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mercredi 25 mai 2022

ELEKTRA : BLACK, WHITE & BLOOD #4, de Matthew Rosenberg et Alberto Albuquerque, Peach Momoko, Kevin Eastman et Freddie E. Williams


C'est le dernier numéro de cette mini anthologie consacrée à Elektra. Comme d'habitude, nous avons droit à trois courtes histoires suivant la charte graphqiue annoncée dans le titre : Black, White & Blood. Le résultat est honnête, avec des exercices très divers, même si l'ensemble reste souvent anecdotique.


- Powers You Can't Comprehend. (Ecrit par Matthew Rosenberg, dessiné par Alberto Albuquerque.) - Le Caïd envoie Elektra tuer un homme dont elle refuse de savoir pourquoi il est sa cible mais apprenant qu'il est très dangereux et spécial. C'est ainsi qu'elle va affronter Ghost Rider !


- Assassin. (Ecrit et dessiné par Peach Momoko.) - La route d'Elektra, dans le japon féodal, croise celles de samouraïs errants attaqués apr d'étranges créatures. Elle s'en débarrasse et vend leurs dépouilles mais se fait rouler.


- Rendez-vous. (Ecrit par Kevin Eastman et dessiné par Freddie E. Williams.) - Elektra affronte son double dans un combat à mort. Mais cette mort donnera naissance à la véritable tueuse que l'on connaît...

Au bout du compte, cette anthologie sur Elektra déclinée sur trois couleurs (noir, blanc, rouge) aura cruellement manqué de substance. A chaque numéro, seul un segment sur trois aura vraiment retenu l'attention par le soin apporté au créateur qui se sera emparé de la figure iconique de la célèbre assassin ninja. C'est dommage car le personnage a un tel potentiel : c'est même sûrement, avec le Punisher, l'anti-héroïne la plus emblématique chez Marvel depuis une quarantaine d'années.

Ce dernier numéro de Elektra : Black, White & Blood est cependant le plus régulier. Pas forcément le meilleur cela dit. Plutôt celui propose trois histoires de qualité semblable. Pas de grand gagnant, de récit qui sort du lot. Il était certainement temps que ça s'arrête.

Débutons par le segment écrit par Matthew Rosenberg, qui est, de loin, le plus abouti et le plus divertissant. La formule n'est pas originale (le Caïd envoie Elektra exécuter un contrat) mais la cible est, elle, particulièrement inattendue et percutante puisqu'il s'agit du Ghost Rider. Je n'ai pas souvenir que, dans la continuité, les deux personnages se soient croisés, encore moins affrontés, mais c'est ntéressant car Ghost Rider incarne l'Esprit de la Vengeance et le confronter à Elektra donne à celle-ci un adversaire puissant, redoutable en même temps qu'une sorte de test pour qu'elle mesure le danger de son job et le poids des morts qu'elle inflige sur sa conscience.

Malheureusement, cela aurait mérité un story-arc, une mini-série, et on sent que Rosenberg aurait pu aller encore plus loin. Mais Alberto Albuquerque dessine tout ça avec une vraie énergie, un vrai punch. Presque cartoonesque. Ce n'est peut-être pas ce qui est le plus approprié, mais cela donne une autre dimension imprévue à ce duel.

Ensuite, Peach Momoko propose une nouvelle quasiment entièrement muette (seule une phrase en première page situe l'action). Le résultat est pour le moins déroutant et on peut l'interpréter de bien des manières. Ce qui est plus certain en revanche, c'est que la prodige japonaise, chouchoutée par Marvel, établit son chapitre dans l'univers de sa série Demon Days, c'est-à-dire du temps de la féodalité au Japon, ce qui distingue son travail de tous les autres.

Visuellement, c'est splendide et effrayant à la fois. Momoko joue sur les textures (visqueuses, comme le sang, les fluides) pour créer un malaise subtil et en même temps, elle conclut son histoire sur une arnaque subie par Elektra. Là encore, on aurait aimé que ce soit plus long pour découvrir ce qui se passe ensuite. Mais, les fans seront comblés puisque l'artiste signe aussi la couverture (à tomber) de ce numéro.

Enfin, Kevin Eastman, connu pour être un des créateurs des Tortues Ninjas, nous gratifie de l'exercice narratif le plus abouti du lot. Brodant autour d'un poème de Alan Seeger, datant de 1917 (J'ai rendez-vous avec la Mort), il met en scène un duel à mort entre deux Elektra, symboliquement vêtues pour l'une entièrement de blanc, l'autre de noir. A la fin, s'étant entretuées, elle permettent l'émergence de l'Elektra vêtue de sa célèbre tenue rouge.

Ce dispositif est mis en valeur par un découpage extraordinaire de Freddie E. Williams. Si son trait ne me séduit guère, j'ai été épaté par les efforts qu'il déploie pour animer cette bagarre acrobatique et fatale sous la neige, de toit en toit, en passant par un escalier de secours, pour s'achever dans une ruelle. C'est impressionnant de fluidité et de force. Sa complicité avec Eastman (ils sont d'ailleurs crédités comme storytellers et non comme scénariste/artiste) est évidente et logique (Williams ayant lui aussi oeuvré sur les Tortues Ninja, notamment pour un crossover avec... Batman).

Voilà, Elektra : Black, White & Blood, c'est terminé. Aprés Wolverine et Deadpool, et alors que Moon Knight a droit désormais au même traitement, le bilan est moyen, comme si les auteurs ne savaient la plupart du temps pas trop quoi faire avec ce "concept" et ce personnage. Frustrant donc, malgré quelques fulgurances.

jeudi 24 mars 2022

ELEKTRA : BLACK, WHITE & BLOOD #3, de Ann Nocenti et Federico Sabbatini, Paul Azaceta, David Pepose et Danilo Beyruth


Les numéros de l'anthologie Elektra : Black, White & Blood se suivent et se ressemblent de manière confondante. Déjà dans les deux précédents exemplaires, j'avais noté qu'une histoire surnageait nettement sur ls trois que comptait chaque fascicule. C'est encore le cas ce mois-ci, avec un casting des plus divers, mais où domine le segment écrit et dessiné par Paul Azaceta.


- Split (Ecrit par Ann Nocenti, dessiné par Federico Sabbatini) - Enfermée dans la cellule d'un asile, Elektra, qui feint de prendre les médicaments qu'on lui prescrit, organise son évasion. Elle entraîne dans ce projet Mary, co-détenue avec elle, et qui entend des voix...


- With a Passion (Ecrit et dessiné par Paul Azaceta) - Daredevil surprend Elektra alors qu'elle va tuer une femme. Ils s'affrontent. Auc coups succède une etreinte passionnée. Daredevil endormi, Elektra file pour remplir son contrat mais sa conscience la rattrape...


- Weapons of Choice (Ecrit par David Pepose, dessiné par Danilo Beyruth) - Elektra s'introduit dans la "Chambre Rouge" où sont formées les Black Widows. Elle affronte Natasha Romanoff avant d'être maîtrisée par les autres élèves. Mais elle a réussi à s'approcher ainsi d'une machine qui contrôle l'esprit des espionnes...

Jusqu'à présent, chaque numéro de Elektra : Black, White & Blood m'a intéressé pour un artiste en particulier, qui, en outre, écrivait l'histoire qu'il illustrait. D'abord, ce fut Leonardo Romero, puis ensuite Greg Smallwood. A chaque fois, je ne fus pas déçu, car ils dominaient les débats, réussissant à raconter quelque chose d'efficace avec des images splendides.

L'histoire se répéte de façon troublante puisque c'est encore ce qui se passe dans ce troisième numéro de l'anthologie consacrée à Elektra Natchios. Trois nouvelles plaisantes, mais très inégales, où seul un artiste sort du lot, par le brio de sa narration et la magie de ses visuels.

Je vais donc d'abord parler du premier et troisième segments, avant de finir par le deuxième, qui est le plus abouti.

D'Ann Nocenti, on sait que c'est une scénariste qui a connu son heure de gloire grâce à un des meilleurs runs sur Daredevil (en compagnie de John Romita et Al Williamson). Egalement journaliste et militante, elle n'a jamais renoué avec ce succès, même si son nom suffit à allumer une lumière toujours intriguée dans les yeux des fans de comics, comme si on attendait toujours qu'elle renouvelle le miracle.

Hélas ! Ce n'est pas ce Split qui nous réconcielera avec les heures glorieuses de Nocenti tant la scénariste semble à la peine. Son histoire, nous indique-t-on, se déroule après les événements d'un flashback survenu dans le 168ème épisode de Daredevil. Bigre ! Faut-il l'avoir déjà lu et s'en souvenir, ce qui n'est pas mon cas (ou alors j'ai totalement oublié). Je n'ai pas cherché à récupérer cet épisode pour savoir si cela apportait une plus-value car l'effort me semblait disproportionné par rapport à l'objectif.

Cette évasion est en tout cas poussive, bavarde et ses dessins, de Federico Sabbatini, s'inscrivent dans un style manga qui me déplait. J'ai trouvé ça affreusement brouillon, pénible, et pas très beau. Ce n'est pas fait pour moi. Allez, on zappe.

Pour boucler ce numéro, on a droit à mieux avec Weapons of Choice écrit par David Pepose, un auteur sur lequel Marvel semble décidé à miser (même si sa mini-série Secret Invasion vient d'être reportée sine die...). Ce scénariste propose en tout cas un duel prometteur : Elektra vs. Black Widow.

Ce n'est pas la première fois que les deux femmes s'affrontent (je me rappelle d'une formidable baston dans la mini-série de Marjorie Liu et Daniel Acuna, Black Widow : The Name of the Rose). L'action se situe dans le passé, quand Natacha est encore élève de la "Red Room" en Union Soviétique. Mais Elektra a un autre objectif.

C'est fort bien mené, sur un tempo vif, avec donc une prime à l'action. Danilo Beyruth (qui a récemment suppléé Rod Reis sur un épisode de New Mutants) dessine cette partie avec son style un peu épais mais alerte. Il y met du coeur en tout cas, on sent qu'il s'amuse et veut rendre justice au script, ce qui mérite toujours d'être loué. Pour un peu, ça ressemblerait presque au prologue d'une histoire à développer (et peut-être que Kelly Thompson, actuelle scribe des aventures de Black Widow, serait inspirée de s'en inspirer).

Mais, donc, le clou du spectacle, c'est bien la partie écrite et dessinée par Paul Azaceta. Après plusieurs années à collaborer avec Robert Kirkman sur la série Outcast (publié sur le label Skybound, au sein d'Image Comics), Azaceta est de retour chez Marvel où il illustre des flashbacks dans la mini-série The Punisher de Jason Aaron et Jesus Saiz, dont la parution a débuté ce mois-ci.

C'est une véritable expérience visuelle et narrative à laquelle nous convie Azaceta, immense graphiste méconnu. Il réunit Elektra et Daredevil dans leur romance épique de la grande époque de Frank Miller, quand elle était une tueuse et lui un justicier aux motivations incompatibles malgré une formation commune.

La manière dont Azaceta transforme leur affrontement en scène d'amour est magnifique. Il joue avec le rouge sang de façon extraordinaire, comme aucun autre, et c'est justement que son histoire s'intitule With a Passion. Il y a un côté "opératique" sensationnel. Une fièvre parcourt ses planches que peut ressentir le lecteur, jusqu'au dénouement vertigineux où Elektra ne peut tuer la femme qu'elle devait éliminer, littéralement rattrapée par sa conscience et les convictions de Daredevil. Sublime.

Evidemment, d'un point de vue strictement comptable, statistique, le compte n'y est pas, avec à chaque fois seulement une partie sur trois qui domine. Mais on oublie volontiers ces inégalités pour n'en retenir que les coups d'éclats de grands artistes comme Romero, Smallwood et Azaceta : en misant sur eux, Marvel est certain de ne pas publier une anthologie de plus (à condition toutefois de respecter leur travail...). A voir si cela se vérifie encore le mois prochain (avec notamment Peach Momoko au générique).

vendredi 25 février 2022

ELEKTRA : BLACK, WHITE & BLOOD #2, de Peter David et Greg Land, Al Ewing et Rod Reis, Greg Smallwood


Comme promis, voici ma critique du deuxième numéro de l'anthologie Elektra : Black, White & Blood. Le principe est inchangé : trois histoires courtes par des auteurs inspirés par la tueuse ninja d'origine grecque. Cette nouvelle collection d'épisodes est pourtant bien supérieure à la précédente, plus originale, plus intense, et esthétiquement plus aboutie. Et avec le fameux récit retouché de Greg Smallwood...


- Cut and Run. (Ecrit par Peter David, dessiné par Greg Land.) - Patch (Logan) demande à Elektra de trouver et sauver une jeune femme enceinte sous la coupe d'un gangster violent, peut-être encore plus dangereux que la tueuse...


- Vérité. (Ecrit par Al Ewing, dessiné par Rod Reis.) - Deux policiers enquêtent sur le meurtre d'un avocat lié au Caïd. Grâce aux caméras de vudéo-surveillance disposées sur la scène du crime, ils identifient l'assassin... Hélas ! pour eux...


- Yokaï. (Ecrit et dessiné par Greg Smallwood.) - Elektra arrive dans un village japonais pour y résoudre une série de rapts d'enfants...

Comme je l'ai déjà dit pour le n°1 de Elektra : Black, White & Blood, la qualité des histoires est très variable à cause de différents facteurs. Il faut que les auteurs sachent maîtriser le format court, mais aussi s'adapter au personnage singulier entre tous d'Elektra, à la fois tueuse à gages implacable et justicière, le tout avec la contrainte d'un dessin en noir et blanc rehaussé de rouge.

Si le premier n° s'avérait inégal, celui-ci est nettement plus relevé grâce à des créatifs plus inspirés. On commence avec Peter David, scénariste illustre bien qu'étrangement relégué désormais par Marvel à des séries de second rang (une honte quand on sait ce que le bonhomme a apporté aussi bien sur Hulk que X-Factor par exemple). Il situe son histoire dans le passé, lorsque Logan (Wolverine) évoluait à Madripoor sous le pseudo de Patch (en référence au bandeau qui masquait un de ses yeux), profitant qu'on croyait les X-Men morts (suite au Massacre Mutant). Pour protéger sa couverture, il fait appel à Elektra pour secourir une jeune femme d'un homme violent et dangereux. Elektra est montrée en réelle difficulté, ce qui donne du piment à l'affaire. 

Dommage que David ait dû composer avec Greg Land comme dessinateur. Celui-ci, depuis plusieurs années maintenant, comme Salvador Larroca, reproduit des photos sur lesquelles il redessine. Ce procédé aboutit à des attitudes figées, parfois grotesques (car Land pioche allègrement dans des magazines "de charme"). Le combat au coeur du récit est mal fichu, et les expressions des protagonistes donnent l'impression qu'ils jouent faux. De plus Land plaque des à-plats rouges sur un dessin à la ligne, sans surfaces noires pour lui apporter de la profondeur ou de la texture, ce qui donne un rendu trop lisse.

Heureusement la suite est bien meilleure à tous les niveaux. Al Ewing se prête à l'exercice avec beaucoup de brio : on ne voit en effet pratiquement pas Elektra et pour cause, toute l'intrigue tient sur le fait qu'elle est trop rapide pour être captée par des caméras de vidéo-surveillance. Les deux filcs, pugnaces, qui mènent l'enquête, vont en payer le prix fort. C'est formidablement bien foutu, jusqu'au final, terrifiant.

Pour ne rien gâcher, Ewing est associé à l'excellent Rod Reis au dessin. L'artiste se joue avec maestria des contraintes d'un tel récit, largement vu à travers des écrans de contrôle. Connu pour ses talents de coloriste, Reis s'accommode magistralement du noir et blanc et les quelques traces de rouge sont lâchées avec parcimonie et justesse. C'est tout simplement un chef d'oeuvre.

Enfin, on a droit à l'épisode réalisé par Greg Smallwood, qui a motivé mon achat. J'ai parlé (dans ma rubrique Des Nouvelles Nouvelles Toutes Fraîches) du travail de "correction" de sagouin que Marvel a fait subir à quelques cases de l'artiste au prétexte qu'il aurait pu offenser le public asiatique. Non seulement, ça a été mal fait mais des artistes asiatiques sont montés au créneau pour défendre Smallwood et se plaindre des retouches effectuées par Marvel, qui, elles, sont vraiment offensantes (pour Smallwood mais aussi pour le public visé).

J'ai lu l'épisode sur papier et en numérique pour comparer, puisque Marvel n'a pas retouché les scans mis à disposition sur les plateformes. C'est juste hallucinant parce que les retouches concernent très peu de plans, mais effectivement le type qui s'en est chargé a fait n'importe quoi. Les dessins de Smallwood sont magnifiques, aucunement offensants. Cette affaire est lamentable.

Pour ce qui est de l'histoire, en revanche, pas de débat : c'est une merveille. Smallwood produit des planches muettes, un challenge narratif car l'histoire doit dès lors se comprendre sans aucun texte. Le pitch est simple et superbement mené. Le génie de Smallwood éclate à tous les niveaux : le découpage est une leçon de rythme, avec une variété d'enchaînements de cadres bluffante, une tension permanente, un combat âpre. Il y a un côté fable, conte dans ce récit, par sa concision et sa beauté.

Surtout, Smallwood maîtrise visuellement son affaire. Il nuance le noir et blanc de niveaux de gris, et joue avec le rouge de manière experte. Quel gâchis que Marvel ait cru bon de retoucher ses vignettes en pensant bien faire... Mais il est certain que Smallwwod va y réfléchir à deux fois la prochaine fois que l'éditeur lui proposera une nouvelle commande (j'espère que DC va lui faire signer un contrat d'exclusivité comme à Jorge Fornés, ça fera les pieds à la "maison des - mauvaises - idées" !).

C'est donc un lot de short stories de très bon niveau (on a frôlé le sans-faute, à cause de Greg Land et des retouches sur Smallwood). Du coup, je vais guetter le prochain numéro avec curiosité.

jeudi 24 février 2022

ELEKTRA : BLACK, WHITE & BLOOD #1, de Charles Soule et Mark Bagley, Leonardo Romero, Declan Shalvey et Simone d'Armini


Je me suis procuré les deux premiers numéros de cette anthologie alors que je ne prévoyais que d'acheter le deuxième (qui comporte une histoire par Greg Smallwood). Suivant le même principe que pour d'autres projets (impliquant Wolverine, Deadpool, et chez DC Superman ou Wonder Woman), il s'agit pour des auteurs de produire de courts récits illustrés en utilisant seulement trois couleurs. Cette fois, c'est Elektra qui a inspiré les scénaristes et dessinateurs.


- Red Dawn. (Ecrit par Charles Soule, dessiné par Mark Bagley.) - Dans cette histoire, Elektra est vaincue par un groupe de vampires et désormais contaminée, elle doit consentir à l'ultime sacrifice...


- Not The Devil. (Ecrit et dessiné par Leonardo Romero.) - Dans cette histoire, Elektra traque un membre de la pègre, Shigeru Ono, qui tente de fuir New York. Mais elle découvre qu'il emmène avec lui sa fille, qu'elle se refuse à exécuter...


- The Crimson Path. (Ecrit par Declan Shalvey, dessiné par Simone d'Armini.) - Elektra vient au secours d'une jeune fille poursuivie par des tueurs. Au terme de la bataille, elle comprend qu'elle a hérité du titre de la cible comme assassin ultime...

Or, donc, j'étais parti pour acquérir le n°2 de Elektra : Black, White & Blood pour lire l'histoire qu'a écrite et dessinée Greg Smallwood (et dont j'avais parlé dans ma rubrique Des Nouvelles Nouvelles Toutes Fraîches). Et je suis revenu avec le n°1 en plus parce que Leonardo Romero était au générique...

D'habitude, je suis pas client de ces anthologies trichromatiques, que ce soit chez DC ou Marvel. Je n'ai rien contre, et même au contraire, ça peut être intéressant de voir comment des auteurs se débrouillent avec un format court et des contraintes graphiques. Mais en revanche je suis beaucoup plus perplexe sur le fond de l'affaire qui consiste surtout à mettre en avant des personnages réputés pour leur violence (en tout cas chez Marvel) sous couvert d'exercices esthétiques (tandis que chez DC, pour Superman et Wonder Woman, le spectre des histoires est plus large, même si la forme est gadget).

Mais, donc, Greg Smallwood et Leonardo Romero, deux artistes dont je suis fan, et qui m'ont convaincu de débourser quelques Euros. Pour quel résultat ?

Dans ce premier numéro, on a droit à trois récits. L'héroïne est donc Elektra. Noir, blanc et sang sont des couleurs qui lui correspondent sans problème. La création de Frank Miller reste un personnage qui conserve un pouvoir de fascination intacte, comme si rien ne pouvait l'abîmer. Pourtant Marvel semble souvent ne pas savoir quoi faire d'elle : véritable méchante, ou créature plus équivoque, éternelle femme fatale dans le sillage de Daredevil, elle fut même un temps membre des Thunderbolts (durant le bref run de Daniel Way et Steve Dillon) ! Elle a subi des relookings souvent hasardeux puis on lui a rendu son look d'origine, indépassable. Et si en fait Elektra résistait à tout ?

Partant de là, quel risque court-on de l'animer dans une anthologie consacrée à ses "exploits" ? Au moins, cela présente l'avantage de l'écrire et de la dessienr hors de toute continuité et au gré de la fantaisie de chacun. Si elle tombe entre de mauvaises mains, ce sera vite oublié. Si elle est bien dirigée, ce sera un bon point de plus à son palmarès.

On a une bonne idée avec ce premier numéro de ce à quoi peuvent ressembler ces expérimentations. Prenez Charles Soule et Mark Bagley : le premier a scénarisé Daredevil mais, curieusement, sans s'être vraiment servi d'Elektra (sinon dans un très bref arc), et le deuxième n'a, à ma connaissance, ajmais dessiné la tueuse au cours de sa longue carrière. Leur récit est étrange, funèbre, et pourtant envoûtant. Bagley est étonnamment bon sur ce coup et Soule très sobre. Ce n'est pas renversant mais intéressant.

Leonardo Romero leur succède et se montre très inspiré. Il puise à la source de Frank Miller en évoquant la période où le personnage d'Elektra est apparu et où le lecteur ne la situait pas du tout. Elle assassine plusieurs membres de la pègre et traque un asiatique qui veut fuir New York à la suite de ces carnages. En s'apercevant qu'il emmène avec lui sa fille, Elektra ne se résoud pas à la tuer mais complètera quand même son contrat. C'est cruel, hyper dynamique, et visuellement magnifique. Romero mériterait vraiment une seconde chance, lui qui m'avait ravi sur le run de Kelly Thompson avec Hawkeye et qui, depuis, vivote d'éditeur en éditeur.

Enfin, Declan Shalvey raconte un dernier segment métaphorique sur le thème de l'assassin ultime. C'est violent, sanglant, et étrangement beau malgré tout. Dommage qu'il n'ait pas dessiné également (mais il est fort occupé par ailleurs). C'est donc à Simone d'Armini, un artiste italien encore méconnu, qu'échoît la partie visuelle. Le résultat ne manque pas de style mais souffre parfois d'un manque de lisibilité, ce qui ne pardonne pas quand on travaille avec seulement trois couleurs. Toutefois, belle idée de colorer la tenue d'abord virginale d'Elektra avec le sang de ses adversaires pour qu'elle soit écarlate telle qu'on la connaît.

L'ensemble se lit donc bien, même si, sans surprise pour ma part, Leonardo Romero domine les débats. Un constat qui se confirmera avec le deuxième numéro. Mais ça, je vous en parlerai demain...