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samedi 17 février 2024

MASTERPIECE #3 (Brian Michael Bendis / Alex Maleev)


Emma, avec l'aide de Gleason, recrute son amie Skottie, en prison, pour grossir les rangs de son équipe en vue de l'attaque qu'elle va mener contre Katie Roots. Mais ses plans tombent à l'eau quand sa cible surgit, au courant de ses manoeuvres...


J'ai dit la fois précédente à quel point, presque par surprise, je m'étais attaché à cette série. Je n'en attendais rien sinon le simple plaisir de la réunion de Brian Michael Bendis et Alex Maleev : les deux partenaires qui réalisèrent un run marquant sur Daredevil ne sont plus sur le toit du monde et cette histoire est en quelque sorte celle de Masterpiece.


En suivant Emma, adolescente à qui on a révélé que ses parents étaient les plus grands voleurs du monde et sur laquelle un escroc qu'ils ont plumé jadis compte pour se venger d'une riche femme d'affaires, impossible de ne pas penser que Bendis et Maleev sont un peu eux aussi les anciens rois du monde face aujourd'hui à une nouvelle génération d'auteurs/artistes.


Cette dimension méta-textuelle apporte à Masterpiece non pas une forme d'hauteur (où Bendis et Maleev joueraient le rôle de professeurs, de vétérans, de sages) mais au contraire signe l'oeuvre d'une espèce de détachement. Loin de contempler les comics du haut de leur succès passé, le duo considère avec affection ce qu'ils deviennent et, à travers Emma, semblent nous dire : "ça va bien se passer".
 

Pourtant l'ambition n'est pas absente du projet puisque, dans ce troisième épisode où tout semble aboutir à une impasse pour Emma et ses amis face à des adversaires mieux informés, plus puissants qu'eux, on la voit se reprendre et trouver dans une sorte de brève "fugue" mentale l'idée qui va lui permettre de neutraliser pour de bon et Zero Preston et Katie Roots.

Bien entendu, en scénariste aguerri, ne comptez pas sur Bendis pour vous dévoiler cette idée : pas tout de suite, pas si vite. Nous sommes à la moitié de l'aventure. C'est donc un chapitre de transition, sans rien de spectaculaire, avec des dialogues formidablement ciselés. Masterpiece, soutenu par le dessin simple, épuré, direct de Maleev déjoue les attentes : c'est une bande dessinée qui refuse absolument l'esbrouffe, le tape-à-l'oeil, au point de presque jouer contre son camp.

Mais c'est raccord avec le propos et les héros, une bande improbable qui n'a a priori aucune chance, engagée dans une combat déséquilibré. Raconter ça ainsi, c'est surtout pour Bendis et Maleev s'assurer que Masterpiece ne met pas en scène des outsiders géniaux, dont le lecteur sait trop vite qu'ils peuvent gagner. Malin.

Peut-être aussi est-ce, comme je l'espère, peut-être prématurément (mais rêvons un peu), que c'est leur façon de ménager leur attelage pour préparer de futures aventures pour Emma, Gleason, Parangon, Lawrence, Skottie car en nous faisant si bien aimer ces personnages, Bendis et Maleev nous donnent envie de les suivre au-delà d'un arc de six épisodes.

samedi 13 janvier 2024

MASTERPIECE #2 (Brian Michael Bendis / Alex Maleev)


A qui veut Zero Preston veut s'en prendre ? Pourquoi a-t-il besoin de Emma ? Qui est le Parangon ? Comment Emma va-t-elle se sortir de cette affaire ?


Le mois dernier, nous faisions connaissance avec la nouvelle création de Brian Michael Bendis et Alex Maleev, une adolescente prénommée Emma qui apprenait que ses parents avaient été les plus grands voleurs du circuit. Une de leurs victimes, le richissime Zero Preston, en fit les frais et voulait à présent que la jeune fille l'aide à s'en prendre à quelqu'un, convaincu qu'elle avait hérité des talents de son père et de sa mère...

En même temps qu'on plongeait dans cette histoire, on retrouvait la verve, qu'on croyait perdue, éteinte, de Bendis depuis son départ de chez DC Comics, en même temps qu'il renouait avec l'artiste qui, certainement, le sert le mieux, Alex Maleev. Autant dire une sorte de résurrection pour ce tandem qui, normalement, devrait être à la tête d'une oeuvre aussi conséquente que celle de Ed Brubaker et Sean Phillips.
 

Tout le bien qu'on pouvait penser de ce premier épisode de Masterpiece se confirme ce mois-ci et, déjà, on se prend à espérer que Bendis et Maleev n'en resteront pas aux six épisodes prévus. Car cette série a le potentiel pour durer : on s'attache aux héros, l'intrigue est captivante, les dialogues claquent, les dessins sont superbes. Et Bendis et Maleev ne sont jamais aussi bons qu'ensemble tout bêtement.

Dans ce numéro, on fait la connaissance de ce mystérieux individu qui a neutralisé les espions de Zero Preston attachés à la surveillance de Emma et la présentation qu'en font Bendis et Maleev est simplement jubilatoire. D'ailleurs, tout l'épisode est au diapason et il y a un mot-valise mais justifié ici pour définir cette impression : Masterpiece est un comic-book cool. C'est même un sommet du genre.


Ni Bendis ni Maleev ne forcent à vrai dire leurs talents, mais ils n'en ont pas besoin car c'est d'une fluidité imparable. Les deux créateurs s'entendent parfaitement, ils tirent dans la même direction et ils n'ont rien à prouver. Ce registre leur convient idéalement, mieux encore que sur Scarlet, leur précédent creator-owned. Ils font ce qu'ils savent faire le mieux, c'est-à-dire une histoire conduite par les personnages (characters'driven), avec des compositions virtuoses (le flashback sur Parangon, l'intro de l'épisode en forme de faux film, puis trois pages sur la composition d'une équipe rêvée puis réaliste puis réel).

Il paraît que Bendis veut écrire des suites à Cover (avec David Mack) et Pearl (avec Michael Gaydos), sans lâcher l'univers étendu de United States of Murder (avec Michael Avon Oeming) : encore des BD avec ses complices les plus fidèles. Il a raison, comme le prouve la réussite qu'est Masterpiece et ses retrouvailles avec Maleev : on n'es riche que de ses amis. Et finalement, en ayant abandonné les Big Two et leurs séries les plus populaires, en préférant une forme de discrétion (au risque de l'oubli), Bendis s'offre une retraite paisible mais pas moins passionnante, en tout cas choisie et inspirée. Voilà qui me donne envie de replonger à ses côtés.

jeudi 14 décembre 2023

MASTERPIECE #1, de Brian Michael Bendis et Alex Maleev


Masterpiece marque les retrouvailles de Brian Michael Bendis et Alex Maleev. Ce sont aussi mes retrouvailles avec eux, ce duo qui m'a tant plu par le passé. Et cerise sur le gâteau, c'est un creator-owned, publié par Dark Horse Comics, qui est désormais la nouvelle maison du scénariste. S'il est encore trop trop pour savoir s'il s'agira effectivement d'un chef d'oeuvre, c'est déjà entraînant.


Emma est une brillante étudiante que le FBI vient arrêter en plein cours. Elle est conduite chez Zero Preston, un richissime producteur de films qui lui apprend que ses parents étaient de redoutables voleurs l'ayant dépouillé d'un milliard de dollars. Mais il ne souhaite pas se venger d'eux mais de quelqu'un d'autre. Et compte sur Emma pour l'aider...


Quatre après Event Leviathan chez DC Comics, Brian Michael Bendis renoue donc avec son complice Alex Maleev pour cette création originale. Il s'est passé beaucoup de choses depuis leur précédente collaboration.


Souvenez-vous : en 2017, Bendis surprenait tout le monde en quittant Marvel dont il avait été l'architecte principal depuis le début des années 2000, aussi bien dans l'univers classique que dans la gamme Ultimate de l'éditeur. Et pour passer chez DC qui lui offrait d'écrire le titre de ses rêves : Superman.


Mais l'aventure a tourné court : sans démériter, Bendis a animé les aventures de Superman dans ses deux séries pendant un an et demi, puis un changement de direction chez Warner, propriétaire de DC, a tout bouleversé. Pour résumer, un vaste plan social a abouti à une vague de licenciements et à la rupture de contrats d'exclusivité pour nombre d'auteurs, parmi lesquels se trouvait Bendis.

Transféré sur Justice League, le scénariste n'y aura pas fait long feu et encore moins preuve d'inspiration. Son imprint, Wonder Comics, au sein duquel on suivait Young Justice, Wonder Twins, Dial H for Hero, Naomi, fut supprimé dans la foulée. DC ne retint pas plus longtemps Bendis qui trouva vite refuge chez Dark Horse où il transféra ses propriétés (Scarlet, The United States of Murder Inc., Powers, Pearl, Cover).

Et depuis ? Pas grand-chose. Celui qui fut un temps le maître du monde chez Marvel continuait de produire mais ses projets passaient sous le radar des critiques et du public. Qui a lu The Ones (dessiné par Jacob Edgar) ? Bendis était-il fini ?

Je l'avoue, même moi qui fut un grand fan, je me suis progressivement désintéressé de ce qu'il écrivait. Je juge son passage chez DC globalement passable (son run sur Superman est le plus intéressant, mais celui sur Action Comics a vite sombré, Event Leviathan et sa suite sont pénibles, Young Justice quelconque, et ses creator-owned très inégaux). Je n'ai jamais compris son départ de chez Marvel (où Fantastic Four lui tendait les bras et où de toute façon on lui proposait ce qu'il voulait).

Tandis que Mark Millar a fait fortune en vendant son label à Netflix et en passant récemment de Image Comcis à Dark Horse lui aussi, Bendis semblait s'être perdu. Jusqu'à l'annonce de Masterpiece et sa réunion avec Maleev.

Ce premier épisode (sur six) nous présente Emma, une jeune fille qui n'a jamais connu ses parents, et qui apprend qu'ils étaient les plus grands voleurs du monde. Une de leurs victimes enlève Emma mais a renoncé à se venger de ses géniteurs, estimant même que ce fut un honneur d'être leur cible. En revanche, il croit que Emma a hérité des talents familiaux et donc peut l'aider à s'en prendre à quelqu'un d'autre.

C'est immédiatement prenant et le rythme est soutenu, on ne s'ennuie pas une minute. Les dialogues sont un régal, Bendis n'a pas perdu la main de ce côté. L'héroïne a du répondant tout en étant légitimement surprise. L'équilibre entre l'extraordinaire (la révélation sur ses parents, le projet de Zero Preston) et l'ordinaire (elle est vexée que Gleason, qui s'occupe d'elle, lui ait menti tout ce temps, ses relations avec Lawrence Ferra, son meilleur ami, son trouble face à cet inconnu qui neutralise des agents du FBI qui la surveille et qui lui demande de la suivre si elle ne veut pas être l'instrument de Preston éternellement) est parfait.

Et puis comment ne pas attendre quelque chose de spécial de Maleev ? Voilà un artiste constamment en mouvement, et sa complicité avec Bendis a fait des miracles par le passé (sur Daredevil ou Scarlet). Sauf que pour l'artiste aussi, c'est un retour à quitte ou double. On n'a pas lu des planches dessinées par lui depuis un bail, il gagne sa vie en produisant des commissions art qu'il poste avant sur Twitter (et qui prouve qu'il a conservé intact son talent, notamment d'aquarelliste).

Maleev, ici, confirme l'évolution de son style entamé depuis des années, vers plus de simplicité. Ceux qui n'aimeront pas pointeront du doigt des décors parfois légers, un découpage très classique. Mais moi, j'aime beaucoup ce que je considère comme une épure. Il va à l'essentiel et certains plans sont d'une beauté implacable.

Le dessinateur n'a pas le trait le plus dynamique du monde, la scène d'affrontement entre l'inconnu à la canne et les agents du FBI semble se dérouler au ralenti. Tout a un côté un peu figé, comme si Maleev soignait surtout l'image qui allait résumer au mieux ce que le script lui donne. Mais encore une fois, ce n'est pas commun, ça ne ressemble à personne d'autre, c'est immédiatement identifiable. Et cet aspect finalement très théâtral(isé) a quelque chose de fascinant dans sa manière de fixer le moment et de capter l'attention.

Si je n'ai pas caché ma déception sur la tournure de la carrière de Bendis et ma frustration vis-à-vis de celle de Maleev, tout en en voulant pour la façon cavalière qu'a eu DC de les traiter, c'est un vrai plaisir de lire Masterpiece, de les retrouver, et pour quelque chose de qualité. Vite la suite !

lundi 6 novembre 2023

UNCANNY X-MEN, TOME 6 : LE PROCES DE HENRY McCOY, de Brian Michael Bendis, Mahmud Asrar, Sara Pichelli, Chris Bachalo, Stuart Immonen, Kris Anka, Frazer Irving et David Marquez


Il est 22 heures 03, ce lundi 6 Novembre 2023, et je termine cette rétrospective sur les X-Men par Brian Michael Bendis avec cette troisième critique en une journée ! Le Procès de Henry McCoy est donc à la fois le sixième tome d'Uncanny X-Men et la fin du run du scénariste sur les titres mutants. On y trouve donc l'épisode 32 dessiné par Chris Bachalo, les 33-34 dessinés par Kris Anka, le 35 dessiné par Valerio Schiti et le 600 dessiné par Sara Pichelli, Mahmud Asrar, Stuart Immonen, Kris Anka, Chris Bachalo, Frazer Irving et David Marquez.


De retour à leur QG après la lecture du testament de Charles Xavier, Emma Frost, Magik et Cyclope réunissent leurs recrues. Scott leur annonce qu'ils poursuivront leur apprentissage à l'école Jean Grey. Magik entraîne alors Kitty Pryde ailleurs tandis que les esprits s'échauffent. Fabio Medina assomme Cyclope car, comme Hijack, il s'estime trahi par leur mentor. Revenu à lui, Cyclope a une discussion franche avec Emma au sujet de leur relation et ils se séparent. Havok rend visite à son frère, seul désormais, et le questionne sur sa révolution puis lui suggère d'en faire quelque chose de positif et inattendu.


Magik a emmené Kitty sur l'île aux monstres pour y récupérer un mutant. Elles gagnent une grotte où elles trouvent Bo, une fillette abandonnée là par son père et pourvue de pouvoirs lumineux. Magik la dépose à l'école Jean Grey où elle est prise en charge. Puis elle avoue à Kitty être heureuse de leur réunion. Kitty, elle, pense qu'il leur faut maintenant se réconcilier avec Colossus.


Dazzler obtient de Maria Hill l'accès au dossier de Mystique qu'elle accepte de livrer au SHIELD en échange de l'impunité pour les Uncanny X-Men. Une semaine plus tard, Mystique est arrêtée à Madripoor. Dazzler fête ça en se produisant sur scène tandis que, dehors, les recrues des Uncanny X-Men profitent du show tout en décidant de désobéir à Cyclope et de ne pas entrer à l'école Jean Grey.


Au lieu de ça, ils interviennent en tant qu'équipe pour neutraliser la mutante Animax. Ce fait d'armes leur vaut une popularité immédiate, notamment pour Fabio Medina/Godlballs. Mais pris à parti par des anti-mutants, il est gravement blessé. Triage le sauve et l'équipe reconnaît qu'ils ont besoin d'être formés et donc d'intégrer l'école Jean Grey.

Ces trois épisodes sont en apparence anecdotiques mais en grattant, on comprend pourquoi, au final, Uncanny X-Men est plus réussi que All-New X-Men. La gestion des personnages, les story-arcs, l'intensité des relations entre les héros, leurs adversaires (qui sont eux-mêmes en vérité), tout ça est bien plus inspiré et tenu.

Cela peut surprendre car Brian Michael Bendis s'est souvent montré à son avantage en animant des séries sur de jeunes héros, comme Ultimate Spider-Man. Mais il faut bien reconnaître qu'il a été maladroit avec les jeunes X-Men amenés à notre époque, en favorisant trop le personnage de Jean Grey dont il a fini par faire une insupportable gamine intrusive et en nouant autour d'elle des changements incongrus comme sa romance avec le jeune Hank McCoy, ou la révélation absurde de l'homosexualité de Bobby Drake, même si à côté il a été plus touchant avec la liaison de Angel et X-23 et les tourments du jeune Scott Summers.

Avec Uncanny X-Men, il n'est pas tombé dans ces pièges car il a articulé sa série autour des quatre personnages les plus impactés par Avengers vs X-Men (quand bien même il manque à l'appel Colossus et Namor). Avec Cyclope, Emma Frost, Magik et Magneto, il tenait quatre protagonistes au fort caractère mais cassés par leur expérience avec le Phénix et qui étaient obligés de vivre clandestinement tout en recrutant des élèves.

Des héros clandestins, ça rappelle bien sûr la meilleure période de New Avengers, post-Civil War quand Luke Cage et tous ceux qui refusaient le registration act de Iron Man prirent le maquis puis furent traqués par les Dark Avengers de Norman Osborn/Iron Patriot jusqu'à Siege. Dans ce registre, Bendis excelle à décrire des justiciers tiraillés entre leur envie de faire le bien et la nécessité de ne pas se faire prendre, en permanence menacés par des représentants de la loi.

A cela, il a associé des menaces variées et efficaces, souvent spectaculaires, avec des gimmicks accrocheurs et mystérieux jusqu'à ce qu'ils décident de les résoudre, comme le Fauve Noir et ses super-Sentinelles, Mystique, Maria Hill et le SHIELD, le mutant oméga Matthew Malloy, Dormammu, etc. Les recrues de Cyclope et compagnie offraient des profils tout aussi divers et même si certains ont ensuite disparu des radars (comme Hijack, Benjamin Deeds, Triage), d'autres ont su perduré (comme Eva Bell, devenu une des Cinq de Krakoa au même titre que Goldballs, désormais Egg).

Chris Bachalo a signé beaucoup d'épisodes, tous visuellement très puissants et soignés. Malheureusement, Marvel ne lui a jamais trouvé de suppléants dignes de ce nom, ou plutôt a fait des choix discutables en ne conservant pas Frazer Irving, Marco Rudy ou en installant Mike Del Mundo à la place du médiocre Kris Anka. Cela se confirme encore ici où Bachalo signe l'épisode 32, magnifique, tandis que Anka enchaîne avec les 33 et 34 sans saveur au plan esthétique, avant que Valerio Schiti ne relève le niveau pour le 35.

Mais, à présent, passons à la fin du run proprement dite, avec l'épisode 600, un numéro double avec quelques guests de poids et une série de scènes qui bouclent dignement la boucle.


Les jeunes X-Men sont à nouveau au complet maintenant que Scott est revenu de son périple dans l'espace aux côtés de son père. Jean estime que le groupe a besoin de repos. Hank s'éloigne et elle rattrape pour lui confirmer ses sentiments et ils s'embrassent tandis que Scott les observe de loin.


Dans l'école Jean Grey, le Fauve est convoqué par Tornade et il est surpris en voyant tous les X-Men, étudiants compris, l'attendre. Mais il comprend vite que ses amis veulent qu'il réponde de ses actes qui, depuis longtemps, divisent la mutantité. Lui répond qu'il a tout fait, au contraire, pour éviter une catastrophe après le passage du Phénix. Le ton monte, il tourne les talons.


C'est alors qu'à la télé une allocution en direct du Capitole à Washington détourne l'attention des X-Men. Cyclope s'adresse aux journalistes à une foule de curieux en expliquant que son projet révolutionnaire est de remédier à la division entre les mutants et surtout à restaurer l'idéal de Charles Xavier, la cohabitation entre homo sapiens et homo superior. Magneto se joint à lui, fier qu'il embrasse l'utopie de leur ami commun.
Plus tard, dans la soirée, Eva Bell surgit dans le laboratoire du Fauve et lui explique ses voyages dans différentes lignes temporelles où on exigeait d'elle qu'il y ait un procès contre lui. Mais Hank McCoy refuse d'en entendre davantage. Eva s'éclipse et le Fauve quitte l'école Jean Grey.

C'est donc une brillante conclusion qu'écrit là Bendis. Une sorte de synthèse intelligente et nuancée, même si, en vérité, c'est aussi à partir de là qu'il aurait pu (dû ?) enchaîner avec une série X-Men (adjectiveless) sur la grande réunion mutante et la suite du parcours du Fauve moderne. S'il n'y avait eu Secret Wars, l'event de Jonathan Hickman et Esad Ribic qui mit au pas tout l'univers Marvel pendant de nombreux mois et redistribua les cartes à la fin.

Mais avant d'en dire plus, comment en est-on arrivé à ce 600ème épisode ? J'ai fait les comptes : le premier volume d'Uncanny X-Men a compté 544 épisodes, le deuxième 20 et celui-ci, le troisième, 35, ce qui donne 599. + 1 = 600. 

Pour encore mieux situer cet épisode, il arrive chronologiquement donc après All-New X-Men 41, Uncanny X-Men 35, X-Men 26 et Amazing X-Men 19.

Les pages avec les All-New X-Men sont dessinées par Stuart Immonen, qui, comme d'habitude, fait un superbe boulot. Celles du "procès" sont signés Sara Pichelli, très bien. Chris Bachalo se charge de la scène du Capitole avec le discours de Cyclope, impeccable. David Marquez signe quelques autres planches du "procès". Kris Anka met en images les retrouvailles de Kitty, Magik et Colossus, bof. Mahmud Asrar hérite de la scène la plus gênante où les deux Iceberg discutent de leur sexualité (avec les propos de Bobby adulte qui explique ne jamais avoir réfléchi s'il était gay car accaparé par ses missions en tant qu'X-Man... Mon Dieu !). Et enfin Frazer Irving ferme le ban avec l'échange entre Eva Bell et le Fauve.

Tout ça est fort beau (sauf Anka). Et surtout j'ai toujours trouvé ça chouette que les artistes présents au début d'une série reviennent passer pour le final, donc c'est extra de relire une dernière fois du Immonen, du Bachalo...

Bendis, en dehors donc de la scène avec les deux Iceberg gay/pas gay (ou je sais pas, faut que je réfléchisse... Mais bon sang, ce que c'est naze !), écrit des moments touchants, nuancés, et intenses. Parmi ses meilleurs, tous titres confondus. Après ça, All-New X-Men aura droit à deux autres volumes (par Dennis Hopeless et Mark Bagley puis Cullen Bunn et Jorge Molina & RB Silva). Uncanny X-Men attendra plus longtemps pour revenir, avec un run écrit surtout par Matthew Rosenberg et dessiné par Salvador Larroca, juste avant la révolution initiée par Jonathan Hickman, Pepe Larraz et RB Silva avec House of X/Powers of X.

J'espère que ce retour en arrière sur une période controversée mais intéressante, atypique, des mutants vous aura plu et motivé pour la (re)découvrir. 

ALL-NEW X-MEN, TOME 8 : LES UTOPISTES, de Brian Michael Bendis, Mahmud Asrar, Mike Del Mundo et Andrea Sorrentino


Alors, comment dire ? Il était temps que ça s'arrête parce que ce huitième et dernier tome de All-New X-Men est vraiment mauvais, c'est le tome en trop, les épisodes de trop. Brian Michael Bendis n'est vraiment pas inspiré et ni les dessins de Mahmud Asrar (sur les épisodes 40-41), ni ceux de Mike del Mundo (sur l'épisode 37), ni ceux d'Andrea Sorrentino (sur les Annuals de All-New X-Men et Uncanny X-Men) ne sauvent les meubles. Dernier tour de piste avant la vraie conclusion dans Uncanny X-Men tome 6.


Emma Frost n'en a pas fini avec l'entraînement de Jean Grey. Elle l'emmène à Madripoor et bloque ses pouvoirs télépathiques en la lâchant dans un quartier mal fâmé. Jean ne tarde pas à y croiser le Blob occupé à écouler les derniers stocks de l'hormone de croissance prélevée à Dazzler quand elle était la captive de Mystique. Le combat s'engage et oblige la jeune mutante à utiliser intelligemment sa télékinésie.


Magik devient la nouvelle professeur des jeunes X-Men maintenant que Kitty pryde a rejoint Star-Lord et les Gardiens de la Galaxie dans l'espace. Jean Grey révèle à Bobby Drake qu'il est gay, ce qu'il ne comprend pas puisque sa version adulte ne l'est pas. Angel avoue ses sentiments à X-23. Cependant, sur l'île abandonnée d'Utopia au large de San Francisco, des agents du SHIELD sont attaqués...


Pour résoudre cette affaire, Maria Hill demande l'aide des X-Men. Jean Grey et ses camarades se déplacent sur l'île avec Magik et y découvrent les Utopistes, un groupe composé de Boom-Boom, Elixir, Madison Jeffries, Karma, Masque et Random, désirant qu'on les laisse tranquilles. Après d'âpres négociations, ils acceptent d'intégrer l'école Jean Grey et Maria Hill renonce à les arrêter.


- ANNUAL ALL-NEW X-MEN / UNCANNY X-MEN : LA VIE SECRETE DE EVA BELL. Après avoir été lâchée avec les recrues des Uncanny X-Men dans le Montana pour un stage de survie, Eva Bell, choquée, fait un bond dans le temps. Elle découvre la Terre attaquée par des martiens dans le futur et que Killraven affronte. Puis elle remonte le temps jusqu'en 1875 où elle croise Rawhide Kid. Elle avance ensuite jusqu'en 2099 et va frapper à la porte du Sanctum Sanctorum où elle découvre que Magik,est devenu la sorcière suprême. Elle passe plusieurs années à se former auprès d'elle, se marie, a un enfant. Mais quand un démon tue Magik, Eva lui promet que le Fauve sera jugé pour ses actes...


Tempus remonte le temps à nouveau, jusqu'à la préhistoire où elle échappe de peu à la mort quand un dinosaure l'attaque. Morgana le Fay la capture pour se servir de ses pouvoirs et échapper à sa geôle. mais Eva réussit à se débarrasser de la sorcière pour atteindre à nouveau le futur. Elle retourne au Sanctum Sanctorum mais cette fois c'est Tony Stark qui est le sorcier suprême et lui apprend qu'elle est dans une ligne temporelle différente. Elle réussit à revenir dans le Montana où ses camarades en la voyant resurgir, les vêtements en lambeaux lui demande si tout va bien.

Quel gloubi-boulga que cet album ! Qu'a voulu faire Brian Michael Bendis avec ces épisodes totalement superflus et mal foutus ? C'est un mystère. Même le plus indulgent de ses fans serait bien en peine de trouver la moindre des qualités à ces ultimes chapitres d'All-New X-Men.

Ce huitième tome s'ouvre avec le n°37 où Emma entraîne à nouveau Jean Grey en l'emmenant à Madripoor mais en bloquant ses pouvoirs télépathiques. Pourquoi pas ? Mais surtout pourquoi cette énième séance de training dont le seul intérêt réside dans le fait qu'Emma a recouvert ses propres capacités télépathiques - et encore on en sait trop comment. Sans doute que les stigmates du Phénix ont fini par s'effacer, mais Bendis ne juge pas utile de préciser.

Les dessins sont signés par Mike del Mundo, un graphiste au style très audacieux, qui aurait eu davantage sa place sur Uncanny X-Men (comme Frazer Irving ou Marco Rudy) à la place du médiocre Kris Anka.

Où sont passés ensuite les épisodes 38 et 39, me demanderez-vous ? Hé bien, ils ont été intégrés au crossover Black Vortex, une nouvelle aventure dans l'espace avec les X-Men et les Gardiens de la Galaxie plus Nova (version Sam Alexander, la création de Jeph Loeb et Ed McGuinness). Je vous dispense de lire ce machin ennuyeux à mourir et totalement grotesque même s'il permet de comprendre la transformation physique d'Angel par la suite (avec des ailes de feu et une armature métallique). A l'époque, j'avais lu ça en baillant beaucoup dans la revue "Les Gardiens de la Galaxie" chez Panini Comics et franchement, je n'ai pas eu le courage d'y revenir pour vous en faire une critique entière.

On passe donc de l'épisode 37 au 40 et 41 pour un arc éclair en deux parties dont l'intérêt est encore un sujet de recherches pour les fans les plus hardcore. Bendis imagine qu'une bande de mutants est revenue sur l'île d'Utopia (désertée depuis Avengers vs. X-Men) et le SHIELD qui avait envoyé des hommes fouiller l'endroit n'a plus de nouvelles. Maria Hill, contre toute attente, demande aux jeunes mutants de mener l'enquête.

Absolument rien ne va dans cette histoire : que ce soit l'identité des Utopistes (sans aucune utopie sinon qu'on leur fiche la paix sur ce morceau de caillou, ayant été l'astéroïde M, au large de San Francisco, et qui y subsistent on ne sait comment), la raison de leur résidence (pourquoi ne se sont-ils pas joints à l'école Jean Grey ?), le fait que Hill demande aux jeunes X-Men d'aller y faire un tour (alors qu'ils n'ont aucune expérience en lien avec une mission pareille), la bagarre qui s'ensuit, l'inévitable négociation menée par... Par qui ?... Je vous le donne en mille : par Jean Grey. Et le dénouement qui vous fait les yeux au ciel tant il montre Bendis en roue libre.

Au passage, Bendis commet un des pires scènes de son oeuvre quand Jean (toujours elle) révèle à Bobby Drake son homosexualité. Il n'en revient pas puis finit par l'admettre tout en ne comprenant pas que sa version adulte ne le soit pas. Et ça, c'est vraiment de la merde ! Mais alors une grosse bouse, qui va complètement venir transformer un personnage qui ne demandait rien, d'une manière totalement gratuite et contradictoire (puisque Bobby Drake a eu des copines, même Mystique lui a roulé une pelle, et dans Wolverine and the X-Men, il avait même entamé une relation avec Kitty Pryde). Entre ça et l'homosexualité de Rachel Summers assénée par Tini Howard dans Excalbur/Knights of X, on voit à quel point le wokisme est un délire terrible, qui, sous prétexte de diversité, de représentativité, fait écrire n'importe quoi !

C'est du grand n'importe quoi, mais c'est dessiné par Mahmud Asrar, très sérieusement. Est-ce suffisant pour sauver les meubles ? Bien sûr que non, mais bon, au moins c'est joli.

Le niveau remonte un peu avec les deux Annuals qui concluent l'album. Panini avait choisi de les publier dans ce tome, sans doute pour qu'il ne soit pas trop maigre (pour une fois). L'histoire fait suite à l'épisode 17 de Uncanny X-Men quand Magik avait laissé les recrues de l'équipe se débrouiller seules dans un environnement hostile, en fait situé dans le Montana. Pour rappel, suite à cet épisode, Hijack se faisait renvoyer par Cyclope car il avait utilisé un téléphone portable pour se repérer et avait ainsi permis au SHIELD de le localiser.

Eva Bell, elle, disparaissait et resurgissait mystérieusement dans cet épisode, jurant aller bien (alors que ses vêtements étaient en lambeaux et que les Stepford Cuckoos avaient lu ses pensées et y avaient découvert ce qu'elle venait de traverser). Par la suite, Bendis, à plusieurs reprises, jouait sur ce mystère car les cadres des Uncanny X-Men, en particulier Cyclope, se doutait de quelque chose. Mais Eva refusait de raconter quoi que ce soit.

Ces deux Annuals lèvent le voile sur l'aventure de Tempus et... Ben, en fait, c'est très décevant. Elle remonte le temps, va dans le passé, le futur, rencontre divers personnages avec lesquels elle interagit fugacement (Rawhide Kid, Killraven, Morgana le Fay) et s'en remet à deux sorciers suprêmes différents (Magik et Tony Stark) pour comprendre que non seulement elle peut voyager dans le temps mais également dans le Multivers. Ah, et aussi on lui répéte que le Fauve (moderne) doit être jugé pour ses actes.

Visiblement, la jeune fille n'a guère retenu la leçon puisque, dans le tome 5 de Uncanny X-Men, elle se fichera pas de créer un bazar avec le temps en allant chercher le jeune Charles Xavier pour effacer l'existence de Matthew Malloy. Et ça ne l'empêchera pas non plus de faire la leçon à Cyclope au prétexte que sa révolution divise la mutanité.

Là encore, on s'interroge sur le propos tenu par Bendis, la démonstration qu'il entend faire dans cette aventure. Eva Bell est une mutante puissante et influente, mais complètement irresponsable et qui mériterait autant d'être jugée que Hank McCoy. Ses rencontres avec des personnages divers apparaissent comme des gadgets (un moyen pour Bendis, souvent accusé de se moquer de la continuité de prouver qu'il connait quand même ses classiques ?). Quand le Multivers, cette invention diabolique, s'en mêle, ça vire au grand fourre-tout au lieu de creuser des pistes intéressantes au milieu de ce zapping infernal (comme Magik qui devient la sorcière suprême).

Les dessins sont l'oeuvre d'Andrea Sorrentino (avec lequel Bendis collaborera ensuite sur une série Old Man Logan, post-Secret Wars). Ceux qui aiment avoir les yeux qui piquent avec les couleurs saturées de Marcelo Maiolo et des découpages alambiqués jusqu'à la caricature (n'est pas J.H. Williams III qui veut) seront comblés par ces planches souvent grotesques au lieu d'être sophistiquées. Les autres tourneront vite les pages en priant pour que ce calvaire cesse.

Le pire dans tout ça, c'est qu'une fois ce tome achevé, on se rendra compte en enchaînant avec le dernier de Uncanny X-Men que c'était une lecture inutile, superflu. Et un des pires machins qu'ait pondu Bendis.

ALL-NEW X-MEN, TOME 7 : L'AVENTURE ULTIME, de Brian Michael Bendis et Mahmud Asrar


Je vais enchaîner les critiques des tomes 7 et 8 de All-New X-Man car la fun du run de Brian Michael Bendis se trouve dans les pages de Uncanny X-Men. Commençons donc par le septième album de All-New X-Men au titre accrocheur mais un peu exagéré : L'Aventure Ultime, autrement dit en anglais The Ultimate Adventure. Vous avez deviné que Bendis, en compagnie de Mahmud Asrar, a décidé d'organiser une rencontre en ses héros et ceux de l'univers Ultimate qui vivait ses dernières heures alors.


Les jeunes X-Men (Marvel Girl, le Fauve, Iceberg, Angel et X-23) partent pour Austin où a été détecté un mutant. Il s'agit de Carmen Cruise, une lycéenne qui est capable d'ouvrir des portails inter-dimensionnels mais qui ne maîtrise pas son pouvoir. Affolée, elle expédie les jeunes X-Men ailleurs, dans l'univers Ultimate, sur la Terre 1610...


Séparée de ses amis, Jean Grey est découverte par Spider-Man (Miles Morales) qui accepte de lui ouvrir son esprit. Elle comprend alors qu'elle a changé de Terre et lui qu'elle connaît Peter Parker (qu'il a déjà croisé à deux reprises). Iceberg, lui, fait face à l'Homme-Taupe et ses moloïdes, Angel atterrit en Terre Sauvage où il fait la connaissance de Jimmy Hudson/Wolverine, X-23 surgit dans un stade de foot où elle est prise à parti par la foule. Quant au Fauve, il est capturé par le Dr. Fatalis en Latvérie.


Iceberg réussit à échapper à l'Homme-Taupe mais se fait ensuite arrêter par la police. X-23 trouve refuge dans une base désaffectée de l'Arme X où se trouvent également Jimmy Hudson et Angel. Drogué, le Fauve raconte tout ce qu'il sait à Fatalis. Et Jean Grey est conduite par Miles Morales à Westchester à l'école Charles Xavier où ils sont accueillis froidement par les Ultimate X-Men.


Une fois qu'ils leur ont expliqué la situation, Jean a accès à Cerebro pour localiser ses amis. Iceberg réussit à échapper aux policiers qui l'ont appréhendé. A la base de l'Arme X, Jimmy Hudson raconte à X-23 et Angel l'histoire tragique des mutants sur cette Terre.


Les Ultimate X-Men, Miles Morales et Jean Grey rejoignent Jimmy Hudson, X-23 et Angel après avoir récupéré Iceberg. Puis ils s'envolent à bord du Blackbird pour la Latvérie où le Fauve, sous l'emprise de Fatalis, commence à construire un portail interdimensionnel. Mais la machine est détruite par l'arrivée des mutants.


Fatalis vaincu, les mutants retrouvent la Carmen Cruise de cet univers et lui apprennent à se servir de son pouvoir pour rentrer sur la Terre 616. Une fois revenus à l'école Jean Grey, Carmen y est admise tandis que Jean réfléchit au moyen de rendre leur monde meilleur que la Terre 1610 dans le futur.

Quand débute la parution de ce pénultième arc de All-New X-Men, Marvel a sans doute déjà décidé du sort de l'univers Ultimate et donc Brian Michael Bendis sait qu'il est condamné. Il obtiendra que Miles Morales en soit un des rescapés au terme de l'event Secret Wars écrit par Jonathan Hickman en 2015, mais avant cela, il profite du temps qu'il reste pour organiser la rencontre entre ses héros.

Bendis a toujours eu plusieurs plats sur le feu, c'est un scénariste alors très productif, qui a largement contribué à alimenter les franchises que Marvel lui a confié depuis le début des années 2000, aussi bien dans l'univers classique que dans l'univers Ultimate qu'il a d'ailleurs bâti avec Mark Millar.

Cette productivité en fera un auteur clivant car ses détracteurs lui reprocheront d'être partout, sur trop de titres. C'est évidemment moins simple mais pas totalement faux : Bendis a quasiment monopolisé les Avengers en multipliant les titres et son éditeur a développé la marque en s'appuyant sur le succès des personnages sur grand écran. Rarement Bendis s'est contenté d'écrire une seule série à la fois et Marvel l'a compris en s'appuyant sur son imagination fertile, son fort rendement et l'accueil favorable des lecteurs.

Car, c'est bien là la singularité de Bendis : sans faire l'unanimité, il a quand même été un scénariste au succès insolent sur de nombreuses années et sur plusieurs titres très différents. Si on veut être franc, c'est plutôt les fans les plus bruyants sur els réseaux sociaux, les forums, qui n'aimaient pas Bendis, car dans les faits et les chiffres, sa fan base répondait souvent présent, garantissant à Marvel de bons tirages de ses séries.

Donc, la rencontre entre All-New X-Men et l'univers Ultimate était couru d'avance. Elle accouche d'une histoire sympathique mais paresseuse. Comme si Bendis n'avait pas trouvé l'idée forte qui aurait justifié ce crossover. Comme à son habitude, il place Jean Grey au centre de tout, alors qu'en vérité le Fauve tient un rôle déterminant aussi. Il convoque Miles Morales, qu'il a co-créé avec Sara Pichelli, mais aussi les Ultimate X-Men (qui restaient), mais pas les Ultimates (ils n'auraient servi à rien et pour une fois, le scénariste a su résister à la tentation de surpeupler une intrigue).

Après, il faut bien reconnaitre que le prétexte à la visite des All-New X-Men sur la Terre 1610 est vraiment très faible et grossier. Cette mutante qui créé des portails entre les dimensions est vraiment un gadget bien pratique et elle ne sert qu'à ça. A la fin de cette aventure ultime, elle sera admise à l'école Jean Grey mais en vérité elle finira aux oubliettes puisqu'on ne l'a plus jamais revue. Les rebondissements sont eux aussi accessoires comme le fait de séparer les All-New X-Men (qui n'est qu'une manière très voyante de justifier que cet arc compte autant d'episodes) ou de faire tomber ce pauvre Fauve directement dans les pattes de Fatalis (vraiment pas de pot).

La série doit aussi composer avec le départ de Stuart Immonen et on imagine alors l'editor de la série s'arracher les cheveux pour trouver un remplaçant aussi solide, capable de tenir les délais et de produire des planches d'un niveau similaire. Jusqu'à se rappeler que quelque temps auparavant Mahmud Asrar avait dépanné avec conviction.

Asrar, paradoxalement, n'a pas encore atteint sa maturité stylistique mais ses planches ont une fraîcheur, une spontanéité, une énergie qu'elles me semblent avoir perdu depuis. Son trait est plus brut, plus anguleux, mais son découpage a un dynamisme assez irrésistible. On sent qu'il a la niaque, envie d'épater Marvel, de prouver qu'il peut assurer sur une grosse série écrite par une star maison. Et ça fonctionne. 

C'est certes un cran en dessous de Immonen (mais qui ne le serait pas ?), toutefois c'est une solution de remplacement très valable, sans doute la meilleure compte tenu des circonstances (et compte tenu des exigences du poste : déjà à cette époque, il n'y avait pas des tas de dessinateurs capables d'animer un team book en n'étant pas à la bourre et en étant de bonne qualité).

Sympa, mais un peu trop facile. Ce que confirmera le tome suivant, le dernier du run de Bendis sur le titre, à bout de souffle.

dimanche 5 novembre 2023

UNCANNY X-MEN, TOME 5 : LE MUTANT OMEGA, de Brian Michael Bendis, Chris Bachalo et Kris Anka


Ce cinquième et avant-dernier tome de Uncanny X-Men par Brian Michael Bendis, Chris Bachalo et Kris Anka est épique. A tout point de vue, c'est le récit plus spectaculaire du run, comme si Bendis avait voulu offrir un bouquet final avant l'heure. Bachalo signe les dessins des épisodes 27, 29 à 31, et Anka ceux des épisodes 26, 28 et 30, qui sont parus en 2014-2015.


Face à la menace que représente Matthew Malloy, Maria Hill donne l'ordre d'évacuer l'Etat de Caroline du Sud. Pendant ce temps, à l'école Jean Grey, Cyclope est très remonté après avoir appris cet énième secret du Professeur X, mais Tornade le raisonne et il part finalement avec Wolverine et Rachel Summers. Cependant, le SHIELD fait appel au mutant Exodus pour tenter de neutraliser à distance Malloy, sans succès. Le Fauve découvre que Mally est en vérité plus puissant qu'un mutant oméga et il pense que tout ce qui sera tenté pour le stopper échouera.


Maria Hill accueille à bord de son héliporteur Cyclope, Wolverine et Rachel Summers. Elle tente à son tour de pénétrer les pensées de Malloy qui lui en refuse l'accès et renvoie Wolverine et Rachel à l'école Jean Grey et Cyclope à la base des Uncanny X-Men. Cyclope convainc Magik de de le transporter auprès de Malloy. Tempus s'éclipse, décidée à trouver une solution alternative.


Matthew Malloy accepte d'écouter Cyclope qui lui ouvre son esprit pour qu'il comprenne que le leader des X-Men a de l'expérience avec les mutants surpuissants ayant du mal à se maîtriser. Le Fauve appelle à l'aide d'autres super-héros mais aucun ne répond : les mutants sont livrés à eux-mêmes.
 

Magneto interrompt la discussion entre Cyclope et Matthew Malloy mais celui-ci n'apprécie pas et le renvoie au QG des Uncanny X-Men. Magik remonte le temps pour demander son aide au Dr. STrange qui lui confie l'Oeil d'Agamotto. A l'école Jean Grey, le Fauve apprend que le SHIELD va tenter de tuer Malloy, quitte à éliminer avec lui Cyclope. 


Tempus a elle aussi remonté le temps pour rencontrer Charles Xaavier lorsqu'il venait d'ouvrir son institut pour jeunes surdoués. Elle lui donne accès à ses pensées et il apprend la situation mais rechigne à intervenir à cause des perturbations temporelles. De nos jours, le SHIELD a mis ses menaces à exécutions et le Fauve apprend les morts de Malloy et Cyclope. Pourtant Malloy apparaît devant l'école Jean Grey. Emma Frost l'affronte mais il la tue tout comme les autres X-Men qui se jettent ensuite sur lui. 
  

Tempus et Xavier remontent le temps jusqu'au moment où les parents de Matthew Malloy sont sur le point de se rencontrer. Le Professeur X chasse cette idée de leurs esprits et ainsi s'assure que le mutant ne naîtra jamais. De nos jours, la situation revient à la normale et tous les X-Men écoutent à nouveau She-Hulk lire la fin des dernières volontés de Charles Xavier qui lègue son école à Cyclope. Ce dernier sort un instant et fait face à Tempus qui lui annonce qu'elle quitte son équipe. Cyclope rentre et annonce céder l'école à Tornade puis se retire.

Quand il a pris en main les séries All-New X-Men et Uncanny X-Men avec l'idée motrice de transporter à notre époque les cinq premiers X-Men, Brian Michael Bendis a joué avec l'idée toujours périlleuse des voyages temporels et des paradoxes qu'ils génèrent. 

A la base, son objectif était simple comme le plan ourdi par le Fauve : organiser la rencontre entre le jeune Cyclope et sa version adulte pour que ce dernier abandonne son projet révolutionnaire et surtout admette qu'il avait tué le professeur Charles Xavier sans se cacher derrière l'excuse de l'emprise du Phénix.

On peut raisonnablement dire que Bendis a ensuite beaucoup dévié de son plan initial, comme s'il était incapable de s'y tenir, préférant explorer d'un côté les effets de ce voyage dans le temps pour les jeunes X-Men (surtout à travers le personnage de Jean Grey) et de l'autre le traumatisme de Scott Summers, sa culpabilité.

En fait la victime de ces changements narratifs a été la série All-New X-Men qui n'ont jamais joué le rôle pour lequel ils étaient prévus, à savoir des sortes d'influenceurs envers Cyclope en pleine déroute psychologique. Ce n'est pas entièrement la faute de Bendis : Jason Aaron n'a visiblement jamais accepté de composer avec les jeunes X-Men alors qu'ils résidaient dans l'école Jean Grey et même il a dû être soulagé de s'en débarrasser à l'issue du crossover Battle of the Atom.

Mais Bendis ne peut être exonéré des errements dans son plan : au lieu d'entraîner les jeunes X-Men dans leurs propres aventures, il les a faits déménager dans l'école tenue par Cyclope. On pouvait alors espérer qu'enfin la confrontation des deux Scott Summers aurait lieu et qu'une explication en bonne et due forme entre eux serait à l'ordre du jour. Au lieu de ça, Bendis s'est à son tour débarrassé du jeune Scott lors du crossover avec les Gardiens de la Galaxie.

Mais ça n'a pas découragé le scénariste de jouer avec les voyages temporels. Sauf que, dans le cas qui nous intéresse, dans ce cinquième tome d'Uncanny X-Men, il s'y est pris de bien meilleure manière, en collant à l'intrigue qu'il a initiée dans le tome précédent.

Matthew Malloy est plus un prétexte qu'un véritable personnage : comme Sentry quand il écrivait New Avengers et Dark Avengers, il symbolise l'image de Dieu, une créature si puissante qu'elle ne peut être contrôlée et qu'elle menace le monde plus qu'elle ne peut le sauver (à ce titre, la scène où Malloy se rend compte qu'il ne peut ressusciter les agents du SHIELD et Cyclope est éloquente).  Il faut alors le sacrifier. Sauf que, contrairement à ce qui se passait dans l'event Siege, les X-Men ne pourront compter sur des dieux asgardiens pour les aider : ils sont livrés à eux-mêmes, seuls, abandonnés.

Bendis va alors résoudre le problème avec habilité, en utilisant Tempus. Charles Xavier ira même jusqu'à effacer de son propre esprit le souvenir de sa rencontre avec la mutante pour ne pas se souvenir de cette histoire. Mais le fan peut quand même en sourire en sachant que le Prof. X aura bien des occasions au cours de sa carrière de dissimuler à ses X-Men bien d'autres secrets, tout aussi terribles.

Il y a, je trouve, quelque chose de malin et de jubilatoire dans la manière dont Bendis traite tout ça, et je pense qu'il a fait preuve d'une grande intelligence. C'est un arc narratif très efficace, très prenant, très intense, où le suspense est constant à mesure que la puissance de Matthew Malloy se révèle. On doute vraiment que cela se finisse bien. Et d'ailleurs le dénouement est assez amer, avec le choix de Tempus de quitter les X-Men et de Cyclope de renoncer à l'héritage de Xavier. Cette dernière note est parfaite.

Visuellement, ces six épisodes sont globalement excellents. Kris Anka se force un peu plus et profite d'une colorisation qui améliore ses images souvent encore trop vides - merci qui ? Merci José Villarubia.

Toutefois, c'est encore à Chris Bachalo qu'on doit les chapitres les plus formidables. Cette fois d'ailleurs, il a renoncé à se coloriser lui-même, laissant cela à Antonio Fabela (complice habituel de Lee Garbett) et Rain Beredo (longtemps partenaire de Mike Deodato Jr.), qui accomplissent un boulot fabuleux.

Bachalo est dans son élément avec des décors et des personnages au bord de la rupture. Ce récit plein de bruit et de fureur donne lieu à des moments très forts et mémorables que l'artiste traduit esthétiquement avec une puissance égale à ce mutant oméga. Ce sont (presque) ses adieux à la série et il y fait honneur (il réalisera encore le #32 dans le tome suivant et quelques planches du #600).

La fin est donc proche. So... Stay tuned !

samedi 4 novembre 2023

ALL-NEW X-MEN, TOME 6 : UN DE MOINS, de Brian Michael Bendis, Stuart Immonen, Sara Pichelli et David Marquez


Ce sixième tome de All-New X-Men est l'antépénultième de la série écrite par Brian Michael Bendis. C'est également dans cet album que l'on peut admirer une dernière fois le travail époustouflant de Stuart Immonen qui quitte le titre au #29. Avant cela, pour l'épisode 25, David Marquez ouvre les festivités avec à sa suite un cortège d'invités prestigieux. Et Sara Pichelli clôt le bal au n°30.


Le Fauve a du mal à dormir cette nuit-là. Un intrus dans sa chambre le tourmente au sujet de ses récentes actions et en particulier le fait qu'il a déplacé dans le temps les cinq premiers X-Men, déclenchant par là un bouleversement profond dans le continuum espace-temps. Qui pourrait aussi condamner les mutants à un avenir terrible ou radieux...


Loin de là, dans le QG des Uncanny X-Men, Jean Grey a également une nuit agitée et se réveille en sursaut. Cyclope qui passait par là entre dans sa chambre et elle se confie sur l'évolution de ses pouvoirs, son récent voyage dans l'espace, le départ de Scott avec les Starjammers. Au matin, Angel voit partir X-23 et tente de la retenir mais elle persiste. S'enfonçant dans la forêt, elle est attaquée et blessée. Quand elle revient à la base, elle s'effondre et prévient les autres qu'un métamorphe se cache parmi eux : la Confrérie des Mauvais Mutants du futur est de retour.
 

Dans le futur, Mystique accouche du fils qu'elle a eu avec Charles Xavier et l'abandonne. Adolescent, il tue accidentellement sa mère en découvrant ses pouvoirs psychiques. Puis il retrouve son demi-frère, Raze, fruit de l'union de Wolverine et Mystique. Ce même Raze, de nos jours, a pris l'apparence de X-23 et blesse Triage. La Confrérie des Mauvais Mutants pénètre dans le QG des Uncanny X-Men et le fils de Xavier neutralise tout le monde par une attaque télépathique.


Seuls Cyclope, Emma Frost et Jean Grey résistent à cet assaut mais Jean est agressée sur le plan astral par le fils de Xavier. Dans le futur, il guérit le Fauve de sa folie et conçoit avec lui une machine à remonter le temps grâce à laquelle avec Deadpool, Iceberg, Molly Hayes, Xorn, et Raze, il compte éliminer les premiers X-Men. X-23, rétablie grâce à son facteur régénérateur, revient au QG, prête à en découdre.


X-23 permet aux X-Men de reprendre le dessus sur la Confrérie tandis que Xavier affronte Jean sur le plan astral. Blessé par X-23, il fuit mais ne va pas bien loin. Le SHIELD embarque la Confrérie qui, dans le futur, reçoit une lettre leur indiquant comment se débarrasser des X-Men. Angel emmène X-23 se détendre en ville.


Tandis que Angel et X-23 passent la nuit ensemble en ville, Emma Frost décide d'entraîner Jean Grey à contrôler ses pouvoirs. La jeune fille se prête à l'exercice à contrecoeur et les autres recrues des Uncanny X-Men observent la scène avec appréhension. Mais sont aussi étonnés que soulagés quand Emma et Jean finissent par s'enlacer en rigolant. Sur ces entrefaîtes, le Blackbird des X-Men de l'école Jean Grey atterrit pour que Cyclope les suive afin d'assister à la lecture du testament de Charles Xavier.

Comme vous pouvez le constater, ce tome se termine pratiquement sur la même scène que le tome 4 d'Uncanny X-Men avec Cyclope qui est convoqué à la lecture des dernières volontés de Charles Xavier. On peut au moins apprécier la manière dont Brian Michael Bendis synchronise ses deux séries.

Mais avant cela, cet album s'ouvre sur le 25ème épisode de la série. On peut sourire au fait que désormais les éditeurs fêtent comme un événement qu'une série arrive à 25 numéros, mais on notera surtout que cela relève d'une manie à relancer fréquemment des titres plutôt de laisser leur numérotation intacte. Qui plus est, ce n'est pas 25 épisodes étalées sur autant de mois puisque All-New X-Men sortait pratiquement deux fois par mois, donc il s'est passé finalement peu de temps depuis son lancement.

Bref, Marvel a permis à Brian Michael Bendis d'organiser une sorte de fiesta. Mais celle-ci a un drôle de goût puisqu'elle repose sur une nuit agitée pour le Fauve moderne à l'école Jean Grey. Il reçoit la visite, comme on le découvre à la fin de ce chapitre plus long qu'à l'ordinaire, de Uatu le Gardien, venu le tourmenter. Comme d'habitude, cet observateur qui prétend ne jamais interférer avec les humains ne peut s'empêcher de les tracasser activement.

Toutefois, ce qui suit n'est pas anodin et éclaire d'un jour intéressant ce que le Fauve est devenu depuis un moment et n'a cessé d'être depuis. Que ceux qui pestent contre son traitement durant l'ère de Krakoa où il a carrément sombré pour devenir un fou furieux relisent cet épisode et même d'autres arcs narratifs avant. Cela fait en vérité des années que Hank McCoy déconne franchement, en voulant remédier à l'extinction des mutants durant Messiah Complex (où il a demandé de l'aide à des gens peu recommandables) ou en déplaçant les premiers X-Men à notre époque.

Bendis brosse un tableau assez exhaustif de cette dérive en montrant où elle pourrait mener les mutants, soit vers un avenir très sombre, soit un futur plus radieux. David Marquez signe les premières pages de l'épisode avant que ne lui succèdent des artistes aussi variés que Bruce Timm, David Mack, Skottie Young, Robbi Rodriguez, Lee Bermejo, Kent Williams, Art Adams, J.G. Jones, Ronnie del Carmen, J. Scott Campbell, Marie Wicks, Jason Shiga, Dan Hipp, Max Wittert, Jake Parker, Jill Thompson, Paul Smith !

Puis la série reprend son cours avec un arc qu'on peut diversement apprécier, selon qu'on a aimé ou pas la Confrérie des Mauvais Mutants du futur apparue dans X-Men : Battle of the Atom. A la fin de ce crossover, un de leurs membres (Xorn alias Jean Grey) périssait mais le fils de Charles Xavier, Raze, Iceberg et le Fauve disparaissaient en profitant de la confusion créée par l'intervention du SHIELD.

Les revoilà donc pour terminer ce qu'ils avaient entrepris : se débarrasser des premiers X-Men qu'ils jugent coupables de leur futur apocalyptique. Faute de les avoir renvoyés à leur époque, ils sont déterminés cette fois à les tuer. Et ils ne font pas de quartier.

Si je n'avais pas aimé Battle of the Atom, j'ai en revanche bien aimé lire cet arc en huis clos qui a une belle intensité et des éclairs de violence remarquables. L'affrontement est sans merci et pousse les deux camps dans leurs retranchements. Bendis réussit à caser des scènes fortes comme lorsque Triage, le guérisseur, se rend compte qu'il peut ressusciter ou que Jean fait jeu égal avec le fils de Xavier dans le plan astral. X-23 a aussi l'occasion de briller alors que le crossover avec les Gardiens de la Galaxie l'avait vue noyée dans une masse de personnages.

Et puis Bendis écrit un moment d'une belle subtilité au tout début, avant que les hostilités ne démarrent, entre Cyclope et Jean Grey. La jeune fille se confie à la version adulte de Scott Summers et on sent un trouble s'emparer d'elle en même temps qu'une gêne chez son interlocuteur qui ne profite pas de la situation. On peut reprocher bien des choses à Bendis, mais pas de louper ce genre d'échange, ô combien casse-gueule.

Les quatre épisodes de l'arc One Down (Un de moins en vf) sont donc dessinés par Stuart Immonen qui achève là son passage sur la série. En relisant ces numéros à l'occasion de cette rétrospective, je me suis rappelé la joie de lire des planches d'Immonen chaque mois alors, et je reste nostalgique de cette période où on pouvait se régaler avec le travail de l'artiste canadien, un des meilleurs dans son domaine. Pourquoi ne produit-il plus de monthly comics ? On peut admettre qu'il ait beaucoup donné et souhaite désormais de préserver, mais il n'a que 63 ans et c'est terriblement frustrant.

L'épisode 30, qui conclut ce tome, est dessiné par Sara Pichelli et c'est joliment fait. Elle hérite d'un numéro calme et elle s'y investit avec raffinement. Quel gâchis de voir ce qu'elle est devenue depuis...

Une page se tourne donc et quelque part, je crois que Bendis aurait dû en rester là avec All-New X-Men tant les deux derniers tomes sont en deçà. Mais ça, on reparlera dans de prochains articles...