Sept mois après le précédent numéro, voici enfin le dernier épisode de Decorum ! La série la plus folle de Jonathan Hickman arrive à son terme (ou peut-être pas...) et le plus étonnant, c'est qu'on replonge dans cette histoire sans avoir besoin de réviser, comme si cet univers nous était resté parfaitement familier. Visuellement, Mike Huddleston produit une nouvelle fois des planches hallucinantes.
jeudi 25 novembre 2021
DECORUM #8, de Jonathan Hickman et Mike Huddleston
samedi 14 août 2021
DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES : SPECIALE SUBSTACK
J'avais initialement prévu de parler de Substack Lundi prochain, mais l'ampleur qu'ont prise les annonces de ce nouvel acteur de l'industrie des comics m'a incité à lui consacrer une entrée à part. Car c'est bel et bien une petite révolution à laquelle on est en train d'assister depuis quelques jours. Et comme chaque révolution, elle pose des questions : bouleversement visionnaire ? Ou miroir aux alouettes ?
D'autres auteurs, comme Ram V, Gerry Duggan ou Tini Howard, ont déjà prévenu qu'ils ne délaissaient pas les Big Two : Ram V continuera à écrire Catwoman et Justice League Dark (et finira Swamp Thing) pour DC, co-signera Venom avec Al Ewing pour Marvel ; Gerry Duggan ne lâche pas X-Men ; et Tini Howard - je reparlerai d'elle Lundi dans mon autre entrée consacrée aux nouvelles de la semaine.
Substack et son offre ont-ils un avenir ?
Ou est-ce un coup d'éclat qui risque d'aboutir à une énorme désillusion ? Il est impossible de le dire. Mais on peut raisonnablement penser que si des auteurs comme Tynion, Hickman, Skottie Young se sont engagés, ils ont bien dû peser le pour et le contre, et les avantages ont dû l'emporter sur les désagréments. Substack a aussi l'assurance avec des auteurs de ce calibre que leurs fans les suivront dans cette aventure.
Financièrement, Substack donne des conditions de travail qui feraient rêver n'importe qui (c'est même mieux que Image Comics où les auteurs ne reçoivent aucun argent avant la publication). Et puis il y a le précédent PanelSyndicate, cette initiative improbable et pourtant couronnée de succès, où Brian K. Vaughan et Marcos Martin avaient lancé The Private Eye en laissant le choix aux lecteurs de payer ce qu'ils veulent. David Lopez, Albert Monteys les ont rejoints, avec bonheur. Les fans comprennent que tout travail mérite salaire et pour ceux qui préférent lire de vrais livres, physiques, les récits de Vaughan et Martin ont été ensuite publiés en hardcover par Image puis Urban Comics, Black Hand & Iron Head de Lopez idem, Universe de Monteys pareil.
Si on considère que pour produire des oeuvres originales et de qualité, il faut qu'ils soient dans de bonnes dispositions, alors réjouissons-nous de l'offre de Substack. Ensuite, le temps fera son oeuvre et nous verrons bien l'ampleur du succès (ou du bide) de cette entreprise.
mercredi 7 avril 2021
DECORUM #7, de Jonathan Hickman et Mike Huddleston
jeudi 17 décembre 2020
DECORUM #6, de Jonathan Hickman et Mike Huddleston
samedi 10 octobre 2020
DECORUM #5, de Jonathan Hickman et Mike Huddleston
Neha Nori Sood suit sa formation à l'école des assassins où l'a fait admettre Imogen Morley-Smith. Malheureusement, ce n'est pas un élève doué. Elle est détestée par ses camarades qui la menacent et la tabassent à la moindre occasion en séance d'entraînement.
samedi 22 août 2020
DECORUM #4, de Jonathan Hickman et Mike Huddleston
Vous noterez donc d'emblée que ni Imogen Smith-Morley ni Neha Nori Sood n'apparaissent dans cet épisode. Inutile d'attendre la suite de la formation de Neha comme tueuse, après son introduction hilarante dans le centre de la planète Tempest. Et ça, c'est déjà décevant.
Depuis le début de Decorum, Jonathan Hickman va-et-vient entre ses deux héroïnes, aux caractères bien trempés, et une intrigue parallèle, nettement plus nébuleuse, impliquant cette Eglise de la Singularité, les Mères Célestes et cet oeuf cosmique. Sur cette seconde partie, difficile, pour ne pas dire impossible de se faire un avis.
En effet, rien ne relie les deux récits, même si on devine (on espère) que Hickman a quand même un plan à cette fin. Mais enfin, ça paraît de plus en plus fumeux : qu'est-ce qui pourrait rapprocher une tueuse professionnelle, son élève (malgré elle) et des forces supérieures comme celles précitées ?
Surtout, Jonathan Hickman ne fait vraiment rien pour aider le lecteur à saisir son propos. Et le dessin de Mike Huddleston ne facilite pas la tâche. Ro Chi et les autres membres (très rares) de l'Eglise de la Singularité sont des créatures à peine humanoïdes, entièrement noires, aux lignes acérées. Les Mères Célestes ne sont guères plus avenantes, tour à tour blanches ou rouges, avec néanmoins des visages humains, des silhouettes un peu moins grossières.
Les décors sont réduits à leur plus simple expression. Ils traduisent à eux seuls la radicalité graphique de cette partie de l'histoire puisque Huddleston les remplace par des camaiëux de couleurs, des masses chromatiques, tantôt austères, tantôt bariolées. On flirte puis on est submergé par des abstractions qui abolissent tout repère spatio-temporel.
Peut-on apprécier quelque chose qu'on ne peut identifier et même qu'on peine à comprendre ? C'est un vieux débat. J'emploie à dessein le terme d'abstraction car on est souvent devant les pages de cet épisode comme devant un tableau de peinture abstraite. Les éléments figuratifs y sont comptés ou carrément absents. L'artiste invite le lecteur à une expérience immersive où la sensation se substitue à la grille de lecture traditionnelle.
Ainsi dit, Decorum, aussi bien dans le texte que dans l'image, ressemble à une oeuvre exigeante, à la limite de l'hermétisme, où il faut accepter de laisser au vestiaire ses habitudes, qui se défie du formatage. Au risque, bien entendu, d'être impénétrable.
Pour ma part, le texte de Hickman comme les dessins de Huddleston m'ont souvent laissé sans voix, à la fois par leur beauté mais aussi par leur l'impossibilité que j'ai eu à les comprendre, à les déchiffrer. C'est donc un sentiment très divisé, et quand même assez rebuté. J'ai touché mes limites.
Hickman fait de Decorum un laboratoire, il tente, mais peut aussi vous décourager. C'est à l'évidence un pari pou cet auteur qui adore tester son public et s'aventurer dans des territoires que lui seul, à l'évidence, maîtrise. Il ne vous engloutit pas vraiment sous un jargon abscons mais vous entraîne dans un univers tellement détasbilisant qu'il faut produire un sacré effort. Huddleston est, de ce point de vue, un partenaire de jeu idéal pour lui car, esthétiquement, ses planches sont aussi une épreuve et un ravissement. Leur design est réellement, de mon point de vue, fabuleux, mais on achève la lecture de l'épisode sans trop savoir ce qu'on a vu et lu.
Paradoxalement, Decorum, par son jusqu'auboutisme, motive. Puisqu'il y a une part ludique là-dedans, et aussi peut-être par fierté, on a envie de relever le défi des auteurs, de ne pas abdiquer parce qu'un épisode comme celui-ci vous laisse perplexe. En espérant quand même que la suite sera un brin moins corsé. La couverture du #5 autorise l'espoir puisqu'y figurent Imogen et Neha, dont l'aventure est nettement plus accessible.













































