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lundi 2 octobre 2017

WOLVERINE #7-10, de Chris Claremont, John Buscema, Bill Sienkiewicz et Gene Colan


Je reprends la critique du contenu du pavé Marvel Epic Collection : Wolverine avec le détail des épisodes 7 à 10, les derniers écrits par Chris Claremont, toujours accompagné par John Buscema désormais encré par lui-même puis Bill Sienkiewicz et suppléé, pour un numéro, par une autre légende, Gene Colan.


Nous avions laissé Wolverine surpris par Baran, prince de Madripoor, au terme de la bataille qui opposait d'un côté les amis du mutant - Tyger Tiger, Jessica Drew et Lindsay McCabe - et ses ennemis - le général Coy et ses sbires, Roughouse et Bloodsport - pour le contrôle du crime organisé dans le bas-fonds de la principauté. 
Les deux parties conviennent d'un cessez-le-feu fragile mais le prince Baran semble plutôt prendre parti en faveur de Tyger quand il reconnaît Lindsay McCabe dont il était un admirateur lorsqu'elle était actrice à Hollywood. 
Cependant, les ennuis de Coy alarment ses complices américains qui envoient à Madripoor Joe Fixit pour régler la situation.


Joe Fixit ? En vérité, il s'agit de Hulk qui, à cette époque, voit ses pouvoirs altérés  : Bruce Banner a appris à maîtriser ses accès de colère qui le transforment en monstre, désormais le colosse ne se manifeste que la nuit et garde le contrôle de ses nerfs. Par ailleurs le monstre a désormais la peau grise et non plus verte.
En qualité de négociateur, il ignore cependant les derniers événements et lorsque Wolverine/Patch apprend son arrivée sur l'île, il va s'employer, par la ruse, à dévaster le business de Coy (qui organise le trafic de drogue local). Mécontent d'avoir été (doublement - par Patch mais aussi par Berengetti, son commanditaire) dupé, Fixit quittera Madripoor résolu à ne plus servir ces hommes.

Ces deux épisodes sont jubilatoires : outre que John Buscema s'y encre lui-même (une rareté), exprimant ainsi toute la puissance de son dessin, grâce à la présence de Hulk en guest-star, le scénario de Chris Claremont étonne positivement par l'humour irrésistible qui irrigue l'intrigue.

On a trop peu vu Wolverine aussi malicieux que dans cette aventure où il s'amuse à rouler Hulk dans la farine en l'amenant à agir contre ceux-là même qu'il a été envoyé aider. Ayant reconnu immédiatement le colosse dès son débarquement à Madripoor, le griffu, qui se cache toujours sous le pseudo de "Patch" (car le monde croit Wolverine et les X-Men morts), s'emploie activement à rendre publique la véritable identité de Fixit en le poussant à bout. Cela nous vaut des scènes très drôles comme lorsque Hulk découvre sa garde-robe lacérée et remplacé par des vêtements violets (comme les pantalons déchirés qu'il porte habituellement).

Un autre moment lunaire est celui où le prince Baran dévoile à Lindsay McCabe une pièce de son palais remplie de statues à l'effigie de la jeune femme, immortalisée dans ses meilleurs rôles cinématographiques (alors qu'elle a surtout joué dans des nanars). Pendant ce temps, Jessica Drew maugréé - et j'y vois déjà quelque chose qui m'a toujours interrogé (ma théorie est que Spider-Woman est sinon gay, du moins bisexuelle, car elle a souvent été proche, au point de manifester de la jalousie, de ses amies femmes. Brian Michael Bendis semblait jouer sur cette corde aussi en montrant l'amitié très trouble entre Jessica et Carol Danvers. Marvel n'a jamais éclairci ce point, par pudeur ou frilosité, mais ça me paraît pourtant évident).

*

 

Suit un étrange one-shot avec un épisode dessiné par Gene Colan : l'histoire est sommaire, il est question d'une ancienne vengeance promise par Wolverine à une nonne canadienne tuée par de sadiques mercenaires américains lors d'une opération en Irak des années auparavant. Aujourd'hui, ces vauriens traqués fuient dans la campagne, éliminés un par un par le mutant jusqu'au jour anniversaire de leur massacre.

L'ambiance de l'épisode doit tout à Colan et son style inimitable : le dessinateur, que tous ses encreurs avaient de la peine à encrer tant son trait était difficile à fixer, s'encre donc lui-même et livre des images puissantes, soulignant l'ambiance inquiétante, oppressante, cauchemardesque même du récit. Les visages sont déformés comme si cela était un stigmate des abominations commises par les fugitifs, et Wolverine n'apparaît pratiquement pas durant tout l'épisode - curieusement, quand il le fait, à la fin, il est dans son costume noir et jaune (mais sans masque) : peut-être le scénario ne précisait-il pas la tenue du héros et que le dessinateur l'a donc vêtu classiquement, ou alors est-ce un signe supplémentaire de la bizarrerie de l'histoire ?

*

 

Et on termine par le dernier épisode écrit par Claremont. Avec le recul, on notera la brièveté de son run, même s'il a lancé le personnage dans ses aventures en solo dans Marvel Comics presents d'abord puis son titre dédié ensuite. Mais tout de même, pour un feuilletoniste comme lui, 10 épisodes, c'est court, quand bien même il était fort occupé par ailleurs...

Cet ultime chapitre voit aussi un changement d'encreur : Al Williamson n'est donc pas revenu après le #6, et après les deux volets encrés par Buscema lui-même, c'est Bill Sienkiewicz qui s'occupe donc de finaliser les planches du maître. Un choix étrange à dire vrai, pour plusieurs raisons : d'une part parce que "Sienk' " était déjà un dessinateur bien établi à l'époque et que le voir à ce poste est inattendu ; ensuite parce que son style tout en angles, hachures, trait fin à la plume rehaussé d'à-plats noirs rares mais profonds, tranche avec la rondeur musclée de celui de Buscema, c'est le mariage du classique et du moderne, d'un des théoriciens du dessin à la "Marvel's way" et de celui qui a révolutionné ses codes ; enfin parce qu'il ne restera pas longtemps sur le titre (7 numéros, soit jusqu'au départ de Buscema, avant l'arrivée de Byrne et le retour de Janson). Pour ma part, même si je respecte infiniment Sienkiewicz, je trouve que c'est une erreur de casting que de l'avoir associer à Buscema : c'est le choc des cultures, deux façons de faire opposées, deux personnalités trop fortes pour se combiner. Le résultat est tout sauf harmonieux, même si certains plans sont à couper le souffle, très audacieux.

L'histoire de Claremont est peu inspirée mais très nerveuse : la narration parallèle explore une bagarre passée entre Wolverine (avant qu'il ne soit pourvu de son squelette et ses griffes en adamantium, donc avant le projet "Weapon X") et Sabretooth (dont on apprendra plus tard qu'il est son père), ce dernier ayant tué Silver Fox, une indienne amie de Logan ; et, aujourd'hui, le sauvetage d'un couple de touristes imprudents dans les bas quartiers de Madripoor à la suite duquel Patch et Jessica Drew sont poursuivis par leurs agresseurs et sauvés par un inconnu invisible (mais dont Wolverine devient qu'il s'agit de Sabretooth, refusant que d'autres que lui ne tue Logan).

Ces épisodes sont également disponibles en v.o. dans le recueil Wolverine Classic, volume 2 (voir ci-dessous), et en v.f. chez Semic (dans la collection de revues "Version Intégrale") et en albums de l'Intégrale Wolverine chez Panini.

La suite et fin du run de Buscema sera écrite par Peter David dans un arc en six parties, dont je vous parlerai prochainement. Stay tuned !

jeudi 21 septembre 2017

WOLVERINE #1-6, de Chris Claremont, John Buscema et Al Williamson


Reprenons le fil du volumineux Marvel Epic Collection : Wolverine. Après vous avoir touché un mot des mini-épisodes parus initialement dans Marvel Comics Presents Wolverine, le mutant griffu gagna rapidement en 1989 son propre mensuel, toujours écrit par Chris Claremont et dessiné par John Buscema, avec en prime Al Williamson comme encreur.

Examinons les 6 premiers épisodes réalisés par ce trio, qui sont composés de deux arcs de trois numéros chacun, et qui prolongent les aventures de Wolverine à Madripoor. Pour rappel, Logan (comme ses amis X-Men) est toujours considéré comme mort (l'équipe s'est retirée en Australie après le crossover Fall of the Mutants) et, bien que sa physionomie ne passe normalement pas inaperçu (avec notamment sa fameuse chevelure), il évolue dans cette principauté asiatique sous le pseudo de "Patch" (parce qu'il porte, en civil, un bandeau sur son oeil gauche)...
  

Wolverine arrive trop tard sur les lieux d'un crash aérien mais les survivants, parmi lesquels se trouvent une partie du personnel naviguant et son amo Kojima Noburo, sont aux mains de pirates. Après leur avoir réglé leur compte, Logan promet à Nobura, mourant, de retrouver l'épée noire de Muramasa.

 

Cette arme qui est à la fois sacrée et maudite, car la légende raconte qu'elle prend possession de celui qui la brandit et en fait un guerrier sanguinaire, est évidemment convoitée par d'autres. Lindsay McCabe et Jessica Drew (la première Spider-Woman, qui, à cette époque, s'est retirée de la communauté des super-héros car elle a perdu presque tous ses pouvoirs) enquêtent au sujet de l'épée et s'attirent vite des problèmes. Même si Wolverine veille discrètement sur elles, il arrive trop tard pour empêcher Jessica d'être instrumentalisée par l'arme et doit en plus affronter le Samouraï d'argent...


En désarmant Jessica, Wolverine est à son tour sous l'emprise de l'épée et il s'enfuit en prenant Jessica en otage afin de la sacrifier en présence des membres de la secte vouant un culte à l'instrument. Lindsay fait alliance avec le Samouraï d'argent et appelle O'Donnell, le patron du "Princess Bar", en renfort. Arriveront-ils tous les trois à ce que Logan épargne Jessica ?

Chris Claremont mène son récit à toute allure : il poursuit dans la veine qu'il exploitait dans le bimensuel Marvel Comics presents même si le format des épisodes est passé de huit à une vingtaine de pages. Les éléments du folklore super-héroïque sont pratiquement tous gommés : Wolverine porte une simple tenue noire et un vague masque (qui évoque plutôt un trait sommaire de camouflage sur les yeux), pas de super-vilain non plus (le Samouraï d'argent se range du côté des gentils ici). La manifestation des super-pouvoirs est réduite au possible (Jessica Drew grimpe aux immeubles comme Spider-Man mais sans exécuter d'acrobaties insensées, Wolverine sort les griffes en dernier recours).

Ainsi épuré, le récit gagne en intemporalité et peut même presque se lire comme l'équivalent d'un What if...? ou des Elseworlds (chez DC Comics), des versions alternatives des histoires inscrites dans la continuité ou déplaçant des personnages emblématiques dans des lieux et des époques décalés. Si l'action est percutante et spectaculaire, l'exotisme du cadre et le sens de l'aventure priment donc sur les codes habituels. C'est, encore 28 ans après, très rafraîchissant à lire.

L'argument - une épée magique mais maléfique, que seul un guerrier aguerri peut dompter - fait évidemment penser à ce qu'on lisait dans les pages de Conan, et c'est bien entendu ce qui plaisait le plus à John Buscema. Il s'en donne à coeur joie pour représenter Wolverine comme un loner à la fois rusé, hargneux, taraudé par sa violence, et la simplicité de son découpage traduit à merveille le nerf tendu de l'intrigue, à la fois extravagant et élémentaire. Dans cette narration, on ne croise que des mâles outrageusement virils, revenus de tout, et de splendides femmes, conquérantes, téméraires, qui n'ont rien envier aux héros masculins.

Mais la plus-value graphique vient de l'encrage d'Al Williamson : comme avec John Romita Jr sur Daredevil, il sublime les dessins de Buscema avec son trait de plume fin, d'une élégance folle. Il y a des pages renversantes, comme celle où Wolverine, possédé, se tient sur le toit en feu du bar où il a récupéré l'épée, tenant dans ses bras Jessica Drew inconsciente. Sans vouloir déprécier le travail de Klaus Janson sur les épisodes de Marvel Comics presents, l'apport de Williamson élève cette BD à un niveau supérieur, plus fin, plus racé, et s'impose comme un des meilleurs "embellisseurs" de Buscema car, ayant lui-même été un grand dessinateur, il est à même de peaufiner les crayonnés de son partenaire (qui ne les poussait pas toujours beaucoup).

Passons au deuxième acte.


De manière prévisible, après l'accession de Jessan Hoan sur le trône de nouvelle maîtresse de Madripoor downtown (après la chute de Roche dans Marvel Comics presents), un nouveau prétendant se présente pour prendre sa place et restaurer les trafics divers de la principauté.


Pas de quoi impressionner l'orgueilleuse "Tyger" qui peut compter sur Wolverine, son ange gardien. Mais son rival n'est pas le premier venu, il s'agit du colonel Coy, richissime affairiste et père de Shan Coy Manh (alias Karma, ex-membre des Nouveaux Mutants). Il peut compter sur deux hommes de mains particulièrement redoutables, deux mutants, le vampire Bloodsport et le colosse Roughouse, pour s'imposer.


Wolverine s'interpose avec les renforts de Jessica Drew et Lindsay McCabe, pourtant réticentes au début à l'idée d'aider une reine du crime organisé. Mais la clé du succès pour neutraliser le colonel Coy et ses sbires reste sa fille, déchirée entre son amour pour son père (même si elle désapprouve ses projets criminels) et ses convictions d'héroïne...

Si le premier arc était divertissant et efficace, le suivant est un cran au-dessus grâce à la présence d'un vrai méchant et d'une intrigue, certes peu complexe, mais plus dense. L'argument est tout trouvé et prolonge celui qui traversait les épisodes de Marvel Comics presents avec la saga Save the Tiger : on est plongé dans une guerre pour le trône du crimelord de Madripoor downtown.

Claremont réintroduit donc Jessan Hoan alias "Tyger" et sa première apparition est digne de celle de Dragonlady dans Terry et les pirates de Milton Caniff, moulée dans une robe dorée inoubliable. Il y a d'ailleurs beaucoup de (très belles) femmes dans cette histoire puisqu'on retrouve aussi Jessica Drew, Lindsay McCabe, et que l'ex-Karma des Nouveaux Mutants a un rôle déterminant. Ce sont toutes des combattantes, aux caractères bien trempées, et non des potiches.

Comme pour appuyer cette singularité, les adversaires de Wolverine sont vraiment coriaces : Bloodsport, capable de saper l'énergie vitale une fois qu'il a griffé ou marqué de son empreinte quelqu'un, et Roughouse, dont la force est ici comparée à celle de Hulk (pas moins), valent au mutant de sérieuses roustes au cours desquelles il est défenestré, passe à travers des murs épais, manque de se noyer. Comme il évite, toujours pour éviter qu'on ne le reconnaisse, au maximum d'utiliser ses griffes, il a fort à faire pour ne pas être défait.

John Buscema dispose donc d'un matériau digne de son immense talent : la brutalité des affrontements lui permet de déployer toute son énergie, et celle-ci est d'autant plus communicative qu'elle est mise en scène dans un découpage toujours aussi basique. Le maître n'a pas besoin de doubles pages et n'utilise que des splashs que pour démarrer l'épisode, mais quel punch ! Et Williamson ajoute de superbes fonds, utilisant des hachures, dosant les à-plats de noir, soulignant les contrastes : magnifique ! Hélas ! l'encreur laissera sa place ensuite, remplacé par Bill Sienkiewicz (qui déméritera pas, mais dont le style offre un mélange curieux avec celui de Buscema)...

Quoiqu'il en soit, voilà une lecture jubilatoire, qui fut traduite en son temps dans la collection "version intégrale" chez Semic, puis en recueils chez Panini. Pour les "vo-istes", ils sont aussi disponibles (pour les 5 premiers dans l'album Wolverine Classic vol. 1). 

lundi 11 septembre 2017

MARVEL COMICS PRESENTS WOLVERINE, de Chris Claremont, John Buscema et Klaus Janson

Triste coïncidence, mais je vais vous parler de Wolverine le jour où l'annonce du décès (à 69 ans) de son créateur, le légendaire scénariste-editor Len Wein, est communiquée. Que les lignes qui suivent soient aussi une forme d'hommage à cet immense figure des comics.


Je suis offert, début Août, ce gros volume (plus de 450 pages) intitulé Marvel Epic Collection : Wolverine, qui reprend la totalité du run dessiné par John Buscema sur la série Wolverine. Auparavant, Marvel rééditait dans leurs Essential, d'épais albums en noir et blanc des anciens épisodes de leurs titres emblématiques pour un prix modique, puis, pour conserver ces lecteurs friands de oldies but goldies mais en récoltant plus de flouze au passage, hop ! passage à des livres en couleurs plus chers (mais avec des bonus en plus) et publiés sans ordre chronologique. That's business !

Comme je ne me sentais pas de vous critiquer ce pavé d'un trait, j'y consacrerai trois articles (pas successives cependant) pour que ce soit plus digeste (pour vous) et moins chronophage (pour moi). On commence donc par le plat d'entrée, également disponible en trade paperback sous le titre Marvel Comics presents Wolverine. 


En 1988, l'editor Mike Higgins est chargé de produire un bimensuel où Marvel veut tester quelques héros en vue de leur accorder ensuite une série régulière. C'est l'occasion de mettre en avant de personnages provenant d'équipes populaires tout comme d'autres seconds couteaux qui prennent la poussière sur des étagères, mais en les confiant à des créatifs solides et même parfois prestigieux. Ainsi donc Wolverine cohabitera-t-il avec Shang-Chi (Master of Kung-Fu) ou Man-Thing mais aussi Thor, Iron Man.

Le mutant griffu est déjà une star à l'époque en tant qu'X-Man et les pontes de Marvel ont bien l'intention de contenter ses fans. Logiquement, Chris Claremont écrira ses aventures solo et on lui adjoint "Big" John Buscema pour les dessins - comme ce dernier n'a jamais apprécié les super-héros et leur folklore (masque, costume, super-pouvoirs), le scénariste le convainc d'embarquer en lui promettant une histoire à mi-chemin du Terry et les Pirates de Milton Caniff et Conan (dont Buscema fut un des artistes emblématiques).

La revue de 24 pages sortant tous les quinze jours doit donc proposer des épisodes à la pagination réduite (8 pages) et à la narration "feuilletonnante", mais en contrepartie les auteurs ont carte blanche pour raconter ce qu'ils souhaitent (à condition quand même d'accrocher les lecteurs). Des contraintes donc mais qui vont devenir un puissant stimulant. 

Wolverine va séjourner dans Marvel Comics presents pendant dix numéros (soit cinq mois) avant de gagner sa propre série régulière (et par là-même commencer à devenir un héros de plus en plus présent jusqu'à nos jours, où en plus de ses aventures solos, il est devenu Avenger en plus de rester X-Man). Mais en 1988-1989, le griffu avait fier allure grâce à Claremont et Buscema dans cette saga inaugurale intitulée Save the Tiger. 

L'intrigue tient la promesse formulée par son scénariste en mélangeant action et exotisme : Logan prend congé des X-Men (à l'époque portés disparus, suite au crossover Fall of the Mutants, et réfugiés en Australie) pour gagner l'île de Madripoor, au Sud de l'Indonésie, véritable principauté gangrenée par le crime et la corruption, entre ses buildings et ses villas luxueuses (où officie la pègre) et ses bas quartiers (où la misère, la corruption et le meurtre sévissent). Il s'y rend au nom d'un ami, Dave Chapel, pour trouver O'Donnell, tenancier du "Princess Bar".


Chapel a été exécuté par Roche, le parrain local, qui apprend l'arrivée de cet étranger grâce à Sapphire Styx, infiltrée dans l'entourage de O'Donnell. Pour éliminer Wolverine, il peut aussi compter sur ses sbires, l'Inquisiteur (spécialiste es-torture) et surtout Razorfist (dont les mains ont été remplacées par deux lames de sabre). Mais le mutant, d'abord malmené, gagne une alliée inattendue dans son projet de venger Chapel : Jessan Hoan, ex-banquière sauvée des Reavers par les X-Men et revenue à Madripoor dépouillée de ses biens par Roche, qu'elle compte bien détrôner...

Comme dans un bon vieux comic-strip, la forme narrative de ces épisodes de huit pages a un peu vieilli : à chaque nouveau chapitre, il faut supporter un rappel des faits par Wolverine (qui assure ce service en voix-off), lequel ne manque jamais de préciser régulièrement ses pouvoirs (facteur régénérateur, squelette en adamantium incassable, super-sens, et griffes métalliques). Mais c'est bien le seul bémol qu'on émettra à la lecture de cette histoire palpitante, au parfum rétro irrésistible.

Claremont définit son héros comme une version "unleashed" de Wolverine, c'est-à-dire déchaîné : quand il agit au sein des X-Men, il ne tue pas (ou hors-champ) en vertu des règles du groupe fondé par le Pr. Xavier mais aussi pour prouver à ses acolytes qu'il n'est pas la bête sauvage que son nom de code suggère. Dans le contexte présenté ici, Logan se lâche en revanche complètement car il n'a de comptes à rendre à personne et que ses adversaires ne lui font pas de cadeau. Il s'agit d'ailleurs d'ennemis sacrifiables (méchants de seconde zone, armée de porte-flingues anonymes), qui ne reviendront pas ensuite.

Cela ne signifie pas que le scénariste se défoule en d'abondantes scènes violentes : pour Claremont, ce qui distingue Wolverine de Hulk, c'est que lorsque le colosse de jade redevient, après un accès de rage, Bruce Banner, il a oublié les ravages qu'il a causés, tandis que Logan, lui, compose en permanence avec le sang qu'il fait couler. Si dans cette saga, ce tourment psychologique n'est pas encore très fouillé, il le deviendra davantage une fois que le personnage aura sa série, montrant le mutant en perpétuel conflit avec lui-même, tantôt samouraï impitoyable, tantôt justicier hanté par ses démons, ses amis tués et ses adversaires morts. Bref, il ne s'agit plus seulement de présenter un Wolverine cool, rebelle à l'autorité, qui séduit tant les fans des X-Men, mais un être déchiré entre bestialité et humanité.

Qui de mieux alors, effectivement, pour représenter cette dualité incarnée que l'immense John Buscema ? Alors âgé de 61 ans, le vétéran est dans une forme resplendissante : celui qui, avec Jack Kirby, Steve Ditko et John Romita Sr, a véritablement façonné visuellement Marvel s'amuse visiblement avec Wolverine qu'il dessine fidèlement, c'est-à-dire trapu, robuste (plus que musclé), petit, teigneux. Son trait rond, expressif, donne une densité, une gravité, une pesanteur même au personnage, véritable fauve constamment sur le point de bondir sur sa proie. Effectivement, Conan n'est pas loin, mais replacé dans un décor fantasmé de série noire exotique, avec le look ad hoc (borsalino sur la tête, blouson de cuir... Et, détail désormais banni, clope au bec).

Les mâles alpha de Buscema sont célèbres mais quel talent aussi pour croquer les femmes, fatales et outrageusement sexy (sans être jamais vulgaires) comme Sapphire Styx, ou vengeresses, véritables croisées comme Jessan Hoan.

Ces dix épisodes sont encrés par Klaus Janson, qui, parfois, en vérité, finissait le travail livré par Buscema (coutumier du fait, il préférait l'esquisse, traduisant l'énergie qu'il désirait traduire sur la page, au tracé précis). Contre toute attente, l'homme dans l'ombre de Frank Miller (sur Daredevil) s'en sort merveilleusement, même si son style est plus anguleux que celui de "Big" John et qu'il rajoute finalement peu à chaque plan (les décors sont souvent réduits à leur plus simple expression, dans les scènes d'action, ou dans les plus petites vignettes). Et, enfin, la colorisation de Glynis Oliver a bien supporté le passage des années (mais la collection "Epic" a aussi permis de restaurer les films d'époque).

Ces 80 et quelques pages de BD sont jouissives, et pourtant ce n'est que le début. A suivre donc dans Wolverine Classic Volume 1... 

jeudi 31 août 2017

EXCALIBUR #12-24 : THE CROSS-TIME CAPER, de Chris Claremont et Alan Davis

Au début de cet été, j'avais programmé, en prévision des jours chauds où la seule envie qu'on a est de se détendre avec un bon livre en mains, de relire la saga The Cross-Time Caper correspondant aux épisodes 12 à 24 de la série Excalibur, produite à l'époque (en 1989-1990) par le scénariste Chris Claremont et le dessinateur Alan Davis.

Cela faisait un bail que je m'y étais pas replongé et, par ailleurs, cette histoire marqua la fin d'un cycle, le premier de la série : Davis y dessinait ses derniers épisodes avant de revenir comme auteur complet à partir du #42, et Claremont signerait encore le 25ème numéro avant lui aussi de se consacrer au reste de son abondante production (même si son règne sur la franchise mutante touchait, sans qu'il le sache, à sa fin).

Un peu d'Histoire des comics : la série Excalibur fut lancée à la suite du crossover  Fall of the Mutants, durant laquelle Nightcrawler et Kitty Pryde/Sprite subirent de graves dommages (le premier, blessé, devait cesser ses téléportations et ses acrobaties ; la seconde ne pouvait plus contrôler sa densité physique et demeurait intangible, tel un spectre). Quant à Rachel Grey-Summers, la fille de Jean Grey/Phénix et Scott Summers/Cyclops venue d'une terre parallèle dans le futur, elle était traumatisée par sa situation personnelle et celle des mutants.

Le lien entre les trois X-Men et Captain Britain et sa compagne Meggan ? Betsy Braddock/Psylocke, également membre de l'équipe des mutants, tombée au combat. Mis en sécurité sur l'île de Muir, Nightcrawler et Kitty se remettaient lentement après avoir appris que leurs camarades avaient péri - en vérité, ils s'étaient exilés en Australie sans penser à les prévenir mais pour récupérer aussi et se lancer dans de nouvelles aventures.

L'autre point de convergence allait être Rachel Grey-Summers, traquée par Opal-Luna Saturnyne, bras-droit armé de Roma, protectrice de Captain Britain et fille de Merlyn (à qui Brian Braddock devait ses pouvoirs). Pourquoi ? Parce que la puissance de la force Phénix dont elle était l'hôte menaçait l'équilibre inter-dimensionnel. Pour la capturer, une bande mercenaires conduite par Gatecrasher, les Technets, aux pouvoirs aussi redoutables qu'incompétents quand il s'agissait d'agir collectivement.

Un graphic novel, The Sword is drawn, d'une cinquantaine de pages, mettait en scène la création d'Excalibur lorsque Nightcrawler, Kitty, Captain Britain et Meggan aidèrent Rachel contre les Technets et défièrent Opal-Luna Saturnyne. En mémoire de leurs amis et parents morts et de l'idéal du Pr. Xavier (le fondateur des X-Men, oeuvrant pour une cohabitation des mutants, et des surhommes en général, avec les humains), les héros scellèrent leur alliance bon gré mal gré.

S'ensuivirent onze épisodes de la série régulière, l'imposant comme un titre tout à fait unique, mélange d'action et d'humour (plus proche du british non-sense, Claremont et Davis étant anglais, que de la comédie plus potache de Justice League International, publiée à la même époque par DC Comics). Excalibur combattit les Lycaons, sorte de chiens de garde de Mojo (un extra-terrestre voulant enlever les héros pour les forcer à jouer dans son show), le Juggernaut (alors incarcéré au Royaume-Uni), Arcade et son Murderworld, traversant le temps de deux chapitres le crossover Inferno (quand Madelyne Prior, ex-amante de Cyclops, déploya sa force démoniaque sur le monde entier), une pause à Manhattan (dessiné par le médiocre Ron Lim), et une version nazie de leur équipe (un diptyque, dont un volet, le 11ème épisode, était dessiné par par le peu inspiré Marshall Rogers).

Sans doute, après un an d'existence, Claremont et Davis (impliqué dans le développement des intrigues, il loua toujours le talent et l'amabilité de son scénariste grâce à qui sa carrière de dessinateur connut un succès grandissant alors) pensèrent-ils alors qu'il était temps de passer à la vitesse supérieure et d'offrir à la série une saga plus ambitieuse, échevelée, délirante. Et ainsi débuta The Cross-Time Caper. 28 ans après, qu'en penser ? 





Le principe de cette histoire est simple : Excalibur, dans ses précédentes aventures, a découvert et récupéré un étrange robot, baptisé Widget. Kitty Pryde, adolescente surdouée en informatique, tente d'en percer les mystères mais échoue à déterminer l'origine de l'engin, sa source d'énergie, ses capacités exactes. Brian Braddock introduit dans le groupe Alistaire Stuart, électronicien au service du W.H.O. (Weird Happenings Organization), branche des services spéciaux britanniques, grâce à sa relation avec Courtney Ross, une de ses ex. Kitty tombe sous le charme de ce geek qui, lui, n'a d'yeux que pour Rachel, mais qui est néanmoins aussi perplexe face à Widget.
Le petit robot (dont l'aspect se résume à une tête ronde) s'active à proximité de Rachel et va alors provoquer des sauts inter-dimensionnels imprévisibles, entraînant l'équipe sur des terres parallèles à l'Histoire altérée par rapport à la notre.

La première étape occupe les épisodes 12-13 et se situe dans un royaume d'apparence médiévale. Embarqué dans un train, Excalibur y atterrit avec fracas et rencontre d'abord le jeune sir William que ses amis appellent "Billy the Kid" ! En voyant Kitty, il en tombe immédiatement amoureux, au désespoir de la plus jeune des filles de la Reine, et la demande en mariage. La princesse use alors de sorcellerie pour gagner le coeur du chevalier tandis que Kitty tente d'expliquer à la Reine et Billy qu'elle ne veut pas de ces noces...

On ne peut rêver meilleure introduction pour cette saga : c'est drôle, spectaculaire, délirant à souhait. Les scènes mémorables s'enchaînent à une vitesse folle, avec une mention pour celle incluant l'ogre, irrésistible (tout le château de la créature finira en morceaux !). Claremont s'amuse et nous avec lui, et Davis s'éclate, dans des planches opulentes, où l'expressivité des personnages égale la richesse détaillée des décors et le soin apporté aux costumes (Meggan y change de look : un changement bienvenu car sa première tenue n'était guère inspirée). On n'a pas le temps de souffler que Widget envoie toute la bande ailleurs...



Sur la nouvelle Terre qu'ils découvrent, les membres d'Excalibur se croient revenus chez eux, en voyant le phare qui leur sert de quartier général. Mais Rick Jones (célèbre sidekick de Hulk puis de Captain America et Captain Marvel) les accueille pour les entraîner dans une ahurissante et gigantesque bataille mondiale entre héros mais aussi entre vilains.
La bizarrerie de ce monde se manifeste par l'apparence des belligérants : tous ressemblent aux personnages de Marvel mais dans des versions dégénérées et avec des pouvoirs détraqués. Quant à la guerre qu'ils se livrent, elle dure depuis si longtemps que plus personne ne se souvient de ce qui l'a déclenchée !
L'équipe se sépare pour se défendre et trouver une solution - solliciter les Fantastic Four - mais cette stratégie est un échec. Pire : Galactus se pointe, prêt à dévorer cette Terre (moins d'ailleurs pour apaiser son appétit que pour régler le conflit). Widget s'anime à nouveau juste avant la fin du monde... privant Excalibur du fin de l'histoire : tout cela était la faute de l'Homme Impossible !

Le titre même de l'épisode ("Trop de héros", ou "Héros en surnombre" comme traduit à l'époque dans la revue "Titans") ne ment pas et on ne peut qu'être impressionné par la figuration pléthorique que Claremont a demandé à Davis de dessiner. L'artiste ne faillit pas et livre des planches incroyables, à la (dé)mesure de cette critique sur l'absurdité de la guerre. La mécanique narrative évoque presque le vaudeville avec ses rebondissements incessants, la densité du récit, mais aussi Kafka lors de la scène où Alistaire et Kitty doivent patienter dans une file d'attente infinie au sommet du Baxter building.

Il faut cependant posséder ce numéro en single issue pour profiter pleinement de l'extraordinaire couverture qui forme une fresque magistrale. 


Dans le 15ème épisode, bien qu'Excalibur subit encore les caprices de Widget (et visite à toute allure un monde recyclant aussi bien les clichés des films d'épouvantes qu'une Union soviétique où Meggan et Rachel échangent provisoirement, et sans les contrôler, leurs pouvoirs), ce sont Gatecrasher et les Technets qui sont mis en avant. 
Reclus dans un hangar au bout d'une jetée, attendant un nouveau contrat (depuis qu'Opal-Luna Saturnyne a levé celui qu'elle avait lancé contre Rachel), les mercenaires sont engagés par Nigel Frobisher, assistant de Courtney Ross. Mu par sa jalousie contre Captain Britain que sa patronne lui préfère, il confie aux extraterrestres la mission de capturer James Braddock, le frère de Brian, mutant surpuissant mais complètement dément afin de détruire son rival.
La cible va se révéler plus forte que ceux chargés de l'appréhender mais qu'importe puisqu'il a envie de faire la peau à son frangin !

Nous sommes presque à la moitié de la saga du Cross-Time Caper et ce chapitre, avec le recul, indique une faille dans le dispositif de l'ensemble : d'un côté, les sauts inter-dimensionnels restent divertissants mais sans réel impact d'un monde visité à l'autre, donc à ce stade on se demande ce sur quoi ça va déboucher (si ça aboutit vraiment à quelque chose susceptible de modifier le statut de la série) ; et de l'autre, on a droit à cet aparté qui introduit un subplot, procédé chéri de Claremont (avec lequel il a si bien su dynamiser Uncanny X-Men mais aussi The New Mutants).
La pertinence de cet ajout est discutable car l'aventure des héros est déjà suffisamment épique - et quand Davis reprendra seul la série plus tard, il se chargera d'agréger des éléments épars pour leur donner un sens global. Pourquoi donc rajouter en parallèle la menace incarnée par James Braddock quand Excalibur ne sait même pas quand et surtout comment revenir sur la Terre 616 (notre monde dans le multivers Marvel) ni ce qui anime Widget (les recherches de Kitty et Alistaire sont négligées depuis belle lurette, les deux génies étant trop occupés à rester vivants à chaque étape).
Les Technets eux-mêmes sont rigolos mais leur réapparition et leur association avec Nigel Frobisher sont un peu forcées, comme s'il fallait rappeler leur présence, les garder au chaud en somme, en prévision du futur (or ils ne reviendront effectivement embarrasser Excalibur que bien plus tard).
Le résultat s'en ressent : l'épisode est moins efficace, endiablé, drôle. On pressent que les neuf parties, annoncées dès le début de la saga, formeront un tout trop gros pour être parfait. Ce n'est pas non plus une sortie de route complète, la preuve avec les deux épisodes suivants...





Dans un bouge peuplé d'aliens, un conteur encapuchonné raconte les mésaventures d'Excalibur sur ce monde, péripéties qui faillirent être fatales au groupe. Tout avait commencé par la dispersion accidentelle des membres à l'atterrissage : Nightcrawler sauve une princesse, Anjulie, d'une horde de pirates avant qu'elle ne l'assomme et ne rentre à son palais non pour en faire son prisonnier mais son amant. Désorienté par le comportement de la belle, Kurt Wagner visite la demeure royale et découvre ses geôles infâmes puis le sort réservé au détenus, offerts en sacrifice à un monstre qui absorbe leur énergie vitale et assure le pouvoir d'Anjulie sur cette Terre. Et là, c'est au tour des amis de Nightcrawler d'être exécutés !
Après les avoir sauvés et convaincus les évadés et leurs peuplades de se révolter contre Anjulie, Kurt est porté en triomphe tel un seigneur de guerre (le "Warlord" du titre du #16).

Ce nouveau diptyque renoue avec la flamboyance épique de la série, annoncée par de superbes et drôlatiques couvertures (parodiant les récits d'heroic fantasy façon John Carter of Mars). Nightcrawler en fin bretteur, séducteur mais dupé par un environnement digne des swashbucklin' movies (les films de cape et d'épée, dont il raffole), c'est un hommage évident à la mini-série de Dave Cockrum, mais aussi une célébration à ce personnage qu'en vérité très peu d'auteurs et d'artistes ont su traiter aussi bien que son créateur (Cockrum) et le duo Claremont-Davis.
Les deux partenaires nous font plaisir avec cette aventure endiablée qui n'évite aucun cliché (la belle princesse, l'affreux monstre, la révolte du peuple) tout en les détournant habilement (la jouvencelle est une méchante, et Captain Britain n'est clairement pas le leader de l'équipe, Kitty doit composer avec la préférence toujours nette d'Alistaire pour Rachel mais aussi avec une tenue locale très légère et qu'elle juge sexiste, sans oublier le double du dragon Lockheed à rendre jaloux ce dernier).
La construction de ces deux épisodes est aussi superbe, empruntant au conte et réservant un twist un peu prévisible certes mais jubilatoire. Les planches de Davis sont splendides, d'une abondance folle, avec ce trait rond, expressif, à l'énergie prodigieuse, magnifiées par l'encrage de Paul Neary et les couleurs de Glynis Oliver.

Hélas ! Une telle qualité a un coût : certainement essoré, Davis va passer la main pour les cinq (!) épisodes suivants. Et, comme si cela était lié, Claremont écrira durant cet intervalle des histoires médiocres, ne développant même pas d'intrigue à partir du point de chute de l'équipe à la fin du #17 (on les voit débarquer devant le Pr. Xavier, sa compagne Lilandra, impératrice des Shi'Ar, et les Starjammers) !
Graphiquement, les n° 18 à 22 sont une purge que je n'ai pas eu le courage de m'infliger : Rick Leonardi (encré par Terry Austin) est un peu meilleur que Denis Jensen et Chris Wozsniak mais bon...

Lorsque Davis revient au #23, la saga arrive presque à terme mais un sentiment de gâchis subsiste : réduit, le voyage aurait permis de savourer le travail du scénariste et du dessinateur sans interruption, sans fill-in, sans épisodes indignes. Claremont se montre malgré tout assez adroit pour que le lecteur qui a choisi de zapper ce creux terrible raccroche immédiatement, comme si la transition avec le #17 était (presque) naturelle.





Même si la fin du Cross-Time Caper n'est pas vraiment composé de deux chapitres organiquement liés (comme les n° 12-13 ou 16-17), elle se lit d'une traite. 
Excalibur a cette fois atterri sur une Terre régie par un ordre policier hyper-répressif, matérialisant les mesures radicales d'un Captain Britain alternatif a dû prendre pour assurer la paix, quitte à priver les citoyens de beaucoup de libertés et à imposer une bureaucratie absurde dans son absolutisme. Ici, la faute des héros est d'avoir... Des super-pouvoirs car ils sont susceptibles de causer le désordre, comme en témoigne les dégâts provoqués par leur train quand il est apparu, éventrant le sommet d'un gratte-ciel !
Mais même les policiers de ce régime ignorent qu'ils sont manipulés par le double maléfique d'Ilyana Rasputin (alias Magik chez les New Mutants), le Darkchylde. Rachel l'affronte et réussit à la vaincre mais l'équipe doit répondre des nouveaux dommages occasionnés pour l'occasion, quand bien même ils ont sauvé ce monde. Problème : Kitty est introuvable, et considérée comme fugitive.
Elle a été projetée sur notre Terre où Courtney Ross lui offre de vivre ses rêves de jeune fille les plus fous sans qu'elle se doute avoir affaire à l'alter ego d'Opal-Luna Saturnyne (qui veut ainsi mesurer si Excalibur est une menace ou une formation bénéfique)...

C'est donc le terme de cette épopée... Et le dénouement laisse songeur. Beaucoup d'interrogations subsistent (la première étant ce que Galactus fiche au-dessus du phare-QG de l'équipe à leur retour dans notre dimension : réponse, sans intérêt, dans le #25, expédiée par Claremont sans Davis). Pourquoi, surtout, Opal-Luna Saturnyne, qui a apparemment suivi tous les bonds dimensionnels de l'équipe et bien que visiblement contrariée par ses conséquences sur l'équilibre spatio-temporel (pour lequel elle jugeait initialement Rachel comme un danger) absout-elle les héros ?
Cette réconciliation aussi arbitraire que grossièrement mise en scène n'est pas du tout explicitée. Le lecteur en est réduit à des suppositions sur les raisons mêmes de la formation d'Excalibur (qui dépasseraient la simple réunion de héros endeuillés perpétuant l'idéal de Charles Xavier). Le mystère entourant Widget (qui subit une sorte de mise à jour express dans le n°24, censé limiter sa puissance et donc empêcher de nouvelles pérégrinations surprises) demeure également entier : on comprend juste que le robot est un portail mécanique et vivant, mais qui l'a conçu, dans quel but, et était-il destiné à Excalibur ? On ne le saura pas.
Cette désinvolture dans la conclusion et la résolution ne ressemble pas au Claremont des Uncanny X-men, ce narrateur brillant capable de jongler avec des intrigues multiples et convergentes, un casting infini. The Cross-Time Caper ressemble donc à une collection d'aventures inégales, très divertissantes, mais à l'impact quasi-nulle, et aux béances nombreuses. C'est tout bonnement comme si son auteur n'avait plus su comment terminer.

Mais il convient d'être indulgent et de reconnaître aussi les bons côtés de la saga. Dans ses meilleurs moments, et ils sont supérieurs à ceux qui sont plus faibles (voire vraiment mauvais), la fantaisie qui s'en dégage et le génie visuel qui l'habille en font une lecture rafraîchissante, enjouée, espiègle, tonique, spectaculaire. Excalibur, au fond, c'est ça : un vent de liberté, un comic-book totalement improbable et galvanisant, enivrant, grisant même. Une merveille et une curiosité dans le paysage de la fin des 80's mais encore aujourd'hui, où aucune série mensuelle mainstream n'égale en brio et en jeunesse, en spiritualité et en loufoquerie, en puissance et en fluidité, cette production. C'est l'effort miraculeux de Claremont et Davis d'avoir réussi ce tour de force qu'on (re)lit avec une pointe de nostalgie mais aussi beaucoup de plaisir.

Que la série ait survécu ensuite pendant 18 (!) numéros consécutifs sans aucun de ses deux créateurs tient là aussi de l'exploit, surtout que les lecteurs manifestèrent leur déception et leur mécontentement. Mais il faut croire que l'épée devait à nouveau être brandie dans toute sa majesté puisqu'en 1992, Alan Davis convainquit l'editor Terry Kavanagh de reprendre les rênes du titre, comme scénariste et dessinateur pour un run magistral en trois actes (dont deux entiers où il se passa de remplaçants) et une vingtaine d'épisodes. Je tâcherai de vous en parler un de ces jours : en attendant, (re)découvrez ce premier cycle (en espérant que Panini Comics le réédite en albums, à défaut de quoi procurez-vous les exemplaires de "Titans" de l'époque ou les TPB en v.o.). 

dimanche 23 juillet 2017

THE NEW MUTANTS ANNUAL #2 & #3, de Chris Claremont et Alan Davis

Se replonger dans la lecture d'Alan Davis, et en l'occurrence ici de son partenaire favori Chris Claremont, est un plaisir dont il ne faut pas se priver. Surtout quand il s'agit de raretés comme les Annuals #1 et 2 des New Mutants (1986 et 1987) !

Sans jouer au "vieux con nostalgique" (ce que je déteste chez les autres ne me convient pas davantage pour moi), il y avait une fantaisie dans ces épisodes qui mes semblent avoir totalement disparu, surtout qu'elle avait quelque chose de spontanée, résultat sans doute de la communauté d'esprit entre le scénariste et le dessinateur, tous deux anglais, et donc avec un humour décalé.

L'Annual #1 démarre sur le chapeaux de roues et mérite bien son titre (Wildways). Mojo et Spiral kidnappent Psylocke pour en faire la vedette d'un show. Les nouveaux mutants le découvrent et partent la délivrer mais se font pièger à leur tour. Captain Britain s'en mêle et ne peut guère compter que sur Cypher et Warlock (ce dernier immunisant son 'ami-de-moi") contre l'influence du méchant...

Une des curiosités de cet épisode "king-size" est qu'Alan Davis s'encre lui-même, un exercice qu'il n'a jamais apprécié (comme me l'a appris Phil C., il pousse tellement ses crayonnés que les encrer lui donne l'impression de dessiner deux fois les mêmes images). On note par ailleurs que l'artiste n'a pas encore donné leur forme définitive à certains personnages, Captain Britain le premier (qui est moins baraqué que dans Excalibur) ou évidemment Psylocke qui n'a pas encore son look ninja qui l'a rendra si populaire (et que portera si divinement à l'écran Olivia Munn dans X-Men : Apocalypse).

Claremont est en mode pilotage automatique, livrant une copie correcte mais guère inspirée. Il y a certes beaucoup de rythme (les histoires à cette époque filaient comme des F1), mais je suis resté un peu frustré. Malgré tout, le fan que je reste de ce scénariste a souri devant les déconvenues délirantes qu'il inflige à ses héros (Captain Britain, toujours, en prend pour son grade), et le duo Cypher-Warlock est épatant.

Plaisant donc, mais, un an après, on va assister à une sacrée montée en régime !

L'Annual #3 est un petit chef d'oeuvre d'une cinquantaine de pages (quand même). En l'absence des X-Men, les nouveaux mutants, consciencieux, s'entraînent quand même dans la salle des dangers et Cypher leur a concocté un programme copieux en les opposant à des répliques rajeunies des Vengeurs. Ils en viennent à bout en faisant preuve de solidarité et d'efficacité, mais la séance est interrompue par l'arrivée d'un curieux vaisseau spatial dont descend... L'homme impossible !
Toujours aussi délirant et vaniteux, il provoque l'ire de Warlock qui entame alors une bataille infernale avec lui, à grands renforts de transformations et de téléportations tout autour du monde...

C'est un vrai festival ! Claremont part d'une situation simple et s'amuse franchement avec le personnage de l'homme impossible (garantie de rigolade, il faut dire). Cette fois, le scénariste lâche les chevaux et ne recule devant aucune énormité, grâce aux métamorphoses de Warlock et son adversaire, qui permet de convoquer les icônes de Marvel et de provoquer des bagarres d'anthologie mais aussi des duels grotesques... Jusqu'à la chute irrésistible où les nouveaux mutants, ayant pensé avoir effacé toutes les traces de leur aventure, sont rappelés à l'ordre à cause d'un détail...

Davis, cette fois encré par Paul Neary, est lui aussi dans une forme olympique : avec le script dont il dispose, il fait feu de tout bois et accumule les morceaux de bravoure. Son découpage a une énergie folle, ses personnages sont admirablement expressifs, et certains passages sont hilarants (la scène à Rio - voir ci-dessus). 

Quel gâchis que Marvel n'emploie pas mieux ce fantastique dessinateur, et surtout ne le laisse plus écrire et illustrer ses propres histoires (des projets hors continuité, puisque Davis a horreur de s'y plier). Ou alors avec un auteur qui lui donne du biscuit (comme Bendis sur Avengers Prime).

Jetez, comme moi, un coup d'oeil dans le rétro et (re) lisez ça : vous allez vous régaler !

mercredi 17 août 2016

Critique 989 : UNCANNY X-MEN #135-138, de Chris Claremont et John Byrne

Et voici la fin de la saga du Phénix noir, avec les trois derniers épisodes de cet arc et le 138ème épisode de la série, la vraie conclusion de cette histoire.
 Uncanny X-Men #135 : Dark Phoenix !
(Juillet 1980)
 Uncanny X-Men #136 : Child of Light and Darkness !
(Août 1980)
 Uncanny X-Men : The Fate of the Phoenix !
(Septembre 1980)
Uncanny X-Men #138 : Elegy
(Octobre 1980)

Jean Grey s'abandonne à l'ivresse du pouvoir corrupteur de la force Phénix et, après avoir administré une correction aux X-Men, qui tentaient de la raisonner, elle s'envole pour parcourir l'univers.
Afin d'alimenter en énergie le feu qui la dévore, elle consume une étoile et entraîne ainsi la mort de plusieurs planètes, dont l'une était habitée, puis désintègre un vaisseau patrouilleur de la garde impériale Shi'Ar. Lilandra en est avertie et décide immédiatement d'organiser des représailles.
De retour sur Terre, Jean se rend chez ses parents mais, lisant télépathiquement la peur qu'elle leur inspire, elle les quitte rapidement. Les X-Men l'attendent pour essayer de la maîtriser grâce à un gadget élaboré par le Fauve. Toutefois, il faudra l'intervention du professeur Xavier pour bloquer mentalement son terrible pouvoir.
La situation semble apaisée lorsque toute l'équipe est téléportée dans un croiseur Shi'Ar où Lilandra annonce que Jean Grey doit être exécutée pour les crimes du Phénix noir et préserver l'univers de nouveaux carnages. Charles Xavier défie alors à la garde impériale pour sauver son élève.
Le combat est dramatique : le Fauve, Colossus, Wolverine, Diablo, Angel, Tornade sont défaits par un adversaire plus nombreux, puissant, expérimenté et organisé. Acculée, Jean Grey préfère se suicider pour que Cyclope soit épargné.
Lors des obsèques de sa bien-aimée, Scott Summers se remémore toute sa carrière au sein des X-Men. Il annonce ensuite au groupe et au Pr X qu'il démissionne. Au même moment, Kitty Pryde est déposée en taxi devant l'école pour jeunes surdoués Charles Xavier, où elle va apprendre à exercer son pouvoir et s'intégrer aux humains, selon l'idéal de l'établissement.

La mort dans les comics est une figure de style, mais souvent malmenée : en effet, nombreux sont les héros (et les vilains) fauchés et qui ont ressuscité. Parfois ils ont maquillé leur décès, parfois ils n'étaient que blessés, parfois ils ont réellement passé l'arme à gauche mais ont bénéficié d'une seconde chance. En fin de compte, très peu sont "restés" morts, même si, quand ça a été le cas, quelques personnages y ont gagné en valeur (voir le Captain Marvel original de Marvel Comics, terrassé par un cancer dans un célèbre récit complet écrit et dessiné par Jim Starlin).

Quand Jean Grey est tombée dans le bras de la camarde, à l'époque, ce fut un choc pour les lecteurs, au moins comparable à la chute fatale de Gwen Stacy (que beaucoup considèrent comme l'événement marquant la fin de l'âge de l'innocence des comics publiés par Marvel). Peu après il y aura aussi l'exécution de Elektra par Bullseye dans le run de Frank Miller et Klaus Janson.

Mais Jean Grey (comme Elektra) sont revenues quelques années plus tard. On ne put plus mourir tranquille alors : désormais la pratique est devenue tellement courante qu'elle ne traumatise plus personne - au contraire, maintenant on parie plutôt sur quand le cher disparu va revenir, et, à la rigueur, comment. La vie ne vaut rien, rien ne vaut la vie, mais la mort ne vaut plus grand-chose non plus...

Il faut rappeler cependant que ni Chris Claremont ni John Byrne ne voulaient sacrifier la belle rouquine, malgré les abominations qu'elle commet dans cette dernière ligne droite !

Pour bien apprécier le sort qui lui est réservé, un retour en arrière s'impose : l'idée initiale de Claremont et Dave Cockrum, lors de la relance de la série des mutants, était de faire de Jean Grey l'équivalent de Thor chez les X-Men. Ils n'aiment cependant ni l'un ni l'autre le pseudonyme de Marvel Girl, ni son costume vert avec ses bottes et son masque jaunes. Ils font donc d'une pierre-deux coups en la relookant et en lui attribuant des pouvoirs quasi-divins dans Uncanny X-Men #108 !

Quand John Byrne succède comme dessinateur à Cockrum, il déteste ce qui a été fait du personnage, et regrette la Jean Grey originelle, comme il affectionne les X-Men de la première génération (ainsi réintégrera-t-il Angel à l'équipe). Mais l'artiste doit composer avec la volonté du tout-puissant editor de l'époque, Jim Shooter, qui veut en profiter pour mettre en scène la corruption de l'héroïne au point qu'elle devienne malfaisante : il n'est plus question de comparaison avec Thor, mais d'aboutir à une sorte de Dr Fatalis des mutants. 

D'abord réticents, Byrne et Claremont se laissent séduire et exploitent ce retournement pour en faire le pivot de leur projet. Mais ils ne veulent tout de même pas que Jean Grey devienne une criminelle permanente et préparent une issue clémente : elle sera purgée de l'influence de la force Phénix au terme de l'aventure. 

Mais quand Shooter découvre cela, s'il est enthousiasmé par les pages dessinées par Byrne, la morale de l'histoire ne lui convient pas et exige une correction : il faut que Phénix paie pour le mal qu'elle a produit, quand bien même elle aurait agi sous influence. Claremont et Byrne se plient de mauvaise grâce à la décision de leur boss, tout en refusant que, comme il le suggère, Jean Grey soit emprisonnée par les Shi'Ar : cela obligerait forcément les X-Men à vouloir organiser son évasion. Les trois hommes tombent alors d'accord pour la tuer - ou plutôt pour qu'elle se suicide (une manière d'assumer ses actes). Plus tard, en 1984, pourtant sera publiée Phoenix : the untold story présentant la fin telle qu'envisagée initialement par le scénariste et le dessinateur (qui aura quand même fait tourner son partenaire en bourrique en le faisant sur-dialoguer la conclusion du #137).

Malgré ce rafistolage incroyable, l'impact de ce dénouement reste incroyable, d'une puissance dramatique peu commune. La laïus du Gardien confère une noblesse, certes simpliste, mais réelle au geste de Jean Grey. Mais cela aura provoqué des remous dans la fan-sphère de 1980 (déjà, des lecteurs menacèrent de mort les auteurs). En tout cas, c'est indéniablement la fin d'une ère pour les mutants. A mon sens, même la saga suivante et tout aussi réputée, Days of future past, n'égale celle du Phénix noir et son issue mélodramatique.  

Cette fin sera aussi celle du tandem Claremont-Byrne : il est aujourd'hui établi que ces deux collaborateurs, dont la complicité apparente aboutissait à de tels sommets, ne s'appréciaient pas. Claremont a toujours été loué pour son professionnalisme et son élégance (Alan Davis le cite comme un modèle par exemple, le scénariste est très respecté par les générations qui lui ont succédé). Byrne est un ogre génial mais infernal, qui s'est mis à dos une bonne partie du milieu : très vite, il s'est immiscé dans l'élaboration et la rédaction des épisodes de la série, aspirant à devenir un auteur complet, contrôlant au maximum les titres dont il avait la responsabilité. On ne peut s'empêcher de considérer l'ingratitude de Byrne envers Claremont qui a quand même toujours composé avec lui, ses idées, son sale caractère, son manque de solidarité, ses accusations (le dessinateur lui reprochait de trop s'approprier les personnages de ses collègues... Alors que lui-même se lamentera ensuite de ne pas disposer de certains protagonistes à sa guise). 

La suite, on la connait aussi : Byrne, désormais star adulé par les lecteurs et chouchouté par Marvel, négocie sa sortie en obtenant les Fantastic Four, qu'il gratifiera d'épisodes exceptionnels. Quant à Claremont, il est soulagé de renouer avec Cockrum, puis d'écrire pour Paul Smith, John Romita Jr, Marc Silvestri - même si son règne de 17 ans sur la franchise mutante s'achèvera dans la douleur... Tout comme la carrière de son meilleur ennemi, Byrne, se poursuivra dans le tumulte.

Extraordinaire de relire ces épisodes en ayant en tête la relation si terrible de ces deux-là. Impossible de deviner que le long flash-back auquel se livre Scott Summers dans le sublime #138, cette Elégie admirable et si émouvante aient été produits dans des conditions pareilles. Mais peut-être était-ce là le vrai génie de Claremont, Byrne et Shooter : savoir masquer leurs différends pour cueillir les fans avec une conclusion aussi remarquable.