Affichage des articles dont le libellé est Marc Guggenheim. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Marc Guggenheim. Afficher tous les articles

lundi 10 juillet 2023

TORRENT : VOLUME 1, de Marc Guggenheim et Justin Greenwood


Si le 13 Septembre prochain, vous voulez acquérir une bonne mini-série pour la modique somme de 9,99 $, alors retenez ce titre : Torrent. Il s'agit (pour l'instant) d'une série limitée en cinq épisodes, écrite par Marc Guggenheim et dessiné par Justin Greenwood. Ou l'histoire d'une super-héroïne qui perd tout et va se venger en décidant de ne pas faire de quartier, s'attirant les foudres de ses amis, sa famille, les autorités. Pour un résultat moins bourrin qu'il y paraît.



Michelle Metcalf est celle qui se cache derrière le masque de Crackerjack. Elle fait partie d'une équipe de super-héros, les Prétoriens, mais préfère agir seule. Pourtant elle est suivie régulièrement apr Slipstream, un jeune justicier qui veut être son sidekick mais qui manque de vigilance. Comme ce jour où il est blessé en intervention.


Soigné et se croyant rétabli, il est capturé par Killsquad, un super-vilain aux ordres de Mr. Skelton, le caïd local qui le torture pour connaître l'identité civile de Crackerjack et son adresse. Killsquad est envoyé sur place et tue Adam, le mari de Michelle, et enlève son fils, Ian. Crackerjack s'introduit dans le building de Skelton qui lui flanque une raclée, mais Madam Icon récupère Ian.


Captain Criterion, le leader des Prétoriens, refuse d'attaquer Skelton pour aider Crackerjack à se venger. Michelle s'adresse alors à l'inspectrice Thomas qui la renvoie à la procureure : hélas ! la loi est impuissante contre Skelton car rien ne le lie à la mort d'Adam et au rapt de Ian. Crackerjack entreprend de trouver Killsquad pour qu'il témoigne contre son patron mais l'assassin a été éliminé. C'en est trop pour l'héroïne qui décide de prendre les armes et d'attaquer les intérêts de Skelton.


Mais, ce faisant, elle franchit la ligne rouge et les Prétoriens comme la police décident de l'arrêter. Cependant, à l'hôpital, Slipstream sort du coma et prend conscience des conséquences de ses actes dans ce bain de sang...


J'étais totalement passé à côté de cette mini-série publiée par Image Comics cette année et c'est un ami qui me l'a fait découvrir. Et je peux vous dire que Torrent est d'une efficacité redoutable, un vrai page-turner qu'on lit d'une traite. Ce n'est certes pas bien épais, cinq épisodes, et le pitch ne relève pas de la grande littérature. Mais ce n'est pas un divertissement bourrin de plus.

Alors que le Punisher empoisonne depuis des années Marvel car son logo a été récupéré par des extrémistes de la Droite américaine et que l'éditeur a finalement choisi de confier le destin du personnage à Jason Aaron, Jesus Saiz et Paul Azaceta pour une mini-série en 13 épisodes, Torrent explore frontalement la figure du vigilante, l'anti-héros qui franchit la ligne rouge et se fait l'adepte d'une justice expéditive.

Et en cinq épisodes, Marc Guggenheim prouve qu'on peut très bien traiter d'un tel personnage sans de cacher derrière son petit doigt, en faisant en sorte que le lecteur comprenne son comportement sans le valider pour autant. Bref, que le Punisher peut être encore au coeur d'une série sans que cela soit un épouvantail éditorial ni un objet politiquement récupéré.

Marc Guggenheim est un scénariste aguerri : il a écrit pour la télé (notamment le Arrowverse de WB) et beaucoup de comics chez les Big Two, comme Aquaman, Wolverine, X-Men, et... Le Punisher. Et c'est comme si, avec Torrent, en parallèle du projet porté par Aaron, Saiz et Azaceta, il avait décidé de prendre le taureau par les cornes et d'en livrer une version sans filtre mais sans complaisance non plus.

Le fait initial de prendre une femme pour jouer un rôle aussi badass (comme aiment à dire les youtubeurs fans de comics quand ils ne savent pas comment définir un héros qui sort des clous), c'est déjà un geste politique. Car Guggenheim s'autorise à la maltraiter, ce qui n'est pas politiquement correct à l'heure de #metoo : Crackerjack en prend plein la tronche, qu'elle soit masquée ou non. Il y a là une absence d'hypocrisie salutaire car vu le chemin qu'elle emprunte, il aurait été irréaliste qu'elle esquive les coups et ne fasse qu'en donner.

Plus original : Crackerjack fait métier de super-héroïne, son mari et son fils sont au courant de ses activités, elle est membre d'une super-équipe, les Prétoriens (qui, dans la Rome antique, était un corps d'élite de la légion, disposant d'un arsenal qui lui était propre et de missions spécifiques). Même celui qui prétend être son sidekick (bien qu'elle n'en veuille pas), Slipstream connaît son secret. Et c'est justement là-dessus que repose l'argument de ma série.

En vérité, Torrent est autant l'histoire de Crackerjack que de Slipstream. Capturé, torturé, il livre le nom et l'adresse de l'héroïne à un caïd qui envoie aussitôt un tueur à gages l'éliminer. Le reste n'est que la conséquence de ce massacre et Guggenheim insiste bien sur un point : aucun individu normalement constitué ne peut faire face à un tel traumatisme. Lorsque Captain Criterion explique à Michelle Metcalf qu'il ne peut pas l'aider à se venger pour des questions de principes mais aussi de légalité, il ne considère pas un instant que ces préoccupations morales ont été anéanties. 

Cet argument se répète quand Michelle écoute la procureur lui détailler pourquoi Skelton est intouchable. Ce décalage entre des discours raisonnables, s'appuyant sur la loi, l'éthique, et la souffrance, la soif de vengeance, illustre parfaitement l'irréconciliable fossé entre une femme à qui on a tout pris et ceux qui suivent un code ou ceux qui profitent des règles. Ce qui n'excuse aucunement la bascule quand Crackerjack prend, littéralement, les armes et se met à flinguer à tout-va, pour perturber les trafics à l'origine de la fortune de Skelton.

Plus loin, à un moment crucial du récit, Michelle avoue qu'elle n'est plus Crackerjack, elle ne peut porter ce surnom, ce qu'il représente. Un témoin de ses exactions lui demande pourquoi elle en est rendue à ce qu'elle commet et elle répond : "c'est compliqué." On lui retorque que faire la part des choses, choisir le Bien contre le Mal, c'est pourtant simple puisque c'est ce qui définit un héros d'un vilain. Elle répète : "c'est compliqué." A l'abri des regards, une fois dans son repaire, elle s'effondre en larmes, repensant à son époux et considérant ce qu'elle est effectivement devenue : un monstre, une tueuse, qui ne vaut pas mieux que celui dont elle veut la peau.

Pas besoin de grand discours : Guggenheim appuie là où ça fait mal, simplement. Parce qu'il montre à la fois tout ce qui a brisé cette femme et tout ce qui la condamne, il en dresse non pas un portrait manichéen et donc facile à récupérer par des idéologues extrémistes mais au contraire, il la représente comme une héroïne déchue, qui dérape complètement, irréversiblement, sans qu'on puisse lui pardonner. Le dénouement est sans équivoque sur ce point là, même si le scénariste a voulu terminer sur une note plus optimiste (et qui pourrait inspirer une suite, avec plusieurs pistes possibles à explorer).

Torrent porte aussi bien son nom car c'est une série qui emporte tout sur son passage visuellement. Justin Greenwood est un artiste dont je n'avais jamais entendu parler avant mais qui produit des planches à l'énergie incroyable.

Son trait ne cherche pas le réalisme académique, il exagère les proportions, les expressions, force les perspectives, et son découpage est toujours au bord de l'explosion. C'est raccord avec l'histoire qu'il met en images. Parfois, il renonce carrément aux effets de volume et on a l'impression que ces personnages sont unidimensionnels, comme comme collés à la page. Mais c'est un parti-pris qui correspond à leur position : ils sont littéralement pris dans une toile dont ils ne s'extirperont jamais ou alors seulement lorsqu'ils seront poussés dans leurs retranchements.

Greenwood est très à son avantage dans l'action, qui ne manque pas dans ces cinq épisodes. Le premeir affrontement entre Crackerjack et Skelton, le tabassage des indics, la bataille épique avec les Prétoriens, sont autant d'occasions pour le dessinateur de prouver à quel point il ne retient pas ses coups, avec des compositions dynamiques, des angles de vue décapants et des valeurs de plan accentuant au maximum les impacts. Quant le récit se calme, il n'est pas maladroit non plus, alimentant une tension constante, soulignant la douleur, souvent rentrée, des personnages.

Pour ne rien gâcher, il est soutenu par un fabuleux coloriste dont j'ai déjà récemment parlé (dans ma critique sur Grim) : Rico Renzi. Capable de s'adapter à tous les styles, celui-ci donne ici une nouvelle preuve de son talent pour créer des ambiances, sombres, lugubres, désespérées, et pourtant très toniques.

J'ignore sir Torrent aura une suite et quelle forme elle prendra. En soi, c'est une mini-série qui se suffit à elle-même et qu'il serait dommage de poursuivre juste pour exploiter son filon. En tout cas, elle démontre que Marc Guggenheim, loin des contraintes des Big Two, étonne, et elle révèle un artiste prometteur avec Justin Greenwood. Quoiqu'il en soit, vous n'oublierez pas de sitôt Crackerjack après avoir fait sa connaissance.

jeudi 12 mai 2022

MOON KNIGHT : BLACK, WHITE & BLOOD #1, de Jonathan Hickman et Chris Bachalo, Murewa Ayodele et Dotun Akande, Marc Guggenheim et Jorge Fornes


J'attendais beaucoup de ce premier numéro de Moon Knight : Black, White & Blood. Sans doute trop. Car c'est une déception. Mis à part le dernier segment, l'ensemble reste difficilement lisible/compréhensible ou simplement sans intérêt. 

 


- Anubis Rex. (Ecrit par Jonathan Hickman, dessiné par Chris Bachalo) - Dans un futur très lointain, Moon Knight traque les scarabés d'or dans lesquels le dieu Ra a placé son essence. Il est guidé par une fillette, prêtresse de Khonshu...
 

- So White. Yet, So Dark. (Ecrit par Murewa Ayodele, dessiné par Dotun Akande) - Moon Knight accepte, à contrecoeur, que Spider-Man l'accompagne lors d'une mission pour récupérer un artefact permettant de réveiller Anubis...


- The End. (Ecrit par Marc Guggenheim, dessiné par Jorge Fornes) - La comptable d'un baron de la Maggia vient demander à Moon Knight de l'aider alors qu'elle doit témoigner pour un procès et que des tueurs sont lancés à ses trousses...

Lorsque j'ai appris que Marvel lançait une nouvelle collection de short stories avec Moon Knight comme héros et que le duo Jonathan Hickman-Chris Bachalo allait inaugurait ce projet, j'étais très impatient de découvrir cela. C'était même la seule raison qui allait me motiver à faire l'acquisition de numéro.

Puis j'ai découvert que Marc Guggenheim et, surtout, Jorge Fornes faisaient aussi partie de l'aventure. De quoi me mettre encore plus en appétit. Quant à la troisième équipe d'auteurs au générique, elle m'était inconnue, mais j'étais sans a priori négatif et ne demandai qu'à juger sur pièces l'effort produit par Murewa Ayodele et Dotun Akande.

Bon, ne tournons pas autour du pot : c'est une énorme déconvenue. Mais reprenons du début.

Jonathan Hickman écrivant Moon Knight et Chris Bachalo le dessinant, avec une intrigue située dans un lointain futur : c'était un chouette pari. C'est au final tout bonnement illisible. Qu'est-ce que Hickman a voulu raconter déjà ? C'est un mystère. Si ce devait être le prologue d'une série, ce serait presque avantageux, mais en l'état, c'est totalement abscons. Ni l'idée d'un Moon Knight futuriste ni ce qui sert de prétexte à l'histoire n'a de sens, n'est exploité dignement et ne comble le fan du scénariste. 

Quant au dessin de Bachalo, c'est absolument impossible. L'artiste a parfois tendance à composer des plans qui ne se révèlent pas tout de suite, mais la couleur aidant, on finit par s'en accommoder et les décrypter. Il lui arrive cependant de produire des images fulgurantes et son style est alors exceptionnel. Mais ici, c'est vraiment embarrassant d'avouer qu'on ne sait pas ce qu'on regarde la plupart du temps. Même en collant le nez sur la page, on n'y pige rien, c'est dramatique. Le noir et blanc rehaussé de niveau de gris et avec quelques éléments en rouge (comme c'est le principe de ce genre de collection) n'arrange rien. On s'use les yeux pour rien, si bien qu'on finit ce récit sans savoir ce qu'on a lu.

Hélas ! si ce que propose Murewa Ayodele est plus sobre, ce n'est pas plus fameux. Cette aventure avec Spider-Man collé aux basques de Moon Knight se veut drôle, elle est juste consternante. On est gêné devant les efforts vains de l'auteur pour emballer ce récit dont toutes les vannes tombent à plat et qui finissent même par sérieusement horripiler. L'argument étant particulièrement peu original, on s'en remet au dessin de Dotun Akande, mais ils sont si désincarnés qu'on s'ennuie. Par ailleurs, l'artiste échoue à plusieurs reprises à équilibrer harmonieusement des plans d'ensemble, comme s'il ne maîtrisait pas encore complètement son art. Ouille !

Les mains jointes, le regard au ciel, on prie alors pour que le troisième segment soit plus décent. C'est le cas. Et pour cela, Marc Guggenheim, qui n'a pas non plus inventé une intrigue bien terrible, soigne la forme à défaut du fond. En effet, tout est raconté à l'envers, comme le film Memento de Christopher Nolan (auquel on pense immédiatement). Une citation dee Kierkegaard sur le fait de pouvoir comprendre sa vie à contresens tout en se projetant dans l'avenir vient souligner, assez prétentieusement, le propos (qui n'en demandait pas tant).

Car le véritable atout de tout ça, c'est bien évidemment que Jorge Fornes le dessine. Désormais exclusif chez DC, on en déduit qu'il a signé ces planches juste avant que la "Distinguée Concurrence" ne décide de garder ce talent juste pour elle. Mais Fornes séduit et épate, bien plus que Bachalo et Akande, avec cet exercice de style qui lui convient parfaitement. Lui n'a aucun mal à faire vivre son dessin sans autres couleurs que le noir, le blanc et un peu de rouge. Qui plus est il magnifie un script très classique avec un découpage à l'os, qui appuie l'aspect tragique, nerveux et poignant de l'histoire.

Rendez-vous dans un mois pour trois nouvelles nouvelles, avec des auteurs qu'on espère plus inspirés (Benjamin Percy, David Pepose, Patrick Zircher, Gerardo Zaffino et Leonardo Romero).

dimanche 24 juin 2018

X-MEN : GOLD #30, de Marc Guggenheim et David Marquez


Pourquoi parler du trentième numéro d'une série à laquelle je n'ai consacrée aucune entrée auparavant - et qui sera annulée en Septembre prochain ? Parce qu'il est spécial bien entendu : X-Men : Gold est le "wedding issue of the year", comme l'a teasé Marvel au début de l'année (sans révéler qui allait se marier), et si bien écrit par Marc Guggenheim qu'on se pince pour y croire. Pour ne rien gâcher, David Marquez le dessine. Et, in fine, une surprise est sur le gâteau de la noce...


Il y a des années, Piotr Rasputin/Colossus, de retour des Guerres Secrètes, avouait à Kitty Pryde avoir vécu une romance tragique sur la planète créée par le Beyonder... Aujourd'hui, les deux X-Men sont sur le point de s'épouser après avoir partagé bien des (més)aventures. La veille de leur union, ils assistent à une réception dans un bar privatisée pour l'occasion avec leurs amis et leurs familles.


Durant cette soirée, Kitty s'isole avec sa meilleure amie et future belle-soeur, Ilyana/Magik, sur le toit de l'établissement. Cette dernière pense que que son frère et sa promise commettent une erreur avec ce mariage car leur relation a toujours été trop mouvementée. Kitty la rassure, même si elle est troublée.


Le lendemain, Kurt Wagner/Nightcrawler, le garçon d'honneur de Piotr, lui révèle qu'il demandera la main de Rachel Summers après le mariage. Kitty, elle, se prépare avec sa mère, Storm et Stevie Hunter, et l'émotion la rattrape, entourée des trois femmes qui l'ont accompagnée depuis ses treize ans. Tout le monde part pour les noces sous le regard bienveillant de Logan/Wolverine, caché sur le toit de l'institut Charles Xavier (les X-Men ignorent encore qu'il a ressuscité).


Le rabbin Yarkin et Kurt Wagner président la cérémonie. Kitty passe l'alliance au doigt de Piotr. Mais elle phase quand il l'imite. Elle ne peut pas se marier et disparaît, honteuse, devant l'assemblée médusée.


Autour du buffet dressé pour l'occasion, les proches s'interrogent sur ce qui s'est passé. Piotr retrouve Kitty à l'écart et elle lui explique qu'elle pense que leur activité de super-héros est incompatible avec la vie conjugale à cause du danger permanent. Rémy Lebeau/Gambit comprend, lui, qu'il ne peut plus attendre et demande sa main à Anne-Marie/Rogue. Elle accepte et, le lendemain, on célèbre leur mariage.

Au début de cette année, Marvel avait promis pour ce mois de Juin le mariage de l'année dans un de leurs comics. Mais qui allait s'unir à qui et dans quelle série, dans quelle équipe de héros ? La question n'a pas vraiment déchaîné les passions, tandis que chez DC on annonçait franchement les noces de Batman et Catwoman en Juillet en se demandant si Selina Kyle allait vraiment épouser Bruce Wayne et, si oui, si un vilain n'allait pas tout gâcher.

Finalement donc, il s'agit de Kitty Pryde et Piotr Rasputin. Marc Guggenheim a construit tout son run sur X-Men : Gold sur les retrouvailles entre les deux partenaires et, logiquement, il a voulu les unir pour le meilleur et pour le pire. Cette propension à donner au lecteur ce qu'il attend sans le réclamer pourtant a fait la marque du scénariste sur cette série et a fait de cette série une production sans grand relief (comme X-Men : Blue s'est occupé des All-New X-Men de Bendis et X-Men : Red a donné un semblant de justification au retour de Jean Grey).

Pourtant, contre toute attente, Guggenheim s'en sort très bien en réussissant à diffuser dès la première page un doute qui va aller croissant, un malaise prégnant. On devine donc vite que tout ne va pas se passer comme prévu et que le "mariage de l'année" risque bien de ne pas avoir lieu (et lorsqu'on sait que chez Marvel, les époux sont durement éprouvés, on est presque soulagé pour Kitty et Piotr).

Plus que l'issue, prévisible, c'est dans la traduction des sentiments que l'auteur brille : au gré de dialogues subtils, il réussit à troubler ses personnages, et l'explication de Kitty à la fin sonne juste car ses arguments sont simples mais logiques. 

Mais il faut quand même une cerise sur le gâteau pour ne pas rester sur une note trop triste et on assiste donc au mariage entre Gambit et Rogue, deux autres qui se tournent autour depuis longtemps. L'astuce n'est pas très fine et servie à la louche, mais elle permet d'annoncer le lancement d'une nouvelle série, Mr. & Mrs. X, écrite par Kelly Thompson et dessinée par Oscar Bazaldua, qui débute le mois prochain, et qui prolongera en vérité l'excellente mini-série Rogue & Gambit de la même scénariste.

Cet épisode spécial a la chance de disposer des dessins de David Marquez (au chômage technique depuis la fin de Defenders), dont le talent upgrade d'un coup l'affaire. L'artiste, pourtant peu familier des mutants (même s'il a signé quelques pages dans des épisodes récents de X-Men : Gold), s'approprie les personnages avec aisance et réalise des planches d'une élégance folle, capable de reproduire une planche de Uncanny X-Men #183 de 1987 par John Romita Jr., tout comme de faire de la scène des alliances un vrai sommet de suspense.

La beauté du dessin de Marquez est particulièrement sensible dans sa représentation des héroïnes, et les scènes avec Kitty sont d'une merveilleuse sensibilité, valorisée par les couleurs douces de Matt Wilson. C'est la différence entre un artiste accompli et un technicien banal : il sait donner vie, chair et sentiment aux situations.

Ce trentième épisode n'est donc peut-être pas l'événement survendu par Marvel mais c'est une jolie pépite, sentimentale et exquise, qui mérite qu'on s'y arrête. 

lundi 25 janvier 2016

Critique 801 : DAREDEVIL, VOLUME 4 - THE AUTOBIOGRAPHY OF MATT MURDOCK, de Mark Waid, Chris Samnee, Marc Guggenheim et Peter Krause


DAREDEVIL, VOLUME 4 : THE AUTOBIOGRAPHY OF MATT MURDOCK rassemble les épisodes 15.1 et 16 à 18 de la série, écrits par Mark Waid (#15.1 : Retrospection, #16-18), Marc Guggenheim (#15.1 : Worlds collide), Chris Samnee (#15.1 : Chasing the devil) et dessinés par Peter Krause (#15.1 : Worlds collide), Chris Samnee (#15.1 : Chasing the devil, #16-18), publiés en 2015 par Marvel Comics.
Ces épisodes sont les derniers écrits par Mark Waid et du quatrième volume de la série.
*
L'épisode 15.1 se situe chronologiquement avant l'épisode 15 (in Daredevil, vol. 3 : The Daredevil you know). 
 (Ci-dessus : extrait de Daredevil #15.1 : Retrospection.
Textes de Mark Waid, dessins de Chris Samnee.)

- #15.1 : Retrospection (2 pages) (Textes de Mark Waid, dessins de Chris Samnee.) Il s'agit de deux planches introductives pour cet épisode spécial : Matt Murdock raconte successivement deux histoires de sa carrière sous le masque de Daredevil à Foggy Nelson, son associé qui écrit sa biographie, et à Kirsten McDuffie, sa fiancée et associée, dont le père va publier ladite biographie.  
 (Ci-dessus : extrait de Daredevil #15.1 : Worlds collide.
Textes de Marc Guggenheim, dessins de Peter Krause.)

- #15.1 : World collide. (19 pages) (Textes de Marc Guggenheim, dessins de Peter Krause.) Au début de sa double carrière d'avocat et de justicier masqué, Matt Murdock doit assurer la défense d'un homme soupçonné de meurtre qu'il a appréhendé lors d'une patrouille, déguisé en Daredevil.

Ce récit est assez anecdotique même si le problème posé au héros n'est pas dénué d'intérêt. L'intrigue compte toutefois moins que son traitement puisque le scénario est écrit par Marc Guggenheim, lui-même ancien avocat et consultant (il a ainsi rédigé plusieurs épisodes de la série télé New York police criminelle / Law and Order, créée par Dick Wolf), que Mark Waid aurait souhaité comme son successeur sur Daredevil.

Dans le même registre, les dessins sont signés par un autre partenaire de Waid, Peter Krause (avec qui il a réalisé la série Irrécupérable / Irredeemable). Le résultat est très moyen, très classique, et la seule note un peu étonnante est de revoir DD avec son premier costume (noir et jaune).
 (Ci-dessus : extrait de Daredevil #15.1 : Chasing the devil.
Textes et dessins de Chris Samnee.)

- #15.1 : Chasing the devil. (8 pages) (Textes et dessins de Chris Samnee.) Surprenant une alerte de la police, Daredevil se rend dans une carrière de sel où le sorcier Diablo est sur le point de conclure un deal de drogue. En l'affrontant, le justicier devra maîtriser ses super-sens soudainement augmentés.

Déjà crédité depuis le début du Volume 4 de la série comme "storyteller" à part égale avec Mark Waid, indiquant son investissement dans les histoires mais aussi sa complicité avec son partenaire, Chris Samnee écrit et dessine seul ce récit complet de petit format.
S'inspirant de Waid pour opposer Daredevil à un adversaire inattendu (en l'occurrence Diablo, d'habitude adversaire des 4 Fantastiques), il exploite bien cette astuce en éprouvant le héros dans cette histoire qui se déroule, elle aussi, dans le passé.

Graphiquement, Samnee n'a pas à se forcer pour faire mieux que Krause en disposant pourtant de deux fois moins de pages : son découpage dynamique donne un swing imparable à l'affaire, qui ne laisse qu'un seul regret, celui que Daredevil n'ait pas eu un arc narratif entier contre Diablo.
*
(Ci-dessus : extrait de Daredevil #16.
Dessins de Chris Samnee.)

- #16-18 : The Autobiography of Matt Murdock. (63 pages) (Textes de Mark Waid, dessins de Chris Samnee.) Sa réputation ruiné par le Suaire (qui a dévoilé les noms de ses clients et le contenu de leurs dossiers mais son entourage également désormais en danger de mort (le public sait que Foggy Nelson n'est pas mort), Matt Murdock sollicite l'aide de Wilson Fisk. En échange, l'avocat maquillera sa disparition, y compris aux yeux de ses proches, et se mettra au service du Caïd comme Daredevil.
Mais Murdock est doublé par Fisk qui, pour soustraire le Hibou au Suaire, fait enlever Julia Carpenter, la fiancée de ce dernier, Foggy et Kirsten McDuffie. En outre, le Caïd, qui a à son service Ikari, veut vraiment se débarrasser définitivement de Murdock...

Ces trois derniers chapitres concluent donc un run de quatre ans de Mark Waid sur la série : c'est un record. Il s'agit donc de terminer en beauté, aussi - surtout - parce que ses épisodes ont reçu des critiques élogieuses et un joli succès public.

Ce final est, à mes yeux, l'occasion de nuancer un léger malentendu concernant le Daredevil de Waid : pour beaucoup, ce qui le caractérise, c'est un ton plus léger que les oeuvres de Frank Miller, Ann Nocenti, Alex Maleev, Ed Brubaker (pour ne citer que les plus illustres). Or, ce n'est qu'à moitié vrai : si son run a renoué en effet avec le registre de l'aventure, incarné par une galerie de méchants inattendus (La Tache, Klaw, L'Homme-Taupe, Dr Fatalis, Coyote, Le Suaire, L'Homme-Pourpre, Stunt-Man), il a aussi convoqué, parfois brièvement, parfois de manière plus conséquente, des ennemis classiques comme Bullseye, Lady Bullseye, le Hibou, et finalement le Caïd.

Recourir justement au Caïd pour ce dernier acte rappelle la fin du passage (brillant) de Brubaker sur la série (même si c'était dans une configuration différente). Et un examen attentif et lucide des deux volumes de Waid témoigne que la légèreté présumée tient en fait plus à l'esthétique des artistes qui l'ont accompagné (de Paolo Rivera à Chris Samnee en passant par Marcos Martin et Javier Rodriguez) qu'à ses scénarios, où Matt Murdock a été comme souvent au bord du précipice (la profanation de la tombe de son père, le déni des deuils passés, son coming-out où il se démasque pour ne pas céder au chantage des Fils du Serpent mais qui met en danger ses proches, l'oblige à quitter New York puis à demander de l'aide à Wilson Fisk).

En revanche, Waid, c'est vrai, achève son run d'une façon lumineuse, très intelligente et cohérente, comme s'il bouclait définitivement non seulement son histoire mais la série toute entière. Avant cela, ce dernier arc narratif résout les intrigues développées depuis le début du Volume 4 très habilement, sur un rythme soutenu, avec un savant dosage de scènes d'action et d'autres reposant sur les dialogues. On peut juste déplorer que le scénariste ne règle pas les cas du Hibou et de sa fille, Jubula Pride (suggérant qu'ils reviendront sûrement bientôt, sans que cela soit certain après les bouleversements de la série suite au crossover Secret Wars).

J'ai beaucoup aimé ce que Waid a su faire de DD, même si avec son dernier Volume, délocalisé à San Francisco, ses épisodes manquaient globalement d'intensité, malgré des rebondissements audacieux (la démarche jusqu'au-boutiste de Murdock notamment). C'est un auteur subtil, brillant pour animer les personnages (toute la maladie de Foggy), éviter les clichés, imposer de nouveaux visages (Kirsten McDuffie), mais qui, à mon avis, n'a pas su complètement gérer à la fois ces surprises et conserver une tension dramatique (en comparaison avec Miller, Nocenti, Bendis et Brubaker, c'est flagrant).

Mais Waid (et la série, et Marvel) avait à ses côtés un joker épatant, qui s'est vraiment révélé à cette occasion, en la personne de Chris Samnee : on a assisté non pas à l'éclosion (car il avait déjà été très convaincant auparavant, notamment avec Thor the mighty avenger) mais à la confirmation de cet artiste qui, comme le scénariste le dit dans la postface de ce recueil, deviendra sûrement un géant.

Ses planches sont une nouvelle preuve de sa maturité : invention, énergie, élégance, résument son style et il n'est effectivement pas abusif de le considérer comme le co-auteur de ces épisodes auxquelles il a apporté énormément. Influencé par Alex Toth mais aussi plusieurs artistes franco-belges, Samnee confère une sensibilité unique à ses images où rien n'est jamais en trop mais où tout est à sa place, grâce à des compositions intelligentes, visuellement consistantes, très expressives. Les pages de ce dessinateur sont un vrai régal, valorisées par la colorisation sobre mais nuancée de Matthew Wilson.

S'il est encore un peu tôt pour estimer l'importance de la contribution de Waid et Samnee à la série, on finit la lecture de leur run avec une jubilation intacte, le sentiment d'avoir enchaîné des épisodes mémorables, très solides et imaginatifs.
De ce que j'ai vu (et lu) de la reprise du titre par Charles Soule et Ron Garney, ça ne me donne pas envie, et il est donc fort probable qu'une vraie page se tourne pour le fan de "tête à cornes" que je suis.
Par contre, j'ai hâte de découvrir la version de Black Widow par Waid et Samnee, qui commencera en Avril.