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samedi 12 novembre 2022

THE NEW GOLDEN AGE #1, de Geoff Johns et Diego Olortegui, Jerry Ordway, Steve Lieber, Todd Nauck, Scott Kolins, Viktor Bogdanovic, Brandon Peterson et Gary Frank


The New Golden Age est une one-shot qui fait la liaison entre la fin de Flashpoint Beyond et le début de la relance de Justice Society of America (le 29 Novembre prochain). L'architecte de tout ça est Geoff Johns et DC Comics semble lui avoir réservé un coin du DCU pour développer ce qu'il a en tête. Du coup, ce New Golden Age fait office de gros teaser, plein de questions en suspens et d'indices à décrypter.
N.B. : J'ai décidé de rédiger un résumé qui remet toutes les scènes dans l'ordre chronologique afin de mieux saisir la progression du récit.


12 Avril 1848. Corky Baxter annonce à John Wilkes Booth, le futur assassin d'Abraham Lincoln (soit trois jours avant les faits), qu'il deviendra célèbre. Les Maîtres du Temps surgisssent et grondent Corky puis l'embarquent pour reprendre leur traque des 13 héros réintégrés dans les années 1940.


22 Novembre 1940. La Justice Society of America se réunit pour la première fois. Doctor Fate (Kent Nelson) a une vision dramatique du futur où un étranger tue des enfants qui ont repris le flambeau des membres de la JSA. A la "une" des journaux, il est question du héros russe Vladimir Sokov alias Red Lantern qui a coulé un navire de l'armée américaine.


31 Octobre 1951. La JSA comparaît devant la commision parlementaire aux activités anti-américaines mais ses membres refusent de se démasquer pour prouver leur loyauté aux Etats-Unis.


22 Novembre 1976. Doctor Fate (Kent Nelson) est examiné par Doctor Mid-Nite (Charles McNider) au sujet de ses visions du futur. Ils sont interrompus par Power Girl et Star-Spangled Kid qui reprochent à la JSA de ne pas donner leur chance aux femmes et aux jeunes. Fate leur rappelle que Wonder Woman a été dans l'équipe pendant des décennies et que, le moment venu, les jeunes prendront la relève des vétérans.


Il y a 13 ans. Catwoman dérobe dans un musée l'Anneau maudit de Hauet malgré la mise en garde de Doctor fate (Kent Nelson). Un rayon d'energie surgit de l'Anneau et tue Fate. Il succombe en prévenant Catwoman que sa fille (qui n'est pas encore née) intégrera la JSA mais sera tuée par l'étranger.


Maintenant. Doctor Fate (Khalid Nassour) retrouve le détective Chimp et Deadman pour qu'ils l'aident à exociser son casque infecté par l'energie de l'Anneau de Hauet. C'est alors que Fate a une vision tragique de son successeur en 3022.


Dix ans dans le futur, 22 Novembre. Helena Wayne, âgée de dix ans, poignarde Batman en le prenant pour un cambrioleur. Il se démasque et l'entraîne dans sa Batcave où se trouve, entre autres reliques, la boule contenant l'univers Flashpoint. Selina Kyle surgit et reproche à Bruce de vouloir faire de leur fille une justicière, quitte à ce qu'elle connaisse le même sort, funeste, que ses Robins.


18 ans dans le futur. La JSA annonce à Selina que Batman a été assassiné, alors qu'il lui a vait promis de se retirer. Helena jure de venger son père et devient Huntress.


22 Novembre 3022. Une nouvelle incarnation de la JSA, composée de nouveaux Green Lantern, Atom et Doctor Fate (une nommée Sophie), pénètrent dans le Q.G. de l'équipe, dévasté, laissé à l'abandon. L'étranger surgit et tue Fate puis efface le reste du groupe avec le casque de Fate.

Il y a aussi une scène avec Nostalgia, cette fan d'Ozymandias à la recherche du Watchmen, en compagnie de Mime et Marionnette, mais elle n'est pas située dans le temps.

Et tout ça tient en un cinquantaine de pages ! C'est donc très dense, et pour ne pas faciliter la tâche au lecteur, Geoff Johns raconte àa dans le désordre. J'ai lu The New Golden Age deux fois pour réussir à rédiger ce résumé chronologique et tenter de déchiffrer ce que le scénariste voulait raconter. Même comme ça, ce n'est pas clair.

Alors sans doute le meilleur moyen d'apprécier The New Golden Age est de le lire comme un énorme teaser pour ce que Johns entreprend d'écrire dans les prochains moins (années). Dans deux semaines, le scénariste va relancer la série Justice Society of America et il signera aussi une mini-série Stargirl : The Lost Children (à partir du 15 Novembre) dans lesquels il a promis que tout serait exploité et explicité.

Bien que dans l'event, actuellement en cours de publication, Dark Crisis (on Infinite Earths), Joshua Williamson a utilisé la Justice Society of America, Johns va certainement raconter quelque chose de différent, sans tenir compte de ce qu'a fait son collègue. The New Golden Age plonge dans le passé mais se projette aussi dans le futur pour redéfinir la JSA et DC a visiblement accordé au scénariste un coin de son univers pour qu'il ait les mains libres.

Ce one-shot se divise en trois parties : la plus importante se déroule dans le passé (cinq segments), une dans le présent, trois dans le futur. Deux personnages attirent notre attention : un individu mystérieux, l'Etranger, hante ces trois périodes, tandis que Helena Wayne, fille de Batman et Catwoman, sert de guide en quelque sorte. Toute la problématique du projet de Johns ici est de savoir de qui et de quand on parle.

De qui : actuellement, dans la continuité, Batman et Catwoman ne sont plus en couple (depuis la fin du run de Tom King sur la série Batman. La mini-série Batman/Catwoman qu'il a écrite ensuite paraît être hors continuité, comme la majorité des projets édités sous le Black Label). Il existe une Huntress, qu'on a croisé dans Nightwing puis Detective Comics, mais ce n'est visiblement pas la même que celle qu'introduit (ou plus exactement réintroduit) Johns ici. La Huntress de Johns, qui est donc la fille de Bruce Wayne et Selina Kyle, le devient 18 ans dans le futur, après l'assassinat de Batman (encore une différence avec la mort de Batman imaginée par King, qui établissait qu'il s'était éteint d'une longue maladie dûe à un combat contre le Dr. Phosphorus), pour venger son père.

Quand : le temps dans les comics, et particulièrement le présent, est un concept fluctuant. Le temps ne s'écoule pas comme dans la réalité sinon des personnages seraient en vérité centenaires au bas mot. Dans les comics, on vit, comme l'écrivait Patrick Modiano, dans une sorte de "présent éternel". Aussi quand un carton indique "Now" ("Maintenant"), c'est très relatif. Cela semble indiquer que ce "Now" se situe au moment où nous lisons l'histoire, mais en vérité, c'était déjà valable l'année dernière ou ça le sera encore l'année prochaine. Plutôt que "maintenant", il serait plus pratique de dire "de nos jours".

Et donc cela situe, par exemple, le vol de l'Anneau de Hauet par Catwoman 13 ans avant "de nos jours". Le costume qu'elle porte à cette occasion est celui qu'elle a dans Batman : Year One, donc elle est au tout début de sa carrière de voleuse costumée. Doctor Fate lui annonce qu'elle aura une fille, qui deviendra une justicière mais mourra des mains de l'Etranger. Cela fait rire Catwoman qui répond à Fate qu'elle n'a pas prévu d'avoir d'enfant.

Mais 10 après "de nos jours", Selina Kyle et Bruce Wayne sont parents d'Helena, qui découvrent la double identité de son père. Et 18 ans après "de nos jours", Helena devient Huntress après l'assassinat de Batman. Comme la future série Justice Society of America a pour premier rôle Huntress, faut-il en déduire qu'elle se déroule 18 ans après "de nos jours" ? Ou bien Helena Wayne aura-t-elle trouvé un moyen de remonter le temps pour empêcher l'assassinat de Batman (mais ausi en existant à la même époque que l'autre Huntress vue dans Detective Comics) ?

Résumons : nous avons une cosntante - l'Etranger, qui s'en prend à la JSA à travers les âges, en l'ayant observé puis en l'attaquant - , nous avons Huntress et sa quête de vengeance dans le futur. Mais qui est vraiment le personnage intermédiaire entre l'Etranger et Huntress ?

Il s'agit de Doctor Fate, que Geoff Johns semble envisager comme un mix du magicien classique, héritier des pouvoirs de Nabu, gardien de l'Ordre, mais aussi une sorte de version de Dr. Who, avec plusieurs personnages qui héritent du titre. Celui qui a été Fate le plus longtemps est Kent Nelson : il est là dès la première réunion de la JSA en 1940 au cours de laquelle il a la première de ses visions dramatiques sur le futur macabre de l'équipe et ses héritiers. Il est encore là en 1976 quand Dr. Mid-Nite l'examine avant que Power Girl et Star-Spangled Kid n'interrompent leur échange. Et il est toujours là 13 ans avant "de nos jours" lorsqu'il surprend Catwoman en train de voler l'Anneau de Hauet et le tue accidentellement. De nos jours, Fate est incarné apr Khalid Nassour. Et en 3022, c'est une fille, Sophie, qui a hérité du casque du Doctor.

Fate est donc partout, tout le temps. Mais c'est le contrepoint tragique de l'Etranger. Car on sait très vite que Kent Nelson va mourir et sa mort déclenche une progression dans la narration. Kent Nelson mort, c'est Khalid Nassour qui hérite du rôle. Khalid Nassour disparu, c'est Sophie qui est la (dernière ?) Dr. Fate. Tout cela desssine quelque chose de familier, d'obsessionnel chez Johns : la notion d'héritage, de transmission. La JSA n'est pas seulement la première super-équipe de DC, c'est aussi celle qui va inspirer et former les générations suivantes de super-héros. La JSA, c'est l'Histoire de DC, l'incarnation du temps dans le DCU. Et Johns a choisi cette fois de faire de Dr. Fate l'emblême vivant de cette incarnation. Ce qui tombe en fait sous le sens puisque Fate signifie destin.

Johns, avec l'ambition qui ne l'a jamais quitté de configurer le DCU en un grand tout cohérent, malgré les relaunchs, les reboots, les Crisis, place la JSA au-dessus de tout. Sans elle, rien n'existe, rien ne se construit. C'est la colonne vertébrale de son grand plan. Il intègre des épisodes comme celui dans les années 50 la JSA refuse de se démasquer devant la commission parlementaire aux activités anti-américaines pour prouver leur loyauté envers les Etats-Unis (épisode repris dans le Elseworlds JSA : The Golden Age de James Robinson et Paul Smith mais aussi dans DC : The New Frontier de Darwyn Cooke). Et bien qu'il ait été un des architectes des New 52, Johns n'en fait pas mention ici puisque durant cette période éditoriale la JSA n'avait plus de série et son existence avait d'ailleurs été effacée.

Johns incorpore par contre deux éléments plus récents qu'il a écrits. La première, c'est le retour en force des Maîtres du Temps (Time Masters) de Rip Hunter, intervenus lors de Flashpoint Beyond, mais auparavant dans Infinite Crisis : 52. Dans la première scène chronologiquement, Corky Baxter motive presque John Wilkes Booth à tuer Abraham Lincoln avant d'être réprimandé et de repartir avec les Maîtres du Temps. Leur mission : vérifier que les 13 héros cités à la fin de Flashpoint Beyond (tout en ayant en tête qu'ils s'agissaient de 13 personnages n'ayant jamais existé auparavant, entièrement créés par Johns) ont bien réintégrés les années 40. A la fin de The New Golden Age, on a droit aux 13 fiches signalétiques de ces personnages, avec un luxe de détails biographiques complètement fou pour justifier leur création rétroactive. Et durant la scène du 31 Octobre 1951, en "une" des journaux, il est fait mention du Red Lantern, le plus puissant héros russe de l'époque qui a coulé un navire de l'armée américaine (ce Red Lantern tient-il son pouvoir du corps des Red Lanterns ? Ou d'une version alternative du du Starheart comme le Green Lantern Alan Scott ?). En tout cas, Johns semble bel et bien avoir des plans pour ces 13 héros, certainement pour la série Justice Society of America.

L'autre incorporation d'un récit de Johns concerne Doomsday Clock visant à intégrer Watchmen dans la continuité du DCU. A la fin de Flashpoint Beyond, on découvrait une jeune femme, Nostalgia, dans l'ancienne forteresse de Ozymandias au Pôle Nord, et qui cherchait le Watchman (et non les Watchmen). On la retrouve ici avec Mime et Marionnette (deux personnages introduits dans Doomsday Clock). Par contre impossible de savoir à quand se déroule cette scène, très brève, c'est la seule qui n'est pas datée. Là aussi, tout indique que Johns n'en a pas fini avec l'oeuvre de Moore (et je cache pas que ça me soûle).

Vous l'aurez compris : je ne fais pas à proprement parler une critique de The New Godlen Age. Pour moi, il s'agit plus d'une feuille de route présentée par Johns, et encore c'est une feuille de route pleine de trous, d'interrogations. C'est à la fois confus, frustrant et excitant, prometteur. Johns revient en tout cas très en forme, plein de projets. En cas de succès de Justice Society of America, il pourrait signer un run aussi consistant que le premeir qu'il a écrit sur JSA (à la suite de James Robinson et David Goyer). Il paraît surtout évident qu'il développe ce projet ambitieux en marge des autres séries, dans une sorte de pré carré, sans doute avec la possibilité pour d'autres auteurs d'y faire référence, mais en conservant la main sur ces références. Personnellement, je ne pense pas que beaucoup de scénaristes vont embêter, parasiter Johns, chaque auteur vedette de DC a déjà fort à faire avec leur propre série et Joshua Williamson (que je persiste à voir comme le futur scénariste de Justice League) ne me semble pas menacé dans son rôle d'architecte principal du DCU.

Johns a tenté par le passé (notamment avant et pendant les New 52) d'être ce grand architecte du DCU. Mais les polémiques autour du film Justice League et ses projets chez Image Comics (avec Geiger et son univers) ont diminué son influence chez l'éditeur. J'ai le sentiment qu'il a encore de l'ambition pour le DCU, mais en ayant obtenu qu'on lui donne un secteur, sans avoir l'obligation d'interagir avec les autres auteurs, les autres séries. C'est presque comme s'il avait son propre label (chose qu'a eu Bendis en arrivant chez DC, ou comme le Black Label, mais de manière plus circonscrite).

Cela confère à Johns une position à part, un statut singulier. Plus vraiment central, essentiel, mais encore star, enfant prodige. Dès lors, The New Golden Age, c'est d'abord et surtout Johns. Les huit dessinateurs qui illustrent ce one-shot sont ses hommes de main, de différentes renommées : si Gary Frank, Scott Kolins, Todd Nauck, Jerry Ordway sont des habitués, Diego Olortegui, Viktor Bogdanovic, Brandon Peterson et Steve Lieber ne déméritent pas mais ont été visiblement conviés pour soulager leurs collègues. L'ensemble est esthétiquement très déparaillé et inégal, mais globalement de belle facture.

Pour résumer, ça m'a plutôt donné l'eau à la bouche (exception faite de la scène découlant de Doomsday Clock). J'attends donc avec gourmandise le retour de Justice Society of America, qui plus est parce que Mikel Janin en sera l'artiste. Et je croise les doigts pour que Johns soit bien inspiré.

mercredi 19 octobre 2022

FLASHPOINT BEYOND #6, de Geoff Johns, Jeremy Adams, Tim Sheridan, Xermanico, Mikel Janin et Gary Frank


Ce dernier épisode de Flashpoint Beyond n'aura pas sauvé ce projet boiteux et risque même d'attiser à nouveau la colère des détracteurs de Geoff Johns qui ne se prive pas de retconner une bonne partie du DCU (et de se servir de Watchmen au passage). On se rend aussi compte que Jeremy Adams et Tim Sheridan n'ont rien apporté de personnel à l'histoire. Restent les dessins, superbes, de Xermanico, Mikel Janin et (pour deux pages) de Gary Frank.


Rip Hunter et Corky Baxter tentent de reprendre à Batman le globe temporel qu'il a volé dans le labo des Chasseurs du Temps avec le projet de le briser et d'anéantir l'univers Flashpoint dans l'Hypertemps.


Au même moment, dans cet univers, Thomas Wayne écoute Martha, sa femme, expliquer comment elle veut remonter le temps pour empêcher la mort de leur fils, quitte à sacrifier Dexter Dent.


Gilda menace Dexter avec un pistolet et Thomas tente de la désarmer. Gilda fait exploser une bombe qui détruit la sphère temporelle de Martha et provoque l'effondrement de l'asile d'Arkham.


Thomas sauve Martha et Dexter. Et ce geste suspend celui de Rip Hunter qui constate que l'univers Flashpoint s'est stabilisé et ne menace plus l'hYpertemps. Comme l'avait parié Batman...

On peut peindre un tableau de bien des façons, avec nombre d'accessoires : au pinceau, au couteau, ou à la truelle. La finesse du résultat dépendra de l'outil employé. Et Flashpoint Beyond ressemble finalement à un assez mauvais tableau à la truelle mais où l'artiste aurait voulu être aussi fin que s'il avait manié un pinceau.

Pas plus tard qu'hier, après avoir lu ce sixième et dernier épisode, j'ai lu une interview de Geoff Johns, Tim Sheridan et Jeremy Adams, qui dressaient le bilan de leur mini-série, revenaient sur des points majeurs de cet ultime chapitre et les conséquences pour le futur du DCU, en particulier pour le relaunch de Justice Society of America par Geoff Johns.

On pouvait alors comprendre, ne serait-ce qu'en mesurant la longueur des interventions de Johns par rapport à celles de ses deux collègues, que non seulement, comme attendu, c'était bien lui le chef d'orchestre de ce projet, mais que surtout les deux autres n'avaient finalement pas apporté grand-chose, sinon des détails dans la caractérisation.

Un peu comme Omar Sharif dont le tiercé était la grande passion, on peut dire que Geoff Johns a pour hobby préféré la retcon, ou comment modeler le DCU à sa guise, à sa main. Pendant longtemps, jusqu'à la fin des New 52, on pouvait apprécier ses efforts en ce sens comme ceux d'un architecte occupé à mettre de l'ordre dans la chronologie éditoriale d'une maison comme DC où règnait un joyeux bordel. Et fort de ses succès sur des titres emblématiques comme Flash, Green Lantern, Justice Society of America et Justice League, ses patrons auraient eu tort de ne pas le laisser faire : Johns avait l'amour, la connaissance de cet univers, et les compétences pour le ranger.

Puis DC s'est rendu compte que, malgré tout ça, ça ne fonctionnait pas parfaitement. Il fallait passer à autre chose, réconcilier la tradition et la modernité, passer des New 52 à Rebirth (avec ses étapes successives). Johns, peut-être vexé, peut-être aussi écarté (à cause des polémiques sur le film Justice League de Zack Snyder, où son nom était régulièrement cité comme un des responsables de la débâcle), a alors semblé lâché l'affaire, et d'autres auteurs ont essayé à leur tour de jouer les architectes - Scott Snyder, puis Joshua Williamson.

Flashpoint Beyond, avec le recul, ressemble à une tentative en loucedé pour Johns de reprendre un peu les commandes, ou du moins de négocier avec Williamson. Mais en fin de compte, ce n'est guère concluant. Tout d'abord, parce qu'en sept épisode (si on compte le n° 0), il a démarré très lentement et fini à l'arrache, en injectant massivement des éléments dont beaucoup sont plus frustrants qu'enrichissants. Et, c'est le pire, en revenant se servir dans les travaux de Alan Moore, malgré les critiques virulentes reçues pour Doomsday Clock.

La partie la plus incongrue de Flashpoint Beyond restera cette invasion des kryptoniens, un subplot qui aurait convenu pour une mini-série de douze épisodes, mais qui dans un format réduit de moitié ne ressemble à rien d'autre qu'à une promesse non tenue. Ne comptez pas sur une résolution de cette ligne narrative, qui n'est d'ailleurs mentionnée que dans une double page et une autre page. Disons-le clairement : c'est du gros foutage de gueule.

Plus réussie est la partie, principale concernant le fait de sauver l'univers Flashpoint, qui se situe non pas dans le Multivers (donc qui n'est pas une Terre parallèle) mais dans l'Hypertemps (donc qui une sorte d'écho à notre Terre, une variation née d'événements émotionnels divergents - en l'occurrence le fait que Bruce Wayne ait été tué à la place de ses parents et que Flash y soit intervenu pour sauver sa mère). Notre Batman (Bruce Wayne) confronté à Rip Hunter a joué aux dès avec Dieu en somme puisqu'il a compté sur un geste improbable de Thomas Wayne dans l'univers Flashpoint pour que celui-ci soit préservé. Un sacré pari qui convainc malgré tout Rip Hunter de ne pas détruire l'univers Flashpoint contenu dans un globe temporel chargé par Dr. Manhattan.

Ce qui nous conduit au dénouement de Flashpoint Beyond : comme il aime tant le faire, Johns procède par allusions, assez alléchantes reconnaissons-le (teasant des épreuves futures pour Batman notamment - reste à savoir si Chip Zdarsky, actuellement en charge de la série Batman en tiendra compte, ou si Ram V les développera dans Detective Comics. J'en doute, mais bon, je m'en fiche un peu, ne lisant plus ni l'un ni l'autre de ces titres). Johns d'un autre côté déplace les meubles et pas qu'un peu, et là, sans aucune subtilité, mais bien comme un général redisposant ses troupes.

Ainsi Rip Hunter et Bonnie Baxter compte-t-il sur la réintégration dans le passé de plusieurs personnages, totalement inédits, pour corriger les altérations subis par l'Hypertemps. Pas moins de treize individus sont cités, qui réécrivent massivement la continuité DC, avec des versions Golden Age de Mister Miracle, Aquaman, Red Lantern, Legionnaire par exemple, mais aussi Salem the witch Girl (en lien avec Klarion the witch boy ?), Ladybug (rien à voir avec Miraculous Ladybug), John Henry Jr. (importé de The New Frontier de Darwyn Cooke ?), Quiz Kid, Betsy Ross, Molly Pitcher, Cherry Bomb (inspiré du tube des Runaways ?), Judy Garrick (probable parente de Jay Garrick ?), Les fils de Harlequin. Personne ne sait qui sont ces gens, débrouillez-vous avec ça, semble dire Johns, qui risque bien d'être le seul à exploiter ces noms (probablement dans Justice Society of America).

En soi, pourquoi pas ? Mais ce qui interroge, c'est bien la manière. DC veut-il laisser Johns développer une sorte de Johns-verse, dans son coin, juste pour satisfaire son ancien enfant prodige. C'est généreux, et après tout pourquoi pas, quand on sait que Sean Murphy a son propre pré carré chez l'éditeur avec la saga White Knight. Néanmoins, tout ça est quand même présenté comme quelque chsoe censé impacter profondément le DCU, or qui chez les scénaristes de l'éditeur semble intéressé ? Encore une fois, Kennedy Johnson (qui a la main sur Superman), Zdarsky et Ram V (sur Batman), Taylor (sur Nightwing - annoncé comme le personnage au coeur du DCU après Dark Crisis) ne me paraissent pas très connectés à Flashpoint Beyond. Et ne parlons pas de Williamson (qui, comme je vois les choses, va sûrement être l'élu pour relancer Justice League en 2023).

C'est donc surtout visuellement que Flashpoint Beyond aura été le plus satisfaisant. Xermanico aura livré des épisodes de haute facture tout du long et ce mois-ci ne fait pas exception. Il se partage l'épisode presque à égalité avec Mikel Janin, qui illustrera dès le mois prochain, la Justice Society of America nouvelle version de Johns. Rien à redire : les deux artistes auront ravi les fans et permis à cette saga d'avoir belle allure.

Gary Frank signe les deux dernières pages. Pas étonnant qu'il ait été invité puisque c'est devenu le partenaire privilégié de Johns avec qui il a co-créé Geiger chez Image Comics, et avant cela ils ont réalisé ensemble Doomsday Clock et la trilogie Batman : Earth-One. Toutefois, ces deux dernières pages vont déchaîner les passions et m'ont, pour part, particulièrement déplu.

Alan Moore, devenu la grande obsession de Johns, qui n'a de cesse depuis quelques années de recopier ses effets de narration, mais surtout de réécrire Watchmen en l'intégrant à grands coups de pompes sur la tête dans le DCU, a qualifié les editors de DC de "ratons-laveurs venant chaque nuit grignoter dans ses poubelles". C'est exactement ce qui se passe ici avec une énième mention à Watchmen qui laisse pantois. DC et Johns ne pourraient-ils pas laisser simplement Watchmen tranquille et lâcher Moore ? A la fin, ça ressemble à du harcélement, et pour quel résultat ? De la bouillie, dont les lecteurs se moquent, que les détracteurs de Johns emploient pour troller ce dernier. Etrange et pénible manie de la part d'un éditeur qui a popularisé le multivers et le concept de mondes parallèles dans les comcis que de vouloir à tout prix incorporer la mni-série super-héroïque la plus révolutionnaire de tous les temps à leur univers central, sans jamais convaincre personne de la pertinence de cette manoeuvre.

Malgré tout ça, j'ai envie de voir ce que Johns va faire avec son troisième run sur la JSA, avec en prime Janin (qui, je l'espère, sera aussi régulier que du temps du Batman de Tom King). Mais pour Flashpoint Beyond, hormis les dessins, je vais plutôt essayer d'oublier cette expérience.

mercredi 7 juillet 2010

Critique 153 : TOM STRONG - DELUXE EDITION, BOOK 1 (# 1-12), d'Alan Moore et Chris Sprouse

Tom Strong est une création originale du scénariste Alan Moore et du dessinateur Chris Sprouse, éditée sous le pavillon ABC (America's Best Comics) au sein du label Wildstorm de DC Comics. Depuis 1999, la série compte 36 épisodes (plus quelques numéros supplémentaires écrits par d'autres auteurs, et une suite rédigée par Peter Hogan, qui sort cette année). Ce volume 1 hardcover rassemble les 12 premiers chapitres, dont les deux derniers forment le prologue au spin-off de Tom Strong, la maxi-série en 12 volets Terra Obscura (idée de Moore, traitement de Peter Hogan, illustrations de Yanick Paquette).
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Tom Strong, le héros du titre, est l'archétype du "héros de la science" : il a grandi dans une chambre spéciale conçue par son père et a reçu une éducation vouée à faire de lui un surhomme. Ses parents étaient des excentriques, échoués sur l'île fictive d'Attabar Teru au large des "Indes de l'Ouest" (référence à celles que voulait découvrir Christophe Colomb). Recueilli, après la mort de ses parents, par les indigènes, Tom Strong a profité de leurs connaissances et de leur mode d'alimentation pour optimiser sa condition physique et son savoir. C'est un homme moderne, qui finira par épouser Dahlua et de ce métissage naîtra leur fille Tesla, la synthèse entre le monde tribal de sa mère et les racines occidentales de son père. A ce trio vient se greffer le robot Pneuman et le singe intelligent King Solomon, ce qui fait de la "Strong family" un ensemble hétéroclite mais dont chaque membre possède une identité forte et une complémentarité avec les autres, au service de la science et de la justice.

la série explore plusieurs lignes temporelles et différents univers, ce qui en fait un mix d'aventures, de comédie, d'action et de fantaisie, le tout écrit avec à la fois de la distanciation et une affection sans fards pour les genres abordés. Des références explicites sont formulées, évoquant le récit de guerre, le western, le fantastique, le burlesque...
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Les trois premiers volets sont réalisés par la paire Alan Moore (scénario)-Chris Sprouse (dessins) :
- 1 : How Tom Strong Got Started. Timmy Turbo reçoit son inscription des "Strongmen of America", avec une revue racontant les origines de Tom Strong. Pendant qu'il la lit, le héros met en échec une bande de malfaiteurs attaquant le métro aérien de Millenium City.
- 2 : Return of the Modular Man. Le Modular Man, un savant mégalomane que Tom a déjà vaincu en 1987, est de retour à Millennium City après que deux "nerds" lui aient permis accidentellement de prendre le contrôle d'Internet.
- 3 : Aztech Nights. Lorsqu'un mystérieux bâtiment aztèque se matérialise dans le parc de Millenium City, Tom découvre qu'il abrite des brutes fanatiques provenant d'une terre parallèle aux ordres d'un programme informatique inspiré de la divinité Quetzalcoatl.

Suit un récit en 4 actes (#4-5-6-7) :
- 4 : Swatiska Girls! (avec la participation aux dessins de Art Adams) - Ingrid Weiss et ses disciples nazies attaquent le domicile de Tom, le Stronghold. Le héros riposte en les poursuivant jusqu'à une forteresse volante où elles lui ont tendu un terrible piège... Entretemps, nous découvrons la première rencontre entre Ingrid et Tom à Berlin en 1945.- 5 : Memories of Pangaea + Escape from Eden! (avec la participation aux dessins de Jerry Ordway) - Envoyé dans le passé, aux origines du monde, Tom doit affronter l'unique habitant de cette époque où la terre n'avait qu'un seul continent : la Pangée... Entretemps, nous assistons au premier voyage que fit Tom en compagnie de Dhalua à cette période, dans les années 50.- 6 : Dead Man's Hand + The Big Heat? (Avec la participation aux dessins de Dave Gibbons) - Piégé par son ennemi de toujours, Paul Saveen, Tom doit encore faire face à une ultime manigance d'Ingrid... Entretemps, nous voyons la première confrontation entre Strong et Saveen dans les années 20.- 7 : Sons and Heirs + Showdown in the Shimmering City. (Avec la participation aux dessins de Gary Frank) - Face au tandem Saveen-Weiss et à son fils caché Albrecht, Tom parviendra-t-il à les vaincre ? Pas sans Dalhua... Entretemps, nous découvrons comment en 2050 Tom s'oppose à son fils.

Retour à des épisodes en un acte auxquels s'intègrent des mini-récits :
- 8 : Riders of the Lost Mesa + The Old Skool! + Sparks.
*Riders of the Lost Mesa (dessins de Alan Weiss) - Tom et Solomon enquêtent sur la mystérieuse disparition d'un ville en Arizona en 1849 et qui réapparait 150 ans après.
*The Old Skool ! - Timmy Turbo et d'autres jeunes membres des "Strongmen of America" sont piègés dans une dimension parallèle où sont appliquées des méthodes pédagogiques infernales. Tom vient à leur rescousse.*Sparks - Tesla Strong enquête sur l'éruption soudaine d'un volcan à San Mageo et fait à cette occasion une étrange rencontre.
- 9 : Terror Temple of Tayasal + Volcano Dreams + Flip Attitude!
*Terror Temple of Tayasal (dessins de Paul Chadwick) - En route pour rendre visite à sa femme et son beau-père à Attabar Teru, Tom Strong effectue une halte pour enquêter dans les ruines d'un temple Maya à Tayasal où l'attend une curieuse découverte.*Volcano Dreams - Tom Strong arrive donc en retard à Attabar Teru. Dhalua évoque un rite initiatique qu'elle expérimenta dans sa jeunesse, bravant l'autorité paternelle.
*Flip Attitude ! - Tesla Strong affronte Kid Tilt, fille du criminel scientifique King Tilt arrêté par Tom Strong et qui croupit en prison : le combat est littéralement renversant !
- 10 : Tom Strong and his Phantom Autogyro + Funnyland! + Too Many Teslas?
*Tom Strong and his Phantom Autogyro (dessins de Gary Gianni) - En 1925, Tom réalise un voyage au pays des morts grâce à la dernière invention de feu son ami Foster Parallax : l'occasion de découvrir comment ses parents se sont rencontrés, une révélation dérangeante.*Funnyland ! - Après sa visite dans la dimension aztèque (épisode 3 : Aztech Nights), Tom construit une planche de surf permettant d'explorer de nouveaux mondes comme celui où habitent des versions animalières des terriens et donc son propre double, le lapin Warren Strong.*Too Many Teslas ? - Outrepassant les mises en garde de son père, Tesla teste les machines du laboratoire de Tom et déclenche l'apparition de plusieurs doubles d'elle-même en provenance de dimensions parallèles ayant eu la même idée qu'elle.

Et enfin, un récit en deux actes qui sert d'introduction au spin-off de Tom Strong, Terra Obscura, entièrement dessiné par Sprouse :
- 11 : Strange Reunion. - Tom reçoit la stupéfiante visite d'une vieille connaissance, le Docteur Tom Strange, héros de Terra Obscura, une terre alternative située à l'autre bout de la Voie Lactée, qu'il découvrit en 1969 et qui est désormais en grand danger...
- 12 : Terror on Terra Obscura ! - Tom Strong et Tom Strange retournent sur Terra Obscura pour y affronter une terrible menace et y libérer d'autres héros pris au piège depuis ces trente dernières années.
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Tom Strong est à contre-courant : c'est une entreprise à la fois référentielle, qui s'inspire de bandes dessinées antérieures, dans les genres de la science-fiction et plus généralement du récit d'aventures, et pourtant d'une grande modernité, car écrite avec beaucoup de liberté (mixant humour, drame, parodie, réflexion) et abordant les thèmes les plus variés (le rapport de l'homme à la science, l'héroïsme, l'amour multi-racial, le tribalisme face à la civilisation). Comme souvent chez Moore, c'est un "produit" d'une richesse étonnante mais qui est surtout soucieux d'être accessible à tous, un comic-book à la fois dense, profond, qui réfléchit sur sa forme, joue avec les codes, mais qui demeure divertissant. C'est, enfin, une leçon de storytelling servi par un graphisme exceptionnel, fidèle à la rigueur du script d'un conteur prodigieux, qui rend un hommage vibrant à l'un des maîtres du 9ème Art : Winsor McCay (Little Nemo in Slumberland).
Alan Moore, avec des oeuvres-phares comme Watchmen ou From Hell, est entré dans la légende en livrant des histoires aux constructions et aux enjeux ambitieux. Cela en a fait un auteur auquel on associe encore aujourd'hui, malgré la variété de sa production, le style "grim'n'gritty", ces récits sombres et complexes, peuplés de personnages névrosés au coeur d'intrigues à tiroirs. Peut-être est-ce d'abord pour contredire sa propre légende que Moore a créé Tom Strong qui semble être sa création sa plus lumineuse, la plus sympathique, la plus abordable. Mais les bandes dessinées d'Alan Moore n'ont pas seulement figé leur auteur dans cette tendance, elles ont aussi conditionné tout ou partie des comics en les transformant parfois en caricatures de ses premiers chefs-d'oeuvre (V pour Vendetta, Watchmen) : de fait, avec Frank Miller (dont l'étoile a cependant bien plus pâli que celle de son homologue britannique), Moore a définitivement altéré notre vision des comics et avec celle des lecteurs, celle d'une génération entière d'auteurs qui ont imité son écriture ou du moins ses effets narratifs (déconstruction, ambiances, caractérisation...).
Et Dieu sait que les héros peuvent être gratuitement compliqués et sinistres aujourd'hui : leurs attitudes et leurs motivations sont de plus en plus sombres, à la mesure des aventures qu'ils traversent et les malmènent comme jamais. Aussi la première question à se poser avant d' "essayer" Tom Strong serait : êtes-vous prêts pour suivre un héros sans ce genre de bagages ? Si oui, si vous voulez vraiment lire un comic-book à la fois léger et palpitant, alors vous trouverez votre bonheur ici !
Au sein de la gamme ABC qu'il a créée, Alan Moore a imaginé Tom Strong comme un véritable antidote au tout-venant en revenant aux fondamentaux, mais sans oublier la singularité de ses meilleurs travaux. Les aventures du protecteur de Millenium City et de son étonnante galerie d'ennemis trouve en effet sa source dans les récits fondateurs de séries du "golden age" comme Doc Savage, Flash Gordon, Tarzan, Allan Quatermain (par ailleurs un des protagonistes de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires) : c'est donc un surhomme aux aptitudes physiques supérieures mais également un savant, soit la définition du "science hero", cet archétype cher à Alan Moore - un être dont les qualités phénomènales sont le produit d'expériences scientifiques et qui les met au service du Bien.
Tom Strong représente la figure classique du brave et du sage : il est taillé comme une armoire à glace, séduisant, mais ses tempes blanchies, son statut d'époux, de père de famille, d'explorateur et de justicier, ajoutent de l'épaisseur à ce qui ne serait autrement qu'une énième version de l'aventurier sans peur et sans reproches, à la noblesse surréaliste. Alan Moore s'emploie à révèler les failles de ce héros en le confrontant à des dangers vraiment menaçants, à des situations troublantes, et en faisant graviter autour de lui un entourage parfois bienveillant mais qui l'humanise (sa femme, sa fille), parfois malveillant et qui le fragilise en étant diablement retors (sa némésis Paul Saveen, Ingrid Weiss et leur fils Albrecht).
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Cet ouvrage de très belle facture (couverture dure, format plus grand que les recueils traditionnels, bonus appréciables sur les coulisses graphiques de la série) s'ouvre avec une "Histoire" en deux pages de Tom Strong et sa relation avec Millenium City, comme si, malgré l'excentricité du propos, Moore voulait inscrire son héros et le lieu principal de l'action dans une réalité propre, un passé, des étapes biographiques (il a utilisé le même procédé pour Top Ten).
Cette préface procure une entrée formidable pour cette collection des 12 premiers chapitres de la série. Tout commence en 1899 lorsque les parents de Tom Strong échouent sur l'île d'Attabaar Teru où ils vont mener leur projet scientifique, à l'écart de l'influence de la société civilisée. Tom naît sur l'île et grandit dans une chambre spéciale, conçue pour améliorer sa force et son endurance, bâtie dans le cratère d'un volcan éteint. Ses parents meurent quelques années plus tard lors d'un tremblement de terre et il vit ensuite en compagnie des indigènes.
Cent ans plus tard, Tom Strong est devenu une légende vivante, établie à Millenium City où il mène des recherches scientifiques dans plusieurs domaines tout en garantissant la sécurité de la ville contre les criminels les plus variés. Il a épousé Dhalua, son amour de jeunesse à Attabar Teru, dont la beauté n'a d'égale que son intelligence, avec laquelle il a eu une fille, Tesla, et ils sont entourés par le robot Pneuman et le gorille intelligent, King Solomon. Tom Strong a fort à faire à Millenium City, quand il ne s'accorde pas avec sa famille quelques congés à Attabar Teru : il affronte des psychopathes comme Paul Saveen, des créatures comme l'Homme Modulaire, ou la dominatrice nazie Ingrid Weiss. Comme si cela ne suffisait pas, il découvre également des univers parallèles où existent des versions alternatives de lui-même, des siens et de ses adversaires.
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Chacune de ces douze aventures est l'occasion pour Moore et Sprouse (plus quelques guest-stars comme Art Adams, Dave Gibbons, Paul Chadwick, Gary Frank, et d'autres, illustrant des flash-backs et flash-forwards) de relever de nouveaux challenges, d'explorer de nouveaux territoires, de manier différentes tonalités - offrant à chaque fois un angle unique à la narration comme au dessin. C'est ainsi que les deux auteurs peuvent tout se permettre, jusqu'à revisiter l'univers des Looney Tunes avec la version Bugs Bunny de Tom Strong : un Funnyland détonant et drôlissime !
A l'opposé, on suit également le héros jusque dans le pays des morts lorsqu'il expérimente son véhicule, le Necro-Gyro, et assiste à la rencontre de ses parents : là encore, le soin apporté aux couleurs, au lettrage, au style visuel, témoigne de l'intelligence avec laquelle le fond est sublimé par la forme.
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Cette édition "deluxe" est donc un pur régal à lire. On y trouve, à la fin, un sketchbook de 10 pages révèlant les étapes des dessins de Chris Sprouse, de l'esquisse jusqu'à l'encrage et la mise en couleurs : des coulisses comme on aimerait en lire dans tous les recueils. N'hésitez pas à vous procurer ce beau livre qui vaut son prix - et qu'on peut d'ailleurs acquérir pour une vingtaine d'Euros. C'est une pièce de collection, mais surtout l'occasion de découvrir un comic-book enchanteur et addictif !

dimanche 2 août 2009

Critique 84 : AVENGERS DISASSEMBLED, de Brian Michael Bendis et David Finch



Avengers Disassembled est initialement un crossover impliquant plusieurs séries publiées par Marvel Comics : l'idée générale était que des héros majeurs de la firme (comme les Vengeurs, Spider-Man, ou les 4 Fantastiques) réagissaient à des assauts les déstabilisant physiquement et émotionnellement. Le scénariste Brian Michael Bendis jouait, avec ce titre, sur le cri de ralliement des Vengeurs : "Avengers Assemble!".
Les titres les plus affectés par cette histoire furent les Avengers, mais aussi Thor, Captain America et Iron Man. En revanche, on pouvait continuer à suivre des mensuels comme Spider-Man et Fantastic Four sans problème.
Les membres des Avengers concernés par les évènements de Chaos (c'est-à-dire le segment concernant l'équipe proprement dît) étaient l'Homme-Fourmi (Scott Lang), Captain America, Captain Britain (Kelsey Leigh), le Faucon, Hawkeye, Iron Man, Scarlet Witch, Miss Hulk, la Vision, la Guêpe et Yellowjacket.
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L'histoire débute au manoir des Vengeurs lorsque le système de sécurité de l'endroit avertit ses occupants d'une intrusion : elle est le fait du Valet-de-Coeur, pourtant mort après avoir sauvé la vie de la fille de l'Homme-Fourmi, Cassie Lang. Le Valet explose inexplicablement, tuant Scott Lang et ravageant une partie de la demeure des héros.
Peu après, la Vision se crashe avec un des Quinjets des vengeurs et libère une petite armée de robots Ultron qui s'en prennent aux rescapés. Durant l'affrontement qui suit, Miss Hulk est prise d'une crise de folie furieuse au cours de laquelle elle détruit la Vision.
A la suite de cette première vague d'attaques, plusieurs autres vengeurs (parmi lesquels des réservistes comme Spider-Man et Daredevil) arrivent au manoir. C'est alors qu'une énorme flotte de vaisseaux extraterrestre apparaît dans le ciel et ouvre le feu. Hawkeye se sacrifie pour sauver ses amis de cette soudaine invasion Kree.
Finalement, on découvre que c'est Scarlet Witch qui a provoqué tous ces évènements : devenue progressivement folle depuis la mort de ses enfants quelques années auparavant, elle s'était convaincue de leur existence grâce à des sortilèges influencés par l'essence du démon Mephisto. Ses pouvoirs causaient depuis des altérations de la réalités et ce phénomène empirait au point d'affecter l'existence de ses proches et sa santé mentale déjà fragile : elle avait fini par penser que les Vengeurs lui avaient retiré sa progéniture.
Lors d'une ultime confrontation, les Vengeurs, aidés par le Dr Strange, neutralisent Wanda Maximoff et son père, Magneto, reconnaissant les erreurs qu'il a commises en l'élevant, l'emmène avec lui pour la soigner.
Quelques mois plus tard, l'équipe se réunit dans les ruines du manoir. Quicksilver explique comment son père, le Professeur Charles Xavier et le Dr Strange s'occupent désormais de sa soeur dans un endroit tenu secret. Puis Tony Stark révèle à ses camarades qu'ils doivent se séparer car la réputation du groupe a souffert des évènements causés par Scarlet Witch et aussi parce qu'il ne peut plus financer une telle formation (son entreprise a perdu des contrats importants).
Chacun de ceux qui sont là évoquent alors un de ses plus mémorables souvenirs, comme lorsque l'équipe s'est créée, ou quand ils découvert Captain America, ou leur rôle durant la guerre Kree-Skrull, ou le mariage de la Vision et Wanda...
Comme ils quittent les lieux, les Vengeurs sont attendus à l'extérieur de leur quartier général dévasté et acclamé par une foule de civils. Une page se tourne...
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... Et avec cette page, ce sont 500 épisodes qui trouvent leur conclusion : Brian Michael Bendis a offert un final à la fois apocalyptique et émouvant à une série historique, où se sont succédés les meilleurs auteurs et les plus grands artistes depuis Stan Lee et Jack Kirby. Pour cela, le scénariste n'a pas hésité à trancher dans le vif, supprimant plusieurs personnages (dont l'emblématique Hawkeye, qui fut d'abord un super-vilain avant de se racheter une conduite comme justicier, ou la Vision, sans doute l'androïde le plus célèbre du Marvelverse) et concluant son épopée dans un déluge pyrotechnique... Qui n'était pourtant qu'une énorme illusion !
Le procédé est radical et extrèmement roublard, on peut d'ailleurs reprocher à l'auteur d'en faire trop, mais sans doute fallait-il frapper fort et couper net pour inscrire le point final à près de quarante ans de continuité et alors que le titre même se vendait mal.
Car il faut replacer les choses dans leur contexte : à l'époque de Disassembled, dopés par leurs adaptations cinématographiques, Spider-Man et X-Men dominent commercialement Avengers dans les kiosques. Même si comme les mutants, c'est une série mettant en scène une équipe, la composition des Vengeurs n'a cessé de changer tout au long de son existence, comptant un nombre écrasant de membres. Il y avait les vedettes, les "big guns", comme Captain America, Iron Man, Thor, voire la Guêpe, et (tous) les autres, parfois membres éphémères et oubliables/oubliès. Mais en tant que tels, les Avengers ne ressemblaient plus à grand'chose.
La dernière formation en date n'était par ailleurs pas la plus fameuse, et Bendis a ensuite expliqué avoir tué certains personnages parce qu'il les considéraient comme d'authentiques "tocards" (à l'image du Valet-de-Coeur). Nous verrons, cependant, que, par la suite, en animant les Nouveaux Vengeurs, le même Bendis ne s'est pas privé de ramener sur le devant de la scène des seconds couteaux, tout aussi incertains, pour en faire de nouvelles stars. Mais c'est là la finalité de ce genre de jeu de massacre : chaque auteur a ses "têtes", ses favoris, et s'amuse à les promouvoir lorsqu'il en a la possibilité. On ne peut donc pas vraiment reprocher à Bendis de répéter ce que beaucoup de ses prédécesseurs ont fait...
Narrativement, le scénariste n'a pas encore complètement systématisé la décompression dramaturgique dont New Avengers deviendront le laboratoire (et parfois la caricature) : le récit est mené avec beaucoup de rythme, les rebondissements s'enchaînant à toute vitesse, allant même crescendo dans une débauche d'explosions, d'attitudes troubles, de situations paroxystiques. On a à peine le temps de se demander ce qui se passe entre l'explosion de Jack of Hearts, le crash de la Vision, les attaques successives des Ultrons et des Krees, le coup de folie de Tony Stark à l'O.N.U. et celui de She-Hulk, le sacrifice d'Hawkeye, et l'affrontement contre Wanda puis les apparitions du Dr Strange et de Magneto.
Et quand la situation s'est calmée et que le temps des adieux est venu, Bendis ne cède pas non plus à ce qui en irritera plus d'un ensuite, soit des dialogues abondants, à l'humour potache, et dilatant la durée de certaines séquences. L'évocation des grands moments passés de l'histoire des Vengeurs est rédigée sobrement, avec une pointe de sentimentalisme indéniable, mais sans manièrisme.
Ces brefs flash-backs, illustrés sur des double-pages, sont aussi un régal pour les yeux car, pour ce Avengers finale, de grands artistes ont été mis à contribution : Steve McNiven, David Mack, Alex Maleev, Jim Cheung, Gary Frank, Mike Mayhew... Cela participe à faire de ce numéro un exemplaire vraiment exceptionnel, transition entre le titre qui s'achève et celui qui va arriver.

Disassembled a été dessiné par David Finch (avec quelques pages reprises aux épisodes de Kirby, Dick Ayers ou Olivier Coipel) et encré par ses collaborateurs habituels, Danny Miki, Mark Moralès, Allen Martinez et Victor Olazaba.
Je ne suis pas un grand fan de cet artiste. Pourtant, il fait le boulot et sait en mettre plein la vue comme le réclame une histoire de ce genre : beaucoup le font mieux que lui, c'est une évidence, mais David Finch a été au bon endroit, au bon moment. C'est aussi comme cela qu'on gagne ses galons.
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Les Vengeurs sont morts ? Vive les Nouveaux Vengeurs ! Oui, une page se tourne, mais un nouveau livre va commencer... Et la fin de cette histoire est vraiment le début d'une autre !