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mercredi 2 août 2023

DARK AVENGERS : MASTERS OF EVIL, de Jeff Parker, Neil Edwards et Mirco Pierfederici

 


Et ainsi va s'achever cette rétrospective sur le run de Jeff Parker sur Thunderbolts / Dark Avengers. Le recueil Masters of Evil, paru en 2013, regroupe les épisodes 184 à 190 qui sont dessinés par Neil Edwards, sauf pour le n° 186 co-dessiné par Mirco Pierfederici. Une sortie de scène hélas ! complètement foirée...



Je ne vais pas vous embêter avec un résumé complet car l'histoire est très compliqué, inutilement capillotractée. Mais voici ce qu'on peut en retenir dans les grandes lignes :
  

A la fin du tome précédent, alors que les Thunderbolts, qui avaient remonté le temps et même visité un futur cauchemardesque, réussissaient à revenir à notre époque, et que les Dark Avengers étaient neutralisés après avoir failli provoquer une catastrophe qui aurait mené à ces lendemains funestes, John Walker, Skaar et Moonstone embarquaient les Dark Avengers à bord du quinjet prêté par Hank Pym.


Toxie Doxie prenait brièvement le contrôle de Skaar pour qu'il fasse chuter le quinjet mais Man-Thing, pour éviter que l'engin ne s'écrase, le téléportait à Manhattan. Problème : il le déplaçait certes à New York mais dans dans une réalité parallèle. La ville était divisée en quartiers qui étaient contrôlés chacun par des super-humains différents. Iron Man, Dr. Strange et Clea, la Chose, Mr. Fantastic, mais aussi Namor et Sue Richards se disputaient des territoires.
 

Iron Man, allié à Hank Pym, avait récupéré les Dark Avengers inconscients. Toxie Doxie se réveillait tandis que Dr. Strange capturait Moonstone et Skaar pour semer la pagaille chez leurs rivaux. S'ensuit une longue, très longue cavale dans New York, avec moults péripéties, changements de camps, découverte que l'AIM avait détourné des calculs de Kang le conquérant pour créer cette réalité...


Finalement, les Dark Avengers, avec John Walker redevenu U.S.Agent, Moonstone et Skaar à leur tête, mettaient fin à ce chaos...


C'est vraiment dommage que Jeff Parker n'ait pas su se contenter du précédent arc pour conclure son run, tout comme il était déplorable que Marvel lui ait imposé de poursuivre les aventures des Thunderbolts en rebaptisant la série Dark Avengers. Tout ça a abouti à sept ultimes épisodes très laborieux, pénibles à lire, inutiles, et collectés dans ce recueil.


Jeff Parker est un scénariste qui va jusqu'au bout de ce qu'on lui donne à faire et donc il a rempli son contrat en écrivant des épisodes surnuméraires alors que Marvel devait déjà avoir décidé d'annuler Dark Avengers. Cela aurait pu donner une bonne histoire, si elle avait été moins longue, moins redondante.

Car Parker recycle grossièrement des idées déjà exploitées dans son propre run, à commencer par cette énième déplacement de ses héros, non plus dans le temps mais dans une réalité parallèle. Le procédé est identique à celui qui a vu une partie des Thunderbolts dériver de la seconde guerre mondiale à l'époque victorienne au moyen-âge et enfin à la préhistoire, mais en beaucoup moins inspiré.

Déjà que réutiliser les Dark Avengers deuxième génération n'était pas très glorieux (mais tout de même habilement fait dans le précédent arc narratif), mais alors continuer avec eux pour sept épisodes aussi capillotractés, non, vraiment, fallait pas.

Ce n'est pas l'imagination qui fait défaut à Jeff Parker, mais là, il fait traîner les choses en longueur et nous impose des revisites de personnages emblématiques trop exagérées pour qu'on s'y intéresse. Cette guerre pour le contrôle de New York entre Iron Man, Dr. Strange, Mr. Fantasttic, la Chose, Spider-Man, et Namor manque cruellement de rythme et se prend les pieds dans le tapis. Quand vient l'heure de justifier l'existence de cette réalité parallèle, c'est encore plus brouillon et on décroche pour de bon, finissant de lire tout ça en levant les yeux au ciel.

Il n'y a rien à sauver de tout ça. John Walker est le seul personnage auquel on se raccroche et qui d'ailleurs bénéficie d'une forme de résurrection bien pratique : lourdement handicapé, il recouvre l'usage de ses membres et récupère un bras et une jambe perdus. De quoi permettre de s'en resservir pour Marvel (et ce sera le cas). Mais Les Dark Avengers ont depuis disparu corps et bien, oubliés dans les limbes de l'univers Marvel sans qu'on les regrette.

Graphiquement, Neil Edwards assure la quasi-intégralité des épisodes, sauf pour le n°186 où Mirco Pierfederici vient lui prêter main forte. Enfin, "main forte", c'est vite dit, car ce n'est pas très joli. Edwards imite toujours Hitch sans avoir son génie et Pierfederici livre des pages médiocres. De ce côté aussi, c'est une purge. Le tout est encré, comme il peut, par Terry Pallot.

Depuis les Thunderbolts classiques semblent avoir été condamnés aux oubliettes par Marvel, exception faite de la mini-série Old Man Hawkeye qui en montrait des versions bien décaties dans une triste histoire de vengeance post-apocalyptique. Et du bref run (12 n°) écrit par Jim Zub et Jon Malin.

Marvel a donné le nom à d'autres formations sans éclat, comme lors de l'event King in Black, puis plus récemment dans une mini-série où Hawkeye était à la tête une nouvelle fois d'une formation portant ce titre, et à la rentrée donc Bucky Barnes/le Soldat de l'Hiver reprendra du service comme chef d'équipe  dans une composition proche de celle du futur film (avec Black et White Widow, Sharon Carter, Red Guardian, U.S.Agent, Shang-Chi et la comtesse Valentina Allegra de Fontaine).

Mais si vous voulez relire du bon Thunderbolts, alors, la semaine prochaine (le 9 Août exactement), Panini Comics sort un Omnibus regroupant les 33 premiers épisodes de la série de Busiek/Bagley (+ quelques tie-in). J'en reparlerai une fois que j'aurai lu tout ça. Et pour ceux que la vo n'effraie pas, donc, en Décembre l'intégralité du run de Parker également en omnibus.

mardi 1 août 2023

DARK AVENGERS : THE END IS THE BEGINNING, de Jeff Parker, Kev Walker, Declan Shalvey, Gabriel Hernandez Walta et Neil Edwards


Suite directe de Thnderbolts #174, Dark Avengers : The End is the Beginning est le moyen qu'avait trouvé Marvel en 2012 pour tenter de conquérir de nouveaux lecteurs. Ainsi ce n'est pas un relaunch puisque ce titre (re)démarre au... N° 175, soit 159 épisodes après la fin du run de Brian Michael Bendis ! Jeff Parker se prête au jeu et poursuit ses intrigues, toujours en compagnie des fidèles Kev Walker et Declan Shalvey, avant que ce dernier ne soit ponctuellement remplacé par Gabriel Hernandez Walta, puis que Neil Edwards reprenne en charge toute la partie graphique.


Après avoir, avec l'aide de Hank Pym, installé dans les Everglades une sorte d'antenne relais destinée à localiser les Thunderbolts perdus dans le temps, Luke Cage rentre au Raft pour découvrir qu'il est relevé de ses fonctions et que la seconde formation des Dark Avengers, composé de Ragnarok (un clone de Thor), Trickshot (le frère de Hawkeye), Toxie Doxie (issue de Stark Industries) et Dark Spider-Man, remplace les T-Bolts. Mais Cage a un joker : il nomme son remplaçant et c'est Skaar, le fils de Hulk !


Les Thunderbolts ont remonté encore le temps jusqu'à l'ère pléistocène (2,5 millions d'années av. J.C.) ! Ils sauvent un autre voyageur temporel avant de remarquer qu'une brèche s'est ouverte dans leur Tour, laissant échapper les restes de Man-Thing qui se recompose et se révèle doué de parole mais incapable de se téléporter dans l'espace-temps. Le voyageur temporel rescapé va s'en charger, ce qui n'est pas une bonne nouvelle puisqu'il s'agit du Dr. Fatalis !


Luke Cage et Skaar reçoivent leur ordre de mission pour les Dark Avengers : ils doivent retrouver Erk Wender, un super-humain capable de générer de l'énergie et actuellement aux mains du maître du Sultan Magus, qui, grâce à lui, a érigé autour de son pays, le Sharzhad, un dôme impénétrable. Cependant, Fatalis a ramené les Thunderbolts dans le présent en Latvérie avant de les expédier dans un futur cauchemardesque !


Au Sharzhad, la situation dégénère rapidement quand le Sultan Magus s'en prend à Luke Cage et Skaar et que les Dark Avengers s'enfuient. Les Thunderbolts, eux, ont abouti 78 ans dans le futur, au milieu d'une guerre ouverte entre les mutants et Mondo City, dont les forces de l'ordre font régner la terreur. Leur Tour est détruite.


Boss Cage, le représentant des forces de l'ordre du futur, attaque les Thunderbolts avant que des mutants ne leur viennent en aide et n'obligent le policier à battre en retraite. Le Fantôme a eu le temps de collecter des informations sur ce futur dystopique et appris qu'une catastrophe au Sharzhad survenue 78 ans plus tôt en est la cause. Justement, dans le présent, les Dark Avengers franchissent le dôme du Sharzhad et récupèrent Erik Wender, mais pas pour l'exfiltrer...


Pour retourner à notre époque, les Thunderbolts comprennent qu'ils doivent atteindre la plus haute tour de Mondo City et ils décident d'aider les mutants à attaquer la ville pour y parvenir. De nos jours, John Walker, Songbird et Mach V découvrent que le comité de surveillance du programme Thunderbolts a fait construire une nouvelle prison qui bénéficiera du même système d'étanchéité que le dôme du Sharzhad, mais quand ils sont repérés, ils sont traqués. Le Sultan Magus, après avoir battu Luke Cage et Skaar, s'en prend aux Dark Avengers pour garder Erk Wender à son service.
 

John Walker arrêtent les responsables du comité de surveillance du programme Thunderbolts et les font passer aux aveux puis communiquent ce qu'ils ont appris à Luke Cage et Skaar pour qu'ils stoppent les Dark Avengers avec le renfort de Songbird et Mach V. Dans le futur, les Thunderbolts atteignent la tour de Mondo City et captent un message de Hank Pym. Le Fantôme et Man-Thing se préparent à téléporter le groupe lorsque Boss Cage surgit...


Boss Cage a compris qu'en réintégrant leur époque, les Thunderbolts éviteront la catastrophe qui a conduit à ce futur cauchemardesque et les laisse filer. L'équipe resurgit de nos jours, juste à temps pour prêter main forte à Cage, Skaar, Songbird et Mach V afin de neutraliser les Dark Avengers et rapatrier Erik Wender. La catastrophe est évitée de justesse et le futur dystopique n'aura pas lieu.


Skaar et John Walker embarquent les Dark Avengers dans le quinjet prêté par Hank Pym mais Toxie Doxie envoûte Skaar pour provoquer le crash de l'appareil. Pour éviter cela, Man-Thing téléporte l'engin à Manhattan. Seul avec les Thunderbolts, Luke Cage décide de les laisser libres, estimant qu'ils se sont rachetés. Man-Thing les téléporte dans les Everglades où ils décident de rester ensemble.

Je ne vais pas revenir sur la manière, grotesque, dont Marvel a refusé de continuer Thunderbolts tout en faisant de Dark Avengers sa suite directe, au point de conserver la numérotation du premier titre. Il s'agit là d'une manoeuvre absurde pour visiblement tenter de séduire les fans des Dark Avengers, une équipe créée par Brian Michael Bendis durant le Dark Reign (le statu quo ayant suivi l'event Secret Invasion et précédé l'Heroic Age après l'event Siege).

La série de Bendis compta 16 épisodes (dessinés par Mike Deodato Jr. avec la participation de Greg Horn) et un Annual (dessiné par Chris Bachalo) et mettait en scène une équipe assemblée par Norman Osborn, devenu le grand héros national à la fin de l'invasion Skrull. Sous l'identité et l'armure de Iron Patriot, il grima plusieurs super-humains en Avengers : Bullseye devint Hawkeye, Moonstone Ms. Marvel, Venom Spider-Man, Daken Wolverine, et il ajouta à ces derniers le dieu Arès et Sentry. Marvel Boy quitta vite le groupe en comprenant que Osborn était fou.

Défaits lors de Siege, les Dark Avengers perdirent Arès et Sentry dans la bataille d'Asgard. Mais Bendis n'en avait pas fini avec cette équipe et lors du deuxième volume de New Avengers, il organisa la revanche de Osborn contre les amis de Luke Cage, recrutant Trickshot (Barney Barton), Toxie Doxie (June Covington), Dark Spider-Man et Ragnarok (le clone de Thor, apparu durant Civil War), en les déguisant à nouveau en Avengers (Toxie Doxie en Scarlet Witch, Trickshot en Hawkeye). Avec une nouvelle défaite à la clé.

A charge pour Jeff Parker de réutiliser ces méchants travestis en les intégrant aux intrigues en cours dans Thunderbolts. Ce n'est pas ce qui a gêné le scénariste, capable, semble-t-il, de s'adapter à toutes les excentricités éditoriales. Mais il n'abandonne pas pour autant les histoires en cours. Il va même faire mieux en les réunissant.

Il est remarquable de lire comment le scénariste réussit à construire un récit à même d'unifier deux projets dissemblables, mais c'est un vrai coup de génie qu'il a eu en envoyant les Thunderbolts toujours en cavale dans un futur cauchemardesque justement provoqué par la mission que doivent accomplir les Dark Avengers. Certes, avec un arc de neuf épisodes, on n'échappe pas à quelques longueurs et circonvolutions, comme quand par exemple, alors qu'ils sont remontés jusqu'au pléistocène, les Thunderbolts sont lestés de Dr. Fatalis.

Pour comprendre comment Fatalis s'est trouvé là, il faut avoir lu le run de Mark Millar et Bryan Hitch sur Fantastic Four, des épisodes mal aimés et il faut bien le dire peu réussis, dont le dernier arc confrontait Fatalis à son maître, un type surpuissant qui, pour corriger son ancien élève, l'expédia dans la préhistoire.

Graphiquement, on sent que les artistes ne sont plus aussi investis. Kev Walker, désormais encré par Terry Pallot, fait encore bonne figure, mais Declan Shalvey s'en va au n°78. Il sera remplacé pour l'épisode suivant par Gabriel Hernandez Walta, qui tente visiblement de l'imiter sans convaincre. Pourtant, la série utilisait Walker et Shalvey intelligemment, le premier dessinant les scènes avec les T-Bolts, le second celles avec les Dark Avengers.

Au n°80 c'est Neil Edwards qui va devenir l'unique artiste de la série (et ce jusqu'à la fin, au #190). Edwards est un dessinateur gallois qui a souvent servi de doublure pour Bryan Hitch dont il copie le style, mais sans autant de virtuosité. Il est encré lui aussi par Terry Pallot et ne se dégonfle jamais devant les scripts délirants et chargés de Parker. Mais bon, on sent clairement qu'une partie du charme a disparu avec les défections de Walker et Shalvey, et donc que la manoeuvre éditoriale de Marvel fera long feu.

Toutefois, Parker range ses jouets et s'il en était resté là, il aurait bouclé son run en beauté. Malheureusement, il s'est senti obligé d'écrire un ultime arc très laborieux, qui gâche un peu sa sortie. Mais ça, je vous en parlerai dans une entrée dédiée.

mardi 20 juillet 2021

NIGHTWING #82, de Tom Taylor, Bruno Redondo, Rick Leonardi et Neil Edwards


Ce nouvel épisode de Nightwing est une déception. C'est le premier faux pas depuis la reprise de la série par Tom Taylor et Bruno Redondo - d'abord parce qu'il est à peine dessiné par ce dernier. En effet, Rick Leonardi et Neil Edwards (non crédités sur la couverture !) réalisent les 3/4 du chapitre et le résultat est des plus inégaux. Le scénario, lui, cale sur une origin story qui aurait pu (dû !) occuper moins de place.
 

Après que Melinda Zucco lui a affirmé qu'elle était sa soeur, Dick Grayson la suit dans une pièce où se trouve la mère de la nouvelle édile de Blüdhaven. Elle s'appelle Meili Lin et elle commence à raconter comment, enfant, elle a été vendue à Tony Zucco pour devenir son épouse.


Une fois qu'il l'a emmené au cirque, elle lui a échappé en se réfugiant dans la caravane des Grayson. Après avoir éconduit Zucco, John et Mary Grayson invitent Meili à intégrer la troupe du cirque dans lequel ils se produisent. John et Meili ont une brève liaison.


Mais Zucco retrouve Meili et la kidnappe. Elle met au monde Melinda que Zucco présente comme sa fille tout en sachant que ce n'est pas le cas. Lorsque Meili le quitte, il ne la retient pas. Mais elle renonce à présenter leur fille à John quand elle le voit avec Mary et leur fils, Dick.


Peu après, les Grayson meurent lors d'une représentation, laissant Dick orphelin. Melinda reconduit Nightwing et lui explique que leur mère ignore tout de leurs doubles vies. C'est alors que la police et Blockbuster arrivent au domicile de la maire de Blüdhaven...

A dire vrai, une fois cet épisode lu, c'est l'incompréhension qui domine. Comment Tom Taylor, si brillant jusque-là sur la série qu'il a si bien reprise en main, a-t-il pu produire un épisode aussi raté ? Et pourquoi a-t-il consacré un épisode entier pour une histoire qui n'en méritait pas tant (et alors que tant d'autres choses passionnent plus les fans) ? Mystère.

A vrai dire, le cliffhanger de l'épisode précédent m'avait déjà surpris. Melinda Zucco révélait à Nightwing qu'elle était sa soeur. On apprend ici qu'en vérité elle est sa demi-soeur - même père, mais mères différentes. Le passé de Meili Lin, la mère de Melinda Zucco, nous est narré par le menu ensuite.

C'est un récit sordide d'enfant vendu à un gangster violent, qui réussit à le fuir, qui est prise sous l'aîle des Grayson (avant que John et Mary ne soient un couple officiel). Elle a une brève liaison avec John Grayson, puis Zucco la retrouve et l'enlève. Elle accouche d'une fille, Melinda, fruit de ses amours avec John. Cependant, les Grayson meurent, laissant un orphelin, le futur Nightwing.

Tout ça est... Bof. Je ne comprends vraiment pas comment Tom Taylor a pu mettre son arc narratif en cours sur pause pour raconter ça. Une ou deux scènes auraient suffi, amplement, mais pas une vingtaine de pages comme ici. Evidemment, le fait que Meili explique tout cela directement à Dick donne une véracité indéniable à son récit, mais bon...

Les comics raffolent de ces twists avec des soeurs ou frères ou parents cachés. Le problème est que ça n'aboutit que rarement à des développements intéressants. Récemment, Peter Parker a découvert qu'il avait une soeur. Cyclope et Havok ont fait connaissance tardivement avec Vulcain. On pourrait aussi mentionner les kryptoniens qui ne sont pas morts avec la destruction de leur monde. Ou Mike Murdock qui a pris vie à cause d'un Inhumain. Maintenant, donc, Dick Grayson a une demi-soeur, qui se trouve être la maire de Blüdhaven, en affaires avec Blockbuster.

Je ne sais pas ce que Tom Taylor compte faire de cela, mais je suis dubitatif. Mais il n'y a pas que ça qui cloche dans cet épisode. Par exemple, au tout début, on a droit à une scène assez grotesque où Nightwing récupère son masque connecté à Oracle à laquelle il dit que tout va bien. Mais pendant qu'il était démasqué, tous ses amis se sont lancés à sa rescousse, absolument tous : les Titans, même Batman ! Je veux bien que depuis que KGBeast lui ait tiré dessus, le rendant amnésique durant de longs mois (durant le run pénible de Scott Lobdell, suite à un rebondissement dans le Batman de Tom King), et que donc tous les héros proches de Nightwing s'inquiètent dès qu'il ne répond plus, mais enfin, tout cette cavalerie qui vole en direction de Blüdhaven, c'est ridicule. Red Robin était encore en ville et pouvait intervenir si Dick était en danger.

Pour ne rien arranger, donc, l'épisode est à peine dessiné par Bruno Redondo. Que l'editor ait fait appel à un autre artiste pour le soulager, passe encore, surtout s'il s'agit comme ici d'illustrer un flashback. Mais deux dessinateurs, aux styles différents, ça gâche tout, ça ne ressemble à rien.

Rick Leonardi n'est plus, depuis longtemps, que l'ombre de lui-même. On a souvent l'impression qu'il accepte un job sans s'y investir, avec un trait à l'arrache. C'est encore le cas cette fois. Même une scène d'action comme celle où John et Mary Grayson infligent une correction acrobatique à Tony Zucco est très maladroitement découpée.

Puis, sans prévenir, Neil Edwards prend le relais et s'acquitte des pages restantes du flashback. A mon grand étonnement, il s'en sort un peu mieux. Longtemps doublure de Bryan Hitch dont il copiait pauvrement le style réaliste, Edwards est loin d'être un dessinateur qui brille. Mais ici, il signe des planches classiques et soignées, avec un encrage un peu gras qui lui convient bien. Ce n'est pas jojo, mais ça fait le boulot.

L'épisode se termine par un nouveau cliffhanger, qui, du coup, tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, parce qu'il montre des personnages n'ayant rien à faire ensemble et que Dick est en train de considérer Melinda à la fois en tant que demi-soeur mais aussi en tant qu'ennemie car associée à des criminels.

Il faudra que Tom Taylor fasse preuve d'adresse pour se rattraper le mois prochain. Et souhaiter que Bruno Redondo l'aide vraiment dans cette manoeuvre. 

jeudi 31 octobre 2019

DCEASED #6, de Tom Taylor et Trevor Hairsine avec Neil Edwards


C'est la fin de la saga folle et apocalyptique de Tom Taylor et cet ultime épisode de DCeased ne déçoit pas. En quarante pages, la fin du monde est vraiment épique et laisse encore des héros sur le carreau, sans sacrifier une certaine émotion. Trevor Hairsine reçoit le soutien de Neil Edwards pour boucler la série, avec des scènes spectaculaires et généreuses. 


Superman, infecté par le techno-virus, revient sur Terre pour y semer le chaos. Grâce à un morceau de kryptonite que Batman conservait, Wonder Woman repart sur Themyscira forger une épée qui permettra, grâce à cet échantillon, de tuer son ancien partenaire.


Pendant ce temps, les héros commencent à évacuer les civils à bord des arches conçues par Luthor, mais seulement quelques millions de passagers peuvent embarquer. Themyscira est attaquée par les atlantes infectés par Aquaman et les mazones se sacrifient pour les éliminer.


Avec le renfort de Black Canary et Cyborg, Wonder Woman tente de se débarrasser de Superman, enragé. Elle le mutile mais il la blesse gravement. Black Canary récupère l'épée de Diana et poursuit Superman qui prend en chasse les arches quittant la Terre.


Pour le repousser, Superboy se dévoue et va au clash contre son père dans l'espace. Son effort est infructueux et Black Canary est le dernier rempart entre les rescapés et Superman... Jusqu'à le Green Lantern Corps arrive, tel la cavalerie.


Superman fonce dans le soleil pour en absorber l'énergie, nécessaire pour contrer le GLC, mais l'astre semble le consumer. Sur Terre, Cyborg apprend par Wonder Woman, qu'il a pris avec son lasso de vérité, qu'il existe un remède contre le virus, mais elle le tue avant de le lui révéler. Les rescapés, eux, arrivent sur leur nouveau monde et Lois Lane espère que le pire est derrière eux.

Le format de ce dernier chapitre, long comme un double épisode, montre bien que Tom Taylor aurait facilement pu encore développer sa saga. Mais, en fin de compte, il s'est tenu à son plan et ces quarante pages forment un aboutissement généreux.

C'est ce qui aura séduit tout au long de la parution de DCeased : il s'agit d'une histoire décomplexée, rendue possible car détachée de la continuité, fonctionnant comme une intrigue située dans un univers parallèle, où, donc, tout est permis. Le scénariste ne s'est vraiment pas privé pour raconter ce qu'il avait en tête.

L'autre avantage de ce genre de projet, c'est que, sur la base d'un pitch a priori rebattu (des zombies, la fin du monde), le lecteur n'espérait rien de fameux de DCeased. La surprise de lire un récit complet nerveux, délirant, rondement mené, riche en temps forts, n'en est que plus grande et agréable. En s'affranchissant des codes de l'event, Taylor l'a tonifié, revivifié : plus la peine de soucier des conséquences et donc tout le loisir de choquer, sans limites, de lâcher les chevaux.

L'auteur le fait avec ce qu'il faut d'ironie cependant, sans quoi l'exercice aurait été un peu creux et complaisant. Voir Green Arrow se vexer que Batman ne l'ait jamais considéré comme un danger susceptible de nuire à l'humanité puis le mettre en scène tuant Aquaman, enragé, est savoureux. Ces petits moments permettent de souffler sans que le soufflet ne retombe.

Car le rythme, infernal, est l'autre atout de la saga. Tout va vite, tout est énorme, ça ne s'arrête jamais, des scènes qui, chez la majorité des scénaristes dans des circonstances similaires, auraient nécessité une pause émouvante sont quasi zappées ici (l'évacuation des survivants, la tentative héroïque de Jon Kent de stopper son père). Et finalement c'est, naturellement, que la cavalerie, incarnée logiquement  par le Green Lantern Corps, surgit et convoie les arches vers un nouveau monde. Le récit d'horreur prend alors des airs de western épatant et épique.

Pour mettre en images tout cela, Trevor Hairsine ne ménage pas sa peine. J'ai été dur la dernière fois en qualifiant son dessin de "Hitch moche", il est plus juste de dire que l'artiste (comme Michael Walsh avec Black Hammer / Justice League : Hammer of Justice !) n'est pas un esthète, un partisan de la belle image, du beau dessin. Ce qui ne signifie pas qu'il n'est pas un bon dessinateur, compétent.

Au contraire puisque, à la vérité, ce côté brut, rustre même, du trait colle parfaitement à une telle histoire, sanguinolente, violente, brutale, avec sa part d'exagération assumée, de radicalité même. L'énergie d'un tel dessin convient idéalement à DCeased.

J'étais plus méfiant à la perspective de voir Neil Edwards en renfort car lui est un authentique clone de Hitch, sans en avoir le talent (il lui a souvent servi de doublure). Mais, grâce à l'encrage de Stefano Gaudiano (l'autre grand artiste du projet, qui a si bien servi Hairsine, et que la colorisation de Rain Breredo a respecté), c'est une réussite. On ne voit quasiment pas la différence quand on passe de l'un à l'autre, même si Hairsine est plus sauvage et Edwards plus académique (Hairsine a signé les pages 1 à 7, 10 à 14, 18 à 23, 28 à 36 ; Edwards les pages 8- 9, 11-12, 15, 17, 26-27).

Malgré son propos peu souriant, DCeased s'est imposé comme un event pêchu et jubilatoire. De quoi alimenter la réflexion des éditeurs dont les sagas événementielles classiques sont bien moins convaincantes et savoureuses ?