Affichage des articles dont le libellé est Karl Kerschl. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Karl Kerschl. Afficher tous les articles

vendredi 14 avril 2023

THE AMBASSADORS #2, de Mark Millar et Karl Kerschl


J'étais complètement passé à côté du fait que The Ambassadors, la nouvelle production de Mark Millar, était bimensuelle. Donc, voilà, seulement quinze jours après le premier épisode, que sort le deuxième numéro (sur six) de ce titre. J'avais apprécié le début, avec le dessin de Frank Quitely, et comme le scénariste écossais s'est entouré de grands talents, il a convaincu Karl Kerschl de participer à l'aventure cette fois. C'est donc très beau, c'est prenant, mais ça fait aussi un peu du surplace...


Choon-He Chung commence à recruter les membres de son équipe en cherchant ceux qui méritent le plus de l'intégrer. Elle jette son dévoulu sur Binnu Nathia, un jeune homme de New Delhi, qui a fait preuve d'un héroïsme incroyable lors d'un attentat en sauvant la fille qu'il aimait en secret... Et qui va découvrir le prix terrible de son sacrifice...


On va tout de suite aborder le cas Karl Kerschl car l'artiste fait ici son grand retour. Il y a trois ans, la série qu'il co-écrivait avec Brendan Fletcher et dessinait, Isola, s'interrompait au bout de deux arcs, sur un cliffhanger très frustrant. Et depuis, plus rien. Quand on l'interroge sur Twitter (comme je l'ai fait) sur le retour de ce titre, il répond vaguement que ça fait toujours partie de sa (je cite) "to-do list"...


Je ne suis pas du genre à m'énerver après les artistes quand il accuse de gros retards dans leurs projets, surtout quand il s'agit de creator-owned, puisqu'ils sont les maîtres des horloges dans ce type de production. Et puis à vrai dire, on s'emporte souvent sans savoir si, dans leur vie privée, des événements (maladie, problèmes personnels...) ne les empêchent pas aussi de continuer ce sur quoi il travaillait. Mais j'avoue que dans le cas de Kerschl, j'étais quand même un poil irrité.


Parce que notre homme n'était visiblement pas empêché, vu qu'il a repris son projet The Abominable Charles Christopher, a collaboré au nouveau volume de Batman : Black & White, et a récemment lancé une campagne de financement participatif pour une nouvelle création (Death Transit Teenager, qu'il écrit et dessine). Donc, pour moi, jusqu'à preuve du contraire, il a purement et simplement abandonné Isola et ses lecteurs sans les avertir franchement ni être clair sur une date de reprise (si la série revient un jour).

Autant dire, pour en revenir à The Ambassadors, que j'étais sérieusement agacé de le voir prendre le temps de signer un épisode, une preuve de plus que Isola était le cadet de ses soucis. En même temps, j'étais aussi intrigué car l'association Mark Millar-Karl Kerschl, franchement, je ne l'avais pas vue venir. Les deux hommes me semblaient évoluer dans des sphères tellement éloignées que les imaginer travailler ensemble me paraissait inconcevable.

Millar, d'habitude, drague des stars chez les "big two" et mise sur leur notoriété pour organiser une large part de la publicité de son nouveau comic-book. Kerschl, sans être irrespectueux, ne fait pas vraiment partie des artistes les plus fameux de l'industrie, même si, par ailleurs, c'est un auteur complet respecté et très talentueux. Qui plus est, pour The Ambassadors, il se trouve à dessiner un épisode entre celui de Quitely et celui de Travis Charest, deux monstres sacrés (dont le deuxième qui refait parler de lui après une éternité).

Mais le résultat est là et ne s'embarrasse pas des déceptions entretenues par l'arrêt de Isola : Karl Kerschl livre une épisode digne de ce qu'on lui connaît, d'une beauté renversante, avec une science du découpage extraordinaire, ce trait toujours immédiatement identifiable, où l'influence des mangas est parfaitement digérée. Il y a des pages sur lesquelles on s'arrête pour le simple plaisir de les admirer, et donc il ne dépareille sûrement pas à côté de virtuoses comme Quitely, Charest.

Cet épisode est donc un régal pour les yeux. Mais alors qu'est-ce qui coince ? Pourquoi ne prend-on pas davantage de plaisir ? Pourquoi a-t-on l'impression que ça aurait pu/dû être tellement mieux ? Peut-être parce que, effectivement, les styles de Millar et de Kerschl ne se marient pas si bien que ça. L'épisode s'ouvre sur une séquence très violente et cruelle, où le héros perd la vie. C'est du pur Millar, très rentre-dedans, très efficace : le scénariste nous fait saisir toute l'injustice du sort infligé à Binnu (et y revient sur la fin en révélant ce qu'il a vraiment perdu dans ce drame). Pas très subtil, mais imparable.

Sauf que Kerschl a du mal à illustrer ce passage aussi fortement, intensément qu'espéré. C'est mis en images avec maestria, mais l'émotion ne vient pas du dessin, ce n'est pas assez "in your face" comme l'exigerait tout bon Millar. Peut-être aussi le lecteur de Millar s'est-il habitué à une certaine manière de voir ses scripts illustrés et que le choc thermique ici est trop fort. Mais c'est vrai aussi que Kerschl, c'est de la dentelle quand cette séquence n'en est pas. Donc, ça ne fonctionne pas, tout simplement.

En revanche, si le reste ne convainc pas beaucoup plus, c'est uniquement de la faute de Millar qui, à l'exception d'un twist à la fin, ne convertit pas ses bonnes intentions en un récit plus expressif. En réalité, c'est trop décompressé, l'histoire ne progresse pas suffisamment. Si The Ambassadors se limite à un épisode/une recrue, quelle que soit l'astuce déployée par l'auteur, ça ne suffira pas. Et le procédé qui anime le projet (un artiste différent pour chaque épisode) tournera vite à du simple marketing.

Enfin, j'attendais plus d'originalité concernant les pouvoirs dont Choon-He Chung dote ses ambassadeurs. Déjà, on n'identifie pas très bien ceux qu'elle-même possède (en dehors d'une intelligence hors du commun et qu'elle s'est clonée), mais Codename India (alias Binnu) n'est guère mieux loti avec des pouvoirs sur la gravité, autrement dit une banale télékinésie. C'est du vu et revu et je crois qu'on pouvait légitimement espérer mieux, plus audacieux.

Bref, je suis déçu. Mais pas abattu. Parce que dans quinze jours, on va assister au grand come-back de Travis Charest et ça, c'est quand même bigrement excitant. Parce que, aussi, je reste confiant dans la capacité de Millar à m'étonner positivement. Mais ce sera du quitte ou double.

lundi 21 mars 2022

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES : SPECIAL MILLARWORLD !

 


Etant abonné à la newsletter de Mark Millar, j'ai pu découvrir en avance les planches que je vais vous présenter (même si, depuis, elle circulent sur les réseaux sociaux, comme, par exemple, le compte Twitter de Panini Comics).


Mark Millar avait prévenu dans son précédent billet qu'il allait lâcher des previews dont on ne se remettrait pas et le scénariste écossais n'a pas menti. Qu'on soit fan ou non de son Millarworld, on ne peut que s'incliner devant l'incroyable régiment d'artistes qu'il réussit à attirer dans ses filets. Il faut aussi dire que les conditions sont très avantageuses car Millar est désormais financé par Netflix (à qui il a vendu son label) et que, même avant cela, il partageait tous les profits à égalité entre lui et ses dessinateurs (jackpot assuré quand on sait que ses comics sont adaptés ensuite en film ou en série télé, avec des produits dérivés à la clé).
Après avoir fait une pause durant 2021, Millar avait promis que 2022 serait son grand retour, avec des partenaires prestigieux et des histoires originales mais aussi des suites à quelques-uns de ses titres. Tout ça sera disponible en v.o. chez Image Comics, et en v.f. chez Panini Comics.


On commence donc par Prodigy vol. 2 : The Icarus Society. Après les six premiers épisodes de 2019, Millar remet le couvert pour cette série qui suit Edison Crane, milliardaire surdoué et aventurier, mais dont les premiers exploits dessinés par Rafael Albuquerque m'avaient laissé sur ma faim. L'artiste a renoncé à réaliser cette suite et Matteo Scalera a recommandé à Millar son ami italien Matteo Buffagni (Ultimate Iron Man, Astonishing X-Men). De quoi me faire changer d'avis (parce que j'adore son style) ?






Prodigy vol. 2 débutera en Juillet prochain.


The Magic Order est, de l'aveu de Millar, son projet favori (avec Jupiter's Legacy). Alors qu'on découvrira la conclusion du vol. 2 dans quelques jours, le scénariste avait annoncé depuis un moment que le vol. 3 serait dessiné par l'italien Gigi Cavenaggo (succédant donc à Olivier Coipel et Stuart Immonen). Ce dernier n'est pas encore très connu en France (encore moins aux Etats-Unis), mais c'est, je l'affirme sans détour, un génie, qui s'est illustré sur des couvertures de Dylan Dog notamment. Si vous ne me croyez pas, examinez ce qui suit :






The Magic Order vol. 3 commencera en Juillet 2022.
 

Mark Millar avait en revanche caché qu'il avait déjà écrit un quatrième acte à The Magic Order. On peut espérer le découvrir début 2023. Et pour le dessiner, il a débauché un artiste trè prometteur, qui a récemment travaillé pour Marvel sur l série Shang-Chi : Dike Ruan. Encore une bonne pioche si on en juge par les premières planches (non colorisées) :





Publication prévue en 2023.


J'avais posté dans une précédente entrée consacrée aux News Comics la première planche d'un projet qu'a écrit Mark Millar spécialement pour Travis Charest. Celui qui fut un des Image boys des années 90, reconnu par tous comme un dessinateur surdoué, a pâti ensuite de son incapacité à tenir les délais, jusqu'à devenir la risée du milieu lorsqu'il s'exila en Europe pour illustrer une histoire des Méta-Barons de Jodorowsky qu'il n'a jamais achevée. Depuis Charest s'est reconverti en cover artist (pour la franchise Star Wars ou chez DC). Qui d'autre que Millar pouvait être assez fou pour le convaincre de revenir sur des planches intérieures, en lui laissant tout le temps de travailler ? On ignore encore tout de l'histoire que Charest illustre ni quand elle sortira mais ce sera un événement et un festin visuel comme ce qui suit le montre :
 



Date de sortie indéterminée. Mais qu'est-ce que c'est beau !


J'ai, je l'avoue, été très déçu que le troisième volume de Jupiter's Legacy, Requiem, ne soit pas dessiné par Frank Quitely (bon, Tommy Lee Edwards, c'est bien aussi, mais c'est pas pareil). L'artiste étant très discret (même s'il est depuis peu sur Twitter), il fallait compter sur Millar pour avoir de ses nouvelles. Et quelle bonne nouvelle de savoir que les deux hommes vont réunir leurs talents. Pas de titre ni de pitch pour l'instant, mais, comme avec Charest, ça promet d'être énorme !






On attend ça avec impatience !


Et pour fermer le ban, la surprise du chef ! Figurez-vous que Mark Millar a écrit quelque chose pour Karl Kerschl. L'artiste, dont on attend toujours les nouveaux épisodes de Isola (depuis Février 2020 !), aura, je l'espère, à coeur de se faire pardonner avec cette collaboration inattendue dont deux pages ont filtré :



Il m'en reste encore. Je vous le mets quand même ?

Mark Millar a conclu sa newsletter avec d'autres annonces : l'artiste de Night Club (son histoire de vampires) sera révélé en Mai. Il a achevé le script du volume 2 de Nemesis (Steve McNiven reveindra-t-il pour le dessiner ?). La suite de Empress est toujours d'actualité (avec Stuart Immonen j'espère !). Il a débauché deux artistes vedettes de Marvel et DC pour deux mini-séries encore secrètes. Et, last but not least, Olivier Coipel va dessiner un autre titre pour le Milarworld (en 2023).

Je sais pas pour vous, mais, moi, j'en salive d'avance (pas pour tout, mais presque). N'hésitez pas à commenter si ça vous inspire. Et à bientôt pour de nouvelles aventures !

lundi 4 janvier 2021

MILLARWORLD 2021-2022

En attendant les premières publications de 2021, ce Mercredi, je partage avec vous des nouvelles de Mark Millar. Le scénariste écossais s'est fait inhabituellement discret en 2020 et je dois avouer que, bien qu'étant plutôt fan de ses productions, ces dernières prestations m'avaient beaucoup déçu (Space Bandits, Prodigy).

Et voilà qu'il vient de publier un teaser très alléchant pour annoncer son retour aux affaires. Accaparé par la production de l'adaptation de Jupiter's Legacy en mini-série pour Netflix (qui possède désormais son label "Millarworld"), Millar a choisi de ne rien publier pour se consacrer à l'écriture de nouveaux projets qui paraîtront en 2021-2022. Et le programme est copieux - même s'il faudra attendre un mois après la première diffusion de Jupiter's Legacy pour lire un de ces nouveaux comics.


En parcourant cette image, on peut lire une sacrée liste de noms prestigieux, ce qui confirme que Millar attire toujours des vedettes et en débauche auprès des "Big Two" (Marvel, DC) comme il aime à l'écrire. Décryptons un peu :

- Frank Quitely : annoncé depuis longtemps, Jupiter's Legacy aura un troisième et ultime volume, intitulé Requiem. L'artiste, co-créateur de la série, le mettra en images et on peut penser que que cela ne sortira que lorsque Quitely aura terminé tous les épisodes afin d'éviter une trop longue attente entre chaque. Jupiter's Legacy étant un chef d'oeuvre (sin ce n'est le chef d'oeuvre) du "Millarworld", son final est très alléchant.

- Stuart Immonen : après sa fausse retraite, qui aura quand même duré quelques mois (même s'il en profité pour dessiner Grass of Parnassus, publié directement sur Instagram, et écrit avec sa femme Kathryn), le dessinateur a surpris en 2020 en collaborant avec Joe Hill pour la mini-série The Plunge, chez DC. Je ne l'ai pas lue (je ne suis guère fan des récits horrifiques) mais la mention d'Immonen sur la liste de Millar signifie qu'on va enfin pouvoir lire la suite de Empress. Et ça, c'est cool, vu le cliffhanger du Book One.

- Olivier Coipel : le français a, paraît-il, hésité à rempiler mais Millar a dû trouver les bons arguments pour qu'il dessine le deuxième volume de The Magic Order. Je m'en réjouis car j'avais aimé cette histoire et je suis curieux de voir ce que l'écossais et son compère ont trouvé à raconter.

- Matteo Scalera : si je suis un fan de Scalera, je ne lis que peu de choses qu'il dessine car, généralement, les scénarios ne m'attirent pas. Sa prestation sur Space Bandits était la seule bonne chose de cette histoire paresseuse à laquelle Millar a visiblement en projet de donner une suite. Espérons qu'il sera plus inspiré car Scalera le mérite (et nous aussi).

Voilà pour le plus prévisible. Passons maintenant aux surprises, et elles sont de taille.

Le nom qui claque certainement le plus dans cette liste est celui de Travis Charest. Celui fut considéré comme probablement le meilleur artiste des débuts d'Image mais qui est aussi devenu le parangon des dessinateurs les plus lents des comics s'est depuis reconverti en cover-artist brillant (quoique inégal). En vérité, sa carrière ne s'est jamais remise de son aventure européenne où il échoua à réaliser entièrement un tome des Métabarons de Jodorowsky. Charest a notamment signé des couvertures variantes pour certaines séries du "Millarworld" et actuellement sur Batman/Catwoman. Millar lui a-t-il confié un récit entier ? Ce serait exceptionnel, mais certainement pas dans les bacs avant 2022 (si tout va bien).

Karl Kerschl était impliqué dans la série Isola chez Image Comics, la co-écrivant (avec Brenden Fletcher) et la dessinant. Mais le titre semble à l'arrêt (alors qu'il devait reprendre l'été dernier). Millar a donc alpagué Kerschl pour un projet mystère et je suis vraiment intrigué par cette association. 

Matteo Buffagni est un dessinateur dont je pense beaucoup de bien mais qui restait anormalement sous-exploité chez Marvel (sa dernière prestation a été un épisode de X-Men, le #6). Je suis donc très content que Millar le récupère car nul doute qu'ainsi l'italien va connaître une exposition inespérée et surtout du "temps de jeu".

Son compatriote, Gigi Cavenaggo, est une autre très belle prise pour Millar même si son nom ne dira pas grand-chose à beaucoup de monde. Pourtant c'est un artiste fabuleux, dont je connais surtout les couvertures pour Dylan Dog, absolument renversantes. 

Tommy Lee Edwards dessine actuellement une série, Grendel, Kentucky, mais il a déjà travaillé avec Millar sur la mini 1985. Ce fut une réussite et donc la perspective de lire un nouvel opus par ce duo est très excitante (même si je ne pense pas qu'il s'agira d'une suite à 1985 car cette histoire se déroulait dans l'univers Marvel).

Enfin Millar promet une "superstar" qui a travaillé à la fois pour Marvel et DC. Il a donc pêché un gros poisson, pour un récit original et qui fera l'événement. Je ne pronostique rien, car je préfère être surpris (en souhaitant que ce soit une bonne surprise et que cette superstar soit un bon artiste et pas simplement un mercenaire qui a effectivement alterné entre les "Big Two").

On peut penser ce qu'on veut de Millar et il est certain que le personnage clive beaucoup le lectorat. Sa personnalité de bâteleur peut facilement passer pour de l'esbroufe et il est indéniable que ses comics personnels sont très inégaux en qualité et en inspiration. Néanmoins sa capacité à convaincre les artistes les plus côtés et talentueux à lui consacrer plusieurs mois (voire années) est fascinante et impressionnante, et aboutit quelquefois à d'authentiques pépites. Cette liste de dessinateurs et de projets, évidents ou plus mystérieux, augure de lectures prometteuses en tout cas.

jeudi 6 février 2020

ISOLA #10, de Brenden Fletcher, Karl Kerschl et Msassyk


Après six (!) mois d'attente, le nouveau numéro d'Isola vient enfin de paraître. Inévitablement, une telle attente interroge et suscite un fol espoir. C'est peu dire que Brenden Fletcher et Karl Kerschl déçoivent autant que Kerschl et Msassyk éblouissent. Rarement un épisode m'aura autant partagé. Et l'avenir laisse perplexe...


Rook se réveille dans les bras d'Olwyn après une nuit d'amour. Rêve-t-elle encore en observant sa reine et amante qui a recouvré apparence humaine sans explication ? Olwyn la rassure tout en voulant profiter de ce bonheur.


Mais la reine sait aussi que, redevenue elle-même, son devoir l'appelle et elle entend stopper la guerre qui enflamme le pays. Pour cela, elle doit réparer les fautes de sa mère, la reine Braunwen, qui, entre autres crimes, ordonna la mort des parents de Rook.


Cette révélation révolte la jeune capitaine. Mais Olwyn la rappelle à l'ordre en lui rappelant qu'elle seule décide de l'opportunité de communiquer de telles informations. Il faut se remettre en route pour Maar et remonter sur le trône.


Soudain un tigre bleu bondit sur Olwyn. Rook est interloquée. Olwyn convulse et dévoile son vrai visage : la sorcière Miluse a pris son apparence et, à cause d'un sortilège mal maîtrisé, partage désormais l'aspect de la reine en exil tandis que l'esprit de celle-ci est dans le tigre.


Pour gagner du temps en attendant de rallier Isola et rompre le sort, Rook laisse filer Miluse jusqu'à un camp de soldats où elle annonce le retour des troupes à Maar. Un oiseau s'abat sur le camp et en décime les habitants. Mais l'esprit de Miluse survit et suit Rook et Olwyn à leur insu.

Depuis le début, et plus encore depuis le second arc (qui s'achève avec ce numéro), l'indulgence que j'ai eue pour Isola était proportionnée à l'enchantement que me procurait sa lecture. C'est un récit exigeant, dont je comprends par ailleurs tout à fait qu'on y soit hermétique car les auteurs sont avares en révélations, en informations (on connaît à peine le nom des personnages) et sa narration reste très allusive (le voyage de Rook et Olwyn est à la fois lent, taciturne, mystérieux jusqu'à l'opaque).

Il faut avoir la foi comme Rook l'a pour rallier Isola pour rester embarqué dans une telle histoire. La beauté extraordinaire des dessins de Karl Kerschl et des couleurs de Msassyk venait compenser pour une grande part l'austérité de l'écriture toute en énigmes de Kerschl et Brenden Fletcher.

Isola s'impose d'abord comme une expérience sur le temps, d'autant plus que depuis l'épisode 6, la série ne paraît plus que bimestriellement. Du moins était-ce la promesse, l'engagement des créateurs... Car le numéro 9 est sorti en Septembre dernier, il y a donc six mois !

Cela interroge forcément. Je ne suis pas du genre à rouspéter puérilement sur les délais. J'ai envie de dire, qu'importe le temps que ça prend tant que le résultat en vaut la peine. J'attends toujours le n° 3 de The Seeds par exemple alors que le titre a été absent des stands durant toute l'année passée, mais j'ai confiance en ce produira David Aja. Et puis il ne faut pas oublier d'éventuelles complications personnelles comme nous l'a rappelé la situation de John Paul Leon lors de la sortie de Batman : Creature of the Night où j'appris que l'artiste était atteint d'un cancer, ce qui expliquait son retard.

Mais de tels soucis ne semblent pas accabler Fletcher, Kerschl et Msassyk, si on en juge par leurs activités sur les réseaux sociaux. C'est tant mieux pour leur santé. Mais cela ne console pas les lecteurs d'Isola...

Surtout que ce dixième épisode, longtemps attendu, ne satisfait pas. Il entretient pourtant, d'abord, une ambiguïté savoureuse sur le retour d'Olwyn ayant recouvré forme humaine. On a l'impression dans le premier tiers de l'épisode que les auteurs ont soudain décidé de clarifier pas mal de choses : la relation homosexuelle entre Rook et Olwyn, les secrets du passé d'Olwyn, sa volonté de faire cesser la guerre et d'assumer son amour pour la capitaine... On se doute bien que quelque chose de bizarre est à l'oeuvre mais ça ne contrarie pas, au contraire ça intensifie ce passage, dialogué, rythmé.

Et puis, patatras ! Le voile se déchire et la vérité surgit en défaisant tout ce qui semblait se concrétiser (une progression dramatique réelle). Non, ce n'est pas Olwyn, et non, ce n'est vraiment pas ce qu'on pouvait espérer. Miluse a lancé un sortilège qu'elle maîtrise mal et qui lui donne l'apparence de la reine en exil dont l'âme réside toujours dans le tigre en lequel son frère Asher l'a transformée.

Les dernières pages font carrément l'effet d'une douche froide, détricotant le peu qu'il restait de l'ouvrage du début de cet épisode, renvoyant Rook et Olwyn sur la route d'Isola, sans avoir fait bouger d'un iota le reste de la situation. J'ai eu franchement le sentiment que Fletcher et Kerschl se moquaient du monde en retirant tout ce qu'il avait avancé. C'est comme s'ils refusaient que leur projet avance vraiment. Car c'est bien de ça qu'il s'agit : une stagnation devenue lassante.

Bien entendu, visuellement, l'épisode est une fois de plus magnifique. Très centré sur les personnages, et en particulier Olwyn et Rook, le découpage est d'une fluidité remarquable, et Kerschl fait des merveilles avec un trait sobre mais expressif, des plans simples mais justes. Les couleurs de Msassyk sont renversantes, avec des nuances divines.

Mais la beauté de tout ça ne semble plus servir une histoire qui ne cesse de frustrer. Si Kerschl n'était pas impliqué dans l'écriture, on aurait le sentiment qu'il gâche son immense talent dans un récit en berne. Mais Kerschl est le co-auteur du script et sa responsabilité de narrateur est engagée dans la déception ressentie.

Peut-il y a voir encore pire nouvelle après ça ? Hé bien, oui ! Car on nous annonce à la fin de l'épisode que la série ne reprendra que cet été (pas plus de précisions, pas de date précise, pas de périodicité claire). Qu'est-ce qui prend donc tant de temps aux auteurs pour produire vingt pages ? On pourrait presque croire qu'ils improvisent et se donnent de la marge pour élaborer cinq nouveaux épisodes, un nouvel arc... Quand Brian K. Vaughan et Fiona Staples interrompent Saga pendant plus d'un an, au moins promettent-ils de revenir (car leur épopée n'est pas finie) mais en prime avec la garantie que la série a encore 54 épisodes à venir, au terme desquels elle s'achèvera. On n'a pas du tout cette garantie-là avec Isola qui sort de manière de plus en plus décousue sans un horizon défini.

C'est plus ce flou qui m'irrite que les délais, je le répète. La politesse minimale des auteurs est de donner aux lecteurs leur objectif (en termes de nombre d'épisodes, d'intrigue, de périodicité). Sinon les fans les plus fidèles ont le légitime sentiment de se sentir baladés, soumis à un calendrier improbable. Même la plus belle des séries peut ne pas y survivre.

samedi 14 septembre 2019

ISOLA #9, de Brenden Fletcher, Karl Kerschl et Msassyk


Il faut décidément être très patient pour lire Isola puisque le précédent épisode était sorti le 26 Juin dernier ! Ce qui sauve cette série, c'est la qualité de chaque nouveau numéro, mais bon sang, que c'est long... Et pour moins de trente pages. Ce neuvième chapitre, le pénultième de ce deuxième arc, marque toutefois un vrai tournant, dans la narration et le cliffhanger. (Presque) de quoi tout pardonner à Brenden Fletcher, Karl Kerschl et Msassyk...


Rook est toujours sous la coupe de Miluse. Cette dernière a réussi à écarter Olwyn en l'obligeant à coucher dehors. Elle a littéralement envoûté la capitaine au point de lui faire croire que les légumes de son jardin ne sont pas pourris.


Impuissante mais pas résignée, Olwyn entreprend de découvrir le secret de la cabane de Miluse, alors qu'elle dort avec Rook. La tigresse voit, grâce à son regard altéré par la magie de son frère, que les animaux que retient prisonnier Miluse sont en fait des enfants dans des cages.


Mais en voulant les libérer, elle alerte la jeune sorcière qui tente de la tuer. Olwyn ne doit la vie sauve qu'à l'intervention de la mère de Miluse. Tandis que la tigresse emmène les otages au loin, Miluse tue sa mère. Le bruit engendré par cette pagaille réveille Rook, qui recouvre ses esprits.


Une fois suffisamment éloignés de la cabane de Miluse, les enfants transformés reprennent forme humaine et invitent la tigresse à les suivre jusqu'au village de la tribu de Kaji pour que les sorciers la libèrent du sortilège de Asher.


Rook a également fui Miluse et recherche sa reine, en vain. Découragée, elle se reproche d'avoir cédé aux charmes de la sorcière. Mais elle se reprend quand une voix familière la réconforte. Olwyn sous sa forme humaine se présente devant sa capitaine.

Revenons brièvement sur la parution de Isola. Les comics, par leur périodicité traditionnelle (c'est-à-dire mensuelle), ont formé les lecteurs à une habitude proche de l'addiction. Il nous faut notre dose, quasiment comme un drogué. Mais pas seulement...

En effet, bien qu'on les nomme séries, les comics sont en fait plus proches du feuilleton : les épisodes se suivent, ils forment des histoires au long cours le plus souvent. Le rythme de parution mensuel est donc idéale pour ce type de narration qui nécessite de ne pas laisser filer trop de temps entre chaque numéro.

En devenant bimestriel, Isola, qui est un comic-book où il ne se passe déjà pas grand-chose, où l'action au sens le plus spectaculaire est rare, impose au lecteur d'avoir une bonne mémoire pour se souvenir de ce qui s'est passé précédemment, parce qu'on ne lit pas que ce titre. Si encore chaque épisode était devenu plus garni en changeant de parution, on aurait eu la satisfaction d'en avoir plus même si on en avait moins souvent. Mais ce n'est pas le cas.

On pourra alors imaginer ce qui nécessite autant de temps à Brenden Fletcher, Karl Kerschl et Msassyk pour ne produire qu'un épisode en deux mois. Comme le résultat reste superbe et envoûtant, on n'ose pas trop râler. Mais il est certain qu'on pardonnera moins facilement aux auteurs le jour où ils livreront un numéro inférieur en qualité.

Ce n'est pas le cas cette fois-ci car ce neuvième chapitre est un des meilleurs depuis le début. L'écriture et le dessin sont virtuoses : tout ou presque est raconté du point de vue d'Olwyn, donc d'une tigresse muette et placée en situation délicate. Pourtant Fletcher et Kerschl parviennent à rendre admirablement les sentiments de frustration et de détermination de l'animal, à faire progresser le récit par petites touches et péripéties tendues.

Le découpage de Kerschl est extraordinaire par sa variété dans la valeur des plans, leurs compositions, l'expressivité des personnages. Vous doutez qu'on puisse vibrer à l'enquête d'une tigresse, lisez donc cet épisode et vous verrez ce qu'un artiste de génie peut tirer de cette contrainte. C'est bluffant.

Le lettrage et la colorisation ajoutent à la magie, suggérant à chaque plan une ambiance captivante, stressante ou ensorcelante. Fletcher et compagnie auraient pu tirer sur la ficelle et développer quelques épisodes durant ce séjour empoisonné chez Miluse, mais en deux chapitres, ils produisent une histoire dense, électrisante, troublante, pleine d'images mémorables et originales.

Jusqu'à la toute dernière, une pleine page superbe encore, qui renverse complètement la situation et pourrait donner une impulsion radicalement nouvelle à la série entière.

Dommage hélas ! qu'il faille attendre deux mois et quelques pour savoir à quoi elle va aboutir. Mais Isola nous a habitués aux miracles autant qu'elle nous enseigne la patience.