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samedi 19 août 2023

THE MAGIC ORDER 4 #6, de Mark Millar et Dike Ruan

 


Et c'est la fin du quatrième volume de The Magic Order, Mark Millar, comme il nous y a habitués, conclut son arc avec un épisode double (40 pages donc), très spectaculaire. Mais cela suffit-il à balayer la déception que représentèrent les précédents épisodes d'une série qui avait pourtant si bien commencée ? Dike Ruan peut en tout cas remercier la coloriste Giovanna Niro qui habille ses planches de manière somptueuse.



Après avoir libéré l'oncle Edgar du château Moonstone, Mme Albany lui explique comment il peut récupérer toute sa puissance et en finir avec les survivants de l'Ordre Magique. Mais Cordelia Moonstone n'a pas dit son dernier mot et son plan pour sauver son organisation est de s'en remettre... A une réécriture littérale de l'histoire !


Il faut bien le reconnaître, The Magic Order a perdu beaucoup de son lustre au fil des volumes. Si Mark Millar a su s'entourer d'artistes fabuleux (Olivier Coipel, Stuart Immonen, Gigi Cavenago), il a commis une erreur de casting en comptant sur Dike Ruan pour cette dernière salve d'épisodes.


Mais il n'y a pas que graphiquement que la série a sombré. Millar avait beaucoup d'ambitions pour sa saga magique, il citait Le Parrain et Harry Potter, mais en fin de compte, il n'a pas sur développer un univers aussi solide que Jupiter's Legacy, son autre grand-oeuvre, et s'est pris les pieds dans le tapis.


Pour ma part, la déconvenue a été totale tout au long de ce volume 4 qui démarrait sur les chapeaux de roues et qui s'est complètement perdu en route, introduisant de nouveaux personnages pour les écarter aussi vite, expédiant des explications sur des trahisons, justifiant des retours de manière alambiquée, et s'achevant dans un grand feu d'artifices singulièrement anti-climatique.

Je ne veux pas ici rédiger une critique assassine pour le plaisir de me payer Millar. C'est un scénariste pour lequel j'ai du respect et dont je continuerai à suivre les travaux, en souhaitant qu'il propose encore de bonnes choses. Depuis qu'il a établit son MillarWorld comme une entreprise qui ne connaît pas la crise, ni au niveau de l'inspiration, ni au niveau des ventes, il a sur bâtir quelque chose de redoutablement efficace et distrayant, qui trouve aujourd'hui sa quintessence dans Big Game, réunion de toutes ses séries (y compris The Magic Order).

Mais tout ne mérite pas une suite et The Magic Order n'a jamais aussi bon que dans son premier tome, suffisant, imparable. Après, Millar, qui s'est passionné pour le phénomène du manga (au point de reconnaître en lire davantage désormais que des comics), a visiblement voulu déployer une intrigue au long cours, plus feuilletonnante, mais qui souffrait d'avoir été conçu comme des extensions dispensables au premier arc.

Ni la révolte des magiciens d'Europe de l'Est (vol. 2), ni les péripéties suivantes (vol. 3) et encore moins le retour de Mme Albany et sa vendetta ne semblaient organiquement issus de l'histoire du premier volume. La gestion de certains personnages avait de quoi laisser songeur, comme l'absence totale de Leonard Moonstone durant la crise du volume 2, ou le retour de Salomé Moonstone dans le vol. 3, ou les révélations sur l'oncle Edgar dans ce volume 4 ne possédaient la fluidité nécessaire pour convaincre que tout était planifié depuis le début.

A cet égard, la résolution du cas de l'oncle Edgar (en vérité le roi de Kolthur avec qui un écrivain avait échangé son corps dans un deal faustien) conduit à un final décevant. En lieu et place d'une bataille magique, on a droit à la piteuse reddition d'un vieillard comprenant tardivement son erreur grâce à une réécriture littérale de l'histoire. Ce stratagème trouvé par Millar aurait pu être une jolie pirouette, un peu méta, sur le créateur et la création, l'auteur et ses fictions, mais tout tombe misérablement à plat.

Et puis il y a le problème Dike Ruan. Quand on se balade sur les réseaux sociaux, on voit la productivité de ce jeune artiste, qui, notamment, signe beaucoup de couvertures, avec un talent certain. Pas étonnant que Millar l'ait pris dans ses filets, c'est typiquement le genre de dessinateur qu'il apprécie et dont le style d'ailleurs évoque beaucoup celui de Coipel.

Malheureusement, si Ruan est si doué pour l'art de la cover, c'est parce qu'il est davantage taillé pour l'illustration que pour la narration. Encore qu'il soit loin d'être maladroit dans ce registre, mais c'est surtout que ce n'est pas tout bonnement pas possible de lire autant de pages sans décor. On sait à peine où l'action se situe puisque Ruan se contente de placer une fois par numéro une grande image représentant l'endroit le plus important, le plus emblématique, puis ensuite... Plus rien, sinon des cases avec uniquement des personnages campés dans des positions les plus iconiques, tendus dans l'effort, projetant toute leur énergie vers l'avant (l'adversaire ou le lecteur).

On se croirait revenu aux premières années d'Image Comics quand Jim Lee, Rob Liefeld, Todd McFarlane, Erik Larsen misaient tout sur les personnages et l'effet pin-up au détriment du reste. Ruan a un trait plus élégant, un joli coup de crayon, mais il n'en fait rien, trop pressé. Ou trop paresseux (on peut se poser la question quand on voit le retard pris sur les derniers épisodes sans que les pages soient plus fournies).

Pour le coup, il peut dire un grand "merci" à la coloriste Giovanna Niro qui accomplit un travail superbe, meublant les arrière-plans vides, désespérément vides, voire peint directement sur le dessin, ce qui produit un effet esthétique remarquable. Bien entendu, elle ne comble pas tout, elle a beau avoir du talent, elle ne peut que sauver les meubles et pas la narration défaillante. 

Petit spoiler pour finir : la dernière page indique une suite (et fin) avec la mention "Next : The death of Cordelia Moonstone". Comment l'interpréter ? S'agit-il d'une annonce pour un volume 5 (car Millar avait dit que The Magic Order serait un quintette) ? Ou bien du sort réservé à la magicienne dans Big Game ? Franchement, je ne suis pas chaud pour me taper un cinquième tome de la série, sauf si Millar se reprend et qu'il trouve un dessinateur exceptionnel (mais qui ? Quel cador n'a-t-il pas encore séduit ?). De toute façon, on n'en saura pas plus avant 2024 puisque, désormais, le seul titre MillarWorld qui sera publié cette année reste Big Game. Dont le prochain chapitre sera dispo la semaine prochaine.

samedi 10 juin 2023

THE MAGIC ORDER 4 #5, de Mark Millar et Dike Ruan


Inexplicablement, il n'y a pas eu d'épisode de The Magic Order le mois dernier et c'est donc cette semaine qu'est sorti le n°5 de l'actuelle série. Mark Millar a pourtant fini de rédiger son script depuis longtemps. Ce qui n'empêche pas Dike Ruan de livrer des planches toujours aussi inégales. Décidément ce volume 4 aura déçu.



Royaume de Kolthur. Cordelia Moonstone affronte son frère Perditus, seigneur de ces terres, dans l'arène, après avoir tenté une dernière fois de le raisonner. Pendant ce temps les magiciens négligés apr Mme Albany se fédèrent pour attaquer le nouvel Ordre Magique. Et l'oncle Edgar découvre la vérité sur ses origines...
  

Alors, oui, il reste encore un épisode (peut-être avec une pagination augmentée) dans ce volume 4. Et, normalement, même si Mark Millar ne communique pas dessus, encore un autre volume après celui-ci, certainement à venir en 2024. Mais il faut bien le reconnaître, The Magic Order, ce n'est plus ce que c'était.


Jusqu'à présent, Millar avait réussi à nous embarquer dans sa saga et quand ses scénarios captivaient moins, il pouvait, comme d'habitude, s'appuyer sur un dessinateur exceptionnel pour que le lecteur ne décroche pas complètement. Mais cette fois, il a raté son coup.


En définitive, depuis le début de cette année, on ne peut que constater le manque d'inspiration de l'auteur écossais. N'en ferait-il pas tout simplement trop, entre ses comics et la production des adaptations de ses bandes dessinées en live action pour Netflix, sans oublier la tonne de projets qu'il tease pour l'an prochain, après son event tant attendu (Big Game) ?

Dans le cas précis de The Magic Order, le problème est que Millar paraît avoir emprunté une direction qu'il peine à rendre passionnante. Il a^souvent répété qu'il s'agissait de sa série la plus ambitieuse avec Jupiter's Legacy, et le nombre de volumes, donc d'épisodes, qu'il y a consacrée le confirme. Mais si le premier acte tenait debout tout seul très bien, ensuite il a feuilletonné les suivants pour amplifier les enjeux, développer la mythologie, accroître le casting. Et c'est là que ça a commencé à devenir moins bon.

Individuellement, chaque volume, jusqu'au troisième, fonctionnait assez bien, même si le troisième justement n'avait pas de fin et servait de rampe de lancement au quatrième, celui actuellement en cours de publication. Toutefois, on mentirait en prétendant que l'intensité se maintenait et que les additions à l'histoire originelle étaient concluantes. En vérité, on voit arriver de nouveaux visages, en revenir de plus anciens, se créer de nouveaux twists, sans que la sauce ne prenne. Au lieu de capitaliser sur ce qu'il avait installé et d'ajouter quelques ingrédients supplémentaires avec parcimonie, Millar a préféré voir grand. Trop.

Franchement, tout ce qu'on a lu depuis la fin de la première série ne méritait pas trois volumes. La narration est trop décompressée. Ou plus exactement, elle l'est parfois trop. Le rythme est inégal, comme si le récit avançait par à-coups, par ruades. Les moments forts peuvent être exceptionnels, mais ensuite ça pique du nez. Et les épisodes actuels sont les plus faibles, les plus médiocres alors qu'ils présentaient le potentiel le plus prometteur.

En introduisant Perditus, on pouvait espérer beaucoup plus que de rencontrer ce fils maudit tatoué et cornu dont, spoilers, Cordelia, sa soeur, ne fait finalement qu'une bouchée dans l'épisode de ce mois. Aucun suspense malgré des pages engageantes et spectaculaires. Pour un sorcier qui a imposé son joug brutal sur tout un royaume, Perditus est écrasé très, trop facilement pour qu'on vibre vraiment. 

Il est ensuite difficile de s'emballer pour la suite de l'épisode, entre la présentation d'une sorte d'équipe B de l'Ordre Magique que Madame Albany a ignorée. Et le cliffhanger avec l'oncle Edgar passe devant nos yeux sans réussir à nous faire réagir, trop expédié, trop convenu.

Visuellement, surtout, ce volume 4 aura complètement échoué me convaincre. Je ne doute pas que Dike Ruan soit promis à un bel avenir, il a du potentiel. Mais saura-t-il le convertir pour devenir un vrai grand dessinateur comme sa technique le laisse penser ? 

C'est bien simple, ce qui manque à Ruan, c'est l'envie de se dépasser. Pour être complet comme tous les très bons, il faudra qu'il apprenne à dessiner des décors, dont sont dépourvues les 3/4 de ses planches. C'est à peine si la plupart du temps on sait où on est, et quand il daigne situer l'action graphiquement, il s'en tient au strict minimum.

Ensuite, si Ruan est doué pour découper ses scènes et camper ses personnages, il ne donne jamais le sentiment de se dépasser, de forcer son talent. Il a une aisance certaine, mais qui côtoie la nonchalance du type doué mais paresseux. C'est dommage. Mais quand on le compare à des artistes ayant officié sur la série, comme Coipel (dans ses bons jours), Immonen et Cavenago, Ruan est très loin derrière ces cadors. Ici, il va vous balancer une double planche qui vous fera un instant douter et réévaluer votre critique. Puis ensuite ça repart dans quelque chose de très quelconque finalement, tape-à-l'oeil, efficace mais creux.

Plus que jamais, en attendant le dernier épisode, et surtout le début de Big Game, on se dit que Millar va jouer très gros avec son event car si celui-ci ne convainc pas, alors le cru 2023 du MillarWorld sera à oublier.

vendredi 21 avril 2023

THE MAGIC ORDER 4 #4, de Mark Millar et Dike Ruan


Ce quatrième épisode de The Magic Order 4 est de loin le plus décevant de ce volume et certainement de toute la série. On achève de le lire sans avoir l'impression d'avoir avancé. Pire : il ressemble à une coquille vide, aussi bien au niveau de l'écriture que des dessins.
 

Cordelia Moonstone et Francis King arrivent dans l'arène où Perditus affronte les magiciens qui se sont égarés dans son royaume. Francis a un plan, vite taillé en pièces. Cordelia s'avance vers ce frère qu'elle n'a jamais connu sans illusions...


Ce quatrième volume de The Magic Order sera décevant quoi qu'il arrive jusqu'à son sixième et dernier épisode. C'est le plus faible arc narratif de toute la saga alors même que le troisième ouvrait des perspectives si prometteuses. Et comme Mark Millar n'a toujours fait aucune annonce concernant le cinquième et ultime acte de sa série, il faudra qu'il soit sacrément fort pour compenser.


Le scénariste écossais a beau avoir plus d'un tour dans sa manche, cette fois même un fan comme moi a du mal y croire et je me demande même si Millar n'a pas présumé de ses forces en promettant autant. Car, enfin, que s'est-il passé pour qu'il livre quelque chose d'aussi mauvais ce mois-ci ?


J'aime pourtant beaucoup The Magic Order, malgré un deuxième arc un peu en deçà, mais contrebalancé par un troisième de haute volée (bien aidé il est vrai par la prestation graphique de Gigi Cavenago). Mais là, c'est le cas de le dire, la magie n'opère pas/plus.

Qu'y a-t-il de plus désagréable que cette impression d'avoir lu une vingtaine de pages et de constater que rien n'a progressé ? C'est exactement le cas ici où tout se résume à quelque scènes qui se succèdent sans ellipse et qui auraient pu tenir en moitié moins de pages. Millar semble gagner du temps et nous en faire perdre par la même occasion. Et cela dure depuis le début de ce volume 4 où on ne peut que s'étonner, s'agacer aussi, que tant d'éléments restent en plan, et que le rythme soit si défaillant.

Pourtant cette rencontre avec Perditus Moonstone s'annonçait comme un grand moment depuis qu'on a appris l'histoire tragique du premier enfant de Leonard et Salomé Moonstone, échangé contre un sorcier surpuissant du royaume de Kolthur (l'oncle Edgar, reclus dans le château Moonstone, amnésique jusqu'à il y a peu). Mais tout retombe comme un soufflé mal cuit.

On comprend vite que Perditus sait tout de ses origines et en veut toujours à sa famille de l'avoir sacrifié pour achever une guerre. Dès lors le sort de Francis King est scellé et l'affrontement avec Cordelia est inéluctable car elle incarne la soeur honnie, préférée à lui. On aimerait compatir pour lui mais Millar présente Perditus comme un barbare pour qui il est impossible de ressentir de la sympathie. Il est brutal, vicieux, rancunier, amer et ne semblait attendre que la visite de sa soeur pour la tuer.

Millar diffère ce duel pour le mois prochain mais ne trompe personne. Il ne tuera pas Cordelia - et personne d'ailleurs ne le souhaite, surtout que, même si elle a ses défauts, elle est angélique par rapport à Perditus, sa mission est noble, on souhaite qu'elle la remplisse avec succès. Réussira-t-elle malgré tout à convaincre Perditus de l'aider ? C'est bien le seul mystère qui nous empêche de renoncer à lire la suite et fin de cet arc.   

Reste que, en dehors de ça, c'est un gâchis. L'oncle Edgar, ancien roi de Kolthur, reste toujours désespérément négligé alors que ces nouveaux épisodes auraient dû servir à avancer sur son dossier, maintenant qu'il a recouvré la mémoire et a assisté au coup d'état de Madame Albany. Celle-ci d'ailleurs, alors qu'elle a détrôné Cordelia, a disparu de la série aussi rapidement qu'elle y était revenue, comme si Millar ne savait plus quoi dire sur le nouvel Ordre Magique, alors qu'il aurait été intéressant de voir quel impact à eu ce changement (on se doute bien qu'une femme machiavélique comme Albany ne va pas se contenter de s'asseoir sur son trône et voir ce qui peut se produire). 

Quant à la mort de Francis King, elle laisse un goût d'inabouti car depuis son introduction dans le volume 2, Millar n'a jamais développé dignement ce personnage pourtant plein de potentiel.

Dike Ruan déçoit lui aussi. Il a du talent, un joli coup de crayon, de quoi voir venir et de quoi faire. Mais ce garçon ne se force pas. Il faudrait pour cela qu'il commence par comprendre que dessiner un décor spectaculaire sur une double page ne suffit pas pour un épisode de vingt planches. La totalité des cases est en effet dénué d'arrière-plan et c'est à la coloriste Giovanna Niro a donc la charge de combler ces vides du mieux qu'elle le peut. Mais rien n'y fait.

Je ne veux rien ajouter de plus sur la partie graphique car je risquerai d'être méchant et j'ai bien trop de respect pour les artistes qui font leur boulot pour ne pas sombrer dans la diatribe pour l'un d'eux qui se contente du strict minimum. Lire The Magic Order après avoir admiré Dan Mora sur World's Finest suffit à exprimer le sentiment de frustration qu'on a devant le manque d'efforts de Ruan. C'est limite honteux.

Je suis moins triste qu'en colère parce que Millar est en train de gâcher une super série et que Ruan vaut mieux que ce qu'il ne fait pas ici. Evidemment, on peut encore espérer un sursaut pour les deux prochains épisodes, mais je n'y crois pas.

mardi 28 mars 2023

THE MAGIC ORDER 4 #3, de Mark Millar et Dike Ruan


Avec ce troisième épisode du quatrième volume de The Magic Order, on atteint la moitié de l'arc en cours. Mark Millar en profite pour faire une sorte d'interlude, où il revient sur les origines d'un des personnages secondaires de la série mais déterminant pour la suite. Dike Ruan produit ses meilleures pages à cette occasion. Tout est là pour passer un bon moment. Mais alors pourquoi reste-t-on frustré ?


Cordelia Moonstone et Francis King sont faits prisonniers dans le royaume de Kolthur et durant le trajet qui les mène à la capitale, Skull City, un autre passager, qui les a reconnus, leur raconte ce qu'il sait d'eux et du maître des lieux, Perditus Moonstone, arrivé là bébé en échange de l'ancien monarque...


Et si le problème de ce quatrième volume de The Magic Order tenait dans le fait qu'il a été publié trop tôt, trop vite ? Je sais qu'il n'est pas commun de se plaindre qu'un comic-book paraisse vite parce qu'on se lamente plutôt quand une série connaît des retards. Mais cette impatience des lecteurs ne se retourne-t-elle parfois contre eux et ce qu'ils lisent ?


C'est mon sentiment en ce qui concerne cet avant-dernier acte de The Magic Order, qui a démarré dans la foulée du précédent. On n'a pas eu le temps de souffler, de digérer les événements du volume 3 que déjà Mark Millar nous servait sur un plateau la suite. Et je crois que c'est un problème.


Entre le volume 1 et le 2, il s'était écoulé deux années, de quoi faire. Quelques mois à peine ot en revanche séparé les volumes 2 et 3. Et un petit mois entre le volume 3 et ce 4. On peut y voir une volonté de la part de Millar, d'Image Comics (et de Netflix, puisque c'est désormais le propriétaire du Millarworld) de ne plus jouer la montre, de prouver que la saga su scénariste file tout droit vers sa conclusion. En même temps, à l'heure où j'écris ces lignes, Millar n'a toujours pas annoncé ni l'identité de l'artiste qui dessinera le cinquième volume ni quand celui-ci sera publié (on sait juste en vérité que l'auteur l'écrivait encore au mois de Décembre dernier).

Mais avec cette accélération de la parution des volumes est venue une envie croissante d'en savoir plus, plus vite, de voir plus grand, plus fort. Millar est contraint désormais de lâcher les chevaux, de ne plus se brider, il faut qu'il lève le voile sur des mystères, qu'il créé des rebondissements, des péripéties à un rythme plus soutenu, pour conserver l'attention des fans. Alors qu'auparavant, il se permettait de nous faire attendre, mais aussi nous permettait de fantasmer sur ce que The Magic Order réservait.

Ce fantasme a disparu et on doit à présent compter sur l'imagination de Millar pour nous épater sans tarder. Et l'artiste qu'il choisit pour dessiner chaque volume doit se montrer aussi impressionnant, sinon plus que ses devanciers. Après Olivier Coipel, Stuart Immonen nous avait rassurés, et après Immonen, Gigi Cavenago s'était surpassé. Mais Dike Ruan est-il à la hauteur ?

Ruan est encore un jeune artiste, prometteur, une star en puissance, mais certainement pas un dessinateur aguerri comme Coipel, Immonen et Cavenago. Ses planches sont séduisantes, mais un examen attentif laisse apparaître des carences absences chez ceux qui l'ont précédé, notamment dans le traitement des décors, souvent négligés (ce qui arrivait aussi à Coipel sur la fin de ses épisodes).

Je ne veux toutefois pas accabler Ruan, parce qu'il a dû quelquefois regarder derrière lui avec une pression certaine : on ne succède pas à Coipel, Immonen et Cavenago sans être intimidé, sauf à être suffisant. Et par ailleurs, même en étant fan de Coipel et Immonen, je dois dire que Cavenago est celui des quatre artistes ayant oeuvré sur ce titre qui m'a le plus soufflé.

Quoiqu'il en soit, The Magic Order me frustre avec ce volume 4. C'est difficile de dire ce qui coince, c'est une impression diffuse mais tenace, comme si la série avait du mal à trouver un nouveau souffle, que sa narration était plus hachée, que tout ne se mettait pas en place avec autant de fluidité, d'efficacité. Et à cet égard, ce troisième épisode résume bien le malaise.

Millar fait le choix, risqué, de mettre sur pause l'intrigue pour revenir sur le sort de deux personnages, l'un hors-champ, l'autre attendant encore d'apparaître. Cette espèce d'origin story liant Perditus Moonstone et l'oncle Edgar avec le royaume de Kolthur en arrière-plan n'est pas inintéressante, Millar est asse malin pour nous entraîner là où il le veut. Mais bon, on ne termine pas l'épisode bouche bée. Au contraire, tout ça retombe trop bien sur ses pattes. C'est bien fait, mais convenu.

Par ailleurs, on sait que ce volume 4 ne résoudra rien de crucial, puisque désormais toute la série fonctionne par étapes pour s'achever au volume 5. D'une certaine manière, là encore, c'est une conséquence de la parution plus rapide des arcs narratifs : Millar ne peut plus guère surprendre de façon décisive avant le grand final, sinon en brûlant des cartouches (par exemple en tuant Cordelia, ce qui serait énorme mais improbable et sûrement fatal à la série).

Dans son malheur, la série a quand même une opportunité : puisqu'on ignore qui dessinera le prochain volume et quand celui-ci sera publié, mais pas de manière aussi rapprochée que les deux derniers, cette fois on aura plus de temps pour digérer ce qui s'est passé sur les douze derniers numéros, plus de temps aussi pour phosphorer sur le bouquet final. Mais Millar a intérêt à convaincre un sacré artiste de conclure sa saga et à avoir encore de grosses cartouches à tirer pour ce dénouement, sinon la désillusion guette.

vendredi 24 février 2023

THE MAGIC ORDER 4 #2, de Mark Millar et Dike Ruan


Ce deuxième épisode du quatrième volume de The Magic Order ressemble à un jeu de massacre. C'est comme si Mark Millar cassait ses jouets. Mais c'est raccord avec le projet qui annonçait ce nouvel acte comme l'équivalent du Parrain chez les magiciens. Dike Ruan met cela en images avec beaucoup d'énergie, en oubliant quelque peu les décors.


La vendette contre l'Ordre Magique par ceux qui craignent de connaître le même sort que Regan Moonstone se poursuit. Edith la bibliothécaire est tuée devant l'oncle Edgar, puis c'est Regan qui lui-même qui est mis à mort pour avoir refusé de se joindre à ce soulèvement...


Je ne peux malheureusement plus éviter certains spoilers comme en témoignent les planches illustrant cette critique et dévoilant celle qui orchestre ce réglement de comptes. Madame Albany, la grande méchante du volume 1 (dessiné par Olivier Coipel) de The Magic Order est donc de retour d'entre les morts.


Comme elle avait été éliminée (à preu près...) au même moment où Rosie Moonstone a fait le chemin inverse, elle en a profité pour s'emparer du corps de la fillette. Ce twist imaginé par Mark Millar remet les événements des volumes 2 et 3 en perspective et on comprend à la fois pourquoi Cordelia Moonstone et son frère Regan craignaient qu'elle n'ait hérité de la puissance magique de son père, Gabriel, mais aussi pourquoi Sacha Sanchez a voulu l'éliminer en comprenant que quelque chose clochait chez elle.


Hélas ! C'est à peu près, du moins pour l'instant (car on n'en est qu'au tiers de l'intrigue de ce volume 3, donc les choses ont le temps d'évoluer), ce qui marquera les esprits dans cet  épisode qui est assez répétitif et oublie en cours de route des éléments toujours inexploités depuis le volume précédent.

Mark Millar prend son temps pour montrer les exécutions horribles dont sont victimes ceux qui refusent de s'allier à Madame Albany et on voit ainsi disparaître Edith la bibliothécaire mais aussi et surtout Regan avant que Rosie disparaisse à son tour de manière spectaculaire.

On se dit que le scénariste aurait gagné à aller plus vite, quitte à les survoler, dans ces passages un peu gratuits et complaisants. Mais s'il faut absolument trouver un mérite à ces pages, c'est celui de prouver que Madame Albany et ses acolytes ne font pas de quartier et renversent vraiment la table. Elle est désormais la nouvelle patronne de l'Ordre Magique et on voit mal ce qui pourrait améliorer la situation.

Là où c'est beaucoup plus frustrant, c'est en ce qui concerne les manques narratifs et graphiques. Dike Ruan, commençons par lui, est un excellent dessinateur et je crois que s'il conduit bien sa carrière et que les éditeurs lui font confiance, il a tout pour devenir une future star. Son trait dynamique, son découpage vif, s'accordent parfaitement avec le récit intense de Millar.

Mais quand on le compare à Immonen ou Cavenago, on est quand même un cran en-dessous. De ce point de vue, il se rapproche davantage de Coipel avec qui il partage une négligence coupable pour traiter les décors. Il gagne ainsi certainement du temps mais le lecteur se trouve souvent à lire des planches aux fonds vides, que la coloriste, Giovanna Niro, doit meubler. C'est à mes yeux insuffisant, surtotu après les deux précédents volumes si riches de ce point de vue.

On pourrait aussi reprocher à Ruan de ne pas faire beaucoup d'effort pour représenter les manifestations magiques, si bien que les exécutions commises par les complices de Madame Albany et cette dernière souffrent de la comparaison avec ce qu'offrait Cavenago dans les précédents numéros (même s'il est vrai que le génie italien plaçait la barre très haut).

Millar aussi semble parfois oublier sa propre histoire en route car comment expliquer autrement qu'il néglige à ce point l'oncle Edgar après les révélations faites à son sujet dans le volume 3 ? Cependant, je resterai plus mesuré sur ce point car la fin de l'épisode renvoie directement à cette partie de l'intrigue en rapport avec Edgar et Perditus, le premier fils de Leonard et Salomé (qui, elle, semble effacée de manière trop expéditive).

Vous l'aurez compris, je ne retiens pas grand-chose de positif de cet épisode, un des plus, (si ce n'est le plus) décevant que la série ait produit. Rien de définitif cependant car The Magic Order reste un titre prenant, accrocheur, avec beaucoup de potentiel, et il est clair que Millar a un plan en tête. Ruan doit gagner en consistance pour être au niveau de ses prédécesseurs mais il en a la capacité. Rebond attendu le mois prochain donc, qui coïncidera avec la moitié de cet acte III.

vendredi 27 janvier 2023

THE MAGIC ORDER 4 #1, de Mark Millar et Dike Ruan


Et c'est parti pour le Volume 4 de The Magic Order, un mois après la fin du précédent. Mark Millar ne laisse plus ni ses héros ni le lecteur respirer et enchaîne les épisodes de sa saga, qui est par ailleurs sur le point d'être adaptée sur Netflix en live action. Cette fois, le scénariste écossais fait équipe avec le jeune prodige Dike Ruan pour ce qui s'annonce comme une guerre entre magiciens.


Plusieurs attaques éclair frappent des membres de l'Ordre Magique à travers le monde, parfois commises par d'anciens partenaires. A la tête de cette vendetta : Mme Albany, revenue d'entre les morts. La cause de cette guerre : la décision de Cordelia Moonstone de bannir son frère Regan après qu'il a utilisé la magie noire...


Si mes souvenirs sont bons, il me semble que Mark Millar a prévu cinq volumes pour complèter ce qu'il a raconter avec The Magic Order. Il est actuellement en train d'écrire le dernier acte et Netflix, à qui il a vendu les droits d'exploitation de ses creator-owned, en prépare l'adaptation en live action depuis plusieurs mois.


Ce qui explique sans doute que Millar ait accéléré la cadence puisque, après avoir sorti douze épisodes en 2022 (six dessinés par Stuart Immonen, six autres par Gigi Cavenago), il a seulement laissé passer un mois pour débuter la publication de six nouveaux, formant le pénultième volume de sa fresque magique.


Une fresque, le mot est choisi, car Millar a aussi déclaré que ces six nouveaux chapitres ressembleraient, avec le sens de la formule qui claque qui le caractérise, à l'équivalent du Parrain. Bigre !

Je vais tâcher de ne pas spoiler, comme j'en ai pris la résolution cette année, c'est-à-dire à ne pas dévoiler (du moins pas tout de suite, car je crains que le secret ne puisse être gardé longtemps) ce qui est arrivé à la fin du volume 3. Toutefois, comme je l'ai mentionné dans le résumé ci-dessus, impossible de ne pas vous informer du retour de la grande méchante du tome 1 : Mme Albany.

Comment est-elle revenue d'entre les morts ? Ceci en revanche, je ne vous le dirai (pas tout de suite...). Mais dans un monde où la magie, blanche et noire, existent dans des proportions élevées, au point qu'il y a un Ordre Magique (et des factions rivales), ce n'est pas extraordinaire. Et puis, rappelez-vous, dans le volume 1, Cordelia Moonstone utilisait un sort pour ressuciter nombre de ses alliés... Même si cela augurait de sombres lendemains pour elle et ses proches. Ce qui s'est vérifié depuis.

Ce qui est nécessaire d'intégrer, c'est que, à ce stade, on ne peut plus lire The Magic Order en ayant zappé ce qui s'est passé jusqu'à présent. Millar convoque trop d'éléments antérieurs pour qu'un lecteur curieux mais néophyte puisse se plonger dans cet épisode sans être bien instruit. Et plus encore : alors que les volumes 1 et 2 présentaient des histoires assez auto-contenues, depuis le volume 3 Millar développe des subplots qui se prolongent d'un arc au suivant.

Ainsi on retrouve ici Francis King (introduit dans le vol. 2), Mme Albany (vol. 1), Sammy Liu, (vol. 3). Et il faut s'attendre à revoir Salomé (vol. 3), Leonard (vol. 1 et 3), l'oncle Edgar (vol. 1, 2, 3)... Tout devient inextricablement lié. En ce sens, la comparaison, audacieuse, avec Le Parrain n'est pas un simple argument marketing : Millar a composé une sorte d'opéra où magie, justice et banditisme se côtoient intimement, avec un casting fourni, des connections entre les protagonistes très riches, un vaste éventail de situations.

Le scénariste semble pourtant parfois sur le point d'avoir les mains trop pleines, de garder des points en retrait pour continuer à avancer. Ainsi, quand on se rappelle où il a laissé l'oncle Edgar (dans le vol. 3), on peut s'étonner que Cordelia et l'Ordre Magique ne soient pas en train de s'occuper de lui dans les murs du château Moonstone au lieu de se faire piéger aux quatre coins du monde. Mais bon, admettons. De toute façon, le cas de l'oncle Edgar est une vraie bombe qui peut aussi bien sauter au visage de Cordelia que de ses ennemis, donc quand son moment sera venu, nul doute que cela fera un rebondissement explosif.

La mise en images a donc été confiée à Dike Ruan. Ce nom ne vous dira peut-être rien, mais c'est celui d'une future star. Révélé par la mini-série Bleed Them Dry (écrite par Tim Daniel et Eliot Rahal, en vo chez Vault Comics, en vf chez Hi ! Comics), il a été recruté par Marvel pour les dessins de Shang-Chi et alpagué par Millar pour The Magic Order sur lequel il travaille depuis déjà plusieurs mois.

Ruan a un style qu'on compare souvent à celui d'Olivier Coipel, ce qui rend la chose intéressante puisque ce dernier avait dessiné le vol. 1 de la série. Toutefois, ce n'est pas un pâle imitateur. Son trait est vif, ses découpages ont un dynamisme fou, et un peu comme Dan Mora, il y a chez lui un appétit manifeste, une force de travail. Ses pages donnent le sentiment de quelqu'un qui veut en découdre et s'imposer, il s'adapte naturellement à l'écriture de Millar en figurant ses visions les plus baroques et punchy.

La manière dont, par exemple, il montre les manifestations magiques qui éliminent les membres de l'Ordre Magique ont une densité graphique épatante, notamment en ce qui concerne l'assaut de la plateforme pétrolière avec cette mer démontée qui s'élève et la vague dans laquelle on voit un visage. La colorisation de Giovanna Niro souligne sans empiéter ces effets.

Difficile quand même de ne pas être emporté par cette tornade : Millar réussit toujours ses entrées, avec grandiloquence et impétuosité. Et comme toujours il trouve un camarade de jeu à la hauteur de son délire. Impossible en tout cas, pour qui a aimé les précédents volumes, de passer à côté de ce nouvel acte.

jeudi 29 décembre 2022

THE MAGIC ORDER 3 #6, de Mark Millar et Gigi Cavenago

 

C'est la fin du troisième volume de The Magic Order. Mais la suite ne se fera pas attendre puisque le premier épisode du volume 4 paraîtra le 25 Janvier prochain. Mark Millar et Gigi Cavenago concluent donc avec un épisode double (de 40 pages) qui, comme on pouvait s'y attendre, laisse beaucoup de portes ouvertes mais réserve aussi son lot de surprises.



1991. Alors que Salomé quitte Leonard Moonstone, il reçoit la visite de Madame Albany venue lui réclamer l'Orichalcum qu'elle espérait recevoir en héritage.


Condamné au bannissement pour avoir utilisé la magie noire, Regan Moonstone quitte Cordelia après qu'on lui ait retiré tous ses pouvoirs et interdit à la communauté de rentrer en contact avec lui à l'avenir.


Salomé et Leonard gagnent le pôle Nord pour y attendre et affronter le Puzzle, qui a tué le père de Salomé. Mais celle-ci réserve un très mauvais tour à son ancien mari...


... Quant à Sammy Liu, au courant du sort réservé à Regan, il est surpris par la visite que lui rend Rosie Moonstone...

Comme d'habitude, j'ai veillé à ne rien spoiler d'essentiel, même si avec le début du volume 4 dans un mois, je serai certainement obligé de revenir rapidement sur des éléments que j'ai cachés ici. Il faut dire que Mark Millar est un homme pressé qui multiplie les projets pour 2023 et même 2024.

Outre des adaptations de ses comics pour Netflix (The Magic Order au premier rang, mais aussi Huck), et de nouveaux titres (The Ambassadors, la suite de Prodigy - et j'espère celle de Empress), Millar a d'ores et déjà annoncé travailler sur une histoire de Superman à laquelle il pense depuis longtemps et pour laquelle DC n'a pas tardé à montrer son vif intérêt (ce sera au mieux en 2024 et évidemment ça promet d'être "énorme" comme aime le dire l'écossais).

Mais cette accélération se manifeste surtout dans le rythme de parution de The Magic Order, que Millar a conçu comme une saga en cinq actes. Cette année, on a eu droit aux volumes 2 et maintenant 3, avant le 4 dans un mois.

Comme je l'avais prédit, la conclusion du volume 3 est très ouverte et laisse beaucoup de pistes en suspens, qui vont certainement fournir du matériel pour les deux prochains actes. On peut légitimement trouver cela frustrant, surtout après le volume 2 qui semble du coup un peu accessoire (même si on peut rester réservé à ce sujet car il est bien possible qu'il ait contenu des éléments réutilisables). Néanmoins, c'est aussi en ne réglant pas tout  qu'on mesure l'ambition du scénariste pour ce projet où six épisodes à chaque fois ne suffisent pas/plus à englober une histoire complète.

Sur ce qu'on peut dire sans rien "divulgâcher", ce qui frappe le plus, c'est l'isolement de plus en plus prononcé dans lequel est plongée Cordelia Moonstone. Elle a désormais perdu ses deux frères (Gabriel dans le volume 1, Regan maintenant). Regan coupable d'avoir invoqué la magie noire à des fins personnels est banni de l'Ordre Magique mais surtout privé de ses pouvoirs. Plus personne n'a la droit d'entrer en contact avec lui ni lui avec son ancienne communauté.

Conséquences immédiates : Cordelia est donc seule à la barre de l'Ordre Magique et court chercher du réconfort auprès de Francis King, l'ensorceleur introduit dans le volume 2, son ex-amant toxico actuellement en réhab'. Il est donc certain que Francis aura un rôle important dans la suite, sans qu'on sache s'il sera un soutien fiable au vu de son passé de drogué. Et puis il y a Rosie, la fille de Gabriel, dont Regan avait la charge et qui est donc confiée à d'autres magiciens. Sauf que la gamine ne semble nullement affectée par la situation et réserve une sacrée surprise à la fin de cet épisode... Mais chut !

Je vais par contre rester plus discret sur ce qui arrive à Leonard Moonstone et Salomé. Voilà un rebondissement que personne n'a vu venir et qui est glaçant. Salomé a en tout cas bien caché son jeu, tout en établissant de sinistres prédictions (aucun des enfants Moonstonne ne survivra à la quarantaine). La manière dont Millar nous a roulés dans la farine avec ce personnage est brillante.

Enfin, on revoit in extremis Sammy Liu, introduit comme un personnage important dans le premeir épisode de ce volume et qu'on n'a guère revu ensuite. Lui aussi va être aux premières loges dans la suite qui arrive et reçoit une visite imprévisible à la fin. La toute dernière page va complètement vous cueillir, je vous préviens, et surtout prouve que Millar avait tout prévu depuis le début du volume 1. Quand il affirme que The Magic Order est son magnum opus au sein du Millarworld, il ne ment pas car jamais jusqu'à présent il n'a construit une intrigue aussi élaborée sur autant d'épisodes, et avec une telle adresse.

Visuellement, Gigi Cavenago aura impressionné sans temps mort. Encore une fois, il produit des planches exceptionneles, sans jamais que le niveau ne baisse. Le passage à une pagination augmentée n'a aucun effet sur la qualité graphique de ce prodigieux artiste italien.

Fréquemment, il nous gratifie de splash-pages à tomber à la renverse, comme des ponctuations qui répondent spectaculairement à l'imagination débridée de Millar. Alors que sur le volume 1, Coipel s'était un peu éteint sur la fin, et que Immonen ensuite avait livré une prestation impeccable mais un chouia trop sage (avec il est vrai un scénario plus faible), Cavenago, lui, a donné tout ce qu'il avait - et encore a-t-on le sentiment qu'il en avait encore sous le pied !

J'espére vraiment que Millar retravaillera avec lui car c'est  un régal à lire. Ces dessinateurs italiens sont des tueurs et cela me fait penser à la vague espagnole dans les années 90 qui avait vu exploser des artistes ayant ensuite fait leur nid aux Etats-Unis (comme Carlos Pacheco, Salvador Larroca jusqu'à David Aja, Pepe Larraz et j'en passe). Millar l'a bien compris en attrapant dans ses filets Buffagni, Cavenago - et Marvel a intérêt à occuper Schiti s'ils ne veulent pas le voir collaborer avec l'écossais...

Même si je suis ravi de lire la suite très vite, j'espère que le pari sera gagnant, d'abord pour l'histoire proprement dîte, ensuite pour Dike Ruan (qui dessinera le volume 4 et qui a un énorme potentiel). Dans l'idéal, même si ça peut paraître bizarre, j'aurai presque préféré que ça attende quelques mois, pour respirer (et que le recueil de ce volume 3 soit dispo afin que chacun puisse être à jour). Mais on ne va pas se plaindre.

vendredi 25 novembre 2022

THE MAGIC ORDER 3 #5, de Mark Millar et Gigi Cavenago


Ce péultième épisode du volume 3 de The Magic Order file à toute allure et comble le lecteur de bout en bout. Plus que les précédents numéros, il suit une ligne unique et résoud une intrigue avec efficacité, comme si Mark Millar se recentrait. Gigi Cavenago impressionne toujours autant avec ses dessins, rehaussés par les couleurs flamboyantes de Valentina Napolitano.


Alors qu'elle va être dévorée par le démon Shavatan à qui l'a livré Sacha Sanchez, Rosie prévient l'Orde Magique de sa situation grâce à un double qu'elle s'est créé. Cordelia intervient in extremis.


Face à l'Ordre Magique, Sacha préfère fuir mais il est rattrapé par Regan Moonstone qui le défie. Il résiste étonnamment aux ripostes de Sacha et l'efface de l'existence avec un sort emprunté à son père.


Cette victoire inattendue éveille les soupçons de Cordelia qui en parle à Francis King, craignant que son frère n'ait eu recours à la magie noire - ce qui le condamnerait à être exclu de l'Ordre magique.


Cordelia avec d'autres membres de l'Ordre vont donc interroger Regan à la sortie de son cabaret pour en avoir le coeur net...

Le mois prochain prendra fin le troisième volume de The Magic Order et si ce cinquième et avant-dernier épisode résoud un des nombreux subplots de la "saison", on peut toutefois se demander comment Mark Millar va boucler les trois autres.

Car si on assiste à la fin de Sacha Sanchez, cet espèce de tueur à la solde de l'Ordre Magique, qui était convaincu que Rosie, la fille de feu Gabriel Moonstone, revenue des morts (dans le volume 1), était celle qui détruirait l'organisation dans le futur, il reste bien d'autres dossiers en suspens.

Mark Millar règle le cas de Sacha avec son efficacité coûtumière et Gigi Cavenago illustre tout ça avec une maestria incroyable. Si l'artiste italien impressionne depuis le début de sa prestation, il ne faut pas minorer la contribution de sa coloriste, Valentina Napolitano, qui acccomplit ici un travail tout à fait splendide.

Comme je l'ai évoqué en parlant de Kroma (de Lorenzo de Felici), le travail du coloriste est ingrat car (et je je me compte parmi ces oublieux) on a tendance à ne retenir que la "performance" du dessinateur. Certains fans de comics estiment même que la BD se porterait mieux sans la couleur ou qu'en tout cas un bon dessin se juge en noir et blanc, que la "vérité" du dessin est dans le noir et blanc.

Mon opinion à ce sujet a évolué avec les années, et notamment en m'adonnant au travail de la critique, qui m'a fait reconsidérer l'importance des contributeurs à un comic-book. Si effectivement je pense qu'un bon dessin doit s'évaluer en noir et blanc, sans artifices, il faut prendre en compte l'évolution du dessin lui-même et des outils dont dispose l'artiste.

Par exemple, aujourd'hui, énormément de dessinateurs se passent d'encreurs car il dessinent sur des tablettes graphiques mettant à leur service des fichiers très pratiques pour corriger le dessin, l' "encrer", prendre en charge les décors, etc. Certains poussent même jusqu'à effectuer leur colorisation pour contrôler complétement ce à quoi ressemblera leurs planches (par exemple Phil Noto, Greg Smallwood, Cliff Chiang...). Aux Etats-Unis, ça reste exceptionnel alors que dans la BD franco-belge il existe beaucoup d'artistes qui assument tout, du crayonné à la colorisation (mais le rythme de production n'est pas le même et il est évidemment plus difficile de tenir des délais mensuels en accomplissant tout).

Souvent, pour en revenir aux coloristes, ils sont là, dans les comics comme les lettreurs, en fin de processus. S'il existe des coloristes avec un style identifiable (par exemple Jordie Bellaire, Brad Anderson, Matt Wilson, Dave Stewart), la plupart est considérée comme interchangeable, le lecteur, même exigeant, n'y prête guère attention, tant que ça ne gâche pas le dessin/l'encrage.. 

Dans le cas de Gigi Cavenago, la contribution de Valentina Napolitano prend une importance spéciale car Cavenago, qui est un cover-artist virtuose, est aussi son propre coloriste habituellement. Si vous êtes curieux, allez sur Google images et tapez sans votre barre de recherche "Gigi Cavenago couvertures Dylan Dog" et vous verrez ce qu'il produit.

On pouvait donc craindre qu'en délégant la colorisation à Napolitano, le dessin de Cavenago serait moins puissant. Mais il n'en est rien et cet épisode le prouve magistralement, avec des pages et des scènes entières bluffantes, notamment le duel entre Sacha et Regan. La palette est vive mais exprime bien le déferlement d'énergies magiques à l'oeuvre et établit une ambiance fantastique à tout point de vue.

Ce qui est remarquable, c'est qu'après ça, Napolitano et Cavenago enchaînent avec une scène beaucoup plus banale, le discussion entre Francis King et Cordelia Moonstone, et ils calment le jeu, aussi bien dans les teintes employées que dans le découpage, non pas parce qu'ils sont moins motivés, mais pour souligner le contraste entre le combat et le dialogue. Et les dernières pages de l'épisode renouent avec un effort sublime de Napolitano et Cavenago pour représenter un décor urbain nocturne, les lumières au néon du cabaret de Regan, les phares des voitures, etc.

Reste que, pour revenir à des points plus basiquement narratifs, Mark Millar a encore bien des éléments à finaliser et un seul épisode pour le faire. Quid de Sammy Liu, le magicien milliardaire (lui aussi accusé d'avoir utilisé la magie à des fins personnelles) ? Quid du tueur traqué par Salomé et Leonard (le Puzzle) ? Qui du secret entourant l'oncle Edgar dans le château Moonstone ?

Je ne pense pas, en vérité, que Millar va solutionner tout ça dans le prochain épisode, mais en gardera sous le coude pour le volume 4 (qui arrivera en Janvier). Il n'y aura donc pas à patienter pour sauter d'un volume au suivant (ce qui me conforte dans l'idée que les volumes 3 et 4 sont intimement liés).

samedi 29 octobre 2022

THE MAGIC ORDER 3 #4, de Mark Millar et Gigi Cavenago


Ce troisième volume de The Magic Order est décidément bien décousu. Ce qui ne signifie pas qu'il est mauvais, mais disons difficile à décrypter tant Mark Millar semble ne pas suivre un mais plusieurs fils narratifs sans lien apparent. Gigi Cavenago, lui, éblouit encore une fois, notamment lors de quatre pages imitant à la perfection les épisodes de Creepy par Alex Toth.


Dans le château Moonstone, l'oncle Edgar massacre le plus vieux membre de la famille qui était sur le point de réintégrer le monde réel. Il laisse les fées sonner l'alarme.
 

Cependant, Sacha Sanchez entraîne Rosie Moonstone dans son repaire. Grâce à un vieux comic-book, ils accèdent à une dimension parallèle où il pourra former la fillette.


Mais Rosie devine alors l'intention de Sacha : il l'a emmenée là pour s'en débarrasser, estimant que le pouvoir qu'elle possède la condamne.


Cordelia Moonstone arrive au château où Edgar a trouvé dans la bibliothèque un ouvrage en relation avec son passé et lui rappelant qui il est vraiment...

Je peux me tromper, et il reste à Mark Millar deux épisodes dans ce troisième volume de The Magic Order pour le corriger le cas échéant, mais j'ai quand même l'impression que toutes les intrigues ouvertes depuis quatre mois ne seront pas résolues et vont plutôt, pour certaines, alimenter la prochaine mini-série de ce titre.

En effet, ce chapitre s'ouvre sur une découverte : le plus vieux membre de la famille Moonstone vivait encore dans le château, convalescent depuis 500 ans (!) mais désormais sur le point de réintégrer le monde normal. On n'avait jamais entendu parler de lui auparavant et cela donne donc l'impression que Millar le sort de son chapeau pour créér une scène choc puisque l'oncle Edgar, lui-même enfermé dans le château Moonstone, va le tuer d'une manière particluièrement atroce et semble-t-il gratuite. Le vieil homme a-t-il perdu la tête ? On le saura à la fin de l'épisode.

Mais, avant cela, ce qu'on vient de lire souligne à quel point ce troisième arc de la série a de quoi déconcerter. On a commencé par nous présenter Sammy Liu, un milliardaire japonais et membre de l'Ordre Magique, sans qu'il soit fait grand-chose de lui par la suite (en dehors du fait, non négligeable, que Cordelia Moonstone le soupçonne, à raison, d'avoir utilisé ses pouvoirs pour fire fortune). Puis on a retrouvé Leonard Moonstone qui, lui-même, retrouvait sa femme Salomé à qui il apprenait la mort de leur fils Gabriel, avant de mentionner leur premier fils, Perditus, échangé contre un sorcier chef de guerre lors d'un conflit passé.

Sur ce dernier point, Millar opère une connection à la fin du présent épisode et je pense raisonnablement que cela va alimenter la fin de ce volume 3 de The Magic Order. Le scénariste enrichit la mythologie de la série d'un côté tout en ayant l'air d'en dévoiler des pans inédits un peu trop opportunément. On aimerait croire que tout a été prévu ainsi dès le départ, mais on en doute un peu.

Plus sûrement, le coeur de cet épisode et l'autre ligne narrative essentielle de cet arc suit Rosie, la fille de feu Gabriel Moonstone. La petite, on s'en doutait après le volume 2, est elle-même une magicienne, aussi sinon plus puissante que son père. Sacha Sanchez, ce tueur à gages de l'Ordre Magique, a deviné son potentiel et lui a proposée de l'entraîner. Hélas ! pour la fillette, les intentions de l'homme sont toutes autres.

Tandis qu'on les suit dans une dimension parallèle, Gigi Cavenaggo entre en scène et tire une fois encore la série vers des sommets graphiques. En effet, pendant quatre pages où Rosie et le lecteur lisent un comic-book horrifique dans la veine des EC Comics,, l'artiste italien imite avec une perfection saisissante le style d'Alex Toth quand il produisait des histoires pour le titre Creepy (un recueil est disponible chez Dark Horse). Le récit raconte comment un pilote de course, à la suite d'un accident, perd ses deux mains. On lui greffe celles d'un pianiste prodige et il devient à son tour un musicien accompli, changeant de carrière pour se produire su scène. Mais partout où il joue, des crimes affreux ont lieu et bientôt il acquiert la certitude que le pianiste était aussi un tueur. Il assassine sa femme puis se suicide.

Cet interlude est génial, même s'il est totalement gratuit. Cavenago est tellement bon dans cet exercice qu'on croit réellement avoir affaire à des planches originales de Toth et Millar a concocté cette nouvelle avec un mimétisme sidérant par rapport à ce qu'on trouvait dans ces comcis des années 50. Rien que pour ça, The Magic Order 3 #4 est indispensable !

Mais le cliffhanger qui clôt l'épisode est aussi insensé quand on découvre qui est vraiment l'oncle Edgar, ce qui explique son crime sauvage. La confusion qui s'emparaît de nous au début se transforme en un tour de passe-passe virtuose qui prouvera aux sceptiques que Millar a encore un formidable talent de conteur, capable de nous cueillir complètement sans qu'on ait rien vu venir. 

Et finalement, c'est ce Millar qu'on préfère, celui qui invente des twists aussi tordus qu'efficaces, qui sert du caviar à ses artistes qui le lui rendent bien en produisant des planches hallucinates. Cavenago donne vie aux idées de Millar avec une maestria qui dépasse celles de Coipel et Immonen, car elle est plus baroque, plus folle, plus stylisée.

Qu'importe alors si c'est décousu et que sans doute le volume 4 poursuivra et conclura certains subplots : peut-être cela veut-il seulement dire que la série se mue en feuilleton et formera une grande fresque au-delà de son propre cadre (puisque Big Game, le crossover que prépare actuellement Millar avec Pepe Larraz impliquera The Magic Order, Night Club, Nemesis et un quatrième titre, dessiné apr Frank Quitely).

Vous avez dit alléchant ?

vendredi 30 septembre 2022

THE MAGIC ORDER 3 #3, de Mark Millar et Gigi Cavenago


La lecture de ce troisième épisode du troisième volume de The Magic Order m'a laissé perplexe. Mark Millar entraîne ses personnages et le lecteur dans des directions inattendues certes mais bien curieuses si on se souvient des débuts de l'histoire. Gigi Cavenago livre des planches une nouvelle fois somptueuses et c'est bien le seul point sur lequel il n'y a rien à redire.


Leonard Moonstone et sa femme Salomé se préparent à partir chasser le Puzzle, ce démon qui a tué le père de Salomé.


Regan retrouve Sacha qui a pris en charge sa nièce Rosie et ses deux amis, Darius et Becky à Baltimore. Il envoie les trois gamins traquer les trois frères Mendoza, mais l'un d'eux leur échappe.
 

Qu'à cela ne tienne pour Rosie qui continue à pister Paco Mendoza avec son amie Becky. Mais lorsqu'il les surprend, elles sont vite dépassées par le danger.


Sacha intervient alors pour les sauver puis il renvoie Becky chez elle. Avant d'offrir à Rosie de lui enseigner sa magie, de manière plus efficace et suivie que son oncle Regan...

La volume 3 de The Magic Order est vraiment bizarrement construit. Pas un épisode ne ressemble au précédent et on en vient à se demander ce que Mark Millar veut raconter exactement. Pour rappel, dans le premier numéro, on faisait connaissance avec Sammy Liu, un membre de l'Ordre, et hommes d'affaires soupçonné d'avoir utilisé sa magie pour faire fortune.

Puis le mois dernier, changement complet de direction : nous retrouvions Leonard Moonstone, invisible depuis la fin du volume 1, et nous faision connaissance avec sa femme, Salomé, à qui il venait apprendre la mort de leur fils Gabriel (survenue dans le volume 1). Mais on découvrait aussi qu'il avait eu un premier fils, Perditus, qu'il avait échangé contre une prise de guerre. Et Salomé s'apprêtait à traquer le Puzzle, un démon, qui avait tué son père.

Ce nouvel épisode ne développe aucune de ces deux précédentes pistes, même si l'épisode s'ouvre avec une très belle scène où Leonard et Salomé sont sur le départ. Mais ensuite, ni Sammy Liu, ni Ordre Magique. Mark Millar s'intéresse à Rosie, la fille de feu Gabriel, devenue la fille adoptive de Regan, son oncle.

Ce dernier ne s'en occupe guère, entre la gestion de son strip-club et ses coucheries avec des hommes de passage. Pourtant il veut l'initier à la magie car il compris que sa nièce avait un potentiel énorme (comme son père avant elle). Mais il lui assigne des devoirs bien dangereux pour une fillette en l'envoyant capturer les frères Mendoza, des dealers de magie capables de posséder des êtres humains. La gamine, malgré tout, est téméraire et ne se défile pas.

Un autre personnage, entrevu dans les deux précédents épisodes, veille : il s'agit de Sacha, un chasseur très puissant de l'Ordre Magique, qui désapprouve les méthodes de Regan mais qui a, lui aussi, évalué le potentiel de Rosie. Il va d'ailleurs la sortir d'un mauvais pas et lui offrir ses services. 

On comprend que Sacha poursuit son propre agenda, mais sans savoir ce qu'il a en tête. Ce serait pourtant bienvenu car on atteint la moitié de ce troisième volume. Et surtout parce que ça commence à faire beaucoup de lignes narratives à suivre, entre la chasse au Puzzle par Leonard et Salomé, les tensions entre l'Ordre et Sammy Liu, et désormais l'éducation de Rosie. Est-ce que tout ça va converger ? Et si oui, comment et à quand ? Ou bien Millar écrit-il ces intrigues parallèles pour les traiter de manière autonome, voire en en résolvant certaines pour le volume 4 (qui paraîtra l'an prochain) ? Impossible à dire, mais subsiste cette impression d'un arc dispersé, avec beaucoup de pistes à suivre.

Millar retombe souvent sur ses pattes, même si parfois ses histoires souffrent d'être un peu répétitives dans leur construction et leur dénouement (avec un dernier épisode explosif et expéditif). D'un côté, j'ai envie, comme souvent, de faire confiance à son expérience. De l'autre, je garde le souvenir mitigé du volume 2 de The Magic Order dont lui-même a reconnu qu'il était trop déséquilibré. J'espère quand même que le prochain numéro va débrouiller un peu tout ça.

Toutefois, tout n'est pas à discuter et on peut dire que cet épisode s'ajoute à la liste des plaisirs graphiques de la semaine. Après avoir profité des planches d'artistes aussi excellents que Alvaro Martinez, Greg Smallwood, Joshua Cassara et Tom Reilly, finir avec Gigi Cavenago, c'est quand même un régal.

L'italien produit encore des planches fantastiques, dans tous les sens du terme. Ses compositions sont toujours aussi dynamiques et spectaculaires et la manière qu'il a de réprésenter les forces occultes a quelque chose de réellement supérieur (par rapport à ce que proposèrent Coipel et Immonen). 

Un peu comme Goran Parlov, Cavenago ne s'embarrasse pas d'un découpage compliqué et sa complicité avec Millar est éclatante : ses cases sont de dimensions généreuses, elles occupent souvent toute la largeur de la page et même la moitié de la planche. Quand il ponctue le récit avec une pleine page, l'effet est saisissant. Quoiqu'il en soit, il y a une énergie folle dans cette narration, une puissance dûe à la facilité technique de l'artiste. Cavenago fait partie de cette catégorie de dessinateurs à qui rien ne fait peur, qui savent tout dessiner, et le lecteur se sent littéralement transporté.

Bref, cet épisode est déroutant, à l'image du volume. Maintenant, il reste trois épisodes pour en faire quelque chose de grandiose ou de raté. Car The Magic Order n'est pas un comic-book pour les tièdes par des tièdes : c'est tout l'un ou tout l'autre.