un morceau de bravoure de Jared Fletcher). L'essentiel de l'action se déroule en huis-clos et alimente une tension que nuance des passages oniriques et des dialogues plein d'humour entre "Mr Sexypants" et l'agent Satin. La chute est ironique et frappante...
Les dessins de Cooke, toujours encrés par J. Bone (comme depuis le début de son run), sont un modèle de storytelling, imprimant un rythme décapant au récit.
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- #9  : El Morte. Lors d'un transfert de prisonniers (parmi lesquels on retrouve le Cosaque), un sniper fait un carton et blesse le commissaire Dolan. Le Spirit affronte le tireur qui lui inflige une sévère correction. Qui est cet adversaire ? Un démon resurgi du passé du héros - et qui ne fait qu'entamer un terrifiant retour... 

Le retour de Silk Satin dans le précédent épisode indiquait que Cooke allait exploiter des éléments posés dans le premier tome. Avec le début de la vendetta d'El Morte, cette intention se confirme puisque le méchant n'est autre qu'Alvarro Mortez, revenu, comme le Spirit, d'entre les morts, mais sérieusement âbimé et déterminé à se venger de manière radicale et ample. Le héros est malmené comme jamais et la série prend un tour beaucoup plus sombre, dramatique.
Cette direction n'est pourtant pas une surprise au regard de l'oeuvre de Cooke, qui a souvent abordé des points noirs et violents dans ses oeuvres (la guerre et la "chasse aux sorcières" dans les 50's dans La Nouvelle Frontière, le grand banditisme dans Parker, le western baroque avec Jonah Hex...). Le résultat est encore plus saisissant grâce à son style graphique cartoony a priori opposé à ces humeurs plus brutales.
Mais c'est une totale réussite, riche en inventions esthétiques, notamment dans le traitement du flash-back revenant sur les origines d'El Morte, avec encore une fois une colorisation magistrale de Dave Stewart.
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- #10 : Death by television. Qui en veut à plusieurs journalistes-animateurs de chaînes du cable au point de les éliminer les uns après les autres ? Le Spirit mène l'enquête, tout en devant à nouveau collaborer avec Ginger Coffee, la ravissante mais envahissante reporter qui figure peut-être dans l'agenda du tueur...

Cooke ramène cette fois-ci le personnage de Ginger Coffe, qu'il a créé et présenté dans le premier épisode de son run. L'enquête conduit le Spirit dans le milieu des "anchor-men", ces vedettes de talk-shows, bâteleurs et populistes, et manie l'humour noir et le suspense avec dextérité. Le tandem Spirit-Ginger est très efficace, et la révèlation du coupable plutôt étonnante.
Le graphisme se fait plus classique, presque sage, pour ce récit qui est sans doute le moins inspiré de ce second tome, mais Cooke emballe son affaire avec quand même beaucoup d'adresse.
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- #11 : Day of the dead. L'heure du face-à-face final entre le Spirit et sa némésis El Morte a sonné. Une armée de zombies est aux portes de Central City et le héros, au coeur de la bataille contre un ennemi déjà mort, peut compter sur Ellen Dolan et un de ses ex-amants, Argonaut Bones, pour l'aider...

Cooke conclut son tryptique avec Alvarro Mortez/El Morte (vilain de sa création, qui aura été finalement davantage l'ennemi du Spirit qu'Octopus ou P'Gell, méchants "Eisner-iens") et pour l'occasion, met les petits plats dans les grands en faisant basculer la série dans le registre fantastique. Zombies, magie noire, ambiance de fin du monde : tout est réuni pour ce final baroque et explosif.
Il ajoute au casting Argonaut Bones (quel nom impayable) qu'il relie directement à Ellen Dolan (à qui il donne ainsi un passé sexuel, tout comme au Spirit). Ebony White et le commissaire mais aussi la mère diabolique de Mortez sont au rendez-vous de cet épisode qui tient toutes ses promesses et n'est pas avare en scènes spectaculaires (avec là encore, une extraordinaire double-page - ci-dessus - de présentation, au lettrage incomparable).
Le duel final est à la hauteur de l'attente, indécis, âpre. Cooke s'est déchaîné et a atteint sa cible.
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- #12 : Sand. Le meurtre d'Hussein (le fameux "arrangeur", apparu plusieurs fois dans le tome 1), va replonger le Spirit dans la tourmente. Mais cette fois, son enquête le bouleverse encore plus qu'à l'ordinaire car c'est son premier amour qui y est mêlé : l'ensorcelante Sand Saref, aux prises avec la maléfique Dr Vitriol et un inquiétant client convoîtant un poison...
Pour son dernier épisode, Darwyn Cooke a puisé directement à la source en s'inspirant de deux épisodes réalisés par Will Eisner (Sand Saref et Bring on Sand Saref) : l'histoire est imprégnée d'une mélancolie très touchante, traversée par des flash-backs sur l'enfance et la jeunesse du héros et de la première fille qu'il a aimée et qui a mal tournée.
La mission elle-même se déroule en une nuit, avec des ambiances envoûtantes sur les docks embrumés de Central City. Pour ces scènes-là, J. Bone encre Cooke. Mais pour l'évocation du passé, l'artiste assume tout, seul, et livre des planches splendides, aux découpages virtuoses, et avec des effets de tracé imitant intelligemment le propre trait d'Eisner (voir ci-dessous).
Un authentique chef-d'oeuvre !
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- #13 : Holiday Special.
*One Hundred ! Ecrit par Glen David Gold et dessiné par Eduardo Risso. Une bande de voleurs déguisés en Spirit ont dérobé des diamants mais quand le justicier de Central City les appréhende dans un zoo, leur butin atterrit dans la cage d'un tigre. Pour le récupérer, le commissaire Dolan sollicite une dresseuse dont le Spirit doute de l'honnêteté...

Sur cette trame minimaliste et savoureusement amorale, avec une chute malicieuse, Glen David Gold dispose d'un partenaire de premier plan en la personne d'Eduardo Risso, le dessinateur de la série 100 Bullets (écrite par Brian Azzarello).
Cet épisode est vraiment celui de cet artiste dont les planches somptueuses sont un régal pour les yeux, mixant des compositions subtiles et des jeux d'ombres et de lumières dignes de Frank Miller. Merveilleusement beau.

*Family treasure. Ecrit par Denny O'Neil et dessiné par Ty Templeton. Une vieille dame des quartiers pauvres est harcelée par des gredins qui veulent s'emparer du trésor de son défunt oncle. Le Spirit lui vient en aide... Mais l'argent récupéré fera tourner la tête de l'héritière.

Le légendaire Denny O'Neil, réputé pour ses scénarios dramatiques (Iron Man, Green Lantern & Green Arrow), s'offre ici une fantaisie acide dont la chute est très drôle. Le Spirit y est victime de sa bonté dans cette fable bien tournée.
Ty Templeton (qui, comme Darwyn Cooke, vient de l'animation) illustre ceci avec habileté, le récit se déroulant entièrement en une nuit, sous la pluie, en huit pages.

*The cold depths of the icicle heart. Ecrit par Gail Simone et dessiné par Phil Hester. Après s'être interposé entre le gang de Isolde "Ice" McQueen et un de ses débiteurs, le Spirit est assommé et jeté dans la baie gelée de Central City. Frappé d'amnésie, il se remet progressivement en vagabondant dans la ville jusqu'à ce que sa route croise à nouveau celle de ses agresseurs...

Gail Simone (Villains United) écrit la dernière histoire de volume sur le modèle des épisodes " 'Nuff said" : aucun dialogue, les textes sont remplacés par des illustrations résumant leur propos. L'intrigue est elle-même très efficace, avec le Spirit en fâcheuse posture par une froide nuit d'hiver, ce qui donne en plus une ambiance atypique. 
Phil Hester illustre ce segment avec une invention à la mesure du défi narratif : son style anguleux et cartoony est parfait pour ça (dommage qu'aujourd'hui cet artiste ait quasiment renoncé au dessin au profit d'un rôle d'auteur).
*
Ce second Livre est un complèment idéal au premier, développant des "plots", offrant son lot de morceaux de bravoure, confirmant l'immense talent de Darwyn Cooke. La présence des guest-stars ne gâche pas le vue, avec des chapitres savoureux et visuellement souvent superbes.
Dommage que ça n'ait pas duré plus longtemps (même si depuis le Spirit a eu droit à de nouvelles aventures).