Affichage des articles dont le libellé est Javier Pina. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Javier Pina. Afficher tous les articles

jeudi 7 mars 2024

BIRDS OF PREY #7 (Kelly Thompson / Javier Pina)


Meridian ayant révélé l'existence d'un voyageur temporel menaçant la vie de Barbara Gordon, celle-ci découvre que l'agresseur emprunte le Rouge, l'entité qui relie tous les méta-humains ayant des pouvoirs en rapport avec le monde animal. Il est donc décidé de demander conseil à Mari McCabe/Vixen, qui est pourtant tracassé par une étrange affaire...
 

Ce deuxième arc narratif de la série sera bref : deux épisodes. Mais il est évident désormais que Kelly Thompson a mis en marche une intrigue au long cours qui dépassera ce cadre restreint. La scénariste en profite pour ajuster son équipe d'héroïnes à la tournure que prend l'histoire.


Exit donc Harley Quinn (qui est réquisitionnée pour une énième mini-série Suicide Squad) et Zealot (dommage...). La fin du premier arc a révélé qu'un voyageur temporel menaçait la vie de Barbara Gordon, pilier historique des Birds of Prey, il faut donc le débusquer. Et on apprend ici qu'il se téléporte dans le temps et l'espace grâce au Rouge, c'est-à-dire toute ce qui relie les méta-humains au monde animal (alors que le Vert relie tous ceux qui ont des pouvoirs végétaux).


Kelly Thompson a un mérite indéniable : elle ne perd pas de temps pour exposer son propos. Si bien qu'elle peut se permettre de consacrer quelques pages à l'entraînement de Sin par Batgirl (Cassandra Cain) et Big Barda dans un escape game. Une manière aussi de remplir le quota d'action d'un comic-book super héroïque sans aller trop loin.


Le fait même d'écrire une série exclusivement féminine oblige son auteur à faire preuve d'ingéniosité pour que les personnages n'aient pas l'air d'être artificiellement ensemble. Si pour le premier arc, la présence de Harley Quinn avait pu déplaire à certains à cause de sa présence envahissante au sein des comics DC (et ce, même si Thompson réussissait selon moi à bien l'exploiter), on sent bien que la scénariste a désormais le choix de son casting et qu'elle entend piocher sans réserve dans le passé du titre.

En effet, il apparaît nettement que les Birds of Prey font face à un ennemi qui semble viser toutes celles qui ont fait partie, à un moment ou un autre, de l'équipe. On peut légitimement s'attendre dans un futur plus ou moins proche à revoir Manhunter, Lady Blackhawk, Katana, Huntress, Dove et bien d'autres. Ici, c'est avec plaisir qu'on retrouve Vixen, qui est un peu l'équivalent féminin d'Animal Man et qui était un peu sur la touche depuis un moment (alors qu'elle a fait partie de la Justice League).

La manière dont Thompson l'intègre est habile et suggère que les ennuis qui accablent actuellement Mari McCabe pourraient être liés à ceux des BoP. Par ailleurs, la scénariste n'a pas à se forcer pour (re)créer une familiarité entre Vixen, Black Canary et Babs Gordon notamment : leurs retrouvailles sont certes rapides mais spontanées. Et la dernière page tease malicieusement ce qui va suivre (on voit les BoP en lingerie qui défilent sur un podium et le texte indique que le lecteur est déjà gâté par ce spectacle).

Leonardo Romero ne signe que la couverture et laisse sa place à un fill-in de grande classe puisqu'il s'agit de Javier Pina. Déjà quand il a officié sur les X-Men de Gerry Duggan (pour laisser souffler Pepe Larraz), j'ai loué le talent de cet artiste et regretté qu'ensuite il ne devienne pas le dessinateur régulier du titre (à la place de Joshua Cassara). Donc, je me réjouis de le voir là en souhaitant qu'il alterne désormais avec Romero.

Pina ne cherche pas à copier Romero, son encrage est plus gras, son trait plus délié, et son expérience lui permet de tout bien dessiner. Il s'approprie les personnages sans aucune difficulté et nous régale avec de belles planches aux cases généreusement dimensionnées et un découpage au cordeau. Les couleurs de Jordie Bellaire assurent la cohérence esthétique de la série (et on peut deviner à quel point Bellaire prolonge ce qu'elle a fait sur The Nice House on the Lake, quoique de manière plus subtile).

Bref, un sans-faute, une lecture très agréable, et la confirmation que Birds of Prey a vraiment réussi son come-back.

jeudi 9 novembre 2023

UNCANNY SPIDER-MAN #3, de Si Spurrier et Javier Pina


Ce troisième numéro (sur cinq) de Uncanny Spider-Man est toujours aussi bon que les précédents. Cette mini-série est un pur bonheur à suivre. Si Spurrier développe son intrigue ave beaucoup de rythme et d'humour, tout en laissant place à des moments dramatiques et intenses. Ce mois-ci, Javier Pina, toujours excellent, remplace Lee Garbett au dessin.
 

Nimrod est furieux après le Vautour qui a engagé le Wild Pack de Silver Sable pour capturer ce nouveau Spider-Man téléporteur. Ils ignorent tous deux qu'il s'agit de Diablo et surtout que lui et Silver Sable sont devenus amants. Mais quand Diablo va retrouver Mystique, il va tomber sur des traqueurs familiers.


Je ne lis plus Spider-Man depuis un bail, et d'après ce qu'on m'en dit, j'ai bien raison car que ce soit Nick Spencer et Ryan Ottley ou actuellement Zeb Wells et John Romita Jr., le niveau est lamentable. Par contre, ça fait trois mois qu'a débuté Uncanny Spider-Man et c'est un plaisir chaque fois renouvelé.


A bien des égards, c'est là une synthèse inattendue mais bienvenue entre ce qu'on peut préférer chez le tisseur mais avec Kurt Wagner sous le masque. Alors, oui, bien sûr, il faut accepter le fait que pas grand-monde ne semble ici se douter qu'un type déguisé en Spidey, qui a une queue préhensible, des oreilles pointues sous le masque et se téléporte, ne leur évoque Diablo...
 

... Mais si on joue le jeu, alors, c'est effectivement jubilatoire. Si Spurrier réussit en somme à écrire du Spider-Man mieux que ceux qui écrivent le vraie série de Spider-Man !

Et en prime il se sert abondamment dans ce qui compose dans ce qui forme l'univers du tisseur. Dans les précédents épisodes, on a vu le Vautour (désormais au service d'Orchis), le Rhino, l'Epée et surtout Silver Sable. Au sujet de cette dernière, Spurrier a imaginé une sorte d'intrigue secondaire qui pimente sacrément l'histoire principale.

Car on apprend dans ce troisième épisode que Silver Sable et Kurt Wagner sont devenus amants. Lorsqu'il l'interroge sur leur liaison, elle affirme pourtant que ce n'est que pour le fun. Quand il la questionne sur la tentation de profiter de leurs moments intimes pour le piéger, elle reconnaît y avoir pensé mais si elle doit le capturer, ce sera selon ses termes, à la loyale en quelque sorte, dans l'exercice de ses fonctions.

Il y a une forme de malice assez réjouissante dans cette manière de décrire cette relation où aucun des deux n'est dupe. Mais surtout Spurrier en profite pour décaler le centre névralgique de son récit : si le danger ne vient plus principalement, directement de Silver Sable, il viendra d'autre part. Et c'est remarquablement pensé car cela maintient le lecteur et le héros en éveil.

Et c'est ensuite qu'on comprend exactement la nature des travaux menés par le Vautour pour Orchis. Je ne vous en dis pas plus, mais tout est lié, de fort belle manière avec les compétences du Vautour et celles d'Orchis. On renoue avec les thèmes initiaux qu'avait établis Jonathan Hickman quand il avait repensé l'univers mutant, avec la lutte non plus des humains et des mutants mais de mutants et des machines.

Spurrier développe aussi la ligne narrative concernant Mystique devenue amnésique et errant à la recherche de son enfant, ne reconnaissant pas Kurt sous son masque mais surtout étant profondément traumatisée depuis les événements du Hellfire Gala. Cette partie-là est presque plus convenue puisqu'on sent bien que le scénariste va préparer le retour de Raven Darkholme et surtout le titre X-Men Blue Origins (à paraître à la fin de ce mois et où sera révélée la véritable origine de Diablo - une arlésienne puisque déjà, à la fin des années 80, Chris Claremont et Alan Davis avaient prévu de la raconter dans un récit, Excalibur Genesis, hélas ! annulé).

Surprise : ce numéro n'est pas dessiné par Lee Garbett. Ce n'est qu'une hypothèse que je soulève mais je pense que cela a à voir avec le nouvel éditeur DSTLRY pour lequel il a déjà livré ses premières planches (parus dans un n° spécial présentant leurs premiers titres). Les indés n'hésitent plus maintenant à signer en exclusivité des auteurs et artistes en quête de renouveau et donc Garbett risque bien de signer sa dernière série pour Marvel avec Uncanny Spider-Man.

A sa place, on a donc Javier Pina, et ma foi, je ne peux qu'être ravi car j'adore ce dessinateur, bien qu'il soit trop sous-utilisé par Marvel. Il signe de magnifiques planches et s'il n'a pas le même trait que Garbett, il a la même énergie. Il anime Diablo avec un respect total pour le personnage et ce qui en est fait ici.

Pina fait vraiment partie des artistes qui mériteraient plus de considération de la part de Marvel, surtout quand on voit le niveau des "stormbreakers" qui sont placés sur des séries en vue et qui sont très loin d'avoir une aussi bonne technique et une aussi bonne narration graphique. Je dis ça, je dis rien.

Par contre si je vous dis de lire Uncanny Spider-Man, maintenant ou quand Panini le traduira, il faut me faire confiance. 

jeudi 7 septembre 2023

X-MEN #26, de Gerry Duggan Jim Towe et Javier Pina


Ce 26ème épisode de X-Men annonce par sa couverture un mariage imminent. Mais qui va épouser Emma Frost ? Pour le savoir, il faut attendre la dernière page de ce numéro et connaître la suite, il faudra patienter jusqu'au 27 Septembre prochain, avec la parution de Invincible Iron Man #10. Gerry Duggan est aux commandes, avec les dessinateurs Jim Towe et Javier Pina, de ce mini-crossover qui s'inscrit dans la période Fall of X.


La disparition de sa femme, Typhoid Mary, lors du Hellfire Gala, motive Wilson Fisk a aider financièrement la résistance mutante. Cependant, Shadowkat s'infiltre dans la station spatiale de Orchis au-dessus de la Terre avec un objectif : tuer Firestar qui travaille désormais pour l'ennemi...


Les plannings de sorties de Marvel Comics ont des voies impénétrables. Pourquoi ne pas avoir sorti la même semaine, ou à seulement une semaine d'intervalle deux épisodes de deux séries aussi complémentaires ? Mystère.


En effet, X-Men #26 est la première partie d'une histoire en deux actes dont la fin sera dévoilée dans Invincible Iron #10, qui ne sera disponible qu'à la fin du mois. C'est totalement incompréhensible et stupide de ne pas avoir aligner la parution de ces deux épisodes.


La couverture annonce la couleur et c'est le blanc d'une robe de mariée portée par Emma Frost. Je ne vais pas spoiler grand-monde en révélant que les noces à venir uniront les destins de la Reine Blanche du Club des Damnés avec Tony Stark : tout ça a été communiqué abondamment par Marvel qui n'en a visiblement plus rien à faire de jouer la carte du suspense.

Mais en vérité, cet élément n'occupe qu'une partie dérisoire de X-Men #26, tout se joue à la dernière page, dans une scène aux allures de vaudeville plutôt maladroite. On verra bien où cela mène - si ça se trouve à rien : Marvel est bien fichu d'avoir monter tout ça pour ne finalement par organiser de mariage du tout. D'ailleurs, beaucoup de fans s'interrogent sur la nature d'une telle union entre Stark, coureur de jupons, et Emma Frost, dominatrice très indépendante, si ce n'est un mariage de raison, d'intérêt puisque Gerry Duggan qui écrit et X-Men et Invincible Iron Man (mais aussi Uncanny Avengers) a fait de l'Avenger en armure un soutien de la cause mutante (et une victime de Feilong, membre d'Orchis).

Avant cela, il se passe des choses plus intéressantes en tout cas. Lors du Hellfire Gala, dans la confusion, Typhoid Mary a disparu avec Magik et quelques autres - Dani Moonstar, Marrow et Dust - (la mini-série Realm of X raconte comment elles ont atterri dans le royaume de Vanaheim). Son mari, qui n'est autre que Wilson Fisk/le Caïd, réclame vengeance, pensant qu'elle est morte, et accepte de financer la résistance mutante et devient le nouveau Roi Blanc du Club des Damnés. La situation est particulièrement délicate pour Emma Frost qui dépend à nouveau de Fisk et travaille sous ses ordres.

On aperçoit aussi Kamala Kahn dans sa nouvelle situation (telle que développée dans la mini-série Ms. Marvel : The New Mutant) face à la persécution des mutants - ou de ce que les fans de Orchis prennent pour eux.

Cependant, dans la droite ligne de ce qu'il avait annoncé dans le précédent épisode de X-Men, Gerry Duggan concentre son attention sur la mission de Shadowkat : retrouver et tuer Firestar. Tout ici est un quiproquo dramatique puisque, avant d'être tuée par Moira X, Jean Grey a glissé dans l'esprit des cadres de Orchis l'idée que Firestar travaillait pour eux depuis son entrée chez les X-Men afin de les trahir le moment venu. Mais Jean n'a pas eu le temps d'avertir les autres mutants de sa manoeuvre.

Jim Towe dessine les 3/4 de l'épisode (de la page 1 à 22 exactement). Son style est assez lisse et on peut le regretter car l'intensité de l'épisode aurait réclamé un artiste moins transparent. Toutefois, même si ses pages sont assez quelconques, elles ont le mérite d'être lisibles et dynamiques dans l'ensemble. Malgré ça, tous ses personnages ont l'air sorti du même moule, avoir le même âge, ce qui est quand même embarrassant quand il s'agit de représenter des femmes aussi distinctes que Emma Frost, Kitty Pryde et Angelica Jones.

C'est d'autant plus dommage que les trois dernières pages, on ne sait pourquoi, sont elles dessinées par l'excellent Javier Pina (dont j'aurai tant aimé qu'il soit désigné comme successeur de Pepe Larraz sur le titre tant il arrive à l'imiter à la perfection). Et là, ce n'est plus du tout la même chanson car Pina, en très peu de temps et de place, produit des planches à l'atmosphère chargée, aux noirs profonds, qui auraient fait merveille sur la totalité d'un épisode comme celui-ci.

Gerry Duggan ne règle pas vraiment le sort de Firestar et on peut deviner que Shadowkat ne lui fait pas entièrement confiance, la livrant à de futures agressions par d'autres mutants en colère. C'est vicieux et ingrat pour Firestar (qui n'a jamais été un personnage épargné par les scénaristes - elle a eu un cancer, des amours compliquées, une carrière en dents de scie, et même son élection au sein des X-Men l'a prise au dépourvu).

Quoiqu'il en soit, Fall of X continue, au moins dans X-Men, à se savourer. Si ce statu quo n'invente rien (Mutant Massacre est dans toutes les mémoires des fans des mutants dans les années 80), il secoue franchement l'âge de Krakoa et présente le mérite de fragiliser réellement les héros.

jeudi 27 juillet 2023

X-MEN : HELLFIRE GALA 2023, de Gerry Duggan, Jonathan Hickman, Adam Kubert, Luciano Vecchio, Valerio Schiti, Matteo Lolli, Russell Dauterman, Javier Pina, R.B. Silva, Joshua Cassara, Kris Anka et Pepe Larraz

 


Je m'étais promis de revenir aux X-Men à l'occasion de la troisième édition du Hellfire Gala, sortie hier. Même si Fall of X a déjà officiellement démarré, ce numéro spécial de 80 pages marque vraiment un tournant dans cette nouvelle ère mutante. Gerry Duggan orchestre tout cela et réussit à vraiment choquer le lecteur. Même si ça ne signifie pas qu'il réussira à me faire revenir...

 


De la résurrection de Kamala Kahn/Ms. Marvel par les Cinq sur Krakoa à la révélation de la nouvelle équipe de X-Men puis à l'attaque lancée par Orchis sur l'île de Mykines où se tient le Hellfire Gala 2023, venez assister à la chute de la maison que X a bâtie. Et croyez-le : plus rien ne sera comme avant.
 

Ci-dessus, vous pouvez lire les (très) grosses lignes de ce numéro spécial consacré à l'édition 2023 du Hellfire Gala. En 2021, sur l'île de Mykines, propriété de Emma Frost cédée à elle par Namor, fut présentée la première équipe des X-Men de l'âge de Krakoa et la terraformation de Mars rebaptisée Arakko pour y loger les anciens sujets de Genesis et Apocalypse. 


En 2022, une nouvelle formation des X-Men fut intronisée, avec moins de cérémonial, mais en coulisses déjà se préparaient de manoeuvres pour gâcher la fête et préparer une attaque d'ampleur sur le peuple de Krakoa. L'année qui suivit confirma ce futur noir : Orchis propagea des fake news pour discréditer les mutants, tout en piratant leur technologie.


Depuis de longs mois, Marvel promettait Fall of X dont la forme est curieuse : il ne s'agit pas à proprement parler d'un event avec une saga centrale et des séries satellites, ni d'un crossover, mais plutôt d'une myriade de titres, de mini-séries confirmant un changement de statu quo brutal sur la chute de Krakoa, la fin de l'âge de Krakoa. Il faudra sans doute attendre 2024 pour réellement savoir quelle apparence prendra la nouvelle ère mutante.


Mais il faut reconnaître que, même si j'ai tout laissé tomber du côté des mutants ces derniers mois, en partie parce que la série X-Men me tombait des mains, en partie parce que l'event Sins of Sinister m'a découragé, en partie enfin parce que regrettais que Marvel mette fin à l'âge de Krakoa, la lecture de X-Men : Hellfire Gala 2023 était sur mon programme, en espérant trouver une forme de synthèse de Fall of X.


Et de ce côté, je ne suis pas déçu. Gerry Duggan, qui, jusqu'à présent, ne m'avait pas semblé en capacité tout comme en inspiration pouvoir ni produire un page-turner vraiment renversant ni se distinguer de ce qu'avait fondé Jonathan Hickman, réussit un tour de force exemplaire, une vraie apocalypse, qui redistribue profondément les cartes, balaie tout sur son passage. 


Pour illustrer ces 80 pages, j'ai choisi huit pages issues de cet épisode qui me semblent bien résumer les moments forts de ce qui s'y passe, sans trop en dévoiler mais en en disant suffisamment. Il n'est plus réellement question de spoilers : le lecteur est prévenu d'emblée, depuis  longtemps, que les mutants vont prendre cher et que rien (vraiment !) ne sera plus comme avant (en tout cas plus comme depuis quatre ans, depuis House of X/Powers of X).


Dans cette configuration, et même si la notion de mort reste relative étant donné le protocole de résurrection créé par les mutants, on sort de cette lecture tout de même très remué. C'est la réussite la plus notable du script de Gerry Duggan : il parvient à nous faire croire à une crise de grande ampleur, à une situation désespérée, à la fin d'une époque, à un changement de paradigme. Bien entendu, il faudra confirmer ça ensuite et ne pas se contenter d'un simple match retour pour qu'en 2024 on reparte pour un tour de manège. 

Non, si le projet doit aboutir concrètement, il faut que l'an prochain les mutants soient dans un état aussi bouleversant et bouleversé que lors de HoX/PoX. Et disons que ce Hellfire Gala 2023 donne à Duggan tous les moyens d'y arriver. C'est entre ses mains et celles des autres auteurs de la franchise mutante que revient la conversion de cette promesse en réalité. Sinon tout n'aura été qu'un coup d'éclat.

Le déroulement de cet épisode se caractérise par un rythme très soutenu : on a droit à 80 pages très denses, très énergiques, très dramatiques. Tous les curseurs sont à fond, quitte à entrer dans le rouge. Mais comme ça fait bien deux ans qu'on n'a pas lu pareil récit, aussi électrisant, avec des mutants, on se régale. Duggan casse tous les jouets,, sème un chaos incroyable. Il le fait comme un gamin en colère, qui s'est longtemps retenu, mais sans que ce soit un simple caprice. Il hérite de pièces disposées par ses collègues et les assemble de manière efficace pour un résultat paroxystique.

Il y a là une succession de moments très forts, très puissants, et pourtant ça démarre moyen avec la résurrection de Ms. Marvel (Kamala Kahn), piteusement tuée par Marvel (et Zeb Wells, dans les pages de The Amazing Spider-Man). Désormais, le personnage est aligné sur le canon du MCU : elle est devenue une mutante. Duggan se fait étonnamment subtil en développant à la fois ce choc pour le personnage et le fait qu'elle n'ait pas envie de se définit comme tel tout de suite, qu'elle se demande ce qu'il en est de ses pouvoirs, de sa vie privée. C'est le seul passage obligé de l'épisode mais Duggan l'intègre bien.

Puis on entre dans le vif du sujet avec l'élection de la nouvelle équipe des X-Men. Jean Grey annonce qu'elle et Cyclope ont décidé de passer la main à Synch et Talon (Laura Kinney). La formation élue est surprenante avec les entrées de Cannonball, Prodigy, Frenzy, Jubilé, Dazzler, et le Fléau. Mais à peine ont-ils été intronisés que la fête bascule dans le carnage. Nimrod les tue (presque) tous !

La suite est une longue mais captivante opération bien préparée par Orchis. Les méchants entrent en scène les uns après les autres : Dr. Stasis (un clone de Mr. Sinistre), Karima Shapendar/Oméga Sentinelle, l'A.I.M., Moira X, les Sentinelles Stark conçues par Feilong. L'assaut est si massif, rapide, bien déployé que les mutants sont dépassés comme jamais. Le carnage est inévitable et il ne sera pas évité.

On assiste en particulier à la mort, vraiment horrible, d'un X-Man historique, à la défaite d'un autre qu'on pensait impossible, Jean Grey est poignardée, Firestar hérite d'une mission abominable, les portails de Krakoa sont piratés et deviennent des pièges affreux, Lourdes Chantel se sacrifie d'une manière déchirante, Charles Xavier se rend, Malicia opère un baroud d'honneur et un sauvetage in extremis... N'en jetez plus ! On est littéralement saisi par le massacre mutant, à la hauteur du premier (qui donna son titre à une saga culte), par la déroute des survivants, par le désespoir absolu qui étreint Xavier. Mais on est aussi intrigué par ce qu'on voit du côté de Mother Righteous (sur l'archipel de Krakoa basée dans l'Atlantique, et il est certain que cela va faire phosphorer les fans).

Visuellement, 80 pages, c'est l'occasion d'un défilé de dessinateurs et Marvel a convié stars confirmés et recrues en devenir. Adam Kubert ouvre la marche et plus tard donne une belle scène à Wolverine. Puis Luciano Vecchio lui succède, plus fade. Russell Dauterman, comme chaque année, se charge de la présentation de la nouvelle équipe : deux pages seulement, mais superbes. Ensuite, la catastrophe commence pour les héros et les artistes s'enchaînent : Javier Pina et Matteo Lolli ne font pas de quartier, RB Silva qui signe des pages magnifiques, Joshua Cassara ne fait que passer, Kris Anka a droit à un autre moment fort, et Pepe Larraz conclut en beauté. Franchement, c'est un régal pour les yeux, élégant, et brutal.

On a même droit à deux pages par Jonathan Hickman et Valerio Schiti, parfaitement intégrées au reste, qui introduisent deux des futurs protagonistes de leur projet G.O.D.S., de manière très habile. Cela suffit au binôme pour ironiser sur la fameuse affirmation de Magneto dans House of X #1 comme quoi, à présent, les mutants seraient les nouveaux dieux.

Maintenant, dans les mois à venir vont éclore de nombreuses mini-séries exploitant la situation, utilisant les survivants, ramenant des personnages qu'on n'a pas vus depuis des lustres (comme Alpha Flight), investissant plusieurs territoires. Je ne vais rien lire de tout ça. A vrai dire, je pense que cela aurait été bien plus fort et culotté de ne plus rien publier de mutant jusqu'en 2024, histoire de vraiment angoisser les fans et repartir sur des relaunchs, une nouvelle collection de séries (avec de nouveaux noms, comme celui, teasé à la San Diego Comic Con le week-end dernier, de New X-Men). 

Mais Marvel comme la nature a horreur du vide et préfère combler les mois prochains avec une avalanche de projets qu'on sait par avance très inégaux (en qualité et en intérêt). Une stratégie similaire au MCU qui, s'il avait misé sur un break après Avengers : Endgame, aurait permis au spectateur de souffler, de se remettre de ses émotions et pour les studios Marvel de créer une attente, un désir, un manque bien plus efficace. Selon l'offre qui sera proposée au terme de Fall of X, je verrais si ça m'intéresse de revenir lire des aventures mutantes. Ce Hellfire Gala donne un terrain fertile pour une sorte de nouveau départ. Aux scénaristes et editors de savoir en tirer la meilleure liqueur.

jeudi 14 avril 2022

X-MEN #10, de Gerry Duggan et Javier Pina


X-Men #10 confirme la bonne lancée de la série depuis quelques numéros. Il aura fallu être patient mais ça valait le coup. Certes Gerry Duggan n'est pas à l'aise pour animer l'équipe, mais quand il se concentre sur un personnage comme ce mois-ci, c'est très efficace et plaisant. Javier Pina remplace toujours aussi avantageusement Pepe Larraz (qui ne signe que la couverture, pas terrible).


Des repérages effectués depuis Arakko par Malicia indiquent des traces d'adamantium sur Phobos, la lune colonisée par Feilong et Orchis. Wolverine (Laura Kinney) part enquêter sur place.


Elle s'introduit dans le repaire de Feilong incognito et cherche le métal précieux. Et elle découvre qu'est détenue là Lady Deathstrike, à qui le Dr. Stasis a promis un antidote.


Wolverine exfiltre Lady Deathstrike mais Feilong surprend l'intruse et les expulse dans le vide sidéral. Malicia vole à leur secours. Elle récupère leurs corps. Sur Krakoa, on les ressucite.


Guidée par Destinée, Malicia contacte un ami au sujet de la localisation exacte du Gameworld...

Si on s'en tient aux déclarations initiales de Gerry Duggan quand il a débuté son run sur X-Men, il avait une histoire qui occuperait toute une année. Autrement dit, avec la parution de ce dixième numéro, on n'est plus très loin de l'échéance et on peut vérifier si le scénariste avait effectivement un plan.

Force est de reconnaître que si ce plan a eu du mal à s'affirmer, il se concrétise et devrait effectivement toucher son but juste avant l'event Judgment Day. L'ensemble a été décousu, mais les lignes narratives se rejoignent progressivement comme en atteste la fin de cet épisode.

Mais avant cela, X-Men #10 reprend une forme chère à Duggan depuis qu'il anime la série, et pour cause : c'est là où il donne le meilleur de lui-même. Pour le dire simplement, le scénariste ne m'a jamais paru à l'aise pour écrire l'équipe des X-Men en tant que telle. Il a essayé, au début, mais il a, à mes yeux, échoué, la montrant comme une formation invincible face aux menaces que lui envoyait Cordyceps Jones depuis le Gameworld. Etrangèment, c'est quand il réduisait l'effectif de l'équipe que Duggan semblait plus probant.

Puis il y a eu un tournant, net, avec le subplot concernant Captain Krakoa. Tout à coup, la série s'est trouvée une direction et un élément dramatique à exploiter - puisque Cyclope devait rester "mort" aux yeux du public, il a pris une nouvelle identité et les X-Men ont du même coup compris le vrai danger qu'incarnait Orchis, dont l'organisation se structurait mieux, avec le Dr. Stasis et Feilong.

Feilong en colonisant la lune de Mars/Arakko, est devenu le caillou dans le jardin des mutants, celui qui les provoquait ouvertement et ainsi détournait l'attention des X-Men. Exhibant, comme on l'apprend au début de ce numéro les restes de Nightcrawler (recueillis lors de la première attaque contre la station Orchis dans House of X #3-4) et recelant de l'adamantium, il génère du dégoût et de la curiosité chez les héros. 

Wolverine (Laura Kinney) décide d'enquêter au sujet du métal précieux, craignant que Orchis ne l'exploite pour cloner de nouvelles armes X (comme elle-même). Duggan ménage habilement la tension (lorsque Jean Grey tente de calmer Laura) et l'humour (les autres membres prennent les paris pour savoir combien de temps Wolverine restera sous les radars de Orchis pendant sa mission). On se rend surtout compte, depuis les runs de Tom Taylor et avant lui de Mariko Tamaki, à quel point Laura Kinney est devenue un personnage plus intéressant que Logan, revitalisant le nom de Wolverine.

Il ne s'agit pas ici d'un cas de remplacement ou de doublon, comme c'est:ce fut le cas pour Thor ou Spider-Man ou Captain America. C'est plus subtil et sensible car Laura a été conçue comme le clone de Logan. Comme Kitty Pryde, c'est aussi un personnage qu'on a vu grandir, mûrir, fait rare et notable. A tel point qu'un clone de clone a été créé avec Honey Badger/Scout (Gabby Kinney), tout aussi attachant (et vue dernièrement dans New Mutants). La force originelle de Logan, complètement laminée depuis, c'était son caractère d'outsider, tellement cool et féroce à la fois. Mais cela s'est usé car la popularité de Logan a conduit Marvel à le mettre partout, à n'importe quelle sauce (tueur, professeur, chef). Dans cette configuration, Laura Kinney représente ce que Logan n'est plus depuis belle lurette : cette X-woman allergique à l'autorité, solitaire par nature, mais sans l'omniprésence éditoriale de son aînée.

Aussi, en la mettant au centre de cet épisode, non seulement Duggan se montre inspirée (car elle se lance dans une mission sans demander la permission des autres) mais surtout il exploite le personnage avec justesse, efficace, redoutable, sans être la copie de Logan. Comme, en prime, Duggan l'a peu écrite depuis le début de son run, on apprécie qu'elle soit mise en avant. Le scénariste confirme surtout qu'il est nettement plus à l'aise avec une histoire character's driven, reposant sur un héros, qu'avec un groupe entier.

Le déroulement de l'épisode est maîtrisé et très divertissant. Il rapatrie Lady Deathstrike. Et, in fine, il relie cette histoire avec Gameworld, Cordyceps Jones, très présent au début de la série. L'apparition d'une guest-star à la dernière page est amusante, sans être déplacée (car c'est quelqu'un que Duggan a déjà écrit par le passé, qui n'est dans aucune autre série actuelle, et dont le rôle est logique).

Visuellement, Javier Pina dessine là son quatrième épisode, égalant le nombre de prestations de Pepe Larraz. Et c'est toujours aussi fou de voir qu'il s'investit franchement plus que son confrère, mais surtout qu'il le suppléé sans que la série n'en souffre qualitativement. 

Pina imite volontiers le trait de Larraz, mais ses planches sont plus soignées, mieux cadrées. Larraz est un grand talent, c'est indéniable, mais il ne m'a jamais donné l'impression d'être vraiment là depuis qu'il dessine X-Men, comme si, au fond, ça ne l'amusait pas, ça ne l'inspirait pas. On peut légitimement penser que Larraz s'épanouit davantage avec des scripts qui challengent plus ses capacités (comme lors de House of X ou Planet-Size X-Men).

En revanche, Pina s'éclate sur X-Men, il profite. C'est un titre béni pour un artiste en quête de reconnaissance (comme peuvent l'être Avengers ou Spider-Man), et il s'investit, ne s'économisant pas. Ses pages sont belles et percutantes, elles débordent d'énergie et il est très en forme ce mois-ci. Il maîtrise le casting, donne du souffle au récit, valorise le décor. Son découpage est très performant, avec des moments de tension parfaits, que subliment les couleurs de Marte Gracia.

Ce n'est pas que je n'ai pas envie de revoir Larraz, mais les épisodes de Pina méritent vraiment qu'il devienne l'artiste titulaire de la série, il le mérite, et je crois que les fans savent qu'ils ne perdent pas au change. Parfois, il faut savoir donner sa chance au remplaçant, à celui qu'on n'attendait pas et Pina me fait penser à la trajectoire de Schiti, qui a vraiment explosé sur Guardians of the Galaxy, où s'est imposé quand McNiven ou Pichelli étaient incapables d'enchaîner les épisodes.

C'est, je le dis dès maintenant, ma lecture préférée de cette semaine, dans les nouveautés parues depuis Mardi. Ce n'est pas un grand épisode, un super numéro, mais c'est un numéro qui fait le job, qui le fait vraiment bien. Si X-Men, c'est ça désormais, alors ne touchez plus rien : Duggan a trouvé son rythme de croisière, Pina a supplanté Larraz, et la première "saison" de l'ère Reign of X/Destiny of X promet de s'achever en beauté. En réclamer plus risquerait de provoquer plus de dégâts que de profits.

vendredi 18 février 2022

X-MEN #8, de Gerry Duggan et Javier Pina


X-Men #8 est (un tout petit peu) meilleur que le #7, mais ça ne veut pas dire que c'est vraiment bon. Gerry Duggan fait simple et ça lui va mieux. Mais la série, honnêtement, mérite mieux que ça. D'autant, encore une fois, que le scénariste se montre incapable d'animer l'équipe des X-Men en tant que telle. En revanche, l'excellente surprise vient des des dessins de Javier Pina, qui en s'alignant sur le style de Pepe Larraz (qui ne signe que la couverture) réussit à produire des planches bien plus généreuses et solides.


L'équipe des X-Men (moins Sunfire) intervient sur un paquebot de crosière. Wolverine a intercepté sur le Net une vidéo d'un passager montrant qu'à bord une folie meurtrière règne. Le responsable est identifié : il s'agit de M.O.D.O.K. et l'A.I.M..


Les X-Men se séparent en trois : Captain Krakoa, Marvel Girl et Polaris sauvent les passagers tombés à l'eau, Malicia du vaisseau de l'AIM, et Synch et Wolverine de MODOK. Synch en profite pour évoquer avec Wolverine leur séjour dans la Voûte et ses sentiments pour elle.


Mais MODOK réussit à distraire Synch en écartant Wolverine et il prend la fuite. Captain Krakoa lui barre la route. Grâce à Synch et aux pouvoirs psi de Marvel Girl, il pénètre les pensées de MODOK pour tenter de le raisonner, puis l'intimider, avant de le remettre aux autorités.


De retour à New York dans leur QG, Synch aborde Cyclope pour lui avouer avoir effacer les souvenirs de Ben Urich au sujet de ses découvertes sur la résurrection des mutants. Mais cela l'a mis mal à l'aise : il demande à quitter l'équipe...

Je ne veux pas donner le sentiment de m'acharner sur Gerry Duggan et sa manière d'animer la série X-Men, à force je vais donner l'impression de radoter. Ce qui domine, c'est cette frustration. Parfois, et je suis sûr que cela vous est arrivé en suivant une série, vous avez le sentiment que celle-ci mérite mieux que les auteurs qui la pilotent. Vous rêvez même d'un autre scénariste (et/ou d'un autre dessinateur) pour s'en occuper, convaincu qu'ils s'en tireraient mieux, qu'ils auraient de meilleures idées, qu'ils seraient plus concernés, que sais-je.

J'ai une philosophie simple quand je rencontre ce genre de problème : j'arrête les frais et j'attends des jours meilleurs, une nouvelle équipe artistique, une nouvelle direction éditoriale. Simplement, par le jeu des précommandes, il me reste un certain nombre de numéros de la série à recevoir et je les lirai et les critiquerai, en toute honnêteté. Après... On verra si je poursuis l'aventure. Mais cela devrait me conduire jusqu'au début de l'event Judgment Day (dans lequel les X-Men tiendront un rôle déterminant).

La voie qu'a empruntée Gerry Duggan n'est pas déplaisante en soi, il a opté pour une série plus tournée vers l'action pure, plus classique dans le fond et la forme, et les X-Men sont devenus les champions de Krakoa, se comportant non pas en défenseurs de la cause mutante, mais en super-héros qui veulent mériter le respect et la considération des autres (des autres super-héros et des humains). C'est une direction qui n'est pas aberrante, c'est même l'étape logique dans une ère qui s'appelle Reign of X. Et surtout cela dispense le lecteur de lire des histoires où les X-Men sotn les éternels persécutés du Marvel Universe pour épouser une ligne plus proactive.

Le souci que j'ai, c'est que je ne trouve pas Gerry Duggan très inspiré. Il écrit ça sans souffle, sans grande imagination. La construction de sa série est d'ailleurs claire : elle ne fonctionne pas par arc narratif, mais par épisode self-contained, des one-shots, parfois un double épisode pour boucler une intrigue. Il y a un vague fil rouge, intermittent, avec Cordyceps Jones, le Dr. Stasis, Ben Urich, Feilong, mais rien qu'on puisse comparer à un subplot digne de ce nom, qui se développerait lentement mais sûrement pour occuper le devant de la scène et annoncer un combat crucial pour les X-Men. D'ailleurs, la plupart du temps, cette menace est reléguée en fin d'épisode, comme une note en bas de page, ce qui empêche le lecteur d'en ressentir le danger.

Ce mois-ci, un nouveau vilain est opposé aux X-Men, c'est une figure connue et grotesque de l'univers Marvel, MODOK, acronyme pour Mental Organism Designed Only for Killing. Un savant fou (encore un...) qui est lié à l'A.I.M. (pour Advanced Idea Mechanics), qu'on sait être intègré à l'organisation Orchis. Il a empoisonne l'eau potable sur un paquebot de croisière, les passagers deviennent fous et violents. Les X-Men, qui ont déjà depuis sept épisodes vaincu plus fort que ça, vont, sans suspense, le mater. Zéro suspense. C'est déjà embêtant.

Ce qui l'est aussi, de façon tout aussi récurrente, c'est donc que Duggan n'écrit à aucun moment les X-Men comme une équipe. Malicia s'occupe du vaisseau (qu'on ne voit jamais !) de l'AIM, sans que le lecteur sache comment elle le neutralise. Captain Krakoa (Cyclope), Marvel Girl et Polaris sauvent des passagers jetés à l'eau sans que, là encore, on n'en voit rien. Sufnfire est absent (sans explication) de cette mission. Restent Wolverine (Laura Kinney) et Synch pour maîtriser MODOK, mais ils passent plus de temps à communiquer télépathiquement au sujet de leur séjour dans la Voüte (où Synch est tombé amoureux de sa camarade) qu'à vraiment se battre (d'ailleurs MODOK est vraiment neutralisé par Captain Krakoa).

C'est tout de même insensé d'être aussi incapable d'écrire un team-book avec aussi peu de dynamique de groupe, comme si Duggan ne trouvait pas le moyen (ou simplement l'adversaire) capable de mobiliser les efforts simultanés de tous les membres du groupe. Vita Ayala y parvient dans New Mutants, Tini Howard dans Excalibur, Benjamin Percy dans X-Force, mais pas Duggan dans X-Men. Pourtant, je me souviens de ses Uncanny Avengers qui étaient bigrement efficaces, et même ses Guardians of the Galaxy avaient plus d'allure que là.

L'épisode se termine sur la révélation concernant l'amnésie de Ben Urich qui était sur le point de sortir un article explosif sur la résurrection des mutants. Mais en vérité, on s'en fiche un peu car Duggan explique ça mollement et en employant un personnage accablé par son geste (alors que d'autres mutants avec des pouvoirs psi auraient agi avec bien moins de scrupules, mais plus logiquement dans le contexte établi par Hickman). Le fait que Everett Thomas veuillent quitter l'équipe et que ça lui soit refusé n'émeut pas davantage (s'il devait gicler bientôt, ce serait juste bon à son remplacement par le mutant élu lors du prochain Hellfire Gala, sinon il traînera ses remords dans une équipe où visiblement personne ne se soucie du bien-être collectif).

Puisqu'il faut dégager un point positif à tout ça, alors soignons-le. Et il s'agit de saluer le travail de Javier Pina. Remplaçant de Pepe Larraz sur la série, il m'avait déjà bien convaincu la fois précédente où ça s'était passé. Mais c'est encore mieux pour ce numéro.

Pina a aligné son style sur celui de Larraz, avec un encrage assez gras, qui lui convient très bien. Les couleurs de Marte Gracia sont exceptionnelles car elles unifient l'esthétique de la série, d'un épisode à l'autre, et l'illusion est quasiment parfaite. Au niveau du découpage, Pina est moins foufou que Larraz, mais en revanche, il apporte à ses cases un plus grand soin sur les décors, les arrières plans. Il donne l'impression de moins s'éparpiller, de mieux doser ses effets et ses efforts, du coup le ressenti est plus agréable car le résultat est plus constant.

Larraz a pour lui une facilité insolente mais un manque évident à se canaliser (qui expliquerait son incapacité chronique à enchaîner les épisodes), tandis que Pina, plus modeste et appliqué (voire laborieux), en garde sous le pied et peut produire des planches plus compactes et des épisodes plus réguliers, sans paraître essouflé. Ce serait intéressant de le voir à l'oeuvre sur trois ou quatre épisodes d'affilée pour voir si cela se vérifie (mais je doute qu'on en ait l'occasion car, evidemment, Larraz est désormais devenu un dessinateur plus attractif, les fans sont disposés à lui pardonner son irrégularité, même si Pina semble plus solide).

Je ne vois pas par quel miracle X-Men pourrait se redresser et opérer un changement qualitatif sur la durée avec Duggan au scénario. Il paraît incapable d'écrire correctement cette série, ces personnages comme une équipe, en tout cas pas de la manière qui me convaincrait. Ce n'est pas fait pour lui, et sans doute le staff éditorial doit veiller au grain pour que la recette ne soit pas trop modifié (après avoir dû composé avec un Hickman intouchable). Dommage pour les X-Men. Et pour Javier Pina, qui mériterait aussi mieux que de jouer les doublures.

jeudi 25 novembre 2021

X-MEN #5, de Gerry Duggan, Javier Pina et Zé Carlos


Je n'aime pas jouer les grincheux et infliger à ceux qui me lisent des critiques chonchons mais je ne peux pas non plus dissimuler ma déception (croissante) devant  X-Men #5. Ce cinquième numéro écrit par Gerry Duggan est le pire de son jeune run : je m'y suis ennuyé. Et si visuellement, les planches de Javier Pina restent excellents, celles (heureusement peu nombreuses) de Zé Carlos sont pitoyablement moches.


Attirés dans un piège par les Reavers, ces anti-mutants transformés en cyborgs, les X-Men tombent comme des moches face à un ennemi bien préparé. Seule Polaris, protégée par un champ de force, réussit à leur tenir tête, le temps que ses partenaires se ressaisisent et achèvent la bagarre.


Alors que l'équipe reprend ses esprits, Polaris sollicite une entrevue rapide avec Marvel Girl au sujet du vote des membres lors du Gala Hellfire. Lorna Dane hésitait à accepter de faire partie des X-Men et croit que Jean Grey lui a forcée la main, mais elle reconnaît qu'elle se sent mieux intégrée désormais.


De retour à leur Q.G. à New York, les X-Men offrent aux plus démunis vivres et matériel pour affronter l'hiver qui approche. Ben Urich arrive sur place et demande à parler à Cyclope en privé. Il lui explique être en train d'écrire un article au sujet des mutants.


Et son enquête lui a permis de deviner que les mutants ont trouvé un moyen de ressuciter, comme en atteste la présence de Cyclope, ou le retour de Cable. Il donne un délai aux X-Men pour s'exprimer à ce sujet. Le Dr. Stasis assiste, en jubilant, à la scène, à l'abri des regards.

C'est difficile de lire et donc d'apprécier X-Men de Gerry Duggan sans comparer sa production à celle de son prédécesseur, Jonathan Hickman, pour qui, d'ailleurs, le terme "X-Men" ne désignait plus l'équipe de mutants mais une entité plus large et aussi un titre périmé.

On trouve là le coeur du problème : les X-Men en tant qu'équipe de héros mutants n'intéressait pas Hickman, qui était plus intéressé par la hiérarchie de Krakoa, avec le Conseil, puis le rôle de Capitaine Commandant de Cyclope, pouvant disposer de n'importe quel mutant pour des opérations spéciales. Hickman avait chamboulé la formation des X-Men pour en faire une non-équipe où tout le monde était susceptible d'être appelé par Cyclope, tout ne laissant aux autres scénaristes des personnages emblématiques dont il n'avait pas l'usage (Logan/Wolverine notamment). C'était un concept formidable, imprévisible, au service d'histoires en un ou deux épisodes maximum, le lecteur ne savait jamais qui serait de la partie.

Malheureusement, les X-Men de Duggan sont beaucoup plus (beaucoup trop) classiques. Il s'agit d'une banale équipe de super-héros mutants, avec une formation fixe. Mais le scénariste pourrait en faire quelque chose de bien s'il le voulait vraiment. Pour cela, il faudrait qu'il créé une dynamique de groupe, des relations entre les membres de ce groupe, parce que c'est dans l'ADN des X-Men, cette veine soap, avec de la romance, de la tension, des confflits internes. Toutes choses absolument abentes de la série actuelle.

Ce sont ceux-là, mais à vrai dire ce pourrait être d'autres X-Men qu'on ne verrait pas de différences. Duggan les pose là, les agite comme un marionnettiste tels des pantins désincarnés, et basta. La potentielle romance entre X-23-Synch ? Oubliée. Le couple Cyclope-marvel Girl ? Inexploité. Le caractère impétueux de Sunfire ? Inexistant. Polaris ici en vedette ? Transparente et uniquement préoccupée par ses lunettes cassées et son gobelet de café... C'est accablant.

En vérité, Duggan est aussi désinvolte ici qu'avec Marauders. Mais ça passait sur Marauders car le lecteur n'attendait rien de cette série : quand les épisodes étaient bons, il était content, et quand ils n'étaient pas bons, il espérait que ça s'améliorait. Mais quand on écrit X-Men, ce n'est pas la même chanson : le lecteur attend quelque chose de différent, de la tradition ou de la nouveauté, mais quelque chose de plus consistant. Et le compte n'y est pas : ni en termes de menaces (ici les Reavers, déjà abondamment utilisés par Duggan sur Marauders), ni en termes de narration (le principe d'un épisode, un adversaire est soporifique), ni en termes de style (inutile d'être méchant mais Duggan n'a pas le même niveau que Hickman).

Comme depuis cinq épisodes, Duggan ne semble se réveiller que dans les ultimes pages avec les subplots qu'il développe à pas comptés : d'un côté l'enquête de Ben Urich qui vient enfin en parler aux X-Men, de l'autre le mystérieux Dr. Stasis qui épie tout ce beau monde en s'amusant (mais bon, si c'est sensé faire peur, c'est raté). En tout cas, on ne voit pas bien en quoi ça pourrait constituer un gros problème pour les X-Men : si Jean Grey veut brouiller l'esprit d'Urich pour qu'il ne publie pas son article (comme elle en a visiblement déjà envie en le désignant comme un "problème"), ça ne devrait pas lui poser un gros problème moral. Et ce fameux Dr. Stasis n'a donc rien montré de bien préoccupant jusqu'à présent. Il reste Feilong, absent de cet épisode, qui s'est pas remis que Mars ait été colonisé par les mutants, mais lui non plus n'a pas un charisme débordant.

Il manque donc beaucoup (trop) de choses pour que ça fonctionne : un concept, du style, une dynamique, un antagoniste... Et un dessinateur. Pepe Larraz est encore absent (sans doute parce qu'il a dessiné une page pour le n° spécial anniversaire de Fantastic Four...), à part pour la couverture (sans aucun rapport avec le contenu). Alors Javier Pina rempile : je n'ai rien contre le résultat, c'est très bien, vraiment, Pina imite parfaitement Larraz, c'est propre, efficace. 

Mais visiblement, Pina est déjà à la limite après un épisode puisque Zé Carlos vient en renfort. Pour pas grand-chose heureusement : quatre pages. Mais c'est suffisant parce qu'elles sont affreuses. Et parfaitement inutiles par ailleurs. Cette espèce d'aparté dans l'épisode comme quoi Polaris aurait hésité à être élue et ce dialogue affligeant avec Marvel Girl où finalement elle est reconnaissaante parce que ça lui fait du bien de prouver qu'elle est digne d'être une X-woman (même si ensuite elle écrit une lettre à Vega pour lui dire qu'il serait bien utile dans le groupe)... 

Mais qu'est-ce que ça vient faire là ? Pourquoi Duggan écrit-il ça ? On n'en a rien à foutre ! C'est inutile, inintéressant. Comme lui aurait préféré compter Tempo dans l'effectif, je ne suis pas loin de penser qu'il cherche à torpiller Polaris et qu'il va l'éjecter de l'équipe dès qu'il le pourra (ce serait presque un service à lui rendre parce qu'il l'écrit vraiment d'une façon épouvantable).

Mais je m'énerve.

Franchement ? Je ne suis même plus sûr d'acheter le prochain numéro. Je suis déçu, je suis frustré, je suis en colère. Je la sens mal, la future ère post-Hickman de la franchise...

jeudi 14 octobre 2021

X-MEN #4, de Gerry Duggan et Javier Pina


Pour ce quatrième épisode de X-Men, Gerry Duggan change de recette : il ne s'agit plus de combattre une nouvelle attaque lancée par Cordyceps Jones. C'est déjà ça. Mais ça n'est pas encore ça. Le scénariste donne l'impression d'écrire la série en mettant en scène ses héros en attendant de consacrer les ultimes pages aux choses qui l'intéressent d'avantage. Le procédé est flagrant. Heureusement, l'absence de Pepe Larraz est compensée mieux que bien par Javier Pina, dans un grand jour.


La nuit d'Halloween. Sunfire monte la garde dans le Q.G. des X-Men mais ses écrans de contrôle le lui permettent pas de remarquer l'intrusion d'un visiteur. Cauchemar se glisse dans l'antre des héros mutants et sondent leurs rêves agitées, comme celui de Cyclope.


Mais le sommeil de Jean Grey attire son attention quand il voit qu'elle a été l'hôtesse du Phénix et a causé un génocide cosmique. De quoi la hanter et pour Cauchemar de s'amuser à la tourmenter. Avant cela, il s'aventure dans d'autres chambres.


En allant dans celle de Laura Kinney, il découvre son séjour dans la Voûte et le souvenir de sa romance avec Synch qui le perturbe encore. Toutefois, Cauchemar n'a pas le temps d'en savoir plus car Marvel Girl le surprend et le congédie sans ménagement.


Il tente de se venger en terrorisant les habitants du quartier dans leurs songes mais elle les tranquillise. Pendant ce temps, Ben Urich découvre la tombe profanée de Nathan Summers. Le Dr. Stasis envoie un rapport au sujet du programme Polyphème. Et Feilong s'envole pour Mars...

Tout d'abord, dissipons une inquiétude qu'auront certainement les fans de la série : ce mois-ci, Pepe Larraz ne dessine pas cet épisode, ayant éprouvé le besoin de souffler après avoir enchaîné Planet-Size X-Men et les trois premiers numéros de X-Men. Il est remplacé par Javier Pina, un artiste inégal, qui est capable du meilleur comme du pire, souvent dans l'ombre de dessinateurs plus côtés que lui (il a aussi assuré l'intérim de Jesus Saiz sur Dr. Strange).

Mais, et c'est une fort agréable surprise, Javier Pina a, comme on le dirait d'un sportif, haussé considérablement son niveau de jeu pour ne pas décevoir ceux qui apprécient X-Men grâce au dessin de Larraz. Il semble d'ailleurs que Pina aait voulu reproduire les effets d'encrage et le découpage énergique de son confrère, avec un succès indéniable.

On a droit à des planches vraiment superbes, dynamiques, où Pina maîtrise parfaitement le décor si particulier du QG des X-Men mais aussi les trois personnages à l'honneur dans l'épisode - Cyclope, Wolverine et surtout Marvel Girl. Franchement, je ne m'y attendais pas, mais c'est épatant. La narration est très soignée, tonique et inventive, avec un trait un peu épais mais qui convient parfaitement à ce récit nocturne où l'artiste peut se laisser aller à des effets de mise en scène volontiers grandiloquents.

Le tout est valorisé par la mise en couleurs de Erick Arciniega, dont la palette est proche de celle de Marte Gracia ou David Curiel. Un vrai plaisir des yeux, avec une ambiance intense, des contrastes superbes. Si vous craigniez d'avoir un épisode un ton en dessous des trois précédents sur le plan visuel, ce n'est pas le cas.

Cette belle prestation graphique suffit-elle à combler le lecteur ? Pas vraiment, hélas ! Car, à sa manière, cet épisode synthétise les défauts de Gerry Duggan comme scénariste et plus particulièrement comme auteur de la série. Je m'explique.

J'ai toujours considéré Gerry Duggan avec sympathie, le bonhomme a l'air cool, il a du talent, et Jonathan Hickman l'a choisi pour lui succéder sur le titre phare de la franchise qu'il a radicalement dépoussiéré. De quoi être en confiance. Par ailleurs, si je n'ai pas suivi la production de Duggan sur Deadpool (sur lequel il a beaucoup oeuvré), j'avais beaucoup apprécié son run sur Uncanny Avengers, très pêchu, totalement différent de la proposition plus épique de Rick Remender. Je n'avais donc pas d'a priori négatif sur le fait qu'il écrive X-Men, d'autant que, malgré des hauts et des bas, il a assuré sur Marauders.

Mais il me semble évident qu'il répéte les mêmes erreurs sur X-Men que sur Marauders, qui avait connu des débuts très laborieux (j'avais même été à deux doigts de lâcher la série à l'époque). Encore maintenant, Duggan ne s'est pas départi d'une désinvolture certaine sur ce titre, dont il a volontairement écarté les concepts (qui devaient être de suivre le sauvetage de mutants persécutés en même temps que d'assurer la commercialisation de la médecine krakoane), au profit d'aventures décousues mais divertissantes.

A son arrivée sur X-Men, Duggan a annoncé son ambition, en programmant une année entière d'épisodes qui allait être tonique et spectaculaire. C'était le deal, semble-t-il : faire de la série un blockbuster plus divertissant et tourné vers l'action que durant le run de Hickman. Et dès les premiers épisodes, il n'y est pas allé avec le dos de la cuiller, envoyant un kaiju alien puis carrément la vague d'annihilation et dernièrement le Maître de l'Evolution contre les champions mutants.

Le souci, c'est que cette volonté de tout miser sur le grand spectacle et l'action à tout-va a pris le pas sur tout le reste : pas le temps pour les membres des X-Men de s'entraîner, de faire connaissance, pas de place pour installer un véritable esprit de groupe. Duggan a dû penser que le lecteur ferait ce travail à sa place puisque Cyclope et Marvel Girl forme un couple, que Wolverine et Synch avaient vécu une romance dans la Voûte (sans qu'on sache vraiment si Wolverine s'en rappelle aussi bien que Synch), que Malicia était une X-woman populaire depuis longtemps, et que Sunfire et Polaris feraient leur trou tout seul.

Mais ce n'est pas évidemment pas aussi simple. Le lecteur, je crois, a besoin de scènes où les héros apprennent à cohabiter, non seulement pour solidifier leur esprit d'équipe mais aussi pour interagir, pour créer des liens de sympathie, d'amitié, d'amour ou de rivalité. Plus que toute autre fomation super-héroïque, l'ADN des X-Men s'est construit dans un mélange éternel de soap opera et de super-héroïsme. Lisez donc actuellement The Unbelievable Unteens de Jeff Lemire et Tyler Crook, leur version des X-Men dans le monde de Black Hammer, et vous comprendrez à quel point le scénariste canadien a bien résumé les clichés, le folklore propres aux mutants pour en tirer sa propre version.

Cela est cruellement absent de la version de Duggan. Y compris dans cet épisode où, pour une fois, les mutants n'affrontent pas une nouvelle menace cosmique et n'engagent pas un combat titanesque. Ils sont visités par Cauchemar (qui profite de l'assassinat récent du Dr. Strange, dans la mini-série The Death of Dr. Strange de Jed MacKay et Lee Garbett) la nuit d'Halloween. Cet intrus sonde les rêves tourmentés de Wolverine (un peu), mais surtout de Cyclope et de Marvel Girl. Mais quand celle-ci s'en aperçoit, elle éjecte l'importun fissa, en prouvant qu'elle est de taille, en tant que mutante de niveau oméga, à lui tenir tête. Et après ?

On n'apprend rien de neuf : Cyclope est hanté par son fils, Nathan Summers/Cable, Jean Grey par le Phénix et Wolverine par la Voûte. Cette aventure a tout d'une parenthèse sans conséquence, puisque ni Sunfire, ni Malicia, ni Polaris, ni Synch n'auront été impactés. Marvel Girl retourne se coucher en ne mentionnant rien de son intervention à Cyclope. C'est passé, et c'est tout. Si rien ne s'était passé, ça aurait été strictement la même chose.

Le pire, dans tout ça, c'est qu'on sent que Duggan écrit les X-Men pour donner au lecteur ce qu'il attend, alors que lui ne semble pas franchement intéressé. Il ronge son frein pour, dans les dernières pages, renouer avec ses subplots (pas moins de trois simultanés !) où on suit Ben Urich sur la tombe profané de Nathan Summers dans le cadre de son investigation sur les résurrections mutantes inexpliquées. Puis le Dr Stasis envoie un rapport à Orchis où il mentionne très subtilement un certain projet Polyphème (qui était le nom du cyclope battu par Ulysse dans l'Odyssée, et qui renvoie donc à la mort de Cyclope dans la station Orchis lors de House of X #4). Et enfin on retrouve le milliardaire Feilong en route pour Mars, en train de s'exposer aux rayons cosmiques à travers du quartz rubis (le même matériau qui équipe la visière de Cyclope).

Si Duggan osait, comme l'aurait fait Hickman, consacrer un épisode entier pour développer ces subplots, quitte à priver le lecteur de toute apparition des X-Men, sans doute se soulagerait-il et peut-être reviendrait-il le mois suivant à une histoire avec ses héros, sans que cela ne gêne grand-monde en vérité. A lieu de ça, il trousse une histoire sans conséquence avec Cauchemar, puis accélère comme un fou pour développer ces sous-intrigues en fin d'épisode. Ce n'est ni fait, ni à faire. Qu'il relise Claremont et Byrne pour apprendre à gérer les subplots, ça n'a pas vieilli, c'est toujours un modèle du genre, et les X-Men vivaient des aventures palpitantes, avec une caractérisation irréprochable.

J'avoue une certaine lassitude, ce qui n'est pas bon signe au bout de seulement quatre numéros. Je me donne jusqu'à la fin 2021 (c'est-à-dire jusqu'au #6) pour décider si je persiste à suivre X-Men version Duggan. A ce moment-là, on en saura également certainement plus sur la franchise post-Hickman et si ça vaut le coup de poursuivre l'aventure ou de procéder à un tri très sélectif.