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vendredi 23 février 2024

RISE OF THE POWERS OF X #2 (Kieron Gillen / R.B. Silva)


Où il est question de Mr. Sinister, de Dominion, de voyages dans le temps, du projet meurtrier de Charles Xavier, d'une équipe de Dead X-Men sélectionnée et guidée par Rachel Summers... 


Alors, on va aller droit au but : j'ai un gros problème. La fin de l'ère Krakoa s'annonce mal. Pas complètement foireuse - la lecture de X-Men reste agréable - mais je ne suis pas du tout optimiste. Fall of the House of X nous a montrés il y a une semaine des X-Men n'hésitant pas, dans un grand out-of-character, à tuer des agents d'Orchis et à déclarer la guerre à cette organisation anti-mutante tout en échafaudant un plan d'évasion pour leur leader Cyclope.


Plus je pense à cet épisode, plus je suis mal à l'aise. En vérité, je ne comprends pas le but de cette histoire, l'objectif visé par les personnages : les X-Men déclarent la guerre à Orchis, soit, mais comment espère-t-il que cela va finir ? Quelle image donnent-ils à une opinion largement acquise à la propagande de leur adversaire qui les fait passer pour des empoisonneurs et devenant en plus des quasi-Punisher ? Et puis ça ne colle pas avec la mission qui devrait monopoliser leurs efforts, libérer Cyclope ? C'est n'importe quoi si on y réfléchit deux secondes.


Et puis il y a Rise of the Powers of X. Cette seconde mini-série se situe dix ans dans le futur, après la défaite des X-Men. Donc, si je suis bien, ce qui se déroule dans Fall of the House of X, aboutit à un échec total et dévastateur pour les mutants, réduits à quelques résistants sous le commandement de Charles Xavier et subissant à la fois les assauts répétés de Nimrod, la Sentinelle Oméga, Moira X, mais aussi d'un Dominion, Enigma, dont Nathaniel Essex, le Mr. Sinistre originel, a acquis la puissance illimitée.
 

Bon, raconter en parallèle une histoire d'échec et une autre qui se passe dix ans après et qui consiste à dévoiler la mission de la dernière chance des krakoans est déjà curieux. Mais bon sang, quand, en prime, c'est écrit comme ça, avec d'un côté Gerry Duggan qui fait des X-Men des meurtriers, et de l'autre Kieron Gillen qui s'aventure dans la S.-F. dure au détriment total de toute émotion, de tout attachement aux personnages, c'est compliqué.

Déjà que Gillen, pardonnez-moi, m'emmerde copieusement avec sa lubie concernant Mr. Sinistre qu'il fiche partout dès qu'il en a l'occasion, c'est pénible. Mais quand en prime il nous assène un arrière-plan d'intrigue avec quatre clones de Sinistre, un personnage de sa création (Mother Righteous), des allusions à la "White Hot Room", des renvois à la mini Dead X-Men (qu'il faut donc suivre pour tout capter), le Dominion Enigma, n'en jetez plus, la coupe est pleine.

Je me suis fait ch... à lire, je me suis accroché, mais... Non, c'est indigeste, c'est trop pour moi. C'est beau, remarquez : RB Silva produit de belles pages, très infographiées, avec des designs assez superbes, mais tout ça reste désespérément désincarné. Impossible de s'attacher aux protagonistes, il n'y a aucune émotion palpable. Gillen en rajoute quand, au détour d'un plan, Cypher arbore sur son front le losange rouge de Sinistre (mais pas avant ni après...).

Et puis bon, tant pis, excusez-moi si je vous spoile le truc, mais le voyage dans le temps pour aller liquider Moira dans sa dixième vie avant que son pouvoir ne se manifeste, mais attention, rien ne va évidemment se passer comme sur des roulettes parce que le Dominion Enigma veut parler avec Moira X, que les Dead X-Men (un groupe improbable formé de Dazzler, Frenzy, Jubilé, Prodigy et Cannonball - soit une partie des X-Men élus et aussitôt massacrés lors du dernier Hellfire Gala) doivent cibler la ligne temporelle correcte de la dixième vie de Moira pour Xavier... Oh, p... ! On n'est pas rendu !

N'aurait-il pas été plus simple d'aller au bout de la période Krakoa via les séries régulières encore en cours (X-Men Red s'est terminé e en Décembre, X-Force s'achèvera le mois prochain, Wolverine est - encore - en plein fritage avec Dents-de-sabre, Immortal X-Men est également bouclé, New Mutants et Marauders ont baissé le rideau depuis un moment), plutôt que de s'engager, éditorialement, dans deux mini-séries qui veulent reprendre le procédé de House of X / Powers of X, mais sans un auteur du calibre de Hickman ? Car ni le bon Duggan, ni l'assommant Gillen, on en a la preuve, ne rivalisent avec celui qui a revitalisé la franchise X.

Duggan fait encore de chouettes choses dans X-Men. Gillen a signé un run sur Immortal X-Men qui a été apprécié (même si, moi, je n'ai pas accroché). Benjamin Percy termine ce qu'il a développé dans X-Force et Wolverine, sans grand rapport avec le reste. Mais Fall of... et Rise of... apparaissent comme deux mini superflues, déplacées, surchargées, qui gâchent plus la fin de Krakoa qu'elles ne lui donnent un terme de qualité. Là encore, d'un côté, c'est méritoire de vouloir boucler cette période en allant jusqu'au bout du concept. De l'autre, le concept est bêtement sacrifié dans des conclusions inutilement compliquées, tortueuses.

Le dénouement que laisse présager Rise of the Powers of X revient à un reboot, avec la solution que tout sera effacé, oublié, que les X-Men pourront renaître sans que le monde dans lequel ils vivent n'aient conscience des atrocités auxquelles ils en ont été réduits pour sauver leurs miches. Mais c'est à la fois dommage de faire passer les personnages par ça et un peu pathétique d'avoir opter pour cette résolution, inutilement compliquée.

Un Youtubeur (Old School Comics) expliquait que, depuis le début des années 2000, il ne considérait plus les séries Marvel comme suivant une continuité, mais plutôt comme des versions "Ultimatisées", puisque les personnages n'étaient plus les mêmes, n'agissaient plus logiquement, que la mécanique des relaunchs était trop fréquente.. Les X-Men en sont le symbole et ce que Marvel en a fait la preuve : plutôt que d'assumer ces transformations, l'éditeur préfère en passer par des voies détournées et appliquer des reboots qui ne disent pas leur nom. Quand c'est bien fait, ça donne ce qu'avait lancé Hickman. Quand c'est mal fichu, c'est en train de devenir Fall of the House of X et Rise of the Powers of X.

vendredi 12 janvier 2024

FALL OF THE HOUSE OF X #1 / RISE OF THE POWERS OF X #1 (Gerry Duggan, Kieron Gillen/Lucas Werneck, R.B. Silva)

Et c'est parti ! "Deux séries qui n'en font qu'une" : puisque c'est ainsi que Marvel vend Fall of the House of X et Rise of the Powers of X, autant grouper leurs critiques en un seul lot pour vérifier si c'est vrai. Ce qui l'est, vrai, c'est qu'on entame la fin de l'ère de Krakoa avec ces deux mini en cinq numéros, ce qui nous projette jusqu'en Mai 2024.

  


Aujourd'hui. Cyclope est jugé à Paris pour crimes contre l'humanité parce que la médecine krakoane était empoisonnée (par Orchis). Mais les X-Men encore sur Terre s'organisent pour sauver leur ami. A moins que le Professeur X ait un autre plan en tête...


Gerry Duggan a promis une histoire noire tandis que Jordan White, l'editor-in-chief des séries X, a juré que Fall of the House of X et Rise of the Powers of X seraient deux séries qui n'en font qu'une.. Tout cela évoque bien entendu la démarche de Jonathan Hickman quand il avait écrit House of X/Powers of X et relancé les séries mutantes.
 

On retiendra surtout de ce premier épisode son rythme, trépidant, et sa prime à l'action. La situation critique dans laquelle se trouvent les mutants depuis le massacre du Hellfire Gala et Cyclope en particulier, jugé pour l'exemple par ses opposants qui veulent faire croire que Krakoa a cherché à empoisonner les humains avec leurs remèdes miracle, donne lieu à un récit haletant et désespéré. On voit mal comment le plan des X-Men pourrait effectivement sauver quoi ou qui que ce soit.

En gros, ils lancent une offensive contre Orchis tout en cherchant à faire évader Cyclope. Pas sûr que cette tactique les réhabilite aux yeux d'une foule acquise (dans sa grande majorité) à la propagande d'Orchis - il n'est même pas interdit de penser que ce plan est en définitive assez idiot car on voit mal ce que les mutants ont à y gagner. Mais justement, c'est cela qui intrigue et on se gardera donc de conclure hâtivement. 

D'autant que Charles Xavier, qui vit désormais seul sur Krakoa, semble avoir d'autres projets en tête et compromet la stratégie des X-Men en ordonnant à Rasputin IV de quitter son poste... Ce que cela signifie ajoute au mystère et au suspense.
  

J'aurai adoré que Pepe Larraz, après Big Game, revienne chez Marvel pour dessiner Fall of the House of X puisque R.B. Silva se charge de la partie graphique de Rise of the Powers of X, mais Marvel a préféré confier à la star ibérique son prochain event (Blood Hunt) mais il ne signera que les couvertures. Il faudra donc se contenter de Lucas Werneck. Le brésilien présente à mes yeux moins d'intérêt : son trait manque de puissance, ses compositions sont souvent maladroites, mais reconnaissons qu'il s'en sort bien ici. A voir cependant s'il tiendra sur la durée...

Un début curieux et pessimiste mais prenant.


Dix ans dans le futur. Nimrod, la Sentinelle Oméga et Orchis ont vaincu. Les X-Men se sacrifient dans des poches de résistance pour gagner du temps au groupe mené par Synch et formé par Shadowtiger (Kitty Pryde), Wolverine, Captain Krakoa (Kamala Khan) et Iron Man (ou ce qu'il en reste). Les machines ont donc gagné. Sauf si...


Si Fall of the House of X m'invite à une certaine réserve esthétique, que Kieron Gillen écrive Rise of the Powers of X m'incite à la méfiance. Le scénariste ne m'a jamais convaincu sur un titre X, a fortiori durant l'ère de Krakoa. Il investit qui plus est une partie futuriste, très axée sur la science fiction "dure", un domaine que Hickman avait développé comme peu d'autres avant lui pour les mutants.

L'épisode est dense et consistant (comme Fall of the House of X, on dépasse les trente pages) et nous présente des personnages revisités (à part Wolverine, Rasputin IV et Cypher ainsi que les méchants, Nimrod, la Sentinelle Oméga, Moira X, Dr. Stasis) dans un cadre extrême. Les mutants ne sont plus qu'une poignée et on assiste à la mort de plusieurs de leurs figures emblématiques dans des scènes fulgurantes et cruelles.

Le reste pourra sembler trop touffu : il est question de l'avènement des machines (avec une mention ironique à Terminator), de la fameuse ascension formulée par Hickman (où une planète est absorbée par une entité cosmique). Mais évidemment il y a un grain de sable (comme dans Fall of the House of X) et comme nous sommes avec Gillen, Mr. Sinistre et ses clones ne sont pas loin. Mais il n'y a pas que lui.

Car la noirceur ici doit s'accompagner d'une solution en vue de la refonte prochaine de la collection X. A cet égard la dernière page suggère un dispositif narratif pour justifier la relance annoncée qui sans être originale demande à être examinée plus avant. Plutôt malin donc pour hameçonner le lecteur...
  

Visuellement, R.B. Silva produit des planches superbes. Souvent irrégulier, l'artiste est fait pour ce genre de mini-séries événementielles et particulièrement pour ces environnements futuristes où il fit des merveilles déjà avec Powers of X. Son sens du design, le fait qu'il exploite à fond les effets spéciaux du dessin numérique, la colorisation chiadée, tout concourt à entraîner le lecteur dans quelque chose de peu commun.


Tant pis dès lors si les concepts maniés par Gillen sont moins fluides que lorsque Hickman les utilisait, on est accroché. Mais attention quand même : souhaitons que la montagne n'accouche pas d'une souris, ou, autrement dit, que la relance programmée des X-Men et de leur univers ne tienne pas ç un tour de passe-passe facile. C'est le plus grand défi pour la conclusion d'une des périodes les plus imaginatives et controversées de la franchise.

jeudi 17 novembre 2022

IMMORTAL X-MEN #8, de Kieron Gillen et Michele Bandini


A.X.E. : Judgment Day terminé, Kieron Gillen revient aux affaires courantes avec ce huitième numéro de Immortal X-Men. Vraiment ? Pas tout à fait, mais j'y reviendrai. En tout cas, la série renoue avec son niveau précédent l'event, c'est-à-dire moyen (pour ne pas être méchant). Lucas Werneck au repos, Michele Bandini revient officier au dessin, sans que ça change vraiment grand-chose.


1943. Alamogordo, Nouveau Mexique. Mystique pénètre dans cette base de l'armée américaine où Destrinée travaille mais surtout surveille Nathaniel Essex/Mr. Sinistre et ses expériences.
  

1895. Londres. Mystique/Sherlock Holmes et Irene Adler/Destinée enquêtent sur l'agression dont a été victime Nathaniel Essex, un savant qu'elles visitent et qui est visibkement mentalement instable.


Attirant son agresseur dans un piège, Mystique le poursuit jusqu'au domicile de Essex où attend déjà Destinée qui a découvert que les deux individus étaient un seul et même homme.


Se prétant à des expériences malsaines, elles livrent Essex aux autorités. Il meurt peu après dans un asile. Mais Destinée découvre ses recherches et leur objectif...

Y a-t-il un personnage sur Krakoa qui intéresse davantage Kieron Gillen que Mr. Siinstre ? La question n'appelle pas de réponse tant celle-ci est évidente. Le scénariste se débrouille pour glisser Nathaniel Essex partout, jusque dans son event A.X.E. : Judgment Day où je me demande toujours quelle était son utilité (si vous avez une réponse, n'hésitez pas à me la transmettre en commentaire).

Déjà quand il écrivait Uncanny X-Men il y a de cela une dizaine d'années, il avait consacré une partie de son run à une histoire impliquant Mr. Sinistre. C'est dire si le bonhomme l'obsède. Maintenant que le personnage siège au Conseil de Krakoa, que son destin funeste a été évoqué dans Powers of X, Gillen peut à nouveau alimenter ses récits avec Nathaniel Essex comme bon lui semble et il ne s'en prive pas.

Mieux (ou pire, c'est selon) : dès Janvier 2023, ceux qui le voudront seront gavés de Sinistre puisque Kieron Gillen orchestrera le nouvel event "X" Sins Of Sinister qui montrera une réalité entièrement façonnée à l'image du personnage. Si Spurrier et Al  Ewing reconfigureront leurs séries à cette occasion avec de nouveaux titres (outre Immoral X-Men qui prendra la place de Immortal X-Men, on aura donc droit à Nightcrawlers à la place de Legion of X et Storm and the Brootherhood of Mutants à la place de X-Men : Red).

Ne vous méprenez donc pas : la couverture de Immortal X-Men #8 a beau mettre en scène Destinée et Mystique, c'est bien encore et toujours de Mr. Sinistre dont il est question. Et devinez qui fait face à Kitty Pryde sur la couverture du n°9 le mois prochain ?

Aussi, outre que cet épisode n'est pas passionnant à lire, malgré quelques blagues faciles comme Mystique qui aurait personnifié Sherlock Holmes en 1895 à Londres pour une enquête leur révélant à elle et Irene Adler (hé oui, ça tombe bien, Destinée a le même nom que la seule femme ayant intimidé Sherlock !) que Nathaniel Essex est Mr. Sinistre. L'ouverture se situe dans la base d'Alamogordo où se sont croisés plusieurs mutants en 1943, mais où Irene travaillait aux côtés, pour mieux le surveiller, Essex, alors en pleine tambouille eugéniste.

Gillen se montre d'ailleurs assez adroit pour relier les deux époques : à Londres au XIXème siècle, Essex est encore ce savant relativement inoffensif qui raconte comment "l'Egyptien" (En Sabah Nur/Apocalypse) l'a profondément changé. Il est quand même bien à l'Ouest, pensent Mystique et Destinée, quand il se met à évoquer une guerre entre Essex-Men (Esse-X-Men, jeu de mots...) et humains auxquels viendraient s'ajouter les machines. On reconnaît sans mal la trame tissée par Hickman avec Orchis et Nimrod. Et ce que découvre Destinée à la toute fin de l'épisode dans le domicile de Essex renvoie à ses travaux sur le clonage, le rêve de l'immortalité, l'obsession d'influer sur le cours de l'Histoire en survivant à tout.

Mais à part ça, bon sang, que c'est lourd ! Je n'ai pas encore décidé si je suivrai Sins Of Sinister (qui m'amuse surtout pour ce qu'en fera Al Ewing), mais je ne suis pas motivé, honnêtement, car j'en ai jusque-là de Sinistre et de cette lubie de Gillen pour lui. A vrai dire, ça n'a jamais été n personnage que j'ai apprécié, qui m'a intéressé. La façon dont Hickman l'a introduit dans House of X était pertinente même si son caractère de bouffon vicieux n'en faisait pas le membre le plus passionnant du Conseil de Krakoa (et quand je vois l'importance qu'il prend à cause de Gillen alors qu'on n'a plus de nouvelles d'Apocalypse depuis X of Swords, je suis bien dégoûté).

Même si cet épisode était excellent (ce qu'il est loin d'être), j'en aurai quand même marre. A nouveau je me demande si j'irai jusqu'au douzième numéro de Immortal X-Men (c'est-à-dire une fois que Gillen aura consacré un épisode à chacun des membres du Conseil). Mais si j'y arrive, je n'irai pas au-délà, c'est certain, quoi qu'il puisse arriver d'ici là.

Pour ne rien arranger, Immortal X-Men est une série qui, visuellement, n'est pas bonne. Qu'il s'agisse de Lucas Werneck (dont je me demande comment Marvel peut le considérer comme un de ses artistes les plus prometteurs) ou Michele Bandini, qui revient ce mois-ci, c'est trop faible.

Bandini a pour lui d'être meilleur narrativement, il a quelques idées de mise en scène (comme l'escalier en colimaçon de la base d'Alamogordo qui figure le mouvement même de l'aventure qui aura mené Mystique de Londres au Nouveau Mexique, comme une spirale infernale). Mais bon, pas de quoi se relever la nuit.

La plupart du temps, Bandini oublie purement et simplement les décors, ce qui donne à ses planches un aspect vide, désincarné. On ne sait jamais trop bien où on est puisque tout se ressemble, les intérieurs ne disent rien des personnages qui y vivent. Quand il s'agit de représenter des ruelles mal famées de Londres pour pièger un tueur, le rendu est beaucoup trop propre, informatisé, pour que l'ambiance suscite une quelconque menace, une menace, un danger.

Les personnages eux-mêmes sont peu expressifs et leurs vêtements sont peur détaillés, comme si Bandini s'en fichait, ou ne s'était pas documenté (c'est même embarrassant quand on voit, en comparaison la peintiure superbe signée Mark Brooks pour la couverture). C'est fait par-dessus la jambe, par un type qui a été appelé pour remplacer l'artiste habituel et qui a décidé de ne pas se forcer (alors qu'en s'appliquant, il avait tout à gagner pour que l'editor le considère mieux que comme un banal fill-in).

Immortal X-Men est proche de la trappe. C'est un gâchis car une telle série a un potentiel énorme (si tant est qu'elle s'intéresse aux X-Men et pas à un seul d'entre eux), surtout après des épisodes tie-in plutôt convaincants. Rendez-vous le mois prochain. Ou pas.

jeudi 27 octobre 2022

A.X.E. : JUDGMENT DAY #6, de Kieron Gillen, Valerio Schiti et Ivan Fiorelli


A.X.E. : Judgment Day, c'est (presque) fini. Avant le n° Omega, qui conclura vraiment cet event le mois prochain, la mini-série centrale s'achève ici. Hélas ! un peu comme d'habitude, Kieron Gillen ne convertit pas les bonnes idées et les promesses faîtes en un dénouement original et audacieux, s'embourbant dans un final qui ne veut pas finir. Valerio Schiti, fatigué, ne dessine que 24 pages, laissant les huit dernières à son compatriote Ivan Fiorelli.


Captain America commande l'évacuation des terriens dans les cités éternels, encore intouchées par la dévastation du Progéniteur. Celui-ci tente désormais d'atteindre la Machine pour détruire la planète.


Cependant, le commando qui a infiltré le Céleste, accède à son coeur et fait face à une créature qui pilote le géant et désigne qui réussit ou échoue à son test. Mais Ajak s'oppose à ce qu'il soit tué.


Pour tenter de convaincre le Céleste que l'humanité est capable de changer, Sersi se sacrifie en avouant le secret des Etenrels au sujet de leur résurrection. La population cesse ainsi de haïr les mutants.


Troublé, le Céleste suspend son geste destructeur devant la Machine et son pilote se tourne vers Ajak pour savoir si, à son tour, il est digne du test auquel il a soumis la Terre.
 

Ajak reçoit les pouvoirs du Céleste et restaure le monde à l'état qui était le sien avant le Jugement Dernuier. Tout en faisant comprendre à chacun que, désormais, chaque jour sera un test pour s'améliorer...

On a presque envie de dire, après avoir lu ce sixième et dernier épisode de A.X.E. : Judgment Day qu'il est normal d'être déçu. C'est quasiment dans l'ADN des events de décevoir le lecteur qui les suit parce que ce genre de sagas promet énormément, et en vérité promet trop pour ce qu'il peut tenir. Celui-ci n'échappe pas à la règle.

Au fond, Kieron Gillen avait de bonnes idées mais pas assez de lattitude. Les planètes n'étaient pas suffisamment alignées pour que son propos porte autant qu'il l'a sans doute souhaité. Quand, au même moment où Judgment Day paraissait, Jason Aaron achève son run sur Avengers avec une histoire vendue comme la plus importante du titre, c'est comme si Marvel se tirait une balle dans le pied en publiant deux events, dont l'un ne disait pas son nom mais en possédait l'allure. Or, pour qu'un event comme Judgment Day réussisse son coup, il faut que tout le monde joue le jeu et Marvel n'a pas voulu contraindre Aaron à se plier à l'histoire de Gillen.

Du coup, le meilleur moyen d'évaluer les qualités et les défauts de Judgment Day est peut-être de vérifier quel impact a eu cet event sur les A.X.E., soit les Avengers, les X-Men et les Eternels.

Commençons donc par les Avengers. Et disons-le simplement : ils n'ont servi à rien dans cette histoire. Annoncés comme les arbitres du conflit initial entre Eternels et mutants, ils n'ont absolument jamais pesé dans la balance, ménageant la chèvre et le chou car ayant des amis dans les deux camps et cherchant à être des conciliateurs dans une guerre qui les dépassait. Pire, sans doute : Gillen a sombré dans des clichés réucrrents et désormais bien usés avec Iron Man dans le rôle du mec qui fait tout foirer (la conscience déglinguée du Progéniteur est le résultat de sa programmation, à égalité avec Ajak), tandis que Captain America caractérisé comme le symbole de paix et de justice n'a jamais dépassé sa qualité de symbole, transparent dans l'action, inutile dans les moments cruciaux (alors que le précédent épisode s'achevait sur sa résurrection, ce qui en fait le premier humain ramené à la vie par des mutants, pour conduire les héros à la victoire. On ne saura jamais pourquoi lui et pas Cyclope, autrement plus concerné et efficace). Les autres Avengers n'auront strictement servi qu'à remplir des images sans rien apporter, qu'il s'agisse de Thor, Captain Marvel ou Starbrand (qui pourtant est censé être l'incarnation d'un système de défense planétaire).

Ensuite, les X-Men : avec le recul, on est déçu des prémisses de Judgment Day qui n'a fait que recycler les mutants en éternels persécutés. Pointés du doigt par Druig, décimés par le Céleste et Uranos, les X-Men ont semblé longtemps perdu dans une intrigue que Destinée sentait venir depuis un moment pourtant. Cette contradiction mine tout le projet d'où surnagent des mutants inattendus, comme Diablo, mais où sont empêtrés d'autres, comem Mr. Sinistre dont on ne saisit jamais pourquoi il a été kidnappé par Makkari et Ajak ni pourquoi il fait partie du commando qui nfiltre le Céleste (Gillen adore Sinstre, mais il faudrait quand même qu'il se calme là-dessus ou au moins qu'il soit plus clair sur le rôle qu'il veut lui donner - ce sera plus sûrement pour son prochain event The Sins of Sinister, même si, du coup, j'hésite beaucoup à le suivre).

Enfin, les Eternels : évidemment, logiquement même, ce sont les plus affectés par l'event. De l'attaque fomentée par Druig à l'aveu de Sersi jusqu'à la transformation de Ajak, on a envie de dire que, même s'ils finissent l'histoire dans la peau des méchants, difficilement récupérables (ce qui devrait être confirmé par A.X.E. : Judgment Day Omega), tout tourne surtout autour d'eux. Mais là encore, le compte n'y est pas vraiment. Les teasers sur les Déviants-Mutants, le sort du Céleste, la réconciliation et les excuses finales de Zuras en passant par le retour de Eros/Starfox, tout cela rappelle le gloubi-boulga de la série Eternals de Gillen qui avait bien commencé pour se ramasser pitoyablement dans un second arc poussif. Je n'ai pas compris l'objectif de Gillen à leur sujet mais le résultat est là : à peine revenus, les Eternels vont retourner dans leur purgatoire, après un film lamentable et un comic-book bancal.

Plus long que les précédents épisodes, ce dernier épisode a renoué avec les écueils de précédents events, avec des destructions massives, des actes de bravoure plus bravaches qu'efficaces (tout le passage avec l'arsenal donné aux humains jusqu'à la page avec Orchis (dont le renfort a été aussi inutile qu'expédié). La créature, que j'ai appelé le pilote du Céleste, a un rôle nébuleux au possible et le twist final quand il se fait juger par Ajak ressemble à un artifice de la part d'un scénariste ne sachant plus comment terminer ce qu'il a entrepris. Gillen avait promis qu'il ne finirait pas en promettant, selon la formule consacrée, que "rien ne serait plus comme avant", mais plutôt en laissant les héros avec l'obligation d'être différemment héroïques. Bon, ben, c'est clairement raté, même si les mutants vont désormais ressuciter des enfants malades ou mourants. Mais pour le reste du casting, cela se résume à un débat sur le ton de la balgue chez les Avengers qui se demandent s'il est opportun de garder leur QG dans un Céleste mort, et pour les Eternels à des excuses rapides et pour Druig à partager la cellule d'Uranos. On n'a pas le sentiment que tous ces héros en sortent changés ou avec la volonté de changer.

Un dernier point concerne les six humains vendus par Gillen et Marvel comme les six individus les plus importants de l'Histoire. Bon, là aussi, on se demande pourquoi ces six quidams ont mérité cette qualification car ils n'ont eux aussi servi à rien, sinon pour l'une d'elle à boire un café avec Captain America, puis retrouver leur vie d'avant sans se rappeler de rien. Décidément, ces teasers sont aussi déplacés que mensongers.

Visuellement, on sent que Valerio Schiti était au bout de ses forces. Il produit encore des planches épiques, impressionnantes, soutenues par les couleurs vibrantes de Marte Gracia. Mais il était temps que ça se finisse. L'italien a tout donné, mais une fois encore sans disposer d'un script à la hauteur de son immense talent (vivement qu'on en sache plus sur son projet avec Jonathan Hickman pour l'année prochaine). Il faudra aussi qu'un jour editors, scénaristes et artistes se réunissent autour d'une table pour que les deux premiers comprennent que les events sont des laminoirs pour les dessinateurs, qui se trouvent à animer des épisodes surpeuplés, des actions spectaculaires jusqu'à la saturation, qui sur le papier sont très excitants mais épuisants à représenter. Si même Schiti n'y arrive plus, alors ce serait dans doute judicieux que tout le monde se calme et pense histoire avant de penser blockbuster.

Schiti donc laisse l'épilogue de l'épisode à Ivan Fiorelli, soit huit pages sur 32. Fiorelli n'est pas un artiste déplaisant à lire et donc on lui sait gré de nous livrer des planches honorables. Néanmoins, après Schiti, ça fait quand même bizarre car leurs styles ne se ressemblent pas du tout. Et je pense surtout que cet épilogue aurait plus eu sa place dans ce fameux n° Omega car il consiste en une succession de saynètes au ton diamètralement opposé à ce qui précéde. Mais c'est aussi la responsabilité de l'editor et du scénariste de penser à ça en offrant à la mini-série centrale de l'event une vraie conclusion plutôt que de penser en termes de n° Alpha et Omega pour l'encadrer.

C'est dommage car Judgment Day a été agréable à lire, avec des tie-in très bons (pour ceux que j'ai lus du moins, notamment Immortal X-Men et surtout X-Men : Red). Après, le décalage entre la lecture à chaud de chaque chapitre et le bilan qu'on en tire à la fin du dernier épisode est implacable et répète trop d'erreurs du passé pour satisfaire. C'est ce qu'il y a de plus rageant : faire une course excellente mais rater l'arrivée.

jeudi 13 octobre 2022

IMMORTAL X-MEN #7, de Kieron Gillen et Lucas Werneck - Tie-in A.X.E. : Judgment Day

 

J'attendais cet épisode de Immortal X-Men avec une certaine appréhension entendu que Diablo n'a pas été bien traité depuis House of X/Powers of X, comme si aucun scénariste ne savait comment l'écrire et respecter le personnage tel que l'avait créé Dave Cockrum. Kieron Gillen réussit là où tous les autres se sont cassés les dents et ce septième numéro est également le meilleur travail de Lucas Werneck.


Lors d'une séance du Conseil de Krakoa, Diablo devine que Destinée ne dit pas tout sur l'issue du Jour du Jugement. Et il l'enlève donc pour appliquer un plan pouvant sauver mutants et humains.


Ensuite, il obtient de Charles Xavier et Hope de rassembler les krakoans pour un grand sacrifice qui doit leurrer le Céleste quand il détruira l'île.


Puis, ceci fait, Captain America est ressucité, devenant ainsi le premier non-mutant à bénéficier de ce privilège. Mais avec un objecif bien précis...


Diablo n'a pas terminé : il se téléporte, avec l'aide de Magik, dans la station Orchis où il réussit, par la ruse, à convaincre Moira et Nimrod de s'allier aux mutants et aux héros contre l'Ancêtre...

Si je devais désigner mon X-man favori, ce serait sans doute Diablo. Il s'est toujours distingué à mes yeux, depuis que j'ai lu Giant-Size X-Men de Len Wein et Dave Cockrum car, alors que les autres mutants de la seconde génération recrutés par Charles Xavier, avaient tous une apparence normale, Kurt Wagner était ce curieux elfe à la peau bleue. Il n'était pa comme les autres, il avait ce côté inquiétant, démoniaque, démenti par son caractère amical, sympathique.

Pourtant, Cockrum exprimera souvent par la suite ses désaccords sur la manière d'écrire ce mutant qu'il adorait particulièrement et qu'il avait d'abord imaginé pour Legion of Super-Heroes chez DC, inspiré par Erroll Flynn et les films de cape et d'épee. Il détestait par exemple qu'on fasse de lui un héros aussi religieux au détriment de son attitude charmeuse et bondissante. Il avait raison : à part dans Excalibur, et spécialement lors du run d'Alan Davis, Diablo a rarement ressemblé à l'idée initiale de son créateur.

Depuis le début de l'âge de Krakoa (terme utilisé pour définir la refondation de la franchise X par Jonathan Hickman), ça n'a pas été beaucoup mieux, même si Hickman semblait vouloir revenir aux fondamentaux lors de HoX 6-7. Mais ensuite, le scénariste est retombé dans les clichés d'un Kurt Wagner curaillon projetant d'ouvrir une église et fonder une religion sur Krakoa. Je n'ai pas lu Way of X ni Legion of X de Si Spurrier, mais je n'ai aps l'impression que quoi que ce soit ait été corrigé dans la bonne direction.

Immortal X-Men #7 m'a donc fait plaisir car Kieron Gillen me rend en quelque sorte le Diablo que j'aime, celui de Cockrum. L'épisode procède, logiquement, par bonds, au gré des actions entreprises par Kurt Wagner qui force Destinée à lui confier ses visions sur ce va entreprendre l'Ancêtre (Progenitor en vo).

L'épisode reprend des bouts de A.X.E. : Judgment Day #5 pour nous aider à situer l'action et développer ce que l'event ne peut que survoler. On notera que Gillen s'est vraiment bien employé, comme Gerry Duggan et Al Ewing, à faire des tie-in de vrais compléments au titre central, et pas seulement des numéros dispensables, collés à la saga pour satisfaire au staff éditorial. A chaque fois, ces trois scénaristes ont apporté un plus, détaillé des actions, en s'appuyant sur des personnages intéressants dans ce contexte.

Ainsi, revit-on la mort de Captain America et Diablo devant le Céleste, puis leur résurrection, mais encore et surtout assiste-t-on au dévoilement de ce que l'event ne disait pas comme la mise en scène destinée à leurrer l'Ancêtre sur le sort des krakoans (dont une majorité a accepté de se sacrifier). Une data page nous explique aussi de manière très claire qu'en réalité il y a non pas une mais deux missions pour contrer ce jugement dernier : d'une part, comme on l'a vu dans A.X.E. : Judgment Day #5, il y a cette équipe qui infiltre le Céleste pour le détruire, et d'autre part, une autre expédition au centre de la Terre, dans la Machine éternelle qu'il faut protéger de l'Ancêtre.

Et sur ce dernier point, cet épisode introduit un renfort aussi inattendu que captivant puisque Diablo va aller chercher Moira X et Nimrod, les ennemis jurés de Krakoa. J'espère vraiment qu'une fois l'event terminé, cela aura des conséquences sur les relatiosn entre les deux camps, d'autant que, en passant, le Céleste détruit la station Orchis et que Diablo sauve Moira et Nimrod juste avant que cela ne se produise...

Au dessin, j'attendais aussi beaucoup de Lucas Werneck qui m'a peu impressionné depuis le début et parce que rares là aussi sont les artistes à bien dessiner Diablo. Bonne surprise (bis) : l'artiste brésilien livre sa meilleure copie.

Il reste quelques maladresses, mais l'ensemble des planches est d'un niveau très supérieur à ce que j'ai eu l'habitude de voir de sa part. Toutefois, il réussit à représenter Kurt dans toute sa classe, sa malice et son mouvement.

Mon seul (et gros) regret, c'est le costume dont est désormais affublé Diablo. Marvel devrait le savoir : à chaque fois qu'on a essayé de relooker Diablo, ça n'a pas fonctionné. Mais actuellement, c'est n'importe quoi : il porte une sorte de long manteau rouge sans manches sur une justaucorps noir mais avec ses bottes et ses gants d'origine. Je ne comprends pas ce design qui est laid, n'apporte rien, alors que celui de Cockrum est indémodable, épuré, classe. Je n'aime pas tellement non plus Kurt avec sa moustache et sa barbichette actuelles, mais à la rigueur je m'en accomoderai si on lui rendait son costume originel.

Kieron Gillen a en tout cas bien pensé l'écriture de A.X.E. : Judgment Day, c'est la première fois depuis longtemps (Secret Wars de Hickman ?) que j'ai cette impression d'un event sur lequel on a fiché la paix au scénariste. Immortal X-Men a en tout cas prouvé (comme X-Men : Red) qu'on pouvait produire des tie-in utiles et intelligents dans ce contexte. 

jeudi 22 septembre 2022

A.X.E. : JUDGMENT DAY #5, de Kieron Gillen et Valerio Schiti


Le troisième et dernier acte de A.X.E. : Judgment Day débute avec ce cinquième épisode de l'event écrit par Kieron Gillen et dessiné par Valerio Schiti. La Terre vient d'être condamnée par le Céleste et rien ne semble plus pouvoir empêcher ce sort funeste. De fait si le scénario passe par des figures imposées, la fin de cette saga demeure imprévisible.
 

La sentence du Progéniteur est tombée : la Terre va disparaître. Téléporté devant le géant par Diablo, Captain America le défie une dernière fois et se fait réduire en cendres.


La mort de Captain America motive les héros - X-Men, Avengers, Eternels - à livrer un assaut de la dernière chance. En pure perte : le Céleste repousse l'attaque sans pitié.


Puis il s'en prend à la planète dont il rase les villes, les pays, les continents. Puis il concentre ses efforts pour atteindre la Machine Erernelle, son dernier système de défense.


Pourtant, une poche de résistance a échappé à sa colère et grâce aux Cinq de Krakoa, un groupe de héros est ressucité pour infiltrer le Céleste afin de le détruire de l'intérieur...

Passées les premières pages qui semblent bizarrement décalées dans la chronologie du récit (puisque l'épisode précédent se terminait sur l'apocalypse et qu'on débute cet épisode dans une sorte de relatif répit), Kieron Gillen inflige plusieurs électrochocs au lecteur.

Jusqu'à présent relativement discret dans A.X.E. : Judgment Day, les Avengers et surtout Captain America vont jouer un rôle plus consistant. Steve Rogers, pourtant déjà jugé indigne par le Progéniteur, part le défier une nouvelle fois, dans un discours dont il a le secret, conclu par une formule qui donne toujours le frisson. Aussitôt après, le Céleste pulvérise le héros et Daiblo, qui l'avait transporté là.

Sur Krakoa, les Eternels, les Avengers et les X-Men réfléchissent à un plan pour éliminer le Céleste et s'accordent pour lancer un assaut groupé, comptant sur la réunion de leurs forces pour terrasser cet adversaire hors du commun. Il y a du lours dans les trois équipes si on s'en tient à Thor, Phénix (Echo), Jean Gery, Starbrand, etc. D'autres personnages se joignent à cette super team, de façon assez dérisoire (Spider-Man, Moon Knight - on sent bien à ce moment-là que Gillen a reçu des consignes éditoriales pour placer ces personnages). Les Fantastic Four font même une apparition éclair, ils resteront les grands oubliés d'une histoire dans laquelle ils auraient eu toute leur place (mais comme ils étaient moins en retrait dans Empyre, sans doute a-t-on jugé chez Marvel qu'il y avait déjà assez de monde à s'occuper).

Peeut-être plus encore que la mort expéditive de Captain America, ce qui va surprendre, c'est à quel point Gillen ne fait pas de quartier. Il rappelle, ce faisant, que les Célestes sont bien les créatures de l'univers Marvel les plus puissantes, plus puissantes même que Galactus ou Odin. Le scénariste insiste là-dessus en consacrant plusieurs pages à la défaite des héros, à l'inéluctabilité de cette débâcle. Tout était joué et perdu d'avance. Même tous ensemble, les héros n'avaient aucune chance.

Les planches de Valerio Schiti appuient ce propos sans que le doute soit permis. Si l'artiste italien, toujours dans une forme tonitruante, nous gratifie de deux somptueuses spalsh-pages, avec le passage obligé de celle où une masse impressionnante de personnages s'élancent comme un seul homme dans la bataille. Si c'est une sorte de figure imposée par le genre même des events, il n'en reste pas moins que Schiti passe l'épreuve avec succès, l'image est vraiment spectaculaire, bien composée, et il s'en dégage un véritable héroïsme, une dimension épique jubilatoire.

Ensuite, vient l'attaque proprement dîte et là encore Schiti donne tout ce qu'il a : la puissance dégagée par les coups portés, les répliques du Céleste, l'impact de ces échanges, tout est vraiment énorme. Mais très vite on sent que c'est en pure perte, l'ennemi est trop énorme, trop fort, trop impitoyable. Les héros décédent dans des circonstances étonnament violentes et sadiques, car le Progéniteur veut, comme tout dieu, appliquer sa sentence avec créativité. On voit par exemple la tête de Cyclope exploser littéralement, Captain Marvel s'éteindre frappée apr un cancer fulgurant, Jean Grey, Phénix, Starbrand être pulvérisées.

Marte Gracia use de couleurs vives, avec des rouges, des oranges, pour suggérer le feu apocalyptique déployé par le Céleste. C'est encore plus impressionnant quand le géant incendie Krakoa, des villes entières, rien n'échappe à son regard terrible (pas même uen fusée qui tente de quitter la Terre et qu'il fait exploser d'un regard).

La radicalité de ces pages détonent car elle nous fait croire à la fin du monde. Le nombre de victimes est impressionnant, mais ce qui l'est encore plus, c'est sans doute la rapidité avec laquelle le Céleste réussit à tuer tout ce monde, sans avoir l'air de produire une véritable effort. Dans Uncanny Avengers, Rick Remender avait tenté quelque chose de similaire mais des personnages comme Malicia (ayant absorbé les pouvoirs de tous les héros) et Sentry réussissaient à repousser un céleste, trucidé ensuite par Thor, Havok et Sunfire, puis siphonné par Kang. Gillen, lui, avec Schiti, a voulu montrer que ce n'était pas possible et l'Ancêtre est instoppable.

Est-ce donc vraiment fini ? Il reste encore une épisode et on imagine mal la Terre disparaître complètement. Forcément il y a un loup, une ruse, une dernière carte à jouer. Au début de l'épisode, lorsque X-Men, Avengers, Eternels discutent stratégie à Krakoa, leur plan est soumis à Destinée qui estime qu'il n'y a qu'une chance pour que leur riposte réussisse. On découvre comment à la toute fin.

Là, Gillen va sûrement diviser et susciter des débats enflammés parmi les lecteurs car d'une part il établit une poche de résistance qui a miraculeusement échappé à vigilance du Céleste (un peu facile, mais bon, passons) et, d'autre part, il permet aux Cinq de Krakoa de ressuciter quelques personnages pour une opération très risquée mais décisive. Hormis le fait que les ressucités ne satisferont pas tout le monde (et là encore on peut supposer que le scénariste n'a peut-être pas eu complètement le choix), c'est surtout le fait que les Cinq ramènent à la vie des non-mutants qui interroge - d'abord parce que ça contrevient aux lois mutantes, et qu'ensuite il y aura forcément des conséquences post-Judgment Day (ou s'il n'y en a pas, ce serait très maladroit).

Quoiqu'il en soit, Gillen et Schiti proposent un épisode étonnant, polémique, radical - de quoi offrir un sixième et dernier épisode très prometteur et un après event qui risque d'ébranler vraiment beaucoup plus que le sort des mutants. Rendez-vous le 26 Octobre pour la conclusion de cet event qui n'aura vraiment pas été comme les autres.

vendredi 16 septembre 2022

A.X.E. : JUDGMENT DAY #4, de Kieron Gillen et Valerio Schiti


Ce quatrième numéro de A.X.E. : Judgment Day marque la fin du deuxième acte de l'histoire écrite par Kieron Gillen et dessinée par Valerio Schiti. Dans cette partie du récit, le Progéniteur a jugé digne ou pas plusieurs héros et humains tandis que, pour tenter de renverser la situation, les Eternels ont libéré Eros/Starfox. Cela sera-t-il suffisant ?


Eros/Starfox peut manipuler les émotions, mais le frère de Thanos refuse de mentir au Progéniteur. Il s'emploie donc à convaincre les dirigeant siégeant à l'O.N.U. de faire cause commune.


Ce mouvement n'échappe pas à Druig qui décide d'en finir avec les mutants de Krakoa en invoquant une nouvelle fois le Grand Esprit. Mais Sersi permet aux mutants télépathes de l'infiltrer.


Résultat : le Grand Esprit déstitue Druig de son poste de Prime Eternel. En réponse à cet affront, il relâche Uranos. Mais Magneto et Tornade arrivent pour tuer le massacreur d'Arakko.


Eros/Starfox s'adresse alors au Progéniteur au nom des terrierns et des Eternels pour le convaincre qu'ils vont bâtir un monde meilleur ensemble. Le Céleste rend son jugement dernier...

C'est vraiment cette construction en trois actes qui aura (jusqu'à présent) fait la différence (avec la complémentarité entre l'intrigue principale et ses tie-in) dans l'event écrit par Kieron Gillen. En découpant son récit en trois fois deux épisodes, le scénariste a imprimé un tempo strict mais aussi permis au lecteur d'attendre à chaque fois un climax.

Après donc un premier temps consacré à l'offensive menée par Druig contre les mutants, ce deuxième temps a été celui marqué par les jugements rendus par le Progéniteur réveillé par Ajak, Makkari, Iron Man et Mr. Sinistre. Encore une fois, sur plusieurs pages en "gaufriers" de quatre cases, on assiste au verdict prononcé en faveur ou en défaveur de plusieurs personnages, super-héros ou simples humains. Et à la fin, c'est la Terre, dans sa globalité, qui est sur la sellette. 

Je ne vous dévoilerai pas ce jugement dernier, mais en même temps le suspense sera de courte durée puisque le prochain épisode de A.X.E. : Judgment Day paraîtra dès la semaine prochaine (tandis que le grand final sortira la première quinzaine d'Octobre avant un n° Omega qui conclura l'ensemble - certainement en établissant un nouveau statu quo pour les Eternels).

Parfois on est franchement étonné par les avis rendus par le Céleste. Ainsi Thor est épargné car il est digne de brandir Mjolnir, ce qui revient à dire qu'il doit son salut à son arme qui a été celle de son père. En revanche, concernant Daredevil, Gillen s'aligne sur ce qu'écrit actuellement Chip Zdarsky dans la série consacrée à l'homme sans peur, engagé dans une croisade dépassant les limites morales. Plus convenus, les cas de Miles Morales ou Ms. Marvel assurent à la nouvelle génération un sauf-conduit. Quant aux fameux six individus à travers le monde et désignés par l'éditeur comme les six personnages les plus importants du moment (sans qu'on sache encore pourquoi), ils sont condamnés ou sauvés de manière aléatoire.

Mais Kieron Gillen s'attache surtout au premier plan de Eros/Starfox. La dernière fois que l'ex-Avenger et Eternel avait fait parler de lui remonte au run de Donny Cates sur Guardians of the Galaxy quand Hela tenta de transférer la conscience de Thanos (le frère de Eros) dans le corps de Starfox. L'expérience tourna court grâce à l'intervention de Gamora et ses acolytes. Et on a découvert dans le précédent numéro de Judgment Day que Eros était depuis détenu dans l'Exclusion, la prison des Eternels (sans doute pour s'assurer que rien de la conscience de Thanos ne l'avait infecté maus aussi pour se protéger de ses propres pouvoirs).

Et justement, il est temps de rappeler que Starfox, en plus de voler et d'être super fort, manipule les émotions. C'est un hédoniste qui influence les individus sur les notions de plaisir personnel et de plaisir qu'ils peuvent prodiguer aux autres. Sersi comptait là-dessus pour que les humains deviennent plus aimables et convainquent le Progéniteur de les épargner. Sauf que Eros sait que le Céleste ne tomberait pas dans ce panneau...

On le voit alors rencontrer et parlementer avec d'éminents gouvernants dans le monde entier puis s'adresser aux représentants siègeant à l'ONU. IL réussit, grâce à ses efforts diplomatiques, à réaliser une sorte d'union sacrée pour que tous bâtissent un monde meilleur, susceptible de convaincre le Progéniteur de leur bonne volonté.

Tout n'est pas réglé pour autant car Druig observe ces manoeuvres et riposte. Gillen orchestre alors une série de péripéties visuellement impressionnantes que Valerio Schiti convertit en planches somptueuses. L'artiste italien subjugue en plusieurs occasions et pas seulement pour son relooking très David Bowie période glam-rock de Starfox mais par le dynamisme de son découpage, de ses compositions et son esthétisme appuyé par les couleurs magnifiques de Marte Gracia.

La nouvelle forme adoptée par le Grand Esprit, l'infiltration opérée par Sersi pour que les mutants renversent Druig, donnent à admirer des images fortes, intenses, spectaculaires. Mais Schiti les représente d'une manière toujours très évocatrice et pas pour le simple plaisir d'en mettre plein la vue. Ce n'est pas que l'illustration brillante du script, c'est une réinterprétation qui habille les mots de Gillen et les transforme en scènes mémorables.

Le scénario ne flêchit pas, le rythme est vif, avec une alternance de plans très variés dans leurs dimensions, leur valeur. Lorsque Uranos est lâché, sa puissance effrayante rencontre celle, toute aussi saisissante, du duo Magneto-Tornade. C'est aussi à ce moment précis qu'on comprend pourquoi il faut avoir lu impérativement X-Men : Red #6 avant Judgment Day #4 car Magneto rencontre littéralement son destin. 

Schiti s'est inspiré d'un tableau classique (Ivan le Terrible et son fils, le 16 Novembre 1581, par Ilva Repine) pour l'image iconique de Tornade entourant de ses bras la dépouille de Magneto et c'est assez fort et subtil à la fois de caser une telle référence dans un blockbuster Marvel où les dessinateurs ont souvent trop fort à faire avec un casting fourni et des morceaux de bravoure visuels pour en plus glisser des hommages artistiques.

Le cliffhanger est réellement terrifiant et avec encore deux épisodes à venir, on se demande vraiment, pour la première fois depuis un bail, comment ça va finir. Mais on en saura plus la semaine prochaine dans cet event écrit de main de maître et dessiné avec virtuosité. Ce serait terriblement décevant que le dénouement ne soit pas à la hauteur après que les deux premiers tiers de cette saga aient été si bien conduits....

jeudi 8 septembre 2022

IMMORTAL X-MEN #6, de Kieron Gillen et Lucas Werneck - A.X.E. : JUDGMENT DAY TIE-IN

 

Après deux précédents épisodes plutôt réussis (consacrés à Exodus et Emma Frost), Immortal X-Men pique à nouveau un peu du nez. Toujours en liaison avec l'event Judgment Day (l'action se situe après le 3ème numéro), ce chapitre se penche sur le cas de Sebastian Shaw. Kieron Gillen perd beaucoup de temps avant d'en arriver au coeur du sujet. Et Lucas Werneck, de retour, livre une copie moyenne.


Le Conseil de Krakoa est réuni. Plusieurs de ses membres ont été jugés par le Progéniteur, mais tous ne sont pas disposés à révéler s'ils ont passé le test avec succès ou pas. Sebastian Shaw prend la parole.


Shaw part pour New York avec l'objectif de protéger son business et de sauver sa peau à tout prix. C'est alors qu'il est jugé par le Progéniteur se manifestant sous la forme d'Emma Frost. Il échoue au test.
 


Reconnu pour ses talents de négociateur, le Roi Noir du Club des Damnés part pour New York afin de négocier avec un représentant des Eternels, Eros/Starfox, récemment sorti de sa prison.


En attendant de savoir ce que leurs communautés pensent de leurs palabres, Shaw se rend dans la cave du Club des Damnés de New York et y invoque une puissante alliée...

Pour Kieron Gillen, Immortal X-Men à l'heure de Judgment Day représente une occasion d'ausculter le Conseil de Krakoa en temps de crise. C'était déjà le cas avant cet event, me direz-vous et vous n'aurez pas tort, mais désormais le gouvernement mutant est sur les charbons ardents et cela permet de révéler le caractère profonde de chacun. Pour un peu, on souhaiterait que cette situation perdure afin que l'intensité de la série soit conservée.

C'est pourquoi je me demande si, une fois tous les membres du Conseil examinés par la série, Immortal X-Men aura encore une raison d'exister. Il restera bien encore des intrigues de palais à inventer pour le scénariste, c'est certain, mais la formule qui veut qu'à chaque épisode il se penche sur un personnage différent risque quand même d'être difficile à tenir sur le long terme. Et c'est pour cela que je pense m'arrêter au n°12 quand l'intégralité de la table aura été examinée.

Pour l'heure, ce n°6 est consacré à Sebastian Shaw. Dans son run sur Marauders, Gerry Duggan en avait fait un personnage plus tordu et détestable que jamais, mais qui essuya des revers cinglants après avoir tenté de tuer Kitty Pryde et de doubler Emma Frost.

Gillen suit en cela Duggan : Shaw est donc le personnage qu'on adore détester par excellence. Mais Gillen veut tout de même essayer de nuancer cela en sondant le passé de Shaw au moment où les mutants sont jugés par le Céleste. Et disons que ça fonctionne moyennement.

Souvent, cela revient à chercher sinon des excuses du moins une justification au comportement d'un salaud. Ici, en deux flashbacks lourdingues, on apprend que Sebastian était méprisé déjà enfant par son père, un affairiste en difficulté, et que, devenu adulte et richissime, Sebastian s'était recueilli sur la tombe paternelle en montrant avec orgueil qu'il avait réussi contre toute attente et ne s'arrêterait pas là.

Bon, était-ce bien nécessaire ? A mon avis, non. C'est grossier, manichéen au possible, on s'en fiche complètement. Quand Gillen est le plus juste, c'est précisèment quand il ne cherche pas à expliquer Shaw autrement que ce qu'il a toujours profondément été : un businessman et un négociateur. Pour le pouvoir et l'argent, il est prêt à tout car il sait que cela assurera sa survie, même si la Terre est détruite par un Céleste. Shaw veut récupérer son trône, être le Roi Noir du Club des Damnés, quelqu'un qui compte au sein du Conseil de Krakoa, ou sinon il est prêt à s'allier avec quiconque lui permettra de s'en tirer (Orchis ou la mystérieuse entité qu'il convoque à la fin de l'épisode).

Plutôt que nous infliger un trop long début d'épisode avec Destinée ou les débats du Conseil de Krakoa et les cachotteries de ceux qui ont déjà passé le test du Céleste, Gillen aurait gagné à aller droit au but et à développer le dialogue, ici à peine effleuré, entre Shaw et Eros par exemple.

Lucas Wernneck revient donc dessiner la série. Entretemps, le jeune artiste brésilien vient d'être inclus par Marvel dans la promotion 2023 des "stormbreakers", ces talents sur lesquels l'éditeur mise pour l'avenir (il est entouré ce Martin Coccolo, Elena Casagrande, Nic Klein, Jan Bazaldua, C.F. Villa, Chris Allen et Federico Vicentini).

Malgré tout, je continue de trouver Werneck très moyen. Il ne sait pas composer une image correctement, ses enchaînements sont maladroits, il ne varie quasiment ses angles de vue, son découpage est mou. 

Qu'il s'agisse d'animer une scène d'action (le jugement d'Exodus) ou un dialogue avec une tablée de personnages, on a l'impression dérangeante qu'il pose d'abord les personnages puis qu'il cadre ensuite au petit bonheur la chance en espérant que cela formera une page correcte. Sauf que c'est tout le contraire : on a plutôt le sentiment de voir des acteurs surjouer dans un théâtre, impression renforcée par la voix-off qui commente l'action et en souligne le peu d'impact dramatique.

Werneck préfère ostensiblement dessiner de jolies femmes, mais narrativement c'est d'une pauvreté accablante. Et si c'est sur des dessinateurs comme lui (ou Bazaldua) que mise Marvel, ça ne sent pas bon (même si Klein  Coccolo, Casagrande sont bien supérieurs).

Le mois prochain, j'espère que l'épisode consacré à Diablo ( Nightcrawler) fera honneur à l'elfe (même si je ne me fais pas trop d'illusions, étant donné que personne - excepté Rainbow Rowell dans She-Hulk - ne semble se souvenir du personnage tel que l'avait créé Dave Cockrum).