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vendredi 1 septembre 2023

MARVEL AGE #1000, de Mark Waid et Alessandro Cappuccio, Ryan Stegman, Rainbow Rowell et Marguerite Sauvage, Dan Slott et Mike Allred, Armando Iannucci et Adam Kubert, Steve McNiven, Jason Aaron et Pepe Larraz, J. Michael Straczynski et Kaare Andrews

 

Voilà encore une de ces drôles de parution dont Marvel a le secret : ne cherchez pas les 999 numéros précédents de Marvel Age, mais profitez de ce #1000. Il s'agit d'une anthologie censée célébrer... Quoi au juste ?... Qu'importe ! On a là huit histoires courtes par le gratin de "la maison des idées". Le résultat est évidemment inégal mais ne manque pas d'allure.



- MACHINE LEARNING (Ecrit par Mark Waid et dessiné par Alessandro Cappuccio) - Comment la première Torche Humaine, Jim Hammond, a développé un sens moral ? C'est à cette question que répond Mark Waid dans ce récit d'ouverture, situé en 1939. Il s'agit probablement d'un script écrit par le scénariste avant son départ pour DC, à moins qu'il n'ait produit ceci pour l'occasion. En tout cas, c'est, comme souvent avec Waid, finement raconté. 

Jim Hammond a été un des premiers héros Marvel, plus tard c'est avec lui que s'ouvrait Marvels de Kurt Busiek et Alex Ross. Mais l'androïde capable de s'enflammer demeure une énigme, supplantée par Johnny Storm des Fantastic Four. Waid imagine comment, en écoutant un feuilleton radio il a acquis une éthique et échappé à son créateur, Phineas Horton, qui espérait l'exploiter.

Dommage d'avoir confié les dessins à Alessandro Cappuccio (Moon Knight), dont les planches sont trop sombres pour ne pas voir qu'il se sert de cette astuce pour négliger les décors et dont le trait manque singulièrement d'élégance.


- SUNDAY DINNER (Ecrit et dessiné par Ryan Stegman) - Toujours occupé à piéger les vilains, Spider-Man empêche Peter Parker d'avoir une vie sociale et d'arriver à l'heure à un rendez-vous... Alors là, on a affaire à une sorte d'anomalie chez Marvel qui refuse fréquemment depuis des lustres, sans qu'on sache pourquoi, à ses artistes d'écrire aussi leurs scénarios. Pourtant, cette fois, dans Marvel Age #1000, l'éditeur a accordé cette permission à deux d'entre eux.

Ryan Stegman (Venom) a donc eu le droit de raconter sa petite histoire de Spider-Man et de la dessiner. Certes, ça ne mange pas de pain, mais c'est très sympa et tonique. Stegman s'affirme comme un disciple de Todd McFarlane, qui a marqué de son empreinte une époque du Tisseur. Et ma foi, il mériterait d'avoir sa chance sur le titre (vu ce que commet actuellement John Romita Jr...).
 

- PEOPLE WONDER WHY (Ecrit par Rainbow Rowell et dessiné par Marguerite Sauvage) - Pourquoi Cyclope se montre-t-il toujours si surprotecteur avec Marvel Girl ? Encore une interrogation superbement traitée, ici par Rainbow Rowell (She-Hulk).

Accompagnée par Marguerite Sauvage au dessin, comme d'habitude enchanteresse, acidulée, expressive (un vrai bonheur), la scénariste signe un segment romantique à souhait sur les débuts des X-Men, la première génération. C'est merveilleusement inspiré, sucré au possible, mais très touchant aussi. Et, en pleine vague Fall of X, ça fait du bien de se replonger dans cet âge de l'innocence.


- EARTH'S GREATEST WEAPON (Ecrit par Dan Slott et dessiné par Mike Allred) - Lorsque Captain Mar-Vell espionnait pour le compte de l'Empire kree les humains, qu'est-ce qui l'a convaincu que nous ne représentions aucun danger ?

Il y a quelque chose de magique à chaque fois que Dan Slott (Spider-Man) et Mike Allred (Madman) sont réunis. Ensemble, ils produisent des comics uniques où chacun fait ressortir le meilleur de l'autre. C'est encore une fois le cas avec cette histoire qui prouve que, non, il n'y a pas de tabou à ranimer Captain Mar-Vell. Carol Danvers figure dans ce chapitre qui semble au passage se moquer, à juste titre, de la retcon débile de ses origines. C'et beau, c'est pop, c'est indispensable.


- OVERLOAD (Ecrit par Armando Iannuccci et dessiné par Adam Kubert) - Daredevil a un problème d'audition... Et le lecteur de compréhension ! Que vient faire ce machin sans intérêt, moche (Adam Kubert, vraiment, j'y arriverai jamais) dans cette anthologie. Je ne sais pas qui est Armando Iannucci mais je n'ai aucune envie de le savoir car ce qu'il a écrit est mauvais en diable.

Allez, on zappe !


- DEAF HEAVEN (Ecrit et dessiné par Steve McNiven) - Le Surfeur d'Argent marche au milieu d'un terrain bombardé et Mephisto en profite pour le tourmenter en accablant la nature humaine capable de telles atrocités... Mais Steve McNiven, trop rare, nous livre une pépite.

Comme Ryan Stegman, lui aussi a eu le droit d'écrire et dessiner ce segment. Autrefois superstar, suite au triomphe de Civil War, McNiven a ensuite eu toutes les peines du monde à enchaîner, jusqu'à se contenter de quelques covers par-ci, par-là. Désormais influencé par Barry Windsor-Smith (qu'il imite à la perfection) et Moebius, aborder le Silver Surfer est toute compte fait logique.

C'est classique, mais franchement somptueux. Toutes les pages sont découpées en trois cases verticales, avec une intensité rare. Le trait est fin et puissant à la fois; L'histoire est poignante. Bon sang, si Marvel avait un Black Label, ce serait génial d'avoir une mini Silver Surfer par McNiven...
  

- THE GIRL WHO HATES SUPER HEROES (Ecrit par Jason Aaron et dessiné par Pepe Larraz) - Jyl Tally n'aime pas les super héros qui sauvent le monde mais n'ont pas guéri sa mère du cancer. Jusqu'à ce qu'elle croise la route de la puissante Thor... Et là, miracle !

Oui, parce que Jason Aaron revient à sa meilleure création, Jane Foster/Thor, et prouve qu'il est encore capable d'écrire quelque chose de valable, de chouette, de lumineux. Ce récit est parfait, c'est comme une fable, il n'y a rien à jeter. Qui l'eût cru ? Et pour ne rien gâcher, c'est Pepe Larraz qui signe les dessins, qui sont évidemment d'une beauté à tomber à la renverse. Vraiment revigorant !
 

- OBSERVATIONS FROM THE BACKYARD (Ecrit par J. Michael Straczynski et dessiné par Kaare Andrews) - Trois gamins, dans le jardin d'une maison de banlieue, imaginent des histoires de super héros qu'eux seuls voient et dont ils sont convaincus qu'elles doivent être racontées...

S'il ne devait y avoir qu'un chapitre de ce Marvel Age #1000 à retenir, qui justifierait l'achat de ce comic-book, alors ce serait celui-ci. Parce que, avant son grand retour chez Marvel ce mois-ci pour la reprise de Captain America, J. Michael Straczynski rend un hommage absolument splendide aux trois pères fondateurs de Marvel. Car les trois gosses se prénomment Stan, Jack et Steve... C'est sans doute naïf, d'aucuns diront même mièvre, mais ne soyez pas cyniques et appréciez ce tribute si juste, si inspiré, si beau tout simplement.

Et encore plus beau grâce à Kaare Andrews qui dessine en couleurs directes des planches sublimes. Je n'ai que des compliments à faire à ce récit. D'autant qu'il paraît après un documentaire sur Stan Lee (sur Disney +) qui a passablement agacé les héritiers de Kirby (parce qu'on lui niait la paternité de plusieurs héros). Mais en vérité, quoi qu'on pense de Lee, Kirby, Ditko, de leurs relations houleuses, de qui a fait quoi, ces observations depuis l'arrière-cour nous rappelle que c'est surtout la combinaison du génie de ces trois auteurs qui a fait de Marvel ce qu'il est. Tout le reste n'est qu'accessoire.

A deux chapitres près, Marvel Age #1000 est quand même une belle parution. Même si Marvel vous déçoit, vous irrite, vous déboussole, c'est là une belle manière de rappeler aussi pourquoi on aime quand même lire leurs comics.

jeudi 27 juillet 2023

X-MEN : HELLFIRE GALA 2023, de Gerry Duggan, Jonathan Hickman, Adam Kubert, Luciano Vecchio, Valerio Schiti, Matteo Lolli, Russell Dauterman, Javier Pina, R.B. Silva, Joshua Cassara, Kris Anka et Pepe Larraz

 


Je m'étais promis de revenir aux X-Men à l'occasion de la troisième édition du Hellfire Gala, sortie hier. Même si Fall of X a déjà officiellement démarré, ce numéro spécial de 80 pages marque vraiment un tournant dans cette nouvelle ère mutante. Gerry Duggan orchestre tout cela et réussit à vraiment choquer le lecteur. Même si ça ne signifie pas qu'il réussira à me faire revenir...

 


De la résurrection de Kamala Kahn/Ms. Marvel par les Cinq sur Krakoa à la révélation de la nouvelle équipe de X-Men puis à l'attaque lancée par Orchis sur l'île de Mykines où se tient le Hellfire Gala 2023, venez assister à la chute de la maison que X a bâtie. Et croyez-le : plus rien ne sera comme avant.
 

Ci-dessus, vous pouvez lire les (très) grosses lignes de ce numéro spécial consacré à l'édition 2023 du Hellfire Gala. En 2021, sur l'île de Mykines, propriété de Emma Frost cédée à elle par Namor, fut présentée la première équipe des X-Men de l'âge de Krakoa et la terraformation de Mars rebaptisée Arakko pour y loger les anciens sujets de Genesis et Apocalypse. 


En 2022, une nouvelle formation des X-Men fut intronisée, avec moins de cérémonial, mais en coulisses déjà se préparaient de manoeuvres pour gâcher la fête et préparer une attaque d'ampleur sur le peuple de Krakoa. L'année qui suivit confirma ce futur noir : Orchis propagea des fake news pour discréditer les mutants, tout en piratant leur technologie.


Depuis de longs mois, Marvel promettait Fall of X dont la forme est curieuse : il ne s'agit pas à proprement parler d'un event avec une saga centrale et des séries satellites, ni d'un crossover, mais plutôt d'une myriade de titres, de mini-séries confirmant un changement de statu quo brutal sur la chute de Krakoa, la fin de l'âge de Krakoa. Il faudra sans doute attendre 2024 pour réellement savoir quelle apparence prendra la nouvelle ère mutante.


Mais il faut reconnaître que, même si j'ai tout laissé tomber du côté des mutants ces derniers mois, en partie parce que la série X-Men me tombait des mains, en partie parce que l'event Sins of Sinister m'a découragé, en partie enfin parce que regrettais que Marvel mette fin à l'âge de Krakoa, la lecture de X-Men : Hellfire Gala 2023 était sur mon programme, en espérant trouver une forme de synthèse de Fall of X.


Et de ce côté, je ne suis pas déçu. Gerry Duggan, qui, jusqu'à présent, ne m'avait pas semblé en capacité tout comme en inspiration pouvoir ni produire un page-turner vraiment renversant ni se distinguer de ce qu'avait fondé Jonathan Hickman, réussit un tour de force exemplaire, une vraie apocalypse, qui redistribue profondément les cartes, balaie tout sur son passage. 


Pour illustrer ces 80 pages, j'ai choisi huit pages issues de cet épisode qui me semblent bien résumer les moments forts de ce qui s'y passe, sans trop en dévoiler mais en en disant suffisamment. Il n'est plus réellement question de spoilers : le lecteur est prévenu d'emblée, depuis  longtemps, que les mutants vont prendre cher et que rien (vraiment !) ne sera plus comme avant (en tout cas plus comme depuis quatre ans, depuis House of X/Powers of X).


Dans cette configuration, et même si la notion de mort reste relative étant donné le protocole de résurrection créé par les mutants, on sort de cette lecture tout de même très remué. C'est la réussite la plus notable du script de Gerry Duggan : il parvient à nous faire croire à une crise de grande ampleur, à une situation désespérée, à la fin d'une époque, à un changement de paradigme. Bien entendu, il faudra confirmer ça ensuite et ne pas se contenter d'un simple match retour pour qu'en 2024 on reparte pour un tour de manège. 

Non, si le projet doit aboutir concrètement, il faut que l'an prochain les mutants soient dans un état aussi bouleversant et bouleversé que lors de HoX/PoX. Et disons que ce Hellfire Gala 2023 donne à Duggan tous les moyens d'y arriver. C'est entre ses mains et celles des autres auteurs de la franchise mutante que revient la conversion de cette promesse en réalité. Sinon tout n'aura été qu'un coup d'éclat.

Le déroulement de cet épisode se caractérise par un rythme très soutenu : on a droit à 80 pages très denses, très énergiques, très dramatiques. Tous les curseurs sont à fond, quitte à entrer dans le rouge. Mais comme ça fait bien deux ans qu'on n'a pas lu pareil récit, aussi électrisant, avec des mutants, on se régale. Duggan casse tous les jouets,, sème un chaos incroyable. Il le fait comme un gamin en colère, qui s'est longtemps retenu, mais sans que ce soit un simple caprice. Il hérite de pièces disposées par ses collègues et les assemble de manière efficace pour un résultat paroxystique.

Il y a là une succession de moments très forts, très puissants, et pourtant ça démarre moyen avec la résurrection de Ms. Marvel (Kamala Kahn), piteusement tuée par Marvel (et Zeb Wells, dans les pages de The Amazing Spider-Man). Désormais, le personnage est aligné sur le canon du MCU : elle est devenue une mutante. Duggan se fait étonnamment subtil en développant à la fois ce choc pour le personnage et le fait qu'elle n'ait pas envie de se définit comme tel tout de suite, qu'elle se demande ce qu'il en est de ses pouvoirs, de sa vie privée. C'est le seul passage obligé de l'épisode mais Duggan l'intègre bien.

Puis on entre dans le vif du sujet avec l'élection de la nouvelle équipe des X-Men. Jean Grey annonce qu'elle et Cyclope ont décidé de passer la main à Synch et Talon (Laura Kinney). La formation élue est surprenante avec les entrées de Cannonball, Prodigy, Frenzy, Jubilé, Dazzler, et le Fléau. Mais à peine ont-ils été intronisés que la fête bascule dans le carnage. Nimrod les tue (presque) tous !

La suite est une longue mais captivante opération bien préparée par Orchis. Les méchants entrent en scène les uns après les autres : Dr. Stasis (un clone de Mr. Sinistre), Karima Shapendar/Oméga Sentinelle, l'A.I.M., Moira X, les Sentinelles Stark conçues par Feilong. L'assaut est si massif, rapide, bien déployé que les mutants sont dépassés comme jamais. Le carnage est inévitable et il ne sera pas évité.

On assiste en particulier à la mort, vraiment horrible, d'un X-Man historique, à la défaite d'un autre qu'on pensait impossible, Jean Grey est poignardée, Firestar hérite d'une mission abominable, les portails de Krakoa sont piratés et deviennent des pièges affreux, Lourdes Chantel se sacrifie d'une manière déchirante, Charles Xavier se rend, Malicia opère un baroud d'honneur et un sauvetage in extremis... N'en jetez plus ! On est littéralement saisi par le massacre mutant, à la hauteur du premier (qui donna son titre à une saga culte), par la déroute des survivants, par le désespoir absolu qui étreint Xavier. Mais on est aussi intrigué par ce qu'on voit du côté de Mother Righteous (sur l'archipel de Krakoa basée dans l'Atlantique, et il est certain que cela va faire phosphorer les fans).

Visuellement, 80 pages, c'est l'occasion d'un défilé de dessinateurs et Marvel a convié stars confirmés et recrues en devenir. Adam Kubert ouvre la marche et plus tard donne une belle scène à Wolverine. Puis Luciano Vecchio lui succède, plus fade. Russell Dauterman, comme chaque année, se charge de la présentation de la nouvelle équipe : deux pages seulement, mais superbes. Ensuite, la catastrophe commence pour les héros et les artistes s'enchaînent : Javier Pina et Matteo Lolli ne font pas de quartier, RB Silva qui signe des pages magnifiques, Joshua Cassara ne fait que passer, Kris Anka a droit à un autre moment fort, et Pepe Larraz conclut en beauté. Franchement, c'est un régal pour les yeux, élégant, et brutal.

On a même droit à deux pages par Jonathan Hickman et Valerio Schiti, parfaitement intégrées au reste, qui introduisent deux des futurs protagonistes de leur projet G.O.D.S., de manière très habile. Cela suffit au binôme pour ironiser sur la fameuse affirmation de Magneto dans House of X #1 comme quoi, à présent, les mutants seraient les nouveaux dieux.

Maintenant, dans les mois à venir vont éclore de nombreuses mini-séries exploitant la situation, utilisant les survivants, ramenant des personnages qu'on n'a pas vus depuis des lustres (comme Alpha Flight), investissant plusieurs territoires. Je ne vais rien lire de tout ça. A vrai dire, je pense que cela aurait été bien plus fort et culotté de ne plus rien publier de mutant jusqu'en 2024, histoire de vraiment angoisser les fans et repartir sur des relaunchs, une nouvelle collection de séries (avec de nouveaux noms, comme celui, teasé à la San Diego Comic Con le week-end dernier, de New X-Men). 

Mais Marvel comme la nature a horreur du vide et préfère combler les mois prochains avec une avalanche de projets qu'on sait par avance très inégaux (en qualité et en intérêt). Une stratégie similaire au MCU qui, s'il avait misé sur un break après Avengers : Endgame, aurait permis au spectateur de souffler, de se remettre de ses émotions et pour les studios Marvel de créer une attente, un désir, un manque bien plus efficace. Selon l'offre qui sera proposée au terme de Fall of X, je verrais si ça m'intéresse de revenir lire des aventures mutantes. Ce Hellfire Gala donne un terrain fertile pour une sorte de nouveau départ. Aux scénaristes et editors de savoir en tirer la meilleure liqueur.