Franqui dessine une souris, poursuivie par un chat dessiné par Peyo, poursuivi par un chien dessiné par Roba, poursuivi par un chasseur dessiné par Morris... Et ce n'est que le début d'une jubilatoire et impressionnante improvisation immortalisée dans une émission télé de 1971 !
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lundi 11 avril 2016
lundi 9 février 2015
Critique 569 : VACANCES SANS HISTOIRES, de Franquin, commenté par José-Louis Bocquet et Serge Honorez
VACANCES SANS HISTOIRES est un récit complet écrit et dessiné par André Franquin, publié en 1957 par Dupuis. Cette histoire courte (22 pages) est parue initialement dans le Journal de Spirou durant onze semaines, à partir du n° 1023, après Le Voyageur du Mésozoïque.
Cet album propose dans sa première partie la version restaurée de ce récit, dont les couleurs ont été refaites par Frédéric Jannin, d'après les indications laissées par Franquin, avec des planches reformatées conformément à la parution dans le Journal de Spirou. Dans sa seconde partie, l'ouvrage propose une introduction sur la genèse de l'histoire, puis en vis-à-vis les planches originales en noir et blanc et un commentaire sur leur réalisation et le contenu de l'histoire, plus, en fin de volume, des illustrations rares ou inédites.
*
Après avoir menacé de ne plus écrire pour le Journal de Spirou parce qu'il était mécontent de son traitement de personnage par Franquin, Fantasio part en vacances avec son ami Spirou, l'écureuil Spip et le Marsupilami, dans le Sud de la France, au volant de leur Turbotraction.
Malheureusement pour eux, un roi du pétrole, le cheikh Ibn-Mah-Zoud, est déjà sur place : ce fou du volant confond sa propre Turbotraction avec celle des héros et va semer la panique sur la côte, au péril de sa vie et de tous ceux qui croisent sa route...
Vacances sans histoires est à l'origine une des histoires de complément de la série Spirou et Fantasio, écrite et dessinée par Franquin. C'est surtout la dernière qu'il réalisera entièrement seul. Il enchaînera avec un autre récit bref, La Foire aux Gangsters, où il sera pour la première fois assisté par Jidéhem aux décors. Puis, il se lancera dans Le Prisonnier du Bouddha, co-écrit avec Greg, nouvelle histoire longue depuis Le Voyageur du Mésozoïque.
La première page de Vacances sans histoires,
recolorisée par Frédéric Jannin, d'après les indications de Franquin,
et remontée telle qu'à sa publication originelle dans le Journal de Spirou.
La même première page, en noir et blanc,
reproduite d'après l'originale de Franquin.
Voilà un ouvrage dont le prix découragera nombre d'admirateurs de Franquin en particulier et de fans de Spirou et Fantasio en général - 24 Euros quand même. Mais c'est aussi un document qui s'adresse spécialement à des collectionneurs aisés - comme ce n'est pas mon cas, je remercie la bibliothèque municipale de se l'être procuré.
Depuis quelque temps, les éditions Dupuis ont lancé cette collection dîte "Version Originale", qui permet donc aux chanceux et curieux de relire des histoires de l'âge d'or de l'école de Marcinelle dans des albums restaurés et augmentés de commentaires rédigés par des experts.
Dans le cas présent, il s'agit de se replonger dans un récit qui, sans être un grand classique, marqua les esprits des "Spiroutistes", et ce, pour de multiples raisons.
D'abord, il s'agit de la dernière histoire que Franquin écrivit et dessina entièrement seul, sans l'aide d'un co-scénariste ou d'un ou plusieurs assistants pour la partie graphique. Il est bon de noter que Vacances sans histoires a été attaché, en album, au tome 11 de la série, Le Gorille a bonne mine, alors qu'elle a été produite à la suite du tome 13, Le Voyageur du Mésozoïque : une curieuse chronologie.
En 1957, Franquin est un auteur "surbooké" puisqu'en plus d'animer Spirou et Fantasio, il livre pour le Journal de Spirou des couvertures hebdomadaires, où il doit trouver un gag mettant en valeur un des titres publiés à l'intérieur (pour le n° 1023, dans lequel démarre Vacances sans histoires, il représente ainsi Fantasio en troubadour annonçant le dénouement du Sire de Montrésor, une aventure de Johan et Pirlouit). Il s'occupe aussi de la rubrique sur l'automobile, Starter ; on commence à croiser de plus en plus souvent Gaston dans les pages de la revue ; sans compter d'autres illustrations occasionnelles.
Franquin ne savait pas dire "non" à Charles Dupuis qui exploitait son artiste vedette sans le ménager. A cette même époque d'ailleurs, une brouille concernant les émoluments de l'auteur entraînera ce dernier à claquer la porte et proposer ses services chez le concurrent, le Journal de Tintin, publié par les éditions Le Lombard : cela aboutira à la création de Modeste et Pompon en une page hebdomadaire (pour laquelle Greg et Goscinny, mais aussi Peyo et Tibet, lui fourniront des gags). Le froid entre Dupuis et Franquin sera de courte durée mais le dessinateur respectera son double engagement jusqu'en 1959, accumulant ainsi une charge de travail déjà considérable.
Dans ce contexte, lire un récit intitulé Vacances sans histoires de la part d'un Franquin aussi débordé ne manque pas d'ironie.
Ensuite, l'intérêt d'un tel ouvrage, c'est donc de découvrir les coulisses de la réalisation dudit récit. Dupuis, avec la collaboration active et attentive d'Isabelle Franquin, la fille du génie, n'a pas fait les choses à moitié.
Les couleurs ont été reprises par Frédéric Jannin, l'auteur de la série Germain et nous, qui fut un des disciples de Franquin et réalisa, d'après ses scénarios, Arnest Ringard et Augraphie. L'exécution est splendide, on redécouvre réellement chaque page, telle que les avait voulues Franquin puisque Jannin s'est basé sur les indications laissées par son maître. Les teintes sont éclatantes et bénéficient des techniques de reproduction dernier cri, qui assurent un rendu évidemment bien supérieur à l'impression de l'époque et les "fantaisies" (comme les appelait Franquin) des coloristes d'alors.
L'intrigue de Vacances sans histoires en elle-même n'a rien de renversant, mais elle fut l'opportunité pour Franquin de démontrer son génie pour représenter le mouvement (un exercice dans lequel il est resté sans doute le maître absolu), et en particulier via les voitures dont il était un passionné (au moins à cette époque, puisque ensuite, à la fin des années 70-début des années 80, il jugeait l'industrie automobile avec plus de sévérité, à la lumière de ses convictions écologistes).
Le prétexte de ce récit était de procurer à Spirou et Fantasio un nouveau véhicule, Franquin estimant que la première Turbotraction (la Turbo-Rhino, apparue à la fin du tome 6, La Corne du Rhinocéros) s'était démodée. En collaboration avec le journal Risque-Tout, édité par Georges Troisfontaines, dont le siège était situé dans le même immeuble que celui des éditions Dupuis dans le centre de Bruxelles, l'artiste sollicita ses lecteurs à lui envoyer les plans pour une nouvelle voiture inspirée par les "dream cars" à l'américaine.
Un nombre phénoménal de réponses parvint au magazine et Franquin dut, avec l'aide de Géo Salmon, opérer une synthèse de tous les modèles proposés pour designer la Turbotraction II.
Ce que ne mentionne jamais les commentaires de ce livre, c'est qu'en définitive, Franquin n'aima jamais le résultat, le jugeant trop prétentieux, et d'ailleurs Spirou et Fantasio ne roulèrent pratiquement jamais avec leur nouvel engin !
Cette omission, dans un ouvrage qui a pour ambition de détailler toute la conception, de compiler toutes les anecdotes, de Vacances sans histoires montre les limites d'un tel projet.
Il n'est pas question de discuter l'admiration (sincère) et l'érudition (authentique) de José-Louis Bocquet et Serge Honorez. Mais ne vous attendez pas non plus à des révélations spectaculaires si vous êtes déjà un tant soit peu documenté sur Franquin et son run sur Spirou et Fantasio - par exemple, si vous avez lu Et Franquin créa Lagaffe, entretiens avec Numa Sadoul, votre éducation est déjà suffisante.
Ce qui est vain, c'est l'exercice en soi de vouloir commenter chacune des 22 pages de cette histoire. On a souvent le sentiment de lire des propos convenus, rédigés pour meubler, avec l'objectif de tout contextualiser, sans que cela aboutisse à un enseignement bien captivant.
En lieu et place de ce cours autour de cette BD, n'aurait-il pas été plus intéressant de consacrer davantage de place à l'écriture même de Franquin, qui improvisait énormément tout en accomplissant le miracle de produire des aventures très solides ?
Et quid du dessin, de la technique, des outils employés ?
On a bien droit à quelques photos issues de la documentation personnelle de Franquin et des précisions sur l'influence tirée de ses séjours dans le Sud de la France, où vivait son mentor Jijé, en relation avec le cadre du récit. Mais rien sur la composition des plans, quasiment pas plus sur l'art du montage des vignettes - tout juste nous indique-t-on (et encore avant les commentaires page par page) que le découpage imposé par le Journal de Spirou réclamait de Franquin des pages alternativement de trois et quatre bandes (ces dernières étant en fait deux demi-planches).
Rien non plus sur les crayons, les plumes, les pinceaux, l'encre utilisés par Franquin : c'est très frustrant quand on a sous les yeux les reproductions des planches originales en noir et blanc, où on peut examiner avec fascination l'élégance du trait, l'intelligence des enchaînements, le placement des personnages/véhicules, le soin apporté aux décors. Combien de temps cela demandait à Franquin pour produire de telles images ? Quelles étaient ses manoeuvres pour obtenir tel effet ? Tout cet aspect est absent de l'analyse, ou à peine effleuré !
On peut se consoler, un peu, avec les croquis à la fin de l'album qui montrent les étapes du design de la nouvelle Turbotraction, mais ces documents sont réduits au strict minimum.
Il faut aussi souligner de nombreuses erreurs de typographie qui font tâche dans un ouvrage prétendant à l'exigence d'une étude définitive.
Si pouvoir lire les planches originales en fac-similés et disposer d'une restauration chromatique présentent des atouts indéniables et jubilatoires, cet album laisse quand même sur sa faim le lecteur auquel on a promis un livre exhaustif pour un prix aussi élevé. Tout fan ne peut que tendre les bras devant un ouvrage aussi attrayant, mais on en sort frustré par l'exercice un peu artificiel et une analyse loin d'être aussi définitive qu'attendu.
mardi 15 juillet 2014
LUMIERE SUR... FRANQUIN
Le Marsupilami descend sur la ville
(co-écrit avec Peyo.
1955, in "Risque Tout" n°3.)
*
Noël d'un bagarreur
(Franquin. 1956 in "Le Journal de Spirou")
Franquin réalisa aussi de superbes calendriers dans les 50's :
1950
1951
1952
1953
1954
1955
1957 (avec l'aide de Will)
1958
1959
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Lumière sur...
dimanche 6 juillet 2014
LUMIERE SUR... FRANQUIN
ANDRE FRANQUIN
*
Franquin était, entre autres qualités, un formidable dessinateur de voitures, et "Le Journal de Spirou" lui donna l'occasion à ses lecteurs d'admirer son talent dans ce domaine. L'hebdomadaire montra son intérêt pour l'automobile dès 1938 dans un article intitulé "En quelle année l'automobile fut-elle inventée ?", mais c'est en 1949 qu'on y découvre une rubrique dédiée.
L'année suivante, en 1950, sous la signature de Starter, commence pour répondre à la curiosité grandissante des lecteurs "Spirou Auto". Le texte et le dessin sont l'oeuvre de Jacques Wauters. Mais en 1951, il va être secondé par Franquin qui dessinera les véhicules et plein de personnages pour cette rubrique. L'aventure durera ainsi pendant cinq ans.
En 1956, toutefois, Franquin, surchargé de travail, jette l'éponge et passe le relais à son compère Jidéhem (alias Jean de Maesmeker).
Plus tard, dans ses Entretiens avec Numa Sadoul (Et Franquin créa Lagaffe), Franquin expliquera que le progrès automobile le laissait perplexe : ce qu'il considérait dans les années 50 comme une avancée était devenue une industrie envahissante contribuant à la pollution, ce qui n'était pas pour plaire à cet écologiste convaincu.
Reste quand même ces magnifiques images de bagnoles (où on peut voir aussi Seccotine parfois) par le maître.
L'année suivante, en 1950, sous la signature de Starter, commence pour répondre à la curiosité grandissante des lecteurs "Spirou Auto". Le texte et le dessin sont l'oeuvre de Jacques Wauters. Mais en 1951, il va être secondé par Franquin qui dessinera les véhicules et plein de personnages pour cette rubrique. L'aventure durera ainsi pendant cinq ans.
En 1956, toutefois, Franquin, surchargé de travail, jette l'éponge et passe le relais à son compère Jidéhem (alias Jean de Maesmeker).
Plus tard, dans ses Entretiens avec Numa Sadoul (Et Franquin créa Lagaffe), Franquin expliquera que le progrès automobile le laissait perplexe : ce qu'il considérait dans les années 50 comme une avancée était devenue une industrie envahissante contribuant à la pollution, ce qui n'était pas pour plaire à cet écologiste convaincu.
Reste quand même ces magnifiques images de bagnoles (où on peut voir aussi Seccotine parfois) par le maître.
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lundi 23 juin 2014
Critique 468 : SPIROU ET FANTASIO, TOME 24 - TEMBO TABOU (Et d'autres galipettes du Marsupilami), de Franquin, Roba et Greg
SPIROU ET FANTASIO : TEMBO TABOU (Et d'autres galipettes du Marsupilami) est le 24ème tome de la série, publié en 1974 par Dupuis. L'album comporte 4 histoires : Tembo Tabou, écrite par Greg et co-dessinée par Franquin et Roba ; La Cage, écrite et dessinée par Franquin (avec des décors de Will) ; une histoire sans titre, écrite et dessinée par Franquin; et Marsupilami-Sport, écrite et dessinée par Franquin.
(Extrait de Tembo Tabou.
Textes de Greg, dessins de Franquin et Roba.)
- Tembo Tabou (29 pages). Spirou, Fantasio, Spip et le Marsupilami sont partis pour le Kwakildila, en Afrique, pour y retrouver l'écrivain Thirstywell, porté disparu mystérieusement. Dans la jungle où ils campent, les héros croisent des éléphants rouges qui effraient les indigènes, des pygmées, victimes par ailleurs d'un racket par des bandits qui convoitent l'or sur leur territoire. Et si ces rançonneurs étaient impliqués dans la disparition de Thirstywell ?
- La Cage (6 pages). Le chasseur Bring M. Backalive est spécialisé dans la capture d'animaux rares et il croit avoir fait sa plus belle prise en attrapant un bébé Marsupilami. Mais l'animal va lui donner du fil à retordre...
- Histoire sans titre (6 pages). A Champignac-en-Cambrousse, la présence du Marsupilami occasionne une série de situations aussi amusantes pour l'animal qu'éprouvantes pour ses maîtres et le voisinage.
- Marsupilami-Sport (2 pages). Le Marsupilami fait encore des siennes en assistant à des manifestations sportives.
Quand cet album est publié par Dupuis, André Franquin n'anime plus Les Aventures de Spirou et Fantasio depuis 6 ans et ce recueil, dont il a désapprouvé la conception par la suite, est effectivement un produit fait de bric et de broc, indigne de l'éditeur et irrespectueux envers l'auteur emblématique de la série (alors conduite par son successeur, Fournier, depuis 4 albums).
Mais est-ce quand même mauvais ?
Tout d'abord, il faut resituer historiquement le matériel de ce tome. En 1958, les éditions Dupuis passent un drôle de marché avec l'hebdomadaire "Le Parisien Libéré" : chaque semaine, celui-ci publiera six bandes inédites de Spirou et Fantasio afin d'offrir une meilleure visibilité à la série en France. La naïveté de l'éditeur belge est sidérante avec le recul puisque l'hebdo recevra ces planches sans avoir à les payer !
Mais, cependant, les auteurs, eux, sont normalement rétribués par Dupuis. Les auteurs, car il y en a plusieurs : en effet, en 1958, Franquin est un homme bien occupé puisqu'il signe la série Spirou et Fantasio, de nombreuses illustrations pour le "Journal de Spirou", mais aussi Gaston Lagaffe (depuis 1957), sans oublier Modeste et Pompon (avec des scénarios de Greg et Goscinny) chez le concurrent, "Le Journal de Tintin" (que l'auteur a rejoint à la suite d'une brouille financière avec Dupuis, un différend vite réglé mais qui n'empêchera pas Franquin d'honorer son engagement pendant 4 ans avec les éditions du Lombard).
Quand le deal avec le "Parisien Libéré" est conclu, Franquin doit recruter pour l'aider dans cette nouvelle tâche. Son fidèle décoriste Jidéhem officiant déjà sur Spirou et Fantasio et Gaston, l'artiste donne sa chance à Jean Roba (qui a six ans de moins que lui et n'est pas encore connu comme le créateur de Boule et Bill) et sollicite encore une fois la plume de Greg. La boucle est bouclée : ayant lui-même débuté dans le "studio Gillain", Franquin est à son tour à la tête d'une équipe (même si, dans les faits, cela sera moins familial qu'avec Jijé et ses copains Morris et Peyo à la fin des années 40).
De 1958 à 1960, Dupuis et le groupe conduit par Franquin fournira ainsi trois histoires courtes inédites pour "Le Parisien Libéré" - Tembo Tabou, Les Hommes-Bulles et Les Petits Formats (ces deux dernières seront publiées en albums comme récits principal ou secondaire du tome 17, Spirou et les Hommes-Bulles).
Pourquoi alors Tembo Tabou (l'histoire et l'album) sont-ils parus si tardivement en recueil ? Il semble que ce soit le manque de matériel suffisant pour constituer un album qui ait retardé l'affaire, mais aussi le fait que Dupuis ait assemblé ce produit dans le cadre d'une édition avec la Hollande dans les années 70. Quoi qu'il en soit, il est surtout évident que, même si Fournier rencontrait un beau succès depuis sa reprise de la série, Dupuis a toujours souhaité qu'il produise plus et plus vite (ce qui conduira le breton à jeter l'éponge et l'éditeur à vouloir confier le titre à plusieurs équipes d'auteurs au début des années 80) et puis promettre un "inédit" de Franquin était la promesse de ventes encore meilleures.
Le contenu, maintenant : il est bien entendu très inégal, mais demeure étonnamment agréable. L'histoire principale, qui donne son titre à l'album, a été réalisée, comme Les Hommes-Bulles et Les Petits Formats, à "six mains", même si Tembo Tabou a servi à essuyer les plâtres de ce dispositif. Dans les faits, cela se traduisait ainsi : Franquin a laissé carte blanche à Greg pour inventer l'intrigue (même si on devine que l'artiste a suggéré une aventure exotique), puis il découpait les planches en dessinant précisément les héros, les véhicules et les éléphants (un animal qu'il affectionnait particulièrement) tandis que Roba se chargeait des personnages secondaires et de la plupart des décors.
Le récit est amusant et bien construit, Greg y fait preuve de maîtrise et de sobriété (y compris dans les dialogues qui échappent à son goût des bavardages). Cette expédition le long du fleuve Labatou-Tobou à la recherche de Thirstywell a même des faux airs de Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad. En tout cas, il y a de l'action et des scènes mémorables, où le Marsupilami est bien mis en évidence (on lui découvre un nouveau don : il est fourmilier !).
Visuellement, le combo Franquin-Roba aboutit à un résultat de toute beauté : la représentation de cette Afrique de carte postale est magnifique, le découpage est classique mais d'une fluidité exemplaire, on se régale.
La Cage est un court récit ultérieur et cela se voit tout de suite avec le dessin de Franquin qui a alors beaucoup évolué pour adopter un trait plus nerveux, un tracé moins fermé. Ce qui sert d'histoire est vite expédié (même si l'auteur racontera qu'il aurait aimé exploiter davantage le personnage de Backalive, le chasseur) et n'est qu'un prétexte pour mettre en scène le Marsupilami, même s'il n'accomplit là rien de plus extraordinaire que dans les meilleurs épisodes où il accompagnait Spirou et Fantasio.
Will (le futur dessinateur de Tif et Tondu, qui avait déjà assisté Franquin sur Les Pirates du Silence, le tome10 de Spirou et Fantasio, et dont il dessinera plus tard Isabelle, co-écrit par Yvan Delporte et Macherot) s'en donne à coeur joie pour représenter la jungle palombienne.
Franquin reconnaîtra que s'il avait gardé la propriété exclusive du Marsupilami, c'était parce qu'il était convaincu que la bestiole pouvait vivre dans une série à elle. Commercialement, il est vrai que c'est devenu une affaire juteuse, avec des albums et une flopée de produits dérivés. Mais le même Franquin admettra plus tard qu'il avait, en privant ses successeurs à la tête de Spirou, brisé un des éléments de la dynamique de la série (un peu comme il s'était passé de Seccotine en se laissant convaincre par l'équipe éditoriale, certains amis et lecteurs, qu'elle n'apportait rien d'essentiel). La Cage est l'illustration parfaite de cet erreur stratégique de Franquin.
On peut passer aussi vite sur l'histoire sans titre et Marsupilami-Sport, deux greffons très dispensables (à moins d'être vraiment inconditionnels de la créature), juste là pour arriver à un album de 46 pages. Certes, le Marsu est irrésistible, il suffit de le voir en action pour avoir le sourire, et Franquin, même sans forcer son talent, est capable de suggérer le mouvement avec une facilité confondante. Mais bon, on comprend aussi pourquoi il n'était pas content de voir ces pages dans un album de Spirou à cause d'un éditeur juste bon alors à faire un "coup" commercial pathétique.
Voilà, c'est un peu du Spirou hors-série, une ultime relique de Franquin avec le héros, et un produit sans gloire. Mais Tembo Tabou est un petit épisode sympa en soi (plus que QRN sur Bretzelburg et encore plus que Panade à Champignac/Bravo les Brothers), vestige d'une époque bien antérieure à sa publication en album, quand la série alignait les classiques.
Pourquoi alors Tembo Tabou (l'histoire et l'album) sont-ils parus si tardivement en recueil ? Il semble que ce soit le manque de matériel suffisant pour constituer un album qui ait retardé l'affaire, mais aussi le fait que Dupuis ait assemblé ce produit dans le cadre d'une édition avec la Hollande dans les années 70. Quoi qu'il en soit, il est surtout évident que, même si Fournier rencontrait un beau succès depuis sa reprise de la série, Dupuis a toujours souhaité qu'il produise plus et plus vite (ce qui conduira le breton à jeter l'éponge et l'éditeur à vouloir confier le titre à plusieurs équipes d'auteurs au début des années 80) et puis promettre un "inédit" de Franquin était la promesse de ventes encore meilleures.
Le contenu, maintenant : il est bien entendu très inégal, mais demeure étonnamment agréable. L'histoire principale, qui donne son titre à l'album, a été réalisée, comme Les Hommes-Bulles et Les Petits Formats, à "six mains", même si Tembo Tabou a servi à essuyer les plâtres de ce dispositif. Dans les faits, cela se traduisait ainsi : Franquin a laissé carte blanche à Greg pour inventer l'intrigue (même si on devine que l'artiste a suggéré une aventure exotique), puis il découpait les planches en dessinant précisément les héros, les véhicules et les éléphants (un animal qu'il affectionnait particulièrement) tandis que Roba se chargeait des personnages secondaires et de la plupart des décors.
Le récit est amusant et bien construit, Greg y fait preuve de maîtrise et de sobriété (y compris dans les dialogues qui échappent à son goût des bavardages). Cette expédition le long du fleuve Labatou-Tobou à la recherche de Thirstywell a même des faux airs de Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad. En tout cas, il y a de l'action et des scènes mémorables, où le Marsupilami est bien mis en évidence (on lui découvre un nouveau don : il est fourmilier !).
Visuellement, le combo Franquin-Roba aboutit à un résultat de toute beauté : la représentation de cette Afrique de carte postale est magnifique, le découpage est classique mais d'une fluidité exemplaire, on se régale.
La Cage est un court récit ultérieur et cela se voit tout de suite avec le dessin de Franquin qui a alors beaucoup évolué pour adopter un trait plus nerveux, un tracé moins fermé. Ce qui sert d'histoire est vite expédié (même si l'auteur racontera qu'il aurait aimé exploiter davantage le personnage de Backalive, le chasseur) et n'est qu'un prétexte pour mettre en scène le Marsupilami, même s'il n'accomplit là rien de plus extraordinaire que dans les meilleurs épisodes où il accompagnait Spirou et Fantasio.
Will (le futur dessinateur de Tif et Tondu, qui avait déjà assisté Franquin sur Les Pirates du Silence, le tome10 de Spirou et Fantasio, et dont il dessinera plus tard Isabelle, co-écrit par Yvan Delporte et Macherot) s'en donne à coeur joie pour représenter la jungle palombienne.
Franquin reconnaîtra que s'il avait gardé la propriété exclusive du Marsupilami, c'était parce qu'il était convaincu que la bestiole pouvait vivre dans une série à elle. Commercialement, il est vrai que c'est devenu une affaire juteuse, avec des albums et une flopée de produits dérivés. Mais le même Franquin admettra plus tard qu'il avait, en privant ses successeurs à la tête de Spirou, brisé un des éléments de la dynamique de la série (un peu comme il s'était passé de Seccotine en se laissant convaincre par l'équipe éditoriale, certains amis et lecteurs, qu'elle n'apportait rien d'essentiel). La Cage est l'illustration parfaite de cet erreur stratégique de Franquin.
On peut passer aussi vite sur l'histoire sans titre et Marsupilami-Sport, deux greffons très dispensables (à moins d'être vraiment inconditionnels de la créature), juste là pour arriver à un album de 46 pages. Certes, le Marsu est irrésistible, il suffit de le voir en action pour avoir le sourire, et Franquin, même sans forcer son talent, est capable de suggérer le mouvement avec une facilité confondante. Mais bon, on comprend aussi pourquoi il n'était pas content de voir ces pages dans un album de Spirou à cause d'un éditeur juste bon alors à faire un "coup" commercial pathétique.
Voilà, c'est un peu du Spirou hors-série, une ultime relique de Franquin avec le héros, et un produit sans gloire. Mais Tembo Tabou est un petit épisode sympa en soi (plus que QRN sur Bretzelburg et encore plus que Panade à Champignac/Bravo les Brothers), vestige d'une époque bien antérieure à sa publication en album, quand la série alignait les classiques.
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mardi 17 juin 2014
Critique 467 : SPIROU ET FANTASIO, TOME 19 - PANADE A CHAMPIGNAC & BRAVO LES BROTHERS, de Franquin (avec Peyo, Gos et Jidéhem)
SPIROU ET FANTASIO : PANADE A CHAMPIGNAC & BRAVO LES BROTHERS est le 19ème tome de la série, écrit par Franquin avec Gos et Peyo (pour la première histoire) et dessiné par Franquin avec l'aide Jidéhem pour les décors (pour la première histoire), publié par Dupuis en 1969.
*
(Extrait de Panade à Champignac.
Textes de Franquin, Gos et Peyo, dessins de Franquin et Jidéhem.)
- Panade à Champignac (36 pages). Pour changer les idées à Fantasio, en pleine crise de surmenage à la rédaction du "Journal de Spirou", Spirou l'emmène rendre visite au Comte de Champignac, qu'ils n'ont pas vu depuis longtemps. A leur arrivée au château du savant, il le trouve épuisé, et pour cause : il doit s'occuper de Zorglub qui, victime de sa zorglonde, a régressé au point de se conduire comme un nourrisson !
Pour soulager le Comte et lui permettre d'accélérer ses recherches pour guérir Zorglub, Spirou et Fantasio acceptent de jouer les baby-sitters. Mais, dans l'ombre, un ancien soldat de leur adversaire, Otto Paparapap, se prépare à récupérer son chef qu'il croit retenu contre son gré...
(Extrait de Bravo les Brothers.
Textes et dessins de Franquin.)
- Bravo les Brothers (21 pages). Gaston Lagaffe offre à Fantasio pour son anniversaire trois singes savants qu'il a achetés à un cirque dont le dresseur a été renvoyé par le directeur. Les animaux sèment une pagaille folle dans les bureaux du "Journal de Spirou", bien aidés par Gaston, et malmènent durement les nerfs de Fantasio. Spirou part alors à la recherche du dresseur...
Trois ans après la publication chaotique de QRN sur Bretzelburg, André Franquin entame la réalisation de son 19ème tome des Aventures de Spirou et Fantasio en s'estimant à nouveau prêt. Il déchante vite en affrontant une nouvelle crise d'inspiration que sa déprime persistante aggrave. Se confiant à son ami et collègue Peyo (alias Pierre Culliford, le papa de Johan et Pirlouit et des Schtroumpfs, qu'il a commencé à côtoyer lors de son apprentissage au studio Gillain à la fin des années 40), ils conviennent d'un marché : Peyo, avec son assistant Gos (alias Roland Goosens, qui a travaillé sur les Schtroumpfs et dessiné quelques Gil Jourdan), aide Franquin à développer son histoire et réciproquement.
Je vais être direct : je n'ai pas une grande affection pour cet album, le dernier du run de Franquin sur la série. Pourtant, l'auteur en était très content, malgré sa conception difficile, il le considère même (dans ses Entretiens avec Numa Sadoul : Et Franquin créa Lagaffe) comme un de ses préférés, surtout graphiquement, un des rares qu'il a plaisir à refeuilleter.
Pour moi, les soucis commencent dès le début de l'histoire avec la présence de Gaston, qui n'en est pas à sa première apparition dans Spirou mais qui symbolise ici la préférence affichée de Franquin - cette préférence ne se discute pas : Gaston est sa création, sa série représente d'une certaine manière le sommet de la carrière de Franquin, et après 23 années consacrées à Spirou, il est légitime que l'auteur se soit lassé du groom.
Or, tout comme il estimait que ce fut une ânerie de réunir Gaston et le Marsupilami dans le recueil Tembo Tabou (un album assemblé de récits épars par Dupuis, compté comme le 24ème tome de la série et sorti après les 4 premiers épisodes de Fournier), je considère comme une erreur d'avoir voulu intégrer Gaston aux aventures de Spirou, car cela entraîne la série vers la comédie burlesque au détriment de l'aventure humoristique, en dénaturant donc le caractère même.
Dans Panade à Champignac, l'effet n'est pas trop flagrant car Gaston n'apparaît que brièvement au début, mais la suite ne rattrape pas vraiment l'affaire. Déjà dans QRN..., le personnage du tortionnaire Dr Kilikil semblait traduire l'agacement et la volonté de maltraiter les héros (Fantasio en particulier qui était écrit de manière schizophrène en apparaissant à la fois dans les pages de Spirou, en tant que partenaire sympathique du héros, et celles de Gaston, où il était le supérieur hiérarchique de ce dernier mais nettement plus irritable et désagréable). Franquin a décidé ici de pousser le bouchon encore plus loin en montrant d'abord Fantasio au bord du burn-out (comme celui que subit l'auteur) puis le Comte de Champignac comme un vieillard usé par la garde d'un Zorglub ayant régressé intellectuellement comme un bébé. Il y a comme une volonté de casser la série, ses codes, qui est, je trouve malvenu, bêtement méchante, comme si Franquin avait décidé de se passer les nerfs sur des personnages dont il ne voulait plus.
L'histoire proprement dite avait pourtant du potentiel et Franquin révéla son projet initial à Numa Sadoul, une intrigue ambitieuse qui devait courir sur deux tomes mais qu'il a abandonné parce que cela réclamait une documentation importante (en montrant Zorglub retourner à l'école, traverser à nouveau l'adolescence jusqu'à redevenir mentalement adulte et peut-être libéré de ses frustrations qui en faisaient un apprenti dictateur). Je ne sais pas si cela aurait été meilleur, moins ouvertement farceur - j'en doute, mais c'est sans doute parce que Zorglub ne m'a jamais beaucoup plu, tout son folklore (la zorglonde, la zorglangue, sa rivalité avec Champignac) ne m'a jamais passionné, et il avait quand même déjà eu droit à deux albums.
Quoi qu'il en soit, ça n'a abouti qu'à un récit lourdingue, que je ne trouve pas drôle. Franquin a, à mes yeux, loupé son coup - et sa sortie. Il subsiste un morceau de bravoure (la course folle de Zorglub dans son landau, poursuivi par Spirou, Fantasio, Spip, le Marsupilami et Otto Paparapap) qui ferait passer la séquence mythique du Cuirassé Potemkine pour une broutille, mais c'est tout.
Le dessin est lui aussi inégal. Si le sens du mouvement de Franquin est et reste fabuleux, avec un découpage prodigieux, et que la contribution du précieux Jidéhem permet aux décors (la campagne, le château, Champignac-en-Cambrousse, etc) d'être très bien campés, le trait du dessinateur n'a plus rien à voir avec celui de mes épisodes préférés de la série - on est ici en plein mode Gaston, avec cette nervosité, cette tension, ce "lancé" (pour reprendre un terme de l'artiste) typique de la deuxième partie de sa carrière, et qui rompt trop avec la ligne plus élégante et pourtant aussi dynamique des albums des années 50.
Ce n'est pas ainsi que j'aime tout simplement Spirou par Franquin.
Passons ensuite, mais rapidement, au second chapitre de l'album, le cultissime Bravo les Brothers. Il s'agit d'un vrai crossover entre Spirou et Fantasio et Gaston, mais là, Lagaffe vole vraiment la vedette au duo de héros, entraînant avec lui tout l'épisode dans son univers déjanté.
Pourtant, ce qui peut se lire comme une sorte de super-épisode de Gaston Lagaffe avec Spirou et Fantasio en guest-stars ne réussit pas à être aussi drôle et abouti que les gags en une page du célèbre héros sans emploi de Franquin. C'est plutôt un objet bâtard, souvent prétexte à dessiner des animaux plus qu'à animer une histoire (dont l'argument est déjà bien mince).
Les trois singes ravageurs offerts à Fantasio et qui provoquent une série de catastrophes aussi prévisibles que spectaculaires sont moins drôles que Gaston dans ses strips ou ses inventions (comme en témoigne d'ailleurs la cire pour parquets qui brille sans glisser vue au début de Panade à Champignac, très efficace - au point de dissoudre le sol !). Qu'est-ce qui a pu faire croire à Franquin que dessiner ces chimpanzés serait si drôle et tiendrait le coup sur une vingtaine de pages ? Et tout ça pour conclure de manière si niaise...
Pourtant, cet épisode est porté aux nues par de nombreux fans, et Dupuis l'a même réédité dans un album à part !
Le dessin, entièrement réalisé par Franquin, est bien, sans être transcendant. Je ne sais pas quoi en dire de plus. Quand j'étais plus jeune et que je préférai Gaston à Spirou, le style de Franquin à cette époque me plaisait davantage, mais en me replongeant dans l'oeuvre du maestro, je suis tombé amoureux de son trait des années 50, d'une lisibilité et d'une beauté bien plus grande. Aujourd'hui, quand je relis Panade à Champignac et Bravo les Brothers ou les albums de Gaston, je suis dérangé par l'hystérie du trait, qui reflétait en fait l'évolution personnelle de l'artiste, les conséquences de ses ennuis de santé, sa relation à la bande dessinée.
Voilà, en fait, pourquoi, j'ai tant tardé à critiquer la fin du run de Franquin sur Spirou et Fantasio (même si je suis content d'avoir écrit sur tous ses albums) : je n'aime pas rédiger d'articles comme celui-ci parce qu'il est toujours délicat de ne pas sombrer dans une prose qui confond la déception et le ressentiment. Je suis un grand fan du Spirou de Franquin (et de Franquin en général) même si j'ai plus de mal avec ses derniers tomes, et son tout dernier en particulier - mais une grande oeuvre, c'est aussi cela, une somme de livres où tout n'est pas bon et qui donne à voir une évolution sur une période conséquente.
jeudi 12 juin 2014
Critique 465 : SPIROU ET FANTASIO, TOME 18 - QRN SUR BRETZELBURG, de Franquin et Greg
SPIROU ET FANTASIO : QRN SUR BRETZELBURG est le 18ème tome de la série, co-écrit par Franquin et Greg et dessiné par Franquin, publié en 1966 par Dupuis.
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Fantasio a fait l'acquisition d'un transistor radio miniature dernier cri - et justement l'appareil est aussi petit que puissant par le volume. Excédé par ce vacarme, Spip mord Fantasio au mollet et il échappe l'appareil que le Marsupilami avale en le prenant pour un caramel, mais la la radio continue d'émettre à pleine puissance.
Un voisin, Marcelin Switch, qui s'adonne à sa passion pour les communications radio, a intercepté les messages du roi de Bretzelburg, sous la coupe de son général en chef, Schmetterling, mais des interférences brouillent leurs échanges. Switch remonte jusqu'à la source de ces parasites dues au transistor avalé par le Marsupilami, chez Spirou.
Après que Fantasio et son ami aient écouté l'histoire de Switch, Spirou transporte le Marsupilami, qui s'est assommé volontairement pour détruire la radio logée dans son nez, chez le vétérinaire. Fantasio accepte de garder la maison de Switch, qui a accompagné Spirou, mais il reçoit alors la visite de deux agents de la police d'état du Bretzelburg qui le prennent pour le correspondant du roi et l'enlèvent.
De retour chez Switch, ce dernier et Spirou apprennent par la police, alertée par une voisine, que Fantasio a été kidnappé et comprennent vite qu'il s'agit d'un coup des autorités du Bretzelburg. Les deux hommes partent le délivrer, malgré les appréhensions de Switch. En attendant les secours, Fantasio devra résister à la torture, et espérer que le général Smetterling ne déclenche une guerre avec le Maquebasta avant...
Pour son avant-dernier album, c'est un Franquin las et très fatigué que nous retrouvons aux commandes : depuis 20 ans qu'il anime les Aventures de Spirou et Fantasio, il a fait feu de tout bois, allant même jusqu'à signer chez le concurrent, "Le Journal de Tintin", pour y créer (à la suite d'une brouille passagère avec Dupuis) Modeste et Pompon, puis imaginant Gaston qu'il développera dans sa propre série. Ajoutez à cela les innombrables couvertures réalisées pour "Le Journal de Spirou" et d'autres collaborations (comme Sophie, qu'il co-écrit avec son ami Jidéhem, qui dessine le titre, à partir de 1965)... Bref, Franquin est en surchauffe.
Ce qui devait arriver arrive et après une quinzaine de pages pour ce 18ème album de la série, l'auteur est victime d'un burn-out. Il part se mettre au vert chez sa fille Isabelle et se retape en se consacrant à Gaston. Mais il lui faut quand même achever cette histoire de Spirou et appelle à nouveau Greg, avec qui il a déjà collaboré sur le diptyque de Zorglub et Le Prisonnier du Bouddha (tomes 14-15 et 13) pour l'aider à boucler le scénario. Mais le mal est fait à tous les niveaux : Franquin, qui ne se sentait déjà plus motivé par Spirou, ne signera plus qu'un album après celui-ci, en 1968, et avouera ne s'être jamais totalement rétabli ; quant à ce 18ème tome, il reste beaucoup moins bon que ses prédécesseurs.
J'ai hésité avant de m'atteler à sa critique car il me fallait le relire et je ne gardai pas un bon souvenir de la première fois. J'avais eu l'impression que la magie n'opérait plus, et à l'époque, j'ignorai la genèse difficile de ce récit, les affres traversés par Franquin. De manière plus globale, même si j'aime le diptyque de Zorglub, c'est à partir de là que j'ai trouvé le run de Franquin moins inspiré, peu convaincu par son partenariat avec Greg (alors que Le Prisonnier du Bouddha est excellent), et que Spirou et les hommes-bulles, conçu avec Roba, est également (très) moyen.
Néanmoins, j'ai été agréablement surpris en redécouvrant QRN sur Bretzelburg qui, sans renouer avec le brio des classiques de Spirou par Franquin, se lit facilement. Le récit souffre de longueurs, de baisse de rythme, ses 60 pages manquent de fluidité, et la dernière partie de l'histoire (grosso modo, les 10 dernières pages, lorsque Spirou et Fantasio sont réunis avec Spip, le Marsupilami, et Switch, puis les résistants du Bretzelburg, Trinitro et Helmut) se traîne, avec d'ultimes rebondissements superflus.
Mais avant cela, le scénario ne souffre pas tant que ça : la contribution de Greg semble s'être matérialisée dans la charpente même du script et la rédaction des dialogues. Sur un canevas classique et éprouvé, Franquin et son acolyte développent une intrigue habile et efficace, dans laquelle la politique s'invite de manière explicite avec ces militaires à la fois félons et imbéciles, un roi manipulé, mais aussi des seconds rôles beaucoup plus sombres comme le tortionnaire Doktor Kilikil (auquel, de manière très troublante, Franquin donne ses propres traits - certes, ce n'est pas le premier dessinateur à se croquer en méchant, comme le fit Edgar Jacobs avec Olrik, mais cette incarnation-là semble à la fois dire à quel point l'auteur n'en peut plus de Spirou et traduit littéralement son envie de malmener ses héros).
L'autre attraction de cet opus est le Marsupilami, la seule des créations apportée à Spirou par Franquin dont il conservera la propriété après son départ de la série. Le prodigieux animal a droit à de longues scènes où il vole la vedette à tout le monde, parfois infortuné (avec le transistor qu'il a gobé), parfois sauveur providentiel (quand il gagne le Bretzelburg tout seul et libère Fantasio). Franquin, qui reconnaissait avoir attribué trop de capacités extraordinaires à sa créature, corrige le tir en le réutilisant comme à ses débuts, c'est-à-dire un animal étonnant mais imprévisible (il prend par exemple le temps de se goinfrer avec la nourriture du Dr Kilikil avant d'aider Fantasio). Ce recentrage est bienvenu, mais étrangement Franquin, en privant ses successeurs de continuer à utiliser le Marsupilami ne lui rendra pas service : comme il l'admettra là aussi plus tard, il avait cassé une dynamique de groupe et commis une erreur de jugement en estimant que sa créature pouvait exister de façon intéressante dans ses propres aventures.
Visuellement, le break pris par Franquin au début de l'album reste imperceptible, son dessin ne souffre pas d'une baisse de qualité significative. Mais l'artiste n'est plus le même que dans les années 50, lorsque son trait possédait cette simplicité et cette vivacité mêlées, d'une folle élégance.
Au fil du temps, le crayon qui swinguait est devenu plus nerveux, avec un tracé un peu plus frustre, terriblement tonique mais moins fin. Techniquement, il semble que Franquin utilisait moins la plume et plus le pinceau, et parfois cela aboutit à des plans aux finitions moins jolies, parfois à des idées dont la traduction picturale est fulgurante (par exemple, lorsque Spirou, le Marsu, Spip, Fantasio et Switch rampent dans une galerie souterraine pour échapper à l'armée du Bretzelburg et vont rencontrer les résistants, avec plusieurs plans en silhouettes noires).
Le découpage reste cependant étonnamment dense, avec des planches de plus de dix cases souvent, des valeurs de plans très variées. L'expressivité des personnages et le soin apporté aux décors (sans l'aide d'assistants comme Jidéhem) sont aussi exemplaires pour un dessinateur en proie à de telles difficultés personnelles alors.
Même si la couverture de l'album spoile grandement l'histoire, et que sa fabrication a été compliquée, QRN sur Bretzelburg possède sinon les qualités d'un vrai bon opus, celles du témoignage sur la fin mouvementée du run de Franquin.
J'ai hésité avant de m'atteler à sa critique car il me fallait le relire et je ne gardai pas un bon souvenir de la première fois. J'avais eu l'impression que la magie n'opérait plus, et à l'époque, j'ignorai la genèse difficile de ce récit, les affres traversés par Franquin. De manière plus globale, même si j'aime le diptyque de Zorglub, c'est à partir de là que j'ai trouvé le run de Franquin moins inspiré, peu convaincu par son partenariat avec Greg (alors que Le Prisonnier du Bouddha est excellent), et que Spirou et les hommes-bulles, conçu avec Roba, est également (très) moyen.
Néanmoins, j'ai été agréablement surpris en redécouvrant QRN sur Bretzelburg qui, sans renouer avec le brio des classiques de Spirou par Franquin, se lit facilement. Le récit souffre de longueurs, de baisse de rythme, ses 60 pages manquent de fluidité, et la dernière partie de l'histoire (grosso modo, les 10 dernières pages, lorsque Spirou et Fantasio sont réunis avec Spip, le Marsupilami, et Switch, puis les résistants du Bretzelburg, Trinitro et Helmut) se traîne, avec d'ultimes rebondissements superflus.
Mais avant cela, le scénario ne souffre pas tant que ça : la contribution de Greg semble s'être matérialisée dans la charpente même du script et la rédaction des dialogues. Sur un canevas classique et éprouvé, Franquin et son acolyte développent une intrigue habile et efficace, dans laquelle la politique s'invite de manière explicite avec ces militaires à la fois félons et imbéciles, un roi manipulé, mais aussi des seconds rôles beaucoup plus sombres comme le tortionnaire Doktor Kilikil (auquel, de manière très troublante, Franquin donne ses propres traits - certes, ce n'est pas le premier dessinateur à se croquer en méchant, comme le fit Edgar Jacobs avec Olrik, mais cette incarnation-là semble à la fois dire à quel point l'auteur n'en peut plus de Spirou et traduit littéralement son envie de malmener ses héros).
L'autre attraction de cet opus est le Marsupilami, la seule des créations apportée à Spirou par Franquin dont il conservera la propriété après son départ de la série. Le prodigieux animal a droit à de longues scènes où il vole la vedette à tout le monde, parfois infortuné (avec le transistor qu'il a gobé), parfois sauveur providentiel (quand il gagne le Bretzelburg tout seul et libère Fantasio). Franquin, qui reconnaissait avoir attribué trop de capacités extraordinaires à sa créature, corrige le tir en le réutilisant comme à ses débuts, c'est-à-dire un animal étonnant mais imprévisible (il prend par exemple le temps de se goinfrer avec la nourriture du Dr Kilikil avant d'aider Fantasio). Ce recentrage est bienvenu, mais étrangement Franquin, en privant ses successeurs de continuer à utiliser le Marsupilami ne lui rendra pas service : comme il l'admettra là aussi plus tard, il avait cassé une dynamique de groupe et commis une erreur de jugement en estimant que sa créature pouvait exister de façon intéressante dans ses propres aventures.
Visuellement, le break pris par Franquin au début de l'album reste imperceptible, son dessin ne souffre pas d'une baisse de qualité significative. Mais l'artiste n'est plus le même que dans les années 50, lorsque son trait possédait cette simplicité et cette vivacité mêlées, d'une folle élégance.
Au fil du temps, le crayon qui swinguait est devenu plus nerveux, avec un tracé un peu plus frustre, terriblement tonique mais moins fin. Techniquement, il semble que Franquin utilisait moins la plume et plus le pinceau, et parfois cela aboutit à des plans aux finitions moins jolies, parfois à des idées dont la traduction picturale est fulgurante (par exemple, lorsque Spirou, le Marsu, Spip, Fantasio et Switch rampent dans une galerie souterraine pour échapper à l'armée du Bretzelburg et vont rencontrer les résistants, avec plusieurs plans en silhouettes noires).
Le découpage reste cependant étonnamment dense, avec des planches de plus de dix cases souvent, des valeurs de plans très variées. L'expressivité des personnages et le soin apporté aux décors (sans l'aide d'assistants comme Jidéhem) sont aussi exemplaires pour un dessinateur en proie à de telles difficultés personnelles alors.
Même si la couverture de l'album spoile grandement l'histoire, et que sa fabrication a été compliquée, QRN sur Bretzelburg possède sinon les qualités d'un vrai bon opus, celles du témoignage sur la fin mouvementée du run de Franquin.
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mercredi 11 juin 2014
Critique 464 : SPIROU ET FANTASIO, TOME 1 - 4 AVENTURES DE SPIROU... ET FANTASIO, de Franquin
4 AVENTURES DE SPIROU... ET FANTASIO est le premier tome de la série, écrit et dessiné par Franquin, publié en 1950 par Dupuis.
*
- Spirou et les plans du robot (14 pages). Le savant Samovar s'est blessé lors de sa dernière expérience. Les journaux annoncent son transfert dans un hôpital, ce qui inquiètent Spirou et Fantasio, soucieux que les plans d'un robot construit par le scientifique ne tombent entre de mauvaises mains. Leurs craintes sont fondées car des bandits organisent l'enlèvement de Samovar...
- Spirou sur le ring (20 pages). Les exploits de Spirou lui valent l'admiration des gamins mais l'un d'eux, le teigneux Poildur, défie le héros en lui proposant un combat de boxe. Avec l'aide de Fantasio, il s'entraîne tandis que son adversaire, qui veut s'assurer la victoire, terrorise les gosses pour qu'ils le soutiennent. Le match a lieu, mais le complice de Poildur fait tout pour faciliter la partie à ce dernier, quitte à tricher...
- Spirou fait du cheval (7 pages). Fantasio rend visite à Spirou pour l'inviter à une randonnée équestre. Une superbe monture attend le premier tandis que son ami a droit à un canasson à l'humeur très fantasque, ce qui va provoquer divers incidents durant le parcours...
- Spirou chez les Pygmées (21 pages). Spirou entraîne Spip à la campagne pour un pique-nique quand ils tombent nez à nez avec un léopard. Le fauve le suit jusque chez lui où il est grassement nourri. Spirou se renseigne auprès du zoo pour savoir si l'animal ne s'en est pas échappé, puis cherche à le confier au bureau des objets perdus. Fantasio remarque alors dans le journal que la bête appartient à l'empereur de Lilipanga, domicilié non loin. Cet homme est en fait un colon blanc qui règne sur une île au large des côtes du Congo mais dont les indigènes se livrent à une guerre insoluble. Spirou et Fantasio suivent l'empereur là-bas et vont tâcher de remédier à cette situation...
C'est en 1946 qu'André Franquin hérita de Spirou et Fantasio, dont Joseph "Jijé" Gillain n'avait plus le temps de s'occuper, et ces 4 Aventures rassemblées dans cet album, le premier publié par Dupuis, permettent donc de découvrir les premiers efforts de celui qui fera du groom le héros populaire qu'il est encore aujourd'hui.
En examinant attentivement quelques signatures dans des coins de cases, on peut noter que Franquin a commencé son oeuvre en 1947 et achèvera ces épisodes en 1949, mais durant ce temps, il va déjà affirmer son style, en se détachant de l'influence de Jijé, qui l'a formé.
Les quatre récits sont d'un intérêt inégal : Franquin développe réellement des intrigues pour Les plans du robot et Chez les Pygmées, quand pour Sur le ring et Spirou fait du cheval, il se contente de broder sur un argument. Néanmoins, quelle que soit la construction, on note déjà que l'auteur déroule des séquences, en n'hésitant pas à en exploiter les ressorts comiques quand ils l'inspirent, plus qu'il ne développe de véritables scénarios très aboutis : comme il l'a souvent avoué ensuite, jusqu'à ce qu'il collabore avec Greg (à partir du Prisonnier du Bouddha, tome 14), et encore avec beaucoup de liberté, Franquin improvisait ses histoires, les écrivait au fur et à mesure, au fil des planches, et c'était à la fois une méthode qui lui offrait de l'espace mais aussi générait beaucoup d'appréhension (cela finira même par le bloquer à la fin de son run, quand la lassitude le gagnera et qu'il ne pourra plus gérer plusieurs séries à la fois).
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Pour Les plans du robot, Franquin poursuit en fait une histoire amorcée par Robert "Rob-Vel" Velter avec le savant fou Samovar, l'archétype du scientifique multi-cartes qui mène aussi bien des recherches sur l'atome (une terreur issue en droite ligne des bombardements américains sur le Japon à la fin de la seconde guerre mondiale, et qui hantera Franquin durant toute sa carrière) que dans la robotique. A partir de ces éléments (la convalescence de Samovar et l'invention de ses robots), l'auteur tire une course-poursuite haletante dans laquelle Spirou va affronter un groupe de bandits souhaitant dominer le monde grâce aux robots en kidnappant Samovar.
Le génie de Franquin s'exprime par des pages très denses (souvent d'une quinzaine de cases) avec des automobiles (dont il était un fabuleux dessinateur) se pourchassant à une allure folle, évitant ou pas tous les obstacles. On est en pleine "slapstick comedy", avec des enchaînements délirants mais d'une fluidité ébouriffante, directement emprunté au cinéma muet et surtout au dessin animé, puisque Franquin a brièvement travaillé dans l'animation, vouait une grande admiration aux films de Walt Disney et suivit même Jijé avec Morris aux Etats-Unis en 1948 pour tenter l'aventure américaine (mais, casanier, il sera le premier à en revenir).
Bien qu'il ait toujours eu du mal à s'attacher au personnage de Spirou, qu'il considérait comme une "coquille vide", Franquin se contredit dans son oeuvre en en faisant un héros qui ne tient pas en place et agit pour éviter des catastrophes. C'est lui la vraie vedette, Fantasio n'est qu'un sidekick qui se greffe aux aventures et c'est alors un partenaire bien différent psychologiquement de ce qu'il deviendra ensuite (recommandant sans cesse la prudence à Spirou, doté d'un caractère frivole, mais cependant totalement repensé par rapport à la création de Jijé qui en avait fait un zazou extraordinairement laid). Idem pour Spip, qui n'est pas encore un écureuil paresseux et râleur mais le compagnon domestique de Spirou, qui porte son calot, lui sert de guetteur.
Visuellement le trait de Franquin est aussi très différent : c'est encore l'élève de Jijé avec ce tracé rond, fin, des perspectives bien définies, un art consommé pour tirer au maximum parti d'une suite de petites vignettes dans lesquelles il arrive à faire rentrer un ou plusieurs personnages, un décor, tout en veillant toujours à la lisibilité de la composition et à des enchaînements très découpées, dignes d'un storyboard de cartoon.
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Spirou sur le ring date de 48 et, pour ceux qui ont lu (si ce n'est pas fait, corrigez vite cette lacune) Le Journal d'un Ingénu, ce petit récit a été une inspiration manifeste pour Emile Bravo (et aussi pour Al Séverin, dans l'album Spirou sous le manteau). Fantasio y joue encore l'assistant du héros, l'entraînant pour un match de boxe accepté à la suite d'un défi lancé par un gosse cruel et brutal nommé Poildur.
Si l'idée tient sur un timbre-poste, Franquin s'en sert pour resituer Spirou socialement : on devine que le groom aventurier a été lui aussi un de ces gamins bruxellois de condition modeste avant d'être chasseur au "Moustic-Hôtel" (puisque c'est en observant les adolescents qui servaient sur les paquebots dans leurs tenues rouges que Rob-Vel, son créateur, l'imagina).
De même, si Poildur est un garçon antipathique, Franquin ne peut s'empêcher de le sauver à la fin, et cela préfigure d'autres personnages futurs, adversaires de Spirou plus bêtes que méchants (tel Zorglub).
L'histoire défile très rapidement, en deux actes : d'abord, l'entraînement de Spirou, mis en parallèle avec les méfaits de Poildur, puis le combat entre Spirou et Poildur, durant lequel les tricheries de ce dernier et de son complice suscitent la révolte des supporters du héros, menée par P'tit Maurice.
Franquin déploie des trésors d'inventivité pour mettre cela en images de la manière la plus vivante et efficace possible, toujours en s'appuyant sur un découpage très rigoureux, avec des pages qui comptent fréquemment une quinzaine de cases. Mais il s'autorise aussi des plans plus larges, admirablement composés et fournis, des hors-champs très astucieux, des plans silhouettés jubilatoires (lorsque Spip affronte le rat de Poildur sous le ring durant le combat).
Les personnages sont extrêmement expressifs, tout en conservant la charte graphique de Jijé : Spirou a encore cette allure très fine, presque féminine, que lui avait donné Joseph Gillain, mais Franquin en revanche tient déjà son Fantasio, toujours élégant, grand et mince. Et la galerie de minots qui peuple le récit est franchement incroyable, Franquin leur donnant à chacun une incarnation distincte.
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Spirou fait du cheval est le segment le plus faible du recueil, mais pas le moins sympathique ni dénué d'intérêt. Il est bien sûr facile de sur-interpréter des pages comme ça et d'y voir des signes annonciateurs de grandes idées ultérieures, mais comment ne pas penser en voyant le cheval Plumeau que monte Spirou à une sorte d'ancêtre du Marsupilami ? Leurs comportements sont identiques, à la fois cocasses, sauvages, farceurs, bref incontrôlables.
Franquin s'amuse avec ce prétexte de sortie équestre pour mettre en scène une série de catastrophes amusantes comme l'animal de Palombie en provoquera plus tard. C'est léger certes, mais très marrant.
Et fantastiquement dessiné ! Il y a quelque chose de fascinant à étudier le découpage de Franquin : ses cases s'enchaînent avec une telle rapidité, les mouvements se décomposent avec un tel naturel, qu'on les lit d'abord puis on les relit ensuite afin de décortiquer cette mécanique si bien huilée, avec des entrées et des sorties de cadre d'un dynamisme éblouissant.
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Enfin, Spirou chez les Pygmées offre là aussi matière à spéculer sur les germes du run de Franquin. Cet épisode est lui aussi divisé en deux actes distincts : le premier permet de savourer le génie gaguesque de l'auteur à partir d'une situation absurde (la rencontre et la cohabitation de Spirou avec un léopard), le second s'inscrit dans la veine du récit d'aventures en entraînant Spirou et Fantasio dans cette Afrique des années 40, quand le Congo était encore une colonie belge et les indigènes des "sauvages" considérés avec plus ou moins d'humanisme.
En lisant ça, on ne peut que penser au futur chef d'oeuvre La Corne de Rhinocéros (tome 6), réalisé pourtant 8 ans plus tard. Franquin écrit et dessine le continent noir et ses tribus avec tendresse et ironie, comme en témoigne le dénouement du conflit qui opposent les Lilipangués et les Lilipangus. L'auteur les considère tous avec affection et bienveillance, y compris le personnage de l'empereur (qui n'a rien d'un méchant colon, le vrai affreux de l'histoire étant un trafiquant intervenant de manière très périphérique).
Fantasio gagne du galon dans ce récit en ayant plus de scènes en commun avec Spirou que dans les trois autres Aventures précédentes, prenant une part plus active dans les évènements et leur résolution : il est alors évident que Franquin a compris l'importance d'attacher à son héros un vrai partenaire pour étoffer les échanges, la dynamique même de sa bande dessinée.
Le dessin gagne aussi, un peu, en variété, car Franquin s'affranchit progressivement des gaufriers de quinze cases, se permettant même des plans verticaux, des inserts. Il se fait aussi plaisir en mettant en scène des animaux comme le léopard, un lion, un crocodile, un zèbre et des singes, dans un environnement où son imagination décorative fait merveille et fournit d'autres gags (la construction de la prison).
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C'était il y a 64 ans, et cet album, même s'il est parfois encore inégal, présentait les débuts révolutionnaires de celui qui allait faire de Spirou le rival de Tintin : les premiers pas de Franquin.
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dimanche 11 mai 2014
Critique 442 : SPIROU ET FANTASIO, TOME 3 - LES CHAPEAUX NOIRS ET 3 AUTRES AVENTURES, de Franquin et Jijé
SPIROU ET FANTASIO : LES CHAPEAUX NOIRS ET TROIS AUTRES AVENTURES est le troisième tome de la série, publié par Dupuis en 1952. Cet album comporte deux histoires écrites et dessinées par Franquin (Les Chapeaux Noirs, 15 pages ; et Mystère à la Frontière, 15 pages), et deux autres par Jijé (Comme une Mouche au Plafond, 11 pages ; et Spirou et les Hommes-Grenouilles, 12 pages).
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(Extrait de Spirou et Fantasio : Les Chapeaux Noirs.
Textes et dessins de Franquin.)
- Les Chapeaux Noirs (écrit et dessiné par Franquin). Spirou et Fantasio sont envoyés expressément aux Etats-Unis pour un reportage sur la vie dans les grands espaces. Une fois sur place, au Texas, ils découvrent avec désappointement que la ville de Longhorn est une métropole comme une autre, avec ses gratte-ciel et ses embouteillages. Heureusement, un homme les redirige sur Tombstone dont il leur garantit l'authenticité, digne de la grande époque des westerns. Là-bas, ils sont enrôlés comme adjoints du shérif et obligés d'affronter divers desperados. Mais Spirou et Fantasio n'auraient-ils pas été abusés ?
André Franquin ouvre le bal avec cet épisode d'une quinzaine de pages très tonique. Le prétexte est sybillin : transporter Spirou, Fantasio et Spip dans un western sans toutefois sacrifier la continuité de la série, ce sera donc l'occasion d'un reportage. L'astuce fonctionne parfaitement et joue sur la complicité du lecteur qui sait avant les héros que ceux-ci sont dupés par l'homme qui leur conseille d'aller à Tombstone.
La succession de péripéties qui s'ensuit témoigne déjà de la fabuleuse énergie dont Franquin saura toujours faire preuve pour animer la série ensuite, avec des séquences incroyablement bien chorégraphiées. Le découpage de la bagarre entre Spirou et Jack le géant est par exemple un modèle de mise en scène.
La brièveté du récit impose évidemment une chute rapide, mais là encore Franquin réussit à l'amener sans qu'on n'ait l'impression qu'il l'ait expédiée.
Visuellement, le style de l'artiste n'est pas encore mûr : l'influence de Jijé est présente, même si Franquin sait, par quelques détails bien placés, s'en démarquer (par exemple, la houpette de Spirou n'est pas dessinée de la même manière que celle de son prédécesseur). La composition des plans, l'agencement des cases sont d'autres aspects où l'on remarque bien que Franquin soigne ses effets en jouant sur la dimension des vignettes et en imprimant un rythme très soutenu à l'action, malgré le faible nombre de pages et le nombre de rebondissements imaginés.
On est certes encore loin du chef d'oeuvre, mais c'est bigrement efficace.
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- Comme une mouche au plafond (scénario et dessins de Jijé). Qu'arrive-t-il à Spirou ? A peine est-il, ce jour-là, entré dans son appartement qu'il est attiré au plafond sans pouvoir s'en décoller ! Il téléphone à Fantasio pour qu'il vienne l'aider à résoudre ce mystère et le sortir de là, mais son ami est dans de mauvaises dispositions lui aussi, souffrant d'un torticolis, croyant à peine à son histoire et rechignant à venir à son secours. Néanmoins, les deux complices unissent leurs efforts et soupçonnent rapidement le voisin du dessus, un magicien peu aimable...
Joseph Gillain alias Jijé a été un des maîtres méconnus du 9ème Art, le pionnier de "l'école de Marcinelle", qui a influencé une flopée d'artistes dont la renommée a ensuite dépassé la sienne (Morris, le papa de Lucky Luke ; Franquin ; Peyo ; Will ; Roba, Maurice Tillieux, puis plus tard Yves Chaland, Al Séverin, Olivier Schwartz, etc). D'une productivité incroyable, capable de dessiner aussi bien dans un style réaliste que cartoony, c'est aussi lui qui a repris les aventures de Spirou après la défection de son créateur Rob-Vel et qui a inventé le personnage de Fantasio puis désigné Franquin comme son successeur.
Pourtant, il faut bien avouer que ces dernières contributions à Spirou ne sont pas à la hauteur de sa légende, comme en témoigne ce premier récit : le scénario, fantaisiste à souhait, peine à passionner ou susciter le rire, il manque de rythme, la caractérisation n'est pas subtile, le dénouement traîne en longueur. La magie ne fonctionne pas, si ce n'est pour son côté rétro.
Pourtant, graphiquement, on sent que Jijé était un storyteller aguerri : son découpage avec un gaufrier quasi-constant de 12 cases par pages tire au maximum parti des effets qu'il convoque (même si, en l'occurrence, Dupuis aurait pu composer des planches de quatre bandes en donnant plus de volume à chaque vignette, rendant ainsi la lecture un peu plaisante sans dénaturer l'oeuvre).
L'autre point fort du dessinateur est l'expressivité qu'il arrive à donner aux personnages avec un minimum de traits, même si le physique du magicien jure par sa disproportion. Mais sinon il égale parfois le génie d'un Dubout.
Pourtant, il faut bien avouer que ces dernières contributions à Spirou ne sont pas à la hauteur de sa légende, comme en témoigne ce premier récit : le scénario, fantaisiste à souhait, peine à passionner ou susciter le rire, il manque de rythme, la caractérisation n'est pas subtile, le dénouement traîne en longueur. La magie ne fonctionne pas, si ce n'est pour son côté rétro.
Pourtant, graphiquement, on sent que Jijé était un storyteller aguerri : son découpage avec un gaufrier quasi-constant de 12 cases par pages tire au maximum parti des effets qu'il convoque (même si, en l'occurrence, Dupuis aurait pu composer des planches de quatre bandes en donnant plus de volume à chaque vignette, rendant ainsi la lecture un peu plaisante sans dénaturer l'oeuvre).
L'autre point fort du dessinateur est l'expressivité qu'il arrive à donner aux personnages avec un minimum de traits, même si le physique du magicien jure par sa disproportion. Mais sinon il égale parfois le génie d'un Dubout.
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- Spirou et Les Hommes-Grenouilles (scénario et dessins de Jijé). Fantasio invite Spirou (et Spip) à le rejoindre sur la côte méditerranéenne. Là-bas, il a fait l'acquisition d'une péniche à bord de laquelle il véhicule occasionnellement des touristes, ce qui lui vaut l'inimitié des autres navigateurs. En acceptant de faire la visite à une vieille anglaise, les mésaventures commencent par une panne, puis la rencontre avec des gangsters à la recherche d'un complice qui les a trahis en cachant un butin.
Jijé signe cette seconde histoire, sans briller beaucoup plus. Néanmoins, soyons justes, c'est tout de même plus abouti que la précédente car cette fois, le récit progresse beaucoup plus en proposant une collection de rebondissements à la fois mieux préparés et développés. On peut même voir dans cet épisode les germes d'aventures devenus des classiques du run de Franquin (comme Le Repaire de la Murène ou Spirou et Les Hommes-Bulles, auquel le titre fait immanquablement penser).
En replaçant les deux héros dans un décor propice aux péripéties, dépaysant, et avec une galerie de seconds rôles mieux définis, Jijé embarque le lecteur, à défaut de leur offrir une intrigue bien rythmée. Car c'est encore là que ça pêche : il faut attendre une bonne demi-douzaine de pages (soit la moitié du récit) pour que ça décolle vraiment...
Visuellement, en revanche, Jijé est plus à son avantage et employant un découpage moins serré, donne à voir des plans parfois superbes où il utilise tout le potentiel que lui offre les décors de la Méditerrannée (la mer elle-même mais aussi sous l'eau, dans les calanques). Son trait rond, un peu grossier au tout début (donnant un air de parfait idiot à Fantasio dans la dernière case de la première page), convient ensuite parfaitement pour croquer des trognes mémorables (la vieille anglaise, la bande de malfrats).
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- Mystère à la Frontière (scénario et dessins de Franquin). En lisant dans le journal le compte-rendu d'une affaire de trafic de stupéfiants, Spirou et Fantasio entreprennent de résoudre l'enquête. En parcourant la campagne alentour, ils découvrent comment les bandits font passer la drogue d'un pays à l'autre et remontent jusqu'à leur repaire. Restent à les piéger et les faire arrêter, ce qui est une autre de paire de manches.
Franquin revient pour clore l'album avec une nouvelle pépite. Pour l'auteur, tout au long de son passage sur la série, Spirou et Fantasio sont d'abord deux amis curieux qui se mêlent d'affaires ne les concernant parfois pas du tout mais qu'ils s'emploient à démêler. Ici, leur fibre d'enquêteurs-journalistes (même si, en vérité, seul Fantasio est un vrai reporter professionnel) est titillé par un trafic de drogue dans les environs d'Enragimont.
Comme une pelotte qu'on déroule, Franquin déploie son histoire qu'on suit, cette fois, au même rythme que les deux héros. Les adversaires qu'ils affrontent sont ingénieux, coriaces, et tout se décidera lors d'une haletante et spectaculaire course-poursuite, qui ressemble presque à un échauffement de la course cycliste dans La Mauvaise Tête (tome 8).
Là encore, Dupuis a reformaté la dimension des bandes, ce qui aboutit à des planches de cinq strips au lieu de 4 et donc à des vignettes plus petites, qui ne rendent pas justice aux dessins de Franquin. Pourtant, malgré cette miniaturisation absurde, on ne peut qu'admirer avec quelle dynamisme, quelle intelligence il enchaine les plans, monte les séquences. Sa fluidité est redoutable, sans doute ce qu'on peut concevoir de mieux (et ce, même si Franquin estimait qu'Hergé était la référence absolue, et que son ami Peyo était celui qui produisait les planches les plus lisibles qu'il ait pu lire).
L'influence de Jijé est encore manifeste, le style n'est pas encore totalement personnel, avec un trait naïf et rond comme son mentor, mais la maîtrise des gags (comme lors de la scène des casques) et la qualité des finitions sont magnifiques.
L'album est donc un peu bizarre, bancal, inégal, avec ce double programme d'histoires diversement inspirées, mais ces épisodes permettent de voir le passage de témoin entre Jijé et Franquin, ce dernier affichant déjà d'impressionnantes dispositions pour créer un run d'anthologie.
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